Xie Bai San

瀉白散 Xiè Bái Sǎn
Poudre pour Drainer le Blanc

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) de Qian Yi, époque Song (1119)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 桑白皮 Sāng Bái Pí (torréfié) Cortex Mori Albae Radicis Écorce de racine de mûrier blanc 30 g
M 地骨皮 Dì Gǔ Pí Cortex Lycii Radicis Écorce de racine de lyciet 30 g
C 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata Réglisse préparée au miel 3 g
A 粳米 Jīng Mǐ Semen Oryzae non-glutinosae Riz non glutineux 15-30 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation :
Le texte source prescrit de broyer les plantes en poudre, de cuire avec le riz et de prendre avant les repas. Aujourd’hui, la formule est généralement préparée en décoction avec les dosages réduits d’environ deux tiers. Le Sāng Bái Pí doit être préalablement torréfié à sec (chǎo) pour atténuer son caractère froid et préserver le Qi de l’Estomac.

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine la Chaleur contrainte du Poumon
Calme la toux et l’asthme en descendant le Qi rebelle du Poumon
Protège le Qi de la Rate et de l’Estomac contre le froid des autres substances

Indications

Syndromes traités :
Feu couvant dû à la Chaleur contrainte dans le Poumon
Toux et dyspnée avec aggravation en fin d’après-midi
Fièvre modérée avec peau chaude au toucher (chaleur émanant de la peau elle-même)
Toux sèche ou avec expectoration difficile, bouche sèche

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune fin ; corps de la langue rouge témoignant de la Chaleur interne ; enduit jaune indiquant que la Chaleur commence à affecter les Liquides Organiques.
Pouls :
Xì Shuò Mài 細數脈 (pouls Fin et Rapide) : indique la présence de Chaleur conjuguée à un début d’atteinte du Yin du Poumon ; la finesse du pouls distingue ce tableau d’une Chaleur pleine et franche dans le Poumon qui donnerait un pouls Grand et Glissant
Shuò Mài 數脈 (pouls Rapide) : signe général de Chaleur interne, présent dans tous les stades de ce tableau pathologique

Liste des Symptômes

Symptômes respiratoires :
Toux à son clair et sonore, souvent non productive
Dyspnée et sifflement respiratoire
Expectoration rare, difficile à cracher, légèrement visqueuse
Aggravation des symptômes respiratoires en fin d’après-midi (crépuscule du Qi du Poumon)

Symptômes généraux :
Fièvre ou état fébrile
Peau chaude au toucher superficiel, sensation de chaleur émanant de la peau elle-même
Bouche sèche, soif légère
Transpiration possible, mais non prédominante

Contexte et population :
Formule particulièrement adaptée aux enfants dont les Organes sont délicats et réagissent mal aux herbes amères et froides
Usage possible chez l’adulte présentant un tableau mixte excès-vide du Poumon
Épistaxis inversée liée à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales, selon l’usage élargi décrit par Zhou Zi-Fang)

Analyse de la Formule

Sāng Bái Pí 桑白皮 – Empereur :
Sāng Bái Pí (Cortex Mori Albae Radicis), torréfié à sec, constitue l’Empereur de cette formule. Sa nature douce et froide lui confère la capacité de drainer la Chaleur contrainte logée dans le Poumon et d’arrêter ainsi la toux et la dyspnée. L’action de torréfaction (chǎo) tempère son caractère froid excessif tout en conservant son efficacité à descendre le Qi rebelle du Poumon. Selon Bensky, cette substance traite la Chaleur contrainte par dispersion du feu (huǒ yù fā zhī), lorsque le feu est contraint, on le disperse plutôt que de le réprimer frontalement. Si la Chaleur contrainte prédomine sur le vide de Yin, la dose de cet Empereur est augmentée en priorité.

Dì Gǔ Pí 地骨皮 – Ministre :
Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) est le Ministre. Sa nature douce et froide lui permet à la fois d’éliminer la Chaleur du vide et de drainer la Chaleur résiduelle accumulée dans le Poumon. Là où l’Empereur s’attaque à la Chaleur de plénitude-contrainte, le Ministre intervient sur la composante par vide (Yin légèrement atteint). Cette complémentarité est fondamentale : si la Chaleur par vide prédomine avec des fièvres vespérales marquées, la dose de Dì Gǔ Pí est augmentée. L’interaction entre ces deux substances crée un effet synergique qui draine sans blesser le Yin.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Conseiller :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata), la réglisse préparée au miel, joue un double rôle de Conseiller. D’une part, elle harmonise les actions des autres substances et protège la Rate et l’Estomac contre la nature froide des Empereurs et Ministre. D’autre part, en vertu du principe mère-fils (la terre nourrit le métal), elle renforce la Rate-mère pour bénéficier au Poumon-fils. Cette relation correspond au cycle d’engendrement des Cinq Mouvements, fondant la logique profonde de la formule : entretenir la base digestive pour consolider l’Organe cible.

Jīng Mǐ 粳米 – Ambassadeur :
Jīng Mǐ (Semen Oryzae non-glutinosae), le riz non glutineux, est l’Ambassadeur. Il protège l’Estomac des propriétés froides des autres substances et nourrit le Qi de la Rate. Comme Zhì Gān Cǎo, il illustre le raisonnement de Qian Yi qui refuse d’utiliser des herbes amères et froides pour traiter des enfants aux Organes délicats. La combinaison de ces deux substances constitue un filet de sécurité digestif indispensable, permettant d’administrer les herbes refroidissantes sans risque de blesser le Qi de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiè Bái Sǎn 瀉白散 se traduit littéralement par « Poudre pour Drainer le Blanc ». Le blanc (bái 白) renvoie à la correspondance du Poumon avec la phase Métal et la couleur blanche dans la cosmologie des Cinq Mouvements. Drainer (xiè 瀉) signifie ici éliminer l’excès de Chaleur logé dans cet Organe. L’appellation « Poudre pour Drainer le Poumon » (Xiè Fèi Sǎn) est parfois employée dans les textes ultérieurs pour expliciter directement cette action thérapeutique.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments), l’œuvre maîtresse de Qian Yi (1032-1113), pédiatre de génie de la dynastie Song et fondateur de la pédiatrie en médecine traditionnelle chinoise. Qian Yi a composé les quatre grandes poudres (Xiè Bái Sǎn, Xiè Huáng Sǎn, Xiè Qīng Wán, Dǎo Chì Sǎn) comme autant d’instruments de drainage ciblé des Organes. La formule a traversé les siècles sans modification majeure, preuve de son efficacité et de l’élégance de sa conception. Elle représente un modèle d’économie thérapeutique : quatre substances seulement, chacune indispensable.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une logique de dispersion douce de la Chaleur contrainte, distincte du drainage brutal de la Chaleur pleine. La Chaleur contrainte dans le Poumon ne se prête pas à une simple purge par le froid : elle exige une stratégie combinant drainage et dispersion. Sāng Bái Pí descend et disperse le Qi du Poumon rebelle, tandis que Dì Gǔ Pí cible simultanément la dimension vide-Chaleur qui commence à s’installer. Les deux Conseillers (réglisse et riz) protègent la base digestive et opèrent la relation mère-fils Terre-Métal. L’ensemble produit un mouvement d’élimination vers le bas sans agression de la Rate et de l’Estomac.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Xiè Bái Sǎn est utilisé comme base pour les affections pulmonaires caractérisées par une Chaleur résiduelle : bronchite chronique, pneumonie en phase de résolution, toux persistante post-infectieuse, asthme avec composante de Chaleur. Le médecin Zhou Zi-Fang en recommande l’usage pour les hémorragies des voies respiratoires supérieures, notamment les épistaxis liées à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales inversées). Les recherches pharmacologiques modernes confirment des propriétés anti-inflammatoires, antipyrétiques et bronchodilatatrices pour les deux substances principales.

Nuances d’usage :
Le clinicien doit ajuster les doses relatives selon le profil du patient : si la Chaleur contrainte de plénitude prédomine (fièvre nette, toux forte, pouls Ample), augmenter Sāng Bái Pí ; si le vide de Yin commence à s’installer (fièvre vespérale, pouls Fin et Rapide, enduit peu abondant), augmenter Dì Gǔ Pí. La formule est contre-indiquée si la toux est due au Vent-Froid ou à des Glaires-Humidité, car les herbes froides aggraveraient ces tableaux. Pour les patients avec vide de Rate et d’Estomac marqué, remplacer le riz par du Fú Líng (Poria cocos) peut s’avérer préférable.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense avec signes de plénitude marqués (fièvre élevée, soif intense, enduit jaune épais), ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) 9-12 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g pour renforcer le drainage de la Chaleur du Poumon

– En cas d’obstruction par Glaires avec dyspnée et expectoration difficile, ajouter Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g et Bái Qián (Radix et Rhizoma Cynanchi Baiqian) 9 g pour descendre le Qi du Poumon et transformer les Glaires

– En cas de fièvre vespérale et sueurs nocturnes marquant un vide de Yin avec Chaleur de vide, ajouter Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) 6-9 g, Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) 15 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de toux sèche due à la Sécheresse-Chaleur avec expectoration peu abondante et gorge sèche, ajouter Guā Lóu Pí (Pericarpium Trichosanthis) 9-12 g, Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae) 9 g et Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 9-12 g

– En cas de vide de Qi du Poumon avec vide de Rate marqué (asthme chez les patients affaiblis), substituer Fú Líng (Poria cocos) 9-12 g au riz non glutineux, et ajouter Rén Shēn (Radix Ginseng) 3-6 g selon la variation Xiè Bái Sǎn de la Qí Miào Dēng

– En cas d’obstruction par les Glaires avec déficit de Qi du Poumon (toux avec Glaires et fatigue), employer la variation Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng qui ajoute Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín

– En cas de toux avec épistaxis ou d’hémorragies respiratoires liées à la Chaleur du Poumon (menstruation nasale inversée), ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g et Cè Bǎi Yè (Cacumen Biotae Orientalis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Variation ajoutant Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur avec vide de Qi du Poumon : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng 奇妙燈籠 (Variation de la Lanterne Merveilleuse)

– Adjonction de Sāng Bái Pí, Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng, Guā Lóu Rén et Shēng Jiāng pour les abcès pulmonaires précoces avec expectoration purulente teintée de sang : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 des Normes (Zhèng Zhì Zhǔn Shéng) 正治準繩 (Xie Bai San des Standards)

– Formule enrichie de Sāng Yè, Dān Pí, Zhú Rú, Chuān Bèi Mǔ, Jīng Mǐ, Zhì Gān Cǎo et Dà Zǎo pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec toux douloureuse aux flancs et expectoration sanglante : Sāng Dān Xiè Bái Tāng 桑丹瀉白湯 (Décoction Mûrier et Pivoine pour Drainer le Blanc)

– Adjonction de Má Huáng, Shí Gāo, Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo pour la Chaleur logée dans le Poumon avec dyspnée sifflante, fièvre et enduit jaune : Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 (Décoction Éphédra, Abricot, Gypse et Réglisse)

Précautions

Contre-indications :
– Toux et dyspnée dues au Vent-Froid (tableau extérieur froid) : les herbes froides de la formule aggraveraient le tableau en contraignant davantage le Qi du Poumon
– Toux et dyspnée dues aux Glaires-Humidité (enduit gras et blanc, pouls Glissant) : les herbes refroidissantes renforceraient l’Humidité et paralyseraient la transformation
– Toux due à la déficience du Qi du Poumon avec vide de Yang manifeste (pouls Lent et Profond, teint pâle, membres froids)

Mises en garde :
– Modifier la formule en ajoutant des herbes tonifiantes la Rate chez les patients présentant une faiblesse digestive marquée, pour éviter que le froid des herbes principales ne blesse le Qi de l’Estomac
– Surveiller l’évolution du tableau : si la Chaleur régresse mais que les signes de vide de Yin progressent, réévaluer la stratégie thérapeutique et passer à des formules nourrissant le Yin du Poumon
– En cas de fièvre élevée et de toux sévère, cette formule peut s’avérer insuffisante à elle seule et doit être renforcée ou combinée avec d’autres formules plus puissantes

Populations à risque :
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages proportionnellement au poids ; surveiller la réponse digestive
– Femmes enceintes : utiliser avec précaution, sans contre-indication formelle reconnue dans les textes classiques, mais prudence recommandée au premier trimestre
– Patients âgés avec double vide de Qi et Yin du Poumon : augmenter systématiquement Dì Gǔ Pí et ajouter des substances nourrissant le Yin

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) 小兒藥證直訣 Dynastie Song, 1119 (Qian Yi 錢乙) Source originelle de la formule. Contexte pédiatrique. Composition, préparation et indications premières (Chaleur contrainte dans le Poumon de l’enfant).
Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 正治準繩 (Normes des Traitements Correctifs) 正治準繩 Dynastie Ming (Wang Kěntáng) Variation classique ajoutant Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng et Guā Lóu Rén pour les abcès pulmonaires précoces.
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Révision Populaire du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Époque Qing (Hé Bǐngyuán 何秉元) Source de la variation Sāng Dān Xiè Bái Tāng pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec expectoration sanglante.
Pí Wèi Lùn 脾胃論 (Traité de la Rate et de l’Estomac) 脾胃論 Dynastie Jin-Yuan (Li Dong-Yuan 李東垣) Contexte théorique sur la relation mère-fils Terre-Métal qui fonde l’usage du riz et de la réglisse dans la formule.
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Époque Qing, 1813 (Wú Jútōng 吳鞠通) Intègre Xiè Bái Sǎn dans le contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing), notamment pour la Chaleur au stade du Qi affectant le Poumon.



Yu Nu Jian

玉女煎 Yù Nǚ Jiān
Décoction de la Femme de Jade

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), Zhang Jing-yue, dynastie Ming (1624)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse fibreux 15-30 g
E 熟地黃 Shú Dì Huáng Radix Rehmanniae Praeparata Rehmannie préparée 9-30 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Anémarhène 3-6 g
M 麥門冬 Mài Mén Dōng Radix Ophiopogonis Ophiopogon, liriope 6-9 g
A 牛膝 Niú Xī Radix Achyranthis Bidentatae Achyranthes, genou de bœuf 3-6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Éliminer la Chaleur de l’Estomac et drainer le Feu
Nourrir le Yin du Rein
Conduire la Chaleur vers le bas et ramener le Sang en bas

Indications

Syndromes traités :
Chaleur de l’Estomac avec vide de Yin du Rein
Chaleur dans l’Estomac blessant le Yin du Rein avec Feu montant

Tableau Clinique

Langue :
Rouge, sèche, avec un enduit jaune et parfois peu abondant au centre, reflet du vide de Yin associé à la Chaleur d’Estomac
Pouls :
Fú Dà 浮大 (Flottant et Vaste) : signe de Chaleur de l’Estomac
Chén Xì Ruò 沉細弱 (Profond, Fin et Faible) : en cas de vide de Yin du Rein marqué
Huá Shuò 滑數 (Glissant et Rapide) : reflet de la Chaleur plénitude dans l’Estomac
Xū Ruǎn 虛軟 (Vide et Mou) : indique la composante de vide de Yin

Liste des Symptômes

Manifestations bucco-dentaires :
Douleur dentaire, sensibilité aggravée par la Chaleur et soulagée par le froid
Saignement des gencives, gencives gonflées et douloureuses
Dents qui se déchaussent (Rein ne nourrissant plus les dents)
Mauvaise haleine, ulcérations de la bouche

Manifestations générales de Chaleur :
Fièvre, agitation mentale, irritabilité
Soif marquée avec désir de boissons froides
Céphalées frontales (le méridien de l’Estomac monte vers la région frontale)
Sensation de brûlure dans l’estomac, faim fréquente

Manifestations de vide de Yin :
Sueurs nocturnes, sensation de chaleur au creux des mains et des pieds
Vertiges, acouphènes
Lombalgie par insuffisance du Rein
Sécheresse de la bouche et de la gorge, langue rouge sans enduit

Manifestations digestives :
Nausées, vomissements
Soif inextinguible pouvant évoquer le syndrome de consomption-soif (xiāo kě 消渴)
Épigastre brûlant

Analyse de la Formule

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) est l’Empereur de la formule, sa substance froide et épurante représentant la pierre de jade par sa nature. Il élimine avec force la Chaleur de l’Estomac, apaise la soif et calme l’agitation. Sa nature descendante l’oriente vers l’Estomac et les Poumons, où il dissipe la Chaleur en plénitude sans blesser le Yin, à condition d’être associé à des herbes qui nourrissent le Yin. Son dosage doit être adapté à l’intensité du Feu : un Feu vigoureux appellera des doses de 30 g ou plus, tandis qu’un tableau de vide prédominent commande une réduction.

Shú Dì Huáng 熟地黃 – Empereur :
Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), second Empereur, nourrit profondément le Yin du Rein et tonifie l’Essence. C’est le fondement de la stratégie de traitement de la Racine : en renforçant l’Eau du Rein, il permet de réfréner le Feu de l’Estomac selon la dynamique de l’interaction entre l’Eau et le Feu. Les deux Empereurs forment ainsi une paire fonctionnelle exemplaire – l’un pour vider le Feu d’Estomac en plénitude, l’autre pour combler le vide de Yin du Rein – ce qui distingue Yù Nǚ Jiān 玉女煎 des formules qui ne traitent que l’excès ou que le vide.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae) est le premier Ministre. Il assiste Shí Gāo dans l’élimination de la Chaleur de l’Estomac tout en nourrissant le Yin et en humidifiant la Sécheresse. Sa double action, drainante et nourrissante, en fait un auxiliaire idéal pour le tandem Empereurs : il ôte la Chaleur résiduelle et prévient que le Feu ne lèse encore davantage les Liquides Organiques. Il entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Rein, couvrant ainsi l’ensemble des organes visés par la formule.

Mài Mén Dōng 麥門冬 – Ministre :
Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), second Ministre, nourrit le Yin principalement dans les Réchauffeurs moyen et supérieur – Poumon, Cœur et Estomac – et génère les Liquides Organiques. Il calme l’irritabilité et humidifie l’Estomac, complétant ainsi l’action de Shú Dì Huáng qui agit prioritairement sur le Rein. Cette complémentarité entre les deux Ministres garantit une action nourrissante du Yin à la fois en profondeur (Rein) et en surface (Estomac-Poumon).

Niú Xī 牛膝 – Ambassadeur :
Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) joue un rôle d’Ambassadeur essentiel à la logique de la formule. Il conduit le Sang et la Chaleur vers le bas, s’opposant ainsi à la montée du Feu vers la tête, la bouche et les gencives. C’est précisément cette action descendante qui fait de Yù Nǚ Jiān une formule particulièrement efficace pour les saignements des gencives et les douleurs dentaires dues à la Chaleur de l’Estomac. En ramenant la Chaleur vers le bas, il complète l’effet de l’Ambassadeur-guide tout en tonifiant le Foie et le Rein et en renforçant les tendons et les os.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Yù Nǚ Jiān 玉女煎, « Décoction de la Femme de Jade », s’explique selon plusieurs interprétations. La première associe le Jade ( 玉) au Shí Gāo (Gypse), substance froide et lisse comme le jade, et la Femme ( 女) au Yin, au Rein, représenté dans les textes alchimistes anciens par la « Femme de Jade ». La deuxième tradition rattache ce nom à la servante du bodhisattva Guānyīn, figure de miséricorde qui apaise les souffrances du monde, à l’image des actions nourrissantes et rafraîchissantes de cette formule. La troisième interprétation, issue des Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), évoque les Reins comme la « Femme de Jade », soulignant la dimension rénale au cœur de la pathologie visée.

Position dans la tradition :
Yù Nǚ Jiān 玉女煎 est l’œuvre de Zhang Jing-yue (1563-1640), grand maître de la médecine Ming, compilée dans ses Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue). Elle appartient à la catégorie des formules qui éliminent la Chaleur des Organes et représente une réponse originale à la coexistence d’un Feu en plénitude dans l’Estomac et d’un vide de Yin du Rein. Cette double pathologie – plénitude et vide simultanés – était un des problèmes cliniques centraux de l’école de nourrir le Yin (yǎng yīn 養陰) à laquelle Zhang Jing-yue contribua largement. La formule est mentionnée par Maciocia comme spécifiquement indiquée pour les saignements des gencives dus à la Chaleur de l’Estomac, avec l’action complémentaire d’attirer le Sang vers le bas.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule réalise une tension dialectique entre élimination du Feu et nourissage du Yin. Shí Gāo et Zhī Mǔ attaquent la Chaleur en plénitude, tandis que Shú Dì Huáng et Mài Mén Dōng comblent le vide de Yin sur deux niveaux (Rein et Estomac-Poumon). Niú Xī orchestre cette dynamique en conduisant la Chaleur vers le bas, créant un mouvement descendant qui contrarie la montée du Feu. Ce principe de traitement, drainer par le bas plutôt que disperser en haut, distingue cette formule de Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac), laquelle traite une Chaleur d’Estomac pure sans vide de Yin.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Yù Nǚ Jiān est fréquemment utilisée pour les affections parodontales (gingivites, parodontites) associées à une Chaleur d’Estomac, les stomatites, les ulcérations buccales récidivantes, et les douleurs dentaires de type Chaleur. Elle trouve aussi une application dans les tableaux de diabète (xiāo kě 消渴) de type Chaleur d’Estomac avec vide de Yin, dans les hémorragies digestives hautes avec fond de vide de Yin, et dans certaines formes d’hypertension artérielle avec montée du Yang sur fond de vide de Yin du Rein. Des études cliniques chinoises rapportent son usage dans le diabète de type 2, les gingivites chroniques et certaines pathologies gastro-intestinales de type inflammatoire avec vide de Yin.

Nuances d’usage :
La formule doit être utilisée avec discernement en fonction de la balance entre plénitude et vide. Si le Feu est très vigoureux, le dosage de Shí Gāo peut être augmenté jusqu’à 45-60 g. Si le vide de Yin du Rein prédomine avec peu de signe de Chaleur en plénitude, il convient d’augmenter Shú Dì Huáng et de réduire Shí Gāo. La formule est contre-indiquée en cas de diarrhée ou de vide de Yang de la Rate-Estomac, car les herbes froides risqueraient d’aggraver la faiblesse du Réchauffeur moyen. Certains auteurs, dont Bensky et coll., notent que le texte source lui-même contre-indique cette formule en présence de diarrhée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de saignement des gencives abondant comme symptôme principal, doubler la dose de Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et de Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), et ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) 15 g et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 9 g

– En cas de vide de Yin marqué avec peu de signes de Chaleur plénitude (Feu de vide), ajouter Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri Lucidi) 12 g et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae) 12 g

– En cas de soif intense avec désir de boissons froides (tableau de consomption-soif xiāo kě), ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 15 g et Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) 12 g

– En cas de constipation avec selles sèches (Feu de l’Estomac transformé en Feu vif), ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g

– En cas de langue rouge-pourpre et sans enduit (vide de Yin sévère), ajouter Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae) 12 g et Shí Hú (Caulis Dendrobii) 12 g

– En cas de sueurs nocturnes importantes liées au vide de Yin, ajouter Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) 6 g

– En cas de douleur et de gonflement importants des gencives avec douleur dentaire irradiant à la tête, ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 3-6 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac pure sans vide de Yin, avec saignements des gencives, douleurs dentaires et mauvaise haleine : Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac)

– Formule indiquée pour le vide de Yin du Rein avec Feu de vide, montée du Feu vide vers le haut, sans Chaleur de l’Estomac en plénitude : Zhī Bǎi Dì Huáng Wán 知柏地黃丸 (Pilule de Rehmannia à l’Anémarhène et au Phellodendron)

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac avec stagnation de Sang, saignements des gencives et plénitude dans la gorge, ulcérations buccales : Qīng Wèi Tāng 清胃湯 (Décoction qui libère l’Estomac)

– Formule associée pour les saignements de la bouche et du nez dus à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique : Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et de Rehmannie)

– Formule associée pour le vide de Yin de l’Estomac avec Chaleur Vide, gencives légèrement saignantes et dents qui branlent, sans Feu en plénitude : Yì Wèi Tāng 益胃湯 (Décoction qui nourrit l’Estomac)

Précautions

Contre-indications :
– Diarrhée ou selles molles (le texte source de Zhang Jing-yue contre-indique explicitement cette formule en présence de diarrhée)
– Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac avec froid interne
– Vide de Yang du Rein

Mises en garde :
– Réduire ou éviter en cas de faiblesse digestive marquée (appétit réduit, fatigue digestive, ballonnements)
– Surveiller le dosage de Shí Gāo (Gypse) chez les patients avec fragilité digestive : les grandes doses peuvent refroidir excessivement l’Estomac
– Ne pas prolonger le traitement au-delà du nécessaire afin d’éviter de blesser le Yang de la Rate par excès de froid
– Utiliser Shú Dì Huáng avec prudence chez les patients présentant de l’Humidité ou des Glaires, car cette herbe peut aggraver la stagnation

Populations à risque :
– Femmes enceintes : prudence recommandée, l’action descendante de Niú Xī pouvant mobiliser le Sang vers le bas
– Patients âgés avec vide de Yang de la Rate-Estomac prédominant
– Patients avec Humidité-Chaleur sans vide de Yin sous-jacent (risque de formuler de manière inadaptée)

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 Ming, 1624 (Zhang Jing-yue) Source originale de la formule ; composition, indications et commentaires de l’auteur
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Qing, 1742 (Wu Qian et coll.) Commentaire et codification de la formule dans le corpus impérial Qing
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 Époque Han (attribué à l’Empereur Shennong) Référence fondatrice pour les propriétés des drogues constitutives, notamment Shú Dì Huáng et Zhī Mǔ
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Qing, 1798 (Wu Ju-tong) Contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing) ; usage de la formule dans les stades de Chaleur blessant le Yin
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 Ming, 1596 (Li Shi-zhen) Propriétés pharmacologiques des drogues composant la formule, notamment Shí Gāo et Niú Xī



Ma Xing Shi Gan Tang

麻杏石甘湯 Má Xìng Shí Gān Tāng
Décoction d’Éphédra, de Graine d’Abricotier, de Gypse et de Réglisse

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, IIe siècle ap. J.-C.

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 麻黄 Má Huáng Herba Ephedrae Éphédra 6 g
E 石膏 Shí Gāo Gypsum fibrosum Gypse 18 g
M 杏仁 Xìng Rén Semen Armeniacae amarum Graine d’abricotier amer 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae uralensis preparata Réglisse miel-frite 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Facilite la circulation du Qi du Poumon et dissipe la Chaleur du Poumon
Calme la dyspnée et arrête la toux en dirigeant le Qi rebelle vers le bas
Élimine la Chaleur pathogène qu’elle soit issue d’un Vent-Froid transformé en Chaleur ou d’une invasion directe de Vent-Chaleur

Indications

Syndromes traités :
Chaleur logée dans le Poumon obstruant la circulation du Qi du Poumon
Vent-Froid transformé en Chaleur après diaphorèse, ou invasion directe de Vent-Chaleur dans le Poumon
Chaleur-Glaires dans le Poumon avec dyspnée et toux

Tableau Clinique

Langue :
Corps de la langue rouge ou légèrement rouge ; enduit mince jaune ou blanc-jaune, sec ou légèrement gras selon l’intensité de la Chaleur et la présence de Glaires.
Pouls :
Huá 滑 (glissant) : signe de Glaires ou de plénitude interne
Shuò 數 (rapide) : signe de Chaleur interne
浮 (superficiel) : possible si une composante extérieure persiste

Liste des Symptômes

Signes respiratoires principaux :
Dyspnée, essoufflement, respiration laborieuse
Toux avec expectoration de mucosités visqueuses et difficiles à expectorer, de couleur jaune
Respiration sifflante (asthme)
Évasement des ailes du nez
Sensation d’oppression thoracique

Signes généraux de Chaleur :
Fièvre présente ou absente (la formule est indiquée dans les deux cas)
Transpiration spontanée ou absence de transpiration selon l’intensité de la Chaleur
Soif, bouche sèche
Agitation, sensation de chaleur interne

Signes possiblement associés :
Maux de gorge, rougeur pharyngée
Epistaxis, hémoptysie légère en cas de Chaleur forçant le Sang à circuler de façon anarchique dans le Poumon
Urination fréquente et peu contrôlée chez l’enfant (application clinique étendue)

Analyse de la Formule

Má Huáng 麻黄 – Empereur :
Má Huáng (Herba Ephedrae) est la substance cardinale de cette formule. Sa nature chaude, son goût âcre et son tropisme pour le Poumon lui confèrent un puissant pouvoir de dissémination du Qi du Poumon, ce qui libère l’obstruction à l’origine de la dyspnée et de la toux. Sa fonction ici illustre le principe classique de « traiter le Feu contraint en le dispersant » (huǒ yù fā zhī 火鬱發之) : même en présence de Chaleur, l’éphédra ouvre la circulation du Qi du Poumon. Cependant, en raison de sa nature chaude, il doit être contrebalancé par un Gypse en proportion nettement supérieure, ce qui neutralise son action réchauffante tout en conservant son action dispersante sur le Poumon.

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum fibrosum) constitue le second Empereur, de nature froide et de saveur âcre et douce, et agit directement sur la Chaleur du Poumon et de l’Estomac. Il draine la Chaleur du Poumon, soulage la soif en produisant les Liquides Organiques et contrôle l’action diaphorétique de Má Huáng. Le rapport de dosage entre Shí Gāo et Má Huáng est fondamental : lorsque la Chaleur du Poumon est intense avec une transpiration profuse, on augmente Shí Gāo et on réduit Má Huáng ; lorsque les symptômes extérieurs sont plus marqués avec peu de Chaleur intérieure, on inverse les proportions. Cette dialectique dosologique est l’un des enseignements cliniques les plus précieux de cette formule.

Xìng Rén 杏仁 – Ministre :
Xìng Rén (Semen Armeniacae amarum), de nature tiède et de saveur amère, dirige le Qi du Poumon vers le bas et soutient l’action de Má Huáng dans la libération de l’obstruction du Qi du Poumon. L’association de Má Huáng (qui ouvre et disperse) avec Xìng Rén (qui descend et ferme) constitue l’une des paires thérapeutiques les plus efficaces de la pharmacopée classique pour calmer la dyspnée et arrêter la toux. Cette combinaison agit selon les deux directions du mouvement du Qi du Poumon : la dissémination vers la surface et la descente vers le bas, rétablissant ainsi la physiologie pulmonaire normale.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae uralensis preparata), de nature neutre et de saveur douce, remplit ici une triple fonction : il humidifie le Poumon, arrête la toux et harmonise l’action des autres substances. Il modère la puissance dispersante de Má Huáng et tempère la froideur de Shí Gāo, protégeant ainsi l’Estomac et le Qi Correct contre les effets potentiellement agressifs des deux Empereurs. Sa présence comme Ambassadeur reflète la tradition classique de l’utilisation de la réglisse comme harmonisateur universel dans les formules à polarités contrastées.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 est une contraction des premières syllabes des quatre substances qui composent la formule : 麻 pour Má Huáng (Éphédra), 杏 pour Xìng Rén (Graine d’abricotier), 石 pour Shí Gāo (Gypse) et 甘 pour Gān Cǎo (Réglisse). Cette convention de dénomination par initiales, courante dans la tradition classique chinoise, permet d’identifier immédiatement les ingrédients principaux de la décoction. On note que dans les index croisés, la formule est également référencée sous le nom de Má Huáng Xìng Rén Gān Cǎo Shí Gāo Tāng 麻黃杏仁甘草石膏湯, son nom développé complet tel qu’il apparaît dans le Shāng Hán Lùn.

Position dans la tradition :
Cette formule apparaît dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing (IIe siècle ap. J.-C.), dans le contexte de troubles du stade Taiyang après diaphorèse, lorsqu’il est devenu inapproprié d’utiliser la Décoction de Rameau de Cannelier (Guì Zhī Tāng 桂枝湯), en présence de transpiration et de dyspnée sans grande Chaleur extérieure. Elle est présentée comme une variation paradigmatique de la Má Huáng Tāng 麻黃湯 (Décoction d’Éphédra), dans laquelle le Rameau de Cannelier (Guì Zhī) est remplacé par le Gypse (Shí Gāo), transformant radicalement les indications de la formule : de la Chaleur de l’extérieur à la Chaleur du Poumon. Cette substitution d’un seul ingrédient – substituant une substance chaude par une substance froide – constitue un exemple classique de la façon dont une modification mineure de composition peut changer entièrement la nature thérapeutique d’une formule.

Équilibre dynamique de la formule :
La tension interne entre l’Éphédra chaud-âcre et le Gypse froid-âcre est le cœur vivant de cette formule. La Chaleur du Poumon emprisonne le Qi et crée une obstruction ; le Gypse seul refroidirait sans disperser, aggravant la stagnation. L’Éphédra seul disperserait sans refroidir, aggravant la Chaleur. Leur union produit un effet synergique unique : disperser la Chaleur logée en libérant le Qi du Poumon, sans réchauffer ni aggraver l’obstruction. Cette dialectique de deux pôles apparemment contradictoires qui se complètent pour atteindre une action thérapeutique supérieure est un exemple particulièrement élégant du raisonnement thérapeutique chinois classique. La Graine d’abricotier renforce l’action descendante, tandis que la Réglisse miel-frite protège le terrain et harmonise l’ensemble.

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule est largement utilisée en médecine contemporaine pour traiter une grande variété d’affections respiratoires définies en médecine biomédicale : infections des voies respiratoires supérieures, pneumonies lobaires, bronchopneumonies, asthme bronchique, pneumonie au cours de la rougeole, bronchiolite, coqueluche, diphtérie. Une application clinique moins attendue concerne les enfants présentant une miction fréquente et peu contrôlée comme plainte principale accompagnée de toux et de dyspnée, illustrant le principe classique de « traiter le Réchauffeur Supérieur pour les troubles du Réchauffeur Inférieur ». Sa grande polyvalence clinique en fait une des formules les plus prescrites pour les pathologies pulmonaires d’excès avec Chaleur.

Nuances d’usage :
La formule s’applique quelle que soit la présence ou l’absence de fièvre et de transpiration, dès lors que la Chaleur dans le Poumon est établie. Les générations ultérieures de praticiens ont étendu son usage aux cas de toux avec expectoration visqueuse et difficile, de respiration laborieuse, de langue rouge et de pouls rapide, indépendamment de la couleur de l’enduit lingual ou de la présence de fièvre ou de transpiration. Elle est contre-indiquée pour les dyspnées dues au Froid et dans les cas où le facteur pathogène persiste en raison d’un vide du Qi Correct. Bensky et al. soulignent que le dosage de Shí Gāo dans le texte source est quatre fois supérieur à celui de Má Huáng, ratio fondamental qui oriente le profil thermique de la formule vers le rafraîchissement tout en préservant le pouvoir dispersant de l’éphédra.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense du Poumon avec fièvre élevée, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae japonicae) 9-15 g, Lián Qiào (Fructus Forsythiae suspensae) 9 g, Huáng Qín (Radix Scutellariae baicalensis) 9 g et Yú Xīng Cǎo (Herba Houttuyniae cordatae) 15-30 g

– En cas d’asthme tenace et persistant, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae preparatum) 9 g, Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) 12 g, Chén Pí (Pericarpium Citri reticulatae) 6 g, Zhǐ Shí (Fructus Aurantii immaturus) 6 g et Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis recens) 3 g

– En cas de dyspnée et toux avec expectoration abondante, ajouter Sū Zǐ (Fructus Perillae frutescentis) 9 g et Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g

– En cas de Frissons et absence de transpiration (composante extérieure encore présente), ajouter Jīng Jiè (Herba Schizonepetae tenuifoliae) 6 g, Bò Hé (Herba Menthae haplocalycis) 6 g et Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae preparatum) 9 g

– En cas de sinusite avec Chaleur dans le Poumon, ajouter Dì Lóng (Pheretima) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Décoction de base dont est dérivée Má Xìng Shí Gān Tāng par substitution de Guì Zhī par Shí Gāo : Má Huáng Tāng 麻黃湯 (Décoction d’Éphédra)

– Variante centrée sur le canal du Poumon avec ajout de gingembre frais, thé vert et jujube pour les dyspnées avec plénitude thoracique par atteinte superficielle du canal du Poumon : Wǔ Hǔ Tāng 五虎湯 (Décoction des Cinq Tigres)

– Formule apparentée avec Má Huáng et Shí Gāo, sans Xìng Rén, pour les œdèmes par Vent avec légère sudation, fièvre modérée et pouls superficiel, issue de Jīn Guì Yào Lüè : Yuè Bì Tāng 越婢湯 (Décoction de la Servante de Yue)

– Variante de Yuè Bì Tāng avec ajout d’Atractylodes macrocephala pour les œdèmes plus sévères avec membres lourds et douloureux : Yuè Bì Jiā Zhú Tāng 越婢加朮湯 (Décoction de la Servante de Yue avec Atractyle)

– Formule proche indiquée pour la toux et la dyspnée par obstruction du canal du Poumon par Vent-Froid extérieur avec Glaires-Chaleur internes (formule de Shen Mi Tang) : Shén Mì Tāng 神秘湯 (Décoction Mystérieuse)

– Formule à distinguer dans les affections pulmonaires avec Chaleur de vide : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 (Poudre pour Drainer le Blanc)

Précautions

Contre-indications :
– Dyspnée et toux dues au Froid (absence de Chaleur interne, nature de l’obstruction froide)
– Dyspnée par vide du Qi du Poumon ou vide du Qi du Rein (Rein incapable de saisir le Qi)
– Toux et asthme chroniques par vide de Qi avec pouls frêle et profond

Mises en garde :
-Le ratio Shí Gāo/Má Huáng doit être ajusté selon l’intensité respective de la Chaleur interne et des symptômes extérieurs ; ne pas utiliser cette formule avec un ratio équilibré des deux substances, car cela en modifie fondamentalement le profil thermique
– En cas de Chaleur du Poumon très sévère accompagnée d’expectoration sanglante, renforcer l’action anti-Chaleur et envisager des substances qui refroidissent le Sang
– La présence ou l’absence de transpiration ne conditionne pas l’indication de la formule, contrairement à la Má Huáng Tāng classique ; seule la confirmation de la Chaleur dans le Poumon est déterminante
Má Huáng peut élever la pression artérielle et stimuler le système nerveux central ; à utiliser avec prudence chez les patients hypertendus ou cardiaques

Populations à risque :
– Femmes enceintes : usage sous surveillance médicale, Má Huáng pouvant provoquer des contractions utérines
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, de cardiopathies ou d’arythmies en raison de l’action sympathomimétique de Má Huáng
– Patients présentant un vide de Qi Correct avec persistance du facteur pathogène : la formule risque de disperser le Qi déjà déficient
– Enfants en bas âge : réduire les dosages de manière significative et surveiller la tolérance à Shí Gāo

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) 傷寒論 IIe siècle ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte source de la formule ; prescrite pour les troubles du stade Taiyang avec dyspnée et transpiration après diaphorèse, lorsqu’il est devenu inapproprié d’utiliser Guì Zhī Tāng
Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Aide-mémoire des Prescriptions du Coffre d’Or) 金匱要略 IIe siècle ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Formules apparentées (Yuè Bì Tāng et variantes) avec Má Huáng et Shí Gāo pour les œdèmes par Vent, renforçant le champ clinique de l’association des deux Empereurs
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 1798 (Wu Ju-Tong 吳鞠通) Intégration de Má Xìng Shí Gān Tāng dans le cadre des maladies de Tièdeur (Wen Bing) ; usage étendu aux tableaux de Chaleur envahissant le niveau du Qi avec atteinte du Poumon
Zhāng Shì Yī Tōng 張氏醫通 (Traité médical de Zhang) 張氏醫通 1695 (Zhang Lu 張璐) Commentaire et élargissement des indications de la formule aux pathologies pulmonaires chroniques avec Chaleur résiduelle et toux à phlegme visqueux



Long Dan Xie Gan Tang

龍膽瀉肝湯 Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng
Décoction de Gentiane pour Drainer le Foie

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil analytique de formules médicales) de Wang Ang, 1682

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 龍膽草 Lóng Dǎn Cǎo Radix et Rhizoma Gentianae Racine de gentiane 3-9 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Scutellaire (racine de scutellaire de Baïkal) 6-12 g
M 山梔子 Shān Zhī Zǐ Fructus Gardeniae Fruit de gardénia 6-12 g
C 木通 Mù Tōng Caulis Akebiae Tige d’akébie 3-6 g
C 車前子 Chē Qián Zǐ Semen Plantaginis Graine de plantain 9-15 g
C 澤瀉 Zé Xiè Rhizoma Alismatis Rhizome d’alisme (alisma) 6-12 g
C 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Racine de buplèvre 3-9 g
C 生地黃 Shēng Dì Huáng Radix Rehmanniae Rehmannie crue 9-15 g
C 當歸 Dāng Guī Radix Angelicae Sinensis Angélique chinoise (dang gui) 6-12 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Réglisse (racine de réglisse) 3-6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine le Feu en excès du Foie et de la Vésicule Biliaire
Élimine l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur

Indications

Syndromes traités :
Feu en excès dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire
Humidité-Chaleur coulant vers le bas dans le Réchauffeur Inférieur

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune, parfois enduit jaune et gras à la base ; les bords de la langue peuvent présenter des points rouges en cas d’Humidité-Chaleur dans le méridien du Foie
Pouls :
Xián 弦 (En Corde) : indique la tension dans le méridien du Foie, la plénitude et le Feu du Foie montant
Shuò 數 (Rapide) : traduit la présence de Chaleur interne en excès
Yǒu Lì 有力 (Forcé) : confirme la nature de plénitude du tableau pathologique

Liste des Symptômes

Feu en excès du Foie et de la Vésicule Biliaire – Signes du haut du corps :
Douleur et distension hypocondriaque
Céphalées
Vertiges, étourdissements
Yeux rouges et douloureux
Diminution ou perte de l’audition (surdité soudaine)
Gonflement et douleur de l’oreille, otalgie
Goût amer dans la bouche
Irritabilité, irascibilité
Courte humeur, agitation de l’Esprit (Shen 神)

Humidité-Chaleur coulant vers le Réchauffeur Inférieur :
Mictions difficiles et douloureuses avec sensation de Chaleur dans l’urètre
Urine foncée, trouble, ou rouge-jaunâtre
Prurit et gonflement des organes génitaux externes
Leucorrhées jaunes, épaisses et malodorantes
Chez la femme : cycle menstruel raccourci, Sang devenant rouge-pourpre

Analyse de la Formule

Lóng Dǎn Cǎo 龍膽草 – Empereur :
Long Dan Cao (Radix et Rhizoma Gentianae) est l’ingrédient central de la formule. De nature très froide et de saveur très amère, il entre dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire et se révèle d’une efficacité remarquable pour drainer la Chaleur en excès et éliminer l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur. Ces deux actions, drainer le Feu du Foie et de la Vésicule Biliaire et éliminer l’Humidité-Chaleur, constituent les fonctions thérapeutiques primaires de la formule entière, et c’est pourquoi cette substance est désignée comme Empereur.

Huáng Qín 黃芩 et Shān Zhī Zǐ 山梔子 – Ministres :
Huang Qin (Radix Scutellariae) et Zhi Zi (Fructus Gardeniae) sont les deux drogues Ministres. Ils secondent l’Empereur en drainant le Feu et en éliminant l’Humidité. Huang Qin entre spécifiquement dans le méridien du Foie et draine la Chaleur des Trois Réchauffeurs ; Zhi Zi draine la Chaleur des Trois Réchauffeurs à travers les urines et pénètre également dans le Cœur pour calmer l’irritabilité. La combinaison classique Chai Hu – Huang Qin est par ailleurs reconnue pour éliminer la Chaleur du méridien Shao Yang.

Mù Tōng 木通, Chē Qián Zǐ 車前子 et Zé Xiè 澤瀉 – Conseillers (drainage) :
Mu Tong (Caulis Akebiae), Che Qian Zi (Semen Plantaginis) et Ze Xie (Rhizoma Alismatis) constituent le groupe des Conseillers à fonction diurétique. Ils drainent la Chaleur du Réchauffeur Supérieur et éliminent l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur en favorisant la miction. Par cette action de drainage vers le bas et vers l’extérieur, ils ouvrent un second axe d’évacuation des agents pathogènes, renforçant et orientant l’action de l’Empereur et des Ministres vers le bas-ventre et les voies urinaires.

Chái Hú 柴胡 – Conseiller (guidage) :
Chai Hu (Radix Bupleuri) joue un rôle de guidage : son entrée dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire permet de focaliser et de diriger l’action des autres drogues vers ces deux organes et leurs méridiens. Il disperse également la Chaleur due à la Stagnation du Qi du Foie et de la Vésicule Biliaire. Avec Huang Qin, il forme la paire classique pour éliminer la Chaleur du niveau Shao Yang.

Shēng Dì Huáng 生地黃 et Dāng Guī 當歸 – Conseillers (protection du Yin et du Sang) :
Sheng Di Huang (Radix Rehmanniae) et Dang Gui (Radix Angelicae Sinensis) sont ajoutés pour protéger le Yin et le Sang. Parce que le Foie stocke le Sang, la présence de Chaleur en excès dans le méridien du Foie peut facilement blesser le Yin et le Sang. Les drogues amères et froides de la formule, bien que thérapeutiquement nécessaires, risquent également d’assécher le Yin. Sheng Di Huang nourrit le Yin ; Dang Gui nourrit le Sang sans provoquer de stagnation. Ensemble, ils préviennent les effets secondaires desséchants de la formule et maintiennent l’équilibre énergétique.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gan Cao (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae) harmonise le Réchauffeur Médian et régule l’action de l’ensemble des drogues de la formule. Sa douceur protège l’Estomac des effets froids et amers des autres ingrédients, évitant que la formule ne lèse le Qi de l’Estomac lors d’un usage prolongé.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom de la formule est directement dérivé de son ingrédient Empereur : Lóng Dǎn 龍膽 désigne la gentiane, dont la saveur extrêmement amère est comparée à la bile de dragon (lóng 龍 = dragon, dǎn 膽 = vésicule biliaire, bile) ; xiè 瀉 signifie « drainer, purger, faire descendre » ; gān 肝 désigne le Foie. Le titre de la formule indique donc son action principale : utiliser la gentiane pour drainer et purger le Foie de ses excès.

Position dans la tradition :
La formule est attribuée à Wang Ang 汪昂 (1615-1695) qui la consigne dans son Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (1682). Elle est toutefois mentionnée sous des formes proches dans des textes antérieurs, notamment le Lán Shì Mì Cáng 蘭室秘藏 (Secrets de la chambre aux orchidées) de Li Dong-Yuan (Jin-Yuan, XIIIe siècle), ce qui souligne l’ancrage de sa stratégie thérapeutique dans la pensée médico-classique. Elle figure dans les grandes compilations de référence de la pharmacopée classique, dont le Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 (Le Miroir d’or de la médecine, 1742).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule présente une architecture en deux axes complémentaires. Le premier axe, descendant et drainant, est constitué par Long Dan Cao, Huang Qin, Zhi Zi, Mu Tong, Che Qian Zi et Ze Xie : il chasse les agents pathogènes vers le bas et les extériorise par les urines. Le second axe, nourricier et protecteur, est assuré par Sheng Di Huang et Dang Gui : il préserve le Yin et le Sang que les drogues froides et amères pourraient endommager. Chai Hu, par sa nature ascendante et sa tropisme pour le Foie et la Vésicule Biliaire, guide l’ensemble de la formule vers les organes cibles, tandis que Gan Cao harmonise et protège l’Estomac. Cette architecture évite que la formule, bien que vigoureusement drainante, n’épuise les substances fondamentales.

Pertinence clinique contemporaine :
Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 est l’une des formules les plus fréquemment prescrites en clinique pour toute pathologie relevant d’un Feu du Foie ou d’une Humidité-Chaleur du méridien du Foie. Ses indications biomédicales contemporaines comprennent notamment les infections des voies urinaires, les cystites et urétrites, les prostatites, les épididymites, les vaginites et pertes vaginales malodorantes et jaunâtres, les maladies sexuellement transmissibles, les otites et vertiges soudains (maladie de Ménière), les affections hépatiques et biliaires, l’hypertension artérielle avec Feu du Foie, les dermatoses infectieuses de la région génitale (herpès génital, zona), et l’hyperthyroïdie avec Feu du Foie.

Nuances d’usage :
La formule est puissante et de nature très froide. Son usage doit être limité dans le temps et réservé aux tableaux de plénitude avec Chaleur réelle. Elle est strictement contre-indiquée dans les tableaux de vide. Un usage prolongé ou excessif risque de léser le Qi de Rate et d’Estomac, de blesser le Yin par excès de drainage et de provoquer un refroidissement pathologique du Réchauffeur Médian. La présence de Long Dan Cao à dose élevée ou de Mu Tong (Caulis Akebiae) nécessite une vigilance pharmacologique : certaines espèces de Mu Tong contenant des acides aristolochiques ont été substituées par des formes sûres (Caulis Akebiae trifoliatae). La formule doit être interrompue dès que les symptômes de Chaleur et d’excès ont régressé.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu du Foie intense avec céphalées sévères, vertiges marqués et yeux très rouges, ajouter Xia Ku Cao (Spica Prunellae) 9-15 g et Ju Hua (Flos Chrysanthemi) 9 g pour renforcer l’action de dispersion du Feu du Foie et d’élimination du Vent-Chaleur du haut du corps

– En cas d’insomnie et d’agitation de l’Esprit (Shen 神) liées au Feu du Foie perturbant le Cœur, ajouter Long Chi (Fossilia Dentis Mastodi) 15-30 g, Fu Shen (Sclerotium Poriae Pararadicis) 9 g et Ye Jiao Teng (Caulis Polygoni Multiflori) 15-30 g

– En cas de jaunisse par Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire, ajouter Yin Chen Hao (Herba Artemisiae Scopariae) 15-30 g pour renforcer l’action drainante de l’Humidité et éliminer la jaunisse

– En cas de calculs biliaires avec douleur hypocondriaque intense et Humidité-Chaleur de la Vésicule Biliaire, ajouter Jin Qian Cao (Herba Lysimachiae) 15-30 g et Yu Jin (Radix Curcumae) 9 g

– En cas d’herpès génital ou de zona (Feu-Poison dans le méridien du Foie), ajouter Ban Lan Gen (Radix Isatidis) 15-30 g et Pu Gong Ying (Herba Taraxaci) 15-30 g pour renforcer l’action anti-toxique

– En cas de prostatite avec Humidité-Chaleur marquée et stagnation de Sang, ajouter Bian Xu (Herba Polygoni Avicularis) 9 g, Da Huang (Radix et Rhizoma Rhei) 6 g et Chuan Niu Xi (Radix Cyathulae) 9 g (d’après la variante du Dr Wang Bing Jun dans Maciocia)

– En cas d’hyperthyroïdie avec Feu du Foie et Yang du Foie montant, ajouter Nu Zhen Zi (Fructus Ligustri Lucidi) 15 g, Gou Teng (Ramulus cum Uncis Uncariae) 15 g et Shi Jue Ming (Concha Haliotidis) 30 g (d’après la variante du Dr Chen Ze Lin dans Maciocia)

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour drainer le Feu du Foie et traiter la stagnation de Sang dans le méridien du Foie au niveau des organes génitaux masculins : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 variante du Dr Wang Bing Jun (Maciocia, Prostatite)

– Formule pour traiter la jaunisse et l’Humidité-Chaleur sévère de la Vésicule Biliaire avec addition de Yin Chen Hao pour drainer l’Humidité et traiter la jaunisse : Yīn Chén Hāo Tāng 茵陳蒿湯 (Décoction d’armoise capillaire)

– Formule pour traiter les leucorrhées de couleur blanche et inodores dues à un vide de Rate avec Stagnation du Qi du Foie, à distinguer de Long Dan Xie Gan Tang : Wán Dài Tāng 完帶湯 (Décoction pour mettre fin aux leucorrhées)

– Poudre révisée à base de Ba Zheng San et Long Dan Xie Gan Tang pour traiter les infections génito-urinaires avec Humidité-Chaleur combinée dans la Vessie et le méridien du Foie : Fù Fāng Bā Zhèng Sǎn 複方八正散 (Poudre révisée des huit rectifications)

– Formule pour traiter le Feu du Foie avec vertiges, acouphènes et Yang du Foie montant, à utiliser quand la dimension de vide de Yin est davantage présente : Qiān Jīn Lóng Dǎn Tāng 千金龍膽湯 variante (Décoction de gentiane des mille ducats, variante)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Qi de Rate et d’Estomac : la formule est trop froide et amère et aggraverait la faiblesse digestive
– Vide de Yin du Foie et du Rein sans plénitude réelle : risque d’endommager davantage le Yin et le Sang déjà insuffisants
– Grossesse : les drogues drainantes et froides peuvent léser le Qi fœtal et abaisser la vitalité du bas-ventre
– Diarrhées et selles molles en contexte de vide de Yang de Rate : contre-indication absolue

Mises en garde :
– Ne pas utiliser en traitement de longue durée : arrêter dès que les signes de Chaleur et de plénitude ont régressé
– Réduire la dose ou modifier la formule si des signes de fragilité digestive (anorexie, selles molles) apparaissent en cours de traitement
– Surveiller la qualité botanique et la source de Mu Tong (Caulis Akebiae) pour éviter toute contamination par des espèces à acides aristolochiques
– Long Dan Cao à forte dose peut irriter la muqueuse gastrique : le prendre après les repas ou associer Gan Cao à dose suffisante

Populations à risque :
– Femmes enceintes : contre-indication relative, à n’utiliser qu’en cas d’absolue nécessité clinique et sous surveillance
– Personnes âgées avec vide de Yin ou vide de Qi sous-jacent : la froideur de la formule peut aggraver la fatigue profonde
– Patients avec antécédents de néphropathie ou d’insuffisance rénale : vigilance renforcée concernant Mu Tong (Caulis Akebiae), dont certaines espèces sont néphrotoxiques

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Source principale canonique de la formule dans sa version actuelle à dix ingrédients
Lán Shì Mì Cáng 蘭室秘藏 Dynasties Jin-Yuan, XIIIe s. (Li Dong-Yuan 李東垣) Mention d’une version antérieure de la formule, attestant l’ancienneté de la stratégie thérapeutique
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Dynastie Qing, 1742 (Wu Qian 吳謙 et coll.) Reprise et canonisation de la formule dans le grand corpus impérial, diffusion dans l’enseignement officiel de la médecine chinoise
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song, 1078-1085 (Département médical impérial) Contexte formulaire officiel des préparations drainantes et clarifiantes de la même époque, arrière-plan historique de la pharmacopée officielle



Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page