
Zhēn Zhū Mǔ (Concha Margaritaferae Usta)
Identification
Chinois : 珍珠母
Pinyin : Zhēn Zhū Mǔ
Traduction : Mère de la perle précieuse
Nom commun : Nacre de coquillage perlier
Nom latin : Concha Margaritaferae Usta
Famille : Pteriidae / Unionidae
Espèces : Pteria martensii Dunker, Hyriopsis cumingii Lea, Cristaria plicata Leach
Partie utilisée : Coquille interne (couche nacrée)
Texte d’origine : Rì Huá Zǐ Běn Cǎo 日華子本草 (Matière Médicale de Ri Hua-Zi) par Ri Hua-Zi au Xe siècle (907-960 ap. J.-C.)

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui stabilisent l’Esprit (zhèn ān yào 镇安藥)
Saveurs : Salé (鹹 xián), Doux (甘 gān)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Cœur (心 xīn)
Dosage : 15-30 g (cuire en premier, 20-30 min)
Propriétés :
Zhēn Zhū Mǔ calme le Foie, ancre le Yang, éteint le Vent Intérieur et apaise l’Esprit (Shen 神). Elle clarifie la Chaleur du Foie, éclaircit la vision et, calcinée, arrête les saignements.
Précautions :
Contre-indiquée en cas de Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac avec diarrhée et frilosité. Utiliser avec prudence chez les patients présentant un Vide de Qi de l’Estomac avec anorexie et selles molles. La nature lourde et froide de la coquille peut blesser le Qi de l’Estomac en cas d’utilisation prolongée ; associer alors à des herbes qui protègent l’Estomac. Précaution pendant la grossesse.
Fonctions principales :
Calme le Foie, ancre le Yang et éteint le Vent Intérieur
Apaise l’Esprit (Shen 神) et sédatif les tremblements et palpitations
Clarifie le Foie et éclaircit la vision
Arrête les saignements (forme calcinée)
Actions et Indications
– Calme le Foie et ancre le Yang du Foie :
Zhēn Zhū Mǔ est lourde, salée et froide ; elle entre dans le méridien du Foie pour abaisser et ancrer le Yang en excès. Elle traite la montée du Yang du Foie et du Feu du Foie avec vertiges, céphalées, irritabilité, rougeur des yeux, insomnie, amertume en bouche, acouphènes et hypertension artérielle.
Son poids spécifique et sa nature froide lui permettent d’agir directement sur la racine de la Stagnation Yang sans épuiser le Yin.
– Pour les céphalées et vertiges dus à la montée du Yang du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Gōu Téng (Ramulus Uncariae cum Uncis).
– Pour l’hypertension artérielle avec Feu du Foie montant, on l’associe à Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi).
– Apaise l’Esprit (Shen 神) et sédatif les tremblements :
Zhēn Zhū Mǔ traite les perturbations de l’Esprit tant par Excès que par Vide. En cas d’excès, elle traite le Vent du Foie avec palpitations, convulsions, tremblements et insomnies agitées. En cas de Vide, elle traite le manque de nourrissement du Cœur avec insomnie, palpitations, frayeurs et neurasthénie.
La forme calcinée (煅 duàn) est particulièrement efficace pour les troubles émotionnels avec palpitations et insomnie.
– Pour les perturbations de l’Esprit par Excès avec Vent du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae).
– Pour les palpitations et insomnie par Vide du Cœur, on l’associe à Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae) et Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi).
– Clarifie le Foie et éclaircit la vision :
Zhēn Zhū Mǔ traite les troubles oculaires dus à la Chaleur du Foie ou à un Vide de Yin du Foie : rougeur et douleur des yeux, photophobie, troubles visuels, pterygion et opacités superficielles. Elle est souvent utilisée en association avec d’autres remèdes pour les ophtalmies par Feu du Foie montant.
Son action sur le méridien du Foie dont l’orifice est l’œil lui confère une affinité particulière pour les pathologies oculaires.
– Pour la rougeur et la douleur des yeux dues au Feu du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae).
– Pour les troubles visuels par Vide de Yin du Foie et du Rein, on l’associe à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata) et Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii).
– Arrête les saignements (forme calcinée) :
La forme calcinée de Zhēn Zhū Mǔ est astringente et capable d’arrêter les saignements, notamment les hémorragies du haut du corps telles que l’hémoptysie, l’épistaxis et les hémorragies utérines. Elle traite particulièrement les saignements dus à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique.
L’action hémostatique est étroitement liée à la calcination qui intensifie le caractère astringent de la coquille.
– Pour les saignements du haut du corps dus à la Chaleur dans le Sang, Zhēn Zhū Mǔ calcinée est associée à
Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan).
– Pour les hémorragies utérines par Chaleur, on l’associe à Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Qiān Cǎo (Radix Rubiae).
Liste des symptômes
Yang du Foie montant / Feu du Foie :
Céphalées et vertiges
Irritabilité, colère facile, visage rouge
Rougeur et douleur des yeux, photophobie
Amertume en bouche, acouphènes
Insomnie avec agitation
Hypertension artérielle
Perturbation de l’Esprit (Shen 神) :
Palpitations, anxiété
Insomnie, sommeil agité avec rêves abondants
Frayeurs faciles, neurasthénie
Tremblements, convulsions (Vent du Foie)
Épilepsie
Troubles oculaires par Chaleur du Foie :
Rougeur, gonflement et douleur des yeux
Photophobie
Vision trouble, pterygion
Opacités superficielles de la cornée
Saignements par Chaleur (forme calcinée) :
Hémoptysie, épistaxis
Hémorragie utérine, hyperménorrhée
Hématurie
Saignements des gencives
Commentaire
Zhēn Zhū Mǔ 珍珠母, la nacre de coquillage perlier, est mentionnée pour la première fois dans le Rì Huá Zǐ Běn Cǎo 日華子本草 (Matière Médicale de Ri Hua-Zi) au Xe siècle. Substance minérale d’origine animale, elle est constituée principalement de carbonate de calcium (aragonite) sous forme nacrée, ce qui lui confère ses propriétés lourdes, sédatives et ancrantes. Sa nature froide et salée lui permet d’entrer directement dans les méridiens du Foie et du Cœur pour abaisser le Yang excessif et calmer l’Esprit agité.
Sur le plan clinique, Zhēn Zhū Mǔ occupe une position centrale dans le traitement des syndromes de montée du Yang du Foie et des perturbations de l’Esprit. Sa lourdeur et son caractère descendant en font un excellent ancre pour le Yang du Foie lorsque celui-ci monte de façon pathologique, provoquant vertiges, céphalées, acouphènes et hypertension. Parallèlement, en entrant dans le méridien du Cœur, elle sédatif l’Esprit perturbé et traite les insomnies, palpitations et états d’anxiété. La calcination de la coquille (煅珍珠母 duàn zhēn zhū mǔ) transforme ses propriétés : elle perd en partie son action froide et acquiert un caractère astringent qui lui permet d’arrêter les saignements.
Zhēn Zhū Mǔ est souvent comparée à Shí Jué Míng (Concha Haliotidis), nacre d’ormeau, qui appartient à la même catégorie et partage ses actions d’ancrage du Yang du Foie et d’éclaircissement de la vision. La principale différence réside dans le fait que Shí Jué Míng est plus puissante pour nourrir le Yin du Foie et traiter les opacités oculaires, tandis que Zhēn Zhū Mǔ est plus efficace pour calmer l’Esprit, sédatif les tremblements et arrêter les saignements sous forme calcinée. Les deux substances sont souvent associées dans les formules traitant la montée du Yang du Foie avec troubles oculaires et perturbations de l’Esprit.
Associations
– avec Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Gōu Téng (Ramulus Uncariae cum Uncis) : montée du Yang du Foie avec céphalées, vertiges, hypertension
– avec Lóng Gǔ (Os Draconis) et Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae) : insomnie, palpitations et anxiété par perturbation de l’Esprit
– avec Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Dài Zhě Shí (Haematitum) : montée rebelle du Yang avec Vent Intérieur, tremblements et convulsions
– avec Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) : troubles oculaires dus au Feu du Foie – rougeur, douleur des yeux, photophobie
– avec Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) : insomnie chronique, palpitations avec anxiété, facilement effrayé
– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) : hémorragies par Chaleur dans le Sang (forme calcinée)
Préparations (炮制 páo zhì)
– crue (生珍珠母 shēng zhēn zhū mǔ) : conserve pleinement la nature froide et lourde ; action maximale pour calmer le Foie, ancrer le Yang, éteindre le Vent Intérieur et éclaircir la vision ; indiquée en cas de Yang du Foie montant, de Feu du Foie et de troubles oculaires par Chaleur
– calcinée (煅珍珠母 duàn zhēn zhū mǔ) : placée dans un récipient de calcination et chauffée à haute température jusqu’à ce que la coquille devienne gris-blanc ; cette méthode réduit les propriétés froides et lourdes, atténue l’action de calmer le Foie, mais développe un caractère astringent marqué qui arrête les saignements et sédatif l’Esprit perturbé ; indiquée pour les hémorragies par Chaleur et les palpitations avec anxiété ; facilite également la pulvérisation
– préparée au vinaigre (醋煅珍珠母 cù duàn zhēn zhū mǔ) : la coquille est calcinée puis aspergée de vinaigre alors qu’elle est encore chaude ; le vinaigre guide les actions vers le méridien du Foie et renforce l’action de disperser les accumulations et de ramollir les masses ; facilite la pulvérisation et l’extraction des constituants actifs
Formules Classiques
– Zhēn Zhū Mǔ Wán (珍珠母丸 Pilule de Nacre de Coquillage Perlier)
Formule classique citée dans le Pǔ Jì Běn Shì Fāng 普濟本事方 (Formules Tirées de l’Expérience Pratique pour le Secours Universel) de Xu Shu-Wei à l’époque des Song. Elle traite les perturbations de l’Esprit dues à un Vide du Foie avec insomnie, rêves agités, palpitations, irritabilité et facilement effrayé. La formule contient Zhēn Zhū Mǔ comme herbe principale, associée à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis), Rén Shēn (Radix Ginseng), Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae), Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) et Fú Shén (Poria Paradicis).
– Tīan Wáng Bǔ Xīn Dān (天王補心丹 Pilule Spéciale de l’Empereur Céleste pour Tonifier le Cœur)
Grande formule classique de tonification du Cœur et du Yin. Zhēn Zhū Mǔ y est intégrée pour calmer l’Esprit et sédatif les tremblements dans le contexte d’un Vide de Yin du Cœur et du Rein avec insomnie, palpitations et irritabilité. La formule associe notamment Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae), Lóng Yǎn Ròu (Arillus Longan), Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) et Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae).
– Jiàn Líng Tāng (鎮肝熄風湯 Décoction pour Construire l’Assise et Éteindre le Vent)
Formule du médecin Zhang Xi-Chun (fin XIXe – début XXe siècle) pour traiter le Vent du Foie et du Rein montant avec vertiges intenses, céphalées, acouphènes, hypertension et risque d’accident vasculaire. Zhēn Zhū Mǔ y figure comme substance lourde ancrante aux côtés de Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Huái Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), Dài Zhě Shí (Haematitum) et Lóng Gǔ (Os Draconis).
Toxicité :
Zhēn Zhū Mǔ présente une faible toxicité aux doses thérapeutiques usuelles. Sa nature froide et lourde peut blesser le Qi de la Rate et de l’Estomac en cas d’utilisation prolongée ou à doses excessives, provoquant anorexie, douleurs épigastriques et diarrhée. Il est recommandé de l’utiliser avec prudence chez les patients ayant un Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac, et de l’associer à des herbes qui harmonisent et protègent l’Estomac. Aucune interaction médicamenteuse majeure documentée ; cependant, la teneur élevée en calcium peut théoriquement interférer avec l’absorption de certains médicaments pris simultanément (tétracyclines, fluoroquinolones). La forme calcinée étant moins froide, elle est mieux tolérée sur le plan digestif. Pas d’usage interne chez les femmes enceintes sans supervision médicale.
