Xiao Qing Long Tang

Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯
Décoction du Petit Dragon Vert

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid), Zhang Zhongjing, Dynastie Han

Composition

Má Huáng (麻黃 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi) 9 g
Gān Jiāng (乾薑 Rhizoma Zingiberis) 6 g
Xì Xīn (細辛 Herba Asari cum Radice) 3 g
Wǔ Wèi Zǐ (五味子 Fructus Schisandrae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Alba) 9 g
Bàn Xià (半夏 Rhizoma Pinelliae) 9 g
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et disperse le Vent-Froid
– Réchauffe le Poumon et transforme les Glaires-Froid (饮 Yǐn)
– Rétablit la descente du Qi du Poumon et arrête la toux et l’asthme
– Élimine la rétention d’eau-fluide dans le Réchauffeur Supérieur

Indications

– Attaque de Vent-Froid à l’Extérieur avec rétention de Glaires-Froid (Hán Yǐn 寒飲) à l’Intérieur
– Toux avec expectoration de mucosités abondantes, blanches, mousseuses et fluides
– Dyspnée, oppression thoracique, essoufflement
– Frissons, fièvre sans transpiration (tableau d’Extérieur de type Froid)
– Nausées, vomissements aqueux
– Œdème des membres inférieurs par accumulation d’eau
– Rhinite avec écoulement nasal clair et abondant
– Applications modernes : bronchite chronique, emphysème pulmonaire (外寒內飲 wài hán nèi yǐn), rhinite allergique, asthme bronchique, bronchite aiguë à composante froide

Tableau Clinique

Langue :
Langue pâle ou légèrement bleutée, enduit blanc, humide, glissant (badigeon blanc-laqué traduisant la rétention d’eau-fluide)
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de l’agression du Vent-Froid à l’Extérieur
Jǐn 緊 (tendu-serré) : signe de Froid pathogène
Huá 滑 (glissant) : présent en cas de Glaires abondantes à l’Intérieur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Frissons avec fièvre modérée
– Absence de transpiration
– Douleurs et courbatures du corps
– Sensation de froid prédominante
– Fatigue avec lourdeur des membres

Signes Poumon-Réchauffeur Supérieur :
– Toux avec expectoration abondante, fluide, blanche ou mousseuse
– Dyspnée, asthme, oppression thoracique
– Rhinite avec mucus clair et abondant
– Éternuements
– Crachats d’eau claire en cas de rétention de fluides (Yǐn)

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de soif ou soif avec désir de boissons chaudes (élimine la Chaleur intérieure)
– Absence d’expectoration jaune épaisse (élimine les Glaires-Chaleur)
– Absence de langue rouge avec enduit jaune (élimine le Vent-Chaleur)
– Absence de transpiration spontanée (élimine le syndrome de Gui Zhī Tāng)
– Absence de vide de Yin (élimine les contre-indications majeures)

Analyse de la Formule

Empereur : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est l’Empereur de cette formule. Acrid et tiède, il ouvre les pores, libère l’Extérieur, disperse le Vent-Froid et fait transpirer. Il diffuse simultanément le Qi du Poumon, soulève la dyspnée et arrête la toux. C’est lui qui traite la couche superficielle de l’attaque pathogène.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) est le Ministre. Acrid et tiède, il renforce l’action de Má Huáng pour libérer l’Extérieur, réchauffe les méridiens et disperse le Froid intérieur. Il harmonise le Qi nourricier (*Ying Qi*) et le Qi défensif (*Wei Qi*), soutenant ainsi la transpiration curative sans épuiser le Qi correct.

Conseiller : Gān Jiāng 乾薑 / Xì Xīn 細辛 / Bàn Xià 半夏 / Wǔ Wèi Zǐ 五味子 / Bái Sháo 白芍
Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari cum Radice) constituent le cœur de l’action intérieure : ensemble ils réchauffent le Poumon, dissolvent les Glaires-Froid, éliminent la rétention d’eau-fluide (Yǐn) et arrêtent la toux. Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) transforme les Glaires-Humidité, harmonise l’Estomac et arrête les vomissements aqueux. Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) jouent un rôle de contrepoids essentiel : Wǔ Wèi Zǐ astringent le Qi du Poumon, prévient la dispersion excessive du Qi correct par les substances acre-tièdes ; Bái Sháo nourrit le Sang et le Yin, protège les Liquides Organiques contre le dessèchement causé par Má Huáng, Xì Xīn et Gān Jiāng.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae praeparata) est l’Ambassadeur. Doux et tiède, il tonifie le Qi de la Rate et de l’Estomac, harmonise toutes les autres substances de la formule, modère la force dispersante des substances acrides, protège le centre et coordonne les actions contradictoires des ingrédients chauds et acides présents dans la formule.

Commentaires

Signification du nom :
Le « Petit Dragon Vert » (Xiǎo Qīng Lóng) évoque en cosmologie chinoise le dragon céleste de l’Est, associé au Bois, au Vent et au Printemps. Dans le contexte médical, le dragon symbolise la capacité à mobiliser et transformer les eaux stagnantes : la formule « fait bouger le dragon » pour disperser l’accumulation de fluides-froids dans le Poumon et l’Espace Supérieur. Le qualificatif « Petit » (Xiǎo) la distingue de la formule sœur Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Grand Dragon Vert), formule plus puissante indiquée quand la chaleur intérieure co-existe avec le froid extérieur.

Position dans la tradition :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng est l’une des formules fondatrices du Shāng Hán Lùn. Elle figure dans les articles 40 et 41 du traité de Zhang Zhongjing (150–219 apr. J.-C.) et représente le traitement canonique de la configuration « Extérieur Froid / Intérieur Eau-Fluide » (wài hán nèi yǐn 外寒内飲). Elle est considérée comme le modèle de toutes les formules qui associent libération de l’Extérieur et transformation des fluides-froids. Sa structure bipolaire — substances dispersantes et substances astringentes — en fait un exemple archétypal de la dialectique « ouvrir/fermer » (kāi/hé 開合) en pharmacopée classique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une tension créatrice entre deux pôles. D’un côté, les substances acrides et tièdes-chaudes (Má Huáng, Guì Zhī, Gān Jiāng, Xì Xīn) ouvrent l’Extérieur, réchauffent l’Intérieur et dispersent Froid et Glaires. De l’autre, les substances acides et astringentes (Wǔ Wèi Zǐ, Bái Sháo) ferment, retiennent et préservent le Yin, le Qi correct et les Liquides Organiques. Bàn Xià joue un rôle pivot en transformant les Glaires sans disperser. Zhì Gān Cǎo garantit la cohésion du centre. Cette dialectique ouvrir-fermer, disperser-retenir, est précisément ce qui rend la formule à la fois efficace et sûre, évitant la dispersion excessive du Qi correct lors de l’attaque des substances acrides.

Pertinence clinique contemporaine :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng reste une formule de première ligne dans le traitement des affections respiratoires chroniques à dominance froide : asthme bronchique avec crise déclenchée par le froid ou l’humidité, bronchite chronique obstructive (BPCO) en phase de décompensation hivernale, emphysème pulmonaire avec Glaires-Froid, rhinite allergique saisonnière (notamment printanière), sinusite chronique avec mucus clair. Des études pharmacologiques modernes ont identifié des propriétés bronchodilatatrices (Má Huáng via l’éphédrine), anti-inflammatoires et antihistaminiques dans plusieurs composants. La formule est utilisée en association avec des traitements occidentaux dans certains services hospitaliers asiatiques pour les pathologies respiratoires obstructives.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yin ou de vide de Sang marqué : les substances acrides-tièdes aggraveraient le dessèchement
– Réduire la dose ou associer des substances nourrissantes en cas de constitution fragile (personnes âgées, post-partum)
– La présence de Xì Xīn impose la prudence en termes de dosage (toxicité rénale à hautes doses prolongées)
– Cette formule est fortement dispersante ; son usage doit être limité dans le temps dès que les signes d’Extérieur disparaissent
– Ne pas confondre avec Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 qui traite un tableau mixte Froid-Extérieur / Chaleur intérieure avec agitation

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid Extérieur sévère avec transpiration absente marquée, augmenter les doses de Má Huáng (Herba Ephedrae) et de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae)

– En cas de stagnation importante des Liquides avec expectoration très abondante, difficulté à respirer en position allongée, enduit lingual glissant-humide et pouls serré-glissant, augmenter les doses de Xì Xīn (Herba cum Radice Asari) et de Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae), et ajouter Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g

– En cas de congestion nasale prononcée, rhinorrhée abondante et céphalée, substituer Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) à Gān Jiāng, substituer Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) à Bái Sháo, et ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) 9 g et Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 9 g

– En cas de toux et d’irritabilité avec distension thoracique et abdominale, ajouter Shí Gāo (Gypsum) 15-30 g (ce qui donne la variante Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯)

– En cas de toux persistante avec épuisement du Qi du Poumon, ajouter Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae) 9 g et Zǐ Wǎn (Radix Asteris Tatarici) 9 g

– En cas de palpitations par montée de l’eau vers le Cœur, ajouter Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) à dose augmentée pour réchauffer le Yang et transformer les Liquides

– En cas de difficultés urinaires avec Liquides Organiques stagnants, ajouter Fú Líng (Sclerotium Poriae Cocos) 12 g pour drainer les Liquides par la voie urinaire

– En cas de vomissements associés, ajouter les ingrédients de la Zuǒ Jīn Wán 左金丸 (Pilule du Métal Gauche), soit Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae Rutecarpae)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée avec adjonction de Gypse pour tableau mixte Froid-Extérieur/Chaleur intérieure : Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯 (Décoction du Petit Dragon Vert plus Gypse)

– Formule sœur pour Vent-Froid Extérieur avec Chaleur intérieure et agitation intense (sans Glaires-Froid internes) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Formule associée pour Glaires-Froid dans le Réchauffeur Moyen avec dyspnée et palpitations (sans syndrome d’Extérieur) : Líng Guì Zhú Gān Tāng 苓桂朮甘湯 (Décoction de Poria, Cannelle, Atractylodes et Réglisse)

– Formule associée pour asthme avec Glaires et Froid, sans syndrome d’Extérieur, dans un contexte de vide de Yang du Rein : Shè Gān Má Huáng Tāng 射干麻黃湯 (Décoction de Belamcanda et d’Éphédra)

– Formule associée pour dyspnée avec abondance de Glaires chaudes et Froid à l’Extérieur (variante avec chaleur prédominante) : Dìng Chuǎn Tāng 定喘湯 (Décoction qui Arrête l’Asthme)

Contre-indications

– Vide de Yin marqué avec toux sèche, gorge sèche et langue rouge sans enduit
– Vide de Sang avec palpitations, teint pâle, vertiges
– Chaleur intérieure prépondérante (fièvre élevée, soif intense, expectoration jaune et épaisse)
– Syndrome extérieur avec transpiration spontanée (tableau de Guì Zhī Tāng)
– Grossesse (Xì Xīn est considéré comme contre-indiqué, et Bàn Xià non préparé est abortif)
– Hypertension artérielle non contrôlée (Má Huáng contient de l’éphédrine, vasopressive)
– Insuffisance cardiaque décompensée
– Glaucome à angle fermé (risque lié à l’éphédrine)

Précautions

– Surveiller la tension artérielle chez les patients hypertendus traités
– Limiter la durée d’utilisation : formule dispersante à usage temporaire, interrompre dès résolution du syndrome d’Extérieur
– Réduire les doses de Xì Xīn en cas d’insuffisance rénale ou d’usage prolongé (nephrotoxicité potentielle aux doses élevées)
– Réduire les doses globales chez les sujets âgés ou de constitution fragile
– Ne pas associer à des sympathomimétiques (risque d’effets cardio-vasculaires cumulatifs liés à Má Huáng)
– Surveiller les signes de sécheresse excessive (bouche sèche, agitation, palpitations) témoignant d’un début de consommation du Yin par les substances acrides-tièdes
– En cas de vide de Qi du Poumon ou du Rein sous-jacent, ne pas utiliser seul sans adjonction de substances tonifiantes

Populations à risque :

– Femmes enceintes (contre-indication relative à absolue selon les auteurs)
– Nourrissons et jeunes enfants (adapter les doses, surveiller les effets de l’éphédrine)
– Sujets âgés avec vide de Yin ou de Rein
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, cardiopathie ischémique ou arythmie
– Patients sous traitement par inhibiteurs de la MAO (interaction avec l’éphédrine de Má Huáng)
– Patients atteints d’hyperthyroïdie (Má Huáng peut exacerber les symptômes)
– Patients avec antécédents d’anxiété sévère ou d’insomnie (effet stimulant de l’éphédrine)

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Texte fondateur ; articles 40 et 41 décrivent le tableau principal (*wài hán nèi yǐn* 外寒内飲) et l’utilisation de la formule dans le contexte du Tài Yáng avec rétention de fluide-froid interne

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Abrégé des Prescriptions du Coffret d’Or) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Complète les indications du Shāng Hán Lùn en y ajoutant le traitement de la dyspnée, des œdèmes et des rétentions de fluides à composante froide ; décrit également la formule dérivée Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng

Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil commenté des Prescriptions médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commente la structure de la formule, l’équilibre disperser/retenir, et fournit les bases de l’analyse Empereur-Ministre-Conseiller-Ambassadeur encore utilisée aujourd’hui

Fāng Jì Xué 方劑學 / Époque moderne – Shanghai Science Technology Press, 1986 / Manuel de référence de l’enseignement des formules en Chine populaire, codifiant l’analyse contemporaine de la formule.



Yin Qiao San

Yín Qiào Sǎn 銀翹散
Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes fraiches qui libèrent la Superficie (xīn liáng jiě biǎo jì 辛凉解表剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, Dynastie Qīng (1798)

Composition

Jīn Yín Huā (金銀花 Flos Lonicerae Japonicae) 15 g
Lián Qiào (連翹 Fructus Forsythiae Suspensae) 15 g
Jié Gěng (桔梗 Radix Platycodi Grandiflori) 6 g
Niú Bàng Zǐ (牛蒡子 Fructus Arctii Lappae) 9 g
Bò Hé (薄荷 Herba Menthae Haplocalycis) 6 g
Dàn Dòu Chǐ (淡豆豉 Semen Sojae Praeparatum) 5 g
Jīng Jiè (荊芥 Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 5 g
Dàn Zhú Yè (淡竹葉 Herba Lophatheri Gracilis) 4 g
Xiān Lú Gēn (鮮蘆根 Rhizoma Phragmitis Communis Recens) 15–30 g
Gān Cǎo (甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis) 5 g

Actions thérapeutiques

– Disperse le Vent-Chaleur et libère l’Extérieur
– Élimine la Chaleur et détoxifie
– Diffuse le Qi du Poumon et bénéficie à la gorge
– Génère les Liquides Organiques et apaise la soif

Indications

– Stade initial d’une maladie de Tièdeur (Wēn Bìng) au niveau protecteur (Wèi)
– Invasion de Vent-Chaleur affectant le Poumon et l’Extérieur
– Fièvre avec frissons légers ou absents
– Maux de tête, corps douloureux
– Toux
– Gorge rouge, douloureuse ou enflée
– Soif légère
– Atteintes du niveau protecteur : grippe, rhinopharyngite, angine, bronchite aiguë débutante, rougeole à son stade initial, oreillons, encéphalite ou méningite en stade initial

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue rouge à la pointe ; enduit mince, blanc ou légèrement jaune
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de la localisation du facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : traduit la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (pouvant être marquée)
– Frissons légers ou absents
– Maux de tête
– Corps douloureux
– Légère transpiration ou absence de transpiration
– Soif légère

Signes Poumon-gorge :
– Toux
– Gorge rouge, enflée, douloureuse (angine, pharyngite)
– Congestion nasale
– Enrouement possible

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de frissons intenses (différencie du Vent-Froid)
– Absence de transpiration profuse (différencie des stades plus profonds)
– Absence d’enduit jaune épais (différencie d’une invasion ayant pénétré au niveau Qi)
– Absence de soif intense avec désir de boissons froides (différencie du niveau Qi)
– Absence de fièvre élevée isolée sans frissons (différencie du stade yang ming)

Analyse de la Formule

Empereur : Jīn Yín Huā 金銀花 / Lián Qiào 連翹
Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) libère la Chaleur de l’Extérieur et élimine les toxines ; sa saveur douce et froide lui permet de disperser le Vent-Chaleur sans aggraver l’assèchement des Liquides Organiques. Employé conjointement, Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) amplifie l’action de dispersion du Vent-Chaleur et de détoxification ; l’association des deux substances constitue le noyau thérapeutique central de la formule et justifie son nom. Leur dose est volontairement la plus élevée car leur action est le cœur même du traitement.

Ministre : Bò Hé 薄荷 / Dàn Dòu Chǐ 淡豆豉
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis) est acrid et frais ; il renforce l’action de libération de l’Extérieur des Empereurs et diffuse le Qi du Poumon pour bénéficier à la gorge.
Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum) libère légèrement l’Extérieur et aide à disperser la Chaleur superficielle sans provoquer une sudation excessive qui épuiserait le Yin.

Conseiller : Jīng Jiè 荊芥 / Niú Bàng Zǐ 牛蒡子 / Jié Gěng 桔梗 / Dàn Zhú Yè 淡竹葉 / Xiān Lú Gēn 鮮蘆根
Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae), bien que de nature chaude et âcre, renforce ici l’action de libération de l’Extérieur sans engendrer de sécheresse ; son action diaphorétique légère complète celle des Ministres.
Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii Lappae) diffuse le Qi du Poumon, bénéficie à la gorge et réduit l’inflammation pharyngée.
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), par son action ascendante, ouvre la voie du Poumon et traite la gorge ; associé à Gān Cǎo, il forme une combinaison classiquement efficace contre les douleurs pharyngées.
Dàn Zhú Yè (Herba Lophatheri Gracilis) et Xiān Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis Communis Recens) génèrent les Liquides Organiques, apaisent la soif et évacuent la Chaleur.

Ambassadeur : Gān Cǎo 甘草
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis) harmonise l’action de toutes les autres substances, contribue à l’élimination de la Chaleur-toxines et renforce, avec Jié Gěng, l’effet thérapeutique sur la gorge.

Commentaires

Signification du nom :
Yín 銀 désigne la fleur de Chèvrefeuille (Jīn Yín Huā, littéralement « fleur d’or et d’argent »), Qiào 翹 désigne le Forsythia (Lián Qiào), et Sǎn 散 signifie « poudre ». Le nom de la formule est donc bâti sur les deux substances Empereurs, signalant, selon la lecture de Qín Bó-Wèi, la volonté délibérée de Wú Jú-Tōng d’insister sur l’usage premier des substances froides dans le traitement du stade initial des maladies de Tièdeur, rompant ainsi avec la tradition des formules chaudes pour libérer l’Extérieur.

Position dans la tradition :
Yín Qiào Sǎn est la formule emblématique du niveau protecteur (Wèi) dans le système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) développé par Yè Tiān-Shì et codifié par Wú Jú-Tōng dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn (1798). Elle représente la réponse canonique des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng) à leur stade le plus superficiel, et s’inscrit dans la rupture historique avec l’école des maladies induites par le Froid (Shāng Hán). Elle est comparée régulièrement à Sāng Jú Yǐn : si les deux formules traitent le niveau protecteur de Vent-Chaleur, Yín Qiào Sǎn est plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la Chaleur-toxines, tandis que Sāng Jú Yǐn est plus efficace pour traiter la toux.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule conjugue deux mouvements complémentaires : une action vers l’Extérieur (substances acrides et diaphorétiques légères : Jīng Jiè, Bò Hé, Dàn Dòu Chǐ) et une action de refroidissement et détoxification (Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Xiān Lú Gēn). Cette double polarité évite l’erreur de traiter les maladies de Tièdeur avec des substances uniquement chaudes et diaphorétiques, qui aggraveraient la Chaleur et lèseraient le Yin. La décoction doit être préparée brièvement (moins de 20 minutes) pour préserver les huiles essentielles des substances légères et aromatiques, notamment Bò Hé ajouté en fin de cuisson.

Pertinence clinique contemporaine :
Yín Qiào Sǎn reste l’une des formules les plus prescrites en pratique clinique contemporaine pour les affections aiguës des voies respiratoires supérieures d’origine virale ou bactérienne : rhinopharyngites, angines, laryngites, bronchites aiguës débutantes, syndromes grippaux, rougeole à son stade initial, oreillons, ainsi que les stades initiaux d’encéphalite ou de méningite bactérienne. Elle est commercialisée sous de nombreuses formes galéniques (granulés, comprimés, gélules) et fait l’objet d’études pharmacologiques démontrant des activités antivirales, antibactériennes et antipyrétiques. Biomédicalement, son profil d’action correspond à une modulation de la réponse inflammatoire aiguë des voies aériennes supérieures.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang ou d’invasion de Vent-Froid (frissons prédominants, absence de soif, enduit blanc)
– La formule est contre-indiquée lorsque le facteur pathogène a déjà pénétré au niveau Qi (fièvre élevée isolée, enduit jaune épais, soif intense)
– En cas d’Humidité-Chaleur, la formule est peu efficace sans modification (selon Yè Tiān-Shì, le Vent-Chaleur doit être évacué par la sudation ; le Vent-Humidité doit être drainé par le bas)
– La brièveté de la cuisson est fondamentale : une décoction trop longue détruit les principes actifs aromatiques et réduit l’efficacité diaphorétique et antipyrétique
– À administrer fréquemment et en petites doses (toutes les 4 à 6 heures) aux stades initiaux aigus pour maintenir l’action thérapeutique

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Oppression thoracique marquée : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches seu Pogostemi) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation du Qi thoracique

– Soif intense : ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) pour générer les Liquides Organiques

– Angine ou pharyngite sévère : ajouter Mǎ Bó (Fructificatio Lasiosphaerae seu Calvatiae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) pour refroidir et bénéficier à la gorge

– Toux prononcée : ajouter Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) pour diffuser le Qi du Poumon et arrêter la toux

– Chaleur pénétrant à l’Intérieur avec urine rare : ajouter Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae), Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae Asphodeloidis) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis)

– Épistaxis : supprimer Jīng Jiè et Dàn Dòu Chǐ, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis) pour refroidir le Sang et arrêter le saignement

– Rougeole débutante avec éruption incomplète : ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Fú Píng (Herba Lemnae seu Spirodelae) pour faire éclore l’éruption

– Abcès ou furoncles débutants : ajouter Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci Mongolici cum Radice) et Dà Qīng Yè (Folium Daqingye) pour renforcer la détoxification

– Enduit jaune et diarrhée : associer à Gě Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction à la Kudzu, au Coptis et à la Scutellaire) (texte source)
– Endométrite aiguë : supprimer Gān Cǎo et Dàn Zhú Yè, ajouter Zhī Zǐ, Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae)

– Oppression thoracique due à l’Humidité : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches) et Yù Jīn (Tuber Curcumae) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour les restes de Chaleur après purge incomplète au stade yang ming avec lésion du Yin : Yín Qiào Tāng 銀翹湯 (Décoction à la Chèvrefeuille et au Forsythia) — compose de Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Gān Cǎo, Mài Mén Dōng et Shēng Dì Huáng ; enrichit le Yin et évacue la Chaleur de l’Extérieur (source : Wēn Bìng Tiáo Biàn)

– Formule de libération de l’Extérieur avec renforcement contre les facteurs pathogènes, pour abcès débutants avec tableau extérieur : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre à la Chèvrefeuille et au Forsythia pour Vaincre les Toxines) — ajouter Jīn Yín Huā et Lián Qiào à Rén Shēn Bài Dú Sǎn (source : Yī Fāng Jí Jiě)

Contre-indications

– Invasion de Vent-Froid (frissons intenses, absence de soif, pas de fièvre dominante, enduit blanc)
– Vide de Yang ou de Qi avec constitution fragile
– Humidité-Chaleur sans modification préalable de la formule
– Stade plus profond (niveau Qi, Nutrif ou Sang) sans adaptation importante de la composition
– Sudation profuse déjà présente signe d’épuisement du Yin ou d’atteinte plus profonde

Précautions

– Ne pas faire cuire plus de 20 minutes ; Bò Hé doit être ajouté 5 minutes avant la fin de la décoction
– Administrer fréquemment (toutes les 4 à 6 heures) pour maintenir l’effet thérapeutique en phase aiguë
– Surveiller l’évolution clinique : si la fièvre persiste ou s’aggrave et si l’enduit devient jaune et épais, adapter la formule à un stade plus profond
– Éviter les aliments épicés, gras ou frits pendant le traitement
– Les formes commerciales en comprimés peuvent contenir des additifs modernes ; vérifier la composition exacte avant prescription

Populations à risque :

– Patients présentant un vide de Yin préexistant marqué : la sudation provoquée peut aggraver la lésion du Yin ; envisager l’ajout de substances nourrissant le Yin (Shēng Dì Huáng, Mài Mén Dōng)
– Femmes enceintes : prudence en raison de l’action diaphorétique et de la présence de Niú Bàng Zǐ et Bò Hé ; à n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue et sous surveillance
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les doses en proportion du poids ; s’assurer de l’absence de contre-indication pédiatrique pour chaque substance
– Patients avec vide de Yang ou froid de l’Estomac : la nature froide de la formule peut léser le Yang de la Rate-Estomac ; envisager l’ajout de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ou de Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae)

Textes de Référence

Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) / Dynastie Qīng, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) / Texte source de la formule ; présente Yín Qiào Sǎn comme formule canonique du stade protecteur des maladies de Tièdeur dues au Vent-Chaleur, avec l’instruction de préparer une décoction brève de Xiān Lú Gēn et de prendre les autres substances en poudre à 9 g par dose avec cette décoction

Wài Gǎn Wēn Bìng 外感溫病 / Tradition des maîtres de l’École des Maladies de Tièdeur, notamment Yè Tiān-Shì 葉天士 / Codification du système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) dans lequel s’inscrit l’indication première de Yín Qiào Sǎn ; précise que le Vent-Chaleur doit être évacué par ventilation de l’Extérieur et que l’emploi exclusif de substances chaudes serait une erreur thérapeutique grave

Zhōng Yī Fāng Jì Lín Chuáng Shǒu Cè 中醫方劑臨床手冊 (Manuel Clinique des Formules de Médecine Chinoise) / Époque contemporaine / Recense de nombreuses études cliniques validant l’usage de Yín Qiào Sǎn dans les infections aiguës des voies respiratoires supérieures, les syndromes grippaux, la rougeole et les oreillons, ainsi que les encéphalites à stade initial



Gui Zhi Tang

Guì Zhī Tāng 桂枝湯
Décoction de Rameau de Cannelier

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì 辛温解表剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale

Composition

Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 9 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 4 pièces (env. 12 g)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère les influences pathogènes de la couche musculaire (cou li 腠理)
– Régularise le Qi Défensif (Wèi Qì 衛氣) et le Qi Nourricier (Yíng Qì 營氣)
– Harmonise l’Intérieur et l’Extérieur
– Tonifie le Qi du Milieu (Rate-Estomac)

Indications

– Invasion externe de Vent-Froid avec vide relatif du Qi Défensif
– Fièvre et frissons non soulagés par la transpiration
– Transpiration spontanée présente (signe distinctif)
– Céphalées et nuque raide
– Congestion nasale et nausées sans vomissements francs
– Absence de soif particulière
– Aversion au Vent
– Faiblesse constitutionnelle, convalescence après maladie grave, post-partum

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince, blanc et humide ; corps de la langue normal ou légèrement pâle.
Pouls :
浮 (superficiel) : indique la présence d’une influence pathogène à l’Extérieur
Huǎn 緩 (modéré, légèrement lent) ou Ruò 弱 (faible) : indique un vide relatif du Qi Défensif et une disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre avec frissons simultanés
– Transpiration spontanée persistante (ne résout pas la condition)
– Aversion au Vent et aux courants d’air
– Fatigue générale
– Teint légèrement terne

Signes respiratoires et digestifs :
– Congestion nasale
– Nausées légères ou nausées à vide (hoquets secs)
– Absence de soif marquée
– Possible légère difficulté à déglutir

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration (orienterait vers Má Huáng Tāng 麻黃湯)
– Absence de fièvre intense avec soif et gorge douloureuse (orienterait vers un syndrome de Chaleur)
– Absence de pouls tendu (jǐn) qui évoquerait un syndrome de Froid en Excès
– Absence de frissons intenses sans fièvre (absence de vide de Yang profond)

Analyse de la Formule

Empereur : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) Chaud, acride et doux, il libère l’influence pathogène de Vent-Froid de la couche musculaire, réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les canaux, et renforce le Qi Défensif pour expulser le facteur pathogène. Il constitue le pivot thérapeutique de la formule en traitant directement la disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif.

Ministre : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) Frais et acide, il nourrit le Yin, bénéficie au Qi Nourricier et contient les Liquides Organiques qui s’échappent par la transpiration incontrôlée. Associé à l’Empereur, il renforce simultanément la capacité du Qi Défensif à expulser le facteur pathogène tout que consolidant le Qi Nourricier. Cette synergie est le cœur de la régulation Ying-Wei.

Conseiller : Shēng Jiāng 生薑
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) Chaud et acride, il assiste l’Empereur dans la libération de l’Extérieur, réchauffe le Qi Nourricier et harmonise l’Estomac pour traiter les nausées et le Qi rebelle de l’Estomac. Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae), second Conseiller, nourrit et harmonise le Qi Nourricier et le Sang, renforce le Qi du Milieu et assiste le Ministre dans la stabilisation de l’intérieur.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) Doux et tiède, il tonifie le Qi du Milieu, harmonise l’action de toutes les herbes de la formule et modère la dispersion sudorifique de l’Empereur pour prévenir une transpiration excessive. Il soutient également Dà Zǎo dans le renforcement du Qi de la Rate et de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Guì Zhī 桂枝 désigne le rameau de cannelier (Cinnamomum cassia). Tāng 湯 signifie « décoction » ou « bouillon chaud ». La formule tire son nom de son herb principal, le rameau de cannelier, qui est à la fois son ingrédient distinctif et son agent thérapeutique central. Contrairement à la cannelle d’écorce (ròu guì 肉桂), c’est la branche légère qui agit en surface et dans les canaux sans descendre profondément réchauffer le Yang.

Position dans la tradition :
Guì Zhī Tāng est considérée comme l’une des formules les plus importantes du Shāng Hán Lùn 傷寒論. Zhang Zhong-Jing lui consacre plus de vingt variations dans ce seul texte, ce qui en fait la formule-mère d’une famille extraordinairement prolifique. Les générations suivantes l’ont utilisée comme fondation pour des formules traitant aussi bien des conditions internes que des pathologies chroniques complexes. Elle est souvent décrite comme la formule inaugurale de la médecine chinoise classique, inaugurant le système de la différenciation par les six strates (liù jīng biàn zhèng 六經辨證).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre libérer et consolider. Guì Zhī libère et disperse (action centrifuge, Yang), tandis que Bái Sháo retient et consolide (action centripète, Yin). Cette tension créatrice entre expansion et contention définit la stratégie fondamentale de la formule. Les Conseillers (Shēng Jiāng et Dà Zǎo) ancrent cette dynamique dans le Qi du Milieu, garant de la production continue du Qi Nourricier et du Qi Défensif. L’Ambassadeur Zhì Gān Cǎo harmonise l’ensemble sans briser cet équilibre délicat.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Guì Zhī Tāng est indiquée dès que la constitution est affaiblie, que la transpiration est présente et que l’aversion au Vent domine sur l’aversion au Froid. Elle est particulièrement précieuse en post-partum, en convalescence, chez les personnes âgées et les enfants de faible constitution. Elle est aussi utilisée hors contexte infectieux pour la régulation du système nerveux autonome (hyperhidrose, rhinite allergique, urticaire à froid, spasme cérébrovasculaire) lorsque le tableau Ying-Wei est présent. La biomédecine l’a étudiée dans les infections respiratoires hautes, la fièvre post-partum, la rhinite allergique et l’angiœdème.

Nuances d’usage :
– La condition traitée est désignée dans le Shāng Hán Lùn par le terme zhōng fēng 中風 (« atteinte par le Vent »), par opposition à shāng hán 傷寒 (« blessure par le Froid ») pour laquelle Má Huáng Tāng est indiquée
– La transpiration présente est le signe cardinal qui différencie ce tableau : c’est précisément parce que le Qi Défensif est relatif en vide qu’il ne peut plus contenir les Liquides Organiques
– Le texte source recommande de faire prendre la décoction chaude, de couvrir le patient et d’ingérer une bouillie de riz chaude pour faciliter une légère transpiration ; dès l’apparition de la transpiration, l’administration doit cesser
– En été ou lors de chaleurs intenses, utiliser avec précaution (risque d’aggraver un tableau de Chaleur)
– Contre-indiquée si la transpiration est due à un Vide de Yin ou à une Chaleur interne

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Congestion nasale marquée avec éternuements : ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae)

– Dyspnée et respiration difficile : ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) → Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子湯

– Transpiration profuse : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae), réduire d’un tiers la dose de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) et Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) ; ajouter Huáng Qí (Radix Astragali Membranacei) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Céphalées sévères : substituer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici)

– Douleurs articulaires des extrémités avec fatigue (Humidité) : ajouter Qiāng Huó (Radix et Rhizoma Notopterygii) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Vomissements sévères : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) et de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ; ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis)

– Purge erronée ayant blessé le Yang du thorax, pouls irrégulier et sensation d’oppression thoracique : supprimer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Qù Sháo Yào Tāng 桂枝去芍藥湯

– Plénitude abdominale suite à purge erronée : doubler la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Jiā Sháo Yào Tāng 桂枝加芍藥湯

Formules Dérivées et Associées

– Nuque raide et contractée, transpiration, aversion au Vent : ajouter Gé Gēn (Radix Puerariae) : Guì Zhī Jiā Gé Gēn Tāng 桂枝加葛根湯 (Décoction de Guì Zhī avec Kudzu)

– Syndrome Bi douloureux, douleurs généralisées, pouls flottant déficient et rugueux, résistance du Yang dans les canaux : ajouter Fù Zǐ (Radix Lateralis Aconiti Carmichaeli Praeparata) : Guì Zhī Jiā Fù Zǐ Tāng 桂枝加附子湯 (Décoction de Guì Zhī avec Aconit Préparé)

– Syndrome Taiyang persistant avec épuisement partiel du Qi Défensif, visage rouge, prurit généralisé : combiner à demi-dose avec Má Huáng Tāng : Guì Zhī Má Huáng Gè Bàn Tāng 桂枝麻黃各半湯 (Décoction moitié-moitié Guì Zhī et Má Huáng)

– Douleurs abdominales spasmodiques par vide consomptif (Zhōng Jiāo), accompagnées de palpitations et vertiges : ajouter Yí Táng (Saccharum Granorum) et doubler Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) : Xiǎo Jiàn Zhōng Tāng 小建中湯 (Petite Décoction pour Construire le Milieu)

– Palpitations, émission de Sperme nocturne, instabilité de l’Esprit (Shen 神), transpiration par vide de Yang : ajouter Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝加龍骨牡蠣湯 (Décoction de Guì Zhī avec Os du Dragon et Huître)

– Syndrome Bi douloureux avec Vent-Froid-Humidité et déficience de Yang : ajouter Fù Zǐ (Radix Aconiti) et remplacer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par des herbes spécifiques : Wū Tóu Guì Zhī Tāng 烏頭桂枝湯 (Décoction d’Aconit et Guì Zhī)

Contre-indications

– Syndrome Extérieur de Froid en Excès avec absence de transpiration (indiquer Má Huáng Tāng)
– Syndrome de Chaleur Extérieure (Vent-Chaleur) avec fièvre intense, soif ou gorge douloureuse
– Chaleur interne avec saignements de nez (la formule pourrait aggraver le saignement)
– Transpiration due à un vide de Yin (l’action dispersante de Guì Zhī aggraverait le vide de Yin)
– Utilisation en été ou lors de chaleurs intenses sans indication claire du tableau Ying-Wei
– Pouls rapide avec fièvre et soif (signe de Chaleur interne)

Précautions

– Ne pas administrer en cas de transpiration profuse : risque de vider davantage le Qi Défensif et les Liquides Organiques
– En cas d’erreur de prescription ou de dosage excessif, une transpiration profuse, fièvre intense, soif vive et palpitations peuvent survenir ; administrer alors Bái Hǔ Jiā Rén Shēn Tāng pour corriger les effets secondaires
– Interdire la consommation d’alcool, d’aliments crus, froids, pimentés ou gras pendant le traitement
– La décoction doit être prise chaude, suivie d’une bouillie de riz chaude ; le patient doit se couvrir pour favoriser une légère transpiration
– Dès l’apparition de la transpiration, cesser l’administration ; ne pas répéter en cas de succès dès la première prise
– En cas de présence d’une Chaleur interne associée, même légère, prendre avec extrême prudence

Populations à risque :

– Patients avec vide de Yin ou épuisement des Liquides Organiques : contre-indiqués (risque d’aggravation)
– Patients hypertendus ou avec des saignements actifs : à éviter en raison de l’action de Guì Zhī qui stimule la circulation
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence (action tonifiante du Sang et active la circulation dans les canaux)
– Patients avec tendance aux épistaxis : la formule peut déclencher des saignements de nez si appliquée en présence de Chaleur
– Personnes constitutionnellement Yin-déficientes (vide de Yin chronique) : surveillance étroite requise

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte fondateur de la médecine classique chinoise dans lequel Guì Zhī Tāng occupe une place inaugurale et centrale ; plus de vingt variations y sont décrites. Le texte précise les modalités d’administration (décoction chaude, bouillie de riz, couverture) et les conditions d’arrêt du traitement.

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Second grand texte de Zhang Zhong-Jing, qui reprend et étend les applications de Guì Zhī Tāng aux maladies internes complexes, notamment aux désordres du post-partum, aux douleurs abdominales et aux pathologies mixtes Extérieur-Intérieur.

Yī Fāng Kǎo 醫方考 (Études sur les Formules Médicales) / Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun 吳崑) / Commentaire analytique détaillé de la formule dans le cadre de la systématisation des formules classiques ; met en valeur la dynamique Ying-Wei comme clé d’interprétation de Guì Zhī Tāng.

Shāng Hán Lùn Tiáo Biàn 傷寒論條辨 (Explication Analytique du Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Ming (Fang You-Zhi 方有執) / Commentaire classique qui précise l’opposition entre zhōng fēng et shāng hán et la place de Guì Zhī Tāng dans le système des six strates.



Xiao Yao San

逍遙散 Xiāo Yáo Sǎn
Poudre du Vagabond Libre et Tranquille

Catégorie : Formules qui harmonisent (hé jiě jì 和解剂)
Sous-catégorie : Formules qui harmonisent le Foie et la Rate (tiáo hé gān pí jì 调和肝脾剂)
Source : Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 (Formules du Bureau des Remèdes Bienveillants pour la Paix Universelle) – Dynastie Song (960-1279)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Racine de Buplèvre 9 g
M 當歸 Dāng Guī Radix Angelicae sinensis Racine d’Angélique chinoise 9 g
M 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae alba Racine de Pivoine blanche 12 g
C 白朮 Bái Zhú Rhizoma Atractylodis macrocephalae Rhizome d’Atractyle à grande tête 9 g
C 茯苓 Fú Líng Poria cocos Poria, Champignon Poria 15 g
C 薄荷 Bò Hé Herba Menthae haplocalycis Menthe poivrée chinoise 3 g
C 生薑 Shēng Jiāng Rhizoma Zingiberis recens Gingembre frais 3 tranches
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae uralensis preparata Racine de Réglisse préparée au miel 6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse la Stagnation du Qi du Foie
Tonifie le Sang et nourrit le Foie
Tonifie la Rate et l’Estomac
Harmonise le Foie et la Rate
Facilite la circulation du Qi

Indications

Syndromes traités :
Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang du Foie
Dysharmonie Foie-Rate
Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang et chaleur légère (Feu du Foie naissant)
Stagnation du Qi et du Sang dans le contexte gynécologique

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue pâle ou légèrement rouge sur les bords, enduit mince et blanc ou légèrement jaune si la Chaleur est présente.
Pouls :
Xián 弦 (Pouls en Corde) : signe de Stagnation du Qi du Foie
Xián Xì 弦細 (Pouls en Corde et Fin) : présent si le vide de Sang est marqué
Xián Ruò 弦弱 (Pouls en Corde et Faible) : signe d’une disharmonie Foie-Rate avec vide de Qi de la Rate

Liste des Symptômes

Gynécologie :
Dysménorrhée : douleurs avant ou pendant les règles
Irrégularités menstruelles (cycles irréguliers, flux abondant ou réduit)
Syndrome prémenstruel : irritabilité, tension des seins, ballonnements
Aménorrhée par vide de Sang et Stagnation du Qi du Foie
Leucorrhées

Digestif :
Distension et douleur hypocondriaque (droit et/ou gauche)
Distension abdominale et épigastrique
Selles irrégulières (diarrhée alternant avec constipation)
Perte d’appétit, nausées légères
Éructations, reflux gastrique

Général :
Fatigue, lassitude
Vertiges, maux de tête
Sensation de boule dans la gorge (Méi Hé Qì 梅核氣)
Troubles du sommeil (insomnie légère, rêves agités)
Irritabilité, sautes d’humeur, état dépressif léger
Fièvre légère intermittente ou sensation de chaleur

Pathologies organiques associées :
Hépatites chroniques, cirrhose débutante
Syndromes douloureux chroniques de la région hypocondriaque
Troubles anxio-dépressifs légers à modérés
Maladies auto-immunes hépatiques
Syndromes menstruels complexes

Analyse de la Formule

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est amer, acide et légèrement froid. En tant qu’Empereur, il remplit la fonction cardinale de la formule : disperser le Foie et faire circuler le Qi du Foie. Sa nature ascendante et dispersante lui permet de lever la Stagnation du Qi du Foie stagnant dans le Jiao moyen et dans les canaux du Foie et de la Vésicule Biliaire. Il guide l’ensemble de la formule vers le méridien du Foie et de la Vésicule Biliaire, et sa légèreté lui permet d’agir aussi sur les aspects émotionnels en libérant l’Esprit (Shen 神) comprimé par la Stagnation.

Dāng Guī 當歸 – Ministre :
Dāng Guī (Radix Angelicae sinensis) est doux, acide, légèrement amer et chaud. Premier Ministre, il nourrit le Sang et active le Sang, ce qui est essentiel car la Stagnation du Qi du Foie s’accompagne fréquemment d’un vide de Sang du Foie. En nourrissant le Sang, Dāng Guī nourrit le Foie à la source et soutient l’action de l’Empereur. Son action réchauffante et mobilisatrice évite que la formule ne devienne trop froide ou stagnante.

Bái Sháo 白芍 – Ministre :
Bái Sháo (Radix Paeoniae alba) est acide, amer et légèrement froid. Il nourrit le Sang du Foie, calme le Foie, relâche les spasmes et arrête la douleur. Son acidité concentre et retient le Sang, en synergie avec Dāng Guī pour nourrir le Foie. La combinaison Chái Hú – Bái Sháo constitue le cœur stratégique de la formule : l’un disperse, l’autre nourrit et retient, assurant que la dispersion ne vide pas davantage le Sang. Bái Sháo contribue à calmer le Foie hyperactif par le haut en nourrissant son Yin.

Bái Zhú 白朮 et Fú Líng 茯苓 – Conseillers :
Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis macrocephalae), doux et amer, tiède, tonifie le Qi de la Rate et assèche l’Humidité. Fú Líng (Poria cocos), insipide, neutre, tonifie la Rate, calme l’Esprit et drène l’Humidité. Cette paire Bái Zhú – Fú Líng renforce la Rate, organe typiquement affaibli lorsque le Foie est en Stagnation et l’envahit. Leur action tonifiante de la Rate traite la cause secondaire de la disharmonie Foie-Rate, empêchant la Stagnation du Foie d’aggraver le vide de la Rate.

Bò Hé 薄荷 et Shēng Jiāng 生薑 – Conseillers :
Bò Hé (Herba Menthae), acrid, frais et froid, assiste l’Empereur Chái Hú en dispersant la Stagnation du Qi du Foie par sa nature légère et ascendante, et dissipe la Chaleur légère qui peut en résulter. Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis recens), acrid et tiède, harmonise l’Estomac, prévient les nausées et modère la nature froide de Bái Sháo. Ensemble, ils affinent l’action de la formule sur le Jiao moyen.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae preparata), doux et tiède, harmonise toutes les substances de la formule et tonifie le Qi du Centre. Associé à Bái Sháo, il calme la douleur par la combinaison acide-doux (suān gān huà yīn 酸甘化陰). Il sert également de correcteur en modérant les propriétés dispersantes potentiellement excessives de Chái Hú.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiāo Yáo 逍遙 évoque la liberté de mouvement, l’errance sans contrainte, la légèreté d’un être qui se déplace librement dans l’espace. Ce terme est directement emprunté au premier chapitre du Zhuāngzǐ 莊子, texte fondateur du taoïsme, intitulé Xiāo Yáo Yóu 逍遙遊 (L’errance absolue) : Zhuangzi y décrit un être idéal qui voyage sans entrave, libéré de toute contrainte et de tout attachement. Appliquer ce nom à la formule exprime l’objectif thérapeutique : redonner au Qi du Foie la fluidité et la liberté de circulation qui caractérisent son état de santé, à l’image du Bois qui doit pouvoir se développer et circuler librement. La poudre (Sǎn 散) évoque aussi la dispersion, ce qui renforce l’idée de libérer ce qui est stagnant.

Position dans la tradition :
La formule est issue du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方, recueil officiel de la Pharmacopée de la Cour des Song (960-1279), compilé sous l’égide du Bureau Impérial de Médecine. Elle est héritière d’une longue réflexion sur la relation Foie-Rate initiée dans le Nèi Jīng 內經. Son utilisation s’est élargie à travers les dynasties suivantes, notamment sous les Ming et les Qing, où les médecins de l’école des maladies des femmes (Fù Kē 婦科) en ont fait un pilier du traitement gynécologique. Les grands commentateurs comme Zhāng Jǐng-Yuè (Ming) et Wáng Kěn-Táng ont développé son usage clinique, et la formule a été étudiée de manière extensive par les médecins contemporains. Maciocia la cite abondamment dans La pratique de la médecine chinoise (Elsevier) comme formule de référence pour la Stagnation du Qi du Foie, en particulier dans un contexte gynécologique.

Équilibre dynamique de la formule :
L’architecture de la Xiāo Yáo Sǎn repose sur une triple logique thérapeutique. Premièrement, la relation de complémentarité entre disperser et nourrir : Chái Hú disperse, Dāng Guī et Bái Sháo nourrissent, évitant que la dispersion ne crée un vide ou que le vide ne soit aggravé par une action trop agressive. Deuxièmement, la relation entre traiter le Foie et soutenir la Rate : la paire Bái Zhú – Fú Líng rectifie la Rate qui subit l’agression du Foie en Stagnation, traitant simultanément la cause (Stagnation du Foie) et l’effet (vide de la Rate). Troisièmement, un équilibre thermique subtil : la nature légèrement froide de Chái Hú et Bái Sháo est tempérée par la chaleur de Dāng Guī et Shēng Jiāng, la formule restant globalement neutre à légèrement tiède, ce qui lui confère une grande polyvalence clinique.

Pertinence clinique contemporaine :
La Xiāo Yáo Sǎn est l’une des formules les plus prescrites dans les cliniques de MTC contemporaines, aussi bien en Chine qu’en Occident. Elle est régulièrement utilisée pour les troubles anxio-dépressifs, le syndrome prémenstruel, la dysménorrhée, les troubles digestifs fonctionnels (syndrome de l’intestin irritable), les hépatites chroniques et les troubles hépatobiliaires. De nombreuses études pharmacologiques modernes ont identifié des effets hépatoprotecteurs, anxiolytiques, antidépresseurs et régulateurs endocriniens pour les composants de la formule, notamment Chái Hú et Bái Sháo. Sa facilité de modification (Jiā Jiǎn) en fait également une base de travail privilégiée pour de nombreuses variations cliniques.

Nuances d’usage :
Xiāo Yáo Sǎn doit être distinguée de Sì Ní Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions), qui traite également la Stagnation du Qi du Foie mais avec des extrémités froides et sans vide de Sang marqué, et de Chái Hú Shū Gān Tāng 柴胡疏肝湯, qui traite une Stagnation du Qi du Foie plus prononcée avec douleur hypocondriaque intense, sans contexte de vide de Sang. Elle se distingue aussi de Yī Guàn Jiān 一貫煎 (Décoction de la Continuité), qui traite un vide de Yin du Foie et des Reins avec Stagnation secondaire, contexte où Xiāo Yáo Sǎn serait trop dispersante. En cas de Feu du Foie prononcé ou de Chaleur significative, la formule doit être modifiée ou remplacée par Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn 加味逍遙散. Elle est déconseillée en cas de vide de Yin sévère du Foie, car Chái Hú peut aggraver la sécheresse.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu du Foie avec irritabilité marquée, sensation de chaleur et joues rouges, ajouter Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 6 g et Shān Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) 6 g (formule dérivée : Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn)

– En cas de Stagnation de Sang avec dysménorrhée sévère, ajouter Táo Rén (Semen Persicae) 9 g et Hóng Huā (Flos Carthami) 6 g

– En cas de douleur hypocondriaque intense avec Stagnation de Qi marquée, ajouter Yù Jīn (Radix Curcumae) 9 g et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) 9 g

– En cas de distension abdominale avec déficit de la Rate prononcé, ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri reticulatae) 6 g et Shā Rén (Fructus Amomi) 4,5 g

– En cas d’insomnie et d’agitation de l’Esprit, ajouter Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi spinosae) 9 g et Hé Huān Pí (Cortex Albiziae) 9 g

– En cas de nausées et de vomissements par attaque de l’Estomac par le Foie, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g et Zhú Rú (Caulis Bambusae in Taeniam) 6 g

– En cas de vide de Yin du Foie avec sécheresse oculaire et vertiges, ajouter Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) 12 g et Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri lucidi) 9 g

– En cas de sensation de boule dans la gorge (Méi Hé Qì), ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae officinalis) 6 g et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g

– En cas de migraines par Stagnation du Qi du Foie ascendant, ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) 6 g et Màn Jīng Zǐ (Fructus Viticis) 9 g

– En cas de leucorrhées par vide de la Rate et Humidité, ajouter Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) 15 g et Zé Xiè (Rhizoma Alismatis) 9 g

– En cas de hépatite chronique avec élévation des transaminases, ajouter Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) 6 g et Dān Shēn (Radix Salviae miltiorrhizae) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Ajout de Mǔ Dān Pí 牡丹皮 et Shān Zhī Zǐ 梔子 pour traiter le Feu du Foie avec irritabilité et chaleur : Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn 加味逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre et Tranquille Renforcée) – aussi appelée Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散

– Suppression de Shēng Jiāng et Bò Hé, ajout de Shú Dì Huáng 熟地黃 pour tonifier davantage le Sang et le Yin : Hēi Xiāo Yáo Sǎn 黑逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre et Tranquille Noire), indiquée pour un vide de Sang plus profond avec Stagnation du Foie

– Combinaison avec les principes des formules tonifiant la Rate en contexte de fatigue chronique gynécologique : Xiāo Yáo Sǎn associée à Guī Pí Tāng 歸脾湯 pour les saignements utérins par vide de la Rate et Stagnation du Foie

– Modification par ajout de drogues activant le Sang et régulant les règles dans un contexte de dysménorrhée sévère : Xiāo Yáo Sǎn associée à Shī Xiào Sǎn 失笑散

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin sévère du Foie et des Reins : Chái Hú, par sa nature montante et dispersante, peut aggraver la sécheresse et épuiser davantage le Yin ; préférer Yī Guàn Jiān 一貫煎
– Feu du Foie intense avec Chaleur de Sang prononcée : la formule de base est insuffisante ; utiliser Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn ou Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯
– Humidité-Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire : les substances nourricières (Dāng Guī, Bái Sháo) peuvent retenir l’Humidité

Mises en garde :
– Utiliser Chái Hú à des doses réduites (3-6 g) en cas de vide de Yin sous-jacent pour limiter son action dispersante sur le Yin
– Bò Hé doit être ajouté en fin de décoction (5 minutes) en raison de sa volatilité
– Grossesse : usage avec précaution, Dāng Guī peut stimuler l’utérus à fortes doses
– Éviter l’usage prolongé sans réévaluation clinique, notamment en cas d’évolution vers un vide de Yin

Populations à risque :

Patients avec Yin constitutionnellement faible
Personnes souffrant de saignements abondants (Dāng Guī est activateur du Sang)
Pathologies hépatiques sévères avec insuffisance hépatocellulaire

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song (960-1279) – Bureau Impérial de Médecine Source primaire de la formule ; première codification officielle
Nèi Jīng – Sù Wèn 內經·素問 Antiquité (auteur collectif, rédaction ~200 av. J.-C. – IIe s. ap. J.-C.) Fondements théoriques de la relation Foie-Rate, des cinq Mouvements et de la pathologie du Bois envahissant la Terre
Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 Dynastie Ming – Zhāng Jǐng-Yuè (1563-1640) Développement du contexte gynécologique et des modifications de la formule
Fù Kē Yù Chǐ 婦科玉尺 Dynastie Qing – Shěn Jīn-áo (1717-1776) Usage gynécologique approfondi : dysménorrhée, irrégularités menstruelles, leucorrhées
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Dynastie Qing – Wú Qiān et al. (1742) Commentaire officiel Qing ; analyse de la composition et des modifications



Chai Hu Shu Gan Tang

柴胡疏肝湯 Chái Hú Shū Gān Tāng
Décoction de Buplèvre pour diffuser le Qi du Foie

Catégorie : Formules qui harmonisent (hé jiě jì 和解剂)
Sous-catégorie : Formules qui harmonisent le Foie et la Rate (tiáo hé gān pí jì 调和肝脾剂)
Source : Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Jing Yue), Zhang Jie-Bin, 1624

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre 6 g
M 香附 Xiāng Fù Rhizoma Cyperi Souchet rond 4,5 g
M 川芎 Chuān Xiōng Rhizoma Chuanxiong Ligustique de Chine 4,5 g
C 枳殼 Zhǐ Ké Fructus Aurantii Fruit mûr de l’oranger amer 4,5 g
C 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae Alba Pivoine blanche 4,5 g
C 陳皮 Chén Pí Pericarpium Citri Reticulatae Écorce de mandarine séchée 6 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Praeparata Réglisse préparée au miel 1,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse le Foie et régule le Qi
Active le Sang et soulage la douleur
Harmonise les mouvements du Qi dans le Réchauffeur Moyen

Indications

Syndromes traités :
Stagnation du Qi du Foie avec douleur hypocondriale
Stagnation du Qi entravant la circulation du Sang
Stagnation du Qi du Foie envahissant l’Estomac et la Rate

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue de couleur normale à légèrement rouge sur les bords, enduit mince et blanc, ou légèrement violacé si la stagnation de Sang est présente

Pouls :
Xián 弦 (en corde) : pouls en corde, signe principal de la Stagnation du Qi du Foie, marquant la tension et la résistance au flux
Xián Sè 弦澀 (en corde et rugueux) : pouls en corde et rugueux indiquant une stagnation de Sang associée à la Stagnation du Qi

Liste des Symptômes

Signes principaux :
Douleur et distension des hypocondres, unilatérale ou bilatérale
Sensation d’oppression et de plénitude dans la poitrine
Soupirs fréquents
Irritabilité, humeur changeante, tendance à la colère
Douleurs abdominales aggravées par les émotions

Signes digestifs et secondaires :
Nausées, éructations, régurgitation acide
Ballonnements épigastriques
Douleurs erratiques dans l’abdomen
Dysménorrhée ou irrégularités menstruelles
Sensation de boule dans la gorge (prunier dans la gorge)

Analyse de la Formule

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est l’herbe souveraine, acide, amère et légèrement froide. Elle pénètre les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire pour disperser la Stagnation du Qi du Foie, lever la contrainte intérieure et élever le Yang clair. Sa nature ascendante et dispersante en fait l’outil privilégié pour dégager le Qi stagnant du Foie et soulager les douleurs hypocondrale et abdominale liées à la dépression-contrainte du Foie. Scheid et al. soulignent que cette plante est indispensable dans toutes les formules visant à harmoniser le Foie et à disperser sa Stagnation de Qi.

Xiāng Fù 香附 – Ministre :
Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) est le principal régulateur du Qi du Foie dans la pharmacopée chinoise. D’un point de vue thérapeutique, cette substance acide, légèrement amère et légèrement douce entre dans les méridiens du Foie, du Triple Réchauffeur et de l’Estomac pour réguler et désobstruer le Qi du Foie, soulager la douleur et harmoniser les relations Foie-Estomac. Chen & Chen précisent que Xiāng Fù est particulièrement efficace pour traiter les douleurs hypocondrale et abdominale liées à la Stagnation du Qi du Foie, et sa combinaison avec Chái Hú amplifie l’action de dispersion du Foie.

Chuān Xiōng 川芎 – Ministre :
Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong), acide et chaud, entre dans les méridiens du Foie, de la Vésicule Biliaire et du Péricarde. En tant que deuxième Ministre, il active le Sang, désobstrue les vaisseaux, régule le Qi dans le Sang et soulage la douleur. Cette substance joue un rôle crucial dans la prévention du passage de la Stagnation du Qi à la stagnation de Sang, évolution fréquente et préoccupante dans les cas chroniques. Bensky et al. notent que son association avec Xiāng Fù et Chái Hú optimise la levée de la Stagnation du Qi du Foie tout en protégeant la circulation sanguine.

Zhǐ Ké 枳殼 – Conseiller :
Zhǐ Ké (Fructus Aurantii), amer, acide et légèrement froid, entre dans les méridiens du Foie, de la Rate et de l’Estomac. Ce Conseiller fait descendre le Qi, désobstrue les accumulations de Qi dans le Réchauffeur Moyen et soulage la distension abdominale et la plénitude de Qi thoracique. Agissant en opposition complémentaire avec l’action ascendante de Chái Hú, il assure le bon mouvement bidirectionnel du Qi et prévient tout déséquilibre ascendant.

Bái Sháo 白芍 – Conseiller :
Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), amer, acide et légèrement froid, entre dans les méridiens du Foie et de la Rate. Ce Conseiller nourrit le Yin du Foie et le Sang, calme le Yang du Foie et relâche la tension musculaire. Son rôle est fondamental dans cette formule car la Stagnation du Qi du Foie consomme le Yin et le Sang du Foie avec le temps : Bái Sháo prévient cette déplétion en nourrissant la substance du Foie tout en aidant à soulager la douleur. Maciocia souligne que son association avec Zhì Gān Cǎo constitue la combinaison classique Sháo Yào Gān Cǎo Tāng pour relâcher les spasmes et soulager la douleur.

Chén Pí 陳皮 – Conseiller :
Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), acide et chaud, entre dans les méridiens de la Rate et du Poumon. Ce troisième Conseiller régule et fait circuler le Qi dans le Réchauffeur Moyen, transforme les Glaires légères, harmonise l’Estomac et arrête les nausées. Sa présence dans la formule témoigne de la préoccupation pour l’envahissement de l’Estomac et de la Rate par le Foie en plénitude de Qi, une pathologie centrale dans l’utilisation clinique de cette décoction.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Praeparata), douce et chaude, entre dans tous les méridiens. L’Ambassadeur harmonise toutes les autres substances de la formule, tonifie modérément le Qi de la Rate et, associé à Bái Sháo, constitue la combinaison classique pour relâcher les spasmes et calmer la douleur. Sa petite dose dans cette formule témoigne d’un rôle harmonisant discret plutôt que tonifiant.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom 柴胡疏肝湯 se décompose en trois éléments : Chái Hú 柴胡 désigne le Buplèvre, plante souveraine de la formule ; Shū 疏 signifie « diffuser », « désobstruer », « laisser libre cours à » et évoque le geste de débloquer un canal encombré ; Gān 肝 désigne le Foie, organe cible ; Tāng 湯 est le terme générique pour « décoction ». Le nom désigne donc littéralement une décoction qui, au moyen du Buplèvre, désobstrue et diffuse le Qi du Foie, libérant la contrainte intérieure et restaurant le libre mouvement.

Position dans la tradition :
La formule est issue du Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Jing Yue) de Zhang Jie-Bin (1563-1640), grand médecin de la dynastie Ming réputé pour sa maîtrise des désordres du Foie et du Rein. Elle est construite sur la base de Sì Nì Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions), formule issue du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing, à laquelle Zhang Jie-Bin a ajouté Xiāng Fù, Chuān Xiōng et Chén Pí pour renforcer l’action de dispersion du Foie et d’activation du Sang. Elle appartient à la grande famille des formules harmonisantes (hé jì 和劑) dont la vocation est de réconcilier deux organes ou deux mouvements du Qi en conflit.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule exprime un équilibre remarquable entre plusieurs axes thérapeutiques complémentaires. D’un côté, l’axe ascendant-dispersant de Chái Hú est tempéré par l’axe descendant-désobstruant de Zhǐ Ké, assurant la bonne circulation verticale du Qi. D’un autre côté, l’action de dispersion active du Qi et du Sang par Xiāng Fù et Chuān Xiōng est équilibrée par le rôle nourrissant et protecteur de Bái Sháo sur le Yin du Foie, prévenant que le traitement ne consomme la substance qu’il cherche à libérer. Enfin, la chaleur légère de Chén Pí et Chuān Xiōng contraste avec la légère fraîcheur de Chái Hú et Bái Sháo, ce qui rend la formule globalement neutre et adaptable à une large variété de terrains.

Pertinence clinique contemporaine :
Dans la pratique contemporaine, Chái Hú Shū Gān Tāng est l’une des formules les plus prescrites pour les désordres fonctionnels du système digestif, hépatobiliaire et gynécologique liés au stress et aux facteurs émotionnels. On la retrouve dans le traitement de la dépression légère à modérée, des syndromes anxio-dépressifs, du syndrome du côlon irritable, des cholécystites chroniques, des lithiases biliaires débutantes, de la dysménorrhée primaire, du syndrome prémenstruel et des douleurs intercostales d’origine fonctionnelle. Maciocia la cite abondamment dans son analyse des syndromes de dépression et des douleurs des hypocondres, notamment pour les situations où la Stagnation du Qi du Foie est la pathologie dominante sans vide de Sang ou de Yin significatif.

Nuances d’usage :
La formule est indiquée dans les tableaux de plénitude, lorsque la Stagnation du Qi du Foie est clairement prédominante sur un terrain de Qi et de Sang relativement préservés. Elle doit être distinguée de Xiāo Yáo Sǎn 逍遙散, davantage indiquée en cas de vide de Sang du Foie concomitant, et de Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散 lorsque la stagnation a généré de la Chaleur. L’utilisation prolongée sans modification peut fragiliser le Yin et le Sang du Foie en raison des substances dispersantes et mobilisantes qu’elle contient. Flaws rappelle qu’une attention particulière doit être portée à l’adjonction de substances nourrissant le Sang ou le Yin dès que la stagnation devient chronique.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de douleur hypocondrale intense avec stagnation de Sang, ajouter Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) 9 g et Yù Jīn (Radix Curcumae) 9 g pour activer le Sang et soulager la douleur

– En cas de stagnation de Sang prononcée avec teint violacé et dysménorrhée, ajouter Táo Rén (Semen Persicae) 9 g et Hóng Huā (Flos Carthami) 6 g pour activer le Sang et disperser la stagnation

– En cas de calculs biliaires ou de lithiase avec douleur hypocondrale, ajouter Jīn Qián Cǎo (Herba Desmodii Styracifolii) 9 g et Hǎi Jīn Shā (Spora Lygodii Japonici) 9 g pour favoriser l’élimination des calculs

– En cas de Stagnation du Qi du Foie transformée en Chaleur avec irritabilité marquée, sensation de chaleur et soif, ajouter Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 9 g et Shān Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) 9 g pour drainer la Chaleur du Foie

– En cas de vide de Sang du Foie concomitant avec fatigue, pâleur et ménorragie, ajouter Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) 9 g et transformer la formule en direction de Xiāo Yáo Sǎn

– En cas d’Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire avec jaunisse, ajouter Yīn Chén Hāo (Herba Artemisiae Scopariae) 15 g et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6 g pour éliminer l’Humidité-Chaleur

– En cas de Stagnation du Qi du Foie envahissant l’Estomac avec nausées et vomissements, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g et Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) 6 g pour harmoniser l’Estomac

– En cas de distension et de plénitude abdominale marquée avec constipation légère, ajouter Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) 6 g et Bīng Láng (Semen Arecae) 9 g pour désobstruer et faire descendre le Qi

– En cas de fibromyalgie avec Stagnation de Qi, stagnation de Sang et Humidité, ajouter Cāng Zhú (Rhizoma Atractylodis) 6 g, Fú Líng (Poria) 6 g, Jī Xuè Téng (Caulis Spatholobi) 6 g et Shā Rén (Fructus Amomi) 4,5 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule mère dont est issue Chái Hú Shū Gān Tāng, à utiliser en cas de Stagnation du Qi du Foie avec membres froids par refoulement de la Chaleur intérieure : Sì Nì Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions)

– Formule dérivée indiquée en cas de Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang et de Yin du Foie, avec fatigue, pâleur et ménorragie : Xiāo Yáo Sǎn 逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre)

– Formule dérivée indiquée lorsque la Stagnation du Qi du Foie a généré de la Chaleur-Feu avec irritabilité intense, saignements et chaleur : Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre à la Pivoine de montagne et au Gardénia)

– Formule associée pour les cas de Stagnation du Qi du Foie avec stagnation de Sang dans la poitrine, douleurs fixes thoraciques et palpitations : Xuè Fǔ Zhú Yū Tāng 血府逐瘀湯 (Décoction qui chasse la stagnation de la Demeure du Sang)

– Formule associée pour les cas où la Stagnation du Qi du Foie se double d’une Chaleur-Humidité dans le Foie et la Vésicule Biliaire avec jaunisse, yeux rouges et urines foncées : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane qui draine le Foie)

– Grande formule harmonisante de la même famille, à utiliser lorsque la stagnation du Shao Yang s’accompagne d’alternance de Froid et de Chaleur, de plénitude thoracique et de nausées : Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡湯 (Petite Décoction de Buplèvre)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin du Foie et du Rein prédominant sans Stagnation de Qi significative
– Vide de Sang du Foie avec sécheresse, ongles cassants, vision trouble et ménorragie par vide
– Plénitude de Feu du Foie avec montée du Yang du Foie et maux de tête violents à prédominance

Mises en garde :
– Ne pas utiliser de manière prolongée sans modification chez les patients présentant un terrain de vide de Yin ou de Sang du Foie, en raison des propriétés dispersantes et mobilisantes de la formule qui risquent d’aggraver ces vides
– Réduire la dose ou modifier la formule en cas de grossesse, en raison de l’action activante du Sang de Chuān Xiōng
– Surveiller l’apparition de signes de sécheresse (bouche sèche, soif, insomnie) lors d’une utilisation prolongée
– Utiliser avec prudence chez les patients dont le terrain de vide de Qi de la Rate prédomine sur la Stagnation du Qi du Foie

Populations à risque :
Femmes enceintes : prudence en raison de l’action activante du Sang
Patients en vide marqué de Qi, de Sang ou de Yin : adapter la formule en ajoutant des substances tonifiantes
Patients âgés avec terrain de vide de Yin constitutionnel

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jǐng Yuè Quán Shū (Œuvres Complètes de Jing Yue) 景岳全書 Dynastie Ming, 1624 (Zhang Jie-Bin 張介賓) Texte source de la formule ; Zhang Jie-Bin y systématise le traitement de la Stagnation du Qi du Foie
Shāng Hán Lùn (Traité sur les Maladies Causées par le Froid) 傷寒論 Fin Han de l’Est, env. 220 (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte source de Sì Nì Sǎn, formule mère dont est dérivée Chái Hú Shū Gān Tāng
Yī Xué Rù Mén (Introduction à la Médecine) 醫學入門 Dynastie Ming, 1575 (Li Chan 李梴) Décrit les syndromes de Stagnation du Qi du Foie et leurs traitements, contexte d’élaboration de la formule
Lèi Zhèng Zhì Cái (Traitements des Syndromes Classifiés) 類證治裁 Dynastie Qing, 1839 (Lin Pei-Qin 林珮琴) Références et commentaires sur l’utilisation de Chái Hú Shū Gān Tāng pour la douleur hypocondrale et les troubles menstruels

Ma Huang Tang

麻黃湯 Má Huáng Tāng
Décoction d’Éphédra

Catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur (Jiě Biǎo Jì 解表劑)
Sous-catégorie : Formules piquantes et tièdes qui libèrent l’Extérieur (Xīn Wēn Jiě Biǎo Jì 辛溫解表劑)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale (env. 200 apr. J.-C.)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 麻黃 Má Huáng Herba Ephedrae Éphédra (tiges), sans les nœuds 9 g
M 桂枝 Guì Zhī Ramulus Cinnamomi Rameau de cannelier 6 g
C 苦杏仁 Kǔ Xìng Rén Semen Armeniacae Amarum Graine d’abricotier amer, sans peau ni pointe 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle Réglisse rôtie au miel 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la sudation et libérer l’Extérieur (fā hàn jiě biǎo 發汗解表)
Diffuser le Qi du Poumon et calmer la dyspnée (xuān fèi píng chuǎn 宣肺平喘)
Disperser le Froid et lever l’obstruction du Qi Défensif

Indications

Syndromes traités :
Agression externe par le Vent-Froid avec plénitude de l’Extérieur (tài yáng shāng hán zhèng 太陽傷寒證) – tableau d’Extérieur en plénitude
Obstruction du Qi Défensif par le Froid sans sudation
Dyspnée et toux par contrainte du Qi du Poumon due au Froid

Tableau Clinique

Langue :
Langue de coloration normale ou légèrement pâle, enduit mince et blanc (bái tái), non humide excessivement ; absence de modifications notables de la couleur du corps lingual en l’absence d’atteinte intérieure.

Pouls :
浮 (superficiel) : indique que la pathologie est localisée à l’Extérieur, le Qi Défensif se mobilise contre l’agent pathogène
Jǐn 緊 (tendu, serré) : signe caractéristique du Froid ; le Froid contracte et resserre, produisant une tension au toucher, distinguant ce tableau de l’agression par le Vent seul

Liste des Symptômes

Signes généraux :
Frissons intenses prédominants avec fièvre
Absence de sudation (signe cardinal du tableau de plénitude de l’Extérieur)
Céphalées et courbatures généralisées, douleurs musculaires diffuses
Raideur de la nuque

Signes respiratoires :
Dyspnée, respiration difficile ou sifflante (chuǎn 喘)
Toux
Congestion nasale avec écoulement clair

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
Absence de transpiration spontanée
Absence de soif
Absence de gorge rouge ou douloureuse

Analyse de la Formule

Má Huáng 麻黃 – Empereur :
Má Huáng (Herba Ephedrae) est la substance pivot de cette formule. Amer, piquant et tiède, il entre dans les méridiens du Poumon et de la Vessie. Sa nature piquante et dispersante lui permet d’ouvrir les pores, de provoquer la sudation et de libérer la superficie, s’attaquant directement au pathogène Vent-Froid emprisonné dans le niveau Tài Yáng. Il agit simultanément sur le Poumon en diffusant son Qi vers le haut et vers l’extérieur, levant ainsi la contrainte qui génère la dyspnée et la toux. Bensky et al. soulignent qu’il est le remède le plus puissant pour ouvrir les interstices et provoquer la sudation, d’où son rang d’Empereur dans cette formule emblématique.

Guì Zhī 桂枝 – Ministre :
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), piquant et tiède, libère la couche musculaire de l’Extérieur et réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les méridiens. Associé à Má Huáng, il renforce considérablement l’action sudorifique de la formule : Má Huáng ouvre les interstices et les pores, tandis que Guì Zhī pousse le pathogène vers l’extérieur. Cette association est décrite par Bensky et al. comme particulièrement efficace pour libérer l’Extérieur. Guì Zhī réchauffe les méridiens et disperse le Froid, régularisant ainsi la relation entre le Qi Nourricier (yíng qì) et le Qi Défensif (wèi qì) qui se trouve entravé.

Kǔ Xìng Rén 苦杏仁 – Conseiller :
Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), amer et légèrement tiède, entre dans le méridien du Poumon. Son action principale est de débloquer la circulation du Qi du Poumon et de favoriser son mouvement descendant, ce qui complète l’action ascendante et dispersante de Má Huáng. L’association de ces deux substances crée un équilibre dynamique entre la diffusion (xuān 宣) et la descente (jiàng 降) du Qi pulmonaire, traitant ainsi efficacement la dyspnée et la toux. Flaws précise que Xìng Rén aide également Má Huáng à expulser le pathogène.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle), doux et tiède après torréfaction au miel, harmonise l’action de toutes les autres substances. Il modère la puissance diaphorétique de Má Huáng et Guì Zhī, prévenant ainsi une sudation excessive qui pourrait léser le Qi et les Liquides Organiques. Il joue le rôle de conseiller correcteur (zuǒ zhì), protégeant le Qi Juste tout en permettant une action sudorifique suffisante et calibrée.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Má Huáng Tāng 麻黃湯 signifie littéralement « Décoction d’Éphédra ». 麻 évoque une sensation d’engourdissement ou de picotement, qualité sensorielle associée à la plante ; Huáng 黃 désigne la couleur jaune caractéristique des tiges séchées. Le terme Tāng 湯 désigne la forme décoction, mode de préparation qui en maximise la puissance diaphorétique et la rapidité d’action – propriétés essentielles dans un contexte d’agression externe aiguë.

Position dans la tradition :
Cette formule occupe une place canonique dans le corpus de la médecine chinoise classique. Tirée du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing, elle est citée au moins neuf fois dans ce texte fondateur pour le traitement des maladies du niveau Tài Yáng en plénitude, situation désignée par l’expression shāng hán 傷寒 au sens étroit (lésion par le Froid). Bensky et al. la qualifient de « formule classique pour traiter le Froid en excès à l’Extérieur ». Elle est également considérée comme formule-mère d’un grand nombre de dérivés majeurs.

Équilibre dynamique de la formule :
La grande efficacité de cette formule tient à son architecture interne en miroir : Má Huáng et Guì Zhī agissent ensemble sur la superficie en forçant l’ouverture des pores, tandis que Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo régulent le Poumon et pondèrent la dispersion. Má Huáng et Xìng Rén forment un binôme pulmonaire classique : le premier diffuse le Qi vers le haut et l’extérieur, le second le fait descendre et se déployer vers le bas. Guì Zhī et Zhì Gān Cǎo forment quant à eux une association tonifiante qui protège le centre tout en favorisant la libération de l’Extérieur. La formule est ainsi conçue pour chasser le pathogène sans dilapider le Qi Juste.

Pertinence clinique contemporaine :
En médecine contemporaine, cette formule reste d’usage courant dans les pathologies respiratoires aiguës répondant au tableau de plénitude de l’Extérieur par Vent-Froid. Elle est indiquée dans la phase initiale des infections des voies aériennes supérieures (rhinites, sinusites, laryngites), de la grippe, des bronchites aiguës, et des crises d’asthme de type Froid. Chen et Chen rapportent son usage étendu à l’asthme bronchique, à la pneumonie lobaire, à la glomerulonéphrite aiguë débutante, et aux formes débutantes de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité. Elle doit impérativement être réservée aux sujets en bonne condition physique générale, présentant un pouls superficiel et tendu avec absence totale de transpiration.

Nuances d’usage :
La distinction fondamentale entre Má Huáng Tāng et Guì Zhī Tāng 桂枝湯 repose sur la présence ou l’absence de sudation : Má Huáng Tāng est indiquée pour le tableau de plénitude de l’Extérieur (biǎo shí 表實) sans transpiration, alors que Guì Zhī Tāng s’adresse au tableau de vide de l’Extérieur (biǎo xū 表虛) avec sudation. Bensky et al. rappellent que dans le Shāng Hán Lùn, cette agression par le Froid (shāng hán au sens étroit) s’oppose à l’attaque par le Vent (zhōng fēng) traitée par Guì Zhī Tāng. La durée d’administration doit être brève : dès l’apparition d’une légère sudation généralisée, la formule est arrêtée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid à l’Extérieur avec Chaleur à l’Intérieur (fièvre intense, agitation), ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 15-30 g ; cette transformation donne naissance à Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– En cas de vide de Qi concomitant avec faiblesse constitutionnelle, ajouter Huáng Qí (Radix Astragali) 15-30 g pour tonifier le Qi Défensif

– En cas de gorge rouge ou douloureuse, réduire le dosage de Guì Zhī de moitié et ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 9-12 g et Shè Gān (Rhizoma Belamcandae) 6-9 g

– En cas de dyspnée, oppression thoracique et toux avec expectorations blanches et aqueuses, ajouter Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g

– En cas de douleurs articulaires et musculaires intenses avec lourdeur par Vent-Froid-Humidité, ajouter Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) 9-12 g ; cette transformation donne Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– En cas de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité avec douleurs musculo-articulaires diffuses, ajouter Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) 15-30 g ; cette transformation donne Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– En cas de Froid à l’Extérieur très intense avec Chaleur intérieure, forte fièvre sans transpiration, agitation et pouls flottant et tendu, ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 30-60 g, Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) 9 g et Dà Zǎo (Fructus Jujubae) 12 pièces ; cette transformation donne Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– En cas de toux et d’expectorations abondantes avec oppression thoracique, supprimer Guì Zhī et ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori) 9 g, Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g, Chì Fú Líng (Poria rubra) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g ; cette transformation donne Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Shēng Jiāng (action diaphorétique atténuée, pour Vent-Froid sans blocage sévère du méridien) : Sān Ào Tāng 三拗湯 (Décoction des Trois Libérations)

– Ajout de Shí Gāo en remplacement de Guì Zhī (transformation vers Chaleur au Poumon) : Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– Ajout de Shí Gāo, Shēng Jiāng et Dà Zǎo (Vent-Froid à l’Extérieur intense avec Chaleur à l’Intérieur, agitation, œdème flottant) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Ajout de Bái Zhú (syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité, corps lourd, douleurs articulaires) : Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– Ajout de Yì Yǐ Rén avec dosages réduits (Vent-Humidité à l’Extérieur, fièvre aggravée l’après-midi, courbatures légères) : Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Sāng Bái Pí, Sū Zǐ, Chì Fú Líng, Chén Pí (Vent-Froid au Poumon avec Glaires abondantes) : Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

– Formule de la même source traitant le niveau Tài Yáng en vide (avec sudation, aversion au Vent) : Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Cannelier)

Précautions

Contre-indications :
– Tableau de vide de l’Extérieur avec transpiration spontanée : utiliser Guì Zhī Tāng à la place
– Vide de Qi ou de Yang préexistant sans robustesse constitutionnelle
– Vide de Yin avec chaleur interne ou fièvre par vide
– Grossesse
– Saignements spontanés ou tendance hémorragique (epistaxis récurrents, hémoptysie)
– Hypertension artérielle non contrôlée (en raison des effets adrénergiques de Má Huáng)
– Mictions abondantes et fréquentes (polyurie signant un vide du Bas-Réchauffeur)

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement l’administration dès l’apparition d’une légère transpiration généralisée ; ne pas poursuivre au-delà
– Éviter une sudation excessive qui lèserait le Qi, le Sang et les Liquides Organiques
– Prendre la décoction chaude et couvrir le patient pour favoriser une légère transpiration
– Ne pas décocter les substances piquantes-aromatiques plus de 20-30 minutes pour préserver leur principe actif volatile
– Ne pas utiliser une fois que l’agent pathogène s’est transformé et pénétré à l’Intérieur (disparition du pouls superficiel, apparition de la soif, langue rouge)
– Usage à court terme uniquement ; interrompre dès résolution du tableau

Populations à risque :
– Personnes âgées et enfants en bas âge : risque de sudation excessive et de lésion du Qi
– Patients constitutionnellement faibles, convalescents, post-partum
– Patients sous traitement pour hypertension ou pathologies cardio-vasculaires
– Patients avec antécédents d’épistaxis ou de troubles de la coagulation

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn (Traité des Maladies Causées par le Froid) 傷寒論 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Source primaire ; présentation canonique de la formule pour le niveau Tài Yáng en plénitude (shāng hán), citée au moins 9 fois dans le texte
Jīn Guì Yào Lüè (Précis des Prescriptions du Coffret d’Or) 金匱要略 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Usage étendu à l’œdème aigu flottant et aux formules dérivées : Má Huáng Jiā Zhú Tāng et Má Xìng Yì Gān Tāng
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng (Formulaire de Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping) 太平惠民和劑局方 Dynastie Song, 1078-1085 (Département Médical Impérial) Codification de dérivés (Sān Ào Tāng, Huá Gài Sǎn) et précisions sur les modalités d’administration
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Époque des Han (attribué à l’Antiquité, compilé sous les Han) Premières descriptions des propriétés de Má Huáng : goût amer, nature tiède, action de provoquer la transpiration et de calmer la dyspnée



Lian Zi

Lian Zi
Chinois : 莲子
Pinyin : Lián Zǐ
Traduction : graine de lotus
Nom commun : graine de lotus sacré
Nom latin : Semen Nelumbinis Nuciferae
Famille : Nelumbonaceae
Espèces : Nelumbo nucifera Gaertn. (莲 Lián)
Partie utilisée : graine séchée (sans l’embryon dans certaines préparations)
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Lian Zi
Catégorie : Remèdes qui stabilisent et resserrent (astringeants) (收敛固摄藥 shōu liǎn gù shè yào)
Saveurs : Doux (甘 gān), Astringent (澀 sè)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Rein (腎 shèn), Rate (脾 pí)
Dosage : 10-15 g en décoction. Dose maximale : 30 g

Propriétés :
Tonifie la Rate et arrête la diarrhée, tonifie le Rein et consolide l’essence vitale, nourrit le Cœur et calme le Shen.

Précautions :
Lián Zǐ est contre-indiqué en cas de constipation ou de présence de masses abdominales, car son action astringente pourrait aggraver ces conditions en retenant les facteurs pathogènes à l’intérieur du corps. En raison de sa nature astringente, ce remède ne doit pas être utilisé lorsque des facteurs pathogènes sont encore présents, tels que la Chaleur-Humidité ou les agents pathogènes externes. Il doit être utilisé avec prudence en cas de fièvre avec diarrhée, car l’astringence risquerait de retenir les pathogènes. Ce remède ne présente pas de toxicité aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Tonifie la Rate
Arrête la diarrhée chronique
Tonifie le Rein
Consolide l’essence vitale (Jīng)
Retient l’urine
Nourrit le Cœur
Calme le Shen

Actions et Indications

– Tonifie la Rate et arrête la diarrhée :
Lián Zǐ traite couramment la diarrhée chronique causée par une déficience de la Rate et son incapacité à transporter et transformer les liquides. La Rate déficiente perd sa fonction de contrôle de l’eau, ce qui inonde les intestins et engendre la diarrhée. Lián Zǐ agit à la fois par son action tonifiante sur la Rate et par sa nature astringente pour arrêter les pertes.
– Pour la diarrhée chronique due à la déficience de la Rate, Lián Zǐ est associé à Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) et Fú Líng (Poria).
– Pour la diarrhée chronique avec déficience du Yang de la Rate et de l’Estomac, on l’associe à Ròu Dòu Kòu (Semen Myristicae), Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Qiàn Shí (Semen Euryales).

– Tonifie le Rein et consolide l’essence vitale (Jīng) :
La déficience du Qi du Rein entraîne l’incapacité à retenir l’essence vitale, se manifestant par des émissions séminales, des pollutions nocturnes, une énurésie ou des pertes vaginales abondantes. Lián Zǐ stabilise et retient l’essence du Rein grâce à son action astringente combinée à sa nature tonifiante.
– Pour les émissions séminales et les pollutions nocturnes dues à une déficience du Rein, Lián Zǐ est associé à Shā Yuàn Zǐ (Semen Astragali Complanati), Shān Zhū Yú (Fructus Corni) et Qiàn Shí (Semen Euryales).
– Pour l’incontinence urinaire et l’énurésie, on l’associe à Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae) et Jīn Yīng Zǐ (Fructus Rosae Laevigatae).
– Pour les pertes vaginales claires et abondantes dues à une déficience du Rein, Lián Zǐ est associé à Jīn Yīng Zǐ (Fructus Rosae Laevigatae) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae).
– Pour le diabète insipide avec polyurie, on l’associe à Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Shān Zhū Yú (Fructus Corni) et Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae).

Lián Zǐ traite également les troubles urinaires liés à une déficience du Cœur avec inquiétude excessive, caractérisée par des mictions en gouttes, des urines troubles blanches et une énurésie.
– Pour la déficience du Qi du Cœur due à une inquiétude excessive, avec mictions en gouttes et énurésie, on l’associe à Fú Líng (Poria) et Tú Sī Zǐ (Semen Cuscutae).

– Nourrit le Cœur et calme le Shen :
Lián Zǐ nourrit le Cœur pour traiter les troubles du Shen, notamment l’insomnie, les palpitations, l’anxiété et les troubles émotionnels liés à une déficience du Cœur. Sa nature douce lui permet de nourrir sans excès le Yin du Cœur, ce qui en fait un remède de choix pour les états de nervosité et d’agitation liés à une insuffisance nutritive.
– Pour les émissions séminales avec rêves excessifs, Lián Zǐ est associé à Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Yuǎn Zhì (Radix Polygalae) et Qiàn Shí (Semen Euryales).
– Pour la déficience du Rein et du Cœur avec des troubles urinaires fréquents, Lián Zǐ est associé à Rén Shēn (Radix Ginseng), Suān Zǎo Rén (Semen Zizyphi Spinosae), Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori) et Yuǎn Zhì (Radix Polygalae), formule Qīng Xīn Lián Zǐ Yǐn 清心蓮子飲 (Décoction de Graine de Lotus pour Clarifier le Cœur).

Liste des symptômes

Troubles digestifs :
Diarrhée chronique due à la déficience de la Rate
Selles molles ou liquides avec fatigue digestive
Absence d’appétit avec ballonnements
Prolapsus rectal dans les cas sévères

Troubles génito-urinaires :
Émissions séminales et pollutions nocturnes
Éjaculation prématurée
Énurésie et incontinence urinaire
Pollakiurie
Urines troubles ou blanchâtres
Pertes vaginales abondantes et claires

Troubles du Shen :
Insomnie et rêves agités
Palpitations cardiaques
Anxiété et agitation mentale
Troubles émotionnels liés à une déficience du Cœur
Mémoire déficiente

Autres indications :
Diabète insipide avec polyurie
Faiblesse générale liée à la déficience de la Rate et du Rein

Commentaire

Lián Zǐ (Semen Nelumbinis) tire son nom du lotus sacré (Nelumbo nucifera), plante aquatique emblématique de la culture et de la spiritualité asiatiques. Ce remède est issu d’une plante dont huit parties différentes sont utilisées en pharmacopée chinoise, chacune ayant des fonctions propres. Lián Zǐ lui-même est classé parmi les remèdes astringents qui retiennent et stabilisent, mais il se distingue de la plupart des autres remèdes de cette catégorie par sa triple action tonifiante sur la Rate, le Rein et le Cœur. Sa saveur douce et astringente associée à sa nature neutre en font un remède polyvalent et doux, adapté à un usage prolongé chez les patients déficients.

Son action principale sur la Rate en fait l’un des remèdes les plus utilisés pour la diarrhée chronique d’origine déficiente. Contrairement aux seuls remèdes astringents qui se contentent de retenir les fluides sans traiter la cause, Lián Zǐ agit sur la racine du problème en tonifiant la Rate et en restaurant sa capacité à transporter et transformer les liquides. Cette double approche – traiter à la fois le symptôme (diarrhée) et la cause (déficience de la Rate) – lui confère une efficacité particulièrement durable.

Sur le plan du Rein, Lián Zǐ consolide le Jīng et retient l’essence, ce qui le rend indispensable dans les formules traitant les émissions séminales, les pollutions nocturnes et la polyurie. Il agit sur la Porte de la Vie (Mìng Mén 命門) pour renforcer la capacité du Rein à retenir les substances précieuses. Son action sur le Cœur, quant à elle, est plus douce que celle de Lián Zǐ Xīn (Plumula Nelumbinis) – l’embryon de la graine de lotus -, qui clarifie la Chaleur du Cœur et soulage l’irritabilité. Alors que Lián Zǐ Xīn est froid et bitter pour clarifier et drainer, Lián Zǐ est neutre et doux pour nourrir et stabiliser le Shen.

Lián Zǐ se distingue de Qiàn Shí (Semen Euryales), son partenaire habituel dans de nombreuses formules classiques, par la présence de cette triple action sur la Rate, le Rein et le Cœur. Qiàn Shí, lui aussi doux, astringent et neutre, tonifie la Rate pour arrêter la diarrhée et consolide le Rein pour stopper les émissions séminales et les pertes vaginales, mais il ne nourrit pas le Cœur. En revanche, Qiàn Shí est plus efficace que Lián Zǐ pour drainer l’Humidité de la Rate. Les deux plantes sont fréquemment associées dans les formules traitant la déficience conjointe de la Rate et du Rein.

Associations

– avec Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) et Fú Líng (Poria) : pour la diarrhée chronique due à la déficience de la Rate

– avec Qiàn Shí (Semen Euryales) et Jīn Yīng Zǐ (Fructus Rosae Laevigatae) : pour les émissions séminales, les pertes vaginales et l’incontinence urinaire

– avec Shā Yuàn Zǐ (Semen Astragali Complanati), Shān Zhū Yú (Fructus Corni) et Qiàn Shí (Semen Euryales) : pour les émissions séminales et les pollutions nocturnes dues à une déficience du Rein

– avec Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae) et Jīn Yīng Zǐ (Fructus Rosae Laevigatae) : pour l’incontinence urinaire et l’énurésie

– avec Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) et Jīn Yīng Zǐ (Fructus Rosae Laevigatae) : pour les pertes vaginales claires et abondantes

– avec Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Yuǎn Zhì (Radix Polygalae) et Qiàn Shí (Semen Euryales) : pour les émissions séminales avec rêves excessifs

– avec Rén Shēn (Radix Ginseng), Suān Zǎo Rén (Semen Zizyphi Spinosae), Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori) et Yuǎn Zhì (Radix Polygalae) : pour la déficience du Cœur et du Rein avec troubles urinaires et insomnie (formule Qīng Xīn Lián Zǐ Yǐn 清心蓮子飲 Décoction de Graine de Lotus pour Clarifier le Cœur)

– avec Fú Líng (Poria) et Tú Sī Zǐ (Semen Cuscutae) : pour la déficience du Qi du Cœur due à une inquiétude excessive, avec mictions en gouttes et énurésie

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng lián zǐ) : forme non préparée, efficace pour nourrir le Cœur et calmer le Shen, ainsi que pour tonifier la Rate et le Rein
– avec embryon (帶心 dài xīn lián zǐ) : la graine avec son embryon (Lián Zǐ Xīn) conservé, à utiliser lorsqu’on souhaite également clarifier la Chaleur du Cœur et soulager l’irritabilité
– sans embryon (去心 qù xīn lián zǐ) : l’embryon amer est retiré pour atténuer le caractère clarificateur et renforcer l’action tonifiante douce – forme la plus couramment utilisée

Formules Classiques

Qīng Xīn Lián Zǐ Yǐn 清心蓮子飲 (Décoction de Graine de Lotus pour Clarifier le Cœur)
Cette formule combine Lián Zǐ avec Rén Shēn (Radix Ginseng), Fú Líng (Poria), Huáng Qí (Radix Astragali), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la déficience du Qi du Cœur et du Rein avec urines troubles, énurésie, mictions fréquentes et douleurs en miction.

Shēn Líng Bái Zhú Sǎn 參苓白術散 (Poudre de Ginseng, Poria et Atractylodes Macrocephala)
Lián Zǐ est inclus dans cette formule fondamentale avec Rén Shēn (Radix Ginseng), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Fú Líng (Poria), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae), Yì Yǐ Rén (Semen Coicis), Shā Rén (Fructus Amomi), Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la déficience de la Rate et de l’Estomac avec diarrhée chronique, fatigue, absence d’appétit et teint terne.

Jīn Suǒ Gù Jīng Wán 金鎖固精丸 (Pilule du Verrou d’Or pour Stabiliser l’Essence)
Cette formule combine Lián Zǐ avec Shā Yuàn Zǐ (Semen Astragali Complanati), Qiàn Shí (Semen Euryales), Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) pour traiter les émissions séminales, les pollutions nocturnes et la spermatorrhée liées à une déficience du Rein.

Toxicité :
Lián Zǐ ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Ce remède est considéré comme très sûr, avec une très bonne tolérance générale. En raison de sa nature astringente, une utilisation prolongée peut néanmoins aggraver la constipation ou retenir des facteurs pathogènes en cas de mauvais diagnostic différentiel. Les remèdes astringents en général, dont Lián Zǐ, ne doivent pas être utilisés lorsque la diarrhée est causée par une Chaleur-Humidité ou par des facteurs pathogènes externes encore présents dans le corps. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée.



Le Hún : l’âme éthérée, messagère des rêves et des élans de l’âme

Hun

Vous êtes hypersensible, rêveur·se, intuitif·ve, souvent traversé·e par des émotions profondes ou par un imaginaire foisonnant ?

La médecine traditionnelle chinoise (MTC) reconnaît cette richesse intérieure et y donne un nom : le Hún (魂), que l’on peut traduire par « âme éthérée ».

Qu’est-ce que le Hún ?

Dans la pensée chinoise, l’être humain est composé de plusieurs dimensions énergétiques et spirituelles. Parmi elles, le Hún représente l’âme éthérée, associée à l’élément Bois et au Foie. Contrairement au Po, l’âme corporelle liée au Poumon et à l’élément Métal, qui est ancrée dans le corps physique et disparaît après la mort, le Hún est considéré comme une entité plus subtile, liée à l’imagination, à la créativité, à la vision et à la connexion spirituelle.

Le Hún est souvent décrit comme l’aspect de l’âme qui voyage, notamment pendant les rêves, et qui nous relie à notre intuition et à notre capacité à envisager l’avenir. Il est associé à la capacité de donner un sens à notre vie, de cultiver des aspirations et de nourrir notre imagination.

On dit du Hún qu’il est comme une brume légère : il va et vient, circule librement, capte des impressions, des messages, des intuitions.

Pour les personnes hypersensibles, qui ressentent les émotions et les énergies de manière amplifiée, le Hún peut jouer un rôle central dans la gestion de leur sensibilité et dans leur quête d’équilibre.

 

Le rôle du Hún pour les hypersensibles

Les personnes hypersensibles ont souvent une perception aiguë du monde qui les entoure. Elles captent les émotions, les ambiances et les énergies subtiles, ce qui peut être à la fois une force et une source de surcharge émotionnelle. En médecine chinoise, cette sensibilité peut être liée à un Hún particulièrement actif ou, parfois, déséquilibré.

Le Hún est logé dans le Foie, qui, selon la MTC, régule la circulation harmonieuse du Qi (énergie vitale) dans le corps. Lorsque le Foie est en déséquilibre – par exemple, à cause de stress, de frustrations ou d’émotions refoulées – le Hún peut devenir instable. Cela peut se manifester par des symptômes comme des rêves agités, une difficulté à se projeter dans l’avenir, une sensation de vide intérieur ou, à l’inverse, une imagination débordante mais chaotique. Pour les hypersensibles, ces signes peuvent être amplifiés, car leur Hún est souvent très actif, les rendant plus réceptifs aux influences internes et externes.

Voici ce que le Hún permet quand il est en harmonie :

  • Accès aux rêves, à l’intuition, à la créativité
  • Élan de vie, motivation intérieure, envie d’explorer
  • Imagination fertile, inspiration artistique ou spirituelle
  • Capacité à ressentir profondément, à se relier aux autres

Mais quand il est perturbé (souvent par la fatigue, un stress émotionnel, ou un vide énergétique), il peut générer :

  • Trop de pensées ou de rêves confus
  • Une sensation de ne pas être « ancré »
  • Des troubles du sommeil ou de l’agitation mentale
  • Une mélancolie diffuse, un sentiment d’errance

Comment prendre soin de son Hún ?

  1. S’ancrer dans le corps

Un Hún trop « flottant » peut rendre la personne rêveuse, instable ou perdue dans ses émotions. Pour l’apaiser :

  • Pratiquez des activités corporelles douces : marche en nature, yoga, Qi Gong.
  • Massez ou chauffez la zone des pieds (notamment sous le gros orteil : point Yong Quan, R1).
  1. Nourrir son monde intérieur

Le Hún a besoin d’être honoré, exprimé :

  • Écrivez vos rêves, tenez un journal.
  • Créez : dessinez, chantez, imaginez.
  • Accordez-vous des moments de solitude et de silence.
  1. Apaiser le mental
  • Respirez profondément, surtout le soir.
  • Limitez les stimulations avant le coucher.
  • Essayez des tisanes calmantes (fleur d’oranger, mélisse, jujube – Suan Zao Ren en MTC).
  1. Soutenir le Foie et le Sang

Car un Foie en bonne santé permet au Hún de s’ancrer. Privilégiez :

  • Une alimentation chaude, riche en légumes verts, légumineuses, dattes rouges, ortie, betterave.
  • Le repos aux bons moments : se coucher avant 23h, moment clé du Foie en chronobiologie chinoise.

 

Le Hún, messager de votre âme

Pour les personnes hypersensibles, comprendre le rôle du Hún en médecine chinoise peut ouvrir une porte vers une meilleure connaissance de soi. Leur sensibilité, souvent perçue comme un défi, est en réalité une manifestation de leur connexion profonde avec leur âme éthérée. En prenant soin de leur Foie, en cultivant leur créativité et en apaisant leur esprit, elles peuvent transformer cette sensibilité en une force puissante, leur permettant de vivre en harmonie avec elles-mêmes et le monde qui les entoure.

La médecine chinoise nous rappelle que nous sommes des êtres complexes, à la croisée du corps, de l’esprit et de l’âme. En honorant notre Hún, nous honorons notre capacité à rêver, à créer et à donner un sens à notre existence – une invitation particulièrement précieuse pour les âmes sensibles.

 

ALIMENTS CONSEILLÉS

Voici une sélection d’aliments conseillés pour nourrir et équilibrer le Hún
en particulier chez les personnes hypersensibles, selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise (MTC).

L’objectif est de :

  1. Nourrir le Sang (afin d’ancrer le Hún)
  2. Soutenir le Foie (l’organe lié au Hún)
  3. Apaiser l’Esprit (Shén) (souvent agité chez les sensibles)
  4. Renforcer l’enracinement énergétique

 

  1. Aliments qui nourrissent le Sang du Foie

Un bon ancrage du Hún passe par un Sang abondant et harmonieux.

  • Dattes rouges (jujube)Da Zao : tonifient le Sang et calment l’Esprit
  • Angélique chinoiseDang Gui : souvent utilisée en décoction ou en soupe
  • Betterave : favorise la production de Sang et soutient le Foie
  • Ortie (infusion ou soupe) : reminéralisante et tonique du Sang
  • Œufs (surtout le jaune) : riches en nutriments yin
  • Viandes maigres (canard, poulet fermier) : nourrissantes, à consommer cuites longuement
  • Graines de sésame noir : très bénéfiques pour le Sang et les Reins
  1. Aliments qui soutiennent le Foie (et donc le Hún)

Le Foie aime les aliments verts, légèrement amers ou acides, qui favorisent le libre mouvement de l’énergie (Qi).

  • Légumes verts à feuilles : épinards, roquette, cresson, brocoli
  • Artichaut, pissenlit, chicorée : soutiennent la détox douce du Foie
  • Zeste de citron, citron vert (en petite quantité dans l’eau tiède le matin)
  • Graines germées : renforcent la vitalité du Foie
  • Pommes et prunes : légèrement acidulées, elles aident le Foie à « circuler »
  1. Aliments qui apaisent le Shén (Esprit)

Pour calmer l’agitation mentale, les ruminations et favoriser un sommeil paisible.

  • Graines de jujube sauvageSuan Zao Ren (souvent en tisane ou décoction)
  • Fleur d’oranger, camomille, mélisse : infusions douces le soir
  • Amandes, noix : riches en bons lipides, nourrissent le Cœur
  • Miel (en petite quantité) : apaise et harmonise
  1. Aliments d’ancrage et de centrage

Pour les hypersensibles qui « flottent » souvent dans leur tête ou leur imaginaire.

  • Patate douce, potimarron, carottes : nourrissants, rassurants, soutiennent la Terre (Rate)
  • Riz complet, millet, avoine : base douce et stable pour l’énergie
  • Soupe chaude, bouillons longs (os, légumes racines) : favorisent le retour au corps
  • Noix de coco, dattes sèches : nourrissent à la fois le Yin et l’ancrage


À éviter (ou à modérer)

Pour les personnes hypersensibles, certains aliments peuvent aggraver l’instabilité du Hún :

  • Café, thé noir fort, sucre raffiné → excitants du système nerveux
  • Alcool, épices fortes → dispersent le Qi et troublent l’Esprit
  • Aliments crus ou froids (surtout en hiver) → affaiblissent la Rate et donc le Sang
  • Aliments ultra-transformés → nuisent à l’équilibre général

 

Voici un menu type équilibré sur une journée

respectant la répartition 12 % protéines, 33 % lipides et 55 % glucides

Ce menu est construit selon les principes de la médecine chinoise adaptés aux hypersensibles : apaisant, nourrissant le Sang, soutenant le Foie, et évitant les excès de stimulation. Il respecte également l’équilibre yin-yang, favorise l’ancrage, et s’adapte à un métabolisme moyen.

SPÉCIAL HYPERSENSIBLES (en MTC)

  • Le matin : ancrage + tonification douce de la Rate
  • Le midi : régulation du Foie + apports en Qi et Sang
  • Le soir : apaisement du Shén, sommeil réparateur

PETIT-DÉJEUNER

Nourrir la Rate, ancrer le matin, éviter les excès de froid

  • Porridge de flocons d’avoine (40 g) cuit dans lait végétal enrichi (200 ml)
  • 1 c. à café de graines de sésame noir moulues
  • 1 c. à café de miel
  • 5 dattes séchées (ou 2 jujubes rouges chinoises)
  • 1 œuf dur ou poché (pour nourrir le Sang)
  • Thé de longane et jujube (infusion douce)

DÉJEUNER

Ancrage + circulation du Qi du Foie + soutien du Sang

  • Poêlée de légumes verts (épinards, brocoli, poireau) sautés à l’huile de sésame (1 c. à soupe)
  • Riz semi-complet (70 g sec)
  • Tofu ferme poêlé ou filet de truite vapeur (100 g)
  • Sauce légère au tamari + gingembre
  • 1 compote maison de pomme-prune (sans sucre ajouté)
  • Tisane de mélisse ou de camomille

COLLATION

Apaisement de l’Esprit, douceur sans excès

  • Amandes (15 g)
  • 1 fruit frais de saison (ex : poire ou clémentine)
  • Infusion de fleurs d’oranger ou passiflore

DÎNER

Léger, digestible, calme l’Esprit, favorise le sommeil

  • Soupe douce maison : potimarron, carotte, céleri, lentilles corail (30 g)
  • Millet cuit (40 g sec) ou petit bol de riz gluant
  • Tisane de Suan Zao Ren ou décoction Ye Jiao Teng
  • 1 carré de chocolat noir 85 % (optionnel, max 5 g

 

Voici un menu type végétarien

équilibré avec 12 % protéines, 33 % lipides et 55 % glucides

Et surtout :
avec un bon apport en acides aminés essentiels, en combinant intelligemment céréales + légumineuses + oléagineux.
inspiré des principes de la médecine chinoise, pour les hypersensibles : apaisant, enracinant, nourrissant le Sang.

PETIT-DÉJEUNER

  • Porridge de flocons d’avoine (40 g) + lait de soja enrichi (200 ml)
  • Graines de sésame noir moulues (1 c. à café)
  • Purée d’amandes (1 c. à café)
  • 5 dattes ou 2 jujubes rouges (Da Zao)
  • 1 cuillère à café de pollen frais (facultatif, pour le Sang et la vitalité)
  • Tisane de jujube et longane

Avoine + soja = bonne synergie lysine/méthionine
Amande + sésame = renfort calcium et acides gras

DÉJEUNER

  • Lentilles corail cuites (80 g)
  • Riz semi-complet cuit (100 g)
  • Poêlée de légumes verts (brocoli, courgette, épinard) à l’huile d’olive (1 c. à soupe)
  • Graines de courge (1 c. à soupe)
  • Compote de pomme et prune maison (sans sucre)
  • Tisane de mélisse

Lentilles + riz = protéines complètes
L
égumes verts + graines de courge = apport en fer et zinc végétal

COLLATION

  • Noix ou amandes (15 g)
  • 1 fruit frais de saison (poire, pomme, clémentine)
  • Infusion camomille / fleur d’oranger

DÎNER

  • Soupe de potimarron, carottes, oignon + pois chiches (60 g cuits)
  • Millet cuit (40 g sec)
  • 1 cuillère à soupe d’huile de colza crue (après cuisson)
  • Infusion de Suan Zao Ren ou Ye Jiao Teng

Pois chiches + millet = bonne complémentarité acides aminés
Colza = om
éga-3 végétal, pour le système nerveux

Voici une sélection de plantes de la pharmacopée chinoise adaptées aux personnes hypersensibles, selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise (MTC). Ces remèdes visent à :

  1. Nourrir le Sang (pour ancrer le Hún)

  2. Calmer l’Esprit (Shén)

  3. Harmoniser le Foie (pour équilibrer les émotions)

  4. Ancrer l’énergie et stabiliser le psychisme

PHARMACOPÉE POUR L’HYPERSENSIBILITÉ (adaptée au Hún)

Nom chinois (latin) Fonction principale Indication MTC / Émotionnelle
Suan Zao Ren (Ziziphus spinosa, graine de jujube sauvage) Nourrit le Sang, calme le Shén Insomnie, nervosité, rumination, rêve excessif
Bai Shao (Paeonia lactiflora, pivoine blanche) Nourrit le Sang, assouplit le Foie Hypersensibilité émotionnelle, irritabilité, spasmes
Long Yan Rou (longane, chair de fruit séchée) Tonifie le Cœur et la Rate, calme le Shén Fatigue mentale, perte de mémoire, anxiété douce
He Huan Pi (Albizzia julibrissin, écorce) Libère les émotions bloquées, calme le Shén Tristesse chronique, chagrin, oppression émotionnelle
Ye Jiao Teng (Polygonum multiflorum, tige) Nourrit le Sang, calme l’Esprit, favorise le sommeil Insomnie, déconnexion, sensation de vide
Fu Shen (Poria cocos avec racine de pin) Renforce la Rate, calme l’Esprit, ancre Peurs vagues, anxiété flottante, difficulté d’ancrage
Dang Gui (Angelica sinensis) Nourrit le Sang et régule le Foie Faiblesse émotionnelle, fatigue, irritabilité
Yuan Zhi (Polygala tenuifolia) Ouvre l’Esprit, calme le Cœur, clarifie Excès mental, dispersion, anxiété panique (avec prudence)

Pour les hypersensibles, il est important de ne pas trop disperser ni trop tonifier, mais plutôt de nourrir, recentrer, et apaiser.

  • Formule classique douce : Suan Zao Ren Tang
    → Insomnie légère, fatigue mentale, agitation due à vide de Sang
    Ingrédients : Suan Zao Ren, Fu Ling, Chuan Xiong, Zhi Mu, Gan Cao

  • Autre formule utile : Gui Pi Tang
    → Fatigue, pleurs faciles, faiblesse émotionnelle, anxiété avec vide de Sang et de Qi de la Rate
    Contient Long Yan Rou, Dang Gui, Huang Qi, Suan Zao Ren, etc.

Conseils d’utilisation

  • Toujours utiliser sous supervision d’un praticien en MTC, surtout pour éviter les interactions ou les déséquilibres secondaires.

  • Privilégier les formes douces : décoctions faibles, tisanes, ou poudres modérées.

  • Accompagner avec des rituels calmes : infusions en conscience, respiration, auto-massage.

À éviter ou utiliser avec prudence

  • Yuan Zhi à haute dose : peut exciter l’Esprit chez les très sensibles.

  • Plantes trop yang ou piquantes : Rou Gui, Fu Zi, Ma Huang, sauf en cas de terrain froid bien ciblé.

  • Plantes laxatives ou dispersantes : risquent de désancrer ou aggraver l’hypersensibilité.

 

Le Hun, cette part éthérée de nous-mêmes, est à la fois source de rêve, de créativité et de quête spirituelle. Chez les personnes hypersensibles, il s’exprime souvent avec intensité, révélant une grande richesse intérieure… mais aussi une certaine vulnérabilité quand il est mal ancré.

La médecine chinoise nous offre des clés précieuses pour harmoniser ce souffle subtil : une alimentation nourrissante pour le Sang et le Foie, des plantes apaisantes et structurantes, des rituels de recentrage. Nourrir et stabiliser le Hun, c’est offrir à notre sensibilité un espace sûr pour s’épanouir.

En apprenant à écouter votre monde intérieur, à équilibrer votre énergie et à honorer votre sensibilité, vous transformez ce que vous perceviez peut-être comme une fragilité en une véritable force de vie.

Traitement de la maladie de Lyme en Médecine Chinoise

Maladie de Lyme

La maladie de Lyme, également appelée borréliose de Lyme1, est une maladie infectieuse qui touche l’être humain et de nombreux animaux.
Elle est transmise par morsure de tiques, les plus répandues en Europe étant Ixodes ricinus, un acarien de la famille des Ixodeae2.
C’est une maladie bactérienne due à une borrélie3, bactérie classée dans le groupe des spirochètes en raison de son aspect serpentiforme et spiralé.

Agent pathogène

La borrélie la plus connue est Borrelia burgdorferi (pour avoir été identifiée comme première responsable de la maladie de Lyme aux États-Unis). Les borrélies disposent de divers moyens, encore mal compris, d’échapper au système immunitaire de leur hôte. Elles peuvent aussi dans certaines conditions résister aux traitements antibiotiques et se développer après une phase d’apparente guérison.
Dans un milieu qui leur convient, elles sont beaucoup plus mobiles et rapides que les globules blancs.
Dans des conditions de stress non létal, les spirochètes peuvent se protéger en s’agrégeant dans des granules coccoïdoforme. Ces kystes semblent être entourés d’une membrane qui n’est pas reconnue comme étrangère par le système immunitaire, et qui n’est donc pas attaquée par les globules blancs.
Lorsque les conditions sont plus favorables, une partie des kystes s’ouvrent en libérant des borrélies viables, ce qui suggère qu’il s’agit bien d’une phase de dormance. C’est ce qui pourrait expliquer la réapparition de symptômes après une période d’apparente guérison. Les borrélies responsables de la maladie de Lyme semblent ainsi pouvoir se protéger durant des années voire des dizaines d’années.
Ces facteurs pourraient, au moins en partie, expliquer des réinfections fréquemment rencontrées avec les spirochètes, et le caractère souvent récurrent des symptômes entrecoupés de phase de dormance apparente du microbe, et l’inefficacité de certaines thérapies dans le cas de borréliose.

L’existence et la signification de formes non guéries par le traitement standard, ou l’attribution de pathologies chroniques à la maladie de Lyme, posent le problème de la « maladie chronique de Lyme », une controverse sociétale dite « Lyme War » aux États-Unis ou « Scandale de Lyme » en France, cette forme supposée chronique n’étant pas validée par les recherches scientifiques actuelles4.

Maladie

Après inoculation, il y a peu de réaction inflammatoire immédiate. Les borrélies sont capables de modifier leurs antigènes de surface (Outer surface proteins ou Osp), et d’échapper aux premières défenses immunitaires. En l’absence de traitement, elles diffusent localement dans la peau à partir du site d’inoculation (érythème migrant).
Puis elles diffusent par voie sanguine vers les tissus articulaires, neurologiques et cardiaques. Chez le sujet immunocompétent, après plusieurs semaines ou mois, les réponses anticorps finissent par contrôler l’infection disséminée, même en l’absence de traitement, et les symptômes s’estompent.
Chez l’homme, le système immunitaire est activé en permanence jusqu’à ce que la bactérie soit éliminée, celle-ci pouvant persister longtemps dans des sites localisés. En l’absence de traitement, la bactérie a pu être mise en évidence plusieurs années après l’inoculation, notamment dans les lésions cutanées tardives (acrodermatite chronique atrophiante ou ACA). Après une infection, il n’y a pas d’immunité protectrice mise en place, même si des anticorps restent présents.

Classiquement, la maladie évolue en trois phases, non obligatoires. Chaque phase peut être révélatrice ou s’intriquer avec une autre, avec des poussées ou des rémissions à chaque phase. Outre les variations selon les zones géographiques (Amérique et Eurasie), la maladie est aussi variable selon les patients (certains ne présentent que la phase primaire, d’autres la phase tertiaire).

La phase primaire, ou précoce localisée, qui survient 3 à 30 jours après l’inoculation, est une phase cutanée, représentée par l’érythème migrant. Dans 20 à 30 % des cas, elle est absente ou passe inaperçue.

La phase secondaire, ou précoce disséminée, se manifeste dans les semaines ou mois après inoculation. Elle peut être révélatrice (apparaître en premier). Selon les cas (germe causal en rapport avec la zone géographique), les troubles peuvent être neurologiques, articulaires, cardiaques, ou cutanés.

Ces deux premières phases sont parfois regroupées en une seule phase dite précoce, surtout en Europe, car les troubles sont divers (plus grande variété de borrélies). La maladie de Lyme se présente comme un ensemble polymorphe (maladies apparemment différentes). Alors qu’en Amérique du Nord, la maladie de Lyme se présente plutôt sous une forme articulaire, unique ou prédominante.

La phase tertiaire se produit des mois ou des années après inoculation. Elle signe une infection persistante ou résurgente, elle peut être aussi révélatrice. Il s’agit de formes chroniques : cutanées, articulaires ou neurologiques. Du point de vue clinique, elles ne sont guère spécifiques (elles peuvent aussi se rencontrer en dehors de la maladie de Lyme), à l’exception de l’acrodermatite chronique atrophiante.
La « neuroborréliose tardive » regroupe plusieurs entités, dont l’encéphalite (atteinte cérébrale) et les polyneuropathies (atteinte des nerfs). L’encéphalite ou encéphalomyélite, chronique ou tardive, se manifeste par des troubles variés : troubles cognitifs, difficultés de concentration parfois associés un état de fatigue, douleurs, faiblesse musculaire, troubles moteurs… Le lien avec une maladie de Lyme est reconnu lorsqu’on retrouve une synthèse d’anticorps spécifiques dans le liquide cérébro-spinal. Une polyneuropathie se manifeste d’abord avec des pics de douleurs, parfois accompagnés d’engourdissements et picotements dans les mains ou les pieds. Elle est classiquement associée à l’acrodermatite atrophiante. Il peut s’agir aussi de douleurs radiculaires chroniques isolées se manifestant comme une sciatique.

Ces formes tardives sont reconnues lorsqu’elles forment des ensembles typiques et cohérents d’un point de vue clinique et biologique. Elles sont discutées ou controversées quand la clinique n’est pas caractéristique et la biologie non validée.

Traitements

Les infections traitées en phase primaire sont guéries par les antibiotiques. Dans près de 90 % des cas, elles sont traitées efficacement par une antibiothérapie de 2 à 4 semaines.
Si la phase primaire passe inaperçue, ou insuffisamment traitée, la maladie continue d’évoluer.
Environ 10 % des patients traités, et peut être plus chez ceux ayant une neuroborréliose, continuent d’avoir des troubles subjectifs (fatigue, douleurs musculaires, troubles cognitifs…). Ces troubles persistent plus de 6 mois après antibiothérapie préconisée, et jusqu’à plus de 10 ans, au moins de façon intermittente.
Même si la plupart des patients s’améliorent au fil des mois, cet état affecte durablement la qualité de vie.
C’est le « syndrome post-borréliose de Lyme », ou PLDS Post-Lyme Disease Syndrom.
Dans cette situation, les études contrôlées ne montrent pas de différence entre une antibiothérapie prolongée et un placebo.

Maladies parasitaires chroniques et Médecine chinoise

Dans un article publié en 1998 dans le Journal of Chinese Medicine, le Dr Heiner Fruehauf expose que le concept ancien de Syndrome Gǔ (gǔ zhēng) est une approche clinique valide pour le traitement de maladies inflammatoires ou parasitaires chroniques, telle que la maladie de Lyme5.

Historiquement, le Gǔ était une pratique où un chamane administrait un poison à une personne, qui lui faisait oublier qui elle était. Le Shǐjì (史記 Mémoires Historiques) rédigé par l’historien Sīmǎ Qiān, rapporte qu’en 91 AEC un incident Gǔ a causé la mort de plus de dix mille personnes. Les victimes auraient été tuées par des poupées de bois ensorcelées, enterrées près de l’endroit où ils vivaient. Dès lors, le terme Gǔ désigne une situation où l’attaquant est dans l’obscurité et la victime ne sait pas ce qui lui arrive.
Bien que le terme soit mentionné dans tous les ouvrages médicaux classiques anciens, en commençant par le Huángdì Nèijīng (黄帝内经 Classique Interne de l’Empereur Jaune), celui-ci a disparu des ouvrages cliniques modernes car le Syndrome a été jugé comme une croyance « féodaliste et superstitieuse » de l’ancien temps, considérant que la croyance des démons et les pratiques exorcistes n’avaient plus leur place dans la pratique clinique moderne.

GuLe terme est l’un des plus anciens caractères chinois puisqu’on le retrouve inscrit sur des os oraculaires.
Le caractère 蠱 est composé du radical 虫 chóng « serpent », qui répété trois fois 蟲 prend la signification de « ver, insectes », et du radical 皿 mǐn « plat, vaisselle ».
Cela représente un plat dans le contenu duquel croissent des vers. C’est la représentation de ce qui est corrompu.
Durant des siècles, les femmes de la tribu Miao étaient réputées pour leur maitrise de la fabrication du poison  : le cinquième jour du cinquième mois, elles enterraient dans un pot des animaux et des insectes venimeux (serpents, vers, scorpions…) qui se dévoraient entre eux, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Celui-ci était considéré comme le plus virulent. Il était alors utilisé sous forme de poudre ou d’extrait pour empoisonner quelqu’un.
(Joseph Needham note que la même technique a été employée pour isoler la bactérie capable d’attaquer le bacille de la tuberculose…).
Par la suite, les textes médicaux décrivent le syndrome comme une infestation de vers dans le corps. Cependant, il est fait la distinction entre le syndrome d’infestation de vers (chóng zhēng) et le syndrome (gǔ zhēng) où la toxicité est telle qu’elle finit par dévaster le corps et l’esprit de la personne. On peut dire que le syndrome correspond à une infestation particulièrement sévère de parasites et de co-infections qui peuvent atteindre l’état mental de la personne, d’où l’idée de « possession » par des fantômes invisibles.

L’hexagramme 18 du Yìjīng (Le Livre des Mutations) signifie « Le travail sur ce qui est corrompu ». L’hexagramme décrit la situation énergétique où un Vent faible se heurte à l’immobilité de la Montagne. Son mouvement se trouvant empêché, l’absence de mouvement et d’air entraine le pourrissement. Dans le cadre de cet hexagramme, la stagnation est telle que les manifestations de dégradation et de pourrissement (corruption) doivent entrainer une action forte et persévérante. Cependant, il est nécessaire d’avoir certains égards, une certaine délicatesse en portant remède. On ne doit pas se montrer trop cassant afin de ne pas blesser par de la brusquerie.

Syndrome Gu

Les caractéristiques cliniques du Syndrome sont décrites ainsi dans la littérature traditionnelle6 :
– il est malveillant et peut avoir des conséquences mortelles
– il entre dans l’organisme à travers la nourriture
– il est considéré comme un type de toxine (gǔ dú). Ceci fait référence aux maladies épidémiques, mais également parce que les textes classiques notent que « peut se transformer lui-même en une toxine nocive ».
– il se développe principalement dans les organismes déficients et une fois établi, il blesse encore plus la source du Qi de l’organisme.
– il agit dans l’ombre : il est souvent difficile de déterminer où et quand l’agent pathogène a été contacté, ce qui rend le diagnostic extrêmement difficile.
– les symptômes typiques que l’on peut trouver dans la littérature se réfèrent à un tableau d’infection parasitaire par des protozoaires.
– la présence de symptômes mentaux (souvent combinés avec des problèmes digestifs) est l’élément déterminant.
– une personne atteinte peut vivre toute sa vie avec cette infection sans forcément mourir.

Le Bèijí Qiānjīn Yàofāng (备急千金要方 Prescriptions Essentielles Valant Mille pièces d’Or) écrit en 652 par Sūn Sīmiǎo cite : « il existe plus de mille toxines Gǔ, chacune d’entre elles pouvant potentiellement causer différents symptômes. Certaines peuvent causer du sang dans les selles, pendant que d’autres entraînent le désir de s’allonger dans le noir ; d’autres peuvent provoquer des sautes d’humeur, telles que des phases de dépression alternant avec des périodes soudaines de joie ; d’autres encore causent des sensations de lourdeur et de douleurs des membres ; et encore une myriade d’autres symptômes que nous n’avons pas la place de lister entièrement ».

Les principaux symptômes les plus souvent cités dans les textes classiques sont :

Symptômes digestifs
Diarrhée chronique, selles molles ou alternance de diarrhée et de constipation, selles explosives, ballonnements abdominaux ou ascite, crampes abdominales et/ou douleurs, nausées, sang et/ou pus dans les selles, appétit diminué ou vorace, fringales particulières.

Symptômes neuromusculaires
Courbatures, lourdeur musculaire, faiblesse musculaire ; douleurs erratiques ; sensations de chaleur physique ; transpirations nocturnes froides ; lourdeur et douleur des extrémités ; aversion de la lumière vive, désir de rester allongé dans l’obscurité.

Symptômes mentaux
Dépression, pensées suicidaires fréquentes ; accès de colère, crise de rage ; changement d’humeur brusque ; agitation interne, insomnie ; sensation générale de confusion, schémas de pensée chaotique ; hallucinations visuelles et/ou auditives ; crise d’épilepsie ; sensation d’être « possédé ».

Signes constitutionnels
État d’épuisement mental et physique progressif, indications d’épuisement du Yuan Qi ; cernes sombres sous les yeux ; symptômes mystérieux qui échappent à un diagnostic clair ; historique d’infection aigue à protozoaires, voyages en régions tropicales ;
Langue : pointe rouge ou « taches parasite » rouges avec stagnation dans les veines sublinguales (les « taches parasites » chóng bān 蟲斑 sont des petits points rouges se regroupant généralement sur le premier tiers de la langue, brillants sous un enduit gras, et qui s’étendent parfois jusqu’au centre. On dit souvent qu’ils sont indicateurs de la présence de vers ou autres parasites, particulièrement observé chez les enfants. Ils sont le signe de Chaleur localisée parmi de l’Humidité, un tableau énergétique, différent de la Chaleur-Humidité, typique de la plupart des infections parasitaires).
Enduit : gras et enraciné
Pouls : Superficiel (浮 ) et Grand (大 ), ou Rugueux (涩 )

La particularité du Syndrome est qu’il est particulièrement difficile à traiter et qu’il ne répond pas à l’approche classique biànzhèng lùn zhì (traitement adapté au diagnostic différentiel), ni au liùjīng biànzhèng (diagnostic différentiel selon les Six Niveaux).
La plupart des ouvrages classiques consacrent un chapitre particulier pour le Syndrome . Les médecins ont toujours mis l’accent sur le fait que les symptômes induits par le (tels que diarrhées chroniques, ascites, syndrome de dépérissement (cachexie), symptômes mentaux, etc..), doivent être diagnostiqués et traités de manière totalement différente du contexte ordinaire de ces déséquilibres.
Dans le Pǔjì Fāng (普濟方 Prescriptions pour le Soulagement Universel) écrit en 1406 par le Prince Zhū Sù 朱橚, il est dit : « Le médecin vulgaire traite la diarrhée de type comme une diarrhée ordinaire, et c’est complètement faux ». Lorsqu’un patient présente des symptômes qui s’apparentent à une déficience de Qi de la Rate, les méthodes ordinaires pour traiter fatigue, ballonnements, problèmes digestifs, ne fonctionnent pas et peuvent même empirer les symptômes.
L’un des paramètres qui peut permettre de diagnostiquer un Syndrome , est que l’utilisation de renshen (panax ginseng), aggrave les symptômes, et donc est une contre-indication. Il apparait que les toniques du Qi, tels que renshen ou dangshen (radix codonopsis) renforcent non seulement le système immunitaire mais tonifient aussi l’agent pathogène.

Le Dr Heiner Fruehauf identifie deux types de syndrome  : le Gu Cerveau et le Gu Digestif.
Le Gu Digestif est caractérisé par une inflammation limitée au système digestif. A travers la relation étroite entre les intestins et le cerveau par l’intermédiaire des neurotransmetteurs, cet état inflammatoire peut influencer fortement sur l’humeur, mais le retentissement sur le système nerveux va rester secondaire.
Dans le Gu Cerveau, dont la maladie de Lyme est la manifestation typique, le système nerveux est la principale cible de l’infection. Il existe également des symptômes digestifs, mais ceux-ci restent secondaires par rapport aux troubles nerveux. Les patients atteints de Gu Cerveau sont dans un état cognitif et émotionnel extrêmement fragile, pouvant aller jusqu’à des épisodes psychotiques d’hallucinations ou de comportement chaotique. Le tableau qui se rapproche le plus du Gu Cerveau et celui de la malaria. Le terme Nüè 虐 malaria, est souvent cité dans les textes classiques à côté du syndrome Gǔ. Il signifie littéralement « maladie de la torture ».
La maladie de Lyme est à la fois Gǔ et Nüè, c’est-à-dire une infection parasitaire sévère qui épuise et vide progressivement son hôte () et créé un état de souffrance physique, mental et émotionnel (Nüè).

Ce qui caractérise et Nüè, du point de vue de la Médecine Chinoise, est l’implication du Vent (fēng 風) et de l’Humidité (shī 湿), ainsi que d’un agent pathogène caché qui va rester longtemps (fú xié 伏邪) et s’enfoncer au plus profond de l’organisme jusqu’à atteindre la couche shaoyin, et affecter le Rein et le Cœur.
On peut noter que le caractère fēng 風 (Vent) contient le caractère chóng 虫 (parasite) et que l’hexagramme ䷑ est composé du trigramme « Vent » sous la « Montagne ».

Traitement

C’est dans l’ouvrage Zhìgǔ Xīnfāng (治蛊新方 Nouvelles Formules pour le Traitement de ) écrit par Lù Shùndé en 1823 que l’on trouve une approche rationnelle et efficace pour le traitement du Syndrome avec six principes de traitement.

  1. Disperser la toxine Gu, avec des plantes diaphorétiques (qui augmentent la transpiration) (sàn dú 散毒)

C’est la catégorie la plus importante du traitement du Syndrome . Les plantes telles que Zi Su Ye, Bai Zhi ou Bo He induisent la transpiration et chassent le Vent pervers, mais de manière plus douce que Ma Huang ou Gui Zhi, et leur propriété aromatique puissante va permettre de pénétrer les profondeurs de l’organisme.

Zi Su Ye (Folium Perillae Frutescentis)
Bo He (Herba Menthae)
Bai Zhi (Radix Angelicae)
Lian Qiao (Fructus Forsythiae Suspensae)
Gao Ben (Rhizoma et Radix Ligustici Sinensis)
Sheng Ma (Rhizoma Cimicifugae)
Ju Hua (Flos Chrysanthemi Morifolii)

  1. Tuer les parasites (shā chóng 殺蟲) et chasser les démons (qū guǐ 驅鬼)

L’ail cru, Da Suan, et en particulier l’ail violet du Sichuan, est souvent recommandé comme remède simple et efficace du syndrome . Dans la tradition populaire occidentale, l’ail est réputé pour ses propriétés antihelmintiques7 (vermifuge) et était également réputé contre « les possessions démoniaques »8.
En usage externe, on l’utilise pour effectuer des moxas sur tranches d’ail sur les « 13  Points du Démon »  (shísān guǐxué 十三鬼穴).

Da Suan (Bulbus Alli Sativi)
Yu Jin (Tuber Curcumae)
Ku Shen (Radix Sophorae Flavescentis)
Huai Hua (Flos Sophorae Japonicae Immaturus)
She Chuang Zi (Fructus Cnidii Monnieri)
Jin Yin Hua (Flos Lonicerae Japonicae)
Qing Hao (Herba Artemisiae Apiaceae)
Shi Chang Pu (Rhizoma Acori Graminei)
Ding Xiang (Flos Caryophylli)
He Zi (Fructus Terminaliae Chebulae)
Lei Wan (Sclerotium Omphaliae Lapidescens)
Bing Lang (Semen Arecae Catechu)
Ku Gua (Momordica Charantia)
Chuan Shan Jia (Squama Manitis Pentadactylae).

  1. Calmer l’Esprit (en nourrissant le Yin et en tonifiant le Qi du Poumon et du Coeur) (ān shén 安神)

Les plantes les plus représentatives de cette catégorie sont Huang Jing et Bai He, considérées par les taoïstes en quête d’immortalité comme Huá Tuó, comme l’Essence de la Terre, ayant à la fois des propriétés tonique et calmante pour favoriser la méditation, et antiparasitaires. Bai He est le remède principal de la maladie qui porte son nom, Maladie du Bulbe de Lys (bǎihé bìng 百合病), qui recouvre un ensemble de désordres psychologiques et émotionnels, un malaise général avec difficulté à parler, manger, s’allonger, marcher, comme si la personne était « possédée par un esprit malveillant »9.

Huang Jing (Rhizome Polygonati)
Bai He (Bulbus Lilii)
Bei Sha Shen (Radix Glehniae Littoralis)
Xuan Shen (Radix Scrophulariae Ningpoensis)
Sheng Di Huang (Radix Rehmanniae Glutinosae)
Xi Yang Shen (Radix Panacis Quinquefolii)
Fu Shen (Poriae Cocos Pararadicis Sclerotium)
Jiang Xiang (Lignum Dalbergiae Odoriferae).

  1. Tonifier le Qi et le Sang (avec des substances piquantes/détoxifiantes) (bǔ qì xuè 補氣血)

Les deux plantes majeures sont Dang Gui avec ses propriétés piquantes et Gan Cao avec ses propriétés détoxifiantes. En cas de diarrhées on évitera He Shou Wu. Wu Jia Pi est intéressante en cas de douleur généralisée.

Dang Gui (Radix Angelicae Sinensis)
Bai Shao (Radix Paeoniae Lactiflorae)
He Shou Wu (Radix Polygoni Multiflori)
Gan Cao (Radix Glycyrrhizae Uralensis)
Huang Qi (Radix Astragali)
Wu Jia Pi (Cortex Acanthopanacis Radicis)

  1. Mobiliser le Qi et disperser les Stases de Sang (avec des plantes anti-parasitaires) (xíng qì pò xiě 行氣破血)

En plus de leurs propriétés antiparasitaires, ces plantes vont permettre de disperser les masses et semblent pouvoir attaquer le bio-film qui entoure les parasites, qui leur permet d’échapper au système immunitaire et de résister aux traitements.

Chuan Xiong (Radix Ligustici Wallichii)
Chai Hu (Radix Bupleuri)
E Zhu (Rhizoma Curcumae Zedoariae)
San Leng (Rhizoma Sparganii)
Chen Pi (Pericarpium Citri Reticulatae)
Mu Xiang (Radix Saussureae seu Vladimirae)
Ze Lan (Herba Lycopi Lucidi)
San Qi (Radix Notoginseng)

  1. Tiédir le Yang (wēn shèn yáng 温肾阳)

Les stagnations sévères doivent être « bousculées » de manière forte, avec des substances qui présentent une certaine toxicité, mais qui permettent également de soutenir le Yang véritable afin que l’organisme lui-même puisse mobiliser son énergie pour se défendre.

Xiong Huang (Realgar)
Liu Huang (Sulphur)
Zhi Fu Zi (Rx. Aconiti Carmichaeli Preparata)
Zhi Chuan Wu (Radix Aconiti Preparata)
Zhi Cao Wu (Radix Aconiti Kusnezoffii Preparata)
Ba Dou (Semen Crotonis)
Wu Gong (Scolopendra)

Cette combinaison de six catégories permet une utilisation adaptée au traitement à long terme, et cliniquement efficace sur le Syndrome .

Lors de la réalisation d’une formule individualisée, on utilise entre 12 et 15 remèdes, avec une moyenne de 1-3 remèdes par catégorie.
Il est important de pouvoir changer régulièrement la formule, environ toute les six semaines, afin d’éviter l’adaptation des parasites au traitement et éviter les éventuelles réponses allergiques de l’organisme.
Ces changements, en gardant la structure des six catégories, permettent des variations et des adaptations tout en gardant les mêmes principes de traitements.
Cette procédure peut inclure des changements mineurs, tels que remplacer Gui Zhi par Rou Gui, ou Fu Zi par Chuan Wu ; des changements plus importants comme changer un remède de chacune des catégories ; ou des changements majeurs, comme changer complètement de formule.

Les dosages recommandés varient entre 60 et 90 g de plantes sèches, soit 12 à 18 g de poudre concentrée.
Pour les personnes très sensibles, il est possible de commencer avec un dosage plus faible de 2 à 6 g par jour, puis d’augmenter progressivement.

En général, les bénéfices commencent à se faire sentir au bout de 6 à 12 semaines, sachant que le traitement est de longue durée, pouvant aller de 6 mois, si la personne est jeune ou que l’infection est récente, à 5 ans et plus, si l’infection s’est installée depuis plusieurs décennies et que la personne est particulièrement faible.
De plus la progression n’est pas linéaire mais ressemble plutôt à deux pas en avant et un pas en arrière, avec des phases de plateau.

Maitre Ranxi, spécialiste du Syndrome de la Dynastie Qing disait :
« Lorsque la toxine est entrée au centre de la personne, on peut la comparer à l’huile qui s’infiltre dans la farine ; elle est partout et peut être difficilement séparée ».

Recommandations diététiques

Durant le traitement (mais également après), éviter :
Poulet, canard, poissons, crevettes, escargots, gecko, serpents, tous type d’insectes.
Egalement tous les aliments qui peuvent « nourrir les parasites » : tous les sucres et produit sucrés, miel, jujubes.

Augmenter la consommation de :
Tofu, céleri, choux, épinard, racine de lotus, shiso (feuille de perilla), menthe poivrée, ail, raifort, gingembre, melon amer (momordique), champignon noir (Oreille de Judas), litchi, longane, orange, mandarine, pamplemousse, prune, grenade, pastèque, vinaigre, thé vert, agneau et porc.
Cependant, si l’un de ces aliments aggrave la situation, il faudra alors l’éviter.

Acupuncture

Source : Qugu Ranxi Lu (Traité de Maitre Ranxi pour chasser le Gu), 1893

  • Appliquer un moxa à l’ail vigoureux sur V-43 gāohuāngshù
  • Moxa sur V-13, E-36 et Guikuxie (point de lamentation du démon) (La description de la localisation de ce point n’est pas exacte. Il semblerait qu’il soit localisé au milieu de la première phalange du pouce, à côté de P-11. Un des commentaires dit : « lorsqu’on applique la moxibustion, le démon va venir gémir, révélant son nom ».)
  • Il est recommandé de faire fréquemment de l’acupressure avec une préparation à base de menthol, particulièrement sur les Treize Points du Démon (十三鬼穴shísān guǐxué), ou de puncturer de manière sélective ces points :

Treize Points du Démon (points gui) :

DM-26 (鬼宮 guǐ gōng Palais du Démon)
P-11 (鬼信 guǐ xìn Lettre du Démon)
Rte-1 (鬼壘 guǐ lěi Rempart du Démon)
MC-7 (鬼心 guǐ xīn Coeur du Démon)
VB-62 (鬼路 guǐ lù Chemin du Démon)
DM-16 (鬼枕 guǐ zhěn Oreiller du Démon)
E-6 (鬼床 guǐ chuáng Lit du Démon)
RM-24 (鬼市 guǐ shì Marché du Démon)
MC-8 (鬼窟 guǐ kū Grotte du Démon)
DM-23 (鬼堂 guǐ táng Palais du Démon) Shangxing
RM-1 chez les hommes /Yumen (tête du clitoris) chez les femmes (鬼藏 guǐ cáng Cache du Démon)
GI-11 (鬼臣 guǐ chén Vassal du Démon)
Haiquan (sous la langue) (鬼封 guǐ fēng Sceau du Démon)

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Maladie_de_Lyme 
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiques
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Borrelia
  4. https://www.lymedisease.org/lyme-wars-nbc-ny/
  5. “Driving Out Demons and Snakes: Gu Syndrome, A Forgotten Clinical Approach to Chronic Parasitism” by Heiner Fruehauf, in The Journal of Chinese Medicine, May 1998.
  6. https://en.wikipedia.org/wiki/Gu_(poison)
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthelminthique
  8. « L’utilisation de l’ail pour repousser revenants et vampires de l’Égypte antique à l’Europe de l’Est », Amandine Marshall, docteur en égyptologie, Archéologia, no559, novembre 2017, p. 48 à 53.
  9. Jīn Kuì Yào Lüè (金匮要略) Prescriptions Essentielles du Cabinet d’Or), Zhang Zhongjing, Beijing 2013.
  10. Qugu Ranxi Lu (Traité de Maitre Ranxi pour chasser le Gu), 1893 



Long Yan Jiu

Vin de Longane
(龍眼酒 lóng yǎn jiǔ)

Long Yan Jiu

Actions :

Tonifie le Cœur et nourrit le Sang

Indications :

Préoccupation excessive et anxiété, palpitations, insomnie, mémoire diminuée.

Cette préparation peut également être recommandée pour les femmes comme formule de beauté, parce que le Sang nourrit et assouplit la peau, et que le visage correspond au Cœur. Ainsi, nourrir le Sang du Cœur est également bon pour nourrir la peau du visage.

Ingrédients :

Longane séché (lóng yăn ròu 龙眼肉 Arillus Euphoriae Longanae) 250 g
Vin rouge (紅酒 hóng jiǔ) : 75 cl

long yan rou

Le vin (de raisin) rouge tonifie le Qi et nourrit le Sang, active la circulation du Sang, tonifie le Rein et le Foie.

Préparation :

Placer les longanes séchés dans un récipient et laisser mariner dans le vin pendant 100 jours.
Filtrer et conserver.

long yan jiu

long yan jiu

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Posologie :

Une petite tasse (10 cl) par jour

(A consommer avec modération)

 

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