
Qián Hú (Radix Peucedani)
Identification
Chinois : 前胡
Pinyin : Qián Hú
Traduction : racine de peucédane
Nom commun : racine de peucédane blanc ou de peucédane décurrent
Nom latin : Radix Peucedani
Famille : Apiaceae (Umbelliferae)
Espèces : Peucedanum praeruptorum Dunn. (白花前胡 bái huā qián hú) ; Peucedanum decursivum Maxim. (紫花前胡 zǐ huā qián hú)
Partie utilisée : racine séchée
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Supplémentaires des Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui clarifient la Chaleur et transforment les Mucosités (qīng rè huà tán yào 熱淸化痰藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Piquant (辛 xīn)
Nature : Légèrement Froid (微寒 wēi hán)
Méridiens : Poumon (肺 fèi)
Dosage : 3-10 g en décoction
Propriétés :
Descend le Qi du Poumon et dissout les Glaires, disperse le Vent et clarifie la Chaleur.
Précautions :
Qián Hú est contre-indiqué en cas de toux sèche due à une déficience du Yin du Poumon. Il est également déconseillé lorsque les Glaires sont agitées par un Feu issu d’une déficience du Yin, ou chez les patients qui ne présentent pas d’accumulation de Glaires dans le contexte d’un syndrome d’atteinte externe. De nature légèrement froide et amère, ce remède peut irriter la muqueuse gastrique ; il doit donc être utilisé avec prudence chez les patients présentant des troubles digestifs ou une tendance aux saignements gastro-intestinaux. Selon certaines sources classiques, Qián Hú est incompatible avec Lí Lú 藜蘆 (Rhizoma et Radix Veratri Nigri).
Fonctions principales :
Descend le Qi du Poumon
Dissout les Glaires chaudes
Disperse le Vent-Chaleur
Clarifie la Chaleur du Poumon
Rétablit la diffusion et la descente normales du Qi du Poumon
Actions et Indications
– Descend le Qi du Poumon et dissout les Glaires :
Qián Hú est l’un des remèdes les plus importants pour faire descendre le Qi rebelle du Poumon et transformer les Glaires. Il traite les toux productives avec des expectorations épaisses, jaunes et difficiles à expectorer, accompagnées d’une sensation d’oppression thoracique et d’une dyspnée, causées par l’obstruction du Poumon par des Glaires-Chaleur.
Il est couramment utilisé pour la toux avec expectorations abondantes dues à la stagnation du Qi du Poumon associée à une accumulation de Glaires.
– Pour la toux et la dyspnée dues aux Glaires-Chaleur obstruant le Poumon, Qián Hú est associé à Sāng Bái Pí (Cortex Mori), Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) et Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae).
– Pour la toux avec expectorations épaisses et collantes, on l’associe à Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii).
– Pour la toux avec expectorations abondantes et bruyantes dans la gorge, on l’associe à Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae preparatum).
La Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Répertoire de la Matière Médicale) précise que le mérite principal de Qián Hú réside dans sa capacité à faire descendre le Qi : lorsque le Qi descend, le Feu descend, et les Glaires descendent également.
– Disperse le Vent et clarifie la Chaleur :
Qián Hú possède une action dispersante sur les agents pathogènes externes de type Vent-Chaleur, tout en rétablissant la diffusion et la descente normales du Qi du Poumon. Il traite les toux associées aux maladies d’origine externe, caractérisées par de la fièvre, des céphalées, une gorge douloureuse et des expectorations jaunes épaisses.
Sa double action – dissiper l’extérieur et faire descendre le Qi – en fait un remède particulièrement adapté lorsque coexistent une invasion externe par le Vent-Chaleur et une obstruction du Poumon par les Glaires.
– Pour la toux avec céphalées et fièvre due au Vent-Chaleur attaquant le Poumon, Qián Hú est associé à Chái Hú (Radix Bupleuri), Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Bò Hé (Herba Menthae).
– Pour la toux avec frissons et fièvre alternés, congestion thoracique et céphalées dues au Vent-Chaleur, on l’associe à Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) et Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii), formule Qián Hú Sǎn 前胡散 (Poudre de Peucédane).
– Pour le Vent-Chaleur avec fièvre, toux et oppression thoracique, on ajoute Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae) et Huáng Qín (Radix Scutellariae).
– Pour la toux et la dyspnée avec expectorations jaunes dues au Vent-Chaleur, Qián Hú est associé à Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) et Pí Pá Yè (Folium Eriobotryae).
Liste des symptômes
Troubles respiratoires avec Glaires-Chaleur :
Toux productive avec expectorations jaunes, épaisses et collantes
Expectorations difficiles à expectorer
Oppression thoracique et distension
Dyspnée et sifflements respiratoires
Toux avec bruits de Glaires dans la gorge
Atteintes externes par le Vent-Chaleur :
Toux avec fièvre et légère aversion pour le vent et le froid
Céphalées associées à une toux productive
Gorge douloureuse et enflammée
Frissons et fièvre alternés avec toux
Stagnation du Qi du Poumon :
Sensation d’oppression dans la poitrine
Qi rebelle du Poumon avec toux persistante
Dyspnée liée à l’obstruction des Glaires
Commentaire
Qián Hú (Radix Peucedani) est un remède de la pharmacopée chinoise dont la réputation repose principalement sur sa capacité à faire descendre le Qi du Poumon et à transformer les Glaires-Chaleur. Son nom signifie littéralement « antérieur-barbare » (前胡), partageant le caractère hú 胡 avec Chái Hú (Radix Bupleuri), avec lequel il est si fréquemment associé que les praticiens écrivent parfois simplement les « deux hú » (èr hú 二胡) dans leurs prescriptions. Cette paire complémentaire illustre la logique de la régulation du mouvement du Qi : Chái Hú élève et libère la contrainte, tandis que Qián Hú dirige le Qi vers le bas et expulse les Glaires ; l’un monte pendant que l’autre descend, régulant ainsi la dynamique de montée et de descente du Qi.
La Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Répertoire de la Matière Médicale) souligne que le mérite premier de Qián Hú est de faire descendre le Qi – lorsque le Qi descend, le Feu descend et les Glaires descendent avec lui. Cette observation explique l’expression traditionnelle « chasser l’ancien pour faire venir le nouveau » (qū jiù shēng xīn 驅舊生新), qui décrit la restauration d’un Qi normal une fois que les Glaires obstructrices ont été éliminées. Les Jīng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jing-Yue) vont plus loin, affirmant que les Glaires-Vent dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire ne peuvent être expulsées sans Qián Hú, soulignant sa pénétration dans des niveaux profonds.
Qián Hú se distingue par sa double action : il agit à la fois sur l’intérieur (descendant le Qi et transformant les Glaires) et sur l’extérieur (dispersant le Vent-Chaleur et rétablissant la diffusion du Qi du Poumon). Cette particularité le rend supérieur aux remèdes qui ne font que diriger le Qi vers le bas, car il expulse simultanément le facteur pathogène responsable de l’obstruction. Les textes classiques précisent toutefois clairement qu’il ne doit pas être utilisé en cas d’atteinte externe sans accumulation de Glaires, ni en cas de toux liée à une déficience du Yin.
Qián Hú se distingue de Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) par son action dispersante sur le Vent-Chaleur externe et sa capacité à clarifier la Chaleur du Poumon : il est donc plus adapté aux expectorations jaunes épaisses avec présence simultanée de Vent-Chaleur en superficie. Bái Qián, légèrement chaud, est quant à lui plus indiqué pour l’obstruction du Qi du Poumon avec expectorations abondantes et bruyantes dans la gorge, indépendamment de la présence de Chaleur ou de Froid. Les deux remèdes sont si souvent combinés que le terme « deux qín » (èr qín 二芩) – parfois confondu avec le terme « deux hú » – est parfois employé dans les prescriptions.
Associations
– avec Chái Hú (Radix Bupleuri) : pour la toux avec oppression thoracique due au Vent-Chaleur contraignant le Poumon ; Chái Hú élève et libère la contrainte, Qián Hú descend le Qi et expulse les Glaires – l’un monte, l’autre descend
– avec Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), Sāng Bái Pí (Cortex Mori) et Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) : pour la toux et la dyspnée dues aux Glaires-Chaleur obstruant le Poumon
– avec Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae preparatum) : pour la toux avec expectorations abondantes et bruits de Glaires dans la gorge
– avec Jié Gěng (Radix Platycodonis), Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) et Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) : pour les maladies d’origine externe avec toux, céphalées et douleurs corporelles
– avec Bò Hé (Herba Menthae), Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) et Lián Qiáo (Fructus Forsythiae) : pour le Vent-Chaleur avec fièvre, toux et oppression thoracique
– avec Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii) : pour la toux avec expectorations épaisses, collantes et difficiles à expectorer
– avec Pí Pá Yè (Folium Eriobotryae) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) : pour la toux et la dyspnée avec expectorations jaunes dues au Vent-Chaleur
– avec Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Sāng Bái Pí (Cortex Mori) : pour la toux chronique avec Chaleur du Poumon et expectorations jaunes
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生用 shēng qián hú) : forme non préparée, utilisée pour la majorité des indications – descend le Qi, transforme les Glaires et disperse le Vent-Chaleur ; indiquée pour les syndromes d’excès avec Glaires-Chaleur et atteintes externes
– miel (蜜炙 mì zhì qián hú) : la racine est mélangée au miel puis légèrement grillée à feu modéré ; cette préparation renforce l’action de moistening du Poumon, réduit les propriétés dispersantes et est mieux adaptée aux toux chroniques ou aux patients présentant une certaine fragilité du Yin du Poumon
Formules Classiques
– Qián Hú Sǎn (前胡散 Poudre de Peucédane)
Cette formule combine Qián Hú avec Jié Gěng (Radix Platycodonis), Sāng Bái Pí (Cortex Mori), Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter les maladies d’origine externe avec toux productive, oppression thoracique, céphalées et fièvre légère. C’est la formule emblématique dans laquelle Qián Hú déploie pleinement son action d’expulsion des pathogènes externes tout en faisant descendre le Qi et en transformant les Glaires.
– Xìng Sū Sǎn (杏蘇散 Poudre d’Abricot et de Perilla)
Cette formule issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies Fébriles Chaudes) associe Qián Hú à Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), Zǐ Sū Yè (Folium Perillae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae preparatum) et Fú Líng (Poria) pour traiter la Sécheresse-Fraîcheur externe attaquant le Poumon, avec toux légère, légères céphalées, absence de transpiration et absence de soif. Qián Hú y joue un rôle clé pour faire descendre le Qi du Poumon et transformer les Glaires légères.
– Zhǐ Sòu Sǎn (止嗽散 Poudre pour Arrêter la Toux)
Issue du Yī Xué Xīn Wù 醫學心悟 (Traité de Médecine), cette formule associe Qián Hú à Jié Gěng (Radix Platycodonis), Zǐ Wǎn (Radix Asteris), Bǎi Bù (Radix Stemonae), Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter les toux persistantes dues à des maladies d’origine externe résiduelles ou à une légère obstruction des Glaires dans le Poumon.
Toxicité :
Qián Hú peut irriter la muqueuse gastrique et ne doit pas être administré aux patients souffrant de troubles gastriques ou présentant une tendance aux saignements gastro-intestinaux. Son utilisation prolongée peut consommer le Qi en raison de ses propriétés dispersantes et descendantes. Aux doses thérapeutiques recommandées (3-10 g), ce remède est généralement bien toléré. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée dans les textes classiques, à l’exception de son incompatibilité traditionnelle avec Lí Lú 藜蘆 (Rhizoma et Radix Veratri Nigri). Une utilisation excessive est déconseillée en l’absence d’accumulation de Glaires ou de syndrome d’excès du Poumon.
