Ma Xing Shi Gan Tang

麻杏石甘湯 Má Xìng Shí Gān Tāng
Décoction d’Éphédra, de Graine d’Abricotier, de Gypse et de Réglisse

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, IIe siècle ap. J.-C.

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 麻黄 Má Huáng Herba Ephedrae Éphédra 6 g
E 石膏 Shí Gāo Gypsum fibrosum Gypse 18 g
M 杏仁 Xìng Rén Semen Armeniacae amarum Graine d’abricotier amer 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae uralensis preparata Réglisse miel-frite 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Facilite la circulation du Qi du Poumon et dissipe la Chaleur du Poumon
Calme la dyspnée et arrête la toux en dirigeant le Qi rebelle vers le bas
Élimine la Chaleur pathogène qu’elle soit issue d’un Vent-Froid transformé en Chaleur ou d’une invasion directe de Vent-Chaleur

Indications

Syndromes traités :
Chaleur logée dans le Poumon obstruant la circulation du Qi du Poumon
Vent-Froid transformé en Chaleur après diaphorèse, ou invasion directe de Vent-Chaleur dans le Poumon
Chaleur-Glaires dans le Poumon avec dyspnée et toux

Tableau Clinique

Langue :
Corps de la langue rouge ou légèrement rouge ; enduit mince jaune ou blanc-jaune, sec ou légèrement gras selon l’intensité de la Chaleur et la présence de Glaires.
Pouls :
Huá 滑 (glissant) : signe de Glaires ou de plénitude interne
Shuò 數 (rapide) : signe de Chaleur interne
Fú 浮 (superficiel) : possible si une composante extérieure persiste

Liste des Symptômes

Signes respiratoires principaux :
Dyspnée, essoufflement, respiration laborieuse
Toux avec expectoration de mucosités visqueuses et difficiles à expectorer, de couleur jaune
Respiration sifflante (asthme)
Évasement des ailes du nez
Sensation d’oppression thoracique

Signes généraux de Chaleur :
Fièvre présente ou absente (la formule est indiquée dans les deux cas)
Transpiration spontanée ou absence de transpiration selon l’intensité de la Chaleur
Soif, bouche sèche
Agitation, sensation de chaleur interne

Signes possiblement associés :
Maux de gorge, rougeur pharyngée
Epistaxis, hémoptysie légère en cas de Chaleur forçant le Sang à circuler de façon anarchique dans le Poumon
Urination fréquente et peu contrôlée chez l’enfant (application clinique étendue)

Analyse de la Formule

Má Huáng 麻黄 – Empereur :
Má Huáng (Herba Ephedrae) est la substance cardinale de cette formule. Sa nature chaude, son goût âcre et son tropisme pour le Poumon lui confèrent un puissant pouvoir de dissémination du Qi du Poumon, ce qui libère l’obstruction à l’origine de la dyspnée et de la toux. Sa fonction ici illustre le principe classique de « traiter le Feu contraint en le dispersant » (huǒ yù fā zhī 火鬱發之) : même en présence de Chaleur, l’éphédra ouvre la circulation du Qi du Poumon. Cependant, en raison de sa nature chaude, il doit être contrebalancé par un Gypse en proportion nettement supérieure, ce qui neutralise son action réchauffante tout en conservant son action dispersante sur le Poumon.

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum fibrosum) constitue le second Empereur, de nature froide et de saveur âcre et douce, et agit directement sur la Chaleur du Poumon et de l’Estomac. Il draine la Chaleur du Poumon, soulage la soif en produisant les Liquides Organiques et contrôle l’action diaphorétique de Má Huáng. Le rapport de dosage entre Shí Gāo et Má Huáng est fondamental : lorsque la Chaleur du Poumon est intense avec une transpiration profuse, on augmente Shí Gāo et on réduit Má Huáng ; lorsque les symptômes extérieurs sont plus marqués avec peu de Chaleur intérieure, on inverse les proportions. Cette dialectique dosologique est l’un des enseignements cliniques les plus précieux de cette formule.

Xìng Rén 杏仁 – Ministre :
Xìng Rén (Semen Armeniacae amarum), de nature tiède et de saveur amère, dirige le Qi du Poumon vers le bas et soutient l’action de Má Huáng dans la libération de l’obstruction du Qi du Poumon. L’association de Má Huáng (qui ouvre et disperse) avec Xìng Rén (qui descend et ferme) constitue l’une des paires thérapeutiques les plus efficaces de la pharmacopée classique pour calmer la dyspnée et arrêter la toux. Cette combinaison agit selon les deux directions du mouvement du Qi du Poumon : la dissémination vers la surface et la descente vers le bas, rétablissant ainsi la physiologie pulmonaire normale.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae uralensis preparata), de nature neutre et de saveur douce, remplit ici une triple fonction : il humidifie le Poumon, arrête la toux et harmonise l’action des autres substances. Il modère la puissance dispersante de Má Huáng et tempère la froideur de Shí Gāo, protégeant ainsi l’Estomac et le Qi Correct contre les effets potentiellement agressifs des deux Empereurs. Sa présence comme Ambassadeur reflète la tradition classique de l’utilisation de la réglisse comme harmonisateur universel dans les formules à polarités contrastées.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 est une contraction des premières syllabes des quatre substances qui composent la formule : 麻 pour Má Huáng (Éphédra), 杏 pour Xìng Rén (Graine d’abricotier), 石 pour Shí Gāo (Gypse) et 甘 pour Gān Cǎo (Réglisse). Cette convention de dénomination par initiales, courante dans la tradition classique chinoise, permet d’identifier immédiatement les ingrédients principaux de la décoction. On note que dans les index croisés, la formule est également référencée sous le nom de Má Huáng Xìng Rén Gān Cǎo Shí Gāo Tāng 麻黃杏仁甘草石膏湯, son nom développé complet tel qu’il apparaît dans le Shāng Hán Lùn.

Position dans la tradition :
Cette formule apparaît dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing (IIe siècle ap. J.-C.), dans le contexte de troubles du stade Taiyang après diaphorèse, lorsqu’il est devenu inapproprié d’utiliser la Décoction de Rameau de Cannelier (Guì Zhī Tāng 桂枝湯), en présence de transpiration et de dyspnée sans grande Chaleur extérieure. Elle est présentée comme une variation paradigmatique de la Má Huáng Tāng 麻黃湯 (Décoction d’Éphédra), dans laquelle le Rameau de Cannelier (Guì Zhī) est remplacé par le Gypse (Shí Gāo), transformant radicalement les indications de la formule : de la Chaleur de l’extérieur à la Chaleur du Poumon. Cette substitution d’un seul ingrédient – substituant une substance chaude par une substance froide – constitue un exemple classique de la façon dont une modification mineure de composition peut changer entièrement la nature thérapeutique d’une formule.

Équilibre dynamique de la formule :
La tension interne entre l’Éphédra chaud-âcre et le Gypse froid-âcre est le cœur vivant de cette formule. La Chaleur du Poumon emprisonne le Qi et crée une obstruction ; le Gypse seul refroidirait sans disperser, aggravant la stagnation. L’Éphédra seul disperserait sans refroidir, aggravant la Chaleur. Leur union produit un effet synergique unique : disperser la Chaleur logée en libérant le Qi du Poumon, sans réchauffer ni aggraver l’obstruction. Cette dialectique de deux pôles apparemment contradictoires qui se complètent pour atteindre une action thérapeutique supérieure est un exemple particulièrement élégant du raisonnement thérapeutique chinois classique. La Graine d’abricotier renforce l’action descendante, tandis que la Réglisse miel-frite protège le terrain et harmonise l’ensemble.

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule est largement utilisée en médecine contemporaine pour traiter une grande variété d’affections respiratoires définies en médecine biomédicale : infections des voies respiratoires supérieures, pneumonies lobaires, bronchopneumonies, asthme bronchique, pneumonie au cours de la rougeole, bronchiolite, coqueluche, diphtérie. Une application clinique moins attendue concerne les enfants présentant une miction fréquente et peu contrôlée comme plainte principale accompagnée de toux et de dyspnée, illustrant le principe classique de « traiter le Réchauffeur Supérieur pour les troubles du Réchauffeur Inférieur ». Sa grande polyvalence clinique en fait une des formules les plus prescrites pour les pathologies pulmonaires d’excès avec Chaleur.

Nuances d’usage :
La formule s’applique quelle que soit la présence ou l’absence de fièvre et de transpiration, dès lors que la Chaleur dans le Poumon est établie. Les générations ultérieures de praticiens ont étendu son usage aux cas de toux avec expectoration visqueuse et difficile, de respiration laborieuse, de langue rouge et de pouls rapide, indépendamment de la couleur de l’enduit lingual ou de la présence de fièvre ou de transpiration. Elle est contre-indiquée pour les dyspnées dues au Froid et dans les cas où le facteur pathogène persiste en raison d’un vide du Qi Correct. Bensky et al. soulignent que le dosage de Shí Gāo dans le texte source est quatre fois supérieur à celui de Má Huáng, ratio fondamental qui oriente le profil thermique de la formule vers le rafraîchissement tout en préservant le pouvoir dispersant de l’éphédra.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense du Poumon avec fièvre élevée, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae japonicae) 9-15 g, Lián Qiào (Fructus Forsythiae suspensae) 9 g, Huáng Qín (Radix Scutellariae baicalensis) 9 g et Yú Xīng Cǎo (Herba Houttuyniae cordatae) 15-30 g

– En cas d’asthme tenace et persistant, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae preparatum) 9 g, Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) 12 g, Chén Pí (Pericarpium Citri reticulatae) 6 g, Zhǐ Shí (Fructus Aurantii immaturus) 6 g et Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis recens) 3 g

– En cas de dyspnée et toux avec expectoration abondante, ajouter Sū Zǐ (Fructus Perillae frutescentis) 9 g et Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g

– En cas de Frissons et absence de transpiration (composante extérieure encore présente), ajouter Jīng Jiè (Herba Schizonepetae tenuifoliae) 6 g, Bò Hé (Herba Menthae haplocalycis) 6 g et Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae preparatum) 9 g

– En cas de sinusite avec Chaleur dans le Poumon, ajouter Dì Lóng (Pheretima) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Décoction de base dont est dérivée Má Xìng Shí Gān Tāng par substitution de Guì Zhī par Shí Gāo : Má Huáng Tāng 麻黃湯 (Décoction d’Éphédra)

– Variante centrée sur le canal du Poumon avec ajout de gingembre frais, thé vert et jujube pour les dyspnées avec plénitude thoracique par atteinte superficielle du canal du Poumon : Wǔ Hǔ Tāng 五虎湯 (Décoction des Cinq Tigres)

– Formule apparentée avec Má Huáng et Shí Gāo, sans Xìng Rén, pour les œdèmes par Vent avec légère sudation, fièvre modérée et pouls superficiel, issue de Jīn Guì Yào Lüè : Yuè Bì Tāng 越婢湯 (Décoction de la Servante de Yue)

– Variante de Yuè Bì Tāng avec ajout d’Atractylodes macrocephala pour les œdèmes plus sévères avec membres lourds et douloureux : Yuè Bì Jiā Zhú Tāng 越婢加朮湯 (Décoction de la Servante de Yue avec Atractyle)

– Formule proche indiquée pour la toux et la dyspnée par obstruction du canal du Poumon par Vent-Froid extérieur avec Glaires-Chaleur internes (formule de Shen Mi Tang) : Shén Mì Tāng 神秘湯 (Décoction Mystérieuse)

– Formule à distinguer dans les affections pulmonaires avec Chaleur de vide : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 (Poudre pour Drainer le Blanc)

Précautions

Contre-indications :
– Dyspnée et toux dues au Froid (absence de Chaleur interne, nature de l’obstruction froide)
– Dyspnée par vide du Qi du Poumon ou vide du Qi du Rein (Rein incapable de saisir le Qi)
– Toux et asthme chroniques par vide de Qi avec pouls frêle et profond

Mises en garde :
-Le ratio Shí Gāo/Má Huáng doit être ajusté selon l’intensité respective de la Chaleur interne et des symptômes extérieurs ; ne pas utiliser cette formule avec un ratio équilibré des deux substances, car cela en modifie fondamentalement le profil thermique
– En cas de Chaleur du Poumon très sévère accompagnée d’expectoration sanglante, renforcer l’action anti-Chaleur et envisager des substances qui refroidissent le Sang
– La présence ou l’absence de transpiration ne conditionne pas l’indication de la formule, contrairement à la Má Huáng Tāng classique ; seule la confirmation de la Chaleur dans le Poumon est déterminante
– Má Huáng peut élever la pression artérielle et stimuler le système nerveux central ; à utiliser avec prudence chez les patients hypertendus ou cardiaques

Populations à risque :
– Femmes enceintes : usage sous surveillance médicale, Má Huáng pouvant provoquer des contractions utérines
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, de cardiopathies ou d’arythmies en raison de l’action sympathomimétique de Má Huáng
– Patients présentant un vide de Qi Correct avec persistance du facteur pathogène : la formule risque de disperser le Qi déjà déficient
– Enfants en bas âge : réduire les dosages de manière significative et surveiller la tolérance à Shí Gāo

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) 傷寒論 IIe siècle ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte source de la formule ; prescrite pour les troubles du stade Taiyang avec dyspnée et transpiration après diaphorèse, lorsqu’il est devenu inapproprié d’utiliser Guì Zhī Tāng
Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Aide-mémoire des Prescriptions du Coffre d’Or) 金匱要略 IIe siècle ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Formules apparentées (Yuè Bì Tāng et variantes) avec Má Huáng et Shí Gāo pour les œdèmes par Vent, renforçant le champ clinique de l’association des deux Empereurs
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 1798 (Wu Ju-Tong 吳鞠通) Intégration de Má Xìng Shí Gān Tāng dans le cadre des maladies de Tièdeur (Wen Bing) ; usage étendu aux tableaux de Chaleur envahissant le niveau du Qi avec atteinte du Poumon
Zhāng Shì Yī Tōng 張氏醫通 (Traité médical de Zhang) 張氏醫通 1695 (Zhang Lu 張璐) Commentaire et élargissement des indications de la formule aux pathologies pulmonaires chroniques avec Chaleur résiduelle et toux à phlegme visqueux

Bai Hu Tang

白虎湯 Bái Hǔ Tāng
Décoction du Tigre Blanc

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans la Couche du Qi (qīng qì fēn jì 清气分剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Troubles provoqués par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastide Han Orientale (env. 219 ap. J.-C.)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse fibreux 30 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis Anémarhène 9 g
C 粳米 Jīng Mǐ Semen Oryzae Sativae Riz non glutineux 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata Réglisse préparée au miel 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Clarifie la Chaleur et purge le Feu du niveau Qi du Yang Ming
Génère les Liquides Organiques et apaise la soif
Protège l’Estomac et préserve le Yin face à l’agression de la Chaleur exubérante

Indications

Syndromes traités :
Chaleur exubérante au niveau Qi du Yang Ming (stade Yang Ming – couche méridienne)
Plénitude de Chaleur dans les Poumons et l’Estomac avec atteinte des Liquides Organiques
Maladies de Tièdeur (Wen Bing) – stade Qi avec Chaleur intense

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue rouge à rouge vif, enduit jaune, sec, parfois épais ; dans les cas sévères, enduit jaune-noir et épineux
Pouls :
Hóng 洪 (ample, bondissant) : pouls large, montant avec force et descendant doucement, caractéristique de la Chaleur exubérante du Yang Ming
Huá 滑 (glissant) : pouls glissant et rapide, témoignant de la Chaleur interne avec production possible de Glaires
Shuò 數 (rapide) : pouls rapide associé à la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Quatre Grands (四大 Sì Dà) – Signes cardinaux :
Grande fièvre (大熱 dà rè) – fièvre élevée, chaleur corporelle intense, aversion à la chaleur
Grande transpiration (大汗 dà hàn) – sudation profuse spontanée
Grande soif (大渴 dà kě) – soif intense avec désir de boissons froides
Grand pouls (大脈 dà mài) – pouls ample, bondissant et rapide

Signes associés :
Visage rouge, sensation de chaleur au visage
Irritabilité, agitation, anxiété (烦躁 fán zào)
Maux de tête frontaux
Douleurs dentaires, saignement des gencives
Épistaxis dans les formes avec Chaleur dans le Sang
Urines foncées, courtes et peu abondantes
Constipation ou selles sèches dans les formes sévères avec début de dessication des Liquides Organiques

Manifestations respiratoires et digestives :
Souffle chaud sortant des narines et de la bouche
Nausées possibles
Respiration accélérée

Analyse de la Formule

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) constitue l’herbe Empereur de cette formule en raison de sa nature acide, douce et très froide. Il cible en priorité les méridiens des Poumons et de l’Estomac pour purger la Chaleur exubérante du Yang Ming. Sa nature très froide lui confère une puissance remarquable pour dissiper la Chaleur de plénitude au niveau Qi, abaisser la fièvre élevée et calmer l’irritabilité. La saveur douce lui permet d’agir sans brutalité excessive sur le Qi de l’Estomac. Dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Troubles provoqués par le Froid), Zhang Zhong-Jing l’emploie à des doses substantielles pour dominer la Chaleur exubérante du stage Yang Ming. Bensky et al. soulignent que cette substance entre à la fois dans les Poumons pour dissiper la Chaleur des Poumons et dans l’Estomac pour purger le Feu de l’Estomac, ce qui en fait un double acteur dans cette formule centrée sur le niveau Qi.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis), amer et froid, humide dans sa nature, assiste l’Empereur en clarifiant la Chaleur des Poumons et de l’Estomac. Sa saveur amère lui permet de drainer le Feu vers le bas, tandis que son caractère humidifiant lui confère la capacité supplémentaire d’enrichir le Yin et de préserver les Liquides Organiques déjà endommagés par la Chaleur intense. C’est précisément cette double action, clarifier la Chaleur et nourrir le Yin, qui distingue Zhī Mǔ des simples herbes froides et en fait le complément idéal de Shí Gāo. Ensemble, ces deux substances créent une synergie puissante : l’une, acide et très froide, purge la Chaleur en surface du niveau Qi, l’autre, amère et froide, drainé vers le bas tout en protégeant les Liquides Organiques. Chen et Chen notent que cette association constitue l’axe thérapeutique central de la formule.

Jīng Mǐ 粳米 – Conseiller :
Jīng Mǐ (Semen Oryzae Sativae), de saveur douce et de nature neutre, protège le Qi et les Liquides Organiques de l’Estomac contre l’action trop froide et potentiellement lésante des deux substances précédentes. Ce riz non glutineux tonifie le Qi de l’Estomac et génère les Liquides Organiques. Dans le contexte d’une Chaleur intense qui a déjà endommagé les Liquides Organiques, Jīng Mǐ joue un rôle de protection du terrain digestif et prévient que les herbes froides ne lèsent davantage un Estomac déjà fragilisé par la fièvre. Flaws souligne que cette inclusion du riz dans la décoction est caractéristique du génie thérapeutique de Zhang Zhong-Jing qui associait systématiquement les correcteurs aux agents actifs puissants.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata), douce et tiède, harmonise l’ensemble des substances de la formule et modère l’action froide de Shí Gāo et Zhī Mǔ. La réglisse préparée au miel tonifie le Qi de l’Estomac, génère les Liquides Organiques et prévient la lésion de la Rate et de l’Estomac par les herbes très froides. En tant qu’Ambassadeur, elle guide les autres substances vers leur site d’action et harmonise leur interaction, assurant la cohésion et l’efficacité de la formule tout en limitant les risques d’agression du centre.

Commentaires

Signification du nom :
Le Tigre Blanc (白虎 Bái Hǔ) est l’une des quatre divinités célestes de la cosmologie chinoise, gardien de l’Ouest et de l’automne, associé au métal et à la direction Ouest dans le système des Quatre Symboles (四象 Sì Xiàng). L’automne est la saison du déclin de la chaleur estivale, du refroidissement de l’air et du retour de la fraîcheur. Donner ce nom à une formule signifie qu’elle incarne la puissance froide et domptante du Tigre Blanc capable de terrasser la Grande Chaleur, de la même façon que l’automne met fin aux ardeurs de l’été. La blancheur du gypse (Shí Gāo), substance centrale de la formule, évoque également la couleur blanche associée à l’Ouest et au métal dans la théorie des Cinq Éléments. Scheid et al. rappellent que ce nom exprime la nature même du remède : une force froide et puissante qui dompte la Chaleur exubérante comme le tigre blanc dompte le chaos.

Position dans la tradition :
Bái Hǔ Tāng 白虎湯 occupe une place fondamentale dans le corpus classique de la médecine chinoise. Elle apparaît dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Troubles provoqués par le Froid) de Zhang Zhong-Jing comme la formule de référence pour le traitement du stade Yang Ming méridien (陽明經證 Yáng Míng Jīng Zhèng), c’est-à-dire lorsque la Chaleur pathogène a pénétré dans l’intérieur et s’est installée dans le niveau Qi sans encore former d’accumulation dans les intestins (ce qui constituerait un stade Yang Ming viscéral). Elle est également reprise dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différentiation systématique des Maladies de Tièdeur) de Wu Ju-Tong comme formule essentielle du traitement de la couche Qi (氣分 Qì Fēn) dans les maladies de Tièdeur. Elle constitue ainsi un pont entre les deux grandes traditions de pensée clinique chinoise : la tradition du Shāng Hán et la tradition du Wēn Bìng.

Équilibre dynamique de la formule :
Bái Hǔ Tāng illustre la stratégie du «clarifié-protégé» (清護 qīng hù) : clarifier énergiquement la Chaleur tout en protégeant simultanément le Qi et les Liquides Organiques de l’Estomac. La dynamique interne de la formule repose sur la tension créative entre deux pôles : d’un côté, Shí Gāo et Zhī Mǔ, froids et actifs, qui s’attaquent à la Chaleur exubérante ; de l’autre, Jīng Mǐ et Zhì Gān Cǎo, doux et protecteurs, qui préservent le terrain digestif et les Liquides Organiques. La formule est ainsi conçue pour agir rapidement et puissamment sur la Chaleur sans sacrifier le Qi de l’Estomac, ce qui serait contre-productif dans un tableau clinique où les Liquides Organiques sont déjà compromis. Chen et Chen soulignent que la proportion des substances (Shí Gāo en dose élevée, Zhī Mǔ en dose modérée, les deux autres en petites doses) reflète parfaitement cette hiérarchie thérapeutique.

Pertinence clinique contemporaine :
Les applications biomédicales de Bái Hǔ Tāng sont nombreuses et documentées : fièvres infectieuses élevées (encéphalite, méningite, pneumonie lobaire, scarlatine, rougeole, typhoïde), diabète sucré (xiao ke 消渴), gingivites sévères, érysipèle, affections fébriles dans le cadre d’infections bactériennes ou virales. Des études pharmacologiques modernes ont mis en évidence des effets antipyrétiques, anti-inflammatoires, hypoglycémiants et protecteurs des Liquides Organiques attribuables principalement à Shí Gāo et Zhī Mǔ. Maciocia souligne l’utilité de cette formule dans les tableaux de Chaleur Qi exubérante avec vide naissant de Yin, contexte fréquent dans les maladies infectieuses aiguës où la fièvre prolongée épuise progressivement les Liquides Organiques.

Nuances d’usage :
La formule doit être réservée aux tableaux de plénitude de Chaleur réelle (實熱 shí rè) : un pouls ample mais sans force (洪而無力 hóng ér wú lì) contre-indique l’usage de la formule de base et indique une modification vers Rén Shēn Bái Hǔ Tāng 人参白虎湯. De même, une aversion au froid persistante, une langue pâle ou un vide de Yang de Rate et d’Estomac constituent des contre-indications formelles. Bensky et al. insistent sur la nécessité de ne pas confondre la Chaleur vraie du Yang Ming avec une Chaleur Vide où le Yang flotte en surface, erreur thérapeutique pouvant aggraver considérablement l’état du patient. Le moment d’administration est également important : classiquement, la décoction était prise en plusieurs prises fractionnées dans la journée pour maintenir une action antipyrétique continue.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de vide de Qi concomitant (pouls ample mais sans force, faiblesse marquée), ajouter Rén Shēn (Radix Ginseng) 9-15 g. Cela donne Rén Shēn Bái Hǔ Tāng 人参白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc au Ginseng)

– En cas de syndrome Bi de Vent-Chaleur-Humidité (douleurs articulaires, fièvre, inflammation des articulations), ajouter Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6-9 g. Cela donne Bái Hǔ Jiā Guì Zhī Tāng 白虎加桂枝湯 (Décoction du Tigre Blanc plus Cannelle)

– En cas de syndrome Bi de Vent-Humidité-Chaleur avec arthralgie et gonflement articulaire sévère, ajouter Cāng Zhú (Rhizoma Atractylodis) 9 g. Cela donne Bái Hǔ Jiā Cāng Zhú Tāng 白虎加蒼朮湯 (Décoction du Tigre Blanc plus Atractylode)

– En cas de fièvre élevée avec perte de connaissance, convulsions et opisthotonos, ajouter Líng Yáng Jiǎo (Cornu Antelopis) 1-3 g (en poudre) et substituer Xī Jiǎo par Shuǐ Niú Jiǎo (Cornu Bubali) 30 g (en décoction longue). Cela donne Líng Xī Bái Hǔ Tāng 羚犀白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc à l’Antilope et au Rhinocéros)

– En cas de Chaleur du Yang Ming avec constipation et délire, ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g. Cela donne Bái Hǔ Chéng Qì Tāng 白虎承氣湯 (Décoction du Tigre Blanc pour ordonner le Qi)

– En cas de Chaleur du Yang Ming et Shao Yang simultanée (fièvre alternant avec frissons), ajouter Chái Hú (Radix Bupleuri) 9 g, Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) 9 g et Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) 12 g. Cela donne Chái Hú Bái Hǔ Tāng 柴胡白虎湯 (Décoction de Bupleurum et du Tigre Blanc)

– En cas de nausées, ajouter Zhú Rú (Caulis in Taeniis Bambusae) 9 g

– En cas d’excès de Glaires, ajouter Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori) 6 g

– En cas de soif intense avec vide de Yin nascent, ajouter Mài Dōng (Radix Ophiopogonis Japonici) 12 g et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae) 15 g

Formules Dérivées et Associées

– Ajout de Rén Shēn 人参 pour vide de Qi concomitant (pouls ample sans force) : Rén Shēn Bái Hǔ Tāng 人参白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc au Ginseng)

– Ajout de Guì Zhī 桂枝 pour syndrome Bi de Vent-Chaleur avec douleurs articulaires fébriles : Bái Hǔ Jiā Guì Zhī Tāng 白虎加桂枝湯 (Décoction du Tigre Blanc plus Rameau de Cannelle)

– Ajout de Cāng Zhú 蒼朮 pour syndrome Bi de Vent-Humidité-Chaleur avec gonflement articulaire : Bái Hǔ Jiā Cāng Zhú Tāng 白虎加蒼朮湯 (Décoction du Tigre Blanc plus Atractylode)

– Combinaison avec Chái Hú 柴胡, Huáng Qín 黃芩 et Tiān Huā Fěn 天花粉 pour Chaleur Yang Ming et Shao Yang simultanée : Chái Hú Bái Hǔ Tāng 柴胡白虎湯 (Décoction de Bupleurum et du Tigre Blanc)

– Ajout de Dà Huáng 大黃 pour Chaleur Yang Ming avec constipation et délire (début de stade Yang Ming viscéral) : Bái Hǔ Chéng Qì Tāng 白虎承氣湯 (Décoction du Tigre Blanc pour Ordonner le Qi)

– Substitution à base de Shēng Shí Gāo 生石膏 et Zhī Mǔ 知母 comme axe principal dans les formules de maladies de Tièdeur : Huà Bān Tāng 化斑湯 (Décoction pour Transformer les Maculae), issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨

Précautions

Contre-indications :
– Fièvre due à vide de Yang de Rate et d’Estomac (yang vacuité flottant vers l’extérieur) : la Chaleur est vacuité et non plénitude
– Fausse Chaleur – vrai Froid (真寒假熱 zhēn hán jiǎ rè) : tableau trompeur avec signes de chaleur superficielle masquant un Froid profond
– Aversion au Froid persistante avec absence de transpiration spontanée (stade Yang Ming non constitué)
– Vide de Yang du Rein avec chaleur vacuité remontant en surface
– Absence de quatre grands signes cardinaux (fièvre, sudation, soif, pouls ample)

Mises en garde :
– Ne pas utiliser en présence d’un pouls ample mais sans force (洪而無力) sans ajouter Rén Shēn pour soutenir le Qi
– Utiliser avec prudence en cas de vide de Yang Ming concomitant ou d’affaiblissement général préexistant
– Surveiller l’état du Qi de l’Estomac : ne pas prolonger l’usage au-delà de la résolution des signes cardinaux
– Réduire la posologie ou modifier en cas de diarrhée ou selles molles préexistantes (Qi de Rate fragilisé)
– Ne pas utiliser à forte dose en cas de grossesse sans justification clinique rigoureuse
– Surveiller l’interaction avec les traitements antipyrétiques et antidiabétiques conventionnels dans un contexte intégratif

Populations à risque :
– Personnes âgées avec vide de Yang sous-jacent : risque de léser davantage le Yang de la Rate et de l’Estomac
– Patients présentant une insuffisance digestive chronique (Rate-Estomac fragiles) : réduire la dose de Shí Gāo et augmenter proportionnellement Jīng Mǐ et Zhì Gān Cǎo
– Femmes enceintes : utilisation déconseillée sauf nécessité absolue avec fièvre élevée menaçante
– Enfants en bas âge : adapter les dosages selon le poids corporel et surveiller l’état digestif

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn (Traité sur les Troubles provoqués par le Froid) 傷寒論 Dynastide Han Orientale (Zhang Zhong-Jing, env. 219 ap. J.-C.) Source originelle de la formule ; définition du stade Yang Ming méridien avec les Quatre Grands signes
Jīn Guì Yào Lüè (Prescriptions Essentielles du Cabinet d’Or) 金匱要略 Dynastide Han Orientale (Zhang Zhong-Jing, env. 219 ap. J.-C.) Application de la formule au syndrome Bi de Vent-Chaleur-Humidité ; base de Bái Hǔ Jiā Guì Zhī Tāng
Wēn Bìng Tiáo Biàn (Différentiation systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastide Qing (Wu Ju-Tong, 1798) Intégration dans la doctrine des maladies de Tièdeur – formule du niveau Qi (氣分) ; base de Huà Bān Tāng
Yī Zōng Jīn Jiàn (Miroir d’Or de la Tradition Médicale) 醫宗金鑑 Dynastide Qing (Wu Qian et al., 1742) Commentaires sur les quatre grands signes comme clé diagnostique et précisions sur les contre-indications
Shāng Hán Míng Lǐ Lùn (Traité sur les Principes Illustrés des Troubles provoqués par le Froid) 傷寒明理論 Dynastide Jin (Cheng Wu-Ji, env. 1156) Analyse pionnière de la symbolique du Tigre Blanc et explication de la logique des quatre substances

Long Dan Xie Gan Tang

龍膽瀉肝湯 Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng
Décoction de Gentiane pour Drainer le Foie

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil analytique de formules médicales) de Wang Ang, 1682

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 龍膽草 Lóng Dǎn Cǎo Radix et Rhizoma Gentianae Racine de gentiane 3-9 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Scutellaire (racine de scutellaire de Baïkal) 6-12 g
M 山梔子 Shān Zhī Zǐ Fructus Gardeniae Fruit de gardénia 6-12 g
C 木通 Mù Tōng Caulis Akebiae Tige d’akébie 3-6 g
C 車前子 Chē Qián Zǐ Semen Plantaginis Graine de plantain 9-15 g
C 澤瀉 Zé Xiè Rhizoma Alismatis Rhizome d’alisme (alisma) 6-12 g
C 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Racine de buplèvre 3-9 g
C 生地黃 Shēng Dì Huáng Radix Rehmanniae Rehmannie crue 9-15 g
C 當歸 Dāng Guī Radix Angelicae Sinensis Angélique chinoise (dang gui) 6-12 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Réglisse (racine de réglisse) 3-6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine le Feu en excès du Foie et de la Vésicule Biliaire
Élimine l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur

Indications

Syndromes traités :
Feu en excès dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire
Humidité-Chaleur coulant vers le bas dans le Réchauffeur Inférieur

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune, parfois enduit jaune et gras à la base ; les bords de la langue peuvent présenter des points rouges en cas d’Humidité-Chaleur dans le méridien du Foie
Pouls :
Xián 弦 (En Corde) : indique la tension dans le méridien du Foie, la plénitude et le Feu du Foie montant
Shuò 數 (Rapide) : traduit la présence de Chaleur interne en excès
Yǒu Lì 有力 (Forcé) : confirme la nature de plénitude du tableau pathologique

Liste des Symptômes

Feu en excès du Foie et de la Vésicule Biliaire – Signes du haut du corps :
Douleur et distension hypocondriaque
Céphalées
Vertiges, étourdissements
Yeux rouges et douloureux
Diminution ou perte de l’audition (surdité soudaine)
Gonflement et douleur de l’oreille, otalgie
Goût amer dans la bouche
Irritabilité, irascibilité
Courte humeur, agitation de l’Esprit (Shen 神)

Humidité-Chaleur coulant vers le Réchauffeur Inférieur :
Mictions difficiles et douloureuses avec sensation de Chaleur dans l’urètre
Urine foncée, trouble, ou rouge-jaunâtre
Prurit et gonflement des organes génitaux externes
Leucorrhées jaunes, épaisses et malodorantes
Chez la femme : cycle menstruel raccourci, Sang devenant rouge-pourpre

Analyse de la Formule

Lóng Dǎn Cǎo 龍膽草 – Empereur :
Long Dan Cao (Radix et Rhizoma Gentianae) est l’ingrédient central de la formule. De nature très froide et de saveur très amère, il entre dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire et se révèle d’une efficacité remarquable pour drainer la Chaleur en excès et éliminer l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur. Ces deux actions, drainer le Feu du Foie et de la Vésicule Biliaire et éliminer l’Humidité-Chaleur, constituent les fonctions thérapeutiques primaires de la formule entière, et c’est pourquoi cette substance est désignée comme Empereur.

Huáng Qín 黃芩 et Shān Zhī Zǐ 山梔子 – Ministres :
Huang Qin (Radix Scutellariae) et Zhi Zi (Fructus Gardeniae) sont les deux drogues Ministres. Ils secondent l’Empereur en drainant le Feu et en éliminant l’Humidité. Huang Qin entre spécifiquement dans le méridien du Foie et draine la Chaleur des Trois Réchauffeurs ; Zhi Zi draine la Chaleur des Trois Réchauffeurs à travers les urines et pénètre également dans le Cœur pour calmer l’irritabilité. La combinaison classique Chai Hu – Huang Qin est par ailleurs reconnue pour éliminer la Chaleur du méridien Shao Yang.

Mù Tōng 木通, Chē Qián Zǐ 車前子 et Zé Xiè 澤瀉 – Conseillers (drainage) :
Mu Tong (Caulis Akebiae), Che Qian Zi (Semen Plantaginis) et Ze Xie (Rhizoma Alismatis) constituent le groupe des Conseillers à fonction diurétique. Ils drainent la Chaleur du Réchauffeur Supérieur et éliminent l’Humidité-Chaleur du Réchauffeur Inférieur en favorisant la miction. Par cette action de drainage vers le bas et vers l’extérieur, ils ouvrent un second axe d’évacuation des agents pathogènes, renforçant et orientant l’action de l’Empereur et des Ministres vers le bas-ventre et les voies urinaires.

Chái Hú 柴胡 – Conseiller (guidage) :
Chai Hu (Radix Bupleuri) joue un rôle de guidage : son entrée dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire permet de focaliser et de diriger l’action des autres drogues vers ces deux organes et leurs méridiens. Il disperse également la Chaleur due à la Stagnation du Qi du Foie et de la Vésicule Biliaire. Avec Huang Qin, il forme la paire classique pour éliminer la Chaleur du niveau Shao Yang.

Shēng Dì Huáng 生地黃 et Dāng Guī 當歸 – Conseillers (protection du Yin et du Sang) :
Sheng Di Huang (Radix Rehmanniae) et Dang Gui (Radix Angelicae Sinensis) sont ajoutés pour protéger le Yin et le Sang. Parce que le Foie stocke le Sang, la présence de Chaleur en excès dans le méridien du Foie peut facilement blesser le Yin et le Sang. Les drogues amères et froides de la formule, bien que thérapeutiquement nécessaires, risquent également d’assécher le Yin. Sheng Di Huang nourrit le Yin ; Dang Gui nourrit le Sang sans provoquer de stagnation. Ensemble, ils préviennent les effets secondaires desséchants de la formule et maintiennent l’équilibre énergétique.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gan Cao (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae) harmonise le Réchauffeur Médian et régule l’action de l’ensemble des drogues de la formule. Sa douceur protège l’Estomac des effets froids et amers des autres ingrédients, évitant que la formule ne lèse le Qi de l’Estomac lors d’un usage prolongé.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom de la formule est directement dérivé de son ingrédient Empereur : Lóng Dǎn 龍膽 désigne la gentiane, dont la saveur extrêmement amère est comparée à la bile de dragon (lóng 龍 = dragon, dǎn 膽 = vésicule biliaire, bile) ; xiè 瀉 signifie « drainer, purger, faire descendre » ; gān 肝 désigne le Foie. Le titre de la formule indique donc son action principale : utiliser la gentiane pour drainer et purger le Foie de ses excès.

Position dans la tradition :
La formule est attribuée à Wang Ang 汪昂 (1615-1695) qui la consigne dans son Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (1682). Elle est toutefois mentionnée sous des formes proches dans des textes antérieurs, notamment le Lán Shì Mì Cáng 蘭室秘藏 (Secrets de la chambre aux orchidées) de Li Dong-Yuan (Jin-Yuan, XIIIe siècle), ce qui souligne l’ancrage de sa stratégie thérapeutique dans la pensée médico-classique. Elle figure dans les grandes compilations de référence de la pharmacopée classique, dont le Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 (Le Miroir d’or de la médecine, 1742).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule présente une architecture en deux axes complémentaires. Le premier axe, descendant et drainant, est constitué par Long Dan Cao, Huang Qin, Zhi Zi, Mu Tong, Che Qian Zi et Ze Xie : il chasse les agents pathogènes vers le bas et les extériorise par les urines. Le second axe, nourricier et protecteur, est assuré par Sheng Di Huang et Dang Gui : il préserve le Yin et le Sang que les drogues froides et amères pourraient endommager. Chai Hu, par sa nature ascendante et sa tropisme pour le Foie et la Vésicule Biliaire, guide l’ensemble de la formule vers les organes cibles, tandis que Gan Cao harmonise et protège l’Estomac. Cette architecture évite que la formule, bien que vigoureusement drainante, n’épuise les substances fondamentales.

Pertinence clinique contemporaine :
Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 est l’une des formules les plus fréquemment prescrites en clinique pour toute pathologie relevant d’un Feu du Foie ou d’une Humidité-Chaleur du méridien du Foie. Ses indications biomédicales contemporaines comprennent notamment les infections des voies urinaires, les cystites et urétrites, les prostatites, les épididymites, les vaginites et pertes vaginales malodorantes et jaunâtres, les maladies sexuellement transmissibles, les otites et vertiges soudains (maladie de Ménière), les affections hépatiques et biliaires, l’hypertension artérielle avec Feu du Foie, les dermatoses infectieuses de la région génitale (herpès génital, zona), et l’hyperthyroïdie avec Feu du Foie.

Nuances d’usage :
La formule est puissante et de nature très froide. Son usage doit être limité dans le temps et réservé aux tableaux de plénitude avec Chaleur réelle. Elle est strictement contre-indiquée dans les tableaux de vide. Un usage prolongé ou excessif risque de léser le Qi de Rate et d’Estomac, de blesser le Yin par excès de drainage et de provoquer un refroidissement pathologique du Réchauffeur Médian. La présence de Long Dan Cao à dose élevée ou de Mu Tong (Caulis Akebiae) nécessite une vigilance pharmacologique : certaines espèces de Mu Tong contenant des acides aristolochiques ont été substituées par des formes sûres (Caulis Akebiae trifoliatae). La formule doit être interrompue dès que les symptômes de Chaleur et d’excès ont régressé.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu du Foie intense avec céphalées sévères, vertiges marqués et yeux très rouges, ajouter Xia Ku Cao (Spica Prunellae) 9-15 g et Ju Hua (Flos Chrysanthemi) 9 g pour renforcer l’action de dispersion du Feu du Foie et d’élimination du Vent-Chaleur du haut du corps

– En cas d’insomnie et d’agitation de l’Esprit (Shen 神) liées au Feu du Foie perturbant le Cœur, ajouter Long Chi (Fossilia Dentis Mastodi) 15-30 g, Fu Shen (Sclerotium Poriae Pararadicis) 9 g et Ye Jiao Teng (Caulis Polygoni Multiflori) 15-30 g

– En cas de jaunisse par Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire, ajouter Yin Chen Hao (Herba Artemisiae Scopariae) 15-30 g pour renforcer l’action drainante de l’Humidité et éliminer la jaunisse

– En cas de calculs biliaires avec douleur hypocondriaque intense et Humidité-Chaleur de la Vésicule Biliaire, ajouter Jin Qian Cao (Herba Lysimachiae) 15-30 g et Yu Jin (Radix Curcumae) 9 g

– En cas d’herpès génital ou de zona (Feu-Poison dans le méridien du Foie), ajouter Ban Lan Gen (Radix Isatidis) 15-30 g et Pu Gong Ying (Herba Taraxaci) 15-30 g pour renforcer l’action anti-toxique

– En cas de prostatite avec Humidité-Chaleur marquée et stagnation de Sang, ajouter Bian Xu (Herba Polygoni Avicularis) 9 g, Da Huang (Radix et Rhizoma Rhei) 6 g et Chuan Niu Xi (Radix Cyathulae) 9 g (d’après la variante du Dr Wang Bing Jun dans Maciocia)

– En cas d’hyperthyroïdie avec Feu du Foie et Yang du Foie montant, ajouter Nu Zhen Zi (Fructus Ligustri Lucidi) 15 g, Gou Teng (Ramulus cum Uncis Uncariae) 15 g et Shi Jue Ming (Concha Haliotidis) 30 g (d’après la variante du Dr Chen Ze Lin dans Maciocia)

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour drainer le Feu du Foie et traiter la stagnation de Sang dans le méridien du Foie au niveau des organes génitaux masculins : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 variante du Dr Wang Bing Jun (Maciocia, Prostatite)

– Formule pour traiter la jaunisse et l’Humidité-Chaleur sévère de la Vésicule Biliaire avec addition de Yin Chen Hao pour drainer l’Humidité et traiter la jaunisse : Yīn Chén Hāo Tāng 茵陳蒿湯 (Décoction d’armoise capillaire)

– Formule pour traiter les leucorrhées de couleur blanche et inodores dues à un vide de Rate avec Stagnation du Qi du Foie, à distinguer de Long Dan Xie Gan Tang : Wán Dài Tāng 完帶湯 (Décoction pour mettre fin aux leucorrhées)

– Poudre révisée à base de Ba Zheng San et Long Dan Xie Gan Tang pour traiter les infections génito-urinaires avec Humidité-Chaleur combinée dans la Vessie et le méridien du Foie : Fù Fāng Bā Zhèng Sǎn 複方八正散 (Poudre révisée des huit rectifications)

– Formule pour traiter le Feu du Foie avec vertiges, acouphènes et Yang du Foie montant, à utiliser quand la dimension de vide de Yin est davantage présente : Qiān Jīn Lóng Dǎn Tāng 千金龍膽湯 variante (Décoction de gentiane des mille ducats, variante)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Qi de Rate et d’Estomac : la formule est trop froide et amère et aggraverait la faiblesse digestive
– Vide de Yin du Foie et du Rein sans plénitude réelle : risque d’endommager davantage le Yin et le Sang déjà insuffisants
– Grossesse : les drogues drainantes et froides peuvent léser le Qi fœtal et abaisser la vitalité du bas-ventre
– Diarrhées et selles molles en contexte de vide de Yang de Rate : contre-indication absolue

Mises en garde :
– Ne pas utiliser en traitement de longue durée : arrêter dès que les signes de Chaleur et de plénitude ont régressé
– Réduire la dose ou modifier la formule si des signes de fragilité digestive (anorexie, selles molles) apparaissent en cours de traitement
– Surveiller la qualité botanique et la source de Mu Tong (Caulis Akebiae) pour éviter toute contamination par des espèces à acides aristolochiques
– Long Dan Cao à forte dose peut irriter la muqueuse gastrique : le prendre après les repas ou associer Gan Cao à dose suffisante

Populations à risque :
– Femmes enceintes : contre-indication relative, à n’utiliser qu’en cas d’absolue nécessité clinique et sous surveillance
– Personnes âgées avec vide de Yin ou vide de Qi sous-jacent : la froideur de la formule peut aggraver la fatigue profonde
– Patients avec antécédents de néphropathie ou d’insuffisance rénale : vigilance renforcée concernant Mu Tong (Caulis Akebiae), dont certaines espèces sont néphrotoxiques

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Source principale canonique de la formule dans sa version actuelle à dix ingrédients
Lán Shì Mì Cáng 蘭室秘藏 Dynasties Jin-Yuan, XIIIe s. (Li Dong-Yuan 李東垣) Mention d’une version antérieure de la formule, attestant l’ancienneté de la stratégie thérapeutique
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Dynastie Qing, 1742 (Wu Qian 吳謙 et coll.) Reprise et canonisation de la formule dans le grand corpus impérial, diffusion dans l’enseignement officiel de la médecine chinoise
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song, 1078-1085 (Département médical impérial) Contexte formulaire officiel des préparations drainantes et clarifiantes de la même époque, arrière-plan historique de la pharmacopée officielle

Chai Ge Jie Ji Tang

柴葛解肌湯 Chái Gě Jiě Jī Tāng
Décoction de Buplèvre et de Kudzu pour Libérer les Muscles

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui libèrent les troubles extérieurs associés à une transformation vers la Chaleur intérieure
Source : Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid), Tao Hua, Dynastie Ming (1445)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 葛根 Gě Gēn Radix Puerariae Lobatae Racine de kudzu 9 g
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre, racine de buplèvre 6 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Baicalensis Scutellaire de Baïkal 6 g
M 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse, sulfate de calcium 5 g
C 羌活 Qiāng Huó Rhizoma et Radix Notopterygii Notoptérygium 3 g
C 白芷 Bái Zhǐ Radix Angelicae Dahuricae Angélique de Dahurie 3 g
C 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae Alba Pivoine blanche 6 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodi Grandiflori Platycodon, campanule chinoise 3 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis Réglisse 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Libère l’Extérieur et relâche la couche musculaire
Élimine la Chaleur intérieure naissante
Dissipe le Vent-Froid de la couche Tài Yáng tout en traitant la transformation vers la Chaleur du niveau Yáng Míng

Indications

Syndromes traités :
Vent-Froid au stade Tài Yáng se transformant en Chaleur au stade Yáng Míng (syndrome de transition extérieur-intérieur)
Chaleur intérieure débutante avec persistance de l’Extérieur non résolu

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince et jaune, ou mince et blanc tirant vers le jaune, corps de langue légèrement rouge en périphérie, indiquant la transformation du Froid vers la Chaleur à la frontière Tài Yáng – Yáng Míng
Pouls :
Fú 浮 (Superficiel) : présence du facteur pathogène à l’Extérieur, stade Tài Yáng non résolu
Wēi Hóng 微洪 (légèrement Ample) : début de transformation vers la Chaleur au niveau Yáng Míng, chaleur intérieure naissante

Liste des Symptômes

Symptômes généraux :
Fièvre croissante avec frissons décroissants
Absence de transpiration ou transpiration légèrement insuffisante
Céphalées, douleur et lourdeur des membres
Douleur et raideur de la nuque et du dos
Douleur orbitaire et oculaire
Sécheresse des fosses nasales
Irritabilité et agitation mentale
Insomnie

Symptômes digestifs et ORL :
Douleur dentaire d’origine Vent-Chaleur
Léger inconfort thoracique
Soif légère à modérée
Yeux rouges

Analyse de la Formule

Gě Gēn 葛根 – Empereur :
Gě Gēn (Radix Puerariae Lobatae), plante de nature fraîche et de saveur douce-piquante, constitue l’un des deux Empereurs de cette formule. Elle libère le niveau musculaire, particulièrement à la nuque et au dos, en attirant les Liquides Organiques vers cette zone pour y dissoudre la raideur engendrée par le blocage du Vent-Froid. Elle possède également la propriété de générer les Liquides Organiques et de calmer la soif naissante, ce qui en fait l’agent idéal au stade de transition entre Tài Yáng et Yáng Míng. Elle abaisse la fièvre et constitue en médecine contemporaine une plante de choix pour les états grippaux avec rigidité cervicale.

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri), piquant, amer et frais, est le deuxième Empereur. Il libère le Vent-Chaleur de la surface, soulève le Qi Yang et, dans ce contexte, cible spécifiquement le niveau Shào Yáng auquel la Chaleur risque de progresser. Il traite les alternances de Froid et de Chaleur ainsi que la sensation de contrainte dans la région des flancs. Son action synergique avec Gě Gēn couvre l’ensemble du spectre de transition entre les trois couches extérieures : Tài Yáng, Shào Yáng, et Yáng Míng.

Huáng Qín 黃芩 – Ministre :
Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis), amer et froid, agit comme premier Ministre en éliminant la Chaleur naissante de la couche intérieure. Il traite spécifiquement la Chaleur dans les Poumons et le niveau Shào Yáng, calme l’agitation mentale et diminue l’insomnie liée à la Chaleur qui commence à pénétrer. Il renforce l’action de Chái Hú sur le niveau Shào Yáng et prévient la progression du facteur pathogène vers la profondeur.

Shí Gāo 石膏 – Ministre :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), piquant, doux et très froid, constitue le second Ministre. Utilisé en faible dose dans cette formule (5 g), il ne cherche pas à purger la Chaleur Yáng Míng d’une manière radicale, mais à refroidir la Chaleur naissante, à calmer la soif et à traiter la douleur dentaire ainsi que la rougeur oculaire. Son dosage mesuré traduit la prudence du praticien face à un tableau encore essentiellement extérieur.

Qiāng Huó 羌活 – Conseiller :
Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii), piquant, amer et chaud, disperse le Vent-Froid résiduel du niveau Tài Yáng, calme les douleurs des membres et de la nuque, et dirige l’action de la formule vers la partie supérieure du corps. Bien qu’il soit de nature chaude, son utilisation en petite dose dans un contexte de Chaleur transformatrice est rendue possible par l’équilibre thermique des autres substances.

Bái Zhǐ 白芷 – Conseiller :
Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae), piquant et chaud, renforce l’action de libération de l’Extérieur sur le méridien Yáng Míng, traite les céphalées frontales et oculaires caractéristiques de ce méridien, dégage les orifices du nez, et facilite la montée du Yang clair vers la tête. Il agit en synergie avec Qiāng Huó pour couvrir l’ensemble de la surface corporelle.

Bái Sháo 白芍 – Conseiller :
Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), amer, acide et légèrement froid, nourrit le Yin et préserve les Liquides Organiques afin d’empêcher les herbes piquantes et dispersantes de générer une transpiration excessive susceptible de blesser le Yin. Il calme la douleur, modère les spasmes musculaires cervicaux, et protège les Liquides Organiques au cours du processus de libération de l’Extérieur.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), piquant, amer et neutre, ouvre et diffuse le Qi du Poumon, soulage la gorge, conduit les autres herbes vers la partie supérieure du corps, et draine les bouchons de la voie pulmonaire. Son association avec Gān Cǎo forme un binôme classique pour soulager gorge et poitrine.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis), doux et neutre, harmonise l’ensemble des substances, protège l’Estomac des effets froids des herbes refroidissantes, et modère les propriétés échauffantes de Qiāng Huó et Bái Zhǐ. Il constitue le pivot harmonisateur de l’ensemble de la prescription.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Chái Gě Jiě Jī Tāng 柴葛解肌湯 désigne littéralement la « Décoction de Buplèvre (柴 Chái) et de Kudzu (葛 Gě) pour Libérer (解 Jiě) les Muscles (肌 Jī) ». Les deux plantes Empereurs sont nommées dans le titre, soulignant leur rôle central dans la libération de la couche musculaire – zone anatomique correspondant à la transition entre l’Extérieur superficiel et l’Intérieur profond en médecine chinoise classique. Cette dénomination reflète la stratégie thérapeutique fondamentale : atteindre les muscles pour expulser le facteur pathogène bloqué à ce niveau de transition.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue du Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid) de Tao Hua, médecin de la Dynastie Ming. Elle s’inscrit dans la continuité directe de la pensée de Zhang Zhong-Jing telle que transmise dans le Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies dues au Froid), mais adapte les stratégies classiques à un contexte pathologique plus complexe où le Vent-Froid extérieur coexiste avec une Chaleur intérieure déjà naissante. Elle est considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature des formules de la couche musculaire (jiě jī 解肌), aux côtés de formules comparables telles que la Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu) et la Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier).

Équilibre dynamique de la formule :
La tension centrale de cette formule réside dans l’alliance paradoxale d’herbes chaudes (Qiāng Huó, Bái Zhǐ) et d’herbes froides (Huáng Qín, Shí Gāo). Cette polarité n’est pas une contradiction mais une nécessité thérapeutique : les herbes chaudes libèrent l’Extérieur résiduel en induisant une légère transpiration, tandis que les herbes froides éteignent la Chaleur intérieure naissante et protègent les Liquides Organiques. Bái Sháo joue un rôle régulateur essentiel en preservant le Yin au cours de ce double mouvement. Le dosage modéré de Shí Gāo (5 g, bien inférieur aux doses habituelles de 15-30 g utilisées dans les formules de forte purge de Chaleur) traduit la priorité accordée à la libération de l’Extérieur sur l’élimination de la Chaleur intérieure.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Chái Gě Jiě Jī Tāng trouve ses applications dans les syndromes infectieux aigus initialement dus au Vent-Froid qui se transforment rapidement en Chaleur : syndromes grippaux avec fièvre croissante, céphalées et raideur cervicale, infections des voies respiratoires supérieures, sinusites aiguës à composante fébrile, et douleurs dentaires d’origine Vent-Chaleur. Le tableau évocateur reste la discordance entre frissons déclinants et fièvre montante, la rigidité de nuque, et la douleur orbitaire. Elle est également utilisée pour les états fébriles post-infectieux où le facteur pathogène est « bloqué » dans la couche musculaire sans avoir complètement pénétré l’Intérieur.

Nuances d’usage :
Cette formule ne doit pas être confondue avec la Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu) du Shāng Hán Lùn 傷寒論, qui traite le Vent-Froid pur au stade Tài Yáng sans transformation vers la Chaleur. Chái Gě Jiě Jī Tāng est indiquée lorsque la Chaleur intérieure est déjà présente mais non encore dominante, se manifestant par l’irritabilité, la sécheresse nasale, et un enduit jaune naissant. Dès que le tableau est dominé par la Chaleur intérieure avec forte fièvre, transpiration abondante et pouls Ample-Rapid, on préférera des formules comme la Bái Hǔ Tāng 白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc). La formule convient particulièrement aux patients de constitution robuste ; chez les sujets présentant un vide de Qi ou de Yin, des adaptations sont nécessaires.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de fièvre élevée avec forte soif et profuse transpiration témoignant d’une Chaleur Yáng Míng dominante, augmenter la dose de Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) à 15-30 g et ajouter Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae) 9 g

– En cas de toux avec mucosités et obstruction du Poumon par la Chaleur, ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori) 9 g et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) 9 g

– En cas de forte douleur de gorge avec rougeur et gonflement des amygdales, ajouter Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii) 9 g et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) 9 g

– En cas de douleur dentaire intense avec gencives enflammées et rouge vif, signe de Feu de l’Estomac associé, augmenter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 3-6 g

– En cas de constipation avec Chaleur accumulée dans le Gros Intestin, ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g (post-décocté)

– En cas de transpiration absente avec frissons encore marqués et Vent-Froid dominant, réduire ou supprimer Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et augmenter les doses de Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) et Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae)

– En cas de maux de tête occipitaux sévères avec raideur marquée de la nuque, ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici) 6 g

– En cas de signes de vide de Qi avec fatigue prononcée et pouls vide, ajouter Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule de base pour Vent-Froid pur au stade Tài Yáng sans transformation vers la Chaleur, avec raideur de nuque et absence de transpiration : Gě Gēn Tāng 葛根湯 (Décoction de Kudzu)

– Formule de libération de l’Extérieur avec Vent-Froid pur, frissons dominants, absence de Chaleur intérieure et constitution déficiente : Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier)

– Formule pour la Chaleur Yáng Míng dominante avec forte fièvre, soif intense et transpiration abondante, sans facteur extérieur résiduel : Bái Hǔ Tāng 白虎湯 (Décoction du Tigre Blanc)

– Variante de Chái Gě Jiě Jī Tāng selon Cheng Wu-Ji, également dénommée Décoction de Buplèvre et de Kudzu pour Libérer la Couche Musculaire de Chen : Chéng Shì Chái Gě Jiě Jī Tāng 程氏柴葛解肌湯 (Décoction de Buplèvre et Kudzu pour Libérer les Muscles selon Chen)

– Pour syndrome Shào Yáng pur avec alternance Froid-Chaleur, amertume buccale, et flancs douloureux, sans composante Tài Yáng ou Yáng Míng : Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡湯 (Petite Décoction de Buplèvre)

– Pour invasion initiale de Vent-Chaleur dans la couche Protectrice avec fièvre, légère aversion au Froid et toux : Yín Qiào Sǎn 銀翹散 (Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia)

Précautions

Contre-indications :
– Fièvre par vide de Yin avec transpiration nocturne, langue rouge sans enduit et pouls fin-rapide : les herbes piquantes et dispersantes blesseraient le Yin
– Tableau de Chaleur Yáng Míng pure avec les « quatre grands » (grande fièvre, grande transpiration, grande soif, grand pouls) : préférer la Bái Hǔ Tāng 白虎湯
– Vide de Yang avec frissons persistants et membres froids sans aucun signe de Chaleur intérieure
– Absence totale de facteur extérieur résiduel avec Chaleur purement intérieure

Mises en garde :
– Surveiller l’évolution de la fièvre : si la Chaleur intérieure progresse rapidement, adapter la formule en renforçant les herbes froides et en diminuant les herbes chaudes
– Ne pas prolonger l’usage au-delà de la résolution du tableau extérieur afin d’éviter d’affaiblir inutilement le Qi protecteur
– L’utilisation de Shí Gāo à dose modérée est intentionnelle : ne pas augmenter les doses sans réévaluation clinique du stade pathologique
– Chez les sujets à Estomac fragile, associer à une alimentation facile à digérer et éviter les aliments froids pendant le traitement

Populations à risque :
– Femmes enceintes : l’utilisation doit être encadrée par un praticien expérimenté, notamment en raison de la présence de Qiāng Huó et Bái Zhǐ à action dispersante
– Sujets présentant un vide de Qi ou de Sang préexistant : les herbes dispersantes peuvent aggraver le vide ; envisager l’ajout de Dǎng Shēn ou la formule Rén Shēn Bài Dú Sǎn 人參敗毒散 si le vide est sévère
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages en proportion corporelle et surveiller étroitement la réponse fébrile

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Liù Shū 傷寒六書 (Six Livres sur les Maladies dues au Froid) 傷寒六書 Dynastie Ming, 1445 (Tao Hua 陶華) Source originelle de la formule ; première codification du principe de libération de la couche musculaire dans le contexte de transition Tài Yáng – Yáng Míng
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies dues au Froid) 傷寒論 Dynastie Han Orientale, env. 200 ap. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte fondateur du système des six stades ; cadre théorique dans lequel s’inscrit la formule, notamment les concepts Tài Yáng, Yáng Míng et la couche musculaire
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Guide Populaire Révisé du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Dynastie Qing (Yu Gen-Chu 俞根初) Commentaires et variantes de la formule ; application dans les maladies de Tièdeur (Wen Bing)
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil Analytique des Formules Médicales) 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Analyse détaillée de la formule et de ses indications dans le contexte des maladies extérieures avec Chaleur naissante

Cang Er Zi San

蒼耳子散 Cāng Ěr Zǐ Sǎn
Poudre de Xanthium

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui dispersent le Vent et désobstruent le nez
Source : Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants), Yan Yong-He, Dynastie Song (1253)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 蒼耳子 Cāng Ěr Zǐ Fructus Xanthii Fruit de xanthium (lampourde) 7,5 g (3-9 g en décoction)
E 辛夷花 Xīn Yí Huā Flos Magnoliae Fleur de magnolia 15 g (3-6 g en décoction)
M 白芷 Bái Zhǐ Radix Angelicae Dahuricae Angélique de Dahurie 30 g (6-9 g en décoction)
A 薄荷 Bò Hé Herba Menthae Haplocalycis Menthe 1,5 g (3-6 g, à ajouter en fin de cuisson)

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation : Le texte source préconise de broyer les ingrédients en poudre fine et de prendre 6 g par dose avec une tisane préparée à base de Cōng Bái (Bulbus Allii Fistulosi) et de thé vert. Aujourd’hui, la formule est le plus souvent préparée en décoction avec les dosages indiqués entre parenthèses. Bò Hé est ajoutée en toute fin de cuisson pour préserver ses principes volatils.

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse le Vent et soulage la douleur
Désobstrue les passages nasaux
Expulse le Vent-Chaleur de l’Extérieur
Draine le pus et clarifie la tête

Indications

Syndromes traités :
Attaque du Vent-Chaleur sur la tête avec obstruction des voies nasales
Écoulement nasal abondant (bí yuān 鼻淵) – sinusite avec sécrétions purulentes et fétides
Rhinite aiguë ou chronique par invasion de Vent-Chaleur
Rhinite allergique avec le tableau clinique approprié

Tableau Clinique

Langue :
Enduit normal ou légèrement jaune, indiquant la présence de Chaleur ; corps de la langue de coloration normale à légèrement rouge en cas d’atteinte de Chaleur plus marquée.
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : reflète la présence d’un facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : indique la présence de Chaleur associée au Vent

Liste des Symptômes

Symptômes ORL principaux :
Obstruction nasale persistante, uni- ou bilatérale
Écoulements nasaux abondants, purulents, d’odeur fétide (signes caractéristiques du bí yuān)
Perte ou diminution de l’odorat
Congestion et gonflement des muqueuses nasales

Symptômes généraux :
Céphalées frontales (le méridien du Poumon et du Gros Intestin passent par le front)
Vertiges et sensation d’oppression de la tête
Légère fièvre et aversion au Froid lors des épisodes aigus
Pouls superficiel et rapide
Enduit lingual normal ou légèrement jaune

Analyse de la Formule

Cāng Ěr Zǐ 蒼耳子 – Empereur :
Cāng Ěr Zǐ (Fructus Xanthii) est l’Herbe impériale par excellence dans cette formule : amer, doux et légèrement tiède, légèrement toxique, il entre dans les méridiens du Poumon et du Foie. Son action cardinale est de désobstruer les voies nasales et de disperser le Vent-Humidité de la tête. Il constitue, avec Xīn Yí Huā, le couple de substances le plus directement indiqué dans le traitement des pathologies nasales en médecine chinoise classique. Ses propriétés dispersantes du Vent et analgésiques en font également un remède des céphalées frontales liées à une obstruction nasale. Du fait de sa légère toxicité, on veille à ne pas dépasser les doses recommandées et à ne pas l’utiliser de façon prolongée.

Xīn Yí Huā 辛夷花 – Empereur :
Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae), de nature chaude, aromatique et pénétrante, partage avec Cāng Ěr Zǐ le rang d’Empereur de cette formule. Acre et tiède, il entre dans les méridiens du Poumon et de l’Estomac. Sa spécificité est d’ouvrir les orifices nasaux en dispersant le Vent-Froid ou Vent-Chaleur selon les associations, tout en dirigeant l’action de la formule vers la sphère ORL. Dans la composition originelle, son dosage est intentionnellement plus élevé que celui de Cāng Ěr Zǐ, soulignant son rôle de guide vers les voies respiratoires supérieures. Son parfum aromatique contribue à lever l’obstruction nasale et à rétablir la perméabilité des voies aériennes.

Bái Zhǐ 白芷 – Ministre :
Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae), acre et tiède, entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Gros Intestin. Ministre de la formule, il libère l’Extérieur et ouvre les orifices en dispersant le Vent-Humidité ; il favorise l’écoulement du pus et soulage la douleur. Son affinité élective pour le méridien du Yang Ming lui confère une action particulièrement efficace sur les céphalées frontales, qui empruntent précisément le trajet de ce méridien. Bái Zhǐ est également un adjuvant remarquable dans le traitement de la sinusite avec sécrétions purulentes abondantes, ce qui explique son dosage élevé dans le texte source (30 g) – le plus fort de toute la formule – témoignant de l’importance que lui accordait Yan Yong-He dans cette indication.

Bò Hé 薄荷 – Ambassadeur :
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis), acre et frais, entre dans les méridiens du Poumon et du Foie. Ambassadeur de la formule, il libère le Vent-Chaleur de l’Extérieur, clarifie la tête et les orifices sensoriels, et apporte une note rafraîchissante qui contraste avec le caractère globalement tiède-chaud de la formule. Son dosage délibérément faible (1,5 g dans le texte source) équilibre les propriétés des autres ingrédients sans les neutraliser, tout en orientant l’action vers la tête et les sinus. Son addition en fin de décoction est impérative pour préserver ses composés volatils actifs, responsables de l’effet de désobstruction nasale.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 signifie littéralement « Poudre de fruit de xanthium (lampourde) ». La formule porte le nom de sa première Herbe impériale, le fruit de Xanthium sibiricum ou X. strumarium, dont le nom chinois cāng ěr zǐ évoque le caractère « gris-vert » (蒼) et la forme semblable à une « oreille » (耳) de la plante. Le terme sǎn 散 désigne une forme pharmaceutique en poudre (poudre »), ce qui était la forme originelle de préparation, prise en infusion avec de la tige d’oignon vert et du thé vert.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue du Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants) de Yan Yong-He (嚴用和), compilé en 1253 sous la Dynastie Song du Sud. Elle figure parmi les formules canoniques du traitement des maladies nasales en médecine chinoise, notamment le syndrome bí yuān 鼻淵, terme traditionnel désignant un écoulement nasal purulent et abondant correspondant à ce que la médecine occidentale appelle sinusite. La formule est citée dans les grands traités postérieurs comme référence de la catégorie des formules désobstruant le nez, et elle reste aujourd’hui l’une des plus prescrites en clinique pour les pathologies nasales et sinusiennes. Son association avec d’autres formules telles que Chuān Xiōng Chá Tiáo Sǎn 川芎茶調散 (Poudre de Ligusticum à prendre avec du thé vert) est classiquement mentionnée pour les tableaux avec céphalées prédominantes.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une architecture simple mais remarquablement cohérente : les deux Herbes impériales, Cāng Ěr Zǐ et Xīn Yí Huā, ciblent directement le nez et les sinus en dispersant le Vent et en désobstruant les voies nasales. Le Ministre Bái Zhǐ, de nature chaude et aromatique, renforce la dispersion du Vent, draine le pus et dirige l’action vers le Yang Ming frontal. L’Ambassadeur Bò Hé, frais et léger, tempère la chaleur des autres substances, clarifie la tête et guide la formule vers l’Extérieur. La formule est globalement tiède-dispersante, adaptée à un tableau de Vent-Chaleur mais également utilisable dans les formes mixtes Vent-Froid/Vent-Chaleur, à condition d’adapter les modifications en conséquence. Le dosage proportionnel original, Bái Zhǐ le plus dosé, Bò Hé le moins dosé, reflète la priorité accordée à la dispersion du pus et de l’obstruction sur la simple libération de l’Extérieur.

Pertinence clinique contemporaine :
Cāng Ěr Zǐ Sǎn demeure une formule de référence pour la sinusite aiguë et chronique, la rhinite allergique et la rhinite chronique avec sécrétions abondantes. Elle est fréquemment associée à d’autres formules selon le tableau énergétique sous-jacent : avec Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre de l’Écran de Jade en Jade) en cas de vide de Qi du Poumon et susceptibilité aux infections répétées, avec Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane pour drainer le Foie) en cas d’Humidité-Chaleur du Foie avec sécrétions très purulentes, ou avec Qì Jú Dì Huáng Wán 杞菊地黃丸 (Pilule de lyciet, chrysanthème et rehmannia) en cas de vide de Yin du Foie et du Rein sous-jacent. Les études pharmacologiques modernes ont documenté des effets anti-inflammatoires, antihistaminiques et antibactériens des composants, en particulier de Cāng Ěr Zǐ (xanthatin, carboxyatractyloside) et de Bái Zhǐ (impératorine, angélicine).

Nuances d’usage :
La formule est principalement adaptée au Vent-Chaleur attaquant la tête, comme l’indiquent le pouls superficiel et rapide et l’enduit lingual jaune. Toutefois, plusieurs commentateurs classiques et cliniciens modernes l’utilisent également pour les rhinites par Vent-Froid, moyennant des modifications appropriées, notamment le retrait de Bò Hé et l’adjonction d’herbes réchauffantes. Il convient d’être prudent sur la durée d’utilisation en raison de la légère toxicité de Cāng Ěr Zǐ, qui ne doit pas dépasser les doses standard ni être prescrit sur des périodes très prolongées sans surveillance. Chez les patients présentant un vide de Yin prononcé, les herbes chaudes et dispersantes de cette formule doivent être employées avec parcimonie ou associées à des substances nourrissant le Yin pour éviter d’aggraver la sécheresse des muqueuses.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur dans le Poumon marquée avec sécrétions épaisses et jaunes, ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori Radicis) 9-12 g et Huáng Qín (Radix Scutellariae) 6-9 g pour refroidir le Poumon et drainer la Chaleur

– En cas de sécrétions très purulentes et abondantes, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 9-12 g pour résoudre les toxines-Chaleur et drainer le pus

– En cas de céphalées frontales très intenses, augmenter la dose de Bái Zhǐ (Radix Angelicae Dahuricae) à 12-15 g et ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) 6-9 g pour activer le Sang et soulager la douleur sur le méridien Yang Ming

– En cas de tableau dominé par le Vent-Froid (sécrétions claires, peur du froid, absence de soif), retirer Bò Hé et ajouter Xì Xīn (Radix et Rhizoma Asari) 3 g et Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) 6 g pour réchauffer et disperser le Vent-Froid

– En cas de vide de Qi du Poumon avec rhinite récidivante et susceptibilité aux infections, combiner avec Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre de l’Écran de Jade) pour tonifier le Qi protecteur (Wei Qi) et stabiliser l’Extérieur

– En cas de polypes nasaux ou de formations pathologiques locales, ajouter Jié Gěng (Radix Platycodi) 6 g et Zào Jiǎo Cì (Spina Gleditsiae) 3-6 g pour disperser les accumulations et ouvrir les orifices

– En cas de sinusite chronique avec vide de Yin du Foie et du Rein sous-jacent, combiner avec Qì Jú Dì Huáng Wán 杞菊地黃丸 (Pilule de lyciet, chrysanthème et rehmannia) et réduire les doses des herbes dispersantes de Cāng Ěr Zǐ Sǎn

– En cas de sinusite avec Vent-Chaleur et Humidité-Chaleur marquée du Foie (sécrétions très purulentes, irritabilité), ajouter Lóng Dǎn Cǎo (Radix Gentianae) 3-6 g et Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule associée classique pour les rhinites et sinusites avec céphalées dues à Vent externe : Chuān Xiōng Chá Tiáo Sǎn 川芎茶調散 (Poudre de Ligusticum à prendre avec du thé vert)

– Formule associée pour la rhinite allergique avec vide de Qi protecteur et susceptibilité aux infections répétées : Yù Píng Fēng Sǎn 玉屏風散 (Poudre du Paravent de Jade)

– Formule associée pour les sinusites à composante Humidité-Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane pour drainer le Foie)

– Formule associée du Jì Shēng Fāng pour les sinusites par Vent-Froid, obstruction nasale avec perte de l’odorat : Xīn Yí Sǎn 辛夷散 (Poudre de Fleur de Magnolia) – composée de Xīn Yí Huā, Chuān Xiōng, Mù Tōng, Xì Xīn, Fáng Fēng, Qiāng Huó, Gǎo Běn, Shēng Má, Bái Zhǐ, Zhì Gān Cǎo

– Formule de la pratique moderne pour la sinusite avec Humidité-Chaleur prédominante : Cāng Ěr Bí Dòu Yán Fāng 蒼耳鼻竇炎方 (Préparation au Xanthium pour la sinusite) – qui ajoute Huáng Qín, Pú Gōng Yīng, Gé Gēn, Jié Gěng, Chē Qián Zǐ et Gān Cǎo à la base de Cāng Ěr Zǐ Sǎn

– Formule associée pour les ronflements par Vent-Chaleur (mentionnée dans les modifications de Bān Xià Hòu Pò Tāng) : Cāng Ěr Zǐ Sǎn 蒼耳子散 peut être associée à Bān Xià Hòu Pò Tāng 半夏厚朴湯 (Décoction de Pinellia et d’écorce de Magnolia) pour les syndromes associant obstruction nasale et sensation de corps étranger dans la gorge

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin prononcé avec sécheresse des muqueuses, soif, enduit lingual sec et rouge : la nature tiède et dispersante de la formule aggraverait la sécheresse
– Épistaxis ou saignements des muqueuses nasales liés à une Chaleur dans le Sang ou à un vide de Yin avec Chaleur-Vide : les herbes dispersantes et tièdes pourraient aggraver le saignement
– Grossesse : Cāng Ěr Zǐ est légèrement toxique et les herbes aromatiques dispersantes sont déconseillées pendant la grossesse

Mises en garde :
– Ne pas dépasser les doses recommandées de Cāng Ěr Zǐ : toxicité hépatique documentée en cas de surdosage (carboxyatractyloside) ; ne pas dépasser 9-10 g en décoction par dose
– Éviter l’utilisation prolongée sans surveillance en raison du potentiel hépatotoxique de Cāng Ěr Zǐ à hautes doses répétées
– Ajouter impérativement Bò Hé en toute fin de décoction (5 minutes avant la fin) pour préserver ses composés volatils actifs
– Surveiller l’apparition de signes de sécheresse excessive (gorge sèche, soif, aggravation des muqueuses) lors d’une utilisation prolongée

Populations à risque :
– Patients avec insuffisance hépatique : Cāng Ěr Zǐ est contre-indiqué ou doit être utilisé à doses réduites sous surveillance hépatique
– Femmes enceintes : toute la formule est déconseillée ; en cas de nécessité absolue, consultation d’un spécialiste obligatoire
– Patients avec vide de Yin constitutionnel ou troubles auto-immuns inflammatoires : adapter les doses en tonifiant le Yin en parallèle
– Enfants en bas âge : doses réduites de moitié, durée limitée

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Secourir les Vivants) 濟生方 Dynastie Song du Sud, 1253 (Yan Yong-He 嚴用和) Texte source original ; composition et indication première du bí yuān
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil analytique de formules médicales) 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Commentaire classique sur la formule ; association avec Yù Píng Fēng Sǎn mentionnée
Zhōng Yī Fāng Jì Xué 中醫方劑學 (Pharmacologie des formules de médecine chinoise) 中醫方劑學 Époque contemporaine (manuels officiels de médecine chinoise) Classification moderne dans la catégorie des formules désobstruant le nez ; modifications standardisées
Lā Pratique de la Médecine Chinoise (G. Maciocia) – 2001 (Giovanni Maciocia) Composition : Cāng Ěr Zǐ 7,5 g, Xīn Yí Huā 15 g, Bái Zhǐ 30 g, Bò Hé 1,5 g ; usage dans les pathologies nasales et sinusiennes
Chinese Herbal Medicine: Formulas & Strategies (Bensky, Scheid et al.) – 2007 (Bensky D., Scheid V., Ellis A., Barolet R.) Analyse détaillée des herbes ; indication pour bí yuān – rhinite et sinusite aiguë ou chronique avec sécrétions purulentes fétides et obstruction nasale, modifications cliniques

Ge Gen Tang

Gé Gēn Tāng 葛根湯
Décoction de Pueraria

Catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur
Sous-catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur du Vent-Froid
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han de l’Est

Composition

Gé Gēn (葛根 Radix Puerariae Lobatae) 12 g
Má Huáng (麻黄 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 6 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 12 g (4 pièces)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et la couche musculaire (*jiě biǎo* 解表) en chassant le Vent-Froid
– Génère les Liquides Organiques (*shēng jīn* 生津) et assouplit la nuque et le rachis cervical
– Harmonise le Qi protecteur (*wèi qì* 衛氣) et le Qi nourricier (*yíng qì* 營氣)
– Favorise la remontée des Liquides Organiques vers la nuque et le dos

Indications

– Invasion de Vent-Froid au niveau du méridien Taiyang (太陽) avec raideur et rigidité de la nuque et du rachis cervical supérieur
– Fièvre et frissons sans transpiration, associés à une raideur marquée de la nuque
– Diarrhée aiguë par attaque externe de Vent-Froid au stade Taiyang simultané au stade Yangming (太陰)
– Rhinite et sinusite en phase aiguë avec sensibilité au froid et obstruction nasale
– Urticaire, poliomyélite au stade initial, encéphalite au stade précoce avec le tableau clinique correspondant
– Myosite cervicale aiguë, tendinite ou bursite de l’épaule avec présentation de type Vent-Froid

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince et blanc, corps de langue non modifié indiquant que l’agent pathogène demeure en Extérieur
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : témoigne de la présence d’un agent pathogène en Extérieur qui mobilise le Qi protecteur vers la surface
Jǐn 緊 (tendu/serré) : signe caractéristique du Froid en Extérieur qui contracte les méridiens et bloque la transpiration

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (légère à modérée)
– Frissons marqués sans transpiration
– Céphalées
– Douleurs corporelles généralisées
– Obstruction nasale

Signes musculo-squelettiques :
– Raideur et rigidité de la nuque et du rachis cervical supérieur (signe pathognomonique)
– Raideur du haut du dos
– Tension musculaire de la ceinture scapulaire

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration spontanée (distingue de Guì Zhī Tāng 桂枝湯)
– Absence de soif marquée ou de fièvre intense (distingue des tableaux Yangming purs)
– Absence de diarrhée avec chaleur interne (distingue de Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯)
– Absence de vomissements (distingue de Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯)

Analyse de la Formule

Empereur : Gé Gēn 葛根
Gé Gēn (Radix Puerariae Lobatae) constitue le pivot thérapeutique de la formule. Doux et frais de nature, il libère la couche musculaire (jī biǎo), notamment la région de la nuque et du haut du dos qui sont le territoire privilégié du canal Taiyang. Son action spécifique consiste à attirer les Liquides Organiques vers la zone affectée afin de nourrir et détendre les muscles contractés par le Froid. Il libère simultanément l’Extérieur tout en soutenant les fluides, ce qui le distingue des autres herbes diaphorétiques. C’est cette double capacité – libérer sans assécher – qui lui confère le rang d’Empereur dans cette formule.

Ministre : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est le diaphorétique le plus puissant de la pharmacopée chinoise pour libérer l’Excès de l’Extérieur. Acre et chaud, il ouvre les pores, disperse le Vent-Froid et provoque une sudation franche. Dans Gé Gēn Tāng 葛根湯, il soutient l’Empereur en débloquant la surface et en autorisant l’expulsion du pathogène par la sueur. Le texte source prescrit de le décocter en premier avec Gé Gēn pour réduire sa puissance sudorifique afin d’éviter une transpiration excessive, bien que cette pratique soit rarement suivie aujourd’hui.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) renforce l’action de l’Empereur en libérant l’Extérieur et en réchauffant les méridiens. Il harmonise le Qi Nourricier et le Qi Défensif, régularisant leur circulation mutuelle perturbée par l’invasion externe. Sa synergie avec Bái Sháo constitue le cœur dynamique de la formule : ensemble ils expulsent le pathogène tout en préservant les ressources internes du patient.

Conseiller : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) joue un rôle de frein nécessaire dans cette formule diaphorétique. En préservant le Yin et en empêchant une sudation excessive, il protège les Liquides Organiques que la combinaison Má Huáng–Guì Zhī risquerait de trop consommer. Il agit de concert avec Guì Zhī pour réguler le Qi Nourricier et le Qi Défensif et favoriser l’expulsion du pathogène. Associé à Zhì Gān Cǎo, il relâche les spasmes musculaires et contribue directement au traitement de la raideur cervicale.

Conseiller : Shēng Jiāng 生姜
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) réchauffant et acre, régule le Qi Nourricier et le Qi Défensif et harmonise l’Estomac afin de le protéger de l’agression potentielle des herbes chaudes et dispersantes. Il aide également Má Huáng et Guì Zhī à libérer l’Extérieur.

Conseiller : Dà Zǎo 大棗
Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae) doux et tonifiant, soutient le Qi de la Rate et de l’Estomac, protégeant le centre des herbes dispersantes. Il renforce l’action de Shēng Jiāng dans la régulation du Qi Nourricier et du Qi Défensif, contribuant à maintenir l’harmonie des fonctions digestives pendant le traitement.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) harmonise l’ensemble des substances de la formule et modère les propriétés trop dispersantes de certains ingrédients. Associé à Bái Sháo, il détend les spasmes musculaires, renforçant ainsi l’efficacité du traitement sur la raideur cervicale et dorsale.

Commentaires

Signification du nom :
Gé Gēn Tāng 葛根湯 signifie littéralement « Décoction de Racine de Kudzu ». Le nom met en avant l’ingrédient Empereur, Gé Gēn, dont le rôle thérapeutique central, libérer la couche musculaire de la nuque et du haut du dos tout en générant les Liquides Organiques, détermine l’ensemble de la stratégie thérapeutique. Ce choix nominatif souligne l’originalité de la formule par rapport à d’autres formules du Shāng Hán Lùn 傷寒論 qui portent plutôt le nom de leur composition structurelle.

Position dans la tradition :
La formule apparaît au chapitre 32 de l’Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Induites par le Froid) de Zhang Zhong-Jing. Elle appartient à la famille des formules Taiyang qui traitent les invasions externes de Vent-Froid, et se distingue de Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier) par la présence de Má Huáng et de Gé Gēn, ce qui en fait une formule pour un tableau d’Excès externe (absence de transpiration, rigidité musculaire marquée). Le texte source indique également son usage dans les diarrhées simultanées au stade Taiyang, expliqué par la capacité de la formule à faire monter le Qi de l’Estomac.

Équilibre dynamique de la formule :
Gé Gēn Tāng 葛根湯 présente une tension créatrice entre deux mouvements opposés : d’un côté, Má Huáng et Guì Zhī poussent vers l’Extérieur pour expulser le Froid ; de l’autre, Bái Sháo, Dà Zǎo et Zhì Gān Cǎo ancrent l’intérieur et préservent les Liquides Organiques. Gé Gēn joue le rôle de médiateur : il libère sans assécher, disperse sans épuiser. Shēng Jiāng et Dà Zǎo veillent à l’harmonie de l’Estomac afin que cette tension entre Extérieur et Intérieur n’endommage pas le centre. La formule illustre parfaitement le principe classique : expulser le pathogène tout en protégeant le Qi Correct (Zhèng Qì 正氣).

Pertinence clinique contemporaine :
En médecine contemporaine, Gé Gēn Tāng 葛根湯 est indiqué dans les pathologies biomédicalement définies suivantes : infections des voies respiratoires supérieures avec raideur cervicale, grippe, torticolis aigu, cervicalgie aiguë d’origine froide, rhinite allergique, myosite cervicale aiguë, tendinite ou bursite de l’épaule, urticaire avec frissons et absence de transpiration, rhinite chronique ou sinusite avec sensibilité au froid et gonflement muqueux, et stades précoces de poliomyélite ou d’encéphalite. Deng Shao-Xian, éminent praticien contemporain de Chengdu, l’utilise avec succès dans la diarrhée pédiatrique chronique. Certains praticiens l’emploient comme base dans le traitement de la rhinite allergique.

Nuances d’usage :
La formule est spécifiquement conçue pour un tableau d’Excès externe (absence de transpiration, pouls flottant-serré) ; elle est contre-indiquée en cas de transpiration spontanée, où Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Rameau de Cannelier) serait plus appropriée. Elle ne doit pas être utilisée en cas de tableau de Chaleur ou d’invasion de Vent-Chaleur. Le texte source recommandait de décocter Gé Gēn et Má Huáng en premier dans environ 10 tasses d’eau jusqu’à réduction à 8 tasses, puis d’ajouter les autres herbes et de réduire à 3 tasses ; cette pratique est rarement suivie aujourd’hui. Il convient de surveiller attentivement les patients présentant une faiblesse du Qi ou des Liquides Organiques.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas d’obstruction nasale sévère, ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong), Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis), Xīn Yí (Flos Magnoliae) et Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori)

– En cas d’urticaire, ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) pour diffuser le Vent à la surface

– En cas de vomissements concomitants (stade Taiyang-Yangming avec remontée du Qi de l’Estomac), ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae) : cela donne Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯 (Décoction de Pueraria plus Pinellia)

– En cas de douleur faciale sévère avec raideur, ajouter Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis) et associer Táo Hé Chéng Qì Tāng 桃核承氣湯

– En cas de diarrhée aiguë avec Chaleur interne et langue jaune, retirer Má Huáng et Guì Zhī et ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis Chinensis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) : cela donne Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction de Pueraria, Coptis et Scutellaire)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée par ajout de Bàn Xià pour les vomissements au stade Taiyang-Yangming : Gé Gēn Jiā Bàn Xià Tāng 葛根加半夏湯 (Décoction de Pueraria plus Pinellia)

– Formule dérivée pour la diarrhée avec Chaleur interne, en remplaçant les herbes diaphorétiques chaudes par des herbes refroidissantes : Gé Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction de Pueraria, Coptis et Scutellaire)

– Formule associée pour la rougeole au stade précoce avec éruption incomplète, combinant Gé Gēn et Shēng Má (Rhizoma Cimicifugae) : Shēng Má Gé Gēn Tāng 升麻葛根湯 (Décoction de Cimicifuga et Pueraria)

– Formule associée pour le syndrome Taiyang-Yangming simultané avec Chaleur accrue, utilisant Gé Gēn associé à Chái Hú (Radix Bupleuri) : Chái Hú Gé Gēn Tāng 柴胡葛根湯 (Décoction de Bupleurum et Pueraria)

Contre-indications

– Transpiration spontanée (vide de Qi protecteur ou tableau de type Guì Zhī Tāng)
– Fièvre élevée avec soif intense et pouls ample, signe de Chaleur au niveau Yangming sans facteur externe (risque d’aggraver la Chaleur avec les herbes acrides et chaudes)
– Vide de Yin avec sécheresse interne
– Grossesse (en raison de la présence de Má Huáng, à n’utiliser qu’avec précaution extrême)
– Hypertension artérielle non contrôlée ou cardiopathie (présence de Má Huáng)

Précautions

– Utiliser avec prudence chez les patients présentant une faiblesse constitutionnelle du Qi ou des Liquides Organiques
– Surveiller l’apparition de sudation excessive après administration ; réduire la dose ou interrompre en cas de sudation profuse
– Suivre le mode de préparation traditionnel (décoction préalable de Gé Gēn et Má Huáng) pour limiter les effets indésirables de Má Huáng
– Interrompre dès la résolution du tableau clinique ; ne pas prolonger l’administration
– Éviter l’association avec des médicaments sympathomimétiques ou des inhibiteurs des MAO en raison de la présence d’éphédrine dans Má Huáng

Populations à risque :

– Femmes enceintes : Má Huáng est déconseillé pendant la grossesse en raison de son potentiel utérotonique
– Personnes âgées avec vide de Qi ou de Yin : risque de sudation excessive aggravant la déficience
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, d’arythmie ou de maladies cardiovasculaires : l’éphédrine contenue dans Má Huáng peut augmenter la fréquence cardiaque et la tension artérielle
– Enfants en bas âge : adapter les dosages, utiliser sous supervision spécialisée
– Patients sous traitement par inhibiteurs des MAO, antihypertenseurs ou médicaments cardiaques

Textes de Référence

– Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies causées par le Froid) / Dynastie Han de l’Est, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte source de la formule, articles 31 et 32 : traitement du syndrome Taiyang avec raideur de la nuque, absence de transpiration, et diarrhée au stade Taiyang-Yangming

– Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han de l’Est, env. 210 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Présente l’utilisation élargie de Gé Gēn dans les affections de type spasme musculaire et confirme le rôle central de la remontée des Liquides Organiques dans le traitement des contractures

– Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Collection commentée de formules médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commentaire approfondi sur la dynamique Taiyang-Yangming de la formule et ses modifications cliniques majeures

Ren Shen Bai Du San

人參敗毒散 Rén Shēn Bài Dú Sǎn
Poudre au Ginseng pour éliminer la Toxine

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui soutiennent le Qi Correct en libérant la Superficie
Source : Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 (Formulaire de la Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping, 1078-1085)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 羌活 Qiāng Huó Rhizoma et Radix Notopterygii Notoptérygium 9 g
E 獨活 Dú Huó Radix Angelicae Pubescentis Angélique pubescente 9 g
M 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre 9 g
M 前胡 Qián Hú Radix Peucedani Peucédan 9 g
M 川芎 Chuān Xiōng Rhizoma Chuanxiong Ligustique de Chuan 9 g
C 枳殼 Zhǐ Ké Fructus Aurantii Bigaradier (fruit mûr) 9 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodonis Platycodon 9 g
C 茯苓 Fú Líng Poria Polypore de Chine 9 g
C 人參 Rén Shēn Radix et Rhizoma Ginseng Ginseng 6 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Réglisse 4,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Le texte source précise de moudre les neuf premières substances en parts égales et la réglisse en quantité moitié moindre. La décoction est préparée avec du Shēng Jiāng 生薑 (Rhizoma Zingiberis Recens, gingembre frais) et de la Bò Hé 薄荷 (Herba Menthae, menthe) servant de véhicules.

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la transpiration et libérer l’Extérieur
Disperser le Vent et éliminer l’Humidité
Renforcer le Qi Correct pour faciliter l’expulsion des toxicités

Indications

Syndromes traités :
Invasion extérieure de Vent-Froid-Humidité chez un patient présentant un vide de Qi sous-jacent
Stade initial de la dysenterie accompagné de signes extérieurs (syndrome dit « inverser la rivière »)
Abcès et plaies cutanées au stade initial avec signes d’invasion extérieure

Tableau Clinique

Langue :
Enduit blanc, épais et gras ; corps de la langue de couleur normale ou légèrement pâle, témoignant de la présence d’Humidité externe et d’un début d’altération du Qi Juste.

Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : présence d’une agression externe en superficie
Rú 濡 (mou-humide) ou Huǎn 緩 (lent-détendu) : présence d’Humidité associée à un vide relatif du Qi Juste ; dans les cas plus sévères, le pouls peut être dépourvu de force

Liste des Symptômes

Symptômes généraux :
Aversion marquée au Froid avec forte fièvre
Absence de transpiration
Douleurs et raideurs de la tête et de la nuque
Douleurs et courbatures généralisées du corps et des membres
Sensation de lourdeur

Symptômes respiratoires :
Obstruction nasale
Voix enrouée
Toux avec expectoration de Glaires
Sensation d’oppression thoracique et diaphragmatique

Symptômes digestifs :
Nausées
Plénitude et pesanteur de l’estomac
Manque d’appétit

Signes additionnels (stade initial de dysenterie) :
Diarrhées ou dysenterie avec ténesme
Douleurs abdominales avec fièvre et frissons concomitants
Absence de sudation

Analyse de la Formule

Qiāng Huó 羌活 – Empereur :
Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) est la substance souveraine principale de cette formule. Piquant, amer et chaud, il ouvre les pores de la peau, chasse le Vent-Froid et l’Humidité à la fois en superficie et en profondeur. Il agit particulièrement sur la partie supérieure du corps, traitant les céphalées, les cervicalgies et les douleurs de la nuque. En tandem avec Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis), qui descend vers la partie inférieure du corps et traite Vent, Froid et Humidité des couches profondes et des os, la paire impériale couvre l’ensemble du corps de la tête aux pieds. Cette combinaison est la clef de voûte permettant d’expulser les influences pathogènes par la transpiration.

Dú Huó 獨活 – Empereur :
Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis) est le second souverain, piquant et légèrement amer. Il descend vers le Réchauffeur Inférieur et traite le Vent, le Froid et l’Humidité logés dans les couches profondes, les articulations et les os. Tandis que Qiāng Huó gouverne la moitié supérieure du corps, Dú Huó gouverne la moitié inférieure, assurant ainsi une libération complète de l’Extérieur.

Chái Hú 柴胡 – Ministre :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est Ministre avec Qián Hú et Chuān Xiōng. Piquant, amer et légèrement froid, Chái Hú libère les muscles et la surface, dissout les agressions extérieures et fait monter le Yang. Il assiste les souverains dans l’expulsion des influences pathogènes vers l’extérieur, tout en favorisant la circulation du Qi.

Qián Hú 前胡 – Ministre :
Qián Hú (Radix Peucedani) fait descendre le Qi du Poumon, transforme les Glaires et traite la toux. Dans cette formule, son rôle est de diriger le Qi vers le bas pour contrebalancer l’action ascendante de Chái Hú, créant ainsi un équilibre dynamique entre montée et descente du Qi. Il traite directement les signes respiratoires.

Chuān Xiōng 川芎 – Ministre :
Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) active le Sang et déplace le Qi. Il élimine le Vent et arrête les douleurs, traitant en particulier les céphalées et les douleurs diffuses du corps liées à l’agression externe. En mobilisant la circulation du Qi et du Sang, il empêche que les influences pathogènes ne s’enkystent dans les structures profondes.

Zhǐ Ké 枳殼 – Conseiller :
Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) fait descendre le Qi, lève la stagnation et soulage la sensation d’oppression thoracique et épigastrique. Il contrebalance les propriétés ascendantes de Chái Hú et contribue à régulariser le mécanisme du Qi dans le Réchauffeur Supérieur et Moyen.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodonis) ouvre le Qi du Poumon, diffuse le Qi en superficie, transforme les Glaires et traite la toux et les enrouements. Associé à Zhǐ Ké, un monte le Qi et l’autre le fait descendre, régulant ainsi la dynamique du Qi pulmonaire. Ensemble, ils libèrent le Qi du Poumon, transforment les Glaires, traitent la toux et le rhume. Dans les Formules et Stratégies de Bensky, cette paire est présentée comme un exemple classique d’harmonisation du Qi par des actions contraires et complémentaires.

Fú Líng 茯苓 – Conseiller :
Fú Líng (Poria) fortifie la Rate et élimine l’Humidité par voie urinaire. Son action assèche le terrain interne en traitant l’Humidité à la racine. En tonifiant la Rate, il soutient discrètement le Qi Juste sans alourdir la formule en substances tonifiantes.

Rén Shēn 人參 – Conseiller :
Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) est le pivot stratégique de cette formule et lui donne son nom. Utilisé en petite dose en qualité de Conseiller, il tonifie le Qi Correct sans retenir les influences pathogènes. Quand le Qi Correct est suffisant, les influences pathogènes sont expulsées naturellement à l’extérieur. Cette utilisation du ginseng illustre la stratégie du « transport inverse » (ni liú): en renforçant le Qi Correct, on pousse les pathogènes vers la surface et hors du corps plutôt que de les attaquer directement. C’est la substance qui différencie fondamentalement Rén Shēn Bài Dú Sǎn de Bài Dú Sǎn 敗毒散 et de Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae) harmonise toutes les substances de la formule, tonifie le Qi et l’Estomac. Il modère les propriétés dispersantes et desséchantes des substances piquantes et chaudes, préservant ainsi les Liquides Organiques tout en soutenant la Rate et l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Rén Shēn Bài Dú Sǎn 人參敗毒散 se traduit littéralement par « Poudre au Ginseng pour Vaincre les Toxines » ou « Poudre au Ginseng pour Surmonter les Influences Pathogènes ». Le caractère bài 敗 signifie « vaincre, défaire », et dú 毒 désigne les « toxines » ou « influences pathogènes néfastes ». Le terme dú dans ce contexte désigne l’ensemble des agressions externes (Vent, Froid, Humidité) capables de provoquer des maladies graves. L’adjonction de Rén Shēn 人參 au nom souligne l’originalité de cette formule par rapport aux versions sans ginseng : la stratégie de renforcement du Qi Correct pour expulser les pathogènes est ici centrale et explicitement mise en avant.

Position dans la tradition :
Cette formule figure parmi les formules majeures du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 compilé sous la Dynastie Song (1078-1085). Elle a été largement commentée par les générations suivantes, notamment par Zhang He (Dynastie Jin, XIIe siècle), qui l’inscrit dans la catégorie des formules « soutenant le Juste » (fú zhèng qū xié). La formule occupe une place de choix dans les traités de maladies fébriles comme dans les textes classiques de médecine externe, illustrant la capacité de la tradition chinoise à traiter simultanément l’agression externe et la faiblesse interne. Flaws dans son ouvrage Seventy Essential Chinese Herbal Formulas la classe parmi les formules de libération de l’Extérieur avec soutien du Qi Correct, la présentant comme l’archétype de cette stratégie thérapeutique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre substances dispersantes et tonifiante. D’un côté, les substances piquantes et chaudes comme Qiāng Huó, Dú Huó, Chái Hú et Chuān Xiōng ouvrent les pores, chassent le Vent et l’Humidité et provoquent la transpiration. De l’autre, Rén Shēn et Fú Líng soutiennent le Qi Correct et la Rate. Cette double action, chasser les pathogènes tout en renforçant la résistance, crée une synergie que Bensky qualifie d' »expulsion par le soutien ». La paire Jié Gěng/Zhǐ Ké régule la montée et la descente du Qi du Poumon, tandis que Chái Hú/Qián Hú assurent un équilibre similaire entre diffusion vers l’extérieur et abaissement des Glaires.

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule reste d’une grande pertinence clinique pour traiter les états grippaux et rhumes survenant chez des patients dont le Qi Correct est affaibli: personnes âgées, patients en convalescence, sujets constitutionnellement fragiles. Son usage s’étend, dans la médecine intégrative contemporaine, aux affections respiratoires hautes récurrentes chez les patients à faible immunité, aux premières manifestations de dysenterie amibienne ou bacillaire survenant dans un contexte de faiblesse générale, et aux lésions cutanées infectieuses au stade initial chez les sujets déficients. Les études chinoises modernes rapportées par Chen et Chen confirment son intérêt pour certaines infections respiratoires hautes, la grippe et les premiers stades de maladies entériques.

Nuances d’usage :
La quantité de Rén Shēn est délibérément faible (environ la moitié des autres substances) pour ne pas entraver la dispersion des influences pathogènes. En clinique contemporaine, Rén Shēn est souvent remplacé par Dǎng Shēn 黨參 (Radix Codonopsis) en dosage double, moins onéreux et suffisamment tonifiant pour soutenir le Qi Correct. On veillera à ne pas utiliser cette formule chez des patients présentant un vide de Yin avec signes de Chaleur, ni en cas d’invasion de Vent-Chaleur, car ses substances majoritairement chaudes aggraveraient le tableau. La formule doit être arrêtée dès l’expulsion des pathogènes et l’arrêt de la transpiration, conformément au principe classique : « quand l’influence pathogène est éliminée, on cesse la décoction ».

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de stade initial de dysenterie avec ténesme et douleurs abdominales, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) et ajouter Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) 6 g et Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 6 g pour éliminer l’Humidité-Chaleur intestinale et arrêter la dysenterie

– En cas de début d’abcès et de furoncles avec signes d’invasion extérieure et pus naissant, ajouter Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) 9 g et Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) 9 g, ce qui donne la formule Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas d’abcès et plaies rouges, gonflées, douloureuses aux stades initiaux avec signes extérieurs, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 12 g et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) 9 g pour vider la Chaleur-Toxines, ce qui donne Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翘敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas de paludisme avec frissons et fièvre alternants, augmenter la dose de Chái Hú (Radix Bupleuri) et ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g et Bīng Láng (Semen Arecae) 9 g pour traiter le tableau de mi-Extérieur mi-Intérieur

– En cas d’invasion externe de Vent-Froid avec rhumes internes de Glaires-Humidité (oppression thoracique, toux avec Glaires abondantes, enduit blanc et gras), supprimer Dú Huó, Qiāng Huó et Chuān Xiōng et ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g, Zǐ Sū Yè (Folium Perillae) 6 g et Gě Gēn (Radix Puerariae) 9 g, ce qui aboutit à la formule dérivée Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla)

– En cas d’absence de vide de Qi sous-jacent avéré, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) pour obtenir Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes), formule de libération extérieure sans tonification, indiquée chez les sujets sans déficience

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Rén Shēn : Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes) – formule sans tonification pour sujets sans vide de Qi

– Ajout de Jīng Jiè et Fáng Fēng (avec suppression de Rén Shēn dans la version de Chen & Chen) : Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour maladies de peau et externes avec Wind-Cold, sans vide

– Ajout de Bàn Xià, Zǐ Sū Yè, Gě Gēn, Chén Pí, Mù Xiāng etc. : Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla) – pour invasion externe de Vent-Froid avec Glaires internes, vide de Qi

– Ajout de vieux riz stocké (Chén Cāng Mǐ), suppression de Chái Hú : Cāng Lǐn Sǎn 倉廩散 (Poudre des Greniers) – pour dysenterie toxique avec Qi du Cœur perturbé, vomissements importants

– Ajout de Jīn Yín Huā et Lián Qiào : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour abcès et plaies cutanées avec Chaleur-Toxines concomitantes

Précautions

Contre-indications :
– Invasion de Vent-Chaleur (la formule est majoritairement chaude et dispersante)
– Vide de Yin avec signes de Chaleur interne
– Sudation spontanée ou sudation nocturne liée à un vide de Yin ou de Qi superficiel
– Fièvre sans frissons d’origine interne

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement le traitement dès que les influences pathogènes sont expulsées et que la transpiration survient, pour éviter de trop disperser le Qi Juste
– La forme poudre (prise avec du gingembre frais et de la menthe) est la forme classique ; en décoction, adapter les dosages proportionnellement
– Ne pas prolonger l’usage en l’absence d’un vide de Qi réel, sous peine de drainer inutilement le Qi Juste

Populations à risque :
– Femmes enceintes : utiliser avec extrême prudence (substances dispersantes et diaphorétiques puissantes)
– Patients présentant un vide de Yin marqué : l’usage est contre-indiqué en l’absence de modifications importantes
– Patients présentant uniquement une invasion de Vent-Chaleur sans signe de vide de Qi : préférer des formules de libération de l’Extérieur par le Froid-piquant

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song (1078-1085, Bureau impérial de pharmacologie) Texte source original de la formule ; première description de la composition et des indications
Shè Shēng Zhòng Miào Fāng 攝生眾妙方 Dynastie Ming, 1550 (Zhang Shi-Che) Source de la version Jīng Fáng Bài Dú Sǎn, formule dérivée pour maladies de peau et externes
Yī Fāng Kǎo 醫方考 Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun) Analyse approfondie de la stratégie « inverser la rivière » pour traiter la dysenterie naissante et commentaire sur le rôle du ginseng
Wèn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Tang, dit Wu Ju-Tong) Discussion de l’usage de la formule dans les maladies de Tièdeur (Wen Bing) et précisions sur les contre-indications thermiques
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang) Commentaire détaillé de la formule, explication du mécanisme de la « dérivation inverse » et des modifications principales

Xiao Qing Long Tang

Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯
Décoction du Petit Dragon Vert

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid), Zhang Zhongjing, Dynastie Han

Composition

Má Huáng (麻黃 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi) 9 g
Gān Jiāng (乾薑 Rhizoma Zingiberis) 6 g
Xì Xīn (細辛 Herba Asari cum Radice) 3 g
Wǔ Wèi Zǐ (五味子 Fructus Schisandrae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Alba) 9 g
Bàn Xià (半夏 Rhizoma Pinelliae) 9 g
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et disperse le Vent-Froid
– Réchauffe le Poumon et transforme les Glaires-Froid (饮 Yǐn)
– Rétablit la descente du Qi du Poumon et arrête la toux et l’asthme
– Élimine la rétention d’eau-fluide dans le Réchauffeur Supérieur

Indications

– Attaque de Vent-Froid à l’Extérieur avec rétention de Glaires-Froid (Hán Yǐn 寒飲) à l’Intérieur
– Toux avec expectoration de mucosités abondantes, blanches, mousseuses et fluides
– Dyspnée, oppression thoracique, essoufflement
– Frissons, fièvre sans transpiration (tableau d’Extérieur de type Froid)
– Nausées, vomissements aqueux
– Œdème des membres inférieurs par accumulation d’eau
– Rhinite avec écoulement nasal clair et abondant
– Applications modernes : bronchite chronique, emphysème pulmonaire (外寒內飲 wài hán nèi yǐn), rhinite allergique, asthme bronchique, bronchite aiguë à composante froide

Tableau Clinique

Langue :
Langue pâle ou légèrement bleutée, enduit blanc, humide, glissant (badigeon blanc-laqué traduisant la rétention d’eau-fluide)
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : témoigne de l’agression du Vent-Froid à l’Extérieur
Jǐn 緊 (tendu-serré) : signe de Froid pathogène
Huá 滑 (glissant) : présent en cas de Glaires abondantes à l’Intérieur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Frissons avec fièvre modérée
– Absence de transpiration
– Douleurs et courbatures du corps
– Sensation de froid prédominante
– Fatigue avec lourdeur des membres

Signes Poumon-Réchauffeur Supérieur :
– Toux avec expectoration abondante, fluide, blanche ou mousseuse
– Dyspnée, asthme, oppression thoracique
– Rhinite avec mucus clair et abondant
– Éternuements
– Crachats d’eau claire en cas de rétention de fluides (Yǐn)

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de soif ou soif avec désir de boissons chaudes (élimine la Chaleur intérieure)
– Absence d’expectoration jaune épaisse (élimine les Glaires-Chaleur)
– Absence de langue rouge avec enduit jaune (élimine le Vent-Chaleur)
– Absence de transpiration spontanée (élimine le syndrome de Gui Zhī Tāng)
– Absence de vide de Yin (élimine les contre-indications majeures)

Analyse de la Formule

Empereur : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est l’Empereur de cette formule. Acrid et tiède, il ouvre les pores, libère l’Extérieur, disperse le Vent-Froid et fait transpirer. Il diffuse simultanément le Qi du Poumon, soulève la dyspnée et arrête la toux. C’est lui qui traite la couche superficielle de l’attaque pathogène.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) est le Ministre. Acrid et tiède, il renforce l’action de Má Huáng pour libérer l’Extérieur, réchauffe les méridiens et disperse le Froid intérieur. Il harmonise le Qi nourricier (*Ying Qi*) et le Qi défensif (*Wei Qi*), soutenant ainsi la transpiration curative sans épuiser le Qi correct.

Conseiller : Gān Jiāng 乾薑 / Xì Xīn 細辛 / Bàn Xià 半夏 / Wǔ Wèi Zǐ 五味子 / Bái Sháo 白芍
Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari cum Radice) constituent le cœur de l’action intérieure : ensemble ils réchauffent le Poumon, dissolvent les Glaires-Froid, éliminent la rétention d’eau-fluide (Yǐn) et arrêtent la toux. Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) transforme les Glaires-Humidité, harmonise l’Estomac et arrête les vomissements aqueux. Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) jouent un rôle de contrepoids essentiel : Wǔ Wèi Zǐ astringent le Qi du Poumon, prévient la dispersion excessive du Qi correct par les substances acre-tièdes ; Bái Sháo nourrit le Sang et le Yin, protège les Liquides Organiques contre le dessèchement causé par Má Huáng, Xì Xīn et Gān Jiāng.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae praeparata) est l’Ambassadeur. Doux et tiède, il tonifie le Qi de la Rate et de l’Estomac, harmonise toutes les autres substances de la formule, modère la force dispersante des substances acrides, protège le centre et coordonne les actions contradictoires des ingrédients chauds et acides présents dans la formule.

Commentaires

Signification du nom :
Le « Petit Dragon Vert » (Xiǎo Qīng Lóng) évoque en cosmologie chinoise le dragon céleste de l’Est, associé au Bois, au Vent et au Printemps. Dans le contexte médical, le dragon symbolise la capacité à mobiliser et transformer les eaux stagnantes : la formule « fait bouger le dragon » pour disperser l’accumulation de fluides-froids dans le Poumon et l’Espace Supérieur. Le qualificatif « Petit » (Xiǎo) la distingue de la formule sœur Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Grand Dragon Vert), formule plus puissante indiquée quand la chaleur intérieure co-existe avec le froid extérieur.

Position dans la tradition :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng est l’une des formules fondatrices du Shāng Hán Lùn. Elle figure dans les articles 40 et 41 du traité de Zhang Zhongjing (150–219 apr. J.-C.) et représente le traitement canonique de la configuration « Extérieur Froid / Intérieur Eau-Fluide » (wài hán nèi yǐn 外寒内飲). Elle est considérée comme le modèle de toutes les formules qui associent libération de l’Extérieur et transformation des fluides-froids. Sa structure bipolaire — substances dispersantes et substances astringentes — en fait un exemple archétypal de la dialectique « ouvrir/fermer » (kāi/hé 開合) en pharmacopée classique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une tension créatrice entre deux pôles. D’un côté, les substances acrides et tièdes-chaudes (Má Huáng, Guì Zhī, Gān Jiāng, Xì Xīn) ouvrent l’Extérieur, réchauffent l’Intérieur et dispersent Froid et Glaires. De l’autre, les substances acides et astringentes (Wǔ Wèi Zǐ, Bái Sháo) ferment, retiennent et préservent le Yin, le Qi correct et les Liquides Organiques. Bàn Xià joue un rôle pivot en transformant les Glaires sans disperser. Zhì Gān Cǎo garantit la cohésion du centre. Cette dialectique ouvrir-fermer, disperser-retenir, est précisément ce qui rend la formule à la fois efficace et sûre, évitant la dispersion excessive du Qi correct lors de l’attaque des substances acrides.

Pertinence clinique contemporaine :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng reste une formule de première ligne dans le traitement des affections respiratoires chroniques à dominance froide : asthme bronchique avec crise déclenchée par le froid ou l’humidité, bronchite chronique obstructive (BPCO) en phase de décompensation hivernale, emphysème pulmonaire avec Glaires-Froid, rhinite allergique saisonnière (notamment printanière), sinusite chronique avec mucus clair. Des études pharmacologiques modernes ont identifié des propriétés bronchodilatatrices (Má Huáng via l’éphédrine), anti-inflammatoires et antihistaminiques dans plusieurs composants. La formule est utilisée en association avec des traitements occidentaux dans certains services hospitaliers asiatiques pour les pathologies respiratoires obstructives.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yin ou de vide de Sang marqué : les substances acrides-tièdes aggraveraient le dessèchement
– Réduire la dose ou associer des substances nourrissantes en cas de constitution fragile (personnes âgées, post-partum)
– La présence de Xì Xīn impose la prudence en termes de dosage (toxicité rénale à hautes doses prolongées)
– Cette formule est fortement dispersante ; son usage doit être limité dans le temps dès que les signes d’Extérieur disparaissent
– Ne pas confondre avec Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 qui traite un tableau mixte Froid-Extérieur / Chaleur intérieure avec agitation

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid Extérieur sévère avec transpiration absente marquée, augmenter les doses de Má Huáng (Herba Ephedrae) et de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae)

– En cas de stagnation importante des Liquides avec expectoration très abondante, difficulté à respirer en position allongée, enduit lingual glissant-humide et pouls serré-glissant, augmenter les doses de Xì Xīn (Herba cum Radice Asari) et de Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae), et ajouter Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g

– En cas de congestion nasale prononcée, rhinorrhée abondante et céphalée, substituer Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) à Gān Jiāng, substituer Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) à Bái Sháo, et ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) 9 g et Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 9 g

– En cas de toux et d’irritabilité avec distension thoracique et abdominale, ajouter Shí Gāo (Gypsum) 15-30 g (ce qui donne la variante Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯)

– En cas de toux persistante avec épuisement du Qi du Poumon, ajouter Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae) 9 g et Zǐ Wǎn (Radix Asteris Tatarici) 9 g

– En cas de palpitations par montée de l’eau vers le Cœur, ajouter Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) à dose augmentée pour réchauffer le Yang et transformer les Liquides

– En cas de difficultés urinaires avec Liquides Organiques stagnants, ajouter Fú Líng (Sclerotium Poriae Cocos) 12 g pour drainer les Liquides par la voie urinaire

– En cas de vomissements associés, ajouter les ingrédients de la Zuǒ Jīn Wán 左金丸 (Pilule du Métal Gauche), soit Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae Rutecarpae)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée avec adjonction de Gypse pour tableau mixte Froid-Extérieur/Chaleur intérieure : Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯 (Décoction du Petit Dragon Vert plus Gypse)

– Formule sœur pour Vent-Froid Extérieur avec Chaleur intérieure et agitation intense (sans Glaires-Froid internes) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Formule associée pour Glaires-Froid dans le Réchauffeur Moyen avec dyspnée et palpitations (sans syndrome d’Extérieur) : Líng Guì Zhú Gān Tāng 苓桂朮甘湯 (Décoction de Poria, Cannelle, Atractylodes et Réglisse)

– Formule associée pour asthme avec Glaires et Froid, sans syndrome d’Extérieur, dans un contexte de vide de Yang du Rein : Shè Gān Má Huáng Tāng 射干麻黃湯 (Décoction de Belamcanda et d’Éphédra)

– Formule associée pour dyspnée avec abondance de Glaires chaudes et Froid à l’Extérieur (variante avec chaleur prédominante) : Dìng Chuǎn Tāng 定喘湯 (Décoction qui Arrête l’Asthme)

Contre-indications

– Vide de Yin marqué avec toux sèche, gorge sèche et langue rouge sans enduit
– Vide de Sang avec palpitations, teint pâle, vertiges
– Chaleur intérieure prépondérante (fièvre élevée, soif intense, expectoration jaune et épaisse)
– Syndrome extérieur avec transpiration spontanée (tableau de Guì Zhī Tāng)
– Grossesse (Xì Xīn est considéré comme contre-indiqué, et Bàn Xià non préparé est abortif)
– Hypertension artérielle non contrôlée (Má Huáng contient de l’éphédrine, vasopressive)
– Insuffisance cardiaque décompensée
– Glaucome à angle fermé (risque lié à l’éphédrine)

Précautions

– Surveiller la tension artérielle chez les patients hypertendus traités
– Limiter la durée d’utilisation : formule dispersante à usage temporaire, interrompre dès résolution du syndrome d’Extérieur
– Réduire les doses de Xì Xīn en cas d’insuffisance rénale ou d’usage prolongé (nephrotoxicité potentielle aux doses élevées)
– Réduire les doses globales chez les sujets âgés ou de constitution fragile
– Ne pas associer à des sympathomimétiques (risque d’effets cardio-vasculaires cumulatifs liés à Má Huáng)
– Surveiller les signes de sécheresse excessive (bouche sèche, agitation, palpitations) témoignant d’un début de consommation du Yin par les substances acrides-tièdes
– En cas de vide de Qi du Poumon ou du Rein sous-jacent, ne pas utiliser seul sans adjonction de substances tonifiantes

Populations à risque :

– Femmes enceintes (contre-indication relative à absolue selon les auteurs)
– Nourrissons et jeunes enfants (adapter les doses, surveiller les effets de l’éphédrine)
– Sujets âgés avec vide de Yin ou de Rein
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, cardiopathie ischémique ou arythmie
– Patients sous traitement par inhibiteurs de la MAO (interaction avec l’éphédrine de Má Huáng)
– Patients atteints d’hyperthyroïdie (Má Huáng peut exacerber les symptômes)
– Patients avec antécédents d’anxiété sévère ou d’insomnie (effet stimulant de l’éphédrine)

Textes de Référence

– Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Texte fondateur ; articles 40 et 41 décrivent le tableau principal (*wài hán nèi yǐn* 外寒内飲) et l’utilisation de la formule dans le contexte du Tài Yáng avec rétention de fluide-froid interne

– Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Abrégé des Prescriptions du Coffret d’Or) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Complète les indications du Shāng Hán Lùn en y ajoutant le traitement de la dyspnée, des œdèmes et des rétentions de fluides à composante froide ; décrit également la formule dérivée Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng

– Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil commenté des Prescriptions médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commente la structure de la formule, l’équilibre disperser/retenir, et fournit les bases de l’analyse Empereur-Ministre-Conseiller-Ambassadeur encore utilisée aujourd’hui

– Fāng Jì Xué 方劑學 / Époque moderne – Shanghai Science Technology Press, 1986 / Manuel de référence de l’enseignement des formules en Chine populaire, codifiant l’analyse contemporaine de la formule.

Yin Qiao San

Yín Qiào Sǎn 銀翹散
Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes fraiches qui libèrent la Superficie (xīn liáng jiě biǎo jì 辛凉解表剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, Dynastie Qīng (1798)

Composition

Jīn Yín Huā (金銀花 Flos Lonicerae Japonicae) 15 g
Lián Qiào (連翹 Fructus Forsythiae Suspensae) 15 g
Jié Gěng (桔梗 Radix Platycodi Grandiflori) 6 g
Niú Bàng Zǐ (牛蒡子 Fructus Arctii Lappae) 9 g
Bò Hé (薄荷 Herba Menthae Haplocalycis) 6 g
Dàn Dòu Chǐ (淡豆豉 Semen Sojae Praeparatum) 5 g
Jīng Jiè (荊芥 Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 5 g
Dàn Zhú Yè (淡竹葉 Herba Lophatheri Gracilis) 4 g
Xiān Lú Gēn (鮮蘆根 Rhizoma Phragmitis Communis Recens) 15–30 g
Gān Cǎo (甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis) 5 g

Actions thérapeutiques

– Disperse le Vent-Chaleur et libère l’Extérieur
– Élimine la Chaleur et détoxifie
– Diffuse le Qi du Poumon et bénéficie à la gorge
– Génère les Liquides Organiques et apaise la soif

Indications

– Stade initial d’une maladie de Tièdeur (Wēn Bìng) au niveau protecteur (Wèi)
– Invasion de Vent-Chaleur affectant le Poumon et l’Extérieur
– Fièvre avec frissons légers ou absents
– Maux de tête, corps douloureux
– Toux
– Gorge rouge, douloureuse ou enflée
– Soif légère
– Atteintes du niveau protecteur : grippe, rhinopharyngite, angine, bronchite aiguë débutante, rougeole à son stade initial, oreillons, encéphalite ou méningite en stade initial

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue rouge à la pointe ; enduit mince, blanc ou légèrement jaune
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : témoigne de la localisation du facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : traduit la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (pouvant être marquée)
– Frissons légers ou absents
– Maux de tête
– Corps douloureux
– Légère transpiration ou absence de transpiration
– Soif légère

Signes Poumon-gorge :
– Toux
– Gorge rouge, enflée, douloureuse (angine, pharyngite)
– Congestion nasale
– Enrouement possible

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de frissons intenses (différencie du Vent-Froid)
– Absence de transpiration profuse (différencie des stades plus profonds)
– Absence d’enduit jaune épais (différencie d’une invasion ayant pénétré au niveau Qi)
– Absence de soif intense avec désir de boissons froides (différencie du niveau Qi)
– Absence de fièvre élevée isolée sans frissons (différencie du stade yang ming)

Analyse de la Formule

Empereur : Jīn Yín Huā 金銀花 / Lián Qiào 連翹
Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) libère la Chaleur de l’Extérieur et élimine les toxines ; sa saveur douce et froide lui permet de disperser le Vent-Chaleur sans aggraver l’assèchement des Liquides Organiques. Employé conjointement, Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) amplifie l’action de dispersion du Vent-Chaleur et de détoxification ; l’association des deux substances constitue le noyau thérapeutique central de la formule et justifie son nom. Leur dose est volontairement la plus élevée car leur action est le cœur même du traitement.

Ministre : Bò Hé 薄荷 / Dàn Dòu Chǐ 淡豆豉
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis) est acrid et frais ; il renforce l’action de libération de l’Extérieur des Empereurs et diffuse le Qi du Poumon pour bénéficier à la gorge.
Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum) libère légèrement l’Extérieur et aide à disperser la Chaleur superficielle sans provoquer une sudation excessive qui épuiserait le Yin.

Conseiller : Jīng Jiè 荊芥 / Niú Bàng Zǐ 牛蒡子 / Jié Gěng 桔梗 / Dàn Zhú Yè 淡竹葉 / Xiān Lú Gēn 鮮蘆根
Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae), bien que de nature chaude et âcre, renforce ici l’action de libération de l’Extérieur sans engendrer de sécheresse ; son action diaphorétique légère complète celle des Ministres.
Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii Lappae) diffuse le Qi du Poumon, bénéficie à la gorge et réduit l’inflammation pharyngée.
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), par son action ascendante, ouvre la voie du Poumon et traite la gorge ; associé à Gān Cǎo, il forme une combinaison classiquement efficace contre les douleurs pharyngées.
Dàn Zhú Yè (Herba Lophatheri Gracilis) et Xiān Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis Communis Recens) génèrent les Liquides Organiques, apaisent la soif et évacuent la Chaleur.

Ambassadeur : Gān Cǎo 甘草
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis) harmonise l’action de toutes les autres substances, contribue à l’élimination de la Chaleur-toxines et renforce, avec Jié Gěng, l’effet thérapeutique sur la gorge.

Commentaires

Signification du nom :
Yín 銀 désigne la fleur de Chèvrefeuille (Jīn Yín Huā, littéralement « fleur d’or et d’argent »), Qiào 翹 désigne le Forsythia (Lián Qiào), et Sǎn 散 signifie « poudre ». Le nom de la formule est donc bâti sur les deux substances Empereurs, signalant, selon la lecture de Qín Bó-Wèi, la volonté délibérée de Wú Jú-Tōng d’insister sur l’usage premier des substances froides dans le traitement du stade initial des maladies de Tièdeur, rompant ainsi avec la tradition des formules chaudes pour libérer l’Extérieur.

Position dans la tradition :
Yín Qiào Sǎn est la formule emblématique du niveau protecteur (Wèi) dans le système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) développé par Yè Tiān-Shì et codifié par Wú Jú-Tōng dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn (1798). Elle représente la réponse canonique des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng) à leur stade le plus superficiel, et s’inscrit dans la rupture historique avec l’école des maladies induites par le Froid (Shāng Hán). Elle est comparée régulièrement à Sāng Jú Yǐn : si les deux formules traitent le niveau protecteur de Vent-Chaleur, Yín Qiào Sǎn est plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la Chaleur-toxines, tandis que Sāng Jú Yǐn est plus efficace pour traiter la toux.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule conjugue deux mouvements complémentaires : une action vers l’Extérieur (substances acrides et diaphorétiques légères : Jīng Jiè, Bò Hé, Dàn Dòu Chǐ) et une action de refroidissement et détoxification (Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Xiān Lú Gēn). Cette double polarité évite l’erreur de traiter les maladies de Tièdeur avec des substances uniquement chaudes et diaphorétiques, qui aggraveraient la Chaleur et lèseraient le Yin. La décoction doit être préparée brièvement (moins de 20 minutes) pour préserver les huiles essentielles des substances légères et aromatiques, notamment Bò Hé ajouté en fin de cuisson.

Pertinence clinique contemporaine :
Yín Qiào Sǎn reste l’une des formules les plus prescrites en pratique clinique contemporaine pour les affections aiguës des voies respiratoires supérieures d’origine virale ou bactérienne : rhinopharyngites, angines, laryngites, bronchites aiguës débutantes, syndromes grippaux, rougeole à son stade initial, oreillons, ainsi que les stades initiaux d’encéphalite ou de méningite bactérienne. Elle est commercialisée sous de nombreuses formes galéniques (granulés, comprimés, gélules) et fait l’objet d’études pharmacologiques démontrant des activités antivirales, antibactériennes et antipyrétiques. Biomédicalement, son profil d’action correspond à une modulation de la réponse inflammatoire aiguë des voies aériennes supérieures.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang ou d’invasion de Vent-Froid (frissons prédominants, absence de soif, enduit blanc)
– La formule est contre-indiquée lorsque le facteur pathogène a déjà pénétré au niveau Qi (fièvre élevée isolée, enduit jaune épais, soif intense)
– En cas d’Humidité-Chaleur, la formule est peu efficace sans modification (selon Yè Tiān-Shì, le Vent-Chaleur doit être évacué par la sudation ; le Vent-Humidité doit être drainé par le bas)
– La brièveté de la cuisson est fondamentale : une décoction trop longue détruit les principes actifs aromatiques et réduit l’efficacité diaphorétique et antipyrétique
– À administrer fréquemment et en petites doses (toutes les 4 à 6 heures) aux stades initiaux aigus pour maintenir l’action thérapeutique

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Oppression thoracique marquée : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches seu Pogostemi) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation du Qi thoracique

– Soif intense : ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) pour générer les Liquides Organiques

– Angine ou pharyngite sévère : ajouter Mǎ Bó (Fructificatio Lasiosphaerae seu Calvatiae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) pour refroidir et bénéficier à la gorge

– Toux prononcée : ajouter Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) pour diffuser le Qi du Poumon et arrêter la toux

– Chaleur pénétrant à l’Intérieur avec urine rare : ajouter Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae), Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae Asphodeloidis) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis)

– Épistaxis : supprimer Jīng Jiè et Dàn Dòu Chǐ, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis) pour refroidir le Sang et arrêter le saignement

– Rougeole débutante avec éruption incomplète : ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Fú Píng (Herba Lemnae seu Spirodelae) pour faire éclore l’éruption

– Abcès ou furoncles débutants : ajouter Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci Mongolici cum Radice) et Dà Qīng Yè (Folium Daqingye) pour renforcer la détoxification

– Enduit jaune et diarrhée : associer à Gě Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction à la Kudzu, au Coptis et à la Scutellaire) (texte source)
– Endométrite aiguë : supprimer Gān Cǎo et Dàn Zhú Yè, ajouter Zhī Zǐ, Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae)

– Oppression thoracique due à l’Humidité : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches) et Yù Jīn (Tuber Curcumae) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour les restes de Chaleur après purge incomplète au stade yang ming avec lésion du Yin : Yín Qiào Tāng 銀翹湯 (Décoction à la Chèvrefeuille et au Forsythia) — compose de Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Gān Cǎo, Mài Mén Dōng et Shēng Dì Huáng ; enrichit le Yin et évacue la Chaleur de l’Extérieur (source : Wēn Bìng Tiáo Biàn)

– Formule de libération de l’Extérieur avec renforcement contre les facteurs pathogènes, pour abcès débutants avec tableau extérieur : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre à la Chèvrefeuille et au Forsythia pour Vaincre les Toxines) — ajouter Jīn Yín Huā et Lián Qiào à Rén Shēn Bài Dú Sǎn (source : Yī Fāng Jí Jiě)

Contre-indications

– Invasion de Vent-Froid (frissons intenses, absence de soif, pas de fièvre dominante, enduit blanc)
– Vide de Yang ou de Qi avec constitution fragile
– Humidité-Chaleur sans modification préalable de la formule
– Stade plus profond (niveau Qi, Nutrif ou Sang) sans adaptation importante de la composition
– Sudation profuse déjà présente signe d’épuisement du Yin ou d’atteinte plus profonde

Précautions

– Ne pas faire cuire plus de 20 minutes ; Bò Hé doit être ajouté 5 minutes avant la fin de la décoction
– Administrer fréquemment (toutes les 4 à 6 heures) pour maintenir l’effet thérapeutique en phase aiguë
– Surveiller l’évolution clinique : si la fièvre persiste ou s’aggrave et si l’enduit devient jaune et épais, adapter la formule à un stade plus profond
– Éviter les aliments épicés, gras ou frits pendant le traitement
– Les formes commerciales en comprimés peuvent contenir des additifs modernes ; vérifier la composition exacte avant prescription

Populations à risque :

– Patients présentant un vide de Yin préexistant marqué : la sudation provoquée peut aggraver la lésion du Yin ; envisager l’ajout de substances nourrissant le Yin (Shēng Dì Huáng, Mài Mén Dōng)
– Femmes enceintes : prudence en raison de l’action diaphorétique et de la présence de Niú Bàng Zǐ et Bò Hé ; à n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue et sous surveillance
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les doses en proportion du poids ; s’assurer de l’absence de contre-indication pédiatrique pour chaque substance
– Patients avec vide de Yang ou froid de l’Estomac : la nature froide de la formule peut léser le Yang de la Rate-Estomac ; envisager l’ajout de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ou de Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae)

Textes de Référence

– Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) / Dynastie Qīng, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) / Texte source de la formule ; présente Yín Qiào Sǎn comme formule canonique du stade protecteur des maladies de Tièdeur dues au Vent-Chaleur, avec l’instruction de préparer une décoction brève de Xiān Lú Gēn et de prendre les autres substances en poudre à 9 g par dose avec cette décoction

– Wài Gǎn Wēn Bìng 外感溫病 / Tradition des maîtres de l’École des Maladies de Tièdeur, notamment Yè Tiān-Shì 葉天士 / Codification du système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) dans lequel s’inscrit l’indication première de Yín Qiào Sǎn ; précise que le Vent-Chaleur doit être évacué par ventilation de l’Extérieur et que l’emploi exclusif de substances chaudes serait une erreur thérapeutique grave

– Zhōng Yī Fāng Jì Lín Chuáng Shǒu Cè 中醫方劑臨床手冊 (Manuel Clinique des Formules de Médecine Chinoise) / Époque contemporaine / Recense de nombreuses études cliniques validant l’usage de Yín Qiào Sǎn dans les infections aiguës des voies respiratoires supérieures, les syndromes grippaux, la rougeole et les oreillons, ainsi que les encéphalites à stade initial

Gui Zhi Tang

Guì Zhī Tāng 桂枝湯
Décoction de Rameau de Cannelier

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì 辛温解表剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale

Composition

Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 9 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 4 pièces (env. 12 g)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère les influences pathogènes de la couche musculaire (cou li 腠理)
– Régularise le Qi Défensif (Wèi Qì 衛氣) et le Qi Nourricier (Yíng Qì 營氣)
– Harmonise l’Intérieur et l’Extérieur
– Tonifie le Qi du Milieu (Rate-Estomac)

Indications

– Invasion externe de Vent-Froid avec vide relatif du Qi Défensif
– Fièvre et frissons non soulagés par la transpiration
– Transpiration spontanée présente (signe distinctif)
– Céphalées et nuque raide
– Congestion nasale et nausées sans vomissements francs
– Absence de soif particulière
– Aversion au Vent
– Faiblesse constitutionnelle, convalescence après maladie grave, post-partum

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince, blanc et humide ; corps de la langue normal ou légèrement pâle.
Pouls :
Fú 浮 (superficiel) : indique la présence d’une influence pathogène à l’Extérieur
Huǎn 緩 (modéré, légèrement lent) ou Ruò 弱 (faible) : indique un vide relatif du Qi Défensif et une disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre avec frissons simultanés
– Transpiration spontanée persistante (ne résout pas la condition)
– Aversion au Vent et aux courants d’air
– Fatigue générale
– Teint légèrement terne

Signes respiratoires et digestifs :
– Congestion nasale
– Nausées légères ou nausées à vide (hoquets secs)
– Absence de soif marquée
– Possible légère difficulté à déglutir

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration (orienterait vers Má Huáng Tāng 麻黃湯)
– Absence de fièvre intense avec soif et gorge douloureuse (orienterait vers un syndrome de Chaleur)
– Absence de pouls tendu (jǐn) qui évoquerait un syndrome de Froid en Excès
– Absence de frissons intenses sans fièvre (absence de vide de Yang profond)

Analyse de la Formule

Empereur : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) Chaud, acride et doux, il libère l’influence pathogène de Vent-Froid de la couche musculaire, réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les canaux, et renforce le Qi Défensif pour expulser le facteur pathogène. Il constitue le pivot thérapeutique de la formule en traitant directement la disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif.

Ministre : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) Frais et acide, il nourrit le Yin, bénéficie au Qi Nourricier et contient les Liquides Organiques qui s’échappent par la transpiration incontrôlée. Associé à l’Empereur, il renforce simultanément la capacité du Qi Défensif à expulser le facteur pathogène tout que consolidant le Qi Nourricier. Cette synergie est le cœur de la régulation Ying-Wei.

Conseiller : Shēng Jiāng 生薑
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) Chaud et acride, il assiste l’Empereur dans la libération de l’Extérieur, réchauffe le Qi Nourricier et harmonise l’Estomac pour traiter les nausées et le Qi rebelle de l’Estomac. Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae), second Conseiller, nourrit et harmonise le Qi Nourricier et le Sang, renforce le Qi du Milieu et assiste le Ministre dans la stabilisation de l’intérieur.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) Doux et tiède, il tonifie le Qi du Milieu, harmonise l’action de toutes les herbes de la formule et modère la dispersion sudorifique de l’Empereur pour prévenir une transpiration excessive. Il soutient également Dà Zǎo dans le renforcement du Qi de la Rate et de l’Estomac.

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Signification du nom :
Guì Zhī 桂枝 désigne le rameau de cannelier (Cinnamomum cassia). Tāng 湯 signifie « décoction » ou « bouillon chaud ». La formule tire son nom de son herb principal, le rameau de cannelier, qui est à la fois son ingrédient distinctif et son agent thérapeutique central. Contrairement à la cannelle d’écorce (ròu guì 肉桂), c’est la branche légère qui agit en surface et dans les canaux sans descendre profondément réchauffer le Yang.

Position dans la tradition :
Guì Zhī Tāng est considérée comme l’une des formules les plus importantes du Shāng Hán Lùn 傷寒論. Zhang Zhong-Jing lui consacre plus de vingt variations dans ce seul texte, ce qui en fait la formule-mère d’une famille extraordinairement prolifique. Les générations suivantes l’ont utilisée comme fondation pour des formules traitant aussi bien des conditions internes que des pathologies chroniques complexes. Elle est souvent décrite comme la formule inaugurale de la médecine chinoise classique, inaugurant le système de la différenciation par les six strates (liù jīng biàn zhèng 六經辨證).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre libérer et consolider. Guì Zhī libère et disperse (action centrifuge, Yang), tandis que Bái Sháo retient et consolide (action centripète, Yin). Cette tension créatrice entre expansion et contention définit la stratégie fondamentale de la formule. Les Conseillers (Shēng Jiāng et Dà Zǎo) ancrent cette dynamique dans le Qi du Milieu, garant de la production continue du Qi Nourricier et du Qi Défensif. L’Ambassadeur Zhì Gān Cǎo harmonise l’ensemble sans briser cet équilibre délicat.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Guì Zhī Tāng est indiquée dès que la constitution est affaiblie, que la transpiration est présente et que l’aversion au Vent domine sur l’aversion au Froid. Elle est particulièrement précieuse en post-partum, en convalescence, chez les personnes âgées et les enfants de faible constitution. Elle est aussi utilisée hors contexte infectieux pour la régulation du système nerveux autonome (hyperhidrose, rhinite allergique, urticaire à froid, spasme cérébrovasculaire) lorsque le tableau Ying-Wei est présent. La biomédecine l’a étudiée dans les infections respiratoires hautes, la fièvre post-partum, la rhinite allergique et l’angiœdème.

Nuances d’usage :
– La condition traitée est désignée dans le Shāng Hán Lùn par le terme zhōng fēng 中風 (« atteinte par le Vent »), par opposition à shāng hán 傷寒 (« blessure par le Froid ») pour laquelle Má Huáng Tāng est indiquée
– La transpiration présente est le signe cardinal qui différencie ce tableau : c’est précisément parce que le Qi Défensif est relatif en vide qu’il ne peut plus contenir les Liquides Organiques
– Le texte source recommande de faire prendre la décoction chaude, de couvrir le patient et d’ingérer une bouillie de riz chaude pour faciliter une légère transpiration ; dès l’apparition de la transpiration, l’administration doit cesser
– En été ou lors de chaleurs intenses, utiliser avec précaution (risque d’aggraver un tableau de Chaleur)
– Contre-indiquée si la transpiration est due à un Vide de Yin ou à une Chaleur interne

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Congestion nasale marquée avec éternuements : ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae)

– Dyspnée et respiration difficile : ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) → Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子湯

– Transpiration profuse : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae), réduire d’un tiers la dose de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) et Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) ; ajouter Huáng Qí (Radix Astragali Membranacei) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Céphalées sévères : substituer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici)

– Douleurs articulaires des extrémités avec fatigue (Humidité) : ajouter Qiāng Huó (Radix et Rhizoma Notopterygii) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Vomissements sévères : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) et de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ; ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis)

– Purge erronée ayant blessé le Yang du thorax, pouls irrégulier et sensation d’oppression thoracique : supprimer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Qù Sháo Yào Tāng 桂枝去芍藥湯

– Plénitude abdominale suite à purge erronée : doubler la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Jiā Sháo Yào Tāng 桂枝加芍藥湯

Formules Dérivées et Associées

– Nuque raide et contractée, transpiration, aversion au Vent : ajouter Gé Gēn (Radix Puerariae) : Guì Zhī Jiā Gé Gēn Tāng 桂枝加葛根湯 (Décoction de Guì Zhī avec Kudzu)

– Syndrome Bi douloureux, douleurs généralisées, pouls flottant déficient et rugueux, résistance du Yang dans les canaux : ajouter Fù Zǐ (Radix Lateralis Aconiti Carmichaeli Praeparata) : Guì Zhī Jiā Fù Zǐ Tāng 桂枝加附子湯 (Décoction de Guì Zhī avec Aconit Préparé)

– Syndrome Taiyang persistant avec épuisement partiel du Qi Défensif, visage rouge, prurit généralisé : combiner à demi-dose avec Má Huáng Tāng : Guì Zhī Má Huáng Gè Bàn Tāng 桂枝麻黃各半湯 (Décoction moitié-moitié Guì Zhī et Má Huáng)

– Douleurs abdominales spasmodiques par vide consomptif (Zhōng Jiāo), accompagnées de palpitations et vertiges : ajouter Yí Táng (Saccharum Granorum) et doubler Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) : Xiǎo Jiàn Zhōng Tāng 小建中湯 (Petite Décoction pour Construire le Milieu)

– Palpitations, émission de Sperme nocturne, instabilité de l’Esprit (Shen 神), transpiration par vide de Yang : ajouter Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝加龍骨牡蠣湯 (Décoction de Guì Zhī avec Os du Dragon et Huître)

– Syndrome Bi douloureux avec Vent-Froid-Humidité et déficience de Yang : ajouter Fù Zǐ (Radix Aconiti) et remplacer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par des herbes spécifiques : Wū Tóu Guì Zhī Tāng 烏頭桂枝湯 (Décoction d’Aconit et Guì Zhī)

Contre-indications

– Syndrome Extérieur de Froid en Excès avec absence de transpiration (indiquer Má Huáng Tāng)
– Syndrome de Chaleur Extérieure (Vent-Chaleur) avec fièvre intense, soif ou gorge douloureuse
– Chaleur interne avec saignements de nez (la formule pourrait aggraver le saignement)
– Transpiration due à un vide de Yin (l’action dispersante de Guì Zhī aggraverait le vide de Yin)
– Utilisation en été ou lors de chaleurs intenses sans indication claire du tableau Ying-Wei
– Pouls rapide avec fièvre et soif (signe de Chaleur interne)

Précautions

– Ne pas administrer en cas de transpiration profuse : risque de vider davantage le Qi Défensif et les Liquides Organiques
– En cas d’erreur de prescription ou de dosage excessif, une transpiration profuse, fièvre intense, soif vive et palpitations peuvent survenir ; administrer alors Bái Hǔ Jiā Rén Shēn Tāng pour corriger les effets secondaires
– Interdire la consommation d’alcool, d’aliments crus, froids, pimentés ou gras pendant le traitement
– La décoction doit être prise chaude, suivie d’une bouillie de riz chaude ; le patient doit se couvrir pour favoriser une légère transpiration
– Dès l’apparition de la transpiration, cesser l’administration ; ne pas répéter en cas de succès dès la première prise
– En cas de présence d’une Chaleur interne associée, même légère, prendre avec extrême prudence

Populations à risque :

– Patients avec vide de Yin ou épuisement des Liquides Organiques : contre-indiqués (risque d’aggravation)
– Patients hypertendus ou avec des saignements actifs : à éviter en raison de l’action de Guì Zhī qui stimule la circulation
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence (action tonifiante du Sang et active la circulation dans les canaux)
– Patients avec tendance aux épistaxis : la formule peut déclencher des saignements de nez si appliquée en présence de Chaleur
– Personnes constitutionnellement Yin-déficientes (vide de Yin chronique) : surveillance étroite requise

Textes de Référence

– Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte fondateur de la médecine classique chinoise dans lequel Guì Zhī Tāng occupe une place inaugurale et centrale ; plus de vingt variations y sont décrites. Le texte précise les modalités d’administration (décoction chaude, bouillie de riz, couverture) et les conditions d’arrêt du traitement.

– Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Second grand texte de Zhang Zhong-Jing, qui reprend et étend les applications de Guì Zhī Tāng aux maladies internes complexes, notamment aux désordres du post-partum, aux douleurs abdominales et aux pathologies mixtes Extérieur-Intérieur.

– Yī Fāng Kǎo 醫方考 (Études sur les Formules Médicales) / Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun 吳崑) / Commentaire analytique détaillé de la formule dans le cadre de la systématisation des formules classiques ; met en valeur la dynamique Ying-Wei comme clé d’interprétation de Guì Zhī Tāng.

– Shāng Hán Lùn Tiáo Biàn 傷寒論條辨 (Explication Analytique du Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Ming (Fang You-Zhi 方有執) / Commentaire classique qui précise l’opposition entre zhōng fēng et shāng hán et la place de Guì Zhī Tāng dans le système des six strates.

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