Kun Bu

Kun Bu

Kūn Bù (Thallus Laminariae seu Eckloniae)

Identification

Chinois : 昆布
Pinyin : kūn bù
Traduction : varech, laminaire
Nom commun : laminaire, kelp, varech
Nom latin : Thallus Laminariae seu Eckloniae
Famille : Laminariaceae / Lessoniaceae
Espèces : Laminaria japonica Aresch. (海带 hǎi dài) ; Ecklonia kurome Okam. (昆布 kūn bù)
Partie utilisée : thalle séché (algue entière séchée)
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Kun Bu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui clarifient la Chaleur et transforment les Mucosités (qīng rè huà tán yào 熱淸化痰藥)
Saveurs : Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi), Rein (腎 shèn)
Dosage : 10-15 g en décoction

Propriétés :

Dissout les Glaires et ramollit les duretés, dissipe les nodules et disperses les masses, régule la circulation des Eaux et réduit les œdèmes.

Précautions :

Kūn Bù doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. Il convient également de l’utiliser avec prudence en cas de Glaires dues au Froid. En raison de sa richesse en iode, une utilisation prolongée à doses élevées doit être supervisée, notamment chez les patients souffrant de troubles thyroïdiens préexistants. Des précautions s’imposent chez les patients sous médicaments antidiabétiques, en raison d’un possible effet synergique hypoglycémiant.

Fonctions principales :

Dissout les Glaires
Ramollit les duretés
Dissipe les nodules et les masses
Régule la circulation des Eaux
Réduit les œdèmes

Actions et Indications

– Dissout les Glaires et ramollit les duretés :
Kūn Bù possède une action puissante pour dissoudre les Glaires, ramollir les duretés et dissiper les nodules. Il traite les gonflements de la thyroïde, le goitre dû à une déficience en iode, l’hyperthyroïdie, les adénopathies cervicales (scrofule), les masses abdominales palpables telles que l’hépatosplénomégalie, ainsi que le gonflement et la douleur du scrotum.
– Pour la scrofule, le goitre et les nodules en général, Kūn Bù est associé à Hǎi Zǎo (Sargassum), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) et Hǎi Gé Fěn (Concha Meretricis seu Cyclinae).
– Pour les masses abdominales palpables, la splénomégalie et l’hépatomégalie, Kūn Bù est combiné avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi), Hóng Huā (Flos Carthami), Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae).
– Pour le goitre dû à une carence en iode, on emploie Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride), formule Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng 海藻玉壺湯 (Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade).
– Pour l’hyperthyroïdie, on utilise Kūn Bù en association avec Hǎi Zǎo (Sargassum) à fortes doses sur une courte période.
– Pour l’hypothyroïdie, on utilise Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum) aux doses habituelles sur une longue période.

– Régule la circulation des Eaux et réduit les œdèmes :
Kūn Bù régule la circulation des Eaux et réduit leur accumulation pour traiter les œdèmes et la dysurie. Cette fonction est cependant relativement faible et Kūn Bù doit être associé à d’autres remèdes diurétiques pour une efficacité maximale.
– Pour les œdèmes et le Qi des jambes (béribéri), Kūn Bù est associé à Zé Xiè (Rhizoma Alismatis), Zhū Líng (Polyporus) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis).

Liste des symptômes

Nodules, goitre et masses :
Goitre (simple ou par carence en iode)
Hyperthyroïdie
Hypothyroïdie
Scrofule (adénopathies cervicales chroniques)
Nodules thyroïdiens
Adénome thyroïdien
Masses abdominales palpables
Splénomégalie et hépatomégalie
Gonflement et douleur du scrotum
Hernies

Troubles des Eaux et de l’Humidité :
Œdème
Dysurie
Béribéri (Qi des jambes)

Commentaire

Kūn Bù (Thallus Laminariae seu Eckloniae) tire son nom de l’algue marine dont il est issu, largement récoltée sur les côtes d’Extrême-Orient. Sa saveur salée lui confère une action caractéristique pour ramollir les duretés et dissiper les accumulations solides, tandis que sa nature froide lui permet de contrer les Glaires chaudes à l’origine des nodules. C’est l’un des remèdes marins les plus importants de la pharmacopée chinoise pour le traitement des affections thyroïdiennes et des accumulations de Glaires.

En médecine chinoise, les gonflements et nodules du cou sont classiquement associés à une stagnation du Qi du Foie et de la Vésicule Biliaire, qui entraîne une accumulation de Glaires transformées en obstruction solide. Kūn Bù agit directement sur ce mécanisme pathologique en dissolvant les Glaires et en ramollissant les duretés. Son association quasi systématique avec Hǎi Zǎo (Sargassum) reflète la complémentarité de ces deux remèdes marins aux propriétés voisines, Kūn Bù étant considéré comme le plus puissant des deux.

Selon le Dr Jiao Shu-De, l’utilisation conjointe de Kūn Bù et de Hǎi Zǎo (Sargassum) est efficace dans le traitement de l’obésité, de l’artériosclérose et de l’hyperlipidémie, élargissant ainsi les indications traditionnelles de ce remède. Son usage dans les troubles thyroïdiens s’explique en partie par sa haute teneur en iode : dans les cas d’hyperthyroïdie, une forte dose sur courte durée exerce un effet de rétrocontrôle négatif sur la libération d’hormone thyroïdienne ; dans les cas d’hypothyroïdie par carence iodée, une dose normale sur longue durée apporte l’iode nécessaire à la synthèse hormonale.

Kūn Bù se distingue de Hǎi Zǎo (Sargassum) et de Hǎi Dài (Thallus Laminariae), deux algues aux propriétés voisines, par sa puissance supérieure : Kūn Bù est le plus fort des trois, suivi de Hǎi Zǎo, puis de Hǎi Dài. Ces trois remèdes marins sont interchangeables dans de nombreuses formules, mais Kūn Bù sera préféré lorsqu’une action plus marquée est requise pour dissoudre les Glaires tenaces et ramollir les duretés consolidées.

Associations

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) : pour la scrofule, le goitre et les nodules

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride) : pour le goitre (formule Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng 海藻玉壺湯 Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade)

– avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi), Hóng Huā (Flos Carthami), Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae) : pour les masses abdominales palpables, la splénomégalie et l’hépatomégalie

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum) à fortes doses sur courte période : pour l’hyperthyroïdie

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum) aux doses normales sur longue période : pour l’hypothyroïdie par carence iodée

– avec Zé Xiè (Rhizoma Alismatis), Zhū Líng (Polyporus) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis) : pour les œdèmes et le Qi des jambes

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng kūn bù) : forme de base, action pleine pour dissoudre les Glaires, ramollir les duretés et disperser les nodules ; utilisé en décoction, la plus courante en clinique
– sauté à sec (炒用 chǎo kūn bù) : forme légèrement réchauffée, préférée chez les patients présentant une faiblesse digestive pour atténuer le caractère froid du remède
– en poudre (末 ) : utilisé dans certaines préparations où une absorption plus rapide est souhaitée

Formules Classiques

– Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng (海藻玉壺湯 Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade)
Cette formule combine Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter le goitre avec stagnation du Qi, accumulation de Glaires et stase du Sang. C’est la formule de référence dans la pharmacopée chinoise pour le traitement du goitre.

Toxicité :

Kūn Bù ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées de 10 à 15 g en décoction. Cependant, en raison de sa richesse en iode, une utilisation prolongée à fortes doses peut perturber la fonction thyroïdienne et doit faire l’objet d’une surveillance médicale. Une prudence particulière s’impose chez les patients sous médicaments antidiabétiques (insuline, sulfonylurées), car Kūn Bù peut potentialiser leur effet hypoglycémiant par un mécanisme synergique. Son caractère froid contre-indique son usage prolongé chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. Aucune interaction médicamenteuse majeure autre que celle décrite n’a été documentée à doses thérapeutiques normales.



Publié par

PHAM Van Huyen

Diététicien Nutritionniste, diététique et pharmacopée traditionnelles chinoises

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