
Dì Lóng (Pheretima)
Identification
Chinois : 地龍
Pinyin : dì lóng
Traduction : dragon de la terre
Nom commun : ver de terre séché
Nom latin : Pheretima
Famille : Megascolecidae
Espèces : Pheretima aspergillum (Perrier) (廣地龍 guǎng dì lóng) ; Allolobophora caliginosa (Savigny) trapezoides (Ant. Duges) (土地龍 tǔ dì lóng)
Partie utilisée : corps entier séché, éviscéré
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui apaisent le Foie et éteignent le Vent (píng gān xī fēng yào 平肝熄风药)
Saveurs : Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Rate (脾 pí), Vessie (膀胱 páng guāng), Poumon (肺 fèi)
Dosage : 5-15 g en décoction ; 1-2 g en poudre ; 10-20 g (forme fraîche)
Propriétés :
Clarifie la Chaleur et éteint le Vent, arrête les convulsions et les spasmes, ouvre les méridiens et les collatéraux, calme l’asthme et arrête la dyspnée, abaisse le Yang du Foie, favorise la diurèse.
Précautions :
Dì Lóng est contre-indiqué chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac, ainsi qu’en l’absence de signes de Chaleur en excès. Il doit être utilisé avec précaution pendant la grossesse, car il stimule les contractions utérines. Des réactions allergiques ont été rapportées, notamment lors d’administration par injection. Ce remède ne convient pas aux patients souffrant de vide de Qi sans manifestation de Chaleur.
Fonctions principales :
Clarifie la Chaleur et éteint le Vent
Arrête les convulsions et les spasmes
Ouvre les méridiens et les collatéraux
Soulage les douleurs d’obstruction
Calme l’asthme et arrête la dyspnée
Favorise la diurèse
Abaisse le Yang du Foie
Réduit la pression artérielle
Actions et Indications
– Clarifie la Chaleur et éteint le Vent :
Dì Lóng est pénétrant de nature, il éteint le Vent et clarifie la Chaleur pour traiter les affections fébriles avec forte fièvre, manie, convulsions, spasmes et épilepsie.
Il est particulièrement indiqué dans les patterns de Chaleur intense générant le Vent interne avec agitation, perte de conscience et opisthotonos.
– Pour la forte fièvre avec épilepsie, Dì Lóng peut être utilisé seul avec de l’eau salée.
– Pour les convulsions, on l’associe à Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Quán Xiē (Scorpio) et Zǎo Xiū (Rhizoma Paridis).
– Pour la manie et la schizophrénie avec forte fièvre, on utilise Dì Lóng frais avec du sucre blanc et de l’eau.
– Pour les convulsions fébriles de l’enfant avec méningite et fièvre persistante, on l’associe à Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Quán Xiē (Scorpio).
– Ouvre les méridiens et les collatéraux :
Dì Lóng débouche les méridiens, soulage les douleurs et traite les obstructions dans les méridiens et les collatéraux (bì zhèng 痺證), qu’elles soient d’origine Chaleur ou Froid.
Il est couramment utilisé pour les syndromes d’obstruction douloureuse avec douleurs articulaires, raideur et engourdissement des membres.
– Pour le bì zhèng par Chaleur avec articulations rouges, gonflées, chaudes et douloureuses, on l’associe à Sāng Zhī (Mori Ramulus), Rěn Dōng Téng (Caulis Lonicerae), Luò Shí Téng (Caulis Trachelospermi) et Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae).
– Pour le bì zhèng par Froid avec articulations froides, mobilité réduite et douleur aggravée par le froid, on l’associe à Cǎo Wū (Radix Aconiti Kusnezoffii), Chuān Wū (Radix Aconiti Preparata) et Tiān Nán Xīng (Rhizoma Arisaematis), formule Xiǎo Huó Luò Dān 小活絡丹 (Pilule Mineure pour Vivifier les Collatéraux).
– Pour l’hémiplégie post-AVC avec stagnation du Qi et du Sang, on l’associe à Huáng Qí (Radix Astragali), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) et Hóng Huā (Flos Carthami), formule Bǔ Yáng Huán Wǔ Tāng 補陽還五湯 (Décoction pour Tonifier le Yang et Restaurer les Cinq).
– Pour les fractures avec gonflement et douleur, on l’associe à Dāng Guī (Extremitas Radicis Angelicae Sinensis), Sū Mù (Lignum Sappan) et Táo Rén (Semen Persicae).
– Pour l’AVC avec hémiplégie et troubles de la parole, on l’associe à Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma), Sāng Zhī (Mori Ramulus) et Bàn Xià (Pinelliae Rhizoma preparatum).
– Calme l’asthme et arrête la dyspnée :
Dì Lóng dilate les muscles bronchiques et calme la dyspnée. Il est efficace pour l’asthme bronchique, le sifflement respiratoire et la coqueluche chez l’enfant causés par la Chaleur du Poumon.
Il est récemment utilisé sous forme injectable pour traiter les crises d’asthme.
– Pour la Chaleur du Poumon avec dyspnée et toux, on l’associe à Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum).
– Pour la coqueluche ou les spasmes bronchiques avec mucosités, Dì Lóng peut être utilisé seul.
– Favorise la diurèse :
De saveur salée, Dì Lóng entre dans le méridien de la Vessie pour clarifier la Chaleur et promouvoir la diurèse. Il traite les difficultés urinaires avec dysurie, les calculs urinaires et la rétention urinaire.
– Pour la dysurie, on l’associe à Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis), Chuān Mù Tōng (Caulis Clematidis Armandii) et Dōng Kuí Zǐ (Semen Malvae).
– Pour les calculs urinaires, on l’associe à Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) et Hǎi Jīn Shā (Herba Lygodii).
– Pour l’oedème des membres inférieurs avec démangeaisons entre les orteils et faiblesse des pieds, on l’associe à Mù Guā (Fructus Chaenomelis) et Fěn Fáng Jǐ (Radix Stephaniae Tetandrae).
– Abaisse le Yang du Foie et réduit la pression artérielle :
Dì Lóng exerce un effet doux mais durable pour abaisser la pression artérielle. Il traite efficacement l’hypertension causée par la montée du Yang du Foie avec yeux rouges, céphalées, vertiges et goût amer dans la bouche.
– Pour l’hypertension avec Yang du Foie ascendant, on l’associe à Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma), Shí Jué Míng (Haliotidis Concha) et Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae).
Liste des symptômes
Troubles fébriles et neurologiques :
Forte fièvre avec agitation et manie
Convulsions et spasmes chez l’enfant
Épilepsie et crises convulsives
Opisthotonos et contractures
Perte de conscience
Troubles musculo-squelettiques :
Syndrome d’obstruction douloureuse par Chaleur-Humidité
Articulations rouges, gonflées, chaudes et douloureuses
Raideur et engourdissement des membres
Hémiplégie post-AVC
Paralysie avec troubles de la parole
Douleurs et gonflement des fractures
Troubles respiratoires :
Asthme bronchique par Chaleur du Poumon
Sifflement respiratoire et dyspnée
Coqueluche chez l’enfant
Spasmes bronchiques avec mucosités
Troubles urinaires et cardiovasculaires :
Dysurie par Chaleur de la Vessie
Calculs urinaires
Rétention urinaire
Oedème des membres inférieurs
Hypertension par Yang du Foie ascendant
Céphalées et vertiges par Yang ascendant
Commentaire
Dì Lóng (Pheretima) tire son nom de «dragon de la terre» (dì lóng 地龍), évoquant sa nature pénétrante et sa capacité à se mouvoir librement dans la terre, tout comme il ouvre les méridiens et les collatéraux dans le corps humain. Ce remède figure parmi les plus anciens de la pharmacopée chinoise, mentionné dès le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur). Sa saveur salée lui confère une action descendante et pénétrante, tandis que sa nature froide en fait un remède de choix pour tous les syndromes de Chaleur interne génératrice de Vent.
La principale caractéristique de Dì Lóng est sa polyvalence remarquable. Il agit simultanément sur quatre méridiens, Foie, Rate, Vessie et Poumon, ce qui lui permet de traiter des pathologies aussi diverses que les convulsions fébriles, l’hémiplégie, l’asthme et les calculs urinaires. Son action sur le méridien du Foie lui permet d’éteindre le Vent interne et de calmer le Yang ascendant, tandis que son action sur le méridien du Poumon lui permet de dilater les bronches et de calmer la dyspnée. La Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Traité de la Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn au 16e siècle décrit son action pénétrante pour ouvrir les collatéraux obstrués.
Dì Lóng se distingue de Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis) par ses actions complémentaires : alors que Gōu Téng se concentre principalement sur l’extinction du Vent hépatique et la sédation du Yang du Foie par sa nature légère et clarifiante, Dì Lóng excelle dans l’ouverture des méridiens et des collatéraux, le traitement de l’hémiplégie et la dilatation bronchique. Dì Lóng est par ailleurs supérieur à Gōu Téng pour la diurèse et le traitement des obstructions des voies urinaires. La combinaison des deux substances renforce l’extinction du Vent interne dans les pathologies sévères.
Associations
– avec Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Quán Xiē (Scorpio) : pour les convulsions, spasmes et méningite avec fièvre persistante et perte de conscience
– avec Huáng Qí (Radix Astragali), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) et Hóng Huā (Flos Carthami) : pour l’hémiplégie post-AVC avec stagnation du Qi et du Sang (formule Bǔ Yáng Huán Wǔ Tāng 補陽還五湯 Décoction pour Tonifier le Yang et Restaurer les Cinq)
– avec Cǎo Wū (Radix Aconiti Kusnezoffii), Chuān Wū (Radix Aconiti Preparata) et Tiān Nán Xīng (Rhizoma Arisaematis) : pour le syndrome d’obstruction douloureuse par Froid avec articulations froides et mobilité réduite (formule Xiǎo Huó Luò Dān 小活絡丹 Pilule Mineure pour Vivifier les Collatéraux)
– avec Sāng Zhī (Mori Ramulus), Rěn Dōng Téng (Caulis Lonicerae) et Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) : pour le syndrome d’obstruction douloureuse par Chaleur-Humidité avec articulations rouges et gonflées
– avec Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) : pour la Chaleur du Poumon avec dyspnée et toux
– avec Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma), Shí Jué Míng (Haliotidis Concha) et Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) : pour l’hypertension par Yang du Foie ascendant
– avec Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma), Sāng Zhī (Mori Ramulus) et Bàn Xià (Pinelliae Rhizoma preparatum) : pour l’AVC avec hémiplégie et troubles de la parole
– avec Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis) et Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) : pour les calculs urinaires avec dysurie
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生用 shēng dì lóng) : forme standard en décoction, action complète pour clarifier la Chaleur, éteindre le Vent, ouvrir les méridiens et favoriser la diurèse
– en poudre (研末 yán mò) : dosage réduit à 1-2 g, efficace pour les convulsions, l’épilepsie et l’ouverture des collatéraux
– frais (鮮用 xiān yòng) : dosage augmenté à 10-20 g, action plus forte pour clarifier la Chaleur ; peut être utilisé topiquement broyé avec du sucre pour les parotidites aiguës, les ulcères chroniques, les brûlures et les furoncles
Formules Classiques
– Bǔ Yáng Huán Wǔ Tāng (補陽還五湯 Décoction pour Tonifier le Yang et Restaurer les Cinq)
Cette formule combine Dì Lóng avec Huáng Qí (Radix Astragali) en grande dose, Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae), Hóng Huā (Flos Carthami) et Táo Rén (Semen Persicae) pour traiter l’hémiplégie, la paralysie faciale, les troubles de la parole et l’incontinence urinaire consécutifs à un AVC par déficience du Qi et stagnation du Sang.
– Xiǎo Huó Luò Dān (小活絡丹 Pilule Mineure pour Vivifier les Collatéraux)
Cette pilule associe Dì Lóng à Cǎo Wū (Radix Aconiti Kusnezoffii), Chuān Wū (Radix Aconiti Preparata), Tiān Nán Xīng (Rhizoma Arisaematis) et Rǔ Xiāng (Gummi Olibanum) pour traiter le syndrome d’obstruction douloureuse chronique par Froid-Humidité avec douleurs intenses des articulations et des muscles, engourdissement et mobilité réduite.
Toxicité :
Dì Lóng présente une toxicité faible aux doses thérapeutiques recommandées. Des réactions allergiques ont été rapportées, principalement lors d’administration par injection, mais les données précises sur leur fréquence et leur gravité restent limitées. Une stimulation des contractions utérines a été démontrée expérimentalement chez l’animal, justifiant la contre-indication pendant la grossesse. En raison de sa nature froide, une utilisation prolongée peut affaiblir la Rate et l’Estomac chez les sujets présentant une déficience digestive avec signes de Froid. L’usage topique (broyé avec sucre) est bien toléré. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été formellement documentée dans les sources traditionnelles, mais la prudence s’impose chez les patients sous anticoagulants, en raison des effets antithrombotiques mis en évidence expérimentalement.


















