
Cí Shí (Magnetitum)
Identification
Chinois : 磁石
Pinyin : Cí Shí
Traduction : Pierre magnétique
Nom commun : Magnétite, Pierre d’aimant
Nom latin : Magnetitum
Famille : Minéral (oxyde de fer)
Espèces : Fe₃O₄ (magnétite naturelle)
Partie utilisée : Minéral brut, concassé et calciné
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui stabilisent l’Esprit (zhèn ān yào 镇安藥)
Saveurs : Piquant (辛 xīn), Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Rein (腎 shèn), Cœur (心 xīn)
Dosage : 15-60 g (décoction, à cuire en premier 30 min) ; 1-3 g en poudre ou pilule
Propriétés :
Cí Shí est un minéral lourd et froid qui ancre le Yang du Foie, calme l’Esprit (Shen 神) et bénéficie le Yin des Reins. Il traite les manifestations de montée du Yang du Foie, nourrit le Yin du Rein et du Foie, et améliore la vision et l’audition.
Précautions :
Contre-indiqué en cas de vide de Rate et d’Estomac avec diarrhée, de Froid interne, et chez les patients débilités. À utiliser avec précaution durant la grossesse. Ne pas prolonger l’usage de longue durée en raison de sa teneur en fer. Ne pas associer avec des préparations contenant du mercure (incompatibilité classique). Déconseillé en cas d’obstruction digestive. À cuire en premier (先煎 xiān jiān) au moins 30 minutes avant les autres substances.
Fonctions principales :
Ancre et calme l’Esprit
Nourrit les Reins
Tonifie le Foie
Améliore l’ouïe et la vision
Aide les Reins à saisir le Qi
Actions et Indications
– Ancre le Yang du Foie, éteint le Vent intérieur :
Cí Shí est lourd, froid et descendant. Sa nature salée pénètre le Foie et le Rein ; sa pesanteur abaisse le Yang hyperactif et éteint le Vent intérieur. Il traite les vertiges, céphalées, acouphènes, irritabilité et agitation liés à la montée du Yang du Foie avec Vide de Yin des Reins et du Foie.
Cliniquement, on l’utilise pour les états d’hyperactivité du Yang du Foie avec anxiété et tremblement des membres. Sa capacité à nourrir simultanément le Yin du Rein lui confère un double avantage sur les simples substances minérales descendantes.
– Pour les vertiges et céphalées par montée du Yang du Foie avec Vide de Yin, Cí Shí est associé à Shí Jué Míng (Haliotidis Concha).
– Pour les tremblements et le Vent intérieur avec Vide de Yin sous-jacent, on l’associe à Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis) et Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma).
– Calme l’Esprit (Shen 神) :
Par sa nature lourde et descendante, Cí Shí retient le Yang qui monte troubler le Cœur et l’Esprit. Il traite l’insomnie, les palpitations, l’anxiété et l’agitation causées par un Vide de Yin avec Yang flottant, ou par un déséquilibre entre le Cœur (Feu) et le Rein (Eau).
Les textes classiques soulignent sa capacité à rétablir la communication entre le Cœur et le Rein (交通心腎 jiāo tōng xīn shèn), ce qui en fait un remède de choix pour les manifestations mentales liées à ce déséquilibre.
– Pour les palpitations et l’insomnie par Vide de Yin du Rein avec Yang du Cœur hyperactif, Cí Shí est associé à Zhū Shā (Cinnabaris), comme dans la formule classique Cí Zhū Wán 磁朱丸 (Pilule de Magnétite et Cinabre).
– Pour l’anxiété et les troubles du sommeil avec vide prononcé du Yin, on l’associe à Suān Zǎo Rén (Ziziphi spinosae Semen) et Bǎi Zǐ Rén (Platycladi Semen).
– Bénéficie le Yin des Reins et du Foie, améliore l’audition et la vision :
Le Rein gouverne l’ouïe et le Foie gouverne la vue. Cí Shí nourrit l’Essence et le Yin du Rein tout en abaissant le Yang du Foie, restaurant ainsi les facultés sensorielles. Il traite les acouphènes, la surdité progressive, la baisse de la vision et la vision trouble liées à un Vide de Yin des Reins et du Foie.
Ce double tropisme vers les Reins et le Foie fait de Cí Shí un remède précieux pour les patients âgés présentant une dégénérescence sensorielle par vide d’Essence.
– Pour les acouphènes et la surdité par Vide de Yin du Rein, Cí Shí est associé à
Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata) et Shān Zhū Yú (Corni Fructus).
– Pour la baisse de la vision et la vision trouble, on l’associe à Gǒu Qǐ Zǐ (Lycii Fructus) et Jú Huā (Chrysanthemi Flos).
– Aide le Rein à saisir le Qi du Poumon, traite la dyspnée :
Selon la physiologie classique, le Rein doit « saisir » (納氣 nà qì) le Qi descendant du Poumon. Lorsque le Vide de Yang ou de Yin du Rein est tel que cette fonction est défaillante, il en résulte une dyspnée chronique avec difficulté à l’inspiration, aggravée à l’effort. Cí Shí, par son action descendante et son affinité pour le Rein, restaure cette fonction de captation.
Cliniquement, ce tableau correspond souvent à une dyspnée chronique asthmatiforme d’origine déficientielle chez le sujet âgé ou constitutionnellement faible.
– Pour la dyspnée chronique par incapacité du Rein à saisir le Qi, Cí Shí est associé à Wǔ Wèi Zǐ (Schisandrae Fructus) et Hú Táo Rén (Juglandis Semen).
– Pour la dyspnée avec toux chronique et Vide de Yin du Rein, on l’associe à Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata).
Liste des symptômes
Tête, yeux et oreilles :
Vertiges et étourdissements par montée du Yang du Foie
Céphalées pulsatiles avec agitation et irritabilité
Acouphènes (bourdonnements) et surdité progressive
Baisse de la vision, vision trouble, yeux secs
Cœur et Esprit (Shen 神) :
Palpitations cardiaques, anxiété
Insomnie, rêves agités
Agitation mentale, irritabilité
Frayeurs, tressaillements
Poumon et Rein :
Dyspnée chronique avec difficulté à l’inspiration
Wheezing (respiration sifflante) par vide de Rein
Essoufflement aggravé à l’effort
Manifestations de Vide de Yin des Reins et du Foie :
Lombalgies chroniques, faiblesse des genoux
Sueurs nocturnes, chaleur des cinq centres
Langue rouge avec peu d’enduit
Pouls fin et rapide (细数 xì shuò)
Commentaire
Cí Shí, la magnétite naturelle, est un minéral ferromagnétique (Fe₃O₄) connu depuis la plus haute antiquité en Chine. Le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) le classe parmi les substances de premier rang, témoignant de l’ancienneté de son usage. Sa nature froide et descendante, combinée à sa saveur salée pénétrant le Rein, en fait un remède fondamentalement orienté vers le bas : il ancre le Yang rebelle qui monte, apaise l’Esprit agité et nourrit l’Essence des Reins. La pesanteur spécifique du minéral est ici directement liée à son action thérapeutique – une conception propre à la pharmacopée chinoise pour les substances minérales et animales lourdes.
Sur le plan clinique, Cí Shí occupe une position particulière parmi les substances qui abaissent le Yang du Foie car il agit simultanément sur trois méridiens, Foie, Rein et Cœur, ce qui lui permet de traiter les schémas pathologiques complexes associant montée du Yang du Foie, Vide de Yin du Rein et trouble de l’Esprit. Là où d’autres substances minérales comme Lóng Gǔ (Mastodi Ossis fossilia) agissent principalement sur le Cœur pour calmer l’Esprit, Cí Shí nourrit la racine rénale tout en abaissant le Yang. Cette double action le rend particulièrement adapté aux patients âgés présentant à la fois une détérioration sensorielle (acouphènes, baisse de vision) et des troubles anxieux ou du sommeil. Sa capacité à aider le Rein à saisir le Qi du Poumon en fait également un recours précieux dans les dyspnées chroniques d’origine déficientielle.
On compare souvent Cí Shí à Dài Zhě Shí (Haematitum) : les deux sont des minéraux lourds capables d’abaisser le Yang et de diriger le Qi vers le bas. Cependant, Dài Zhě Shí est plus puissant pour diriger le Qi rebellé du Foie et de l’Estomac vers le bas, et sa froideur est plus marquée ; il convient davantage aux tableaux d’excès (plénitude) avec montée violente du Qi. Cí Shí, de par son affinité pour le Rein et sa capacité à nourrir l’Essence et le Yin, s’adresse préférentiellement aux tableaux mixtes vide-plénitude avec Vide de Yin et Vide d’Essence sous-jacents. Par ailleurs, Cí Shí possède une action spécifique sur la surdité et les acouphènes ainsi que sur la dyspnée par insuffisance du Rein à saisir le Qi – deux indications absentes pour Dài Zhě Shí.
Associations
– avec Zhū Shā (Cinnabaris) et Shén Qū (Massa fermentata medicinalis) : palpitations, insomnie et troubles visuels par déséquilibre Cœur-Rein (formule Cí Zhū Wán 磁朱丸)
– avec Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata) et Shān Zhū Yú (Corni Fructus) : acouphènes, surdité et vertiges chroniques par Vide de Yin et d’Essence du Rein et du Foie
– avec Shí Jué Míng (Haliotidis Concha) et Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis) : céphalées, vertiges et tremblements par montée du Yang du Foie et agitation du Vent intérieur
– avec Wǔ Wèi Zǐ (Schisandrae Fructus) et Hú Táo Rén (Juglandis Semen) : dyspnée chronique et wheezing par incapacité du Rein à saisir le Qi
– avec Lóng Gǔ (Mastodi Ossis fossilia) et Mǔ Lì (Ostreae Concha) : palpitations, insomnie et agitation mentale sévère par Yang flottant avec Vide de Yin profond
– avec Gǒu Qǐ Zǐ (Lycii Fructus) et Jú Huā (Chrysanthemi Flos) : baisse de la vision et vision trouble par Vide de Yin du Foie et du Rein
– avec Suān Zǎo Rén (Ziziphi spinosae Semen) et Yuǎn Zhì (Polygalae Radix) : insomnie et anxiété chroniques par Vide de Yin du Cœur et du Rein
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生用 shēng yòng) : action maximale pour ancrer le Yang, abaisser le Vent intérieur et calmer l’Esprit ; utilisé pour les manifestations d’urgence ou d’excès prononcé ; doit impérativement être cuit en premier (先煎 xiān jiān) pendant au moins 30 minutes
– calciné au rouge puis trempé dans le vinaigre (醋淬 cù cuì) : calcination à haute température puis trempé dans le vinaigre de riz ; la calcination fragmente la roche, rendant les constituants plus accessibles et réduisant le risque d’irritation digestive ; le vinaigre dirige l’action vers le Foie et renforce l’effet astreignant ; forme la plus courante en pratique clinique pour les traitements au long cours
– réduit en poudre fine (研末 yán mò) : après calcination et extinction au vinaigre, broyage en poudre très fine pour usage en pilule ou poudre à avaler ; dosage réduit à 1-3 g par prise ; facilite l’absorption des principes actifs (fer, oligoéléments) et convient aux patients ne tolérant pas les décoctions longues
Formules Classiques
– Cí Zhū Wán (磁朱丸 Pilule de Magnétite et Cinabre)
Formule issue du Qiān Jīn Yào Fāng 千金要方 (Prescriptions valant Mille Pièces d’Or) de Sun Si-Miao (Tang, 7e siècle). Composée de Cí Shí (磁石), Zhū Shā (Cinnabaris) et Shén Qū (Massa fermentata medicinalis). Indiquée pour les palpitations, l’insomnie, l’anxiété, les troubles visuels et auditifs résultant du déséquilibre entre le Cœur (Feu) et le Rein (Eau). Cí Shí ancre le Yang et nourrit le Yin du Rein, Zhū Shā calme l’Esprit et refroidit le Cœur, Shén Qū protège la Rate et l’Estomac contre la lourdeur des deux minéraux. Note : Zhū Shā contient du mercure et son usage est aujourd’hui très limité ou supprimé dans de nombreux pays.
– Ěr Lóng Zuǒ Cí Wán (耳聾左慈丸 Pilule Gauche de Ci pour la Surdité)
Formule basée sur la Liù Wèi Dì Huáng Wán 六味地黃丸 (Pilule des Six Ingrédients avec Rehmannia) à laquelle est ajouté Cí Shí. Composée de Cí Shí (磁石), Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata), Shān Zhū Yú (Corni Fructus), Shān Yào (Dioscoreae Rhizoma), Zé Xiè (Alismatis Rhizoma), Mǔ Dān Pí (Moutan Cortex) et Fú Líng (Poria). Indiquée pour les acouphènes, la surdité progressive, les vertiges et la vision trouble liés au Vide de Yin du Rein et du Foie. C’est la formule de référence pour les troubles sensoriels chroniques d’origine déficientielle.
Toxicité :
Cí Shí est généralement bien toléré aux doses thérapeutiques habituelles (15-60 g en décoction). Sa teneur en fer (Fe₃O₄) peut causer des nausées, douleurs épigastriques ou constipation en cas d’usage prolongé ou à forte dose ; la calcination et l’extinction au vinaigre (醋淬 cù cuì) réduisent ces effets secondaires digestifs. La prise au long cours doit être surveillée en raison du risque de surcharge en fer, particulièrement chez les patients hémochromatosiques ou présentant une pathologie hépatique. Des interactions sont à craindre avec les chélateurs du fer et les tétracyclines (réduction de leur absorption). L’incompatibilité classique avec le Zhū Shā (Cinnabaris, sulfure de mercure) dans la formule Cí Zhū Wán est aujourd’hui une préoccupation majeure en raison de la toxicité du mercure : cette association est interdite ou très strictement encadrée dans de nombreux pays. En usage externe, aucune toxicité significative n’est rapportée.
