
Dōng Chóng Xià Cǎo (Cordyceps Sinensis)
Identification
Chinois : 冬虫夏草
Pinyin : Dōng Chóng Xià Cǎo
Traduction : ver d’hiver, plante d’été
Nom commun : cordyceps, champignon-chenille
Nom latin : Cordyceps Sinensis
Famille : Clavicipitaceae
Espèces : Cordyceps sinensis (Berk.) Sacc. (冬虫夏草 Dōng Chóng Xià Cǎo)
Partie utilisée : complexe fongique séché composé du stroma du champignon et de la larve-hôte momifiée
Texte d’origine : Běn Cǎo Cóng Xīn 本草從新 (Matière Médicale Entièrement Révisée) par Wú Yí-Luò, 1751

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui tonifient le Yang (bǔ yáng yào 補陽藥)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Rein (腎 shèn), Poumon (肺 fèi)
Dosage : 5-10 g en décoction, en pilule ou en poudre ; 1-3 g en poudre seule
Propriétés :
Tonifie le Yang du Rein et augmente le Jīng, tonifie le Poumon et arrête les saignements, dissout les mucosités.
Précautions :
Dōng Chóng Xià Cǎo doit être utilisé avec prudence en cas de syndrome d’invasion des facteurs pathogènes externes. Bien que sa toxicité soit extrêmement faible, les effets indésirables signalés comprennent des céphalées, de l’irritabilité, de l’agitation, des œdèmes du visage et des membres, des épistaxis, une diminution du volume urinaire, un enduit lingual jaune et gras, et un pouls filiforme et rapide. En cas d’affection chronique avec épuisement profond du Qi, le traitement doit privilégier une montée progressive en dose, associée à des plantes toniques légères pour préparer l’organisme à assimiler l’effet tonifiant. Les patients sous immunosuppresseurs ou présentant des troubles auto-immuns doivent l’utiliser avec précaution en raison de son action immunostimulatrice.
Fonctions principales :
Tonifie le Yang du Rein
Augmente le Jīng Essentiel
Tonifie le Poumon
Arrête les saignements
Dissout les mucosités
Arrête la toux
Actions et Indications
– Tonifie le Yang du Rein et augmente le Jīng Essentiel :
Dōng Chóng Xià Cǎo est particulièrement adapté aux états de déficience du Yang du Rein et du Jīng Essentiel, se manifestant par des douleurs et une faiblesse généralisées, des lombalgies et une faiblesse des genoux, des pollakiuries, des émissions nocturnes, de l’impuissance, une éjaculation prématurée, des acouphènes et une altération de la mémoire.
Il est également indiqué chez les patients en convalescence ou extrêmement affaiblis présentant des sueurs spontanées.
– Pour les douleurs et troubles articulaires ostéo-articulaires liés à une déficience du Rein, Dōng Chóng Xià Cǎo est associé à Dù Zhōng (Cortex Eucommiae) et Xù Duàn (Radix Dipsaci).
– Pour l’impuissance liée à une déficience du Yang du Rein, on l’associe à Lù Róng (Cornu Cervi Pantotrichum) et Yín Yáng Huò (Herba Epimedii).
– Pour les acouphènes liés à une déficience du Rein, Dōng Chóng Xià Cǎo est associé à Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) et Shān Zhū Yú (Fructus Corni).
– Pour les sueurs spontanées lors de la convalescence d’une maladie chronique, on l’associe à Huáng Qí (Radix Astragali) afin de tonifier le Wèi Qi défensif ; les deux plantes sont cuites en soupe avec du bœuf, de l’agneau ou du canard.
– Pour la déficience du Jīng avec insuffisance de développement des organes génitaux, impuissance, spermatorrhée et irrégularités menstruelles, Dōng Chóng Xià Cǎo est associé à Zǐ Hé Chē (Placenta Hominis), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Lù Jiǎo Jiāo (Gelatinum Cornu Cervi) et Yín Yáng Huò (Herba Epimedii).
– Tonifie le Poumon, arrête les saignements et dissout les mucosités :
Dōng Chóng Xià Cǎo traite les affections respiratoires chroniques liées à une déficience du Poumon et du Rein, se manifestant par une toux consomptive avec expectorations striées de sang. Il aide à arrêter la toux, à expulser les mucosités et à stopper les saignements.
Comme son effet tonifiant est modéré, il convient particulièrement à la toux chronique causée par une déficience du Yin ou du Qi.
– Pour la toux chronique due à une déficience du Yin du Poumon et du Rein, avec expectorations rares et striées de sang, Dōng Chóng Xià Cǎo est associé à Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Ē Jiāo (Colla Corii Asini), Bǎi Hé (Bulbus Lilii) et Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae).
– Pour la toux chronique due à une déficience du Qi du Poumon et du Rein, avec toux faible et asthénie générale, on l’associe à Gé Jiè (Gecko), Rén Shēn (Radix Ginseng) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis).
– Selon le Dr Cheng Jiàn-Huá, Dōng Chóng Xià Cǎo associé à Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Shí Hú (Herba Dendrobii) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), servis en boisson quotidienne, est utile dans le traitement du cancer du poumon.
Liste des symptômes
Déficience du Yang du Rein et du Jīng Essentiel :
Douleurs et faiblesse généralisées
Lombalgies et faiblesse des genoux
Spermatorrhée
Pollakiurie et incontinence urinaire
Émissions nocturnes
Impuissance et éjaculation prématurée
Acouphènes et diminution de la mémoire
Sueurs spontanées lors de convalescence
Troubles respiratoires chroniques :
Toux chronique consomptive
Expectorations rares striées de sang
Asthme et dyspnée liés à une déficience Poumon-Rein
Hémoptysie due à une déficience
Autres indications :
Hyperlipidémie
Troubles de la fonction rénale
Arythmie cardiaque
Rhinite allergique
Bronchite chronique
Thrombopénie
Commentaire
Dōng Chóng Xià Cǎo (Cordyceps Sinensis) est l’un des remèdes les plus précieux et les plus singuliers de la pharmacopée chinoise. Son nom, qui signifie littéralement « ver d’hiver, plante d’été », reflète sa nature paradoxale : il s’agit d’un complexe résultant du champignon parasitaire Cordyceps sinensis qui envahit la larve d’un papillon de nuit des hautes altitudes, transformant progressivement son hôte en stroma fongique. Ce remède est récolté dans les prairies alpines du Tibet, du Qinghai, du Yunnan et du Sichuan, à des altitudes dépassant 3 500 mètres. Sa rareté et son mode de production exceptionnel en font l’une des substances les plus onéreuses de la pharmacopée chinoise ; la forme cultivée est aujourd’hui largement utilisée à des prix bien inférieurs à la forme sauvage, avec une efficacité comparable.
Du point de vue de la médecine chinoise, Dōng Chóng Xià Cǎo est unique parmi les remèdes tonifiants car il possède une double affinité pour le Rein et le Poumon. Son action sur le Rein lui permet de tonifier le Yang et de nourrir le Jīng, traitant ainsi les manifestations de déficience des fonctions reproductives, osseuses et médullaires. Son action sur le Poumon lui permet d’arrêter les saignements, de dissoudre les mucosités et de traiter les affections respiratoires chroniques. Cette dualité en fait un remède de choix dans les pathologies où la déficience du Rein retentit sur le Poumon – configuration fréquente dans les maladies chroniques de l’époque moderne.
Dōng Chóng Xià Cǎo se distingue des autres remèdes tonifiants le Yang du Rein par sa nature modérément tonifiante, qui ne risque pas d’engendrer de Feu par excès de Yang. Il convient ainsi aux patients dont la déficience est complexe, associant Yin et Yang, Qi et Jīng. Sa saveur douce lui confère une action nutritive sans être desséchante, ce qui le différencie de remèdes plus chaleureux comme Lù Róng (Cornu Cervi Pantotrichum) ou Yín Yáng Huò (Herba Epimedii). Il peut donc être utilisé sur une longue durée chez les patients chroniquement affaiblis.
Associations
– avec Dù Zhōng (Cortex Eucommiae) et Xù Duàn (Radix Dipsaci) : pour les douleurs et troubles ostéo-articulaires liés à une déficience du Rein
– avec Lù Róng (Cornu Cervi Pantotrichum) et Yín Yáng Huò (Herba Epimedii) : pour l’impuissance liée à une déficience du Yang du Rein
– avec Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) et Shān Zhū Yú (Fructus Corni) : pour les acouphènes liés à une déficience du Rein
– avec Huáng Qí (Radix Astragali) : pour tonifier le Wèi Qi défensif lors de sueurs spontanées en convalescence (préparation en soupe avec bœuf, agneau ou canard)
– avec Zǐ Hé Chē (Placenta Hominis), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Lù Jiǎo Jiāo (Gelatinum Cornu Cervi) et Yín Yáng Huò (Herba Epimedii) : pour la déficience du Jīng avec insuffisance reproductive
– avec Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Ē Jiāo (Colla Corii Asini), Bǎi Hé (Bulbus Lilii) et Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae) : pour la toux chronique avec déficience du Yin du Poumon et du Rein, expectorations rares striées de sang
– avec Gé Jiè (Gecko), Rén Shēn (Radix Ginseng) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) : pour la toux chronique avec déficience du Qi du Poumon et du Rein, toux faible et asthénie
– avec Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Shí Hú (Herba Dendrobii) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : comme boisson quotidienne pour soutenir le traitement du cancer du poumon (selon le Dr Cheng Jiàn-Huá)
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生用 shēng Dōng Chóng Xià Cǎo) : forme la plus couramment utilisée, en décoction, pilule ou poudre pour tonifier le Rein et le Poumon
– en poudre (粉末 fěn mò) : la poudre fine, à raison de 1-3 g, est utilisée seule ou intégrée dans des pilules pour les patients ne pouvant pas supporter la décoction, ou pour préserver les principes actifs volatils
– en soupe médicinale (藥膳 yào shàn) : cuit avec de la viande de bœuf, d’agneau ou de canard pour les patients en convalescence présentant une déficience du Qi, du Yang et du Jīng
Formules Classiques
– Gé Jiè Sǎn (蛤蚧散 Poudre de Gecko)
Cette formule combine Dōng Chóng Xià Cǎo avec Gé Jiè (Gecko), Rén Shēn (Radix Ginseng) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) pour traiter la toux chronique et la dyspnée dues à une déficience du Qi du Poumon et du Rein, avec épuisement respiratoire à l’effort et faiblesse générale.
– Shèn Qì Wán (腎氣丸 Pilule du Qi du Rein) – usage associé
Dōng Chóng Xià Cǎo est parfois incorporé dans les formules dérivées de la Shèn Qì Wán 腎氣丸 (Pilule du Qi du Rein) pour renforcer leur action tonifiante sur le Yang du Rein, en association avec Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Shān Zhū Yú (Fructus Corni), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) et Fú Líng (Poria) pour traiter les manifestations de déficience du Yang du Rein avec lombalgies, pollakiurie et frilosité.
Toxicité :
Dōng Chóng Xià Cǎo présente un niveau de toxicité extrêmement faible. Des études ont montré que les souris tolèrent jusqu’à 45 g/kg de Dōng Chóng Xià Cǎo, soit environ 250 fois la dose thérapeutique humaine. La DL50 chez les souris par injection intrapéritonéale est de 21,7 ± 1,3 g/kg. Les effets indésirables signalés à des doses thérapeutiques comprennent des céphalées, de l’irritabilité, de l’agitation, des œdèmes du visage et des membres, des épistaxis, une diminution du volume urinaire, un enduit lingual jaune et gras, et un pouls filiforme et rapide. Ces manifestations, qui peuvent indiquer un excès d’effet tonifiant, nécessitent une adaptation posologique. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée, mais une prudence s’impose chez les patients sous immunosuppresseurs ou atteints de troubles auto-immuns en raison de son action immunostimulatrice avérée.
