Di Yu

Di Yu

Dì Yú (Sanguisorbae Radix)

Identification

Chinois : 地榆
Pinyin : dì yú
Traduction : orme de terre
Nom commun : sanguisorbe, pimprenelle officinale
Nom latin : Sanguisorbae Radix
Famille : Rosaceae
Espèces : Sanguisorba officinalis L. (地榆 dì yú) ; Sanguisorba officinalis L. var. longifolia (Bert.) Yu et Li (长叶地榆 cháng yè dì yú)
Partie utilisée : racine
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Laboureur Céleste) au 2e siècle
Di Yu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent le saignement (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Acide (酸 suān), Astringent (澀 sè)
Nature : Frais (涼 liáng)
Méridiens : Foie (肝 gān), Gros Intestin (大腸 dà cháng), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 6-15 g en décoction ; 1-3 g en poudre. Usage topique : quantité suffisante, en poudre ou en décoction pour lavage.

Propriétés :

Dì Yú refroidit le Sang, arrête les saignements, élimine les toxines et régénère les tissus. Grâce à ses propriétés fraîches, amères et astringentes, c’est l’un des remèdes majeurs pour les hémorragies du bas du corps, les brûlures et les lésions cutanées dues à la Chaleur.

Précautions :

Contre-indiqué en cas de vide de Yang ou de froid-humidité du Foyer du Milieu. À utiliser avec prudence dans les saignements dus au vide de Qi de la Rate. Déconseillé lors de grossesse pour les doses élevées. Les préparations carbonisées sont contra-indiquées en cas de Chaleur dans le Sang sans stagnation concomitante. L’usage prolongé à doses élevées peut léser le Qi de la Rate et de l’Estomac. Interactions médicamenteuses possibles avec les anticoagulants (potentialisation).

Fonctions principales :

Refroidit le Sang et arrête les saignements
Élimine les toxines et régénère les chairs (usage topique : brûlures, ulcères, eczéma)
Astringent intestinal : traite la dysenterie hémorragique et la diarrhée avec Sang

Actions et Indications

– Refroidit le Sang et arrête les saignements :
Dì Yú est l’un des remèdes les plus efficaces pour contrôler les saignements dus à la Chaleur dans le Sang, en particulier ceux qui se manifestent dans la partie inférieure du corps. Sa nature fraîche refroidit le Sang, tandis que ses propriétés amères et astringentes consolident les vaisseaux et bloquent les hémorragies. Il s’applique à toutes les formes de saignement du bas du corps : rectorragies, hémorrhoïdes sanglantes, dysenterie hémorragique, métrorrhagies et métrorragies excessives dues à la Chaleur.
– Pour les rectorragies et les hémorrhoïdes sanglantes dues à la Chaleur dans le Sang (« vent des intestins », 腸風), Dì Yú est associé à Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) et à Zhǐ Ké (Fructus Aurantii).
– Pour la dysenterie hémorragique avec Chaleur-Humidité dans le Gros Intestin, on l’associe à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et à Huáng Qín (Radix Scutellariae).
– Pour les métrorrhagies et les saignements utérins excessifs dus à la Chaleur dans le Sang, Dì Yú est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et à Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi).

– Élimine les toxines et régénère les chairs (usage topique) :
Appliqué localement, Dì Yú exerce une action remarquable sur les brûlures, les plaies infectées, les ulcères cutanés et l’eczéma suintant. Sa nature fraîche et astringente réduit l’inflammation et l’exsudation, favorise la cicatrisation et prévient l’invasion des toxines pathogènes. Cette propriété en fait un remède de premier choix en médecine externe chinoise, souvent utilisé en poudre ou en onguent appliqué directement sur les zones lésées.
– Pour les brûlures du premier et du second degré, Dì Yú carbonisé en poudre est appliqué directement, ou associé à Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei).
– Pour les ulcères et les plaies infectées avec Chaleur-Toxique, on l’associe à Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) et à Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) en application topique.

– Traite la dysenterie et la diarrhée avec Sang :
Par son action astringente et rafraîchissante sur le Gros Intestin, Dì Yú stoppe les diarrhées chroniques avec présence de Sang, les dysenteries dues à l’Humidité-Chaleur, et réduit les douleurs abdominales qui les accompagnent. Il est particulièrement indiqué dans les formes chroniques ou récidivantes, grâce à sa double action de refroidissement du Sang et d’astringence intestinale.
– Pour la dysenterie chronique avec rectorragies dues à la Chaleur-Humidité dans le Gros Intestin, Dì Yú est associé à Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis).
– Pour les rectorragies dues au « vent des intestins » (肠风) avec récidives, on l’associe à Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) sous forme carbonisée.

Liste des symptômes

Saignements par Chaleur dans le Sang :
Rectorragies de sang rouge vif ou foncé
Hémorrhoïdes sanglantes avec douleur et sensation de brûlure anale
Métrorrhagies ou règles abondantes avec sang rouge vif
Saignements utérins dus à la Chaleur
Epistaxis, hémoptysie ou hématurie (usage auxiliaire)

Dysenterie et troubles intestinaux par Humidité-Chaleur :
Dysenterie avec sang et mucus dans les selles
Selles fréquentes et douloureuses avec ténesme
Diarrhée chronique avec présence de Sang
Brûlure et douleur rectale post-défécation

Affections cutanées et brûlures (usage externe) :
Brûlures du premier et du second degré avec rougeur, douleur, exsudation
Eczéma humide suintant et prurit
Ulcères cutanés infectés et plaies purulentes
Furoncles et abcès cutanés par Chaleur-Toxique

Commentaire

Mentionné pour la première fois dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au IIe siècle, Dì Yú est issu de la racine de la Sanguisorbe officinale, plante vivace des zones tempérées. Sa nature fraîche et ses saveurs amère, acide et astringente lui confèrent une double capacité : refroidir le Sang en excès et resserrer les vaisseaux pour stopper les hémorragies. C’est pour cette raison que les textes classiques le considèrent comme un remède de choix pour toutes les hémorragies situées dans le Jiao Inférieur. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn (1578) précise que Dì Yú « entre dans le Sang, descend dans le Jiao Inférieur et arrête les saignements des intestins et de la matrice ».

Sur le plan clinique, Dì Yú se distingue par sa polyvalence : il agit à la fois par voie interne – pour contrôler les hémorragies intestinales et gynécologiques – et par voie externe, où son action régénératrice et anti-toxique en fait un remède majeur des brûlures. Les textes soulignent que la forme crue privilégie le refroidissement du Sang, tandis que la forme carbonisée renforce l’action hémostatique et astringente. En médecine moderne intégrative, des études pharmacologiques ont confirmé ses propriétés hémostatiques (tanins galliques et ellagiques), antibactériennes et cicatrisantes, en particulier dans le traitement des brûlures au deuxième degré, où des préparations à base de Dì Yú carbonisé en poudre ont montré une efficacité comparable à la sulfadiazine d’argent.

Comparé à Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae), autre remède majeur pour les hémorragies intestinales, Dì Yú est plus astringent et plus fortement refroidissant, et son action descend plus profondément dans le Gros Intestin. Huái Huā est préféré pour les saignements aigus abondants, tandis que Dì Yú est mieux adapté aux formes chroniques récidivantes et aux lésions cutanées. Les deux remèdes sont fréquemment associés dans les formules traitant les hémorrhoïdes sanglantes et les rectorragies.

Associations

– avec Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) et Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) : hémorrhoïdes sanglantes et rectorragies par Chaleur dans le Sang (vent des intestins)

– avec Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : dysenterie hémorragique avec Humidité-Chaleur dans le Gros Intestin

– avec Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) et Huái Jiǎo (Fructus Sophorae Japonicae) : diarrhée chronique hémorragique avec vent des intestins

– avec Mù Zéi (Herba Equiseti Hiemalis) et Huái Jiǎo (Fructus Sophorae Japonicae) : rectorragies et hémorrhoïdes sanglantes par Chaleur dans le Sang

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : métrorrhagies et saignements gynécologiques par Chaleur dans le Sang

– avec Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) en application topique : brûlures, ulcères infectés et eczéma suintant

– avec Qiān Cǎo Gēn (Radix Rubiae) et Rěn Dōng Téng (Caulis Lonicerae Japonicae) : saignements excessifs par Chaleur dans le Sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : forme la plus courante en décoction ; renforce l’action de refroidissement du Sang, d’élimination des toxines et de régénération des chairs ; privilégié pour les brûlures en usage externe et les saignements aigus avec signes de Chaleur marqués
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : la racine est sautée à feu vif jusqu’à noircissement de la surface tout en conservant la structure interne ; renforce fortement l’action hémostatique et astringente ; privilégié pour les hémorragies chroniques récidivantes, les dysenteries avec Sang et les hémorrhoïdes sanglantes ; atténue la propriété refroidissante pour éviter de léser le Qi de la Rate
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : les tranches sont mélangées au vinaigre de riz puis sautées à feu modéré jusqu’à absorption ; renforce la pénétration dans le Foie, potentialise l’action hémostatique sur les saignements gynécologiques et améliore l’action astringente sur les métrorrhagies

Formules Classiques

– Huái Huā Sǎn (槐花散 Poudre de Fleur de Sophora)
Formule issue du Pǔ Jì Běn Shì Fāng 普濟本事方 (Formules Efficaces pour le Secours Universel) de Xǔ Shū-Wéi (XIIe siècle). Elle est indiquée pour les rectorragies et les hémorrhoïdes sanglantes dues au Vent-Chaleur dans le Gros Intestin. Elle associe Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) comme herbe principale, Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), Dì Yú (Radix Sanguisorbae Officinalis) et Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) sous forme carbonisée. Dì Yú y apporte son double effet de refroidissement du Sang et d’astringence intestinale, complétant l’action hémostatique de Huái Huā.

– Yuǎn Zhì Wán (遠志丸 Pilule de Polygala) – variante Di Yu Wan
Dans plusieurs formules classiques de la tradition Song-Jin-Yuan, Dì Yú est associé à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) pour traiter les dysenteries hémorragiques chroniques avec douleurs abdominales de type Humidité-Chaleur dans le Gros Intestin. L’association de l’action hémostatique et rafraîchissante de Dì Yú avec le Qi régulant de Mù Xiāng et l’action anti-inflammatoire de Huáng Lián constitue un traitement classique des formes chroniques récidivantes.

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Cendres)
Formule issue du Shí Yào Shén Shū 十藥神書 (Livre Sacré des Dix Remèdes) de Gě Kě-Jiǔ (XIVe siècle). Indiquée pour les hémorragies multiples dues à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique. Elle réunit dix herbes carbonisées dont Dì Yú, Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae). Dì Yú sous forme carbonisée y joue un rôle clé dans la consolidation vasculaire et l’arrêt des saignements du Jiao Inférieur.

Toxicité :

Dì Yú présente une toxicité faible dans les conditions d’usage habituelles. Des études pharmacologiques indiquent une excellente tolérance par voie orale jusqu’à 15 g/kg chez la souris. L’usage prolongé à doses élevées peut provoquer des troubles digestifs (nausées, inconfort gastrique) en raison de l’action froide sur le Qi de la Rate et de l’Estomac. En usage topique prolongé sur de grandes surfaces brûlées, un risque théorique d’absorption systémique de tanins a été signalé dans la littérature chinoise contemporaine, pouvant induire une hépatotoxicité légère et transitoire. Des interactions médicamenteuses sont possibles avec les anticoagulants (warfarine, héparine) du fait de l’action hémostatique potentialisante. Contre-indiqué en cas d’allergie aux Rosacées. Déconseillé pendant la grossesse à doses thérapeutiques élevées.


Publié par

PHAM Van Huyen

Diététicien Nutritionniste, diététique et pharmacopée traditionnelles chinoises

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