
Lóng Gǔ (Fossilia Ossis Mastodi)
Identification
Chinois : 龍骨
Pinyin : lóng gǔ
Traduction : os de dragon
Nom commun : os fossiles de mammifères
Nom latin : Fossilia Ossis Mastodi
Famille : Fossile minéral (ossements fossilisés de grands mammifères)
Espèces : Stegodon orientalis Owen, Rhinoceros sinensis Owen, Sus scrofa L., Equus przewalskii Pol., Bos primigenius (mammifères préhistoriques)
Partie utilisée : ossements fossiles (principalement fémur, tibia, côtes, vertèbres)
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) par Shén Nóng au 2e siècle

Nature et Saveur
Catégorie : Remèdes qui stabilisent l’Esprit (镇安藥 zhèn ān yào)
Saveurs : Doux (甘 gān), Astringent (澀 sè)
Nature : Frais (涼 liáng) – selon la plupart des sources ; parfois qualifié de Neutre (平 píng)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān), Rein (腎 shèn)
Dosage : 15-30 g (pré-décoction 20-30 min) ; 1-3 g en poudre
Propriétés :
Lóng Gǔ est un fossile minéral lourd et astringent qui pacifie le Foie, ancre le Yang montant, calme l’Esprit (Shén 神) et retient les fuites de liquides organiques. Sa nature pesante le rend indispensable dans les troubles de l’agitation intérieure, des palpitations, de l’insomnie et des émissions séminales involontaires.
Précautions :
Lóng Gǔ est contre-indiqué dans les syndromes de plénitude avec Humidité-Chaleur ou dans les pathogènes externes non encore résolus. Sa nature astringente peut provoquer une stagnation ; l’utiliser avec prudence chez les patients présentant une constipation. À doses élevées ou prolongées, surveiller la fonction digestive car les substances minérales lourdes peuvent léser la Rate et l’Estomac – on associe alors des plantes harmonisant le jiao médian. Contre-indiqué seul dans les états de plénitude pure.
Fonctions principales :
Ancre et apaise l’Esprit (Shén 神)
Calme le Foie et ancre le Yang
Retient les fuites de liquides organiques et consolide l’Essence
Favorise la cicatrisation des plaies et des ulcères (usage externe, forme calcinée)
Actions et Indications
– Ancre et apaise l’Esprit (Shén 神) :
Lóng Gǔ, par sa nature lourde et descendante, ancre l’Esprit (Shén) agité et apaise le Cœur. Il est indiqué lorsque le Yang flottant ou le Feu du Cœur perturbent le Shén, se manifestant par insomnie, palpitations, anxiété, oublis, rêves agités, nervosité excessive et, dans les cas sévères, états maniaques (folie Kuáng 狂) ou crises convulsives.
La forme crue est privilégiée pour cette indication. Son association avec Mǔ Lì (Concha Ostreae) constitue un duo classique pour ancrer simultanément le Shén et le Yang du Foie.
– Pour l’insomnie et les palpitations dues à une agitation du Shén, Lóng Gǔ est associé à Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori Tatarinowii) et à Yuǎn Zhì (Radix Polygalae).
– Pour les états d’agitation sévère avec palpitations et désorientation, on l’associe à Mǔ Lì (Concha Ostreae).
– Calme le Foie et ancre le Yang montant :
La nature lourde et descendante de Lóng Gǔ lui confère une action d’ancrage du Yang du Foie en ascension, qui se manifeste par vertiges, céphalées, acouphènes, irritabilité, colère facile, rigidité musculaire et déviation de la bouche et des yeux. Il est particulièrement indiqué dans le contexte d’un Vide de Yin du Foie avec montée du Yang ou vent interne.
Cette action est renforcée par l’association avec des substances minérales sédatives et des herbes nourrissant le Yin.
– Pour les vertiges, acouphènes et irritabilité liés à la montée du Yang du Foie, Lóng Gǔ est associé à Dài Zhě Shí (Haematitum), Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba).
– Pour les convulsions et spasmes musculaires liés au Vent interne du Foie, on l’associe à Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba).
– Retient les fuites de liquides organiques et consolide l’Essence :
Par son action astringente, Lóng Gǔ retient les fuites involontaires de liquides et d’Essence : émissions séminales (spermatorrhée), pertes vaginales, sueurs spontanées, sueurs nocturnes, métrorrragies, énurésie. Cette action est renforcée par l’utilisation de la forme calcinée (duàn lóng gǔ 煅龍骨) qui intensifie le pouvoir astringent.
– Pour les émissions séminales avec douleurs lombaires et faiblesse des membres inférieurs, Lóng Gǔ est associé à Qiàn Shí (Semen Euryales) et Lián Xū (Stamen Nelumbinis).
– Pour les sueurs spontanées et nocturnes, on l’associe à Mǔ Lì (Concha Ostreae), Huáng Qí (Radix Astragali) et Fú Xiǎo Mài (Semen Tritici Aestivi Levis).
– Favorise la cicatrisation des ulcères et des plaies (usage externe) :
Sous sa forme calcinée et réduite en poudre, Lóng Gǔ est appliqué topiquement sur les ulcères chroniques, les plaies qui ne cicatrisent pas et les écoulements purulents. Son action astringente et asséchante favorise la fermeture des plaies et l’arrêt des saignements cutanés.
– Pour les ulcères cutanés chroniques et non-cicatrisants, Lóng Gǔ calciné en poudre est appliqué localement, seul ou associé à Mǔ Lì (Concha Ostreae).
Liste des symptômes
Troubles de l’Esprit (Shén 神) :
Insomnie, sommeil agité, rêves excessifs
Palpitations, anxiété, nervosité
Irritabilité, colère facile, état d’excitation
Oublis, difficultés de concentration
Palpitations avec désorientation, états maniaques (folie Kuáng 狂)
Crises d’épilepsie et convulsions
Yang du Foie montant / Vent interne du Foie :
Vertiges, étourdissements
Céphalées, sensation de lourdeur à la tête
Acouphènes
Rigidité et tremblements musculaires
Déviation de la bouche et des yeux (paralysie faciale)
Hypertension artérielle d’origine énergétique
Fuites de liquides organiques et d’Essence :
Émissions séminales involontaires (spermatorrhée)
Pertes vaginales (leucorrhée)
Métrorragies, saignements utérins excessifs
Sueurs spontanées (jour)
Sueurs nocturnes
Énurésie nocturne
Usage externe :
Ulcères cutanés chroniques ne cicatrisant pas
Plaies ouvertes avec écoulement
Saignements cutanés traumatiques
Commentaire
Lóng Gǔ 龍骨 (Fossilia Ossis Mastodi) est l’un des remèdes minéraux les plus anciens de la pharmacopée chinoise, déjà mentionné dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au IIe siècle comme substance de premier rang. Il s’agit d’ossements fossilisés de grands mammifères préhistoriques, mastodontes, rhinocéros, chevaux, bœufs, retrouvés dans les formations géologiques du nord et du centre de la Chine (Shanxi, Henan, Gansu, Hebei). Sa composition est principalement carbonatée de calcium avec de petites quantités de magnésium, de phosphate, de silice et d’acides aminés. Par sa nature lourde, descendante et astringente, il incarne l’archétype de la substance qui ancre ce qui monte et retient ce qui fuit, deux fonctions complémentaires que la tradition lui reconnaît avec une grande constance.
Sur le plan clinique, Lóng Gǔ se distingue par la double polarité de son action : d’une part, il pacifie le Cœur en calmant le Shén agité (insomnie, palpitations, anxiété, états maniaques), d’autre part, il ancre le Yang du Foie en ascension et maîtrise le Vent interne (vertiges, convulsions, tremblements). Sa troisième action majeure, astringente, en fait un remède de choix pour les fuites d’Essence et de liquides organiques, spermatorrhée, sueurs, leucorrhée, métrorragies. La forme crue est privilégiée pour les actions sédatives et d’ancrage du Yang, tandis que la forme calcinée (duàn lóng gǔ) développe prioritairement l’action astringente, qu’elle soit administrée par voie interne ou appliquée topiquement sur les plaies. Pharmacologiquement, les études ont confirmé un effet sédatif et hypnotique marqué, une action anticonvulsivante et une réduction de la pression artérielle chez l’animal.
Lóng Gǔ est fréquemment comparé à Mǔ Lì (Concha Ostreae), son partenaire habituel dans les formules classiques. Les deux substances sont lourdes, descendantes et entrent dans le Foie ; toutes deux ancrent le Yang du Foie, calment le Shén et retiennent les liquides organiques. Cependant, Lóng Gǔ entre prioritairement dans le Cœur et se montre plus efficace pour calmer le Shén et astrindre les liquides corporels, tandis que Mǔ Lì, entrant davantage dans le Foie, est plus puissant pour ancrer le Yang du Foie, nourrir le Yin, clarifier la Chaleur et ramollir les indurations et masses. Mǔ Lì possède en outre une action de neutralisation de l’acidité gastrique et traite les ulcères gastro-duodénaux. Dans de nombreuses formules majeures, les deux substances sont employées ensemble pour démultiplier leur efficacité.
Associations
– avec Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) : irritabilité, insomnie et palpitations par Yang flottant du Cœur avec Yin lésé du jiao inférieur
– avec Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : Yang du Foie montant avec Vide de Yin, vertiges et insomnie
– avec Dài Zhě Shí (Haematitum), Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Bái Jí Lí (Fructus Tribuli) : vertiges, acouphènes, irritabilité par montée du Yang du Foie
– avec Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori Tatarinowii) et Yuǎn Zhì (Radix Polygalae) : Shén perturbé, insomnie, oublis, palpitations
– avec Huáng Qí (Radix Astragali), Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Fú Xiǎo Mài (Semen Tritici Aestivi Levis) : sueurs spontanées et nocturnes par Vide de Qi et Yin
– avec Qiàn Shí (Semen Euryales) et Lián Xū (Stamen Nelumbinis) : spermatorrhée, douleurs lombaires et faiblesse des membres inférieurs
– avec Mǔ Lì (Concha Ostreae), Hǎi Piāo Xiāo (Endoconcha Sepiae) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) : métrorragies et leucorrhée par Vide
– avec Guī Bǎn (Plastrum Testudinis), Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : convulsions et tremblements par Vent interne du Foie suite à une maladie fébrile ayant lésé le Yin
Préparations (炮制 páo zhì)
– cru (生龍骨 shēng lóng gǔ) : forme non transformée, pré-décoctée 20 à 30 minutes ; action sédative et d’ancrage du Yang maximale, indiquée pour calmer le Shén, pacifier le Foie et extinguir le Vent interne ; privilégiée dans les formules traitant l’insomnie, les palpitations, les vertiges et les convulsions
– calciné (煅龍骨 duàn lóng gǔ) : l’os fossile est chauffé à haute température dans un four jusqu’à rougissement, puis refroidi ; cette cuisson renforce considérablement l’action astringente et réduit la nature froide ; indiqué pour les fuites de liquides organiques (spermatorrhée, sueurs, métrorragies, leucorrhée) par voie interne ; sous forme de poudre, usage topique sur les ulcères chroniques, plaies ouvertes et saignements cutanés
Formules Classiques
– Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng (桂枝加龍骨牡蠣湯 Décoction de Rameau de Cannelier avec Os de Dragon et Huître)
Formule issue du Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) de Zhāng Zhòng-Jǐng (IIe siècle). Indiquée dans les états de Vide de Yang du Cœur avec Yang flottant dans le jiao supérieur et Yin lésé dans le jiao inférieur, se manifestant par irritabilité, insomnia, palpitations, sueurs, émissions séminales et faiblesse générale. Les ingrédients principaux sont : Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens), Dà Zǎo (Fructus Jujubae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae).
– Chái Hú Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng (柴胡加龍骨牡蠣湯 Décoction de Bupleuri avec Os de Dragon et Huître)
Formule issue du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Affections Dues au Froid) de Zhāng Zhòng-Jǐng. Indiquée dans un stade shao yang avec Yang perturbé, agitation intérieure (烦 fán), palpitations, sensation de pesanteur dans le bas du corps, difficulté à se retourner, urines difficiles et états de type anxio-dépressif. Les ingrédients principaux comprennent : Chái Hú (Radix Bupleuri), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Rén Shēn (Radix Ginseng) et Fú Líng (Poria).
– Zhèn Gān Xī Fēng Tāng (鎮肝熄風湯 Décoction pour Sédater le Foie et Éteindre le Vent)
Formule de Zhāng Xī-Chūn (XIXe-XXe siècle), issue du Yī Xué Zhōng Zhōng Cān Xī Lù 醫學衷中參西錄. Indiquée dans les états de Yang du Foie et du Rein en ascension avec Vent interne du Foie, se manifestant par vertiges sévères, céphalées, hypertension artérielle, sensation de chaleur montante et, dans les cas graves, hémiplégie. Contient notamment : Dài Zhě Shí (Haematitum), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Guī Bǎn (Plastrum Testudinis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Tiān Mén Dōng (Radix Asparagi), Chuān Liàn Zǐ (Fructus Toosendan), Yīn Chén Hāo (Herba Artemisiae Scopariae) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus).
– Sāng Piāo Xiāo Sǎn (桑螵蛸散 Poudre d’Oothèque de Mante Religieuse sur Mûrier)
Formule issue du Bèn Cǎo Yǎn Yì 本草衍義 de Kòu Zōng-Shì (XIIe siècle). Indiquée dans la spermatorrhée, l’énurésie nocturne, la pollakiurie par Vide du Cœur et du Rein avec déconnexion entre Cœur et Rein. Les ingrédients principaux comprennent : Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Yuǎn Zhì (Radix Polygalae), Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori Tatarinowii), Rén Shēn (Radix Ginseng), Fú Shén (Poria Paradicis), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) et Guī Bǎn (Plastrum Testudinis).
Toxicité :
Lóng Gǔ est considéré comme une substance de faible toxicité dans les limites des dosages thérapeutiques habituels (15-30 g en décoction). Aucune toxicité significative n’a été rapportée dans les études animales à doses standard. À doses élevées ou sur une longue durée, les substances minérales lourdes peuvent léser la Rate et l’Estomac, entraînant des troubles digestifs (indigestion, constipation) ; l’adjonction d’herbes digestives (Shén Qū, Jī Nèi Jīn) est recommandée en cas d’usage prolongé. En termes d’interactions médicamenteuses, la teneur élevée en calcium de Lóng Gǔ peut interférer avec l’absorption de certains médicaments sensibles aux cations divalents (tétracyclines, fluoroquinolones) si pris simultanément ; un intervalle de deux heures est conseillé. L’usage topique de la forme calcinée ne présente pas de risque toxique connu.
