Chai Ge Jie Ji Tang

柴葛解肌湯 Chái Gě Jiě Jī Tāng
Décoction de Buplèvre et de Kudzu pour Libérer les Muscles

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui libèrent les troubles extérieurs associés à une transformation vers la Chaleur intérieure
Source : Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid), Tao Hua, Dynastie Ming (1445)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 葛根 Gě Gēn Radix Puerariae Lobatae Racine de kudzu 9 g
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre, racine de buplèvre 6 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Baicalensis Scutellaire de Baïkal 6 g
M 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse, sulfate de calcium 5 g
C 羌活 Qiāng Huó Rhizoma et Radix Notopterygii Notoptérygium 3 g
C 白芷 Bái Zhǐ Radix Angelicae Dahuricae Angélique de Dahurie 3 g
C 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae Alba Pivoine blanche 6 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodi Grandiflori Platycodon, campanule chinoise 3 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis Réglisse 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Libère l’Extérieur et relâche la couche musculaire
Élimine la Chaleur intérieure naissante
Dissipe le Vent-Froid de la couche Tài Yáng tout en traitant la transformation vers la Chaleur du niveau Yáng Míng

Indications

Syndromes traités :
Vent-Froid au stade Tài Yáng se transformant en Chaleur au stade Yáng Míng (syndrome de transition extérieur-intérieur)
Chaleur intérieure débutante avec persistance de l’Extérieur non résolu

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince et jaune, ou mince et blanc tirant vers le jaune, corps de langue légèrement rouge en périphérie, indiquant la transformation du Froid vers la Chaleur à la frontière Tài Yáng – Yáng Míng
Pouls :
浮 (Superficiel) : présence du facteur pathogène à l’Extérieur, stade Tài Yáng non résolu
Wēi Hóng 微洪 (légèrement Ample) : début de transformation vers la Chaleur au niveau Yáng Míng, chaleur intérieure naissante

Liste des Symptômes

Symptômes généraux :
Fièvre croissante avec frissons décroissants
Absence de transpiration ou transpiration légèrement insuffisante
Céphalées, douleur et lourdeur des membres
Douleur et raideur de la nuque et du dos
Douleur orbitaire et oculaire
Sécheresse des fosses nasales
Irritabilité et agitation mentale
Insomnie

Symptômes digestifs et ORL :
Douleur dentaire d’origine Vent-Chaleur
Léger inconfort thoracique
Soif légère à modérée
Yeux rouges

Analyse de la Formule

Gě Gēn 葛根 – Empereur :
Gě Gēn (Radix Puerariae Lobatae), plante de nature fraîche et de saveur douce-piquante, constitue l’un des deux Empereurs de cette formule. Elle libère le niveau musculaire, particulièrement à la nuque et au dos, en attirant les Liquides Organiques vers cette zone pour y dissoudre la raideur engendrée par le blocage du Vent-Froid. Elle possède également la propriété de générer les Liquides Organiques et de calmer la soif naissante, ce qui en fait l’agent idéal au stade de transition entre Tài Yáng et Yáng Míng. Elle abaisse la fièvre et constitue en médecine contemporaine une plante de choix pour les états grippaux avec rigidité cervicale.

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri), piquant, amer et frais, est le deuxième Empereur. Il libère le Vent-Chaleur de la surface, soulève le Qi Yang et, dans ce contexte, cible spécifiquement le niveau Shào Yáng auquel la Chaleur risque de progresser. Il traite les alternances de Froid et de Chaleur ainsi que la sensation de contrainte dans la région des flancs. Son action synergique avec Gě Gēn couvre l’ensemble du spectre de transition entre les trois couches extérieures : Tài Yáng, Shào Yáng, et Yáng Míng.

Huáng Qín 黃芩 – Ministre :
Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis), amer et froid, agit comme premier Ministre en éliminant la Chaleur naissante de la couche intérieure. Il traite spécifiquement la Chaleur dans les Poumons et le niveau Shào Yáng, calme l’agitation mentale et diminue l’insomnie liée à la Chaleur qui commence à pénétrer. Il renforce l’action de Chái Hú sur le niveau Shào Yáng et prévient la progression du facteur pathogène vers la profondeur.

Shí Gāo 石膏 – Ministre :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), piquant, doux et très froid, constitue le second Ministre. Utilisé en faible dose dans cette formule (5 g), il ne cherche pas à purger la Chaleur Yáng Míng d’une manière radicale, mais à refroidir la Chaleur naissante, à calmer la soif et à traiter la douleur dentaire ainsi que la rougeur oculaire. Son dosage mesuré traduit la prudence du praticien face à un tableau encore essentiellement extérieur.

Qiāng Huó 羌活 – Conseiller :
Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii), piquant, amer et chaud, disperse le Vent-Froid résiduel du niveau Tài Yáng, calme les douleurs des membres et de la nuque, et dirige l’action de la formule vers la partie supérieure du corps. Bien qu’il soit de nature chaude, son utilisation en petite dose dans un contexte de Chaleur transformatrice est rendue possible par l’équilibre thermique des autres substances.

Bái Zhǐ 白芷 – Conseiller :
Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae), piquant et chaud, renforce l’action de libération de l’Extérieur sur le méridien Yáng Míng, traite les céphalées frontales et oculaires caractéristiques de ce méridien, dégage les orifices du nez, et facilite la montée du Yang clair vers la tête. Il agit en synergie avec Qiāng Huó pour couvrir l’ensemble de la surface corporelle.

Bái Sháo 白芍 – Conseiller :
Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), amer, acide et légèrement froid, nourrit le Yin et préserve les Liquides Organiques afin d’empêcher les herbes piquantes et dispersantes de générer une transpiration excessive susceptible de blesser le Yin. Il calme la douleur, modère les spasmes musculaires cervicaux, et protège les Liquides Organiques au cours du processus de libération de l’Extérieur.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), piquant, amer et neutre, ouvre et diffuse le Qi du Poumon, soulage la gorge, conduit les autres herbes vers la partie supérieure du corps, et draine les bouchons de la voie pulmonaire. Son association avec Gān Cǎo forme un binôme classique pour soulager gorge et poitrine.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis), doux et neutre, harmonise l’ensemble des substances, protège l’Estomac des effets froids des herbes refroidissantes, et modère les propriétés échauffantes de Qiāng Huó et Bái Zhǐ. Il constitue le pivot harmonisateur de l’ensemble de la prescription.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Chái Gě Jiě Jī Tāng 柴葛解肌湯 désigne littéralement la « Décoction de Buplèvre (柴 Chái) et de Kudzu (葛 Gě) pour Libérer (解 Jiě) les Muscles (肌 Jī) ». Les deux plantes Empereurs sont nommées dans le titre, soulignant leur rôle central dans la libération de la couche musculaire – zone anatomique correspondant à la transition entre l’Extérieur superficiel et l’Intérieur profond en médecine chinoise classique. Cette dénomination reflète la stratégie thérapeutique fondamentale : atteindre les muscles pour expulser le facteur pathogène bloqué à ce niveau de transition.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue du Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid) de Tao Hua, médecin de la Dynastie Ming. Elle s’inscrit dans la continuité directe de la pensée de Zhang Zhong-Jing telle que transmise dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies dues au Froid), mais adapte les stratégies classiques à un contexte pathologique plus complexe où le Vent-Froid extérieur coexiste avec une Chaleur intérieure déjà naissante. Elle est considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature des formules de la couche musculaire (jiě jī 解肌), aux côtés de formules comparables telles que la Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu) et la Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier).

Équilibre dynamique de la formule :
La tension centrale de cette formule réside dans l’alliance paradoxale d’herbes chaudes (Qiāng Huó, Bái Zhǐ) et d’herbes froides (Huáng Qín, Shí Gāo). Cette polarité n’est pas une contradiction mais une nécessité thérapeutique : les herbes chaudes libèrent l’Extérieur résiduel en induisant une légère transpiration, tandis que les herbes froides éteignent la Chaleur intérieure naissante et protègent les Liquides Organiques. Bái Sháo joue un rôle régulateur essentiel en preservant le Yin au cours de ce double mouvement. Le dosage modéré de Shí Gāo (5 g, bien inférieur aux doses habituelles de 15-30 g utilisées dans les formules de forte purge de Chaleur) traduit la priorité accordée à la libération de l’Extérieur sur l’élimination de la Chaleur intérieure.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Chái Gě Jiě Jī Tāng trouve ses applications dans les syndromes infectieux aigus initialement dus au Vent-Froid qui se transforment rapidement en Chaleur : syndromes grippaux avec fièvre croissante, céphalées et raideur cervicale, infections des voies respiratoires supérieures, sinusites aiguës à composante fébrile, et douleurs dentaires d’origine Vent-Chaleur. Le tableau évocateur reste la discordance entre frissons déclinants et fièvre montante, la rigidité de nuque, et la douleur orbitaire. Elle est également utilisée pour les états fébriles post-infectieux où le facteur pathogène est « bloqué » dans la couche musculaire sans avoir complètement pénétré l’Intérieur.

Nuances d’usage :
Cette formule ne doit pas être confondue avec la Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu) du Shāng Hán Lùn 傷寒論, qui traite le Vent-Froid pur au stade Tài Yáng sans transformation vers la Chaleur. Chái Gě Jiě Jī Tāng est indiquée lorsque la Chaleur intérieure est déjà présente mais non encore dominante, se manifestant par l’irritabilité, la sécheresse nasale, et un enduit jaune naissant. Dès que le tableau est dominé par la Chaleur intérieure avec forte fièvre, transpiration abondante et pouls Ample-Rapid, on préférera des formules comme la Bái Hǔ Tāng 白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc). La formule convient particulièrement aux patients de constitution robuste ; chez les sujets présentant un vide de Qi ou de Yin, des adaptations sont nécessaires.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de fièvre élevée avec forte soif et profuse transpiration témoignant d’une Chaleur Yáng Míng dominante, augmenter la dose de Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) à 15-30 g et ajouter Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae) 9 g

– En cas de toux avec mucosités et obstruction du Poumon par la Chaleur, ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori) 9 g et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) 9 g

– En cas de forte douleur de gorge avec rougeur et gonflement des amygdales, ajouter Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii) 9 g et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) 9 g

– En cas de douleur dentaire intense avec gencives enflammées et rouge vif, signe de Feu de l’Estomac associé, augmenter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 3-6 g

– En cas de constipation avec Chaleur accumulée dans le Gros Intestin, ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g (post-décocté)

– En cas de transpiration absente avec frissons encore marqués et Vent-Froid dominant, réduire ou supprimer Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et augmenter les doses de Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) et Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae)

– En cas de maux de tête occipitaux sévères avec raideur marquée de la nuque, ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici) 6 g

– En cas de signes de vide de Qi avec fatigue prononcée et pouls vide, ajouter Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule de base pour Vent-Froid pur au stade Tài Yáng sans transformation vers la Chaleur, avec raideur de nuque et absence de transpiration : Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu)

– Formule de libération de l’Extérieur avec Vent-Froid pur, frissons dominants, absence de Chaleur intérieure et constitution déficiente : Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier)

– Formule pour la Chaleur Yáng Míng dominante avec forte fièvre, soif intense et transpiration abondante, sans facteur extérieur résiduel : Bái Hǔ Tāng 白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc)

– Variante de Chái Gě Jiě Jī Tāng selon Cheng Wu-Ji, également dénommée Décoction de Buplèvre et de Kudzu pour Libérer la Couche Musculaire de Chen : Chéng Shì Chái Gě Jiě Jī Tāng 程氏柴葛解肌湯 (Décoction de Buplèvre et Kudzu pour Libérer les Muscles selon Chen)

– Pour syndrome Shào Yáng pur avec alternance Froid-Chaleur, amertume buccale, et flancs douloureux, sans composante Tài Yáng ou Yáng Míng : Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡湯 (Petite Décoction de Buplèvre)

– Pour invasion initiale de Vent-Chaleur dans la couche Protectrice avec fièvre, légère aversion au Froid et toux : Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia)

Précautions

Contre-indications :
– Fièvre par vide de Yin avec transpiration nocturne, langue rouge sans enduit et pouls fin-rapide : les herbes piquantes et dispersantes blesseraient le Yin
– Tableau de Chaleur Yáng Míng pure avec les « quatre grands » (grande fièvre, grande transpiration, grande soif, grand pouls) : préférer la Bái Hǔ Tāng 白虎湯
– Vide de Yang avec frissons persistants et membres froids sans aucun signe de Chaleur intérieure
– Absence totale de facteur extérieur résiduel avec Chaleur purement intérieure

Mises en garde :
– Surveiller l’évolution de la fièvre : si la Chaleur intérieure progresse rapidement, adapter la formule en renforçant les herbes froides et en diminuant les herbes chaudes
– Ne pas prolonger l’usage au-delà de la résolution du tableau extérieur afin d’éviter d’affaiblir inutilement le Qi protecteur
– L’utilisation de Shí Gāo à dose modérée est intentionnelle : ne pas augmenter les doses sans réévaluation clinique du stade pathologique
– Chez les sujets à Estomac fragile, associer à une alimentation facile à digérer et éviter les aliments froids pendant le traitement

Populations à risque :
– Femmes enceintes : l’utilisation doit être encadrée par un praticien expérimenté, notamment en raison de la présence de Qiāng Huó et Bái Zhǐ à action dispersante
– Sujets présentant un vide de Qi ou de Sang préexistant : les herbes dispersantes peuvent aggraver le vide ; envisager l’ajout de Dǎng Shēn ou la formule Rén Shēn Bài Dú Sǎn 人參敗毒散 si le vide est sévère
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages en proportion corporelle et surveiller étroitement la réponse fébrile

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid) 傷寒六書 Dynastie Ming, 1445 (Tao Hua 陶華) Source originelle de la formule ; première codification du principe de libération de la couche musculaire dans le contexte de transition Tài Yáng – Yáng Míng
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies dues au Froid) 傷寒論 Dynastie Han Orientale, env. 200 ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte fondateur du système des six stades ; cadre théorique dans lequel s’inscrit la formule, notamment les concepts Tài Yáng, Yáng Míng et la couche musculaire
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Guide Populaire Révisé du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Dynastie Qing (Yu Gen-Chu 俞根初) Commentaires et variantes de la formule ; application dans les maladies de Tièdeur (Wen Bing)
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil Analytique des Formules Médicales) 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Analyse détaillée de la formule et de ses indications dans le contexte des maladies extérieures avec Chaleur naissante



Cang Er Zi San

蒼耳子散 Cāng Ěr Zǐ Sǎn
Poudre de Xanthium

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui dispersent le Vent et désobstruent le nez
Source : Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants), Yan Yong-He, Dynastie Song (1253)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 蒼耳子 Cāng Ěr Zǐ Fructus Xanthii Fruit de xanthium (lampourde) 7,5 g (3-9 g en décoction)
E 辛夷花 Xīn Yí Huā Flos Magnoliae Fleur de magnolia 15 g (3-6 g en décoction)
M 白芷 Bái Zhǐ Radix Angelicae Dahuricae Angélique de Dahurie 30 g (6-9 g en décoction)
A 薄荷 Bò Hé Herba Menthae Haplocalycis Menthe 1,5 g (3-6 g, à ajouter en fin de cuisson)

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation : Le texte source préconise de broyer les ingrédients en poudre fine et de prendre 6 g par dose avec une tisane préparée à base de Cōng Bái (Bulbus Allii Fistulosi) et de thé vert. Aujourd’hui, la formule est le plus souvent préparée en décoction avec les dosages indiqués entre parenthèses. Bò Hé est ajoutée en toute fin de cuisson pour préserver ses principes volatils.

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse le Vent et soulage la douleur
Désobstrue les passages nasaux
Expulse le Vent-Chaleur de l’Extérieur
Draine le pus et clarifie la tête

Indications

Syndromes traités :
Attaque du Vent-Chaleur sur la tête avec obstruction des voies nasales
Écoulement nasal abondant (bí yuān 鼻淵) – sinusite avec sécrétions purulentes et fétides
Rhinite aiguë ou chronique par invasion de Vent-Chaleur
Rhinite allergique avec le tableau clinique approprié

Tableau Clinique

Langue :
Enduit normal ou légèrement jaune, indiquant la présence de Chaleur ; corps de la langue de coloration normale à légèrement rouge en cas d’atteinte de Chaleur plus marquée.
Pouls :
浮 (superficiel) : reflète la présence d’un facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : indique la présence de Chaleur associée au Vent

Liste des Symptômes

Symptômes ORL principaux :
Obstruction nasale persistante, uni- ou bilatérale
Écoulements nasaux abondants, purulents, d’odeur fétide (signes caractéristiques du bí yuān)
Perte ou diminution de l’odorat
Congestion et gonflement des muqueuses nasales

Symptômes généraux :
Céphalées frontales (le méridien du Poumon et du Gros Intestin passent par le front)
Vertiges et sensation d’oppression de la tête
Légère fièvre et aversion au Froid lors des épisodes aigus
Pouls superficiel et rapide
Enduit lingual normal ou légèrement jaune

Analyse de la Formule

Cāng Ěr Zǐ 蒼耳子 – Empereur :
Cāng Ěr Zǐ (Fructus Xanthii) est l’Herbe impériale par excellence dans cette formule : amer, doux et légèrement tiède, légèrement toxique, il entre dans les méridiens du Poumon et du Foie. Son action cardinale est de désobstruer les voies nasales et de disperser le Vent-Humidité de la tête. Il constitue, avec Xīn Yí Huā, le couple de substances le plus directement indiqué dans le traitement des pathologies nasales en médecine chinoise classique. Ses propriétés dispersantes du Vent et analgésiques en font également un remède des céphalées frontales liées à une obstruction nasale. Du fait de sa légère toxicité, on veille à ne pas dépasser les doses recommandées et à ne pas l’utiliser de façon prolongée.

Xīn Yí Huā 辛夷花 – Empereur :
Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae), de nature chaude, aromatique et pénétrante, partage avec Cāng Ěr Zǐ le rang d’Empereur de cette formule. Acre et tiède, il entre dans les méridiens du Poumon et de l’Estomac. Sa spécificité est d’ouvrir les orifices nasaux en dispersant le Vent-Froid ou Vent-Chaleur selon les associations, tout en dirigeant l’action de la formule vers la sphère ORL. Dans la composition originelle, son dosage est intentionnellement plus élevé que celui de Cāng Ěr Zǐ, soulignant son rôle de guide vers les voies respiratoires supérieures. Son parfum aromatique contribue à lever l’obstruction nasale et à rétablir la perméabilité des voies aériennes.

Bái Zhǐ 白芷 – Ministre :
Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae), acre et tiède, entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Gros Intestin. Ministre de la formule, il libère l’Extérieur et ouvre les orifices en dispersant le Vent-Humidité ; il favorise l’écoulement du pus et soulage la douleur. Son affinité élective pour le méridien du Yang Ming lui confère une action particulièrement efficace sur les céphalées frontales, qui empruntent précisément le trajet de ce méridien. Bái Zhǐ est également un adjuvant remarquable dans le traitement de la sinusite avec sécrétions purulentes abondantes, ce qui explique son dosage élevé dans le texte source (30 g) – le plus fort de toute la formule – témoignant de l’importance que lui accordait Yan Yong-He dans cette indication.

Bò Hé 薄荷 – Ambassadeur :
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis), acre et frais, entre dans les méridiens du Poumon et du Foie. Ambassadeur de la formule, il libère le Vent-Chaleur de l’Extérieur, clarifie la tête et les orifices sensoriels, et apporte une note rafraîchissante qui contraste avec le caractère globalement tiède-chaud de la formule. Son dosage délibérément faible (1,5 g dans le texte source) équilibre les propriétés des autres ingrédients sans les neutraliser, tout en orientant l’action vers la tête et les sinus. Son addition en fin de décoction est impérative pour préserver ses composés volatils actifs, responsables de l’effet de désobstruction nasale.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 signifie littéralement « Poudre de fruit de xanthium (lampourde) ». La formule porte le nom de sa première Herbe impériale, le fruit de Xanthium sibiricum ou X. strumarium, dont le nom chinois cāng ěr zǐ évoque le caractère « gris-vert » (蒼) et la forme semblable à une « oreille » (耳) de la plante. Le terme sǎn 散 désigne une forme pharmaceutique en poudre (poudre »), ce qui était la forme originelle de préparation, prise en infusion avec de la tige d’oignon vert et du thé vert.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue du Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants) de Yan Yong-He (嚴用和), compilé en 1253 sous la Dynastie Song du Sud. Elle figure parmi les formules canoniques du traitement des maladies nasales en médecine chinoise, notamment le syndrome bí yuān 鼻淵, terme traditionnel désignant un écoulement nasal purulent et abondant correspondant à ce que la médecine occidentale appelle sinusite. La formule est citée dans les grands traités postérieurs comme référence de la catégorie des formules désobstruant le nez, et elle reste aujourd’hui l’une des plus prescrites en clinique pour les pathologies nasales et sinusiennes. Son association avec d’autres formules telles que Chuān Xiōng Chá Tiáo Sǎn 川芎茶調散 (Poudre de Ligusticum à prendre avec du thé vert) est classiquement mentionnée pour les tableaux avec céphalées prédominantes.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une architecture simple mais remarquablement cohérente : les deux Herbes impériales, Cāng Ěr Zǐ et Xīn Yí Huā, ciblent directement le nez et les sinus en dispersant le Vent et en désobstruant les voies nasales. Le Ministre Bái Zhǐ, de nature chaude et aromatique, renforce la dispersion du Vent, draine le pus et dirige l’action vers le Yang Ming frontal. L’Ambassadeur Bò Hé, frais et léger, tempère la chaleur des autres substances, clarifie la tête et guide la formule vers l’Extérieur. La formule est globalement tiède-dispersante, adaptée à un tableau de Vent-Chaleur mais également utilisable dans les formes mixtes Vent-Froid/Vent-Chaleur, à condition d’adapter les modifications en conséquence. Le dosage proportionnel original, Bái Zhǐ le plus dosé, Bò Hé le moins dosé, reflète la priorité accordée à la dispersion du pus et de l’obstruction sur la simple libération de l’Extérieur.

Pertinence clinique contemporaine :
Cāng Ěr Zǐ Sǎn demeure une formule de référence pour la sinusite aiguë et chronique, la rhinite allergique et la rhinite chronique avec sécrétions abondantes. Elle est fréquemment associée à d’autres formules selon le tableau énergétique sous-jacent : avec Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre de l’Écran de Jade en Jade) en cas de vide de Qi du Poumon et susceptibilité aux infections répétées, avec Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane pour drainer le Foie) en cas d’Humidité-Chaleur du Foie avec sécrétions très purulentes, ou avec Qì Jú Dì Huáng Wán 杞菊地黃丸 (Pilule de lyciet, chrysanthème et rehmannia) en cas de vide de Yin du Foie et du Rein sous-jacent. Les études pharmacologiques modernes ont documenté des effets anti-inflammatoires, antihistaminiques et antibactériens des composants, en particulier de Cāng Ěr Zǐ (xanthatin, carboxyatractyloside) et de Bái Zhǐ (impératorine, angélicine).

Nuances d’usage :
La formule est principalement adaptée au Vent-Chaleur attaquant la tête, comme l’indiquent le pouls superficiel et rapide et l’enduit lingual jaune. Toutefois, plusieurs commentateurs classiques et cliniciens modernes l’utilisent également pour les rhinites par Vent-Froid, moyennant des modifications appropriées, notamment le retrait de Bò Hé et l’adjonction d’herbes réchauffantes. Il convient d’être prudent sur la durée d’utilisation en raison de la légère toxicité de Cāng Ěr Zǐ, qui ne doit pas dépasser les doses standard ni être prescrit sur des périodes très prolongées sans surveillance. Chez les patients présentant un vide de Yin prononcé, les herbes chaudes et dispersantes de cette formule doivent être employées avec parcimonie ou associées à des substances nourrissant le Yin pour éviter d’aggraver la sécheresse des muqueuses.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur dans le Poumon marquée avec sécrétions épaisses et jaunes, ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori Radicis) 9-12 g et Huáng Qín (Radix Scutellariae) 6-9 g pour refroidir le Poumon et drainer la Chaleur

– En cas de sécrétions très purulentes et abondantes, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 9-12 g pour résoudre les toxines-Chaleur et drainer le pus

– En cas de céphalées frontales très intenses, augmenter la dose de Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae) à 12-15 g et ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) 6-9 g pour activer le Sang et soulager la douleur sur le méridien Yang Ming

– En cas de tableau dominé par le Vent-Froid (sécrétions claires, peur du froid, absence de soif), retirer Bò Hé et ajouter Xì Xīn (Radix et Rhizoma Asari) 3 g et Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) 6 g pour réchauffer et disperser le Vent-Froid

– En cas de vide de Qi du Poumon avec rhinite récidivante et susceptibilité aux infections, combiner avec Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre de l’Écran de Jade) pour tonifier le Qi protecteur (Wei Qi) et stabiliser l’Extérieur

– En cas de polypes nasaux ou de formations pathologiques locales, ajouter Jié Gěng (Radix Platycodi) 6 g et Zào Jiǎo Cì (Spina Gleditsiae) 3-6 g pour disperser les accumulations et ouvrir les orifices

– En cas de sinusite chronique avec vide de Yin du Foie et du Rein sous-jacent, combiner avec Qì Jú Dì Huáng Wán 杞菊地黃丸 (Pilule de lyciet, chrysanthème et rehmannia) et réduire les doses des herbes dispersantes de Cāng Ěr Zǐ Sǎn

– En cas de sinusite avec Vent-Chaleur et Humidité-Chaleur marquée du Foie (sécrétions très purulentes, irritabilité), ajouter Lóng Dǎn Cǎo (Radix Gentianae) 3-6 g et Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule associée classique pour les rhinites et sinusites avec céphalées dues à Vent externe : Chuān Xiōng Chá Tiáo Sǎn 川芎茶調散 (Poudre de Ligusticum à prendre avec du thé vert)

– Formule associée pour la rhinite allergique avec vide de Qi protecteur et susceptibilité aux infections répétées : Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre du Paravent de Jade)

– Formule associée pour les sinusites à composante Humidité-Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane pour drainer le Foie)

– Formule associée du Jì Shēng Fāng pour les sinusites par Vent-Froid, obstruction nasale avec perte de l’odorat : Xīn Yí Sǎn 辛夷散 (Poudre de Fleur de Magnolia) – composée de Xīn Yí Huā, Chuān Xiōng, Mù Tōng, Xì Xīn, Fáng Fēng, Qiāng Huó, Gǎo Běn, Shēng Má, Bái Zhǐ, Zhì Gān Cǎo

– Formule de la pratique moderne pour la sinusite avec Humidité-Chaleur prédominante : Cāng Ěr Bí Dòu Yán Fāng 蒼耳鼻竇炎方 (Préparation au Xanthium pour la sinusite) – qui ajoute Huáng Qín, Pú Gōng Yīng, Gé Gēn, Jié Gěng, Chē Qián Zǐ et Gān Cǎo à la base de Cāng Ěr Zǐ Sǎn

– Formule associée pour les ronflements par Vent-Chaleur (mentionnée dans les modifications de Bān Xià Hòu Pò Tāng) : Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 peut être associée à Bān Xià Hòu Pò Tāng 半夏厚朴湯 (Décoction de Pinellia et d’écorce de Magnolia) pour les syndromes associant obstruction nasale et sensation de corps étranger dans la gorge

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin prononcé avec sécheresse des muqueuses, soif, enduit lingual sec et rouge : la nature tiède et dispersante de la formule aggraverait la sécheresse
– Épistaxis ou saignements des muqueuses nasales liés à une Chaleur dans le Sang ou à un vide de Yin avec Chaleur-Vide : les herbes dispersantes et tièdes pourraient aggraver le saignement
– Grossesse : Cāng Ěr Zǐ est légèrement toxique et les herbes aromatiques dispersantes sont déconseillées pendant la grossesse

Mises en garde :
– Ne pas dépasser les doses recommandées de Cāng Ěr Zǐ : toxicité hépatique documentée en cas de surdosage (carboxyatractyloside) ; ne pas dépasser 9-10 g en décoction par dose
– Éviter l’utilisation prolongée sans surveillance en raison du potentiel hépatotoxique de Cāng Ěr Zǐ à hautes doses répétées
– Ajouter impérativement Bò Hé en toute fin de décoction (5 minutes avant la fin) pour préserver ses composés volatils actifs
– Surveiller l’apparition de signes de sécheresse excessive (gorge sèche, soif, aggravation des muqueuses) lors d’une utilisation prolongée

Populations à risque :
– Patients avec insuffisance hépatique : Cāng Ěr Zǐ est contre-indiqué ou doit être utilisé à doses réduites sous surveillance hépatique
– Femmes enceintes : toute la formule est déconseillée ; en cas de nécessité absolue, consultation d’un spécialiste obligatoire
– Patients avec vide de Yin constitutionnel ou troubles auto-immuns inflammatoires : adapter les doses en tonifiant le Yin en parallèle
– Enfants en bas âge : doses réduites de moitié, durée limitée

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants) 濟生方 Dynastie Song du Sud, 1253 (Yan Yong-He 嚴用和) Texte source original ; composition et indication première du bí yuān
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil analytique de formules médicales) 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Commentaire classique sur la formule ; association avec Yù Píng Fēng Sǎn mentionnée
Zhōng Yī Fāng Jì Xué 中醫方劑學 (Pharmacologie des formules de médecine chinoise) 中醫方劑學 Époque contemporaine (manuels officiels de médecine chinoise) Classification moderne dans la catégorie des formules désobstruant le nez ; modifications standardisées
Lā Pratique de la Médecine Chinoise (G. Maciocia) 2001 (Giovanni Maciocia) Composition : Cāng Ěr Zǐ 7,5 g, Xīn Yí Huā 15 g, Bái Zhǐ 30 g, Bò Hé 1,5 g ; usage dans les pathologies nasales et sinusiennes
Chinese Herbal Medicine: Formulas & Strategies (Bensky, Scheid et al.) 2007 (Bensky D., Scheid V., Ellis A., Barolet R.) Analyse détaillée des herbes ; indication pour bí yuān – rhinite et sinusite aiguë ou chronique avec sécrétions purulentes fétides et obstruction nasale, modifications cliniques



Ge Gen Tang

Gé Gēn Tāng 葛根湯
Décoction de Pueraria

Catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur
Sous-catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur du Vent-Froid
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han de l’Est

Composition

Gé Gēn (葛根 Radix Puerariae Lobatae) 12 g
Má Huáng (麻黄 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 6 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 12 g (4 pièces)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et la couche musculaire (*jiě biǎo* 解表) en chassant le Vent-Froid
– Génère les Liquides Organiques (*shēng jīn* 生津) et assouplit la nuque et le rachis cervical
– Harmonise le Qi protecteur (*wèi qì* 衛氣) et le Qi nourricier (*yíng qì* 營氣)
– Favorise la remontée des Liquides Organiques vers la nuque et le dos

Indications

– Invasion de Vent-Froid au niveau du méridien Taiyang (太陽) avec raideur et rigidité de la nuque et du rachis cervical supérieur
– Fièvre et frissons sans transpiration, associés à une raideur marquée de la nuque
– Diarrhée aiguë par attaque externe de Vent-Froid au stade Taiyang simultané au stade Yangming (太陰)
– Rhinite et sinusite en phase aiguë avec sensibilité au froid et obstruction nasale
– Urticaire, poliomyélite au stade initial, encéphalite au stade précoce avec le tableau clinique correspondant
– Myosite cervicale aiguë, tendinite ou bursite de l’épaule avec présentation de type Vent-Froid

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince et blanc, corps de langue non modifié indiquant que l’agent pathogène demeure en Extérieur
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de la présence d’un agent pathogène en Extérieur qui mobilise le Qi protecteur vers la surface
Jǐn 緊 (tendu/serré) : signe caractéristique du Froid en Extérieur qui contracte les méridiens et bloque la transpiration

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (légère à modérée)
– Frissons marqués sans transpiration
– Céphalées
– Douleurs corporelles généralisées
– Obstruction nasale

Signes musculo-squelettiques :
– Raideur et rigidité de la nuque et du rachis cervical supérieur (signe pathognomonique)
– Raideur du haut du dos
– Tension musculaire de la ceinture scapulaire

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration spontanée (distingue de Guì Zhī Tāng 桂枝湯)
– Absence de soif marquée ou de fièvre intense (distingue des tableaux Yangming purs)
– Absence de diarrhée avec chaleur interne (distingue de Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯)
– Absence de vomissements (distingue de Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯)

Analyse de la Formule

Empereur : Gé Gēn 葛根
Gé Gēn (Radix Puerariae Lobatae) constitue le pivot thérapeutique de la formule. Doux et frais de nature, il libère la couche musculaire (jī biǎo), notamment la région de la nuque et du haut du dos qui sont le territoire privilégié du canal Taiyang. Son action spécifique consiste à attirer les Liquides Organiques vers la zone affectée afin de nourrir et détendre les muscles contractés par le Froid. Il libère simultanément l’Extérieur tout en soutenant les fluides, ce qui le distingue des autres herbes diaphorétiques. C’est cette double capacité – libérer sans assécher – qui lui confère le rang d’Empereur dans cette formule.

Ministre : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est le diaphorétique le plus puissant de la pharmacopée chinoise pour libérer l’Excès de l’Extérieur. Acre et chaud, il ouvre les pores, disperse le Vent-Froid et provoque une sudation franche. Dans Gé Gēn Tāng 葛根湯, il soutient l’Empereur en débloquant la surface et en autorisant l’expulsion du pathogène par la sueur. Le texte source prescrit de le décocter en premier avec Gé Gēn pour réduire sa puissance sudorifique afin d’éviter une transpiration excessive, bien que cette pratique soit rarement suivie aujourd’hui.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) renforce l’action de l’Empereur en libérant l’Extérieur et en réchauffant les méridiens. Il harmonise le Qi Nourricier et le Qi Défensif, régularisant leur circulation mutuelle perturbée par l’invasion externe. Sa synergie avec Bái Sháo constitue le cœur dynamique de la formule : ensemble ils expulsent le pathogène tout en préservant les ressources internes du patient.

Conseiller : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) joue un rôle de frein nécessaire dans cette formule diaphorétique. En préservant le Yin et en empêchant une sudation excessive, il protège les Liquides Organiques que la combinaison Má HuángGuì Zhī risquerait de trop consommer. Il agit de concert avec Guì Zhī pour réguler le Qi Nourricier et le Qi Défensif et favoriser l’expulsion du pathogène. Associé à Zhì Gān Cǎo, il relâche les spasmes musculaires et contribue directement au traitement de la raideur cervicale.

Conseiller : Shēng Jiāng 生姜
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) réchauffant et acre, régule le Qi Nourricier et le Qi Défensif et harmonise l’Estomac afin de le protéger de l’agression potentielle des herbes chaudes et dispersantes. Il aide également Má Huáng et Guì Zhī à libérer l’Extérieur.

Conseiller : Dà Zǎo 大棗
Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae) doux et tonifiant, soutient le Qi de la Rate et de l’Estomac, protégeant le centre des herbes dispersantes. Il renforce l’action de Shēng Jiāng dans la régulation du Qi Nourricier et du Qi Défensif, contribuant à maintenir l’harmonie des fonctions digestives pendant le traitement.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) harmonise l’ensemble des substances de la formule et modère les propriétés trop dispersantes de certains ingrédients. Associé à Bái Sháo, il détend les spasmes musculaires, renforçant ainsi l’efficacité du traitement sur la raideur cervicale et dorsale.

Commentaires

Signification du nom :
Gé Gēn Tāng 葛根湯 signifie littéralement « Décoction de Racine de Kudzu ». Le nom met en avant l’ingrédient Empereur, Gé Gēn, dont le rôle thérapeutique central, libérer la couche musculaire de la nuque et du haut du dos tout en générant les Liquides Organiques, détermine l’ensemble de la stratégie thérapeutique. Ce choix nominatif souligne l’originalité de la formule par rapport à d’autres formules du Shāng Hán Lùn 傷寒論 qui portent plutôt le nom de leur composition structurelle.

Position dans la tradition :
La formule apparaît au chapitre 32 de l’Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Induites par le Froid) de Zhang Zhong-Jing. Elle appartient à la famille des formules Taiyang qui traitent les invasions externes de Vent-Froid, et se distingue de Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier) par la présence de Má Huáng et de Gé Gēn, ce qui en fait une formule pour un tableau d’Excès externe (absence de transpiration, rigidité musculaire marquée). Le texte source indique également son usage dans les diarrhées simultanées au stade Taiyang, expliqué par la capacité de la formule à faire monter le Qi de l’Estomac.

Équilibre dynamique de la formule :
Gé Gēn Tāng 葛根湯 présente une tension créatrice entre deux mouvements opposés : d’un côté, Má Huáng et Guì Zhī poussent vers l’Extérieur pour expulser le Froid ; de l’autre, Bái Sháo, Dà Zǎo et Zhì Gān Cǎo ancrent l’intérieur et préservent les Liquides Organiques. Gé Gēn joue le rôle de médiateur : il libère sans assécher, disperse sans épuiser. Shēng Jiāng et Dà Zǎo veillent à l’harmonie de l’Estomac afin que cette tension entre Extérieur et Intérieur n’endommage pas le centre. La formule illustre parfaitement le principe classique : expulser le pathogène tout en protégeant le Qi Correct (Zhèng Qì 正氣).

Pertinence clinique contemporaine :
En médecine contemporaine, Gé Gēn Tāng 葛根湯 est indiqué dans les pathologies biomédicalement définies suivantes : infections des voies respiratoires supérieures avec raideur cervicale, grippe, torticolis aigu, cervicalgie aiguë d’origine froide, rhinite allergique, myosite cervicale aiguë, tendinite ou bursite de l’épaule, urticaire avec frissons et absence de transpiration, rhinite chronique ou sinusite avec sensibilité au froid et gonflement muqueux, et stades précoces de poliomyélite ou d’encéphalite. Deng Shao-Xian, éminent praticien contemporain de Chengdu, l’utilise avec succès dans la diarrhée pédiatrique chronique. Certains praticiens l’emploient comme base dans le traitement de la rhinite allergique.

Nuances d’usage :
La formule est spécifiquement conçue pour un tableau d’Excès externe (absence de transpiration, pouls flottant-serré) ; elle est contre-indiquée en cas de transpiration spontanée, où Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier) serait plus appropriée. Elle ne doit pas être utilisée en cas de tableau de Chaleur ou d’invasion de Vent-Chaleur. Le texte source recommandait de décocter Gé Gēn et Má Huáng en premier dans environ 10 tasses d’eau jusqu’à réduction à 8 tasses, puis d’ajouter les autres herbes et de réduire à 3 tasses ; cette pratique est rarement suivie aujourd’hui. Il convient de surveiller attentivement les patients présentant une faiblesse du Qi ou des Liquides Organiques.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas d’obstruction nasale sévère, ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong), Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis), Xīn Yí (Flos Magnoliae) et Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori)

– En cas d’urticaire, ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) pour diffuser le Vent à la surface

– En cas de vomissements concomitants (stade Taiyang-Yangming avec remontée du Qi de l’Estomac), ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae) : cela donne Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯 (Décoction de Pueraria plus Pinellia)

– En cas de douleur faciale sévère avec raideur, ajouter Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis) et associer Táo Hé Chéng Qì Tāng 桃核承氣湯

– En cas de diarrhée aiguë avec Chaleur interne et langue jaune, retirer Má Huáng et Guì Zhī et ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis Chinensis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) : cela donne Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction de Pueraria, Coptis et Scutellaire)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée par ajout de Bàn Xià pour les vomissements au stade Taiyang-Yangming : Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯 (Décoction de Pueraria plus Pinellia)

– Formule dérivée pour la diarrhée avec Chaleur interne, en remplaçant les herbes diaphorétiques chaudes par des herbes refroidissantes : Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction de Pueraria, Coptis et Scutellaire)

– Formule associée pour la rougeole au stade précoce avec éruption incomplète, combinant Gé Gēn et Shēng Má (Rhizoma Cimicifugae) : Shēng Má Gé Gēn Tāng 升麻葛根湯 (Décoction de Cimicifuga et Pueraria)

– Formule associée pour le syndrome Taiyang-Yangming simultané avec Chaleur accrue, utilisant Gé Gēn associé à Chái Hú (Radix Bupleuri) : Chái Hú Gé Gēn Tāng 柴胡葛根湯 (Décoction de Bupleurum et Pueraria)

Contre-indications

– Transpiration spontanée (vide de Qi protecteur ou tableau de type Guì Zhī Tāng)
– Fièvre élevée avec soif intense et pouls ample, signe de Chaleur au niveau Yangming sans facteur externe (risque d’aggraver la Chaleur avec les herbes acrides et chaudes)
– Vide de Yin avec sécheresse interne
– Grossesse (en raison de la présence de Má Huáng, à n’utiliser qu’avec précaution extrême)
– Hypertension artérielle non contrôlée ou cardiopathie (présence de Má Huáng)

Précautions

– Utiliser avec prudence chez les patients présentant une faiblesse constitutionnelle du Qi ou des Liquides Organiques
– Surveiller l’apparition de sudation excessive après administration ; réduire la dose ou interrompre en cas de sudation profuse
– Suivre le mode de préparation traditionnel (décoction préalable de Gé Gēn et Má Huáng) pour limiter les effets indésirables de Má Huáng
– Interrompre dès la résolution du tableau clinique ; ne pas prolonger l’administration
– Éviter l’association avec des médicaments sympathomimétiques ou des inhibiteurs des MAO en raison de la présence d’éphédrine dans Má Huáng

Populations à risque :

– Femmes enceintes : Má Huáng est déconseillé pendant la grossesse en raison de son potentiel utérotonique
– Personnes âgées avec vide de Qi ou de Yin : risque de sudation excessive aggravant la déficience
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, d’arythmie ou de maladies cardiovasculaires : l’éphédrine contenue dans Má Huáng peut augmenter la fréquence cardiaque et la tension artérielle
– Enfants en bas âge : adapter les dosages, utiliser sous supervision spécialisée
– Patients sous traitement par inhibiteurs des MAO, antihypertenseurs ou médicaments cardiaques

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) / Dynastie Han de l’Est, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte source de la formule, articles 31 et 32 : traitement du syndrome Taiyang avec raideur de la nuque, absence de transpiration, et diarrhée au stade Taiyang-Yangming

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han de l’Est, env. 210 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Présente l’utilisation élargie de Gé Gēn dans les affections de type spasme musculaire et confirme le rôle central de la remontée des Liquides Organiques dans le traitement des contractures

Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Collection commentée de formules médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commentaire approfondi sur la dynamique Taiyang-Yangming de la formule et ses modifications cliniques majeures



Ren Shen Bai Du San

人參敗毒散 Rén Shēn Bài Dú Sǎn
Poudre au Ginseng pour éliminer la Toxine

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui soutiennent le Qi Correct en libérant la Superficie
Source : Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 (Formulaire de la Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping, 1078-1085)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 羌活 Qiāng Huó Rhizoma et Radix Notopterygii Notoptérygium 9 g
E 獨活 Dú Huó Radix Angelicae Pubescentis Angélique pubescente 9 g
M 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre 9 g
M 前胡 Qián Hú Radix Peucedani Peucédan 9 g
M 川芎 Chuān Xiōng Rhizoma Chuanxiong Ligustique de Chuan 9 g
C 枳殼 Zhǐ Ké Fructus Aurantii Bigaradier (fruit mûr) 9 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodonis Platycodon 9 g
C 茯苓 Fú Líng Poria Polypore de Chine 9 g
C 人參 Rén Shēn Radix et Rhizoma Ginseng Ginseng 6 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Réglisse 4,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Le texte source précise de moudre les neuf premières substances en parts égales et la réglisse en quantité moitié moindre. La décoction est préparée avec du Shēng Jiāng 生薑 (Rhizoma Zingiberis Recens, gingembre frais) et de la Bò Hé 薄荷 (Herba Menthae, menthe) servant de véhicules.

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la transpiration et libérer l’Extérieur
Disperser le Vent et éliminer l’Humidité
Renforcer le Qi Correct pour faciliter l’expulsion des toxicités

Indications

Syndromes traités :
Invasion extérieure de Vent-Froid-Humidité chez un patient présentant un vide de Qi sous-jacent
Stade initial de la dysenterie accompagné de signes extérieurs (syndrome dit « inverser la rivière »)
Abcès et plaies cutanées au stade initial avec signes d’invasion extérieure

Tableau Clinique

Langue :
Enduit blanc, épais et gras ; corps de la langue de couleur normale ou légèrement pâle, témoignant de la présence d’Humidité externe et d’un début d’altération du Qi Juste.

Pouls :
浮 (superficiel) : présence d’une agression externe en superficie
濡 (mou-humide) ou Huǎn 緩 (lent-détendu) : présence d’Humidité associée à un vide relatif du Qi Juste ; dans les cas plus sévères, le pouls peut être dépourvu de force

Liste des Symptômes

Symptômes généraux :
Aversion marquée au Froid avec forte fièvre
Absence de transpiration
Douleurs et raideurs de la tête et de la nuque
Douleurs et courbatures généralisées du corps et des membres
Sensation de lourdeur

Symptômes respiratoires :
Obstruction nasale
Voix enrouée
Toux avec expectoration de Glaires
Sensation d’oppression thoracique et diaphragmatique

Symptômes digestifs :
Nausées
Plénitude et pesanteur de l’estomac
Manque d’appétit

Signes additionnels (stade initial de dysenterie) :
Diarrhées ou dysenterie avec ténesme
Douleurs abdominales avec fièvre et frissons concomitants
Absence de sudation

Analyse de la Formule

Qiāng Huó 羌活 – Empereur :
Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) est la substance souveraine principale de cette formule. Piquant, amer et chaud, il ouvre les pores de la peau, chasse le Vent-Froid et l’Humidité à la fois en superficie et en profondeur. Il agit particulièrement sur la partie supérieure du corps, traitant les céphalées, les cervicalgies et les douleurs de la nuque. En tandem avec Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis), qui descend vers la partie inférieure du corps et traite Vent, Froid et Humidité des couches profondes et des os, la paire impériale couvre l’ensemble du corps de la tête aux pieds. Cette combinaison est la clef de voûte permettant d’expulser les influences pathogènes par la transpiration.

Dú Huó 獨活 – Empereur :
Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis) est le second souverain, piquant et légèrement amer. Il descend vers le Réchauffeur Inférieur et traite le Vent, le Froid et l’Humidité logés dans les couches profondes, les articulations et les os. Tandis que Qiāng Huó gouverne la moitié supérieure du corps, Dú Huó gouverne la moitié inférieure, assurant ainsi une libération complète de l’Extérieur.

Chái Hú 柴胡 – Ministre :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est Ministre avec Qián Hú et Chuān Xiōng. Piquant, amer et légèrement froid, Chái Hú libère les muscles et la surface, dissout les agressions extérieures et fait monter le Yang. Il assiste les souverains dans l’expulsion des influences pathogènes vers l’extérieur, tout en favorisant la circulation du Qi.

Qián Hú 前胡 – Ministre :
Qián Hú (Radix Peucedani) fait descendre le Qi du Poumon, transforme les Glaires et traite la toux. Dans cette formule, son rôle est de diriger le Qi vers le bas pour contrebalancer l’action ascendante de Chái Hú, créant ainsi un équilibre dynamique entre montée et descente du Qi. Il traite directement les signes respiratoires.

Chuān Xiōng 川芎 – Ministre :
Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) active le Sang et déplace le Qi. Il élimine le Vent et arrête les douleurs, traitant en particulier les céphalées et les douleurs diffuses du corps liées à l’agression externe. En mobilisant la circulation du Qi et du Sang, il empêche que les influences pathogènes ne s’enkystent dans les structures profondes.

Zhǐ Ké 枳殼 – Conseiller :
Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) fait descendre le Qi, lève la stagnation et soulage la sensation d’oppression thoracique et épigastrique. Il contrebalance les propriétés ascendantes de Chái Hú et contribue à régulariser le mécanisme du Qi dans le Réchauffeur Supérieur et Moyen.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodonis) ouvre le Qi du Poumon, diffuse le Qi en superficie, transforme les Glaires et traite la toux et les enrouements. Associé à Zhǐ Ké, un monte le Qi et l’autre le fait descendre, régulant ainsi la dynamique du Qi pulmonaire. Ensemble, ils libèrent le Qi du Poumon, transforment les Glaires, traitent la toux et le rhume. Dans les Formules et Stratégies de Bensky, cette paire est présentée comme un exemple classique d’harmonisation du Qi par des actions contraires et complémentaires.

Fú Líng 茯苓 – Conseiller :
Fú Líng (Poria) fortifie la Rate et élimine l’Humidité par voie urinaire. Son action assèche le terrain interne en traitant l’Humidité à la racine. En tonifiant la Rate, il soutient discrètement le Qi Juste sans alourdir la formule en substances tonifiantes.

Rén Shēn 人參 – Conseiller :
Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) est le pivot stratégique de cette formule et lui donne son nom. Utilisé en petite dose en qualité de Conseiller, il tonifie le Qi Correct sans retenir les influences pathogènes. Quand le Qi Correct est suffisant, les influences pathogènes sont expulsées naturellement à l’extérieur. Cette utilisation du ginseng illustre la stratégie du « transport inverse » (ni liú): en renforçant le Qi Correct, on pousse les pathogènes vers la surface et hors du corps plutôt que de les attaquer directement. C’est la substance qui différencie fondamentalement Rén Shēn Bài Dú Sǎn de Bài Dú Sǎn 敗毒散 et de Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae) harmonise toutes les substances de la formule, tonifie le Qi et l’Estomac. Il modère les propriétés dispersantes et desséchantes des substances piquantes et chaudes, préservant ainsi les Liquides Organiques tout en soutenant la Rate et l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Rén Shēn Bài Dú Sǎn 人參敗毒散 se traduit littéralement par « Poudre au Ginseng pour Vaincre les Toxines » ou « Poudre au Ginseng pour Surmonter les Influences Pathogènes ». Le caractère bài 敗 signifie « vaincre, défaire », et 毒 désigne les « toxines » ou « influences pathogènes néfastes ». Le terme dans ce contexte désigne l’ensemble des agressions externes (Vent, Froid, Humidité) capables de provoquer des maladies graves. L’adjonction de Rén Shēn 人參 au nom souligne l’originalité de cette formule par rapport aux versions sans ginseng : la stratégie de renforcement du Qi Correct pour expulser les pathogènes est ici centrale et explicitement mise en avant.

Position dans la tradition :
Cette formule figure parmi les formules majeures du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 compilé sous la Dynastie Song (1078-1085). Elle a été largement commentée par les générations suivantes, notamment par Zhang He (Dynastie Jin, XIIe siècle), qui l’inscrit dans la catégorie des formules « soutenant le Juste » (fú zhèng qū xié). La formule occupe une place de choix dans les traités de maladies fébriles comme dans les textes classiques de médecine externe, illustrant la capacité de la tradition chinoise à traiter simultanément l’agression externe et la faiblesse interne. Flaws dans son ouvrage Seventy Essential Chinese Herbal Formulas la classe parmi les formules de libération de l’Extérieur avec soutien du Qi Correct, la présentant comme l’archétype de cette stratégie thérapeutique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre substances dispersantes et tonifiante. D’un côté, les substances piquantes et chaudes comme Qiāng Huó, Dú Huó, Chái Hú et Chuān Xiōng ouvrent les pores, chassent le Vent et l’Humidité et provoquent la transpiration. De l’autre, Rén Shēn et Fú Líng soutiennent le Qi Correct et la Rate. Cette double action, chasser les pathogènes tout en renforçant la résistance, crée une synergie que Bensky qualifie d' »expulsion par le soutien ». La paire Jié Gěng/Zhǐ Ké régule la montée et la descente du Qi du Poumon, tandis que Chái Hú/Qián Hú assurent un équilibre similaire entre diffusion vers l’extérieur et abaissement des Glaires.

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule reste d’une grande pertinence clinique pour traiter les états grippaux et rhumes survenant chez des patients dont le Qi Correct est affaibli: personnes âgées, patients en convalescence, sujets constitutionnellement fragiles. Son usage s’étend, dans la médecine intégrative contemporaine, aux affections respiratoires hautes récurrentes chez les patients à faible immunité, aux premières manifestations de dysenterie amibienne ou bacillaire survenant dans un contexte de faiblesse générale, et aux lésions cutanées infectieuses au stade initial chez les sujets déficients. Les études chinoises modernes rapportées par Chen et Chen confirment son intérêt pour certaines infections respiratoires hautes, la grippe et les premiers stades de maladies entériques.

Nuances d’usage :
La quantité de Rén Shēn est délibérément faible (environ la moitié des autres substances) pour ne pas entraver la dispersion des influences pathogènes. En clinique contemporaine, Rén Shēn est souvent remplacé par Dǎng Shēn 黨參 (Radix Codonopsis) en dosage double, moins onéreux et suffisamment tonifiant pour soutenir le Qi Correct. On veillera à ne pas utiliser cette formule chez des patients présentant un vide de Yin avec signes de Chaleur, ni en cas d’invasion de Vent-Chaleur, car ses substances majoritairement chaudes aggraveraient le tableau. La formule doit être arrêtée dès l’expulsion des pathogènes et l’arrêt de la transpiration, conformément au principe classique : « quand l’influence pathogène est éliminée, on cesse la décoction ».

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de stade initial de dysenterie avec ténesme et douleurs abdominales, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) et ajouter Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) 6 g et Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 6 g pour éliminer l’Humidité-Chaleur intestinale et arrêter la dysenterie

– En cas de début d’abcès et de furoncles avec signes d’invasion extérieure et pus naissant, ajouter Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) 9 g et Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) 9 g, ce qui donne la formule Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas d’abcès et plaies rouges, gonflées, douloureuses aux stades initiaux avec signes extérieurs, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 12 g et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) 9 g pour vider la Chaleur-Toxines, ce qui donne Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翘敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas de paludisme avec frissons et fièvre alternants, augmenter la dose de Chái Hú (Radix Bupleuri) et ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g et Bīng Láng (Semen Arecae) 9 g pour traiter le tableau de mi-Extérieur mi-Intérieur

– En cas d’invasion externe de Vent-Froid avec rhumes internes de Glaires-Humidité (oppression thoracique, toux avec Glaires abondantes, enduit blanc et gras), supprimer Dú Huó, Qiāng Huó et Chuān Xiōng et ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g, Zǐ Sū Yè (Folium Perillae) 6 g et Gě Gēn (Radix Puerariae) 9 g, ce qui aboutit à la formule dérivée Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla)

– En cas d’absence de vide de Qi sous-jacent avéré, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) pour obtenir Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes), formule de libération extérieure sans tonification, indiquée chez les sujets sans déficience

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Rén Shēn : Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes) – formule sans tonification pour sujets sans vide de Qi

– Ajout de Jīng Jiè et Fáng Fēng (avec suppression de Rén Shēn dans la version de Chen & Chen) : Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour maladies de peau et externes avec Wind-Cold, sans vide

– Ajout de Bàn Xià, Zǐ Sū Yè, Gě Gēn, Chén Pí, Mù Xiāng etc. : Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla) – pour invasion externe de Vent-Froid avec Glaires internes, vide de Qi

– Ajout de vieux riz stocké (Chén Cāng Mǐ), suppression de Chái Hú : Cāng Lǐn Sǎn 倉廩散 (Poudre des Greniers) – pour dysenterie toxique avec Qi du Cœur perturbé, vomissements importants

– Ajout de Jīn Yín Huā et Lián Qiào : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour abcès et plaies cutanées avec Chaleur-Toxines concomitantes

Précautions

Contre-indications :
– Invasion de Vent-Chaleur (la formule est majoritairement chaude et dispersante)
– Vide de Yin avec signes de Chaleur interne
– Sudation spontanée ou sudation nocturne liée à un vide de Yin ou de Qi superficiel
– Fièvre sans frissons d’origine interne

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement le traitement dès que les influences pathogènes sont expulsées et que la transpiration survient, pour éviter de trop disperser le Qi Juste
– La forme poudre (prise avec du gingembre frais et de la menthe) est la forme classique ; en décoction, adapter les dosages proportionnellement
– Ne pas prolonger l’usage en l’absence d’un vide de Qi réel, sous peine de drainer inutilement le Qi Juste

Populations à risque :
– Femmes enceintes : utiliser avec extrême prudence (substances dispersantes et diaphorétiques puissantes)
– Patients présentant un vide de Yin marqué : l’usage est contre-indiqué en l’absence de modifications importantes
– Patients présentant uniquement une invasion de Vent-Chaleur sans signe de vide de Qi : préférer des formules de libération de l’Extérieur par le Froid-piquant

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song (1078-1085, Bureau impérial de pharmacologie) Texte source original de la formule ; première description de la composition et des indications
Shè Shēng Zhòng Miào Fāng 攝生眾妙方 Dynastie Ming, 1550 (Zhang Shi-Che) Source de la version Jīng Fáng Bài Dú Sǎn, formule dérivée pour maladies de peau et externes
Yī Fāng Kǎo 醫方考 Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun) Analyse approfondie de la stratégie « inverser la rivière » pour traiter la dysenterie naissante et commentaire sur le rôle du ginseng
Wèn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Tang, dit Wu Ju-Tong) Discussion de l’usage de la formule dans les maladies de Tièdeur (Wen Bing) et précisions sur les contre-indications thermiques
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang) Commentaire détaillé de la formule, explication du mécanisme de la « dérivation inverse » et des modifications principales



Xiao Qing Long Tang

Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯
Décoction du Petit Dragon Vert

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid), Zhang Zhongjing, Dynastie Han

Composition

Má Huáng (麻黃 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi) 9 g
Gān Jiāng (乾薑 Rhizoma Zingiberis) 6 g
Xì Xīn (細辛 Herba Asari cum Radice) 3 g
Wǔ Wèi Zǐ (五味子 Fructus Schisandrae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Alba) 9 g
Bàn Xià (半夏 Rhizoma Pinelliae) 9 g
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et disperse le Vent-Froid
– Réchauffe le Poumon et transforme les Glaires-Froid (饮 Yǐn)
– Rétablit la descente du Qi du Poumon et arrête la toux et l’asthme
– Élimine la rétention d’eau-fluide dans le Réchauffeur Supérieur

Indications

– Attaque de Vent-Froid à l’Extérieur avec rétention de Glaires-Froid (Hán Yǐn 寒飲) à l’Intérieur
– Toux avec expectoration de mucosités abondantes, blanches, mousseuses et fluides
– Dyspnée, oppression thoracique, essoufflement
– Frissons, fièvre sans transpiration (tableau d’Extérieur de type Froid)
– Nausées, vomissements aqueux
– Œdème des membres inférieurs par accumulation d’eau
– Rhinite avec écoulement nasal clair et abondant
– Applications modernes : bronchite chronique, emphysème pulmonaire (外寒內飲 wài hán nèi yǐn), rhinite allergique, asthme bronchique, bronchite aiguë à composante froide

Tableau Clinique

Langue :
Langue pâle ou légèrement bleutée, enduit blanc, humide, glissant (badigeon blanc-laqué traduisant la rétention d’eau-fluide)
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de l’agression du Vent-Froid à l’Extérieur
Jǐn 緊 (tendu-serré) : signe de Froid pathogène
Huá 滑 (glissant) : présent en cas de Glaires abondantes à l’Intérieur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Frissons avec fièvre modérée
– Absence de transpiration
– Douleurs et courbatures du corps
– Sensation de froid prédominante
– Fatigue avec lourdeur des membres

Signes Poumon-Réchauffeur Supérieur :
– Toux avec expectoration abondante, fluide, blanche ou mousseuse
– Dyspnée, asthme, oppression thoracique
– Rhinite avec mucus clair et abondant
– Éternuements
– Crachats d’eau claire en cas de rétention de fluides (Yǐn)

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de soif ou soif avec désir de boissons chaudes (élimine la Chaleur intérieure)
– Absence d’expectoration jaune épaisse (élimine les Glaires-Chaleur)
– Absence de langue rouge avec enduit jaune (élimine le Vent-Chaleur)
– Absence de transpiration spontanée (élimine le syndrome de Gui Zhī Tāng)
– Absence de vide de Yin (élimine les contre-indications majeures)

Analyse de la Formule

Empereur : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est l’Empereur de cette formule. Acrid et tiède, il ouvre les pores, libère l’Extérieur, disperse le Vent-Froid et fait transpirer. Il diffuse simultanément le Qi du Poumon, soulève la dyspnée et arrête la toux. C’est lui qui traite la couche superficielle de l’attaque pathogène.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) est le Ministre. Acrid et tiède, il renforce l’action de Má Huáng pour libérer l’Extérieur, réchauffe les méridiens et disperse le Froid intérieur. Il harmonise le Qi nourricier (*Ying Qi*) et le Qi défensif (*Wei Qi*), soutenant ainsi la transpiration curative sans épuiser le Qi correct.

Conseiller : Gān Jiāng 乾薑 / Xì Xīn 細辛 / Bàn Xià 半夏 / Wǔ Wèi Zǐ 五味子 / Bái Sháo 白芍
Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari cum Radice) constituent le cœur de l’action intérieure : ensemble ils réchauffent le Poumon, dissolvent les Glaires-Froid, éliminent la rétention d’eau-fluide (Yǐn) et arrêtent la toux. Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) transforme les Glaires-Humidité, harmonise l’Estomac et arrête les vomissements aqueux. Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) jouent un rôle de contrepoids essentiel : Wǔ Wèi Zǐ astringent le Qi du Poumon, prévient la dispersion excessive du Qi correct par les substances acre-tièdes ; Bái Sháo nourrit le Sang et le Yin, protège les Liquides Organiques contre le dessèchement causé par Má Huáng, Xì Xīn et Gān Jiāng.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae praeparata) est l’Ambassadeur. Doux et tiède, il tonifie le Qi de la Rate et de l’Estomac, harmonise toutes les autres substances de la formule, modère la force dispersante des substances acrides, protège le centre et coordonne les actions contradictoires des ingrédients chauds et acides présents dans la formule.

Commentaires

Signification du nom :
Le « Petit Dragon Vert » (Xiǎo Qīng Lóng) évoque en cosmologie chinoise le dragon céleste de l’Est, associé au Bois, au Vent et au Printemps. Dans le contexte médical, le dragon symbolise la capacité à mobiliser et transformer les eaux stagnantes : la formule « fait bouger le dragon » pour disperser l’accumulation de fluides-froids dans le Poumon et l’Espace Supérieur. Le qualificatif « Petit » (Xiǎo) la distingue de la formule sœur Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Grand Dragon Vert), formule plus puissante indiquée quand la chaleur intérieure co-existe avec le froid extérieur.

Position dans la tradition :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng est l’une des formules fondatrices du Shāng Hán Lùn. Elle figure dans les articles 40 et 41 du traité de Zhang Zhongjing (150–219 apr. J.-C.) et représente le traitement canonique de la configuration « Extérieur Froid / Intérieur Eau-Fluide » (wài hán nèi yǐn 外寒内飲). Elle est considérée comme le modèle de toutes les formules qui associent libération de l’Extérieur et transformation des fluides-froids. Sa structure bipolaire — substances dispersantes et substances astringentes — en fait un exemple archétypal de la dialectique « ouvrir/fermer » (kāi/hé 開合) en pharmacopée classique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une tension créatrice entre deux pôles. D’un côté, les substances acrides et tièdes-chaudes (Má Huáng, Guì Zhī, Gān Jiāng, Xì Xīn) ouvrent l’Extérieur, réchauffent l’Intérieur et dispersent Froid et Glaires. De l’autre, les substances acides et astringentes (Wǔ Wèi Zǐ, Bái Sháo) ferment, retiennent et préservent le Yin, le Qi correct et les Liquides Organiques. Bàn Xià joue un rôle pivot en transformant les Glaires sans disperser. Zhì Gān Cǎo garantit la cohésion du centre. Cette dialectique ouvrir-fermer, disperser-retenir, est précisément ce qui rend la formule à la fois efficace et sûre, évitant la dispersion excessive du Qi correct lors de l’attaque des substances acrides.

Pertinence clinique contemporaine :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng reste une formule de première ligne dans le traitement des affections respiratoires chroniques à dominance froide : asthme bronchique avec crise déclenchée par le froid ou l’humidité, bronchite chronique obstructive (BPCO) en phase de décompensation hivernale, emphysème pulmonaire avec Glaires-Froid, rhinite allergique saisonnière (notamment printanière), sinusite chronique avec mucus clair. Des études pharmacologiques modernes ont identifié des propriétés bronchodilatatrices (Má Huáng via l’éphédrine), anti-inflammatoires et antihistaminiques dans plusieurs composants. La formule est utilisée en association avec des traitements occidentaux dans certains services hospitaliers asiatiques pour les pathologies respiratoires obstructives.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yin ou de vide de Sang marqué : les substances acrides-tièdes aggraveraient le dessèchement
– Réduire la dose ou associer des substances nourrissantes en cas de constitution fragile (personnes âgées, post-partum)
– La présence de Xì Xīn impose la prudence en termes de dosage (toxicité rénale à hautes doses prolongées)
– Cette formule est fortement dispersante ; son usage doit être limité dans le temps dès que les signes d’Extérieur disparaissent
– Ne pas confondre avec Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 qui traite un tableau mixte Froid-Extérieur / Chaleur intérieure avec agitation

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid Extérieur sévère avec transpiration absente marquée, augmenter les doses de Má Huáng (Herba Ephedrae) et de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae)

– En cas de stagnation importante des Liquides avec expectoration très abondante, difficulté à respirer en position allongée, enduit lingual glissant-humide et pouls serré-glissant, augmenter les doses de Xì Xīn (Herba cum Radice Asari) et de Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae), et ajouter Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g

– En cas de congestion nasale prononcée, rhinorrhée abondante et céphalée, substituer Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) à Gān Jiāng, substituer Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) à Bái Sháo, et ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) 9 g et Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 9 g

– En cas de toux et d’irritabilité avec distension thoracique et abdominale, ajouter Shí Gāo (Gypsum) 15-30 g (ce qui donne la variante Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯)

– En cas de toux persistante avec épuisement du Qi du Poumon, ajouter Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae) 9 g et Zǐ Wǎn (Radix Asteris Tatarici) 9 g

– En cas de palpitations par montée de l’eau vers le Cœur, ajouter Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) à dose augmentée pour réchauffer le Yang et transformer les Liquides

– En cas de difficultés urinaires avec Liquides Organiques stagnants, ajouter Fú Líng (Sclerotium Poriae Cocos) 12 g pour drainer les Liquides par la voie urinaire

– En cas de vomissements associés, ajouter les ingrédients de la Zuǒ Jīn Wán 左金丸 (Pilule du Métal Gauche), soit Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae Rutecarpae)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée avec adjonction de Gypse pour tableau mixte Froid-Extérieur/Chaleur intérieure : Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯 (Décoction du Petit Dragon Vert plus Gypse)

– Formule sœur pour Vent-Froid Extérieur avec Chaleur intérieure et agitation intense (sans Glaires-Froid internes) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Formule associée pour Glaires-Froid dans le Réchauffeur Moyen avec dyspnée et palpitations (sans syndrome d’Extérieur) : Líng Guì Zhú Gān Tāng 苓桂朮甘湯 (Décoction de Poria, Cannelle, Atractylodes et Réglisse)

– Formule associée pour asthme avec Glaires et Froid, sans syndrome d’Extérieur, dans un contexte de vide de Yang du Rein : Shè Gān Má Huáng Tāng 射干麻黃湯 (Décoction de Belamcanda et d’Éphédra)

– Formule associée pour dyspnée avec abondance de Glaires chaudes et Froid à l’Extérieur (variante avec chaleur prédominante) : Dìng Chuǎn Tāng 定喘湯 (Décoction qui Arrête l’Asthme)

Contre-indications

– Vide de Yin marqué avec toux sèche, gorge sèche et langue rouge sans enduit
– Vide de Sang avec palpitations, teint pâle, vertiges
– Chaleur intérieure prépondérante (fièvre élevée, soif intense, expectoration jaune et épaisse)
– Syndrome extérieur avec transpiration spontanée (tableau de Guì Zhī Tāng)
– Grossesse (Xì Xīn est considéré comme contre-indiqué, et Bàn Xià non préparé est abortif)
– Hypertension artérielle non contrôlée (Má Huáng contient de l’éphédrine, vasopressive)
– Insuffisance cardiaque décompensée
– Glaucome à angle fermé (risque lié à l’éphédrine)

Précautions

– Surveiller la tension artérielle chez les patients hypertendus traités
– Limiter la durée d’utilisation : formule dispersante à usage temporaire, interrompre dès résolution du syndrome d’Extérieur
– Réduire les doses de Xì Xīn en cas d’insuffisance rénale ou d’usage prolongé (nephrotoxicité potentielle aux doses élevées)
– Réduire les doses globales chez les sujets âgés ou de constitution fragile
– Ne pas associer à des sympathomimétiques (risque d’effets cardio-vasculaires cumulatifs liés à Má Huáng)
– Surveiller les signes de sécheresse excessive (bouche sèche, agitation, palpitations) témoignant d’un début de consommation du Yin par les substances acrides-tièdes
– En cas de vide de Qi du Poumon ou du Rein sous-jacent, ne pas utiliser seul sans adjonction de substances tonifiantes

Populations à risque :

– Femmes enceintes (contre-indication relative à absolue selon les auteurs)
– Nourrissons et jeunes enfants (adapter les doses, surveiller les effets de l’éphédrine)
– Sujets âgés avec vide de Yin ou de Rein
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, cardiopathie ischémique ou arythmie
– Patients sous traitement par inhibiteurs de la MAO (interaction avec l’éphédrine de Má Huáng)
– Patients atteints d’hyperthyroïdie (Má Huáng peut exacerber les symptômes)
– Patients avec antécédents d’anxiété sévère ou d’insomnie (effet stimulant de l’éphédrine)

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Texte fondateur ; articles 40 et 41 décrivent le tableau principal (*wài hán nèi yǐn* 外寒内飲) et l’utilisation de la formule dans le contexte du Tài Yáng avec rétention de fluide-froid interne

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Abrégé des Prescriptions du Coffret d’Or) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Complète les indications du Shāng Hán Lùn en y ajoutant le traitement de la dyspnée, des œdèmes et des rétentions de fluides à composante froide ; décrit également la formule dérivée Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng

Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil commenté des Prescriptions médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commente la structure de la formule, l’équilibre disperser/retenir, et fournit les bases de l’analyse Empereur-Ministre-Conseiller-Ambassadeur encore utilisée aujourd’hui

Fāng Jì Xué 方劑學 / Époque moderne – Shanghai Science Technology Press, 1986 / Manuel de référence de l’enseignement des formules en Chine populaire, codifiant l’analyse contemporaine de la formule.



Yin Qiao San

Yín Qiào Sǎn 銀翹散
Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes fraiches qui libèrent la Superficie (xīn liáng jiě biǎo jì 辛凉解表剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, Dynastie Qīng (1798)

Composition

Jīn Yín Huā (金銀花 Flos Lonicerae Japonicae) 15 g
Lián Qiào (連翹 Fructus Forsythiae Suspensae) 15 g
Jié Gěng (桔梗 Radix Platycodi Grandiflori) 6 g
Niú Bàng Zǐ (牛蒡子 Fructus Arctii Lappae) 9 g
Bò Hé (薄荷 Herba Menthae Haplocalycis) 6 g
Dàn Dòu Chǐ (淡豆豉 Semen Sojae Praeparatum) 5 g
Jīng Jiè (荊芥 Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 5 g
Dàn Zhú Yè (淡竹葉 Herba Lophatheri Gracilis) 4 g
Xiān Lú Gēn (鮮蘆根 Rhizoma Phragmitis Communis Recens) 15–30 g
Gān Cǎo (甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis) 5 g

Actions thérapeutiques

– Disperse le Vent-Chaleur et libère l’Extérieur
– Élimine la Chaleur et détoxifie
– Diffuse le Qi du Poumon et bénéficie à la gorge
– Génère les Liquides Organiques et apaise la soif

Indications

– Stade initial d’une maladie de Tièdeur (Wēn Bìng) au niveau protecteur (Wèi)
– Invasion de Vent-Chaleur affectant le Poumon et l’Extérieur
– Fièvre avec frissons légers ou absents
– Maux de tête, corps douloureux
– Toux
– Gorge rouge, douloureuse ou enflée
– Soif légère
– Atteintes du niveau protecteur : grippe, rhinopharyngite, angine, bronchite aiguë débutante, rougeole à son stade initial, oreillons, encéphalite ou méningite en stade initial

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue rouge à la pointe ; enduit mince, blanc ou légèrement jaune
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de la localisation du facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : traduit la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (pouvant être marquée)
– Frissons légers ou absents
– Maux de tête
– Corps douloureux
– Légère transpiration ou absence de transpiration
– Soif légère

Signes Poumon-gorge :
– Toux
– Gorge rouge, enflée, douloureuse (angine, pharyngite)
– Congestion nasale
– Enrouement possible

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de frissons intenses (différencie du Vent-Froid)
– Absence de transpiration profuse (différencie des stades plus profonds)
– Absence d’enduit jaune épais (différencie d’une invasion ayant pénétré au niveau Qi)
– Absence de soif intense avec désir de boissons froides (différencie du niveau Qi)
– Absence de fièvre élevée isolée sans frissons (différencie du stade yang ming)

Analyse de la Formule

Empereur : Jīn Yín Huā 金銀花 / Lián Qiào 連翹
Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) libère la Chaleur de l’Extérieur et élimine les toxines ; sa saveur douce et froide lui permet de disperser le Vent-Chaleur sans aggraver l’assèchement des Liquides Organiques. Employé conjointement, Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) amplifie l’action de dispersion du Vent-Chaleur et de détoxification ; l’association des deux substances constitue le noyau thérapeutique central de la formule et justifie son nom. Leur dose est volontairement la plus élevée car leur action est le cœur même du traitement.

Ministre : Bò Hé 薄荷 / Dàn Dòu Chǐ 淡豆豉
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis) est acrid et frais ; il renforce l’action de libération de l’Extérieur des Empereurs et diffuse le Qi du Poumon pour bénéficier à la gorge.
Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum) libère légèrement l’Extérieur et aide à disperser la Chaleur superficielle sans provoquer une sudation excessive qui épuiserait le Yin.

Conseiller : Jīng Jiè 荊芥 / Niú Bàng Zǐ 牛蒡子 / Jié Gěng 桔梗 / Dàn Zhú Yè 淡竹葉 / Xiān Lú Gēn 鮮蘆根
Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae), bien que de nature chaude et âcre, renforce ici l’action de libération de l’Extérieur sans engendrer de sécheresse ; son action diaphorétique légère complète celle des Ministres.
Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii Lappae) diffuse le Qi du Poumon, bénéficie à la gorge et réduit l’inflammation pharyngée.
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), par son action ascendante, ouvre la voie du Poumon et traite la gorge ; associé à Gān Cǎo, il forme une combinaison classiquement efficace contre les douleurs pharyngées.
Dàn Zhú Yè (Herba Lophatheri Gracilis) et Xiān Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis Communis Recens) génèrent les Liquides Organiques, apaisent la soif et évacuent la Chaleur.

Ambassadeur : Gān Cǎo 甘草
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis) harmonise l’action de toutes les autres substances, contribue à l’élimination de la Chaleur-toxines et renforce, avec Jié Gěng, l’effet thérapeutique sur la gorge.

Commentaires

Signification du nom :
Yín 銀 désigne la fleur de Chèvrefeuille (Jīn Yín Huā, littéralement « fleur d’or et d’argent »), Qiào 翹 désigne le Forsythia (Lián Qiào), et Sǎn 散 signifie « poudre ». Le nom de la formule est donc bâti sur les deux substances Empereurs, signalant, selon la lecture de Qín Bó-Wèi, la volonté délibérée de Wú Jú-Tōng d’insister sur l’usage premier des substances froides dans le traitement du stade initial des maladies de Tièdeur, rompant ainsi avec la tradition des formules chaudes pour libérer l’Extérieur.

Position dans la tradition :
Yín Qiào Sǎn est la formule emblématique du niveau protecteur (Wèi) dans le système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) développé par Yè Tiān-Shì et codifié par Wú Jú-Tōng dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn (1798). Elle représente la réponse canonique des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng) à leur stade le plus superficiel, et s’inscrit dans la rupture historique avec l’école des maladies induites par le Froid (Shāng Hán). Elle est comparée régulièrement à Sāng Jú Yǐn : si les deux formules traitent le niveau protecteur de Vent-Chaleur, Yín Qiào Sǎn est plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la Chaleur-toxines, tandis que Sāng Jú Yǐn est plus efficace pour traiter la toux.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule conjugue deux mouvements complémentaires : une action vers l’Extérieur (substances acrides et diaphorétiques légères : Jīng Jiè, Bò Hé, Dàn Dòu Chǐ) et une action de refroidissement et détoxification (Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Xiān Lú Gēn). Cette double polarité évite l’erreur de traiter les maladies de Tièdeur avec des substances uniquement chaudes et diaphorétiques, qui aggraveraient la Chaleur et lèseraient le Yin. La décoction doit être préparée brièvement (moins de 20 minutes) pour préserver les huiles essentielles des substances légères et aromatiques, notamment Bò Hé ajouté en fin de cuisson.

Pertinence clinique contemporaine :
Yín Qiào Sǎn reste l’une des formules les plus prescrites en pratique clinique contemporaine pour les affections aiguës des voies respiratoires supérieures d’origine virale ou bactérienne : rhinopharyngites, angines, laryngites, bronchites aiguës débutantes, syndromes grippaux, rougeole à son stade initial, oreillons, ainsi que les stades initiaux d’encéphalite ou de méningite bactérienne. Elle est commercialisée sous de nombreuses formes galéniques (granulés, comprimés, gélules) et fait l’objet d’études pharmacologiques démontrant des activités antivirales, antibactériennes et antipyrétiques. Biomédicalement, son profil d’action correspond à une modulation de la réponse inflammatoire aiguë des voies aériennes supérieures.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang ou d’invasion de Vent-Froid (frissons prédominants, absence de soif, enduit blanc)
– La formule est contre-indiquée lorsque le facteur pathogène a déjà pénétré au niveau Qi (fièvre élevée isolée, enduit jaune épais, soif intense)
– En cas d’Humidité-Chaleur, la formule est peu efficace sans modification (selon Yè Tiān-Shì, le Vent-Chaleur doit être évacué par la sudation ; le Vent-Humidité doit être drainé par le bas)
– La brièveté de la cuisson est fondamentale : une décoction trop longue détruit les principes actifs aromatiques et réduit l’efficacité diaphorétique et antipyrétique
– À administrer fréquemment et en petites doses (toutes les 4 à 6 heures) aux stades initiaux aigus pour maintenir l’action thérapeutique

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Oppression thoracique marquée : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches seu Pogostemi) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation du Qi thoracique

– Soif intense : ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) pour générer les Liquides Organiques

– Angine ou pharyngite sévère : ajouter Mǎ Bó (Fructificatio Lasiosphaerae seu Calvatiae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) pour refroidir et bénéficier à la gorge

– Toux prononcée : ajouter Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) pour diffuser le Qi du Poumon et arrêter la toux

– Chaleur pénétrant à l’Intérieur avec urine rare : ajouter Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae), Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae Asphodeloidis) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis)

– Épistaxis : supprimer Jīng Jiè et Dàn Dòu Chǐ, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis) pour refroidir le Sang et arrêter le saignement

– Rougeole débutante avec éruption incomplète : ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Fú Píng (Herba Lemnae seu Spirodelae) pour faire éclore l’éruption

– Abcès ou furoncles débutants : ajouter Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci Mongolici cum Radice) et Dà Qīng Yè (Folium Daqingye) pour renforcer la détoxification

– Enduit jaune et diarrhée : associer à Gě Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction à la Kudzu, au Coptis et à la Scutellaire) (texte source)
– Endométrite aiguë : supprimer Gān Cǎo et Dàn Zhú Yè, ajouter Zhī Zǐ, Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae)

– Oppression thoracique due à l’Humidité : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches) et Yù Jīn (Tuber Curcumae) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour les restes de Chaleur après purge incomplète au stade yang ming avec lésion du Yin : Yín Qiào Tāng 銀翹湯 (Décoction à la Chèvrefeuille et au Forsythia) — compose de Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Gān Cǎo, Mài Mén Dōng et Shēng Dì Huáng ; enrichit le Yin et évacue la Chaleur de l’Extérieur (source : Wēn Bìng Tiáo Biàn)

– Formule de libération de l’Extérieur avec renforcement contre les facteurs pathogènes, pour abcès débutants avec tableau extérieur : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre à la Chèvrefeuille et au Forsythia pour Vaincre les Toxines) — ajouter Jīn Yín Huā et Lián Qiào à Rén Shēn Bài Dú Sǎn (source : Yī Fāng Jí Jiě)

Contre-indications

– Invasion de Vent-Froid (frissons intenses, absence de soif, pas de fièvre dominante, enduit blanc)
– Vide de Yang ou de Qi avec constitution fragile
– Humidité-Chaleur sans modification préalable de la formule
– Stade plus profond (niveau Qi, Nutrif ou Sang) sans adaptation importante de la composition
– Sudation profuse déjà présente signe d’épuisement du Yin ou d’atteinte plus profonde

Précautions

– Ne pas faire cuire plus de 20 minutes ; Bò Hé doit être ajouté 5 minutes avant la fin de la décoction
– Administrer fréquemment (toutes les 4 à 6 heures) pour maintenir l’effet thérapeutique en phase aiguë
– Surveiller l’évolution clinique : si la fièvre persiste ou s’aggrave et si l’enduit devient jaune et épais, adapter la formule à un stade plus profond
– Éviter les aliments épicés, gras ou frits pendant le traitement
– Les formes commerciales en comprimés peuvent contenir des additifs modernes ; vérifier la composition exacte avant prescription

Populations à risque :

– Patients présentant un vide de Yin préexistant marqué : la sudation provoquée peut aggraver la lésion du Yin ; envisager l’ajout de substances nourrissant le Yin (Shēng Dì Huáng, Mài Mén Dōng)
– Femmes enceintes : prudence en raison de l’action diaphorétique et de la présence de Niú Bàng Zǐ et Bò Hé ; à n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue et sous surveillance
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les doses en proportion du poids ; s’assurer de l’absence de contre-indication pédiatrique pour chaque substance
– Patients avec vide de Yang ou froid de l’Estomac : la nature froide de la formule peut léser le Yang de la Rate-Estomac ; envisager l’ajout de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ou de Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae)

Textes de Référence

Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) / Dynastie Qīng, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) / Texte source de la formule ; présente Yín Qiào Sǎn comme formule canonique du stade protecteur des maladies de Tièdeur dues au Vent-Chaleur, avec l’instruction de préparer une décoction brève de Xiān Lú Gēn et de prendre les autres substances en poudre à 9 g par dose avec cette décoction

Wài Gǎn Wēn Bìng 外感溫病 / Tradition des maîtres de l’École des Maladies de Tièdeur, notamment Yè Tiān-Shì 葉天士 / Codification du système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) dans lequel s’inscrit l’indication première de Yín Qiào Sǎn ; précise que le Vent-Chaleur doit être évacué par ventilation de l’Extérieur et que l’emploi exclusif de substances chaudes serait une erreur thérapeutique grave

Zhōng Yī Fāng Jì Lín Chuáng Shǒu Cè 中醫方劑臨床手冊 (Manuel Clinique des Formules de Médecine Chinoise) / Époque contemporaine / Recense de nombreuses études cliniques validant l’usage de Yín Qiào Sǎn dans les infections aiguës des voies respiratoires supérieures, les syndromes grippaux, la rougeole et les oreillons, ainsi que les encéphalites à stade initial



Gui Zhi Tang

Guì Zhī Tāng 桂枝湯
Décoction de Rameau de Cannelier

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì 辛温解表剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale

Composition

Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 9 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 4 pièces (env. 12 g)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère les influences pathogènes de la couche musculaire (cou li 腠理)
– Régularise le Qi Défensif (Wèi Qì 衛氣) et le Qi Nourricier (Yíng Qì 營氣)
– Harmonise l’Intérieur et l’Extérieur
– Tonifie le Qi du Milieu (Rate-Estomac)

Indications

– Invasion externe de Vent-Froid avec vide relatif du Qi Défensif
– Fièvre et frissons non soulagés par la transpiration
– Transpiration spontanée présente (signe distinctif)
– Céphalées et nuque raide
– Congestion nasale et nausées sans vomissements francs
– Absence de soif particulière
– Aversion au Vent
– Faiblesse constitutionnelle, convalescence après maladie grave, post-partum

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince, blanc et humide ; corps de la langue normal ou légèrement pâle.
Pouls :
浮 (superficiel) : indique la présence d’une influence pathogène à l’Extérieur
Huǎn 緩 (modéré, légèrement lent) ou Ruò 弱 (faible) : indique un vide relatif du Qi Défensif et une disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre avec frissons simultanés
– Transpiration spontanée persistante (ne résout pas la condition)
– Aversion au Vent et aux courants d’air
– Fatigue générale
– Teint légèrement terne

Signes respiratoires et digestifs :
– Congestion nasale
– Nausées légères ou nausées à vide (hoquets secs)
– Absence de soif marquée
– Possible légère difficulté à déglutir

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration (orienterait vers Má Huáng Tāng 麻黃湯)
– Absence de fièvre intense avec soif et gorge douloureuse (orienterait vers un syndrome de Chaleur)
– Absence de pouls tendu (jǐn) qui évoquerait un syndrome de Froid en Excès
– Absence de frissons intenses sans fièvre (absence de vide de Yang profond)

Analyse de la Formule

Empereur : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) Chaud, acride et doux, il libère l’influence pathogène de Vent-Froid de la couche musculaire, réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les canaux, et renforce le Qi Défensif pour expulser le facteur pathogène. Il constitue le pivot thérapeutique de la formule en traitant directement la disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif.

Ministre : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) Frais et acide, il nourrit le Yin, bénéficie au Qi Nourricier et contient les Liquides Organiques qui s’échappent par la transpiration incontrôlée. Associé à l’Empereur, il renforce simultanément la capacité du Qi Défensif à expulser le facteur pathogène tout que consolidant le Qi Nourricier. Cette synergie est le cœur de la régulation Ying-Wei.

Conseiller : Shēng Jiāng 生薑
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) Chaud et acride, il assiste l’Empereur dans la libération de l’Extérieur, réchauffe le Qi Nourricier et harmonise l’Estomac pour traiter les nausées et le Qi rebelle de l’Estomac. Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae), second Conseiller, nourrit et harmonise le Qi Nourricier et le Sang, renforce le Qi du Milieu et assiste le Ministre dans la stabilisation de l’intérieur.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) Doux et tiède, il tonifie le Qi du Milieu, harmonise l’action de toutes les herbes de la formule et modère la dispersion sudorifique de l’Empereur pour prévenir une transpiration excessive. Il soutient également Dà Zǎo dans le renforcement du Qi de la Rate et de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Guì Zhī 桂枝 désigne le rameau de cannelier (Cinnamomum cassia). Tāng 湯 signifie « décoction » ou « bouillon chaud ». La formule tire son nom de son herb principal, le rameau de cannelier, qui est à la fois son ingrédient distinctif et son agent thérapeutique central. Contrairement à la cannelle d’écorce (ròu guì 肉桂), c’est la branche légère qui agit en surface et dans les canaux sans descendre profondément réchauffer le Yang.

Position dans la tradition :
Guì Zhī Tāng est considérée comme l’une des formules les plus importantes du Shāng Hán Lùn 傷寒論. Zhang Zhong-Jing lui consacre plus de vingt variations dans ce seul texte, ce qui en fait la formule-mère d’une famille extraordinairement prolifique. Les générations suivantes l’ont utilisée comme fondation pour des formules traitant aussi bien des conditions internes que des pathologies chroniques complexes. Elle est souvent décrite comme la formule inaugurale de la médecine chinoise classique, inaugurant le système de la différenciation par les six strates (liù jīng biàn zhèng 六經辨證).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre libérer et consolider. Guì Zhī libère et disperse (action centrifuge, Yang), tandis que Bái Sháo retient et consolide (action centripète, Yin). Cette tension créatrice entre expansion et contention définit la stratégie fondamentale de la formule. Les Conseillers (Shēng Jiāng et Dà Zǎo) ancrent cette dynamique dans le Qi du Milieu, garant de la production continue du Qi Nourricier et du Qi Défensif. L’Ambassadeur Zhì Gān Cǎo harmonise l’ensemble sans briser cet équilibre délicat.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Guì Zhī Tāng est indiquée dès que la constitution est affaiblie, que la transpiration est présente et que l’aversion au Vent domine sur l’aversion au Froid. Elle est particulièrement précieuse en post-partum, en convalescence, chez les personnes âgées et les enfants de faible constitution. Elle est aussi utilisée hors contexte infectieux pour la régulation du système nerveux autonome (hyperhidrose, rhinite allergique, urticaire à froid, spasme cérébrovasculaire) lorsque le tableau Ying-Wei est présent. La biomédecine l’a étudiée dans les infections respiratoires hautes, la fièvre post-partum, la rhinite allergique et l’angiœdème.

Nuances d’usage :
– La condition traitée est désignée dans le Shāng Hán Lùn par le terme zhōng fēng 中風 (« atteinte par le Vent »), par opposition à shāng hán 傷寒 (« blessure par le Froid ») pour laquelle Má Huáng Tāng est indiquée
– La transpiration présente est le signe cardinal qui différencie ce tableau : c’est précisément parce que le Qi Défensif est relatif en vide qu’il ne peut plus contenir les Liquides Organiques
– Le texte source recommande de faire prendre la décoction chaude, de couvrir le patient et d’ingérer une bouillie de riz chaude pour faciliter une légère transpiration ; dès l’apparition de la transpiration, l’administration doit cesser
– En été ou lors de chaleurs intenses, utiliser avec précaution (risque d’aggraver un tableau de Chaleur)
– Contre-indiquée si la transpiration est due à un Vide de Yin ou à une Chaleur interne

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Congestion nasale marquée avec éternuements : ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae)

– Dyspnée et respiration difficile : ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) → Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子湯

– Transpiration profuse : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae), réduire d’un tiers la dose de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) et Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) ; ajouter Huáng Qí (Radix Astragali Membranacei) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Céphalées sévères : substituer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici)

– Douleurs articulaires des extrémités avec fatigue (Humidité) : ajouter Qiāng Huó (Radix et Rhizoma Notopterygii) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Vomissements sévères : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) et de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ; ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis)

– Purge erronée ayant blessé le Yang du thorax, pouls irrégulier et sensation d’oppression thoracique : supprimer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Qù Sháo Yào Tāng 桂枝去芍藥湯

– Plénitude abdominale suite à purge erronée : doubler la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Jiā Sháo Yào Tāng 桂枝加芍藥湯

Formules Dérivées et Associées

– Nuque raide et contractée, transpiration, aversion au Vent : ajouter Gé Gēn (Radix Puerariae) : Guì Zhī Jiā Gé Gēn Tāng 桂枝加葛根湯 (Décoction de Guì Zhī avec Kudzu)

– Syndrome Bi douloureux, douleurs généralisées, pouls flottant déficient et rugueux, résistance du Yang dans les canaux : ajouter Fù Zǐ (Radix Lateralis Aconiti Carmichaeli Praeparata) : Guì Zhī Jiā Fù Zǐ Tāng 桂枝加附子湯 (Décoction de Guì Zhī avec Aconit Préparé)

– Syndrome Taiyang persistant avec épuisement partiel du Qi Défensif, visage rouge, prurit généralisé : combiner à demi-dose avec Má Huáng Tāng : Guì Zhī Má Huáng Gè Bàn Tāng 桂枝麻黃各半湯 (Décoction moitié-moitié Guì Zhī et Má Huáng)

– Douleurs abdominales spasmodiques par vide consomptif (Zhōng Jiāo), accompagnées de palpitations et vertiges : ajouter Yí Táng (Saccharum Granorum) et doubler Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) : Xiǎo Jiàn Zhōng Tāng 小建中湯 (Petite Décoction pour Construire le Milieu)

– Palpitations, émission de Sperme nocturne, instabilité de l’Esprit (Shen 神), transpiration par vide de Yang : ajouter Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝加龍骨牡蠣湯 (Décoction de Guì Zhī avec Os du Dragon et Huître)

– Syndrome Bi douloureux avec Vent-Froid-Humidité et déficience de Yang : ajouter Fù Zǐ (Radix Aconiti) et remplacer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par des herbes spécifiques : Wū Tóu Guì Zhī Tāng 烏頭桂枝湯 (Décoction d’Aconit et Guì Zhī)

Contre-indications

– Syndrome Extérieur de Froid en Excès avec absence de transpiration (indiquer Má Huáng Tāng)
– Syndrome de Chaleur Extérieure (Vent-Chaleur) avec fièvre intense, soif ou gorge douloureuse
– Chaleur interne avec saignements de nez (la formule pourrait aggraver le saignement)
– Transpiration due à un vide de Yin (l’action dispersante de Guì Zhī aggraverait le vide de Yin)
– Utilisation en été ou lors de chaleurs intenses sans indication claire du tableau Ying-Wei
– Pouls rapide avec fièvre et soif (signe de Chaleur interne)

Précautions

– Ne pas administrer en cas de transpiration profuse : risque de vider davantage le Qi Défensif et les Liquides Organiques
– En cas d’erreur de prescription ou de dosage excessif, une transpiration profuse, fièvre intense, soif vive et palpitations peuvent survenir ; administrer alors Bái Hǔ Jiā Rén Shēn Tāng pour corriger les effets secondaires
– Interdire la consommation d’alcool, d’aliments crus, froids, pimentés ou gras pendant le traitement
– La décoction doit être prise chaude, suivie d’une bouillie de riz chaude ; le patient doit se couvrir pour favoriser une légère transpiration
– Dès l’apparition de la transpiration, cesser l’administration ; ne pas répéter en cas de succès dès la première prise
– En cas de présence d’une Chaleur interne associée, même légère, prendre avec extrême prudence

Populations à risque :

– Patients avec vide de Yin ou épuisement des Liquides Organiques : contre-indiqués (risque d’aggravation)
– Patients hypertendus ou avec des saignements actifs : à éviter en raison de l’action de Guì Zhī qui stimule la circulation
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence (action tonifiante du Sang et active la circulation dans les canaux)
– Patients avec tendance aux épistaxis : la formule peut déclencher des saignements de nez si appliquée en présence de Chaleur
– Personnes constitutionnellement Yin-déficientes (vide de Yin chronique) : surveillance étroite requise

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte fondateur de la médecine classique chinoise dans lequel Guì Zhī Tāng occupe une place inaugurale et centrale ; plus de vingt variations y sont décrites. Le texte précise les modalités d’administration (décoction chaude, bouillie de riz, couverture) et les conditions d’arrêt du traitement.

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Second grand texte de Zhang Zhong-Jing, qui reprend et étend les applications de Guì Zhī Tāng aux maladies internes complexes, notamment aux désordres du post-partum, aux douleurs abdominales et aux pathologies mixtes Extérieur-Intérieur.

Yī Fāng Kǎo 醫方考 (Études sur les Formules Médicales) / Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun 吳崑) / Commentaire analytique détaillé de la formule dans le cadre de la systématisation des formules classiques ; met en valeur la dynamique Ying-Wei comme clé d’interprétation de Guì Zhī Tāng.

Shāng Hán Lùn Tiáo Biàn 傷寒論條辨 (Explication Analytique du Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Ming (Fang You-Zhi 方有執) / Commentaire classique qui précise l’opposition entre zhōng fēng et shāng hán et la place de Guì Zhī Tāng dans le système des six strates.



Ma Huang Tang

麻黃湯 Má Huáng Tāng
Décoction d’Éphédra

Catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur (Jiě Biǎo Jì 解表劑)
Sous-catégorie : Formules piquantes et tièdes qui libèrent l’Extérieur (Xīn Wēn Jiě Biǎo Jì 辛溫解表劑)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale (env. 200 apr. J.-C.)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 麻黃 Má Huáng Herba Ephedrae Éphédra (tiges), sans les nœuds 9 g
M 桂枝 Guì Zhī Ramulus Cinnamomi Rameau de cannelier 6 g
C 苦杏仁 Kǔ Xìng Rén Semen Armeniacae Amarum Graine d’abricotier amer, sans peau ni pointe 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle Réglisse rôtie au miel 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la sudation et libérer l’Extérieur (fā hàn jiě biǎo 發汗解表)
Diffuser le Qi du Poumon et calmer la dyspnée (xuān fèi píng chuǎn 宣肺平喘)
Disperser le Froid et lever l’obstruction du Qi Défensif

Indications

Syndromes traités :
Agression externe par le Vent-Froid avec plénitude de l’Extérieur (tài yáng shāng hán zhèng 太陽傷寒證) – tableau d’Extérieur en plénitude
Obstruction du Qi Défensif par le Froid sans sudation
Dyspnée et toux par contrainte du Qi du Poumon due au Froid

Tableau Clinique

Langue :
Langue de coloration normale ou légèrement pâle, enduit mince et blanc (bái tái), non humide excessivement ; absence de modifications notables de la couleur du corps lingual en l’absence d’atteinte intérieure.

Pouls :
浮 (superficiel) : indique que la pathologie est localisée à l’Extérieur, le Qi Défensif se mobilise contre l’agent pathogène
Jǐn 緊 (tendu, serré) : signe caractéristique du Froid ; le Froid contracte et resserre, produisant une tension au toucher, distinguant ce tableau de l’agression par le Vent seul

Liste des Symptômes

Signes généraux :
Frissons intenses prédominants avec fièvre
Absence de sudation (signe cardinal du tableau de plénitude de l’Extérieur)
Céphalées et courbatures généralisées, douleurs musculaires diffuses
Raideur de la nuque

Signes respiratoires :
Dyspnée, respiration difficile ou sifflante (chuǎn 喘)
Toux
Congestion nasale avec écoulement clair

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
Absence de transpiration spontanée
Absence de soif
Absence de gorge rouge ou douloureuse

Analyse de la Formule

Má Huáng 麻黃 – Empereur :
Má Huáng (Herba Ephedrae) est la substance pivot de cette formule. Amer, piquant et tiède, il entre dans les méridiens du Poumon et de la Vessie. Sa nature piquante et dispersante lui permet d’ouvrir les pores, de provoquer la sudation et de libérer la superficie, s’attaquant directement au pathogène Vent-Froid emprisonné dans le niveau Tài Yáng. Il agit simultanément sur le Poumon en diffusant son Qi vers le haut et vers l’extérieur, levant ainsi la contrainte qui génère la dyspnée et la toux. Bensky et al. soulignent qu’il est le remède le plus puissant pour ouvrir les interstices et provoquer la sudation, d’où son rang d’Empereur dans cette formule emblématique.

Guì Zhī 桂枝 – Ministre :
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), piquant et tiède, libère la couche musculaire de l’Extérieur et réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les méridiens. Associé à Má Huáng, il renforce considérablement l’action sudorifique de la formule : Má Huáng ouvre les interstices et les pores, tandis que Guì Zhī pousse le pathogène vers l’extérieur. Cette association est décrite par Bensky et al. comme particulièrement efficace pour libérer l’Extérieur. Guì Zhī réchauffe les méridiens et disperse le Froid, régularisant ainsi la relation entre le Qi Nourricier (yíng qì) et le Qi Défensif (wèi qì) qui se trouve entravé.

Kǔ Xìng Rén 苦杏仁 – Conseiller :
Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), amer et légèrement tiède, entre dans le méridien du Poumon. Son action principale est de débloquer la circulation du Qi du Poumon et de favoriser son mouvement descendant, ce qui complète l’action ascendante et dispersante de Má Huáng. L’association de ces deux substances crée un équilibre dynamique entre la diffusion (xuān 宣) et la descente (jiàng 降) du Qi pulmonaire, traitant ainsi efficacement la dyspnée et la toux. Flaws précise que Xìng Rén aide également Má Huáng à expulser le pathogène.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle), doux et tiède après torréfaction au miel, harmonise l’action de toutes les autres substances. Il modère la puissance diaphorétique de Má Huáng et Guì Zhī, prévenant ainsi une sudation excessive qui pourrait léser le Qi et les Liquides Organiques. Il joue le rôle de conseiller correcteur (zuǒ zhì), protégeant le Qi Juste tout en permettant une action sudorifique suffisante et calibrée.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Má Huáng Tāng 麻黃湯 signifie littéralement « Décoction d’Éphédra ». 麻 évoque une sensation d’engourdissement ou de picotement, qualité sensorielle associée à la plante ; Huáng 黃 désigne la couleur jaune caractéristique des tiges séchées. Le terme Tāng 湯 désigne la forme décoction, mode de préparation qui en maximise la puissance diaphorétique et la rapidité d’action – propriétés essentielles dans un contexte d’agression externe aiguë.

Position dans la tradition :
Cette formule occupe une place canonique dans le corpus de la médecine chinoise classique. Tirée du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing, elle est citée au moins neuf fois dans ce texte fondateur pour le traitement des maladies du niveau Tài Yáng en plénitude, situation désignée par l’expression shāng hán 傷寒 au sens étroit (lésion par le Froid). Bensky et al. la qualifient de « formule classique pour traiter le Froid en excès à l’Extérieur ». Elle est également considérée comme formule-mère d’un grand nombre de dérivés majeurs.

Équilibre dynamique de la formule :
La grande efficacité de cette formule tient à son architecture interne en miroir : Má Huáng et Guì Zhī agissent ensemble sur la superficie en forçant l’ouverture des pores, tandis que Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo régulent le Poumon et pondèrent la dispersion. Má Huáng et Xìng Rén forment un binôme pulmonaire classique : le premier diffuse le Qi vers le haut et l’extérieur, le second le fait descendre et se déployer vers le bas. Guì Zhī et Zhì Gān Cǎo forment quant à eux une association tonifiante qui protège le centre tout en favorisant la libération de l’Extérieur. La formule est ainsi conçue pour chasser le pathogène sans dilapider le Qi Juste.

Pertinence clinique contemporaine :
En médecine contemporaine, cette formule reste d’usage courant dans les pathologies respiratoires aiguës répondant au tableau de plénitude de l’Extérieur par Vent-Froid. Elle est indiquée dans la phase initiale des infections des voies aériennes supérieures (rhinites, sinusites, laryngites), de la grippe, des bronchites aiguës, et des crises d’asthme de type Froid. Chen et Chen rapportent son usage étendu à l’asthme bronchique, à la pneumonie lobaire, à la glomerulonéphrite aiguë débutante, et aux formes débutantes de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité. Elle doit impérativement être réservée aux sujets en bonne condition physique générale, présentant un pouls superficiel et tendu avec absence totale de transpiration.

Nuances d’usage :
La distinction fondamentale entre Má Huáng Tāng et Guì Zhī Tāng 桂枝湯 repose sur la présence ou l’absence de sudation : Má Huáng Tāng est indiquée pour le tableau de plénitude de l’Extérieur (biǎo shí 表實) sans transpiration, alors que Guì Zhī Tāng s’adresse au tableau de vide de l’Extérieur (biǎo xū 表虛) avec sudation. Bensky et al. rappellent que dans le Shāng Hán Lùn, cette agression par le Froid (shāng hán au sens étroit) s’oppose à l’attaque par le Vent (zhōng fēng) traitée par Guì Zhī Tāng. La durée d’administration doit être brève : dès l’apparition d’une légère sudation généralisée, la formule est arrêtée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid à l’Extérieur avec Chaleur à l’Intérieur (fièvre intense, agitation), ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 15-30 g ; cette transformation donne naissance à Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– En cas de vide de Qi concomitant avec faiblesse constitutionnelle, ajouter Huáng Qí (Radix Astragali) 15-30 g pour tonifier le Qi Défensif

– En cas de gorge rouge ou douloureuse, réduire le dosage de Guì Zhī de moitié et ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 9-12 g et Shè Gān (Rhizoma Belamcandae) 6-9 g

– En cas de dyspnée, oppression thoracique et toux avec expectorations blanches et aqueuses, ajouter Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g

– En cas de douleurs articulaires et musculaires intenses avec lourdeur par Vent-Froid-Humidité, ajouter Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) 9-12 g ; cette transformation donne Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– En cas de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité avec douleurs musculo-articulaires diffuses, ajouter Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) 15-30 g ; cette transformation donne Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– En cas de Froid à l’Extérieur très intense avec Chaleur intérieure, forte fièvre sans transpiration, agitation et pouls flottant et tendu, ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 30-60 g, Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) 9 g et Dà Zǎo (Fructus Jujubae) 12 pièces ; cette transformation donne Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– En cas de toux et d’expectorations abondantes avec oppression thoracique, supprimer Guì Zhī et ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori) 9 g, Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g, Chì Fú Líng (Poria rubra) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g ; cette transformation donne Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Shēng Jiāng (action diaphorétique atténuée, pour Vent-Froid sans blocage sévère du méridien) : Sān Ào Tāng 三拗湯 (Décoction des Trois Libérations)

– Ajout de Shí Gāo en remplacement de Guì Zhī (transformation vers Chaleur au Poumon) : Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– Ajout de Shí Gāo, Shēng Jiāng et Dà Zǎo (Vent-Froid à l’Extérieur intense avec Chaleur à l’Intérieur, agitation, œdème flottant) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Ajout de Bái Zhú (syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité, corps lourd, douleurs articulaires) : Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– Ajout de Yì Yǐ Rén avec dosages réduits (Vent-Humidité à l’Extérieur, fièvre aggravée l’après-midi, courbatures légères) : Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Sāng Bái Pí, Sū Zǐ, Chì Fú Líng, Chén Pí (Vent-Froid au Poumon avec Glaires abondantes) : Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

– Formule de la même source traitant le niveau Tài Yáng en vide (avec sudation, aversion au Vent) : Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Cannelier)

Précautions

Contre-indications :
– Tableau de vide de l’Extérieur avec transpiration spontanée : utiliser Guì Zhī Tāng à la place
– Vide de Qi ou de Yang préexistant sans robustesse constitutionnelle
– Vide de Yin avec chaleur interne ou fièvre par vide
– Grossesse
– Saignements spontanés ou tendance hémorragique (epistaxis récurrents, hémoptysie)
– Hypertension artérielle non contrôlée (en raison des effets adrénergiques de Má Huáng)
– Mictions abondantes et fréquentes (polyurie signant un vide du Bas-Réchauffeur)

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement l’administration dès l’apparition d’une légère transpiration généralisée ; ne pas poursuivre au-delà
– Éviter une sudation excessive qui lèserait le Qi, le Sang et les Liquides Organiques
– Prendre la décoction chaude et couvrir le patient pour favoriser une légère transpiration
– Ne pas décocter les substances piquantes-aromatiques plus de 20-30 minutes pour préserver leur principe actif volatile
– Ne pas utiliser une fois que l’agent pathogène s’est transformé et pénétré à l’Intérieur (disparition du pouls superficiel, apparition de la soif, langue rouge)
– Usage à court terme uniquement ; interrompre dès résolution du tableau

Populations à risque :
– Personnes âgées et enfants en bas âge : risque de sudation excessive et de lésion du Qi
– Patients constitutionnellement faibles, convalescents, post-partum
– Patients sous traitement pour hypertension ou pathologies cardio-vasculaires
– Patients avec antécédents d’épistaxis ou de troubles de la coagulation

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn (Traité des Maladies Causées par le Froid) 傷寒論 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Source primaire ; présentation canonique de la formule pour le niveau Tài Yáng en plénitude (shāng hán), citée au moins 9 fois dans le texte
Jīn Guì Yào Lüè (Précis des Prescriptions du Coffret d’Or) 金匱要略 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Usage étendu à l’œdème aigu flottant et aux formules dérivées : Má Huáng Jiā Zhú Tāng et Má Xìng Yì Gān Tāng
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng (Formulaire de Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping) 太平惠民和劑局方 Dynastie Song, 1078-1085 (Département Médical Impérial) Codification de dérivés (Sān Ào Tāng, Huá Gài Sǎn) et précisions sur les modalités d’administration
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Époque des Han (attribué à l’Antiquité, compilé sous les Han) Premières descriptions des propriétés de Má Huáng : goût amer, nature tiède, action de provoquer la transpiration et de calmer la dyspnée



Sang Ju Yin

桑菊飲 Sāng Jú Yǐn
Décoction de Mûrier et de Chrysanthème

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur Vent-Chaleur
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wu Ju-Tong, 1798

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 桑葉 Sāng Yè Folium Mori Feuille de mûrier blanc 7,5 g
E 菊花 Jú Huā Flos Chrysanthemi Morifolii Fleur de chrysanthème 3 g
M 連翹 Lián Qiào Fructus Forsythiae Suspensae Fruit de forsythia 4,5 g
M 薄荷 Bò Hé Herba Menthae Haplocalycis Menthe poivrée 2,5 g
M 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodi Grandiflori Racine de platycodon 6 g
M 杏仁 Xìng Rén Semen Armeniacae Amarum Noyau amer d’abricot 6 g
C 蘆根 Lú Gēn Rhizoma Phragmitis Communis Rhizome de roseau commun 6 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis Racine de réglisse 2,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Libère l’Extérieur et disperse le Vent-Chaleur
Facilite la diffusion du Qi du Poumon et arrête la toux
Clarifie la Chaleur et élimine légèrement la toxicité

Indications

Syndromes traités :
Invasion externe de Vent-Chaleur au stade superficiel (niveau wei 衛) avec toux prédominante
Chaleur légère au niveau du Poumon avec légère soif et début de maladies de Tièdeur (Wen Bing)

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince, blanc ou légèrement jaune ; corps de la langue normal ou légèrement rouge sur les bords et à la pointe, indiquant que la Chaleur n’a pas encore pénétré en profondeur
Pouls :
浮 (Flottant) : signe d’une condition extérieure superficielle
Shuò 數 (Rapide) : indique la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Symptômes principaux :
Toux – symptôme dominant de cette formule
Légère fièvre ou sensation fébrile modérée
Légère soif
Légère aversion au froid ou absence d’aversion au froid

Symptômes secondaires :
Gorge légèrement douloureuse ou irritée
Congestion nasale légère
Céphalées légères
Yeux légèrement rouges ou irrités (Vent-Chaleur affectant la tête)

Analyse de la Formule

Sāng Yè 桑葉 – Empereur :
Sāng Yè (Folium Mori) constitue, avec Jú Huā, le binôme impérial de cette formule. De nature fraîche et légère, il libère la Chaleur extérieure, clarifie la Chaleur du Poumon et arrête la toux. Son action est orientée vers le haut et l’extérieur, favorisant la diffusion du Qi du Poumon et la dispersion du Vent-Chaleur. Il est particulièrement adapté aux troubles du Poumon d’origine externe.

Jú Huā 菊花 – Empereur :
Jú Huā (Flos Chrysanthemi Morifolii) renforce l’action de libération de l’Extérieur de Sāng Yè en dispersant le Vent-Chaleur du Réchauffeur Supérieur, notamment celui qui affecte les yeux et la tête. Il clarifie la Chaleur du Foie et du Poumon. Son association avec Sāng Yè représente le couple fondateur de la formule, tous deux légers et aromatiques, agissant à la superficie du corps.

Lián Qiào 連翹 – Ministre :
Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) renforce la capacité de la formule à libérer l’Extérieur et à éliminer la toxicité. Il amplifie l’action de dispersion du Vent-Chaleur des deux Empereurs. Sa nature légère et ascendante permet d’agir sur les couches superficielles du corps sans alourdir la formule.

Bò Hé 薄荷 – Ministre :
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis) est piquant et frais, libère l’Extérieur, disperse le Vent-Chaleur et clarifie la tête. Ajouté en fin de cuisson pour préserver ses principes volatils aromatiques, il potentialise l’action libératrice des Empereurs et contribue à soulager les céphalées et l’irritation de la gorge associées au syndrome.

Jié Gěng 桔梗 – Ministre :
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori) agit par son action ascendante en facilitant la diffusion du Qi du Poumon vers le haut et l’extérieur. En association avec Xìng Rén, il forme un binôme classique : l’un élève, l’autre abaisse, rétablissant ainsi le mouvement physiologique du Qi du Poumon (descente et diffusion). Il soulage également la gorge et expulse les Glaires.

Xìng Rén 杏仁 – Ministre :
Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) complète Jié Gěng par son action descendante, régularisant le Qi du Poumon pour arrêter la toux. Ce couple ascendant-descendant est le mécanisme thérapeutique central de la formule pour traiter la toux liée à l’obstruction du Qi du Poumon par le Vent-Chaleur. Xìng Rén diffuse et abaisse simultanément le Qi pulmonaire.

Lú Gēn 蘆根 – Conseiller :
Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis Communis) clarifie la Chaleur, génère les Liquides Organiques et apaise la soif. Il prévient que la Chaleur n’endommage les fluides du Poumon et de l’Estomac. Sa présence dans la formule témoigne de l’attention portée aux fluides corporels dans les maladies de Tièdeur, même à leur stade le plus précoce.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis) harmonise l’action de toutes les herbes de la formule, contribue à clarifier la Chaleur et à soulager l’irritation de la gorge en association avec Jié Gěng. Il protège également l’Estomac des herbes froides et modère les propriétés dispersantes des autres substances.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom de la formule, 桑菊飲 Sāng Jú Yǐn, est construit à partir des deux herbes impériales : 桑 (sāng), la feuille de mûrier, et 菊 (), la fleur de chrysanthème. Le caractère 飲 (yǐn) désigne une décoction légère, bue en petite quantité, ce qui souligne la nature superficielle et peu concentrée de la préparation – parfaitement adaptée au stade extérieur précoce du trouble. Le nom évoque ainsi à la fois la composition et la légèreté du traitement.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) de Wu Ju-Tong (吳鞠通), rédigé en 1798, ouvrage fondamental de l’école des maladies de Tièdeur (Wen Bing). Elle occupe une place centrale dans la catégorie des formules libérant l’Extérieur Vent-Chaleur et est systématiquement présentée en miroir de la Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de Chèvrefeuille et de Forsythia), avec laquelle elle partage plusieurs ingrédients clés.

Équilibre dynamique de la formule :
L’architecture de la formule repose sur deux axes complémentaires. Le premier est horizontal : libérer l’Extérieur par Sāng Yè, Jú Huā, Lián Qiào et Bò Hé. Le second est vertical : rétablir le mouvement du Qi du Poumon par la paire Jié Gěng (ascendant) / Xìng Rén (descendant). Lú Gēn protège les Liquides Organiques et prévient l’approfondissement du pathogène, tandis que Gān Cǎo harmonise l’ensemble. La formule est volontairement légère – les dosages sont faibles et la cuisson brève (moins de 20 minutes) – afin de traiter un niveau superficiel sans consommer le Yin ni épuiser le Qi.

Pertinence clinique contemporaine :
Le Sāng Jú Yǐn est l’une des formules les plus fréquemment utilisées en clinique pour les pathologies respiratoires aiguës d’origine externe à caractère chaud : infections des voies respiratoires supérieures avec toux sèche ou peu productive, bronchites aiguës débutantes, conjonctivites de type Vent-Chaleur. Ses applications biomédicales incluent également les angines débutantes, la toux sèche post-infectieuse et certaines formes d’influenza précoce. Elle sert aussi de formule de base pour les troubles oculaires de type Vent-Chaleur (conjonctivite, rougeur des yeux, larmoiement).

Nuances d’usage :
Le Sāng Jú Yǐn est considéré comme plus spécifique pour la toux, tandis que la Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de Chèvrefeuille et de Forsythia) est plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la toxicité. Lorsque la fièvre est plus marquée, la gorge très douloureuse ou les symptômes plus prononcés, la Yín Qiào Sǎn est préférable. En revanche, lorsque la toux est le symptôme dominant et la Chaleur reste légère et superficielle, le Sāng Jú Yǐn est le choix de premier rang. Une cuisson courte est impérative : dépasser 20 minutes altère les principes aromatiques et volatils des herbes légères qui constituent l’essentiel de la formule.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur au niveau qi (niveau qi 氣) avec soif marquée et fièvre plus élevée, ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 15-30 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g – selon le texte source

– En cas de Chaleur pénétrant au niveau nutritif (niveau ying 營) avec langue rouge foncée, ajouter Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) 9 g et Shuǐ Niú Jiǎo (Cornu Bubali) 30 g en remplacement du Cornu Rhinoceri – selon le texte source

– En cas de Chaleur pénétrant dans le Sang avec langue rouge vif, supprimer Lú Gēn et Bò Hé, et ajouter Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici) 9 g, Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae) 12 g, Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) 9 g et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan Radicis) 9 g – selon le texte source

– En cas de Chaleur intense du Poumon avec toux grasse, ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g – selon le texte source

– En cas de soif prononcée, ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) 9-12 g – selon le texte source

– En cas de mucosités épaisses jaunes difficiles à expectorer, ajouter Guā Lóu Pí (Pericarpium Trichosanthis) 9 g et Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii) 9 g

– En cas de dyspnée légère ou de respiration laborieuse, ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 15 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g

– En cas de crachats striés de Sang, ajouter Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan Radicis) 9 g, Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15 g et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Nuciferae Rhizomatis) 9 g

– En cas de gorge douloureuse prononcée, ajouter Mǎ Bó (Fructificatio Lasiosphaerae seu Calvatiae) 6 g et Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii Lappae) 9 g

– En cas de Vent-Chaleur affectant les yeux (rougeur, larmoiement, photophobie), ajouter Bái Jí Lí (Fructus Tribuli Terrestris) 9 g, Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) 9 g et Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae Vulgaris) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule sœur plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la toxicité, indiquée lorsque fièvre élevée, gorge douloureuse et symptômes d’intoxication sont prédominants sur la toux : Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de Chèvrefeuille et de Forsythia)

– Formule pour la Sécheresse-Chaleur externe légère affectant le Poumon avec toux sèche, soif, enduit sec, partage Sāng Yè et Xìng Rén avec le Sāng Jú Yǐn mais traite la Sécheresse plutôt que le Vent : Sāng Xìng Tāng 桑杏湯 (Décoction de Mûrier et de Noyau d’Abricot)

– Formule pour la Sécheresse-Chaleur sévère blessant le Poumon avec fièvre élevée, dyspnée, hémoptysie, niveau plus profond que le Sāng Jú Yǐn : Qīng Zào Jiù Fèi Tāng 清燥救肺湯 (Décoction pour Éliminer la Sécheresse et Sauver le Poumon)

– Formule pour le stade yangming des maladies de Tièdeur avec Chaleur ayant pénétré en profondeur, soif intense, sueurs, représente l’étape suivante d’évolution si le Sāng Jú Yǐn n’est pas administré à temps : Bái Hǔ Tāng 白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc)

Précautions

Contre-indications :
– Toux due à un Vide de Qi du Poumon ou à un Vide de Yin du Poumon : la formule, légèrement froide et dispersante, aggraverait ces états de vide
– Invasion externe de Vent-Froid avec frissons prononcés, absence de soif, enduit blanc et glissant : contre-indication formelle
– Toux chronique d’origine interne (Vide de Rein, Vide de Yin du Poumon, Glaires froides) : formule inadaptée aux conditions non-extérieures

Mises en garde :
– Ne pas cuire plus de 20 minutes afin de préserver les principes aromatiques et volatils des herbes légères (notamment Bò Hé, Sāng Yè, Jú Huā)
– Bò Hé doit être ajouté seulement 5 minutes avant la fin de la cuisson
– La faiblesse des dosages est intentionnelle et doit être respectée : augmenter les doses dénaturerait le caractère superficiel et léger de la formule
– Ne pas utiliser de manière prolongée : cette formule est conçue pour un usage court (2 à 5 jours) dans un contexte aigu

Populations à risque :
– Personnes souffrant de Vide de Qi de la Rate et de l’Estomac avec selles molles : les herbes froides peuvent fragiliser davantage la digestion ; surveiller la tolérance digestive
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence, car les herbes dispersantes peuvent mobiliser le Qi vers l’extérieur ; consulter un praticien qualifié
– Personnes âgées avec constitution faible et Vide de Yin sous-jacent : la formule peut être utilisée en début d’invasion, mais doit être surveillée car les herbes dispersantes risquent de consommer les fluides déjà insuffisants

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Ju-Tong 吳鞠通) Source primaire de la formule. Décrit l’invasion de Vent-Chaleur au niveau wei avec toux prédominante ; donne la composition originale et les indications précises ainsi que les modifications majeures
Wēn Rè Jīng Wěi 溫熱經緯 (Ordonnancement des Maladies de Chaleur) 溫熱經緯 Dynastie Qing, 1852 (Wang Meng-Ying 王孟英) Précise la théorie des quatre niveaux (wei, qi, ying, xue) et contextualise l’usage du Sāng Jú Yǐn au niveau wei superficiel ; enrichit la compréhension de la progression pathologique
Wēn Rè Lùn 溫熱論 (Traité sur les Maladies de Tièdeur) 溫熱論 Dynastie Qing, 18e siècle (Ye Tian-Shi 葉天士) Fondement théorique de l’école des maladies de Tièdeur ; établit le principe du traitement au niveau wei par les herbes légères et aromatiques, justifiant l’approche de la formule



Bi Yan Pian

鼻炎片 Bí Yán Piān
Comprimé pour la rhinite

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui traitent les affections nasales (Bi Yuan, Bi Qiu)
Source : Formule moderne du XXe siècle, dérivée du Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 issu du Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules au secours des vivants) de Yán Yōng-Hé, 1253

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 蒼耳子 Cāng Ěr Zǐ Fructus Xanthii Sibirici Fruit de xanthium sibérien (lampourde) 9 g
E 辛夷 Xīn Yí Flos Magnoliae Liliflorae Bouton floral de magnolia (fleur de magnolia) 9 g
M 白芷 Bái Zhǐ Radix Angelicae Dahuricae Racine d’angélique de Dahurie 9 g
M 連翹 Lián Qiào Fructus Forsythiae Suspensae Fruit de forsythia 9 g
M 野菊花 Yě Jú Huā Flos Chrysanthemi Indici Fleur de chrysanthème sauvage 9 g
C 黄柏 Huáng Bǎi Cortex Phellodendri Chinensis Écorce de phellodendron de Chine 6 g
C 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis Rhizome d’anémarhène 9 g
C 防風 Fáng Fēng Radix Saposhnikoviae Divaricatae Racine de saposhnikovia (siler) 6 g
C 荊芥 Jīng Jiè Herba Schizonepetae Tenuifoliae Herbe de schizonépète (menthe japonaise) 6 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodi Grandiflori Racine de platycodon (campanule chinoise) 6 g
A 五味子 Wǔ Wèi Zǐ Fructus Schisandrae Chinensis Fruit de schisandra (baie aux cinq saveurs) 6 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Uralensis Racine de réglisse de l’Oural 6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperser le Vent et éliminer la Chaleur
Ouvrir les orifices du nez et dégager les sinus
Transformer les Glaires et éliminer les toxines
Consolider le Qi du Poumon et prévenir la dispersion excessive

Indications

Syndromes traités :
Invasion de Vent-Chaleur obstruant le Poumon et les orifices du nez
Chaleur-Humidité accumulée dans les sinus avec formation de Glaires
Vent-Froid se transformant en Chaleur au niveau du Réchauffeur Supérieur
Rhinite allergique avec terrain de vide de Qi du Poumon et Wei Qi insuffisant

Tableau Clinique

Langue :
Corps de la langue normal à rouge ; enduit jaune, légèrement épais ou gras, plus marqué à la racine et en partie médiane, témoignant de la Chaleur-Humidité accumulée dans le Réchauffeur Supérieur et Moyen

Pouls :
Huá 滑 (Glissant) : indique la présence de Glaires et d’Humidité dans le Poumon
Shuò 數 (Rapide) : traduit la présence de Chaleur, surtout en cas d’infection aiguë ou de rhinite infectieuse
浮 (Flottant) : en cas d’invasion de Vent externe récente, signe de lutte du Qi Protecteur à la surface

Liste des Symptômes

Symptômes nasaux principaux :
Obstruction et congestion nasale intermittente ou permanente
Écoulement nasal épais jaune ou verdâtre, parfois purulent et malodorant
Écoulement nasal aqueux et abondant en phase allergique
Perte ou diminution de l’odorat (hyposmie)
Voix nasonnée, sensation de nez bouché
Éternuements répétés, prurit nasal
Croûtes ou irritation des muqueuses nasales

Symptômes généraux associés :
Céphalée frontale ou sinusienne, sensation de lourdeur de la tête
Yeux rouges, larmoyants, prurit oculaire (rhinoconjonctivite)
Congestion et pression sinusales, douleur au niveau des sinus maxillaires ou frontaux
Légère fièvre ou sensation de chaleur en cas d’infection active
Gorge sèche ou irritée, toux légère par écoulement post-nasal

Analyse de la Formule

Cāng Ěr Zǐ 蒼耳子 – Empereur :
Cāng Ěr Zǐ (Fructus Xanthii Sibirici) est l’Empereur de cette formule. Amer, piquant, légèrement chaud et légèrement toxique, il entre dans les méridiens du Poumon. Son action principale est d’ouvrir les orifices du nez, de disperser le Vent-Chaleur et le Vent-Froid, d’éliminer l’Humidité et de soulager les douleurs. Il constitue la substance de référence dans la pharmacopée chinoise pour le traitement de la rhinite et de la sinusite, en ciblant spécifiquement la région nasale. Son association avec Xīn Yí forme le binôme classique de la désobstruction nasale, tel qu’il est établi dès le Jì Shēng Fāng 濟生方.

Xīn Yí 辛夷 – Empereur :
Xīn Yí (Flos Magnoliae Liliflorae) est co-Empereur de la formule. Piquant et légèrement chaud, il entre dans le méridien du Poumon. Aromatique et dispersant, il ouvre les orifices du nez, chasse le Vent-Froid et réduit la congestion nasale. Son caractère aromatique lui confère une action pénétrante directe sur les voies nasales, réduisant l’inflammation des muqueuses et fluidifiant les sécrétions. Seul bouton floral utilisé en pharmacopée pour traiter spécifiquement la pathologie des sinus et du nez, il est indispensable en cas de céphalée frontale associée. Son usage remonte au Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur).

Bái Zhǐ 白芷 – Ministre :
Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae) est piquant, chaud et aromatique. Il entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Gros Intestin. Il libère l’Extérieur et disperse le Vent-Froid, ouvre les orifices nasaux, assèche l’Humidité et soulage la douleur. En association avec les deux Empereurs, il renforce considérablement l’action décongestionnante nasale. Il est particulièrement utile en cas de céphalée frontale liée à la congestion sinusienne. Bensky et al. (2004) le décrivent comme l’une des substances majeures pour les pathologies nasales et sinusiennes impliquant le Vent-Froid ou le Vent-Humidité.

Lián Qiào 連翹 – Ministre :
Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) est amer, légèrement piquant et froid. Il entre dans le méridien du Cœur, du Poumon et de la Vésicule Biliaire. Il élimine la Chaleur externe contractée (Vent-Chaleur), dissipe les nodules et élimine les toxines. Sa présence dans cette formule lui confère une dimension anti-infectieuse, particulièrement utile en cas de rhinite infectieuse ou de surinfection sinusienne avec sécrétions purulentes. Il représente l’un des dix-huit ingédients de la famille des herbes qui libèrent le Vent-Chaleur selon la classification de Scheid et al. (2007).

Yě Jú Huā 野菊花 – Ministre :
Yě Jú Huā (Flos Chrysanthemi Indici) est amer, piquant et légèrement froid. Il entre dans les méridiens du Poumon et du Foie. Il disperse le Vent-Chaleur, élimine les toxines de feu et réduit les gonflements inflammatoires. Plus froid et plus puissant en termes de détoxification que son cousin Jú Huā 菊花, il renforce l’action anti-inflammatoire et antiallergique de la formule, en agissant sur les états de Vent-Chaleur avec toxines en particulier. Il soutient également l’action oculaire, traitant les yeux rouges et larmoyants souvent associés à la rhinoconjonctivite.

Huáng Bǎi 黄柏 – Conseiller :
Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri Chinensis) est amer et froid. Il entre dans les méridiens du Rein, de la Vessie et du Gros Intestin. Il draine la Chaleur-Humidité et élimine le Feu. Dans cette formule, il cible la Chaleur-Humidité accumulée qui se manifeste par des sécrétions nasales épaisses, jaunes ou verdâtres. Son association avec Zhī Mǔ constitue le binôme classique qui éteint le Feu de plénitude tout en préservant le Yin, évitant que l’usage prolongé de substances chaudes et dispersantes ne dessèche les Liquides Organiques des muqueuses.

Zhī Mǔ 知母 – Conseiller :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) est amer, doux et froid. Il entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Rein. Il élimine la Chaleur et purge le Feu, nourrit le Yin et humidifie la Sécheresse. Il élimine la Chaleur du Poumon, qui se manifeste par une congestion nasale avec sécrétions épaisses, chaudes et colorées. En association avec Huáng Bǎi, il prévient la dessiccation des muqueuses nasales que pourrait provoquer l’emploi prolongé de substances aromatiques dispersantes. Chen et Chen (2008) soulignent son rôle de substrat tonique compensatoire dans les formules de traitement prolongé.

Fáng Fēng 防風 – Conseiller :
Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae Divaricatae) est piquant, légèrement amer et légèrement chaud. Il entre dans les méridiens du Poumon, du Foie et de la Rate. Excellent dispersant du Vent, il libère l’Extérieur sans être trop asséchant. Doux dans son action, il convient tant au Vent-Froid qu’au Vent-Chaleur. Il renforce la capacité de dispersion du Vent externe de la formule, en complément de Jīng Jiè. Son usage dans les formules de rhinite allergique est confirmé par Scheid et al. (2007), notamment pour le traitement du prurit nasal et des éternuements de type allergique.

Jīng Jiè 荊芥 – Conseiller :
Jīng Jiè (Herba Schizonepetae Tenuifoliae) est piquant et légèrement chaud. Il entre dans le méridien du Poumon et du Foie. Il libère l’Extérieur, disperse le Vent et ouvre les pores de la peau. Il agit en synergie avec Fáng Fēng pour renforcer la libération du Vent externe. Légèrement chaud mais peu intensément dispersant, il est toléré même en cas de tableau mixte Vent-Froid et Vent-Chaleur. Bensky et al. (2004) le qualifient de substance de choix pour les invasions de Vent lorsque la nature froide ou chaude du facteur pathogène n’est pas encore clairement définie.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori) est amer, piquant et neutre. Il entre dans le méridien du Poumon. Il ouvre et diffuse le Qi du Poumon, transforme les Glaires, bénéficie à la gorge et dirige les autres substances vers le Réchauffeur Supérieur. Son rôle de vecteur ascendant lui permet de conduire l’ensemble de la formule vers le nez, les sinus et la tête, région où se manifeste la pathologie. Il prépare également la voie à l’expectoration des sécrétions en mobilisant le Qi du Poumon dans sa fonction de diffusion et de descente.

Wǔ Wèi Zǐ 五味子 – Ambassadeur :
Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) est aigre et chaud. Il entre dans les méridiens du Poumon, du Cœur et du Rein. Il consolide et retient le Qi du Poumon, nourrit le Rein et arrête la toux. Sa présence dans cette formule de dispersion est stratégique : il prévient la dispersion excessive du Qi du Poumon par les nombreuses substances aromatiques et piquantes, agissant comme un frein astringent qui préserve le Yin pulmonaire. Chen et Chen (2008) soulignent son rôle antiallergique reconnu, modulant la réponse immunitaire dans les rhinites allergiques. Il constitue également un garde-fou contre la consommation excessive de Qi et de Yin que pourrait induire un traitement prolongé.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Uralensis) est doux et neutre. Il entre dans les méridiens du Cœur, du Poumon, de la Rate et de l’Estomac. Il tonifie le Qi du Centre, élimine la Chaleur et les toxines en usage cru, harmonise toutes les substances de la formule et en atténue les effets secondaires potentiels. Sa présence tempère la légère toxicité de Cāng Ěr Zǐ, équilibre les substances froides et chaudes et sert de liant permettant une synergie optimale de l’ensemble.

Commentaires

Signification du nom :
Bí Yán Piān 鼻炎片 signifie littéralement « Comprimé pour la rhinite » : 鼻 désigne le nez, Yán 炎 l’inflammation (formé des deux caractères Feu 火 superposés, évoquant une inflammation intense), et Piān 片 le comprimé ou la tablette. Ce nom pharmaceutique modern reflète directement l’usage clinique principal de la formule dans le traitement de toutes les formes de rhinite, sans ambiguïté sur sa cible thérapeutique.

Position dans la tradition :
Bí Yán Piān est une formule moderne du XXe siècle, élaborée par les manufactures pharmaceutiques chinoises en s’appuyant sur deux formules classiques du Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules au secours des vivants) de Yán Yōng-Hé (1253) : le Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 (Poudre de xanthium) et le Xīn Yí Sǎn 辛夷散 (Poudre de magnolia). Ces deux formules classiques ciblaient déjà le traitement du Bí Yuān 鼻淵 (bassin du nez, i.e. sinusite) avec sécrétions nasales épaisses et malodorantes. La formulation contemporaine a intégré des herbes anti-infectieuses et anti-inflammatoires (Lián Qiào, Yě Jú Huā, Huáng Bǎi, Zhī Mǔ) afin d’élargir le spectre thérapeutique à la rhinite infectieuse et allergique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule présente une architecture bipolaire remarquablement équilibrée. D’un côté, un pôle chaud-dispersant représenté par Cāng Ěr Zǐ, Xīn Yí, Bái Zhǐ, Fáng Fēng et Jīng Jiè assure la dispersion du Vent, l’ouverture des orifices nasaux et la désobstruction. De l’autre, un pôle froid-consolidant représenté par Lián Qiào, Yě Jú Huā, Huáng Bǎi, Zhī Mǔ et Wǔ Wèi Zǐ élimine la Chaleur, draine l’Humidité et préserve le Yin pulmonaire. Jié Gěng joue un rôle de médiateur en orientant l’ensemble de la formule vers le Réchauffeur Supérieur, tandis que Gān Cǎo harmonise les tensions entre ces deux polarités. Cette architecture évite qu’une formule de dispersion Vent ne consomme excessivement le Yin et le Qi du Poumon.

Pertinence clinique contemporaine :
Bí Yán Piān répond à une demande clinique considérable, la rhinite allergique et la sinusite chronique étant parmi les affections des voies respiratoires supérieures les plus fréquentes dans les pays industrialisés. Son efficacité s’explique en partie par les propriétés pharmacologiques reconnues de ses composants : Cāng Ěr Zǐ et Xīn Yí présentent des activités anti-histaminiques et anti-inflammatoires ; Lián Qiào et Yě Jú Huā ont des propriétés antibactériennes et antivirales documentées ; Wǔ Wèi Zǐ exerce une action immunomodulatrice. Cette formule est désormais commercialisée dans de nombreux pays sous différentes présentations (comprimés, capsules, granulés), confirmant sa pertinence dans la phytothérapie sino-asiatique contemporaine.

Nuances d’usage :
Bí Yán Piān est particulièrement adaptée aux tableaux de Vent-Chaleur ou de Chaleur-Humidité affectant le Poumon et les sinus, reconnaissables aux sécrétions jaunes ou verdâtres. Elle est moins adaptée, en usage isolé, aux rhinites de type Vent-Froid pur avec sécrétions claires et abondantes, pour lesquelles la formule jumelle Bí Yán Wán 鼻炎丸 (à base de substances plus chaudes et de Yang) sera préférée. En pratique clinique, il est fréquent de combiner Bí Yán Piān avec une formule constitutionnelle traitant la racine de la pathologie (vide de Qi du Poumon, vide du Qi Protecteur, vide de Yang de la Rate) afin d’éviter la récidive. Sa légère toxicité liée à Cāng Ěr Zǐ impose de ne pas dépasser les doses recommandées ni d’utiliser la formule sur une très longue durée sans supervision.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Vent-Froid dominant avec sécrétions nasales claires et abondantes, frissons et absence de fièvre, ajouter Xì Xīn (Herba Asari) 3 g et Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6 g pour renforcer la dispersion du Froid

– En cas de Chaleur toxique importante avec sécrétions purulentes malodorantes, fièvre et inflammation marquée des muqueuses, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 12 g et Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) 12 g pour renforcer l’élimination des toxines de Feu

– En cas de céphalée sinusienne intense prédominante, ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) 6 g pour activer le Sang, disperser le Vent et soulager la douleur

– En cas de rhinoconjonctivite avec yeux rouges, larmoyants et prurit oculaire intense, ajouter Mù Zéi (Herba Equiseti Hiemalis) 9 g et Mì Méng Huā (Flos Buddlejae) 9 g pour clarifier la vision et éliminer la Chaleur du Foie

– En cas de vide de Qi du Poumon avec Wei Qi insuffisant, éternuements dès le moindre changement climatique, ajouter Huáng Qí (Radix Astragali) 15 g et Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) 9 g pour consolider l’Extérieur et renforcer le Qi Protecteur

– En cas de vide de Yang de la Rate avec Humidité abondante, digestion faible et selles molles associées à la rhinite chronique, ajouter Cāng Zhú (Rhizoma Atractylodis) 9 g et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Preparatum) 9 g pour assécher l’Humidité à la source

– En cas de Stagnation du Qi du Foie avec congestion nasale aggravée par le stress ou les émotions, ajouter Chái Hú (Radix Bupleuri) 6 g et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) 9 g pour disperser le Foie et régulariser le Qi

Formules Dérivées et Associées

– Formule-mère classique sur laquelle Bí Yán Piān est directement fondée, limitée aux quatre herbes pures de désobstruction nasale : Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 (Poudre de xanthium)

– Variante froide pour rhinite de type Vent-Froid pur avec sécrétions claires, plus axée sur le réchauffement du Yang et la dispersion du Froid : Bí Yán Wán 鼻炎丸 (Pilule pour la rhinite – variante froide)

– Formule complémentaire pour renforcer le Wei Qi et consolider l’Extérieur, souvent associée à Bí Yán Piān dans les rhinites allergiques récidivantes : Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre de l’Écran de Jade)

– Formule complémentaire pour les sinusites aiguës avec Chaleur toxique importante, à utiliser en phase aiguë avant de relayer par Bí Yán Piān : Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de chèvrefeuille et de forsythia)

– Formule spécifique des sinusites chroniques avec sécrétions purulentes et Chaleur-Humidité profonde, pouvant remplacer ou compléter Bí Yán Piān : Lóng Dǎn Bí Yuān Fāng 龍膽鼻淵方 (Préparation à la gentiane pour le bassin du nez)

– Formule classique pour les rhinites chroniques avec vide de Yin du Poumon et du Rein, à associer en cas de sécrétions purulentes persistantes avec vide sous-jacent : Qīng Fèi Yǐn 清肺飲 (Décoction qui libère le Poumon)

Précautions

Contre-indications :
– Rhinite de type Vent-Froid pur avec sécrétions abondantes claires et froides, absence de Chaleur ou d’inflammation : la formule, trop froide dans son ensemble, risque d’aggraver le tableau
– Vide de Yin sévère du Poumon et du Rein avec sécheresse importante des muqueuses, bouche sèche et soif : les substances aromatiques dispersantes pourraient accentuer la Sécheresse
– Hypersensibilité connue à l’un des composants, notamment à Cāng Ěr Zǐ (xanthium)

Mises en garde :
– Cāng Ěr Zǐ présente une légère toxicité : ne pas dépasser les doses recommandées ; une prise à jeun prolongée peut provoquer des nausées ou des céphalées légères
– Ne pas utiliser sur une longue durée sans supervision par un praticien qualifié en médecine chinoise ; en cas de traitement prolongé, contrôler la fonction hépatique
– En cas de rhinite chronique, traiter simultanément la racine constitutionnelle (vide de Qi du Poumon, vide du Wei Qi) par une formule complémentaire adaptée afin d’éviter la récidive
– L’association de substances froides (Huáng Bǎi, Zhī Mǔ) peut affaiblir la Rate chez les sujets avec digestion fragile : surveiller l’apparition de selles molles ou de fatigue digestive

Populations à risque :
– Femmes enceintes : usage déconseillé en l’absence d’avis médical, Cāng Ěr Zǐ étant contre-indiqué pendant la grossesse selon de nombreuses références
– Enfants de moins de 6 ans : adapter les doses et consulter un praticien ; la légère toxicité de Cāng Ěr Zǐ impose une surveillance particulière
– Personnes âgées avec vide de Yin et de Sang préexistant : réduire la durée du traitement et surveiller l’état des muqueuses (risque de sécheresse aggravée)
– Personnes présentant une insuffisance hépatique ou prenant des médicaments hépatotoxiques : surveiller la fonction hépatique en cas d’utilisation prolongée

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules au secours des vivants) 濟生方 Dynastie Song (Yán Yōng-Hé, 1253) Source des formules-mères Cāng Ěr Zǐ Sǎn et Xīn Yí Sǎn dont dérive Bí Yán Piān ; première codification du traitement du Bí Yuān 鼻淵 par le binôme Cāng Ěr Zǐ – Xīn Yí
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Époque Han (auteur anonyme, environ 1er s. apr. J.-C.) Première description des propriétés de Xīn Yí pour l’ouverture des orifices nasaux et de Cāng Ěr Zǐ pour le traitement des affections de la tête et du nez
Bèi Jí Qiān Jīn Yào Fāng 備急千金要方 (Formules Précieuses d’Urgence des Mille Ducats) 備急千金要方 Dynastie Tang (Sūn Sī-Miǎo, 652) Codification des pathologies nasales et sinusiennes dans la nosologie chinoise classique ; premiers usages de Xīn Yí associé à des herbes piquantes et aromatiques pour le Bí Yuān
Wài Kē Zhèng Zōng 外科正宗 (Vrai Canon de la Médecine Externe) 外科正宗 Dynastie Ming (Chén Shí-Gōng, 1617) Description détaillée du Bí Yuān avec sécrétions purulentes et odeur fétide, pathologie correspondant au tableau clinique principal de Bí Yán Piān ; recommandation de l’usage de Lián Qiào et Yě Jú Huā dans les affections nasales avec toxines



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