pú gōng yīng

Identification

Chinois
蒲公英
Pinyin
pú gōng yīng
Traduction
fleur publique brave
Nom commun
pissenlit
Nom latin
Herba Taraxaci Mongolici cum Radice
Famille
Asteraceae (Compositae)
Espèces
Taraxacum mongolicum Hand.-Mazz. (蒲公英 pú gōng yīng), Taraxacum officinale Wigg. (药用蒲公英 yào yòng pú gōng yīng)
Partie utilisée
plante entière avec racine, séchée ou fraîche
Texte d’origine
Xīn Xiū Běn Cǎo 新修本草 (Matière Médicale Nouvellement Révisée) sous la dynastie Tang

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Froid (寒 hán)
  • Saveurs : Amer (苦 kǔ), Doux (甘 gān)
  • Tropismes : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines, disperse les abcès et réduit les nodules, favorise la diurèse et clarifie la Chaleur-Humidité, clarifie le Foie et clarifie les yeux.

Actions, indications et tableaux cliniques

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines

Pú Gōng Yīng est particulièrement efficace pour traiter toutes les manifestations de Chaleur toxique, notamment les abcès mammaires, les furoncles, les anthrax et les lésions cutanées. Il est couramment utilisé pour les troubles causés par l’accumulation de Chaleur toxique dans l’organisme.

Disperse les abcès et réduit les nodules

Pú Gōng Yīng possède une action puissante pour disperser les accumulations et réduire les nodules, traitant ainsi les abcès internes et externes, particulièrement lorsqu’ils sont fermes et durs. Il est traditionnellement utilisé pour les abcès intestinaux et pulmonaires.

Favorise la diurèse et clarifie la Chaleur-Humidité

Pú Gōng Yīng clarifie la Chaleur et favorise la diurèse pour traiter le syndrome de dysurie par Chaleur avec urines rares et foncées. Il est traditionnellement utilisé dans les tableaux de Chaleur-Humidité avec dysurie et ictère.

Clarifie le Foie et améliore la vision

Pú Gōng Yīng clarifie le Feu du Foie et améliore la vision pour traiter les troubles oculaires causés par le Feu du Foie ascendant. Il peut être utilisé seul sous forme de vapeur pour les yeux.

Associations traditionnelles

Chaleur-Toxique / furoncles

Tableau : Furoncles, abcès et gonflements douloureux

Association : Jīn Yín Huā | Yě Jú Huā | Zǐ Huā Dì Dīng | Zǐ Bèi Tiān Kuí — Wǔ Wèi Xiāo Dú Yǐn 五味消毒饮

Clarifier la Chaleur-Toxique et réduire les gonflements

Abcès mammaire

Tableau : Rougeur, chaleur, gonflement et douleur du sein

Association : Rěn Dōng Téng

Renforcer l’action de désintoxication et dispersion du gonflement

Abcès intestinal

Tableau : Douleur abdominale et accumulation toxique intestinale

Association : Dà Huáng | Mǔ Dān Pí

Clarifier les Toxines, disperser la Stase et réduire l’abcès

Indications principales — repères cliniques

Abcès et infections cutanées : Abcès mammaires avec rougeur et gonflement Furoncles douloureux et profondément enracinés Anthrax et lésions cutanées Abcès et gonflements toxiques Brûlures infectées Parotidite
Troubles de la gorge et ORL : Gorge douloureuse et gonflée Gorge rouge et douloureuse dans un tableau de Chaleur-Toxique
Troubles oculaires : Yeux rouges, gonflés et douloureux Vision trouble Inflammation oculaire due au Feu du Foie
Abcès internes : Abcès intestinaux avec douleur abdominale Abcès pulmonaires avec expectorations purulentes Douleur abdominale avec mucus dans les selles
Troubles urinaires et hépatiques : Dysurie par Chaleur avec urines foncées Dysurie de type Chaleur Jaunisse ictérique Ictère par Chaleur-Humidité

Posologie et préparation

  • 10–15 g.

Formules classiques et contextes formulaires

  • Wǔ Wèi Xiāo Dú Yǐn 五味消毒饮 — Clarifier la Chaleur-Toxique et réduire les gonflements

Précautions et sécurité

Précautions et sécurité

La Pharmacopée chinoise recommande la prudence chez les personnes présentant une déficience-Froid de la Rate et de l’Estomac. Les doses fraîches très élevées et les schémas spécifiques d’« amygdalite aiguë » ne sont pas retenus sans source clinique exacte.

Commentaire

Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) tire son nom de la plante de pissenlit dont il est issu, une plante commune largement répandue. Ce remède est l’un des plus polyvalents de la pharmacopée chinoise pour clarifier la Chaleur et éliminer les Toxines. Sa combinaison de saveurs amère et douce lui permet d’agir à la fois sur le niveau du Qi et sur le niveau du Sang, tandis que sa nature froide en fait un excellent remède pour tous les syndromes de Chaleur toxique. Sa capacité unique à disperser les accumulations de Chaleur toxique sans être excessivement desséchant le distingue de nombreux autres remèdes clarifiants la Chaleur.

Pú Gōng Yīng est particulièrement reconnu pour son action sur les abcès mammaires, condition pour laquelle il a été utilisé depuis la dynastie Tang. La Táng Běn Cǎo 唐本草 (Matière Médicale de la Dynastie Tang) note que pour les abcès mammaires des femmes, il suffit de le faire bouillir en jus pour le boire et l’appliquer avec des résultats immédiats. Cette polyvalence explique sa présence dans de nombreuses formules traditionnelles visant la Chaleur-Toxique. En médecine chinoise, ce remède traite efficacement les troubles causés par l’accumulation de Chaleur toxique, notamment les abcès, les furoncles et les infections.

Une autre application majeure de Pú Gōng Yīng concerne le traitement des troubles causés par la Chaleur-Humidité. Cette action résulte de sa capacité à clarifier la Chaleur, éliminer les Toxines et favoriser la diurèse. Des études pharmacologiques décrivent des activités antibactériennes expérimentales. Elles ne démontrent pas à elles seules une efficacité clinique anti-infectieuse de Pú Gōng Yīng.

Pú Gōng Yīng se distingue par sa nature à la fois amère et douce, ce qui lui permet de disperser les accumulations tout en évitant d’être trop desséchant. Son emploi clinique traditionnel reste rattaché aux tableaux de Chaleur-Toxique avec rougeur, gonflement et douleur. La forme fraîche du remède possède une action plus forte pour clarifier la Chaleur et éliminer les Toxines que la forme sèche.

Pú Gōng Yīng se distingue de Zǐ Huā Dì Dīng (Herba Violae) par son action spécifique au niveau du Qi. Alors que Zǐ Huā Dì Dīng est âcre ainsi qu’amer et froid et tend à entrer dans le niveau du Sang avec une action plus forte pour refroidir le Sang et éliminer les Toxines, Pú Gōng Yīng est doux ainsi qu’amer et froid et tend à entrer dans le niveau du Qi avec une capacité plus forte pour dégager les contraintes et disperser les accumulations. Les deux plantes éliminent les Toxines et réduisent les gonflements, mais Pú Gōng Yīng est supérieur pour traiter les troubles du Foie et de l’Estomac et favoriser la diurèse.

Sources

  • Anhui University of Chinese Medicine — 五味消毒饮 (2018) — source
  • Chinese Pharmacopoeia 2025 — 蒲公英 — Pú Gōng Yīng / Taraxaci Herba (2025) — source
  • Nanjing University of Chinese Medicine — 蒲公英 — Pú Gōng Yīng applications et associations (2019) — source

bái xiān pí

Identification

Chinois
白鲜皮
Pinyin
bái xiān pí
Traduction
écorce blanche et fraîche
Nom commun
écorce de racine de dictamne
Nom latin
Cortex Dictamni Dasycarpi Radicis
Famille
Rutaceae
Espèces
Dictamnus dasycarpus Turcz. (白鲜 bái xiān)
Partie utilisée
écorce de racine séchée
Texte d’origine
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Froid (寒 hán)
  • Saveurs : Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Rate (脾 pí), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines, soulage les démangeaisons, clarifie la Chaleur-Humidité, traite les troubles dermatologiques causés par la Chaleur-Humidité.

Actions, indications et tableaux cliniques

Clarifie la Chaleur, élimine les Toxines et soulage les démangeaisons

Bái Xiān Pí est particulièrement efficace pour traiter les troubles dermatologiques causés par la Chaleur-Humidité, notamment les furoncles, les carboncles, les éruptions cutanées, l’eczéma, les ulcérations et la douleur et l’enflure de la région génitale. Ces manifestations s’accompagnent généralement d’un écoulement abondant de liquides et d’ulcérations des lésions.

Clarifie la Chaleur-Humidité

Bái Xiān Pí clarifie la Chaleur-Humidité et traite la jaunisse causée par l’accumulation d’Humidité-Chaleur. Il est également efficace pour le syndrome d’obstruction douloureuse (bì zhèng) causé par l’accumulation de Chaleur et d’Humidité, manifesté par une sensation de lourdeur, de rougeur et de douleur brûlante.

Associations traditionnelles

Vent-Chaleur / peau

Tableau : Urticaire et prurit par Vent-Chaleur

Association : Fáng Fēng | Zhī Mǔ | Huáng Qín

Disperser le Vent, clarifier la Chaleur et calmer le prurit

Sang déficient + Vent-Chaleur / peau

Tableau : Prurit ou éruption sur terrain de Sang déficient

Association : Shēng Dì | Chì Sháo | Dāng Guī | Chán Tuì — Sì Wù Xiāo Fēng Yǐn 四物消风饮

Nourrir/refroidir le Sang et disperser le Vent pour calmer le prurit

Humidité-Chaleur / peau

Tableau : Eczéma rouge, humide ou prurigineux ; atteinte génitale humide-chaude

Association : Cāng Zhú | Huáng Bǎi | Huáng Qín | Kǔ Shēn

Clarifier la Chaleur, assécher l’Humidité et calmer le prurit

Vent-Humidité-Chaleur / Bi

Tableau : Douleurs articulaires avec chaleur et limitation

Association : Niú Xī | Cāng Zhú | Wēi Líng Xiān

Chasser Vent-Humidité, clarifier la Chaleur et ouvrir les articulations

Indications principales — repères cliniques

Troubles dermatologiques : Furoncles et carboncles Éruptions cutanées et eczéma Ulcérations avec écoulement abondant Enflure et douleur de la région génitale Démangeaisons intenses de la peau Lésions cutanées suppurantes
Syndrome d’obstruction douloureuse : Lourdeur des articulations Rougeur et sensation de brûlure Douleur articulaire avec Chaleur
Autres indications : Jaunisse causée par la Chaleur-Humidité Démangeaisons génitales Pertes vaginales avec odeur fétide

Posologie et préparation

  • 5-10 g en décoction

Formules classiques et contextes formulaires

  • Sì Wù Xiāo Fēng Yǐn 四物消风饮 — Nourrir/refroidir le Sang et disperser le Vent pour calmer le prurit

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Bái Xiān Pí est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac. De nature froide, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience du yang de la Rate. Ce remède peut potentialiser les effets des inhibiteurs des microtubules tels que la vincristine, la vinblastine et le paclitaxel. L’obacunone, un composant de Bái Xiān Pí, peut renforcer la cytotoxicité de ces agents antinéoplasiques.

Commentaire

Bái Xiān Pí (Cortex Dictamni) tire son nom de la couleur blanche et fraîche de son écorce. Ce remède est l’un des plus efficaces de la pharmacopée chinoise pour traiter les troubles dermatologiques causés par la Chaleur-Humidité. Sa saveur amère lui permet de clarifier la Chaleur et d’assécher l’Humidité, tandis que sa nature froide en fait un excellent remède pour tous les syndromes de Chaleur-Humidité affectant la peau et les articulations.

Bái Xiān Pí est particulièrement reconnu pour son action sur les troubles cutanés accompagnés de démangeaisons intenses. Il clarifie la Chaleur et élimine les Toxines tout en soulageant le prurit, ce qui en fait un remède de choix pour l’eczéma, les éruptions cutanées, les furoncles et les ulcérations avec écoulement abondant. En médecine chinoise, ce remède traite efficacement les troubles causés par l’accumulation de Chaleur-Humidité et de Toxines dans la peau et les tissus sous-cutanés.

Une autre application majeure de Bái Xiān Pí concerne le traitement des troubles articulaires causés par le syndrome d’obstruction douloureuse (bì zhèng) de type Chaleur-Humidité. Cette action résulte de sa capacité à clarifier la Chaleur, transformer l’Humidité et ouvrir les méridiens. Des travaux pharmacologiques ont étudié des effets antifongiques et cardiovasculaires ; ces résultats restent à distinguer d’une efficacité clinique humaine établie.

Bái Xiān Pí se distingue par sa capacité à traiter à la fois les manifestations internes et externes de la Chaleur-Humidité. Il peut être utilisé en décoction pour un usage interne ou en application topique pour traiter les lésions cutanées. Le remède est couramment utilisé en clinique pour traiter les troubles dermatologiques suppurants, notamment ceux caractérisés par un écoulement abondant et des ulcérations.

Bái Xiān Pí se distingue de Kǔ Shēn (Radix Sophorae Flavescentis) par son action spécifique sur les démangeaisons cutanées. Alors que Kǔ Shēn clarifie principalement la Chaleur du Cœur et de l’Intestin Grêle, Bái Xiān Pí agit principalement sur la Rate et l’Estomac pour clarifier la Chaleur-Humidité et soulager les démangeaisons cutanées. Les deux plantes sont fréquemment associées dans le traitement des troubles dermatologiques, mais Bái Xiān Pí est supérieur pour traiter les lésions cutanées avec écoulement abondant et démangeaisons intenses.

Sources

  • Nanjing University of Chinese Medicine — 白鲜 — applications et associations traditionnelles (2021) — source

tǔ fú líng

Identification

Chinois
土茯苓
Pinyin
tǔ fú líng
Traduction
sclérotium de terre
Nom commun
rhizome de smilax glabre
Nom latin
Rhizoma Smilacis Glabrae
Famille
Smilacaceae (Liliacées)
Espèces
Smilax glabra Roxb. (土茯苓 tǔ fú líng)
Partie utilisée
rhizome séché
Texte d’origine
Běn Cǎo Gāng Mù 本草纲目 (Compendium de Matière Médicale) par Lǐ Shí-Zhēn en 1578

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Neutre (平 píng)
  • Saveurs : Doux (甘 gān), Fade (淡 dàn)
  • Tropismes : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Élimine la Chaleur toxique, clarifie l’Humidité-Chaleur, traite les affections cutanées, favorise la miction, soulage les douleurs articulaires.

Actions, indications et tableaux cliniques

Élimine la Chaleur toxique

Tǔ Fú Líng est particulièrement efficace pour traiter la syphilis causée par la Chaleur toxique et l’Humidité. Il s’agit d’un remède majeur dans le traitement des maladies vénériennes caractérisées par des lésions cutanées et des manifestations systémiques. Il est utilisé pour les troubles causés par la Chaleur toxique avec lésions cutanées et douleurs articulaires.

Clarifie l’Humidité-Chaleur et favorise la miction

Tǔ Fú Líng possède une action pour clarifier l’Humidité-Chaleur du Foyer Inférieur et favoriser la diurèse, traitant ainsi la dysurie par Chaleur avec sensations de brûlure et miction douloureuse. Il est traditionnellement utilisé pour les troubles urinaires accompagnés de sensations de brûlure et d’urines foncées.

Soulage les douleurs articulaires et élimine l’Humidité

Tǔ Fú Líng clarifie efficacement l’Humidité-Chaleur et soulage les douleurs articulaires pour traiter le syndrome d’obstruction douloureuse causé par l’Humidité-Chaleur. Il est couramment utilisé pour les douleurs articulaires avec Humidité-Chaleur, caractérisées par des articulations gonflées, douloureuses et chaudes.

Associations traditionnelles

Humidité-Toxique / lésions cutanées

Tableau : Lésions cutanées ou prurit relevant traditionnellement d’Humidité-Toxique

Association : Bái Xiān Pí

Éliminer l’Humidité-Toxique et soutenir le traitement cutané

Humidité-Toxique / Bi

Tableau : Douleurs articulaires avec Humidité et toxines

Association : Bì Xiè

Drainer l’Humidité et agir sur les articulations

Indications principales — repères cliniques

Troubles cutanés : Syphilis avec lésions cutanées Éruptions cutanées Furoncles et abcès Psoriasis Ulcères cutanés Lésions cutanées chaudes Eczéma et plaies humides
Troubles urinaires : Dysurie par Chaleur Miction douloureuse avec sensations de brûlure Urines foncées et rares Sensations de prolapsus vésical Brûlures génitales Leucorrhée trouble
Troubles articulaires : Douleurs articulaires dues à l’Humidité-Chaleur Gonflements articulaires Restriction des mouvements articulaires Syndrome d’obstruction douloureuse par Humidité-Chaleur
Autres indications : Ictère dû à l’Humidité-Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire Céphalées dues à l’Humidité-Chaleur contrainte Spasmes musculaires tardifs associés à la syphilis

Posologie et préparation

  • 15–60 g.

Précautions et sécurité

Précautions et sécurité

La monographie pharmacopéiale actuelle ne formule pas de précaution spécifique. Les doses de 100–120 g, l’usage prolongé présenté comme sans risque et les conclusions générales d’absence de toxicité ne sont pas retenus sans source clinique spécifique.

Commentaire

Tǔ Fú Líng (Rhizoma Smilacis Glabrae) tire son nom de sa ressemblance avec Fú Líng (Poria), bien qu’il s’agisse d’un rhizome et non d’un sclérote de champignon. Ce remède est l’un des plus importants de la pharmacopée chinoise pour éliminer la Chaleur toxique et clarifier l’Humidité-Chaleur, particulièrement au niveau de la peau et des articulations. Sa saveur douce et fade lui permet de faciliter la diurèse sans dessécher, tandis que sa nature neutre en fait un excellent remède qui peut être utilisé à long terme sans blesser le Yin ou le Yang.

Tǔ Fú Líng est particulièrement reconnu pour son action sur les maladies vénériennes, notamment la syphilis. Historiquement, il a été largement utilisé pour traiter les lésions cutanées et les spasmes musculaires tardifs associés à cette maladie. Il est également efficace pour traiter les intoxications au mercure, qui était autrefois utilisé dans le traitement de la syphilis. Sa capacité unique à éliminer la Chaleur toxique tout en facilitant l’élimination de l’Humidité par les urines le distingue de nombreux autres remèdes clarifiant la Chaleur.

Tǔ Fú Líng agit sur trois aspects : il élimine la Chaleur toxique au niveau de la peau, clarifie l’Humidité-Chaleur dans les articulations et favorise la diurèse pour éliminer les toxines. Cette polyvalence fait de Tǔ Fú Líng un remède de choix dans de nombreuses formules traitant les affections cutanées, les troubles urinaires et les douleurs articulaires. En médecine chinoise, ce remède traite efficacement les troubles causés par l’accumulation d’Humidité-Chaleur toxique, notamment les lésions cutanées, les douleurs articulaires et les troubles urinaires.

Une autre application majeure de Tǔ Fú Líng concerne le traitement des troubles cutanés causés par la Chaleur toxique. Cette action résulte de sa capacité à clarifier la Chaleur, éliminer les toxines et résoudre l’Humidité. Les études pharmacologiques modernes ont confirmé ses propriétés antinéoplasiques, particulièrement efficaces contre les cancers de la vessie et du foie. Les données cliniques modernes doivent être évaluées séparément et ne sont pas retenues ici comme efficacité démontrée pour la leptospirose.

Tǔ Fú Líng se distingue par sa nature neutre qui ne blesse ni le Yin ni le Yang. Il peut être utilisé en toute sécurité pour des traitements prolongés, ce qui le rend particulièrement adapté aux maladies chroniques. Sa capacité à pénétrer profondément dans les cent collatéraux lui permet de traiter tous les symptômes toxiques tels que les douleurs articulaires et même la nécrose, ainsi que la Chaleur toxique remontant et causant des maux de gorge et des ulcérations.

Tǔ Fú Líng se distingue de Bì Xiè (Rhizoma Dioscoreae Hypoglaucae) par son action plus forte sur l’élimination des toxines. Alors que Bì Xiè facilite principalement la séparation du pur et du trouble en dirigeant le trouble vers le bas, Tǔ Fú Líng est supérieur pour résoudre l’Humidité-Chaleur toxique contrainte et éliminer les lésions cutanées toxiques. Les deux plantes peuvent être utilisées ensemble pour les troubles urinaires et les douleurs articulaires, mais Tǔ Fú Líng est préféré lorsque des manifestations cutanées sont présentes.

Sources

  • China Medical Information Platform / National TCM Terminology Project — 土茯苓 — Tǔ Fú Líng applications et associations (2026) — source
  • Chinese Pharmacopoeia 2025 — 天南星 — Tiān Nán Xīng / raw Arisaematis Rhizoma — source

bǎn lán gēn

Identification

Chinois
板藍根
Pinyin
bǎn lán gēn
Traduction
racine d’isatis bleu
Nom commun
racine d’isatis, racine de pastel des teinturiers
Nom latin
Radix Isatidis
Famille
Brassicaceae (Cruciferae)
Espèces
Isatis indigotica Fort. (草大青 cǎo dà qīng), Isatis tinctoria L. (松藍 sōng lán), Baphicacanthus cusia Bremek. (馬藍 mǎ lán)
Partie utilisée
racine séchée
Texte d’origine
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Materia Medica) par Lǐ Shí-Zhēn en 1578

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Froid (寒 hán)
  • Saveurs : Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Cœur (心 xīn), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines, refroidit le Sang et bénéficie à la gorge, draine la Chaleur toxique de l’Extérieur et de l’Intérieur, traite les maladies épidémiques fébriles.

Actions, indications et tableaux cliniques

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines

Bǎn Lán Gēn possède d’excellentes propriétés pour clarifier la Chaleur et éliminer les Toxines à tous les niveaux : extérieur, niveau du Qi, niveau nutritif et niveau du Sang. Il est couramment utilisé pour traiter les maladies fébriles épidémiques avec forte fièvre, maux de gorge et éruptions cutanées.

Refroidit le Sang et bénéficie à la gorge

Bǎn Lán Gēn refroidit le Sang et élimine les Toxines pour traiter les maux de gorge causés par la Chaleur toxique, qu’ils soient d’origine externe ou interne. Il est particulièrement efficace pour les affections de la gorge avec rougeur, enflure et douleur intense.

Traite les maladies épidémiques

Dans la matière médicale chinoise, Bǎn Lán Gēn est traditionnellement employé dans certains tableaux de Chaleur-Toxique et de maladies fébriles ; ces catégories traditionnelles ne doivent pas être assimilées à une preuve d’efficacité sur des maladies infectieuses biomédicalement définies.

Traite les affections cutanées

Bǎn Lán Gēn élimine les Toxines et refroidit le Sang pour traiter les éruptions cutanées, le purpura, l’érysipèle et les furoncles causés par la Chaleur toxique.

Associations traditionnelles

Chaleur-Toxique / maladies fébriles

Tableau : Forte fièvre, céphalée et éruption dans un tableau de Toxine-Chaleur

Association : Dà Qīng Yè | Shí Gāo | Huáng Qín

Clarifier la Chaleur-Toxique et refroidir le Sang

Chaleur-Toxique / gorge et tête

Tableau : Gorge très rouge et gonflée, oreillons ou tableau de ‘grosse tête’

Association : Huáng Lián | Niú Bàng Zǐ | Jiāng Cán | Xuán Shēn — Pǔ Jì Xiāo Dú Yǐn 普济消毒饮

Clarifier la Chaleur-Toxique, refroidir le Sang et réduire le gonflement de la gorge/tête

Chaleur-Toxique / lésions cutanées

Tableau : Furoncles et gonflements toxiques

Association : Jīn Yín Huā | Lián Qiáo | Zǐ Huā Dì Dīng

Renforcer la clarification des Toxines et la réduction des gonflements

Indications principales — repères cliniques

Maladies fébriles épidémiques : Forte fièvre avec Chaleur toxique Éruptions cutanées rouges Purpura et taches hémorragiques Maux de tête sévères Irritabilité et agitation Perte de conscience dans les cas graves
Troubles de la gorge : Gorge rouge, enflée et douloureuse Amygdalite aiguë Pharyngite avec Chaleur toxique Diphtérie avec pseudomembranes Difficulté à avaler Sensation de brûlure dans la gorge
Maladies infectieuses : Grippe avec forte fièvre Oreillons avec gonflement parotidien Rougeole avec éruption incomplète Scarlatine avec éruption rouge vif Encéphalite avec troubles de conscience Infections virales et bactériennes
Affections cutanées : Érysipèle avec rougeur et chaleur Furoncles et abcès avec Chaleur toxique Éruptions cutanées fébriles Cellulite infectieuse

Posologie et préparation

  • 9-15 g, jusqu’à 30 g dans les cas graves

Formules classiques et contextes formulaires

  • Pǔ Jì Xiāo Dú Yǐn 普济消毒饮 — Clarifier la Chaleur-Toxique, refroidir le Sang et réduire le gonflement de la gorge/tête

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Bǎn Lán Gēn est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac. De nature très froide, il ne doit pas être utilisé chez les patients sans présence de Chaleur toxique. Une utilisation prolongée peut blesser le Yang de la Rate. Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer une absence générale de toxicité aux doses thérapeutiques. De rares cas de réactions allergiques ont été signalés avec des symptômes cutanés, des démangeaisons, des nausées ou des vomissements.

Toxicologie et données de sécurité

Pour bǎn lán gēn, un signal moderne de sécurité est documenté. Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’en déduire une fréquence ni une causalité au-delà de ce qui est directement rapporté.

Commentaire

Bǎn Lán Gēn (Radix Isatidis) tire son nom de la couleur bleue de la plante d’isatis dont il est issu. Ce remède est l’un des plus puissants de la pharmacopée chinoise pour clarifier la Chaleur et éliminer les Toxines. Sa nature froide et sa saveur amère en font un remède de choix pour tous les syndromes de Chaleur toxique, qu’ils soient d’origine externe ou interne. Bǎn Lán Gēn se distingue par sa capacité à agir sur tous les niveaux de profondeur de l’organisme : il clarifie la Chaleur toxique de l’Extérieur, du niveau du Qi, du niveau nutritif et du niveau du Sang.

Bǎn Lán Gēn occupe une place importante dans la matière médicale traditionnelle pour les tableaux de Chaleur-Toxique, notamment lorsqu’ils comportent atteinte de la gorge ou manifestations fébriles. Des travaux modernes ont étudié des activités antivirales ou antibactériennes in vitro et précliniques ; ces résultats ne suffisent pas à démontrer une efficacité clinique pour prévenir ou traiter une infection déterminée.

Une application majeure de Bǎn Lán Gēn concerne le traitement des affections de la gorge causées par la Chaleur toxique. Cette action résulte de sa capacité à clarifier la Chaleur, éliminer les Toxines et refroidir le Sang. Il est couramment utilisé en clinique pour traiter l’amygdalite aiguë, la pharyngite, la diphtérie et d’autres infections de la gorge accompagnées de rougeur, d’enflure et de douleur intense.

Les usages historiques lors d’épisodes fébriles ou épidémiques doivent rester présentés dans leur cadre traditionnel. Les données expérimentales sur des virus ou bactéries ne sont pas extrapolées ici à une recommandation clinique de prévention ou de traitement.

Bǎn Lán Gēn se distingue de Dà Qīng Yè (Folium Isatidis), qui provient des feuilles de la même plante. Les deux remèdes clarifient la Chaleur et éliminent les Toxines, mais Bǎn Lán Gēn, étant la racine, est supérieur pour diriger la Chaleur vers le bas et traiter les affections de la gorge. Dà Qīng Yè, la feuille, est meilleur pour clarifier la Chaleur du Poumon et traiter les éruptions cutanées fébriles.

Sources

  • Nanjing University of Chinese Medicine — 菘蓝 / 板蓝根 — applications et associations traditionnelles (2019) — source

bái huā shé shé cǎo

Identification

Chinois
白花蛇舌草
Pinyin
bái huā shé shé cǎo
Traduction
herbe langue de serpent à fleurs blanches
Nom commun
oldenlandie diffuse
Nom latin
Herba Hedyotidis Diffusae
Famille
Rubiaceae
Espèces
Hedyotis diffusa Willd. (白花蛇舌草 bái huā shé shé cǎo), Oldenlandia diffusa Roxb.
Partie utilisée
plante entière séchée
Texte d’origine
Guǎng Xī Zhōng Yào Zhì 广西中药志 (Materia Medica de Guangxi)

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Froid (寒 hán)
  • Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Estomac (胃 wèi), Gros Intestin (大肠 dà cháng), Intestin Grêle (小肠 xiǎo cháng)

Actions principales

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines, clarifie la Chaleur-Humidité, favorise la diurèse, réduit les abcès et disperse les nodules.

Actions, indications et tableaux cliniques

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines

Bái Huā Shé Shé Cǎo possède une action puissante pour éliminer les Toxines de Chaleur et traiter les accumulations de Chaleur toxique dans l’organisme. Il est couramment utilisé pour traiter les abcès, les furoncles, les carboncles, les inflammations et les infections caractérisées par chaleur, rougeur, gonflement et douleur. Il est particulièrement reconnu pour ses propriétés antinéoplasiques et constitue un remède majeur dans le traitement des cancers, notamment ceux du poumon et du système gastro-intestinal.

Clarifie la Chaleur-Humidité et favorise la diurèse

Bái Huā Shé Shé Cǎo clarifie la Chaleur-Humidité et favorise l’excrétion d’urine pour traiter le syndrome de dysurie par Chaleur-Humidité. Il est efficace pour les infections des voies urinaires, la cystite, l’urétrite et les symptômes de mictions douloureuses avec brûlure. Il traite également les troubles hépatobiliaires causés par l’accumulation de Chaleur-Humidité.

Clarifie la Chaleur et traite la dysenterie

Bái Huā Shé Shé Cǎo traite efficacement la dysenterie causée par l’accumulation de Chaleur-Humidité dans le Gros Intestin. Les manifestations cliniques incluent diarrhée avec sang et mucus, douleur abdominale, ténesme et sensation d’évacuation incomplète.

Réduit les abcès et disperses les nodules

Bái Huā Shé Shé Cǎo possède une capacité à réduire les gonflements, drainer les abcès et disperser les nodules et masses. Cette action le rend particulièrement utile dans le traitement des abcès internes et externes, des scrofules et des masses abdominales.

Associations traditionnelles

Chaleur-Toxique / intestin

Tableau : Abcès intestinal / douleur abdominale relevant de Chaleur-Toxique

Association : Hǔ Zhàng | Pú Gōng Yīng | Hóng Téng

Renforcer la clarification de la Chaleur-Toxique et la dispersion de l’abcès

Tableau : Abcès intestinal

Association : Bàn Zhī Lián

Renforcer la clarification de la Chaleur-Toxique et l’action sur l’abcès intestinal

Indications principales — repères cliniques

Troubles infectieux et inflammatoires : Abcès et furoncles avec rougeur et gonflement Maux de gorge douloureux et enflés Inflammation des amygdales Infections respiratoires Abcès pulmonaire avec expectoration purulente
Troubles urinaires : Dysurie par Chaleur-Humidité Mictions douloureuses avec sensation de brûlure Urines foncées et peu abondantes Infections des voies urinaires Cystite et urétrite Hématurie
Troubles hépatobiliaires : Hépatite aiguë ou chronique Jaunisse due à la Chaleur-Humidité Douleur hypochondriaque Cirrhose du foie avec ascite
Troubles gastro-intestinaux : Dysenterie bactérienne Diarrhée avec sang et mucus Douleur abdominale avec ténesme Appendicite aiguë Abcès intestinal
Tumeurs et cancers : Cancer du poumon Cancer de l’estomac Cancer du foie Cancer du sein Cancer du col de l’utérus Cancer de l’œsophage Autres tumeurs malignes
Autres indications : Abcès du sein et mammites Scrofules et nodules lymphatiques Masses abdominales Lésions cutanées toxiques Morsures de serpent

Posologie et préparation

  • 10-30 g, jusqu’à 50-100 g en usage frais

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Bái Huā Shé Shé Cǎo doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. En raison de sa nature froide et de son action diurétique, il ne convient pas aux personnes ayant une constitution déficiente. Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer une absence générale de toxicité clinique chez l’humain.

Toxicologie et données de sécurité

Les données retrouvées ne permettent pas d’affirmer une absence générale de toxicité clinique chez l’humain. Une étude toxicologique portant sur une préparation composée chez l’animal ne peut pas être extrapolée directement à la plante seule chez l’humain.

Commentaire

Bái Huā Shé Shé Cǎo 白花蛇舌草 possède une littérature moderne principalement pharmacologique et préclinique. Il ne convient pas de présenter une efficacité anticancéreuse humaine comme établie sur cette seule base. Les usages traditionnels peuvent être conservés dans leur cadre propre, tandis que les résultats in vitro et in vivo doivent être clairement identifiés comme tels.

Sources

  • Nanjing University of Chinese Medicine — 虎杖 — applications et associations traditionnelles (2019) — source
  • Nanjing University of Chinese Medicine — 半枝莲 — applications et associations traditionnelles (2019) — source

dà qīng yè

Identification

Chinois
大青叶
Pinyin
dà qīng yè
Traduction
grande feuille verte
Nom commun
feuille d’isatis
Nom latin
Folium Isatidis
Famille
Brassicaceae
Espèces
Isatis indigotica Fort. (草大青 cǎo dà qīng), Isatis tinctoria L. (宋蓝 sòng lán), Baphicacanthus cusia Bremek. (马蓝 mǎ lán), Polygonum tinctorium Ait. (蓼蓝 liǎo lán)
Partie utilisée
feuille séchée
Texte d’origine
Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Très froid (大寒 dà hán)
  • Saveurs : Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Cœur (心 xīn), Poumon (肺 fèi), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines, refroidit le Sang et élimine les Maculae, traite les maladies épidémiques fébriles avec forte fièvre, mal de gorge et transpiration.

Actions, indications et tableaux cliniques

Clarifie la Chaleur et élimine les Toxines

Dà Qīng Yè est traditionnellement utilisé pour traiter les maladies fébriles causées par les Toxines de Chaleur, qu’elles soient au niveau de l’extérieur ou de l’intérieur, du niveau du Qi ou du niveau du Sang. Il est couramment utilisé pour les épidémies fébriles contagieuses avec forte fièvre, transpiration, mal de gorge et irritabilité.

Refroidit le Sang et élimine les Maculae

Dà Qīng Yè possède une action puissante pour refroidir le Sang et éliminer les Maculae lorsque la Chaleur dans le Sang force le Sang à sortir de ses vaisseaux. Il est traditionnellement utilisé pour les maladies fébriles avec Maculae, taches purpuriques, hématémèse et épistaxis causées par la Chaleur dans le Sang.

Associations traditionnelles

Chaleur-Toxique / maladie fébrile

Tableau : Forte fièvre, céphalée et éruption dans un tableau de Toxine-Chaleur

Association : Bǎn Lán Gēn | Shí Gāo | Huáng Qín

Clarifier la Chaleur-Toxique et refroidir le Sang

Indications principales — repères cliniques

Troubles fébriles et Toxines de Chaleur : Forte fièvre avec transpiration Mal de gorge sévère Irritabilité et agitation Soif intense
Maladies épidémiques fébriles : Rougeole Oreillons Scarlatine Érysipèle Encéphalite B Méningite Parotidite
Manifestations de Chaleur dans le Sang : Maculae purpuriques sur la peau Hématémèse Hémoptysie Épistaxis Saignements sous-cutanés
Autres indications : Jaunisse causée par la Chaleur-Humidité Ulcères buccaux Eczéma

Posologie et préparation

  • 10-20 g

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Sa nature très froide conduit traditionnellement à la prudence sur terrain de Vide/Froid de la Rate et de l’Estomac. Ces précautions ne doivent pas être transformées en contre-indications biomédicales universelles.

Données modernes

Les revues contemporaines décrivent surtout des données phytochimiques et pharmacologiques, notamment antivirales, antibactériennes, anti-inflammatoires ou immunomodulatrices. Elles ne suffisent pas à démontrer une efficacité clinique humaine contre une infection précise ; aucune affirmation générale d’innocuité n’est retenue.

Commentaire

Dà Qīng Yè est traditionnellement employé dans les tableaux de Chaleur-Toxine et les maladies fébriles avec atteinte du Qi ou du Sang. Les données modernes sur Isatidis Folium portent principalement sur la phytochimie et la pharmacologie ; elles doivent rester séparées des indications cliniques traditionnelles. Les activités antivirales ou antibactériennes observées expérimentalement ne sont pas formulées ici comme une efficacité démontrée contre des agents infectieux chez l’être humain.

Sources

  • Nanjing University of Chinese Medicine — 菘蓝 / 板蓝根 — explicit cross-associations with 大青叶 and 紫草 (2019) — source
  • Chen J et al. — Isatidis Radix and Isatidis Folium: A systematic review on ethnopharmacology, phytochemistry and pharmacology (2022) — source
  • Chinese Pharmacopoeia, reproduced by ShennongAlpha — Dà Qīng Yè 大青叶 — Isatidis Folium — source

Xie Bai San

瀉白散 Xiè Bái Sǎn
Poudre pour Drainer le Blanc

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) de Qian Yi, époque Song (1119)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 桑白皮 Sāng Bái Pí (torréfié) Cortex Mori Albae Radicis Écorce de racine de mûrier blanc 30 g
M 地骨皮 Dì Gǔ Pí Cortex Lycii Radicis Écorce de racine de lyciet 30 g
C 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata Réglisse préparée au miel 3 g
A 粳米 Jīng Mǐ Semen Oryzae non-glutinosae Riz non glutineux 15-30 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation :
Le texte source prescrit de broyer les plantes en poudre, de cuire avec le riz et de prendre avant les repas. Aujourd’hui, la formule est généralement préparée en décoction avec les dosages réduits d’environ deux tiers. Le Sāng Bái Pí doit être préalablement torréfié à sec (chǎo) pour atténuer son caractère froid et préserver le Qi de l’Estomac.

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine la Chaleur contrainte du Poumon
Calme la toux et l’asthme en descendant le Qi rebelle du Poumon
Protège le Qi de la Rate et de l’Estomac contre le froid des autres substances

Indications

Syndromes traités :
Feu couvant dû à la Chaleur contrainte dans le Poumon
Toux et dyspnée avec aggravation en fin d’après-midi
Fièvre modérée avec peau chaude au toucher (chaleur émanant de la peau elle-même)
Toux sèche ou avec expectoration difficile, bouche sèche

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune fin ; corps de la langue rouge témoignant de la Chaleur interne ; enduit jaune indiquant que la Chaleur commence à affecter les Liquides Organiques.
Pouls :
Xì Shuò Mài 細數脈 (pouls Fin et Rapide) : indique la présence de Chaleur conjuguée à un début d’atteinte du Yin du Poumon ; la finesse du pouls distingue ce tableau d’une Chaleur pleine et franche dans le Poumon qui donnerait un pouls Grand et Glissant
Shuò Mài 數脈 (pouls Rapide) : signe général de Chaleur interne, présent dans tous les stades de ce tableau pathologique

Liste des Symptômes

Symptômes respiratoires :
Toux à son clair et sonore, souvent non productive
Dyspnée et sifflement respiratoire
Expectoration rare, difficile à cracher, légèrement visqueuse
Aggravation des symptômes respiratoires en fin d’après-midi (crépuscule du Qi du Poumon)

Symptômes généraux :
Fièvre ou état fébrile
Peau chaude au toucher superficiel, sensation de chaleur émanant de la peau elle-même
Bouche sèche, soif légère
Transpiration possible, mais non prédominante

Contexte et population :
Formule particulièrement adaptée aux enfants dont les Organes sont délicats et réagissent mal aux herbes amères et froides
Usage possible chez l’adulte présentant un tableau mixte excès-vide du Poumon
Épistaxis inversée liée à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales, selon l’usage élargi décrit par Zhou Zi-Fang)

Analyse de la Formule

Sāng Bái Pí 桑白皮 – Empereur :
Sāng Bái Pí (Cortex Mori Albae Radicis), torréfié à sec, constitue l’Empereur de cette formule. Sa nature douce et froide lui confère la capacité de drainer la Chaleur contrainte logée dans le Poumon et d’arrêter ainsi la toux et la dyspnée. L’action de torréfaction (chǎo) tempère son caractère froid excessif tout en conservant son efficacité à descendre le Qi rebelle du Poumon. Selon Bensky, cette substance traite la Chaleur contrainte par dispersion du feu (huǒ yù fā zhī), lorsque le feu est contraint, on le disperse plutôt que de le réprimer frontalement. Si la Chaleur contrainte prédomine sur le vide de Yin, la dose de cet Empereur est augmentée en priorité.

Dì Gǔ Pí 地骨皮 – Ministre :
Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) est le Ministre. Sa nature douce et froide lui permet à la fois d’éliminer la Chaleur du vide et de drainer la Chaleur résiduelle accumulée dans le Poumon. Là où l’Empereur s’attaque à la Chaleur de plénitude-contrainte, le Ministre intervient sur la composante par vide (Yin légèrement atteint). Cette complémentarité est fondamentale : si la Chaleur par vide prédomine avec des fièvres vespérales marquées, la dose de Dì Gǔ Pí est augmentée. L’interaction entre ces deux substances crée un effet synergique qui draine sans blesser le Yin.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Conseiller :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata), la réglisse préparée au miel, joue un double rôle de Conseiller. D’une part, elle harmonise les actions des autres substances et protège la Rate et l’Estomac contre la nature froide des Empereurs et Ministre. D’autre part, en vertu du principe mère-fils (la terre nourrit le métal), elle renforce la Rate-mère pour bénéficier au Poumon-fils. Cette relation correspond au cycle d’engendrement des Cinq Mouvements, fondant la logique profonde de la formule : entretenir la base digestive pour consolider l’Organe cible.

Jīng Mǐ 粳米 – Ambassadeur :
Jīng Mǐ (Semen Oryzae non-glutinosae), le riz non glutineux, est l’Ambassadeur. Il protège l’Estomac des propriétés froides des autres substances et nourrit le Qi de la Rate. Comme Zhì Gān Cǎo, il illustre le raisonnement de Qian Yi qui refuse d’utiliser des herbes amères et froides pour traiter des enfants aux Organes délicats. La combinaison de ces deux substances constitue un filet de sécurité digestif indispensable, permettant d’administrer les herbes refroidissantes sans risque de blesser le Qi de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiè Bái Sǎn 瀉白散 se traduit littéralement par « Poudre pour Drainer le Blanc ». Le blanc (bái 白) renvoie à la correspondance du Poumon avec la phase Métal et la couleur blanche dans la cosmologie des Cinq Mouvements. Drainer (xiè 瀉) signifie ici éliminer l’excès de Chaleur logé dans cet Organe. L’appellation « Poudre pour Drainer le Poumon » (Xiè Fèi Sǎn) est parfois employée dans les textes ultérieurs pour expliciter directement cette action thérapeutique.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments), l’œuvre maîtresse de Qian Yi (1032-1113), pédiatre de génie de la dynastie Song et fondateur de la pédiatrie en médecine traditionnelle chinoise. Qian Yi a composé les quatre grandes poudres (Xiè Bái Sǎn, Xiè Huáng Sǎn, Xiè Qīng Wán, Dǎo Chì Sǎn) comme autant d’instruments de drainage ciblé des Organes. La formule a traversé les siècles sans modification majeure, preuve de son efficacité et de l’élégance de sa conception. Elle représente un modèle d’économie thérapeutique : quatre substances seulement, chacune indispensable.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une logique de dispersion douce de la Chaleur contrainte, distincte du drainage brutal de la Chaleur pleine. La Chaleur contrainte dans le Poumon ne se prête pas à une simple purge par le froid : elle exige une stratégie combinant drainage et dispersion. Sāng Bái Pí descend et disperse le Qi du Poumon rebelle, tandis que Dì Gǔ Pí cible simultanément la dimension vide-Chaleur qui commence à s’installer. Les deux Conseillers (réglisse et riz) protègent la base digestive et opèrent la relation mère-fils Terre-Métal. L’ensemble produit un mouvement d’élimination vers le bas sans agression de la Rate et de l’Estomac.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Xiè Bái Sǎn est utilisé comme base pour les affections pulmonaires caractérisées par une Chaleur résiduelle : bronchite chronique, pneumonie en phase de résolution, toux persistante post-infectieuse, asthme avec composante de Chaleur. Le médecin Zhou Zi-Fang en recommande l’usage pour les hémorragies des voies respiratoires supérieures, notamment les épistaxis liées à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales inversées). Les recherches pharmacologiques modernes confirment des propriétés anti-inflammatoires, antipyrétiques et bronchodilatatrices pour les deux substances principales.

Nuances d’usage :
Le clinicien doit ajuster les doses relatives selon le profil du patient : si la Chaleur contrainte de plénitude prédomine (fièvre nette, toux forte, pouls Ample), augmenter Sāng Bái Pí ; si le vide de Yin commence à s’installer (fièvre vespérale, pouls Fin et Rapide, enduit peu abondant), augmenter Dì Gǔ Pí. La formule est contre-indiquée si la toux est due au Vent-Froid ou à des Glaires-Humidité, car les herbes froides aggraveraient ces tableaux. Pour les patients avec vide de Rate et d’Estomac marqué, remplacer le riz par du Fú Líng (Poria cocos) peut s’avérer préférable.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense avec signes de plénitude marqués (fièvre élevée, soif intense, enduit jaune épais), ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) 9-12 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g pour renforcer le drainage de la Chaleur du Poumon

– En cas d’obstruction par Glaires avec dyspnée et expectoration difficile, ajouter Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g et Bái Qián (Radix et Rhizoma Cynanchi Baiqian) 9 g pour descendre le Qi du Poumon et transformer les Glaires

– En cas de fièvre vespérale et sueurs nocturnes marquant un vide de Yin avec Chaleur de vide, ajouter Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) 6-9 g, Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) 15 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de toux sèche due à la Sécheresse-Chaleur avec expectoration peu abondante et gorge sèche, ajouter Guā Lóu Pí (Pericarpium Trichosanthis) 9-12 g, Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae) 9 g et Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 9-12 g

– En cas de vide de Qi du Poumon avec vide de Rate marqué (asthme chez les patients affaiblis), substituer Fú Líng (Poria cocos) 9-12 g au riz non glutineux, et ajouter Rén Shēn (Radix Ginseng) 3-6 g selon la variation Xiè Bái Sǎn de la Qí Miào Dēng

– En cas d’obstruction par les Glaires avec déficit de Qi du Poumon (toux avec Glaires et fatigue), employer la variation Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng qui ajoute Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín

– En cas de toux avec épistaxis ou d’hémorragies respiratoires liées à la Chaleur du Poumon (menstruation nasale inversée), ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g et Cè Bǎi Yè (Cacumen Biotae Orientalis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Variation ajoutant Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur avec vide de Qi du Poumon : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng 奇妙燈籠 (Variation de la Lanterne Merveilleuse)

– Adjonction de Sāng Bái Pí, Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng, Guā Lóu Rén et Shēng Jiāng pour les abcès pulmonaires précoces avec expectoration purulente teintée de sang : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 des Normes (Zhèng Zhì Zhǔn Shéng) 正治準繩 (Xie Bai San des Standards)

– Formule enrichie de Sāng Yè, Dān Pí, Zhú Rú, Chuān Bèi Mǔ, Jīng Mǐ, Zhì Gān Cǎo et Dà Zǎo pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec toux douloureuse aux flancs et expectoration sanglante : Sāng Dān Xiè Bái Tāng 桑丹瀉白湯 (Décoction Mûrier et Pivoine pour Drainer le Blanc)

– Adjonction de Má Huáng, Shí Gāo, Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo pour la Chaleur logée dans le Poumon avec dyspnée sifflante, fièvre et enduit jaune : Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 (Décoction Éphédra, Abricot, Gypse et Réglisse)

Précautions

Contre-indications :
– Toux et dyspnée dues au Vent-Froid (tableau extérieur froid) : les herbes froides de la formule aggraveraient le tableau en contraignant davantage le Qi du Poumon
– Toux et dyspnée dues aux Glaires-Humidité (enduit gras et blanc, pouls Glissant) : les herbes refroidissantes renforceraient l’Humidité et paralyseraient la transformation
– Toux due à la déficience du Qi du Poumon avec vide de Yang manifeste (pouls Lent et Profond, teint pâle, membres froids)

Mises en garde :
– Modifier la formule en ajoutant des herbes tonifiantes la Rate chez les patients présentant une faiblesse digestive marquée, pour éviter que le froid des herbes principales ne blesse le Qi de l’Estomac
– Surveiller l’évolution du tableau : si la Chaleur régresse mais que les signes de vide de Yin progressent, réévaluer la stratégie thérapeutique et passer à des formules nourrissant le Yin du Poumon
– En cas de fièvre élevée et de toux sévère, cette formule peut s’avérer insuffisante à elle seule et doit être renforcée ou combinée avec d’autres formules plus puissantes

Populations à risque :
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages proportionnellement au poids ; surveiller la réponse digestive
– Femmes enceintes : utiliser avec précaution, sans contre-indication formelle reconnue dans les textes classiques, mais prudence recommandée au premier trimestre
– Patients âgés avec double vide de Qi et Yin du Poumon : augmenter systématiquement Dì Gǔ Pí et ajouter des substances nourrissant le Yin

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) 小兒藥證直訣 Dynastie Song, 1119 (Qian Yi 錢乙) Source originelle de la formule. Contexte pédiatrique. Composition, préparation et indications premières (Chaleur contrainte dans le Poumon de l’enfant).
Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 正治準繩 (Normes des Traitements Correctifs) 正治準繩 Dynastie Ming (Wang Kěntáng) Variation classique ajoutant Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng et Guā Lóu Rén pour les abcès pulmonaires précoces.
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Révision Populaire du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Époque Qing (Hé Bǐngyuán 何秉元) Source de la variation Sāng Dān Xiè Bái Tāng pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec expectoration sanglante.
Pí Wèi Lùn 脾胃論 (Traité de la Rate et de l’Estomac) 脾胃論 Dynastie Jin-Yuan (Li Dong-Yuan 李東垣) Contexte théorique sur la relation mère-fils Terre-Métal qui fonde l’usage du riz et de la réglisse dans la formule.
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Époque Qing, 1813 (Wú Jútōng 吳鞠通) Intègre Xiè Bái Sǎn dans le contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing), notamment pour la Chaleur au stade du Qi affectant le Poumon.

Yu Nu Jian

玉女煎 Yù Nǚ Jiān
Décoction de la Femme de Jade

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), Zhang Jing-yue, dynastie Ming (1624)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse fibreux 15-30 g
E 熟地黃 Shú Dì Huáng Radix Rehmanniae Praeparata Rehmannie préparée 9-30 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Anémarhène 3-6 g
M 麥門冬 Mài Mén Dōng Radix Ophiopogonis Ophiopogon, liriope 6-9 g
A 牛膝 Niú Xī Radix Achyranthis Bidentatae Achyranthes, genou de bœuf 3-6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Éliminer la Chaleur de l’Estomac et drainer le Feu
Nourrir le Yin du Rein
Conduire la Chaleur vers le bas et ramener le Sang en bas

Indications

Syndromes traités :
Chaleur de l’Estomac avec vide de Yin du Rein
Chaleur dans l’Estomac blessant le Yin du Rein avec Feu montant

Tableau Clinique

Langue :
Rouge, sèche, avec un enduit jaune et parfois peu abondant au centre, reflet du vide de Yin associé à la Chaleur d’Estomac
Pouls :
Fú Dà 浮大 (Flottant et Vaste) : signe de Chaleur de l’Estomac
Chén Xì Ruò 沉細弱 (Profond, Fin et Faible) : en cas de vide de Yin du Rein marqué
Huá Shuò 滑數 (Glissant et Rapide) : reflet de la Chaleur plénitude dans l’Estomac
Xū Ruǎn 虛軟 (Vide et Mou) : indique la composante de vide de Yin

Liste des Symptômes

Manifestations bucco-dentaires :
Douleur dentaire, sensibilité aggravée par la Chaleur et soulagée par le froid
Saignement des gencives, gencives gonflées et douloureuses
Dents qui se déchaussent (Rein ne nourrissant plus les dents)
Mauvaise haleine, ulcérations de la bouche

Manifestations générales de Chaleur :
Fièvre, agitation mentale, irritabilité
Soif marquée avec désir de boissons froides
Céphalées frontales (le méridien de l’Estomac monte vers la région frontale)
Sensation de brûlure dans l’estomac, faim fréquente

Manifestations de vide de Yin :
Sueurs nocturnes, sensation de chaleur au creux des mains et des pieds
Vertiges, acouphènes
Lombalgie par insuffisance du Rein
Sécheresse de la bouche et de la gorge, langue rouge sans enduit

Manifestations digestives :
Nausées, vomissements
Soif inextinguible pouvant évoquer le syndrome de consomption-soif (xiāo kě 消渴)
Épigastre brûlant

Analyse de la Formule

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) est l’Empereur de la formule, sa substance froide et épurante représentant la pierre de jade par sa nature. Il élimine avec force la Chaleur de l’Estomac, apaise la soif et calme l’agitation. Sa nature descendante l’oriente vers l’Estomac et les Poumons, où il dissipe la Chaleur en plénitude sans blesser le Yin, à condition d’être associé à des herbes qui nourrissent le Yin. Son dosage doit être adapté à l’intensité du Feu : un Feu vigoureux appellera des doses de 30 g ou plus, tandis qu’un tableau de vide prédominent commande une réduction.

Shú Dì Huáng 熟地黃 – Empereur :
Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), second Empereur, nourrit profondément le Yin du Rein et tonifie l’Essence. C’est le fondement de la stratégie de traitement de la Racine : en renforçant l’Eau du Rein, il permet de réfréner le Feu de l’Estomac selon la dynamique de l’interaction entre l’Eau et le Feu. Les deux Empereurs forment ainsi une paire fonctionnelle exemplaire – l’un pour vider le Feu d’Estomac en plénitude, l’autre pour combler le vide de Yin du Rein – ce qui distingue Yù Nǚ Jiān 玉女煎 des formules qui ne traitent que l’excès ou que le vide.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae) est le premier Ministre. Il assiste Shí Gāo dans l’élimination de la Chaleur de l’Estomac tout en nourrissant le Yin et en humidifiant la Sécheresse. Sa double action, drainante et nourrissante, en fait un auxiliaire idéal pour le tandem Empereurs : il ôte la Chaleur résiduelle et prévient que le Feu ne lèse encore davantage les Liquides Organiques. Il entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Rein, couvrant ainsi l’ensemble des organes visés par la formule.

Mài Mén Dōng 麥門冬 – Ministre :
Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), second Ministre, nourrit le Yin principalement dans les Réchauffeurs moyen et supérieur – Poumon, Cœur et Estomac – et génère les Liquides Organiques. Il calme l’irritabilité et humidifie l’Estomac, complétant ainsi l’action de Shú Dì Huáng qui agit prioritairement sur le Rein. Cette complémentarité entre les deux Ministres garantit une action nourrissante du Yin à la fois en profondeur (Rein) et en surface (Estomac-Poumon).

Niú Xī 牛膝 – Ambassadeur :
Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) joue un rôle d’Ambassadeur essentiel à la logique de la formule. Il conduit le Sang et la Chaleur vers le bas, s’opposant ainsi à la montée du Feu vers la tête, la bouche et les gencives. C’est précisément cette action descendante qui fait de Yù Nǚ Jiān une formule particulièrement efficace pour les saignements des gencives et les douleurs dentaires dues à la Chaleur de l’Estomac. En ramenant la Chaleur vers le bas, il complète l’effet de l’Ambassadeur-guide tout en tonifiant le Foie et le Rein et en renforçant les tendons et les os.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Yù Nǚ Jiān 玉女煎, « Décoction de la Femme de Jade », s’explique selon plusieurs interprétations. La première associe le Jade (yù 玉) au Shí Gāo (Gypse), substance froide et lisse comme le jade, et la Femme (nǚ 女) au Yin, au Rein, représenté dans les textes alchimistes anciens par la « Femme de Jade ». La deuxième tradition rattache ce nom à la servante du bodhisattva Guānyīn, figure de miséricorde qui apaise les souffrances du monde, à l’image des actions nourrissantes et rafraîchissantes de cette formule. La troisième interprétation, issue des Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), évoque les Reins comme la « Femme de Jade », soulignant la dimension rénale au cœur de la pathologie visée.

Position dans la tradition :
Yù Nǚ Jiān 玉女煎 est l’œuvre de Zhang Jing-yue (1563-1640), grand maître de la médecine Ming, compilée dans ses Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue). Elle appartient à la catégorie des formules qui éliminent la Chaleur des Organes et représente une réponse originale à la coexistence d’un Feu en plénitude dans l’Estomac et d’un vide de Yin du Rein. Cette double pathologie – plénitude et vide simultanés – était un des problèmes cliniques centraux de l’école de nourrir le Yin (yǎng yīn 養陰) à laquelle Zhang Jing-yue contribua largement. La formule est mentionnée par Maciocia comme spécifiquement indiquée pour les saignements des gencives dus à la Chaleur de l’Estomac, avec l’action complémentaire d’attirer le Sang vers le bas.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule réalise une tension dialectique entre élimination du Feu et nourissage du Yin. Shí Gāo et Zhī Mǔ attaquent la Chaleur en plénitude, tandis que Shú Dì Huáng et Mài Mén Dōng comblent le vide de Yin sur deux niveaux (Rein et Estomac-Poumon). Niú Xī orchestre cette dynamique en conduisant la Chaleur vers le bas, créant un mouvement descendant qui contrarie la montée du Feu. Ce principe de traitement, drainer par le bas plutôt que disperser en haut, distingue cette formule de Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac), laquelle traite une Chaleur d’Estomac pure sans vide de Yin.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Yù Nǚ Jiān est fréquemment utilisée pour les affections parodontales (gingivites, parodontites) associées à une Chaleur d’Estomac, les stomatites, les ulcérations buccales récidivantes, et les douleurs dentaires de type Chaleur. Elle trouve aussi une application dans les tableaux de diabète (xiāo kě 消渴) de type Chaleur d’Estomac avec vide de Yin, dans les hémorragies digestives hautes avec fond de vide de Yin, et dans certaines formes d’hypertension artérielle avec montée du Yang sur fond de vide de Yin du Rein. Des études cliniques chinoises rapportent son usage dans le diabète de type 2, les gingivites chroniques et certaines pathologies gastro-intestinales de type inflammatoire avec vide de Yin.

Nuances d’usage :
La formule doit être utilisée avec discernement en fonction de la balance entre plénitude et vide. Si le Feu est très vigoureux, le dosage de Shí Gāo peut être augmenté jusqu’à 45-60 g. Si le vide de Yin du Rein prédomine avec peu de signe de Chaleur en plénitude, il convient d’augmenter Shú Dì Huáng et de réduire Shí Gāo. La formule est contre-indiquée en cas de diarrhée ou de vide de Yang de la Rate-Estomac, car les herbes froides risqueraient d’aggraver la faiblesse du Réchauffeur moyen. Certains auteurs, dont Bensky et coll., notent que le texte source lui-même contre-indique cette formule en présence de diarrhée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de saignement des gencives abondant comme symptôme principal, doubler la dose de Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et de Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), et ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) 15 g et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 9 g

– En cas de vide de Yin marqué avec peu de signes de Chaleur plénitude (Feu de vide), ajouter Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri Lucidi) 12 g et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae) 12 g

– En cas de soif intense avec désir de boissons froides (tableau de consomption-soif xiāo kě), ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 15 g et Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) 12 g

– En cas de constipation avec selles sèches (Feu de l’Estomac transformé en Feu vif), ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g

– En cas de langue rouge-pourpre et sans enduit (vide de Yin sévère), ajouter Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae) 12 g et Shí Hú (Caulis Dendrobii) 12 g

– En cas de sueurs nocturnes importantes liées au vide de Yin, ajouter Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) 6 g

– En cas de douleur et de gonflement importants des gencives avec douleur dentaire irradiant à la tête, ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 3-6 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac pure sans vide de Yin, avec saignements des gencives, douleurs dentaires et mauvaise haleine : Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac)

– Formule indiquée pour le vide de Yin du Rein avec Feu de vide, montée du Feu vide vers le haut, sans Chaleur de l’Estomac en plénitude : Zhī Bǎi Dì Huáng Wán 知柏地黃丸 (Pilule de Rehmannia à l’Anémarhène et au Phellodendron)

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac avec stagnation de Sang, saignements des gencives et plénitude dans la gorge, ulcérations buccales : Qīng Wèi Tāng 清胃湯 (Décoction qui libère l’Estomac)

– Formule associée pour les saignements de la bouche et du nez dus à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique : Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et de Rehmannie)

– Formule associée pour le vide de Yin de l’Estomac avec Chaleur Vide, gencives légèrement saignantes et dents qui branlent, sans Feu en plénitude : Yì Wèi Tāng 益胃湯 (Décoction qui nourrit l’Estomac)

Précautions

Contre-indications :
– Diarrhée ou selles molles (le texte source de Zhang Jing-yue contre-indique explicitement cette formule en présence de diarrhée)
– Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac avec froid interne
– Vide de Yang du Rein

Mises en garde :
– Réduire ou éviter en cas de faiblesse digestive marquée (appétit réduit, fatigue digestive, ballonnements)
– Surveiller le dosage de Shí Gāo (Gypse) chez les patients avec fragilité digestive : les grandes doses peuvent refroidir excessivement l’Estomac
– Ne pas prolonger le traitement au-delà du nécessaire afin d’éviter de blesser le Yang de la Rate par excès de froid
– Utiliser Shú Dì Huáng avec prudence chez les patients présentant de l’Humidité ou des Glaires, car cette herbe peut aggraver la stagnation

Populations à risque :
– Femmes enceintes : prudence recommandée, l’action descendante de Niú Xī pouvant mobiliser le Sang vers le bas
– Patients âgés avec vide de Yang de la Rate-Estomac prédominant
– Patients avec Humidité-Chaleur sans vide de Yin sous-jacent (risque de formuler de manière inadaptée)

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 Ming, 1624 (Zhang Jing-yue) Source originale de la formule ; composition, indications et commentaires de l’auteur
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Qing, 1742 (Wu Qian et coll.) Commentaire et codification de la formule dans le corpus impérial Qing
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 Époque Han (attribué à l’Empereur Shennong) Référence fondatrice pour les propriétés des drogues constitutives, notamment Shú Dì Huáng et Zhī Mǔ
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Qing, 1798 (Wu Ju-tong) Contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing) ; usage de la formule dans les stades de Chaleur blessant le Yin
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 Ming, 1596 (Li Shi-zhen) Propriétés pharmacologiques des drogues composant la formule, notamment Shí Gāo et Niú Xī

Qing Hao Bie Jia Tang

青蒿鱉甲湯 Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng
Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur Vide (qīng xū rè jì 清虚热剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, 1798

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 鱉甲 Biē Jiǎ Carapax Amydae Sinensis Carapace de tortue molle chinoise 15 g
E 青蒿 Qīng Hāo Herba Artemisiae Annuae Armoise annuelle, Artémisie 6 g
M 生地黃 Shēng Dì Huáng Radix Rehmanniae Glutinosae Rehmannia crue 12 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis Anemarrhène 6 g
C 牡丹皮 Mǔ Dān Pí Cortex Moutan Radicis Écorce de racine de pivoine arbustive 9 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Nourrit le Yin et fait émerger la Chaleur par vide enfouie dans les couches profondes
Élève et ventile la Chaleur pathogène vers l’extérieur à travers les aspects Yang du corps
Rafraîchit le Sang et disperse la Chaleur résiduelle dans le niveau Yin

Indications

Syndromes traités :
Stade terminal des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng 溫病) avec atteinte du niveau Yin et Chaleur enfouie dans les couches Yin
Vide de Yin du Foie et du Rein avec Chaleur par vide persistante
Fièvre vespérale avec disparition de la fièvre au matin sans sudation, dans le contexte de maladies fébriles prolongées ou de tuberculose pulmonaire
Chaleur résiduelle post-fébrile avec émaciation

Tableau Clinique

Langue :
Rouge, sèche, avec peu ou pas d’enduit ; dans les cas sévères, langue rouge foncé avec enduit mince, voire absence totale d’enduit
Pouls :
Xì 細 (mince/fin) : traduit l’épuisement du Yin et du Sang dans les couches profondes
Shuò 數 (rapide) : signe de Chaleur par vide, témoigne de la présence de Feu de vide animant encore les couches profondes

Liste des Symptômes

Signes thermiques caractéristiques :
Fièvre vespérale ou nocturne avec fraîcheur matinale
Absence de sudation lors de la régression de la fièvre
Sensation de chaleur dans les cinq centres (paumes, plantes, thorax)
Fièvre persistante de faible intensité, rebelle au traitement
Chaleur des os (syndrome de « cuisson des os »)

Signes de vide de Yin :
Émaciation progressive malgré un appétit conservé
Sécheresse de la gorge et de la bouche, à prédominance nocturne
Sueurs nocturnes
Étourdissements, acouphènes
Fatigue profonde, membres lourds et sans force

Signes associés :
Irritabilité, agitation interne
Insomnie, sommeil agité
Palpitations
Langueur générale sans signes extérieurs marqués

Analyse de la Formule

Biē Jiǎ 鱉甲 – Empereur :
Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) est le premier des deux Empereurs co-souverains de cette formule. De nature salée et froide, il pénètre profondément dans les couches Yin et les collatérales, nourrit le Yin, réduit la fièvre par vide et traque les agents pathogènes réfugiés dans les niveaux les plus profonds de l’organisme. Sa densité et son caractère minéral lui confèrent une capacité unique à « rechercher » la Chaleur là où elle s’est enkystée dans le Yin. C’est lui qui constitue le socle nourricier de la formule. Bensky et al. soulignent que Biē Jiǎ « enrichit le Yin et réduit la fièvre par vide » et qu’il « entre dans les collatérales pour débusquer les agents pathogènes ».

Qīng Hāo 青蒿 – Empereur :
Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) est le second Empereur, dont le rôle est fonctionnellement opposé et complémentaire à celui de Biē Jiǎ. Aromatique, léger, de nature froide et de saveur amère et piquante, il ventile et expulse la Chaleur cachée vers l’extérieur par les aspects Yang du corps, comme une fumée qui s’échappe par les pores. Chen & Chen précisent qu’il « élève et disperse la Chaleur du Qi et du niveau Ying » tout en étant suffisamment léger pour ne pas aggraver le vide de Yin. Les deux Empereurs forment un binôme indissociable : Biē Jiǎ ouvre la voie dans les profondeurs, Qīng Hāo conduit les agents pathogènes vers la sortie. Comme l’explique Bensky, l’un nourrit le Yin (action d’intériorisation), l’autre ventile la Chaleur vers l’extérieur (action d’extériorisation), et les deux actions sont indispensables pour traiter ce tableau.

Shēng Dì Huáng 生地黃 – Ministre :
Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae) est un Ministre majeur qui assiste Biē Jiǎ dans la mission de nourrir le Yin. Doux et froid, il nourrit le Yin, rafraîchit le Sang, génère les Liquides Organiques et humidifie la sécheresse interne. Dans ce contexte, la Rehmannia crue est préférée à la Rehmannia préparée car son action rafraîchissante est plus immédiate et sa capacité à refroidir la Chaleur dans le Sang est plus prononcée. Elle renforce ainsi directement l’effet nourrissant de l’Empereur Biē Jiǎ, constituant avec lui et Zhī Mǔ un triplet de substances nourricières du Yin, comme le souligne le texte de Flaws.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) est le second Ministre. Amer, froid et humidifiant, il nourrit et humecte le Yin tout en drainant la Chaleur par vide. Il est particulièrement indiqué lorsque le Vide de Yin s’accompagne d’une sécheresse interne marquée. Combiné à Biē Jiǎ et Shēng Dì Huáng, il forme un ensemble cohérent qui nourrit le Yin par trois angles différents : Biē Jiǎ par l’essence minérale animale, Shēng Dì Huáng par les Liquides Organiques végétaux et Zhī Mǔ par l’humidification profonde des tissus desséchés.

Mǔ Dān Pí 牡丹皮 – Conseiller :
Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan Radicis) joue le rôle de Conseiller dans cette formule. Amer, piquant et légèrement froid, il rafraîchit la Chaleur dans le Sang, disperse la stagnation de Sang et assiste Qīng Hāo dans la ventilation de la Chaleur cachée dans le niveau Yin vers l’extérieur. Son double rôle – refroidir le Sang et ventialiser la Chaleur – en fait un auxiliaire idéal qui renforce l’action des deux Empereurs de façon complémentaire. Bensky précise que la présence de Mǔ Dān Pí comme Conseiller signifie que son action est moins centrale que celle des Ministres, mais qu’il contribue de façon indispensable à l’ensemble de la dynamique thérapeutique.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom de la formule reprend simplement les noms des deux ingrédients principaux : Qīng Hāo 青蒿 (Armoise annuelle) et Biē Jiǎ 鱉甲 (Carapace de tortue molle), suivis de Tāng 湯 (décoction). Cette nomination sobre et directe, caractéristique des formules classiques chinoises, met en évidence d’emblée la dyade thérapeutique fondamentale : l’herbe légère et aromatique qui ventile vers l’extérieur, et la substance animale lourde et nourricière qui plonge vers les couches profondes. Le nom dit ainsi l’essentiel de la stratégie : nourrir et expulser simultanément.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) de Wú Jú-Tōng (吳鞠通, 1798), texte fondateur de l’École des Maladies de Tièdeur (Wēn Bìng Xué Pài 溫病學派). Elle figure dans le chapitre consacré aux stades terminaux des maladies de Tièdeur, lorsque la Chaleur pathogène, après avoir traversé les couches défensives successives (wèi, qì, yíng, xuè), s’est enfouie dans les couches les plus profondes du Yin. Bensky la cite comme exemple paradigmatique d’une formule à deux Empereurs co-souverains, dont les actions sont mutuellement indispensables, illustrant ainsi le génie de la composition classique chinoise. Elle occupe une place centrale dans l’enseignement de la théorie des Quatre Niveaux de Yè Tiān-Shì (葉天士).

Équilibre dynamique de la formule :
La structure de cette formule est d’une élégance remarquable. Elle répond à une logique de double mouvement simultané et contradictoire en apparence : nourrir le Yin pour ancrer la Chaleur errante (mouvement centripète, intériorisateur, représenté par Biē Jiǎ, Shēng Dì Huáng et Zhī Mǔ), et ventiler la Chaleur vers l’extérieur (mouvement centrifuge, extériorisateur, représenté par Qīng Hāo et soutenu par Mǔ Dān Pí). Sans nourrir le Yin, l’expulsion de la Chaleur priverait davantage l’organisme de ses ressources profondes ; sans ventilation vers l’extérieur, le simple nourrissement du Yin laisserait la Chaleur emprisonnée et ferait monter le Feu. C’est l’union des deux mouvements qui produit la guérison, comme le dit le commentaire de Wú Jú-Tōng lui-même : « Biē Jiǎ entre dans les collatérales du Yin, Qīng Hāo en ressort ; l’un cherche, l’autre expulse. »

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule trouve aujourd’hui de nombreuses applications en médecine intégrative. Elle est utilisée dans les fièvres prolongées inexpliquées, les états fébriles post-infectieux chroniques, la tuberculose pulmonaire, les états inflammatoires chroniques avec vide de Yin (lupus, thyroïdite chronique, syndromes post-viraux), les fièvres postopératoires et les états de convalescence après maladies infectieuses graves. Son action sur la Chaleur par vide en fait une formule de choix pour les pathologies auto-immunes avec syndrome inflammatoire de bas grade associé à un vide de Yin. La découverte de l’artémisinine (dérivée de Qīng Hāo) comme antipaludéen majeur, récompensée par le Prix Nobel de Médecine 2015, a redonné une actualité scientifique internationale à cette formule et à ses composants.

Nuances d’usage :
Il convient de distinguer cette formule du Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 (Poudre qui rafraîchit les Os), qui traite également la Chaleur par vide mais se concentre davantage sur la Chaleur des os due au Vide de Yin du Foie et du Rein, sans l’élément de Chaleur enfouie dans les couches profondes du Yin. La présente formule est spécifiquement indiquée lorsque le signe directeur est la fièvre vespérale avec absence de sudation lors de la régression – signe pathognomonique de la Chaleur emprisonnée dans le Yin selon Wú Jú-Tōng. Qīng Hāo doit être ajouté en fin de décoction ou infusé séparément, car son principe actif aromatique est volatil et se dissipe à la cuisson prolongée ; Biē Jiǎ, au contraire, doit être cuit longuement en premier pour libérer ses principes actifs.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de vide de Yin sévère avec grande sécheresse, langue très rouge et sans enduit, ajouter Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici) 9-12 g, Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) 9 g

– En cas de Chaleur intense avec sueurs nocturnes abondantes, ajouter Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) 9-12 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de vide de Yin du Foie et du Rein avec syndrome de « chauffe-os » (chaleur des os sans chaleur des chairs), ajouter Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) 15 g et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) 9 g

– En cas de tuberculose pulmonaire avec toux et mucosités épaisses, ajouter Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 12 g et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae Prostratae) 9 g

– En cas de Chaleur résiduelle fébrile pédiatrique avec fièvre nocturne et fraîcheur matinale, ajouter Bái Wēi (Radix Cynanchi Baiwei) 6-9 g et Lián Gěng (Ramulus Nelumbinis Nuciferae) 9 g

– En cas de Chaleur dans le Sang avec Chaleur forçant le Sang à circuler de façon anarchique (épistaxis, hémoptysie), augmenter la dose de Mǔ Dān Pí à 12 g et ajouter Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) 9 g

– En cas de fièvre avec néphrite chronique ou tuberculose rénale avec urines rouges et langue rouge à enduit jaune, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g

Formules Dérivées et Associées

– Pour les tableaux de Chaleur par vide de Yin du Foie et du Rein avec syndrome de « cuisson des os » sévère : Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 (Poudre qui rafraîchit les Os)

– Pour les tableaux de Yin du Rein et du Poumon très épuisés avec toux, émaciation et Chaleur des Os : Qín Jiāo Biē Jiǎ Sǎn 秦艽鱉甲散 (Poudre de Gentiane et Carapace de Tortue)

– Pour les tableaux de Chaleur résiduelle post-fébrile avec vide de Qi et de Yin du Poumon et de l’Estomac : Zhú Yè Shí Gāo Tāng 竹葉石膏湯 (Décoction de Bambou et Gypse)

– Pour les tableaux de Chaleur enfouie dans le niveau nutritif (Yíng 營) avec sécheresse marquée et chaleur nocturne prédominante : Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction qui nettoie le niveau nutritif)

– Comme modification signalée dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn, la suppression de Zhī Mǔ et Mǔ Dān Pí et l’adjonction de Dāng Guī et Bái Sháo oriente la formule vers les tableaux de vide de Sang du Foie avec fièvre post-partum : Jiā Jiǎn Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng 加減青蒿鱉甲湯 (Décoction Modifiée d’Armoise et de Carapace de Tortue)

Précautions

Contre-indications :
– Ne pas utiliser au stade initial d’une maladie de Tièdeur, lorsque les facteurs pathogènes sont encore superficiels (niveau Wèi ou Qì) sans atteinte du Yin
– Ne pas utiliser en cas de convulsions ou de spasmes (la formule n’a pas d’action spasmolytique et peut aggraver le tableau en entretenant une Chaleur interne)
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang avec faux syndrome de Chaleur (fausse Chaleur-vraie Froideur)
– Ne pas utiliser en cas de diarrhée profuse due à un vide de Rate-Estomac

Mises en garde :
– Biē Jiǎ doit être cuit en premier (xiān jiān 先煎) pendant 30 à 45 minutes avant l’ajout des autres substances
– Qīng Hāo doit être ajouté en toute fin de décoction (hòu xià 後下) ou infusé séparément, pour préserver ses principes actifs aromatiques volatils
– Les substances nourrissantes de cette formule (Biē Jiǎ, Shēng Dì Huáng, Zhī Mǔ) peuvent freiner la digestion et engendrer des Glaires-Humidité en cas de Rate-Estomac fragile ; surveiller tout symptôme de plénitude épigastrique ou de selles molles
– La formule est froide dans l’ensemble : adapter la durée du traitement et ne pas administrer à long terme sans réévaluation

Populations à risque :
– Femmes enceintes : utiliser avec grande prudence, en particulier en raison de l’action de Mǔ Dān Pí qui active le Sang ; à n’utiliser que si le bénéfice maternel dépasse le risque fœtal
– Patients à Rate-Estomac vide : adjoindre des substances protectrices du centre (Chén Pí, Shā Rén) ou réduire les doses de Shēng Dì Huáng

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) Texte source de la formule ; décrit le tableau de Chaleur enfouie dans le Yin au stade terminal des maladies de Tièdeur
Wēn Rè Lùn 溫熱論 (Traité sur les Maladies de Chaleur) 溫熱論 Dynastie Qing, XVIIIe s. (Yè Tiān-Shì 葉天士) Cadre théorique fondateur de la théorie des Quatre Niveaux (Wèi, Qì, Yíng, Xuè) dans lequel s’inscrit l’usage de cette formule
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) 傷寒論 Fin Han, IIIe s. (Zhāng Zhòng-Jǐng 張仲景) Texte de référence précurseur pour la gestion des stades tardifs des maladies fébriles ; contexte doctrinal dont Wú Jú-Tōng s’est partiellement distingué
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Han, Ier-IIe s. ap. J.-C. (tradition attribuée à Shén Nóng) Première description des propriétés de Biē Jiǎ (nourrit le Yin, réduit les masses abdominales) et de Qīng Hāo (élimine la Chaleur)

Huang Lian Jie Du Tang

黃連解毒湯 Huáng Lián Jiě Dú Tāng
Décoction de Coptis pour Chasser les Poisons

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur Toxique (qīng rè jiě dú jì 清热解毒剂)
Source : Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial), Wang Tao, 752 ap. J.-C. – citant le Cuī Shì Fāng 崔氏方 (Formules de Maître Cui)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 黃連 Huáng Lián Rhizoma Coptidis Rhizome de coptis 9 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Racine de scutellaire 6 g
C 黃柏 Huáng Bǎi Cortex Phellodendri Écorce de phellodendron 6 g
A 山梔子 Shān Zhī Zǐ Fructus Gardeniae Fruit de gardénia 9 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Purger le Feu et chasser les Poisons dans les Trois Réchauffeurs
Drainer la Chaleur-Feu et éliminer les toxines
Rafraîchir le Sang et calmer les manifestations du Feu toxique

Indications

Syndromes traités :
Feu toxique et plénitude de Chaleur envahissant les Trois Réchauffeurs
Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique

Tableau Clinique

Langue :
Rouge vif ou rouge foncé, enduit jaune épais et sec, parfois enduit jaune gras ; pointe et bords très rouges en cas d’atteinte prédominante du Cœur et du Foie.
Pouls :
Shù 數 (rapide) : signe de Chaleur interne
Hóng 洪 (ample, bondissant) : signe de plénitude de Feu dans les couches profondes
Shí 實 (plein) : confirme un syndrome de plénitude

Liste des Symptômes

Manifestations générales :
Forte fièvre continue
Agitation mentale intense, anxiété, insomnie
Bouche et gorge sèches
Soif marquée
Nausées et vomissements

Manifestations du Feu dans le Cœur et l’Esprit :
Délire, paroles incohérentes
Agitation extrême, incapacité à trouver le repos
Troubles du sommeil, cauchemars
Sensation de chaleur dans la poitrine

Manifestations du Sang sous l’effet du Feu :
Saignements de nez (épistaxis)
Expectoration ou vomissement de Sang
Sang dans les urines (hématurie)
Taches purpuriques ou pétéchies cutanées

Manifestations cutanées :
Furoncles, abcès, érythèmes
Éruptions cutanées rouges et chaudes au toucher
Jaunisse dans les formes avec Humidité-Chaleur associée

Manifestations neuropsychiatriques :
Folie Kuang 狂 avec agitation et propos incohérents
Convulsions fébriles

Analyse de la Formule

Huáng Lián 黃連 – Empereur :
Huang Lian (Rhizoma Coptidis) est la plante maîtresse de cette formule. Amer et froid, il est le principal médicament pour purger le Feu du Cœur et de l’Estomac, tout en chassant les Poisons de feu. Il agit en priorité sur le Réchauffeur Supérieur et le Réchauffeur Médian. Sa puissante action antibactérienne en médecine moderne confirme son rôle central dans le traitement des états infectieux graves. Il reçoit la plus forte dose, signe de sa prééminence dans la stratégie thérapeutique.

Huáng Qín 黃芩 – Ministre :
Huang Qin (Radix Scutellariae) soutient et amplifie l’action de l’Empereur en purgeant la Chaleur du Poumon et du Réchauffeur Supérieur. Son tropisme pour le Poumon, la Vésicule Biliaire et le Gros Intestin lui permet d’étendre la couverture thérapeutique de la formule. Il est particulièrement efficace pour traiter la Chaleur dans la partie supérieure du corps, les infections respiratoires et les états inflammatoires du visage et de la gorge.

Huáng Bǎi 黃柏 – Conseiller :
Huang Bai (Cortex Phellodendri) dirige son action vers le Réchauffeur Inférieur. Il purge la Chaleur-Humidité du Rein, de la Vessie et des organes génitaux, et rafraîchit le Feu du Ming Men (Porte de la Vie). Sa présence assure que les trois Réchauffeurs sont simultanément traités, complétant ainsi le travail des deux premières herbes par une action ciblée sur le bas du corps.

Shān Zhī Zǐ 山梔子 – Ambassadeur :
Shan Zhi Zi (Fructus Gardeniae) joue un rôle d’Ambassadeur stratégique : il purge la Chaleur des Trois Réchauffeurs et guide les substances nocives vers le bas et l’extérieur par les urines. Il possède également une affinité particulière pour le Cœur et calme l’agitation mentale. Sa capacité à rafraîchir le Sang en fait un allié indispensable pour prévenir et traiter la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique, notamment dans les saignements d’origine thermique.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom 黃連解毒湯 se décompose ainsi : 黃連 (Huang Lian, le coptis, herbe principale), 解 (jiě, dissoudre, libérer, résoudre) et 毒 (dú, poison, toxine). La formule est donc littéralement la « Décoction au Coptis pour dissoudre les Poisons ». Le terme 毒 en médecine chinoise classique désigne une accumulation pathogène intense de Chaleur-Feu ayant atteint un degré de toxicité, différent de la simple Chaleur ordinaire.

Position dans la tradition :
Cette formule constitue l’archétype des formules qui « purgent le Feu et chassent les Poisons » (清熱解毒). Bien que sa composition actuelle soit codifiée dans Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial, Wang Tao, 752 ap. J.-C.), ses fondements théoriques remontent aux grandes théories des couches et niveaux développées plus tard dans le cadre des maladies de Tièdeur Wen Bing. La formule est citée dans de nombreux textes ultérieurs et reste une référence fondamentale pour toutes les formules dérivées traitant les syndromes de Feu toxique.

Équilibre dynamique de la formule :
L’originalité de cette formule réside dans sa couverture simultanée des Trois Réchauffeurs : Huang Lian et Huang Qin ciblent respectivement le Réchauffeur Supérieur (Cœur, Poumon), Huang Bai traite le Réchauffeur Inférieur (Rein, Vessie), et Shan Zhi Zi, par son triple tropisme, assure la jonction en drainant vers le bas. Cette verticalité thérapeutique, du haut vers le bas, est une stratégie rare et puissante, qui permet de traiter un Feu toxique diffus et systémique avec seulement quatre substances. Toutes sont froides et amères, ce qui crée une formule homogène dans sa nature mais diversifiée dans ses cibles.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Huáng Lián Jiě Dú Tāng 黃連解毒湯 est largement utilisée dans les états infectieux aigus avec fièvre élevée, les maladies dermatologiques inflammatoires (furoncles, acné nodulaire, érysipèle), les hémorragies d’origine thermique, certaines formes d’hypertension avec montée du Yang du Foie-Feu, ainsi que dans les états post-AVC avec agitation. Des études pharmacologiques modernes ont confirmé ses propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires, antipyrétiques et neuroprotectrices. Chen & Chen soulignent son efficacité documentée dans la leucémie avec Feu toxique, les éruptions maculopapulaires et certaines formes de septicémie.

Nuances d’usage :
Cette formule est strictement réservée aux syndromes de plénitude avec Feu toxique réel. Son usage est contre-indiqué en présence d’un vide de Yin, d’un vide de Qi ou d’une insuffisance de Yang. Sa nature extrêmement froide risque, si elle est utilisée à tort ou trop longtemps, d’endommager le Yang et les Liquides Organiques de la Rate et de l’Estomac. En pratique clinique, il est souvent judicieux de l’associer à des herbes protégeant l’Estomac ou de la modifier avec des substances adaptées au tableau clinique exact. La durée du traitement doit être limitée à la phase aiguë.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu toxique intense avec saignements de nez ou vomissement de Sang, ajouter Sheng Di Huang (Radix Rehmanniae) 12-15 g et Mu Dan Pi (Cortex Moutan) 9 g pour rafraîchir et activer le Sang

– En cas de constipation avec accumulation de Chaleur dans l’Intestin, ajouter Da Huang (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g pour purger la Chaleur vers le bas par voie intestinale

– En cas de furoncles, abcès et dermatoses inflammatoires, ajouter Jin Yin Hua (Flos Lonicerae Japonicae) 15 g et Lian Qiao (Fructus Forsythiae) 12 g pour renforcer l’action de chasser les Poisons

– En cas d’agitation mentale intense, de délire ou d’insomnie sévère, ajouter Zhu Sha (Cinnabaris) 0,3-0,5 g (à prendre séparément en poudre) pour calmer l’Esprit (Shen 神)

– En cas de jaunisse avec Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire, ajouter Yin Chen Hao (Herba Artemisiae Scopariae) 15-30 g et Ze Xie (Rhizoma Alismatis) 9 g

– En cas de syndrome urinaire de type Chaleur (dysurie, brûlures mictionnelles), ajouter Bian Xu (Herba Polygoni Avicularis) 6 g et Qu Mai (Herba Dianthi) 6 g, conformément à la variante de Maciocia pour le syndrome urinaire de type Chaleur

– En cas de vomissements dus au Feu de l’Estomac, ajouter Zhu Ru (Caulis Bambusae in Taeniam) 9 g et Lu Gen (Rhizoma Phragmitis) 15 g

Formules Dérivées et Associées

– Adjonction de Sheng Di Huang, Chi Shao, Mu Dan Pi et Cornes de rhinocéros (remplacées par Cornes de buffle) : Qīng Wēn Bài Dú Yǐn 清瘟敗毒飲 (Décoction pour Purger les Épidémies et Vaincre les Toxines)

– Association avec Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng pour les cas d’atteinte profonde de la couche du Sang : Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et de Rehmannia)

– Remplacement de Huang Lian par une plus grande quantité de Da Huang pour les cas avec constipation majeure : Liáng Gé Sǎn 涼膈散 (Poudre pour Rafraîchir le Diaphragme)

– Base de la formule complétée par Zhi Zi, Dan Dou Chi et Zhi Shi : Zhī Shí Zhī Zǐ Chǐ Tāng 枳實梔子豉湯 (Décoction d’Orange Amère, Gardénia et Pousses de Soja Préparées)

– Formule associée pour les états de Feu toxique avec atteinte du niveau nourricier : Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction pour Clarifier le Niveau Nourricier)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yang, vide de Qi et froid interne : la nature extrêmement froide de la formule aggraverait ces conditions
– Vide de Yin avec Chaleur vide (fièvre de l’après-midi, transpiration nocturne, pouls fin et rapide) : risque d’épuiser davantage le Yin et les Liquides Organiques
– Diarrhée ou selles molles dues à un vide de Yang de la Rate
– Grossesse : déconseillée en l’absence de nécessité clinique impérative

Mises en garde :
– Ne pas utiliser sur une longue durée : le froid excessif peut léser le Yang de la Rate et de l’Estomac et provoquer des troubles digestifs
– Surveiller l’apparition de symptômes de vide (fatigue, froid aux membres, digestion ralentie) pendant le traitement
– En cas de syndrome mixte plénitude-vide, modifier la formule en ajoutant des substances protectrices de la Rate et de l’Estomac
– Distinguer soigneusement le Feu de plénitude du Feu de vide avant prescription

Populations à risque :
– Personnes âgées avec vide de Yang sous-jacent : risque accru de lésion du Yang
– Patients avec terrain constitutionnel froid, digestion fragile ou Rate déficiente
– Nourrissons et jeunes enfants : adapter les doses avec prudence

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial) 外臺秘要 Dynastie Tang, 752 ap. J.-C. (Wang Tao 王燾) Source première de la formule, citant le Cuī Shì Fāng 崔氏方 ; première codification de la composition à quatre herbes
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil Analytique des Formules Médicales) 醫方集解 Dynasties Ming-Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Analyse classique de la formule, commentaires sur la stratégie de purger les Trois Réchauffeurs simultanément
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Lésions dues au Froid) 傷寒論 Fin de la Dynastie Han, ca. 196-220 ap. J.-C. (Zhang Zhongjing 張仲景) Fondements théoriques des formules utilisant Huang Lian, Huang Qin et Shan Zhi Zi ; texte de référence pour les syndromes de Chaleur-Feu
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Matière Médicale) 本草綱目 Dynastie Ming, 1578 (Li Shizhen 李時珍) Propriétés pharmacologiques détaillées des quatre herbes composantes ; confirmation de leurs actions pour purger le Feu et chasser les Poisons
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Analyse Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Jutong 吳鞠通) Intégration de la formule dans le cadre des maladies de Tièdeur Wen Bing ; utilisation dans les stades de pénétration du Feu toxique aux couches profondes

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page