
Mò Yào (Myrrha)
Identification
Chinois : 没药
Pinyin : Mò Yào
Traduction : Graisse des cinq esprits (selon l’étymologie populaire) ; plus couramment : myrrhe
Nom commun : Myrrhe
Nom latin : Myrrha
Famille : Burseraceae
Espèces : Commiphora myrrha (Engl.) ; Commiphora molmol Engl. ; Balsamodendron ehrenbergianum Berg.
Partie utilisée : Résine exsudée du tronc
Texte d’origine : Yào Xìng Běn Cǎo 藥性本草 (Matière Médicale des Propriétés Médicinales) par Zhen Quan au VIIe siècle

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui font circuler le Sang (huó xuè yào 活血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān), Rate (脾 pí)
Dosage : 3-9 g
Propriétés :
Mò Yào active le Sang et disperse la stagnation de Sang pour arrêter la douleur, réduit les gonflements et génère la chair. Toutes ses actions dérivent de sa capacité fondamentale à lever l’obstruction causée par la stagnation de Sang, permettant ainsi aux tissus d’être irrigués et régénérés.
Précautions :
Contre-indiqué en l’absence de stagnation de Sang et pendant la grossesse. À utiliser avec prudence chez les personnes à l’Estomac faible ou à la Rate insuffisante. Ne pas utiliser sur une longue durée. Éviter en cas de plaies et d’ulcères déjà perforés avec pus abondant, car son action à générer la chair risque d’emprisonner le pus à l’intérieur.
Fonctions principales :
Active le Sang et disperse la stagnation de Sang
Réduit les gonflements et arrête la douleur
Engendre les tissus et favorise la cicatrisation
Actions et Indications
– Active le Sang, disperse la stagnation de Sang et arrête la douleur :
Mò Yào est indiqué pour toutes les douleurs liées à la stagnation de Sang : traumatismes, plaies, douleurs thoraciques, abdominales et gynécologiques, syndrome Bi douloureux, masses abdominales fixes, aménorrhée et dysménorrhée. Il arrête la douleur en levant l’obstruction à la circulation du Sang, qui peut alors à nouveau irriguer les tissus affectés. Sa saveur amère draine la stagnation vers le bas tandis que sa nature neutre lui confère une action douce mais persistante.
– Pour les douleurs traumatiques par stagnation de Sang, Mò Yào est associé à
Rú Xiāng (Olibanum).
– Pour les douleurs épigastriques et abdominales par obstruction du Qi et du Sang, on l’associe à Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis), Wǔ Líng Zhī (Trogopterori Faeces) et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi).
– Pour les douleurs thoraciques et abdominales par stagnation de Sang avec aménorrhée et dysménorrhée, on l’associe à Hóng Huā (Flos Carthami).
– Réduit les gonflements et engendre les tissus :
Mò Yào est appliqué en usage externe pour favoriser la cicatrisation des plaies chroniques et des ulcères qui ne guérissent pas. En éliminant la stagnation qui empêche la nutrition et la régénération des tissus, il favorise la croissance de chair saine et réduit les gonflements liés aux abcès et aux furoncles en phase initiale. Il peut être utilisé seul ou en association, tant en application externe qu’en usage interne.
– Pour les ulcères chroniques non cicatrisants, Mò Yào est associé à Rú Xiāng (Olibanum) sous forme de pâte topique.
– Pour les gonflements toxiques et les ulcères suppuratifs en usage externe, on l’associe à Rú Xiāng (Olibanum), Xióng Huáng (Realgar) et Shè Xiāng (Moschus).
Liste des symptômes
Douleurs par stagnation de Sang :
Douleurs traumatiques fixes, contusions, fractures, entorses
Douleurs thoraciques, épigastriques et abdominales à caractère fixe et lancinant
Dysménorrhée et aménorrhée par stagnation de Sang
Douleurs articulaires par syndrome Bi
Masses abdominales fixes (zheng jia 癥瘕)
Lésions cutanées et chirurgie externe :
Abcès, furoncles, carboncles en phase initiale avec gonflement et douleur
Ulcères chroniques non cicatrisants
Plaies traumatiques avec gonflement et douleur
Commentaire
Mò Yào 没药 est une résine obtenue par incision du tronc d’arbres du genre Commiphora, principalement originaires de Somalie, d’Éthiopie et de la péninsule arabique. Sa première mention en matière médicale chinoise figure dans le Yào Xìng Běn Cǎo 藥性本草 (Matière Médicale des Propriétés Médicinales) de Zhen Quan (VIIe siècle). De nature neutre et de saveur amère, il entre dans les méridiens du Cœur, du Foie et de la Rate. Sa saveur amère draine la stagnation vers le bas, et sa nature neutre lui confère une action régulière sans excès de chaleur ni de froid, ce qui le rend adapté à de nombreuses configurations cliniques de stagnation de Sang, qu’elles soient de type Froid ou Chaleur.
Selon le Qiú Zhēn Běn Cǎo 求真本草 (Recherche de l’Authenticité dans la Matière Médicale), toutes les actions de Mò Yào dépendent de sa capacité à briser la stagnation de Sang : il arrête la douleur en supprimant l’obstruction à la circulation du Sang, qui peut alors irriguer les tissus affectés et les nourrir ; il réduit les masses mobiles et fixes en dispersant la stagnation de Sang ; il favorise la cicatrisation des plaies en éliminant l’obstruction qui empêche la nutrition et la régénération des tissus. Il est donc à la fois utile en médecine interne (douleurs, masses, gynécologie, traumatologie) et en médecine externe (plaies, ulcères, abcès). Son usage topique est particulièrement précieux pour les lésions chroniques qui ne cicatrisent pas, car en éliminant la stagnation locale, il permet aux nouvelles cellules de croître.
Mò Yào est presque toujours associé à Rú Xiāng (Olibanum), avec lequel il forme une paire classique complémentaire. Ces deux résines aromatiques partagent la capacité d’activer le Sang et d’arrêter la douleur, mais elles se distinguent par leurs nuances d’action : Rú Xiāng, de nature tiède et de saveur piquante en plus de l’amertume, agit à la fois sur le Qi et sur le Sang, se distinguant par son action de détente des tendons, d’ouverture des canaux et collatéraux, et de réduction des gonflements en phase initiale des abcès ; Mò Yào, de nature strictement neutre, est davantage centré sur le niveau du Sang, drainant la stagnation et favorisant la régénération des tissus. Ensemble, ils potentialisent mutuellement leurs actions analgésiques et cicatrisantes, et constituent la base de nombreuses formules de traumatologie et de médecine externe.
Associations
– avec Rú Xiāng (Olibanum) : douleurs par stagnation de Sang et de Qi, traumatismes, ulcères chroniques non cicatrisants – association fondamentale de la paire classique
– avec Rú Xiāng (Olibanum) et Shè Xiāng (Moschus) : douleurs et gonflement par stagnation de Sang suite à un traumatisme, comme dans la formule Qī Lí Sǎn 七釐散 (Poudre des Sept Millièmes de Tael)
– avec Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) : douleurs épigastriques et abdominales par obstruction du Qi et du Sang
– avec Hóng Huā (Flos Carthami) : stagnation de Sang avec douleurs thoraciques et abdominales, aménorrhée et dysménorrhée
– avec Sān Qī (Radix Notoginseng) et Rú Xiāng (Olibanum) au vin chaud : hémorragies par plaies traumatiques (usage interne et topique)
– avec Rú Xiāng (Olibanum) et Jiàng Xiāng (Lignum Dalbergiae Odoriferae) : douleurs et gonflements par traumatisme, usage interne et topique
– avec Xióng Huáng (Realgar), Rú Xiāng (Olibanum) et Shè Xiāng (Moschus) : gonflements toxiques et ulcères suppuratifs (usage topique)
– avec Wǔ Líng Zhī (Trogopterori Faeces) et Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) : douleurs abdominales et gynécologiques intenses par stagnation de Sang
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生用 shēng yòng) : forme préférentielle pour l’usage externe ; son huile volatile peut irriter l’Estomac et provoquer des nausées, ce qui limite son usage interne dans cette forme
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : le produit brut est chauffé à feu moyen jusqu’à légère fumée, puis aspergé de vinaigre de riz, continuer à chauffer et mélanger jusqu’à ce que la surface soit luisante, puis retirer du feu et laisser refroidir ; cette préparation réduit les désagréments digestifs, améliore le goût, renforce l’action d’activer le Sang et d’arrêter la douleur, et oriente l’action vers le méridien du Foie ; forme préférentielle pour l’usage interne dans les douleurs thoraciques, les hypochondres, les masses abdominales, la dysménorrhée et l’aménorrhée
– préparé à l’huile (油炙 yóu zhì) : chauffé avec une petite quantité d’huile végétale ; réduit l’irritation gastrique et facilite la pulvérisation pour usage en poudre
Formules Classiques
– Qī Lí Sǎn (七釐散 Poudre des Sept Millièmes de Tael)
Formule de traumatologie pour les douleurs et gonflements par stagnation de Sang suite à des blessures traumatiques. Elle associe Mò Yào avec Rú Xiāng (Olibanum), Shè Xiāng (Moschus), Bīng Piàn (Borneolum), Xuè Jié (Daemonoropis Resina Draconis) et Hóng Huā (Flos Carthami). Elle peut être prise par voie interne avec du vin chaud ou appliquée topiquement sur la zone douloureuse.
– Xiǎo Jīn Dān (小金丹 Pilule d’Or Mineure)
Formule pour les masses, nodules et gonflements de type Yin (froid, non rouge, non chaud) causés par stagnation de Sang et accumulation de Glaires-Froid, incluant les abcès froids, les nodules scrofuleux et les masses d’os. Elle associe Mò Yào avec Rú Xiāng (Olibanum), Shè Xiāng (Moschus), Wǔ Líng Zhī (Trogopterori Faeces) et diverses autres substances.
– Fù Yuán Huó Xuè Tāng (復元活血湯 Décoction pour Rétablir et Activer le Sang)
Formule de traumatologie pour les contusions thoraciques et hypochondriales avec douleurs intenses, gonflement et difficultés respiratoires. Elle contient notamment Chái Hú (Radix Bupleuri), Táo Rén (Semen Persicae), Hóng Huā (Flos Carthami) et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei). Mò Yào y est parfois ajouté pour renforcer l’action d’activer le Sang et d’arrêter la douleur.
– Shǒu Fèng Huó Xuè Tāng (蠲痹活血湯 Décoction pour Calmer le Vent et Activer le Sang)
Formule pour le syndrome Bi douloureux avec douleurs articulaires par stagnation de Sang et obstruction des canaux et collatéraux. Elle associe Mò Yào avec Rú Xiāng (Olibanum), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) et d’autres herbes qui dispersent le Vent-Humidité.
Toxicité :
L’ingestion de Mò Yào non préparé peut irriter la muqueuse gastrique et provoquer des nausées, des vomissements et une gêne épigastrique, liés à la teneur en huile volatile. La préparation au vinaigre réduit significativement ces effets indésirables et est donc préférée pour l’usage interne. Des réactions allergiques ont été rapportées lors de l’ingestion, se manifestant par des éruptions cutanées, un prurit et parfois un œdème ; ces réactions disparaissent généralement à l’arrêt du traitement. En raison de ses propriétés d’activation du Sang, Mò Yào est formellement contre-indiqué pendant la grossesse (risque d’avortement et de contractions utérines). Il convient de ne pas l’utiliser à long terme, car une utilisation prolongée peut affaiblir le Qi. Les interactions médicamenteuses potentielles incluent une potentialisation des anticoagulants et des antiplaquettaires (warfarine, aspirine, clopidogrel) en raison de ses propriétés anti-agrégantes plaquettaires démontrées in vitro.
