Guì Zhī Tāng 桂枝湯
Décoction de Rameau de Cannelier
Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì 辛温解表剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale
Composition
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 9 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 4 pièces (env. 12 g)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g
Actions thérapeutiques
– Libère les influences pathogènes de la couche musculaire (cou li 腠理)
– Régularise le Qi Défensif (Wèi Qì 衛氣) et le Qi Nourricier (Yíng Qì 營氣)
– Harmonise l’Intérieur et l’Extérieur
– Tonifie le Qi du Milieu (Rate-Estomac)
Indications
– Invasion externe de Vent-Froid avec vide relatif du Qi Défensif
– Fièvre et frissons non soulagés par la transpiration
– Transpiration spontanée présente (signe distinctif)
– Céphalées et nuque raide
– Congestion nasale et nausées sans vomissements francs
– Absence de soif particulière
– Aversion au Vent
– Faiblesse constitutionnelle, convalescence après maladie grave, post-partum
Tableau Clinique
Langue :
Enduit mince, blanc et humide ; corps de la langue normal ou légèrement pâle.
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : indique la présence d’une influence pathogène à l’Extérieur
Huǎn 緩 (modéré, légèrement lent) ou Ruò 弱 (faible) : indique un vide relatif du Qi Défensif et une disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif
Liste des Symptômes
Signes généraux :
– Fièvre avec frissons simultanés
– Transpiration spontanée persistante (ne résout pas la condition)
– Aversion au Vent et aux courants d’air
– Fatigue générale
– Teint légèrement terne
Signes respiratoires et digestifs :
– Congestion nasale
– Nausées légères ou nausées à vide (hoquets secs)
– Absence de soif marquée
– Possible légère difficulté à déglutir
Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration (orienterait vers Má Huáng Tāng 麻黃湯)
– Absence de fièvre intense avec soif et gorge douloureuse (orienterait vers un syndrome de Chaleur)
– Absence de pouls tendu (jǐn) qui évoquerait un syndrome de Froid en Excès
– Absence de frissons intenses sans fièvre (absence de vide de Yang profond)
Analyse de la Formule
Empereur : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) Chaud, acride et doux, il libère l’influence pathogène de Vent-Froid de la couche musculaire, réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les canaux, et renforce le Qi Défensif pour expulser le facteur pathogène. Il constitue le pivot thérapeutique de la formule en traitant directement la disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif.
Ministre : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) Frais et acide, il nourrit le Yin, bénéficie au Qi Nourricier et contient les Liquides Organiques qui s’échappent par la transpiration incontrôlée. Associé à l’Empereur, il renforce simultanément la capacité du Qi Défensif à expulser le facteur pathogène tout que consolidant le Qi Nourricier. Cette synergie est le cœur de la régulation Ying-Wei.
Conseiller : Shēng Jiāng 生薑
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) Chaud et acride, il assiste l’Empereur dans la libération de l’Extérieur, réchauffe le Qi Nourricier et harmonise l’Estomac pour traiter les nausées et le Qi rebelle de l’Estomac. Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae), second Conseiller, nourrit et harmonise le Qi Nourricier et le Sang, renforce le Qi du Milieu et assiste le Ministre dans la stabilisation de l’intérieur.
Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) Doux et tiède, il tonifie le Qi du Milieu, harmonise l’action de toutes les herbes de la formule et modère la dispersion sudorifique de l’Empereur pour prévenir une transpiration excessive. Il soutient également Dà Zǎo dans le renforcement du Qi de la Rate et de l’Estomac.
Commentaires
Signification du nom :
Guì Zhī 桂枝 désigne le rameau de cannelier (Cinnamomum cassia). Tāng 湯 signifie « décoction » ou « bouillon chaud ». La formule tire son nom de son herb principal, le rameau de cannelier, qui est à la fois son ingrédient distinctif et son agent thérapeutique central. Contrairement à la cannelle d’écorce (ròu guì 肉桂), c’est la branche légère qui agit en surface et dans les canaux sans descendre profondément réchauffer le Yang.
Position dans la tradition :
Guì Zhī Tāng est considérée comme l’une des formules les plus importantes du Shāng Hán Lùn 傷寒論. Zhang Zhong-Jing lui consacre plus de vingt variations dans ce seul texte, ce qui en fait la formule-mère d’une famille extraordinairement prolifique. Les générations suivantes l’ont utilisée comme fondation pour des formules traitant aussi bien des conditions internes que des pathologies chroniques complexes. Elle est souvent décrite comme la formule inaugurale de la médecine chinoise classique, inaugurant le système de la différenciation par les six strates (liù jīng biàn zhèng 六經辨證).
Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre libérer et consolider. Guì Zhī libère et disperse (action centrifuge, Yang), tandis que Bái Sháo retient et consolide (action centripète, Yin). Cette tension créatrice entre expansion et contention définit la stratégie fondamentale de la formule. Les Conseillers (Shēng Jiāng et Dà Zǎo) ancrent cette dynamique dans le Qi du Milieu, garant de la production continue du Qi Nourricier et du Qi Défensif. L’Ambassadeur Zhì Gān Cǎo harmonise l’ensemble sans briser cet équilibre délicat.
Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Guì Zhī Tāng est indiquée dès que la constitution est affaiblie, que la transpiration est présente et que l’aversion au Vent domine sur l’aversion au Froid. Elle est particulièrement précieuse en post-partum, en convalescence, chez les personnes âgées et les enfants de faible constitution. Elle est aussi utilisée hors contexte infectieux pour la régulation du système nerveux autonome (hyperhidrose, rhinite allergique, urticaire à froid, spasme cérébrovasculaire) lorsque le tableau Ying-Wei est présent. La biomédecine l’a étudiée dans les infections respiratoires hautes, la fièvre post-partum, la rhinite allergique et l’angiœdème.
Nuances d’usage :
– La condition traitée est désignée dans le Shāng Hán Lùn par le terme zhōng fēng 中風 (« atteinte par le Vent »), par opposition à shāng hán 傷寒 (« blessure par le Froid ») pour laquelle Má Huáng Tāng est indiquée
– La transpiration présente est le signe cardinal qui différencie ce tableau : c’est précisément parce que le Qi Défensif est relatif en vide qu’il ne peut plus contenir les Liquides Organiques
– Le texte source recommande de faire prendre la décoction chaude, de couvrir le patient et d’ingérer une bouillie de riz chaude pour faciliter une légère transpiration ; dès l’apparition de la transpiration, l’administration doit cesser
– En été ou lors de chaleurs intenses, utiliser avec précaution (risque d’aggraver un tableau de Chaleur)
– Contre-indiquée si la transpiration est due à un Vide de Yin ou à une Chaleur interne
Modifications (Jiā Jiǎn 加減)
– Congestion nasale marquée avec éternuements : ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae)
– Dyspnée et respiration difficile : ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) → Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子湯
– Transpiration profuse : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae), réduire d’un tiers la dose de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) et Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) ; ajouter Huáng Qí (Radix Astragali Membranacei) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)
– Céphalées sévères : substituer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici)
– Douleurs articulaires des extrémités avec fatigue (Humidité) : ajouter Qiāng Huó (Radix et Rhizoma Notopterygii) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)
– Vomissements sévères : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) et de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ; ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis)
– Purge erronée ayant blessé le Yang du thorax, pouls irrégulier et sensation d’oppression thoracique : supprimer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Qù Sháo Yào Tāng 桂枝去芍藥湯
– Plénitude abdominale suite à purge erronée : doubler la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Jiā Sháo Yào Tāng 桂枝加芍藥湯
Formules Dérivées et Associées
– Nuque raide et contractée, transpiration, aversion au Vent : ajouter Gé Gēn (Radix Puerariae) : Guì Zhī Jiā Gé Gēn Tāng 桂枝加葛根湯 (Décoction de Guì Zhī avec Kudzu)
– Syndrome Bi douloureux, douleurs généralisées, pouls flottant déficient et rugueux, résistance du Yang dans les canaux : ajouter Fù Zǐ (Radix Lateralis Aconiti Carmichaeli Praeparata) : Guì Zhī Jiā Fù Zǐ Tāng 桂枝加附子湯 (Décoction de Guì Zhī avec Aconit Préparé)
– Syndrome Taiyang persistant avec épuisement partiel du Qi Défensif, visage rouge, prurit généralisé : combiner à demi-dose avec Má Huáng Tāng : Guì Zhī Má Huáng Gè Bàn Tāng 桂枝麻黃各半湯 (Décoction moitié-moitié Guì Zhī et Má Huáng)
– Douleurs abdominales spasmodiques par vide consomptif (Zhōng Jiāo), accompagnées de palpitations et vertiges : ajouter Yí Táng (Saccharum Granorum) et doubler Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) : Xiǎo Jiàn Zhōng Tāng 小建中湯 (Petite Décoction pour Construire le Milieu)
– Palpitations, émission de Sperme nocturne, instabilité de l’Esprit (Shen 神), transpiration par vide de Yang : ajouter Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝加龍骨牡蠣湯 (Décoction de Guì Zhī avec Os du Dragon et Huître)
– Syndrome Bi douloureux avec Vent-Froid-Humidité et déficience de Yang : ajouter Fù Zǐ (Radix Aconiti) et remplacer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par des herbes spécifiques : Wū Tóu Guì Zhī Tāng 烏頭桂枝湯 (Décoction d’Aconit et Guì Zhī)
Contre-indications
– Syndrome Extérieur de Froid en Excès avec absence de transpiration (indiquer Má Huáng Tāng)
– Syndrome de Chaleur Extérieure (Vent-Chaleur) avec fièvre intense, soif ou gorge douloureuse
– Chaleur interne avec saignements de nez (la formule pourrait aggraver le saignement)
– Transpiration due à un vide de Yin (l’action dispersante de Guì Zhī aggraverait le vide de Yin)
– Utilisation en été ou lors de chaleurs intenses sans indication claire du tableau Ying-Wei
– Pouls rapide avec fièvre et soif (signe de Chaleur interne)
Précautions
– Ne pas administrer en cas de transpiration profuse : risque de vider davantage le Qi Défensif et les Liquides Organiques
– En cas d’erreur de prescription ou de dosage excessif, une transpiration profuse, fièvre intense, soif vive et palpitations peuvent survenir ; administrer alors Bái Hǔ Jiā Rén Shēn Tāng pour corriger les effets secondaires
– Interdire la consommation d’alcool, d’aliments crus, froids, pimentés ou gras pendant le traitement
– La décoction doit être prise chaude, suivie d’une bouillie de riz chaude ; le patient doit se couvrir pour favoriser une légère transpiration
– Dès l’apparition de la transpiration, cesser l’administration ; ne pas répéter en cas de succès dès la première prise
– En cas de présence d’une Chaleur interne associée, même légère, prendre avec extrême prudence
Populations à risque :
– Patients avec vide de Yin ou épuisement des Liquides Organiques : contre-indiqués (risque d’aggravation)
– Patients hypertendus ou avec des saignements actifs : à éviter en raison de l’action de Guì Zhī qui stimule la circulation
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence (action tonifiante du Sang et active la circulation dans les canaux)
– Patients avec tendance aux épistaxis : la formule peut déclencher des saignements de nez si appliquée en présence de Chaleur
– Personnes constitutionnellement Yin-déficientes (vide de Yin chronique) : surveillance étroite requise
Textes de Référence
– Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte fondateur de la médecine classique chinoise dans lequel Guì Zhī Tāng occupe une place inaugurale et centrale ; plus de vingt variations y sont décrites. Le texte précise les modalités d’administration (décoction chaude, bouillie de riz, couverture) et les conditions d’arrêt du traitement.
– Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Second grand texte de Zhang Zhong-Jing, qui reprend et étend les applications de Guì Zhī Tāng aux maladies internes complexes, notamment aux désordres du post-partum, aux douleurs abdominales et aux pathologies mixtes Extérieur-Intérieur.
– Yī Fāng Kǎo 醫方考 (Études sur les Formules Médicales) / Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun 吳崑) / Commentaire analytique détaillé de la formule dans le cadre de la systématisation des formules classiques ; met en valeur la dynamique Ying-Wei comme clé d’interprétation de Guì Zhī Tāng.
– Shāng Hán Lùn Tiáo Biàn 傷寒論條辨 (Explication Analytique du Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Ming (Fang You-Zhi 方有執) / Commentaire classique qui précise l’opposition entre zhōng fēng et shāng hán et la place de Guì Zhī Tāng dans le système des six strates.
