Xian He Cao

Xian He Cao

Xiān Hè Cǎo (Herba Agrimoniae Pilosae)

Identification

Chinois : 仙鹤草
Pinyin : Xiān Hè Cǎo
Traduction : herbe de la grue immortelle
Nom commun : aigremoine velue, agrimoine poilue
Nom latin : Herba Agrimoniae Pilosae
Famille : Rosaceae
Espèces : Agrimonia pilosa Ledeb. (仙鹤草 Xiān Hè Cǎo)
Partie utilisée : parties aériennes séchées (tiges, feuilles, fleurs)
Texte d’origine : Wǔ Qiān Jīn Yào Fāng 五千金要方 (Prescriptions valant Mille Pièces d’Or) ; cité comme hémostatique dans les textes de la Matière Médicale classique dès le 8e siècle. Mentionné dans le Bèn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn au 16e siècle.
Xian He Cao

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Astringent (澀 sè)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Poumon (肺 fèi), Foie (肝 gān), Rate (脾 pí)
Dosage : 9-15 g en décoction ; 30-60 g pour les saignements aigus ; usage externe en quantité suffisante (poudre ou jus de plante fraîche)

Propriétés :

Arrête les saignements et astringente le Sang, tonifie la Rate et arrête la diarrhée, élimine les toxines et soulage la dysenterie, tue les parasites, tonifie le Jing (essence) et renforce la résistance physique.

Précautions :

Xiān Hè Cǎo est généralement bien toléré et ne présente pas de contre-indications majeures. En raison de son action astringente, il doit être utilisé avec prudence en cas de rétention de facteurs pathogènes (stagnation de Sang ou de Qi), afin d’éviter d’emprisonner les pathogènes à l’intérieur. De nature neutre, il convient aussi bien aux syndromes de Chaleur qu’aux syndromes de Froid. La poudre de bourgeon (Hè Cǎo Yá 鹤草芽 Gemma Agrimoniae) est utilisée à des doses plus élevées (30-45 g en décoction ou poudre) pour le traitement du téniasis. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Arrête les saignements
Astringente le Sang
Tonifie la Rate
Arrête la diarrhée
Élimine les toxines intestinales
Traite la dysenterie
Tue les parasites (téniasis)
Tonifie le Jing et renforce l’énergie vitale

Actions et Indications

– Arrête les saignements :
Xiān Hè Cǎo est l’un des principaux remèdes hémostatiques de la pharmacopée chinoise. Son action astringente lui permet d’arrêter tous les types de saignements, quelle que soit leur étiologie : Chaleur dans le Sang, déficience de Qi de la Rate, ou stagnation du Sang. C’est l’un des rares remèdes hémostatiques pouvant être utilisé indifféremment pour les saignements chauds et froids.
– Pour l’hémoptysie (crachement de sang) due à la Chaleur du Poumon, Xiān Hè Cǎo est associé à Bái Jí (Rhizoma Bletillae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis).
– Pour les saignements utérins abondants (bēng lòu 崩漏) dus à la Chaleur dans le Sang, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Dì Yú (Radix Sanguisorbae).
– Pour les saignements dus à la déficience de Qi de la Rate avec incapacité à contenir le Sang dans les vaisseaux, Xiān Hè Cǎo est combiné à Huáng Qí (Radix Astragali) et Dǎng Shēn (Radix Codonopsis).
– Pour les saignements rectal et intestinal (biàn xuè 便血), on l’associe à Dì Yú (Radix Sanguisorbae) et Huái Huā (Flos Sophorae).
– Pour l’hématurie (sang dans les urines) due à la Chaleur dans la Vessie, on combine Xiān Hè Cǎo avec Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae).
– En usage externe, la poudre ou le jus de la plante fraîche est appliqué directement sur les plaies pour arrêter les saignements traumatiques.

– Tonifie la Rate et arrête la diarrhée :
Xiān Hè Cǎo traite la diarrhée chronique et la dysenterie dues à la déficience de la Rate. Son action astringente retient les liquides organiques et restaure la fonction de transformation et de transport de la Rate.
– Pour la diarrhée chronique par déficience de la Rate, Xiān Hè Cǎo est associé à Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Fú Líng (Poria).
– Pour la dysenterie avec mucus sanguin due à l’Humidité-Chaleur, on l’utilise avec Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Mù Xiāng (Radix Aucklandiae).

– Élimine les toxines et soulage la dysenterie :
En raison de sa saveur amère, Xiān Hè Cǎo possède une action de nettoyage des toxines intestinales et traite les dysenteries bactériennes et amibiques. Il est utilisé seul ou en combinaison pour les infections intestinales aiguës ou chroniques.
– Pour la dysenterie bacillaire aiguë, Xiān Hè Cǎo peut être utilisé seul en décoction concentrée, ou associé à Bái Tóu Wēng (Radix Pulsatillae) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri).

– Tue les parasites :
Le bourgeon de Xiān Hè Cǎo (Hè Cǎo Yá 鹤草芽 Gemma Agrimoniae) est particulièrement efficace pour éliminer les ténias (tāo chóng 绦虫). Il s’agit d’une indication classique dans les textes traditionnels et confirmée par les études cliniques modernes.
– Pour le téniasis, le bourgeon est utilisé seul en poudre (30-45 g) ou en décoction le matin à jeun, ou associé à Bīng Láng (Semen Arecae).

– Tonifie le Jing et renforce la résistance physique :
Xiān Hè Cǎo traite le syndrome d’épuisement physique (pí láo 疲劳) avec fatigue profonde, faiblesse des membres et débilitation générale. Cette propriété tonifiante, moins connue, est mentionnée dans plusieurs sources classiques et cliniques.
– Pour la fatigue profonde avec déficience de Qi et de Sang, Xiān Hè Cǎo est associé à Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Huáng Qí (Radix Astragali).

Liste des symptômes

Saignements :
Hémoptysie et crachement de sang
Hématemèse (vomissement de sang)
Épistaxis (saignement de nez)
Saignements utérins abondants et métrorragies
Sang dans les selles (hématochézie)
Hématurie (sang dans les urines)
Saignements traumatiques externes
Saignements de gencives

Troubles digestifs :
Diarrhée chronique par déficience de la Rate
Dysenterie avec mucus sanguin
Dysenterie bacillaire et amibique
Infections intestinales parasitaires (téniasis)

Syndrome d’épuisement :
Fatigue profonde et débilitation générale
Faiblesse généralisée des membres
Épuisement avec pâleur

Commentaire

Xiān Hè Cǎo (仙鹤草 Herba Agrimoniae Pilosae) tire son nom poétique de la grue immortelle (xiān hè 仙鹤), symbole de longévité et de pureté dans la culture chinoise. Ce remède de la famille des Rosacées est l’un des hémostatiques les plus polyvalents et les mieux tolérés de la pharmacopée chinoise. Sa particularité essentielle réside dans sa neutralité thermique, ce qui lui permet d’agir sur tous les types de saignements, aussi bien liés à la Chaleur dans le Sang que liés à la déficience froide de la Rate.

À la différence de nombreux hémostatiques qui doivent être carbonisés (chǎo tàn 炒炭) pour arrêter les saignements, Xiān Hè Cǎo exerce son action hémostatique sous sa forme naturelle non transformée. Sa saveur amère-astringente (kǔ sè 苦澀) lui confère une action de rétention et de consolidation du Sang dans les vaisseaux, sans pour autant créer de stagnation pathologique. Sa neutralité thermique fait de lui un remède de premier choix en clinique moderne, notamment pour les gynécologues et les praticiens traitant des maladies gastro-intestinales.

L’une des distinctions fondamentales de Xiān Hè Cǎo par rapport aux autres hémostatiques est sa double action sur le Sang et les intestins. Alors que Bái Jí (Rhizoma Bletillae) excelle pour les saignements du Poumon et de l’Estomac, et que Dì Yú (Radix Sanguisorbae) se concentre sur les saignements des intestins inférieurs, Xiān Hè Cǎo couvre un spectre plus large, du Poumon aux intestins, en passant par l’utérus. Sa capacité à tonifier la Rate tout en arrêtant les saignements le rend particulièrement indiqué dans les cas où la déficience de Qi sous-tend l’hémorragie.

L’utilisation du bourgeon (Hè Cǎo Yá 鹤草芽 Gemma Agrimoniae) pour traiter le téniasis constitue une application traditionnelle remarquable, confirmée par les études cliniques modernes. Ce sont les acides agrimonolides contenus dans le bourgeon qui sont responsables de l’action téniafuge. La propriété tonifiante de Xiān Hè Cǎo – qui renforce le Jing et la résistance physique – est moins souvent citée mais mérite attention : elle reflète la philosophie holistique de la médecine chinoise, qui vise à renforcer le terrain du patient tout en traitant le symptôme.

Associations

– avec Bái Jí (Rhizoma Bletillae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis) : pour l’hémoptysie et les saignements du Poumon

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Dì Yú (Radix Sanguisorbae) : pour les saignements utérins abondants dus à la Chaleur dans le Sang

– avec Huáng Qí (Radix Astragali) et Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) : pour les saignements par déficience de Qi de la Rate

– avec Dì Yú (Radix Sanguisorbae) et Huái Huā (Flos Sophorae) : pour les saignements rectaux et le sang dans les selles

– avec Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) : pour l’hématurie due à la Chaleur dans la Vessie

– avec Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Fú Líng (Poria) : pour la diarrhée chronique par déficience de la Rate

– avec Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) : pour la dysenterie avec mucus sanguin due à l’Humidité-Chaleur

– avec Bái Tóu Wēng (Radix Pulsatillae) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) : pour la dysenterie bacillaire aiguë

– avec Bīng Láng (Semen Arecae) : pour le téniasis (en association avec le bourgeon Hè Cǎo Yá)

– avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Huáng Qí (Radix Astragali) : pour la fatigue profonde avec déficience de Qi et de Sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng xiān hè cǎo) : forme non transformée, utilisée pour arrêter les saignements, traiter la dysenterie et tonifier le Jing
– carbonisé (炒炭 chǎo tàn) : légèrement carbonisé à la chaleur, renforce l’action hémostatique astringente, particulièrement indiqué pour les saignements utérins abondants et les selles sanglantes chroniques
– frais (鮮用 xiān yòng) : le jus de la plante fraîche appliqué localement est plus efficace pour les saignements traumatiques externes et les blessures
– bourgeon (Hè Cǎo Yá 鹤草芽 Gemma Agrimoniae) : partie spécifique utilisée à des doses plus élevées pour l’élimination des ténias

Formules Classiques

– Xiān Hè Cǎo Tāng (仙鹤草汤 Décoction d’Aigremoine)
Formule simple utilisant Xiān Hè Cǎo seul ou en association pour arrêter les saignements de diverses étiologies. Dans les formes dues à la Chaleur, il est combiné avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan). Dans les formes dues à la déficience de Rate, il est associé à Huáng Qí (Radix Astragali) et Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) pour renforcer la Rate et consolider le Qi.

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Carbonisés)
Bien que Xiān Hè Cǎo ne soit pas dans la formulation originale classique, il est souvent intégré dans les adaptations modernes de cette formule pour renforcer l’action hémostatique. La formule originale combine notamment Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) pour traiter les saignements dus à la Chaleur dans le Sang.

Toxicité :

Xiān Hè Cǎo ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Ce remède est considéré comme sûr pour une utilisation clinique à court et moyen terme. Les rares effets indésirables rapportés incluent de légères perturbations gastro-intestinales à fortes doses. Le bourgeon (Hè Cǎo Yá 鹤草芽 Gemma Agrimoniae), utilisé en doses élevées pour le téniasis (30-45 g), peut provoquer des nausées transitoires chez certains patients. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée à ce jour. L’utilisation pendant la grossesse doit faire l’objet d’une surveillance, bien qu’aucune tératogénicité n’ait été rapportée.


Ce Bai Ye

Ce Bai Ye

Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi Orientalis)

Identification

Chinois : 侧柏叶
Pinyin : Cè Bǎi Yè
Traduction : Feuilles du cyprès oriental penché
Nom commun : Thuya d’Orient, Cyprès de Chine
Nom latin : Cacumen Platycladi Orientalis
Famille : Cupressaceae
Espèces : Platycladus orientalis (L.) Franco (syn. Biota orientalis (L.) Endl., Thuja orientalis L.)
Partie utilisée : Rameaux feuillés (cacumen), récoltés de préférence entre mars et décembre
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Mélanges de Médecins Renommés) par Tao Hong-Jing au IVe-Ve siècle
Ce Bai Ye

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Astringent (澀 sè)
Nature : Frais (涼 liáng)
Méridiens : Poumon (肺 fèi), Foie (肝 gān), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 6-15 g (jusqu’à 30 g en usage externe ou en décoction concentrée)

Propriétés :

Cè Bǎi Yè est l’une des plantes hémostatiques les plus polyvalentes de la pharmacopée chinoise : amer et frais, il refroidit la Chaleur dans le Sang, arrête les hémorragies et dissolve les Glaires pour soulager la toux. Sa double action hémostatique et expectorante en fait un remède de choix dans les saignements accompagnés d’irritation pulmonaire.

Précautions :

Contre-indiqué en cas de saignements dus à un Vide de Yang ou à un Froid interne, car sa nature Fraîche risque d’aggraver ces tableaux. À utiliser avec prudence chez les patients présentant un Vide de Rate avec selles molles. La forme carbonisée (炭 tàn) est préférée pour les saignements actifs, la forme crue étant réservée à la dissolution des Glaires et à la toux. En usage prolongé, surveiller l’état du Qi de Rate. Déconseillé en cas d’hémorragie par Vide de Qi sans Chaleur associée.

Fonctions principales :

Refroidit la Chaleur dans le Sang et arrête les hémorragies
Dissout les Glaires, arrête la toux et calme l’asthme
Favorise la pousse des cheveux et traite la chute de cheveux prématurée

Actions et Indications

– Refroidit la Chaleur dans le Sang et arrête les hémorragies :
Cè Bǎi Yè entre dans le méridien du Foie, organe responsable du stockage du Sang, et dans le méridien du Poumon. Sa nature Fraîche et Amère lui permet de refroidir la Chaleur dans le Sang qui force ce dernier à circuler de façon anarchique hors des vaisseaux. Il est indiqué pour toutes les hémorragies de type Chaleur ou Feu : hématémèse, hémoptysie, épistaxis, hématurie, métrorragies, rectorragies et hémorroïdes saignantes. Le sang présente typiquement une couleur rouge vif.
– Pour les hémorragies digestives hautes (hématémèse) et les épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang, Cè Bǎi Yè est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et à Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae).
– Pour les rectorragies et les hémorroïdes saignantes avec Chaleur, on l’associe à
Huái Huā (Flos Sophorae Immaturus) et à Jīng Jiè (Herba Schizonepetae), ce dernier sous forme carbonisée, comme dans la formule classique Huái Huā Sǎn 槐花散 (Poudre à base de Sophora).
– Pour les hémorragies multiples dues à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique, il entre dans la composition de la célèbre formule Shí Huī Sǎn 十灰散 (Poudre des Dix Substances Carbonisées) avec Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae).

– Dissout les Glaires, arrête la toux et calme l’asthme :
Grâce à son entrée dans le méridien du Poumon, Cè Bǎi Yè refroidit la Chaleur du Poumon et dissolve les Glaires-Chaleur. Il traite la toux avec expectoration de mucosités jaunes et visqueuses, les dyspnées, ainsi que la toux du fumeur. Cette action est plutôt attribuée à la forme crue, dont les propriétés dispersantes des Glaires sont plus marquées que celles de la forme carbonisée. Il peut également être utilisé en usage externe en fumigation pour les affections bronchiques chroniques.
– Pour la toux avec Glaires-Chaleur, expectorations jaunes et épistaxis associée, Cè Bǎi Yè est associé à Huáng Qín (Radix Scutellariae) et à Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae).
– Pour la toux sèche avec hémoptysie due à un Vide de Yin du Poumon avec Chaleur, on l’associe à È Jiāo (Colla Corii Asini) et à Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis).

– Favorise la pousse des cheveux et traite la chute de cheveux prématurée :
Une des propriétés originales de Cè Bǎi Yè reconnue par les textes classiques est sa capacité à favoriser la repousse des cheveux et à traiter l’alopécie précoce. Il nourrit et refroidit le Sang du Foie, dont dépend la vitalité des cheveux selon la théorie chinoise. En usage externe, la préparation alcoolique (macération dans de l’alcool à 60°) est appliquée directement sur le cuir chevelu pour stimuler la microcirculation et freiner la chute des cheveux.
– Pour l’alopécie précoce et les cheveux gris prématurés, Cè Bǎi Yè est associé en usage externe à Hé Shǒu Wū (Radix Polygoni Multiflori) et à Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae).
– Pour la chute de cheveux sèche liée à un Vide de Sang du Foie, on l’associe à
Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri Lucidi) et à Sāng Shèn (Fructus Mori).

Liste des symptômes

Hémorragies de type Chaleur dans le Sang :
Hémoptysie (crachat de sang) avec expectoration rouge vif
Hématémèse (vomissement de sang) de couleur rouge vif ou écarlate
Épistaxis abondante, d’apparition soudaine
Hématurie (sang dans les urines), urine rouge foncé
Métrorragies et ménorragies avec sang rouge vif
Rectorragies et hémorroïdes saignantes avec Chaleur
Purpura et ecchymoses spontanées dues à la Chaleur dans le Sang

Affections pulmonaires avec Glaires-Chaleur :
Toux grasse avec expectorations jaunes, épaisses et difficiles à expectorer
Dyspnée et oppression thoracique avec sensation de Chaleur
Toux chronique du fumeur avec irritation bronchique
Toux sèche accompagnée de traces de sang (hémoptysie légère)

Affections capillaires et cutanées :
Alopécie précoce, notamment de type androgenétique avec Vide de Sang du Foie
Cheveux gris prématurés, fragilité du cheveu
Dermatites du cuir chevelu avec Chaleur-Humidité (usage topique)
Brûlures superficielles de faible étendue (usage topique en poudre)

Commentaire

Cè Bǎi Yè est issu du Thuya d’Orient (Platycladus orientalis), arbre à feuillage persistant originaire de Chine du Nord et de Corée, où il est cultivé depuis l’Antiquité pour ses vertus médicinales et ornementales. Son nom 侧柏叶 signifie littéralement « feuilles du cyprès penché » (侧 cè : de côté, incliné ; 柏 bǎi : cyprès ; 叶 yè : feuilles), référence à la disposition oblique caractéristique de ses rameaux. Il appartient à la catégorie des herbes hémostatiques qui refroidissent le Sang (liáng xuè zhǐ xuè 涼血止血), à distinguer des hémostatiques astringents ou activateurs du Sang. Sa première mention dans un texte médical remonte aux Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 de Tao Hong-Jing, et il est abondamment décrit dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de la Matière Médicale) de Li Shi-Zhen au XVIe siècle.

Sur le plan clinique, la polyvalence de Cè Bǎi Yè tient à sa capacité d’agir simultanément sur trois méridiens : Foie (stockage du Sang), Poumon (gouvernance du Qi et des voies respiratoires) et Gros Intestin (siège fréquent des saignements digestifs bas). Sa nature Fraîche mais non véritablement Froide en fait un hémostatique utilisable sans risque excessif de coaguler le Sang, à condition de le carbonisar pour les urgences hémorragiques. Les études pharmacologiques modernes confirment ses propriétés hémostatiques par raccourcissement du temps de coagulation, ses effets antitussifs, expectorants et antibactériens, ainsi qu’une activité antivirale et vasoprotectrice liée à ses flavonoïdes (quercétine, myricétine, amentoflavone). Des effets hypotenseurs et cardioprotecteurs ont également été documentés.

Comparé à Dì Yú (Radix Sanguisorbae), autre grand hémostatique refroidissant le Sang, Cè Bǎi Yè présente un spectre plus large : Dì Yú agit de façon privilégiée sur les hémorragies digestives basses (rectorragies, dysenterie sanglante) et les brûlures en usage externe, avec une action plus marquée sur le Gros Intestin et la Rate. Cè Bǎi Yè, lui, rayonne sur l’ensemble des saignements de la partie haute du corps (hémoptysie, épistaxis, hématémèse) comme de la partie basse, tout en ajoutant une action pulmonaire anti-Glaires et une propriété capillaire unique dans sa catégorie. Les deux remèdes sont souvent associés dans les formules traitant les hémorragies digestives multiples.

Associations

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) : hémorragies multiples dues à la Chaleur dans le Sang (hémoptysie, hématémèse, épistaxis), formule Shí Huī Sǎn 十灰散 (Poudre des Dix Substances Carbonisées)

– avec Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : métrorragies et ménorragies avec Chaleur dans le Sang, formule Sì Shēng Wán 四生丸 (Pilule des Quatre Ingrédients Frais)
– avec Huái Huā (Flos Sophorae Immaturus) et Jīng Jiè (Herba Schizonepetae, carbonisée) : rectorragies et hémorroïdes saignantes, formule Huái Huā Sǎn 槐花散 (Poudre à base de Sophora)
– avec Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii) : toux avec Glaires-Chaleur et hémoptysie légère
– avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Xiǎo Jì (Herba Cirsii) : hématurie due à la Chaleur dans le Sang
– avec È Jiāo (Colla Corii Asini) et Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi) : saignements utérins avec Vide de Sang et Chaleur relative
– avec Dì Yú (Radix Sanguisorbae) et Huái Huā (Flos Sophorae Immaturus) : hémorragies digestives basses récurrentes liées à la Chaleur dans le Gros Intestin
– avec Hé Shǒu Wū (Radix Polygoni Multiflori) et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae) : usage externe en macération alcoolique pour l’alopécie et les cheveux gris prématurés

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : forme de choix pour l’action anti-Glaires, antitussive et expectorante ; refroidit le Sang avec plus de force pour les hémorragies aiguës de type excès de Chaleur ; conserve également l’action de favoriser la pousse des cheveux en usage externe
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : les rameaux sont carbonisés à feu vif jusqu’à noircissement partiel (extérieur noir, intérieur jaune-brun), puis arrosés d’eau froide ; cette préparation renforce considérablement l’effet hémostatique astringent, réduit l’amertume et la nature Fraîche, et est indiquée pour les hémorragies chroniques ou les saignements modérés ; c’est la forme la plus utilisée en pratique clinique pour arrêter les saignements
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : les rameaux sont mélangés à du vinaigre puis chauffés ; cette préparation renforce l’entrée dans le méridien du Foie, améliore l’action hémostatique pour les saignements utérins et les hémorragies liées à la Stagnation du Qi du Foie
– macération alcoolique (酒浸 jiǔ jìn) : les rameaux frais sont macérés dans de l’alcool à 60° pendant 7 jours ; usage externe exclusivement, appliqué sur le cuir chevelu pour traiter l’alopécie et stimuler la pousse des cheveux

Formules Classiques

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Substances Carbonisées)
Formule classique décrite dans le Shí Yào Shén Shū 十藥神書 (Livre Divin des Dix Remèdes) de Ge Ke-Jiu au XIVe siècle. Composée de dix substances toutes carbonisées, dont Cè Bǎi Yè, elle traite les hémorragies multiples dues à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique : hémoptysie, hématémèse, épistaxis, hématurie. Les autres ingrédients incluent
Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Dì Yú (Radix Sanguisorbae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei),
Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Hé Yè (Folium Nelumbinis) et Zōng Lǘ Pí (Fibra Stipulae Trachycarpi).
La poudre est prise avec du jus de Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) ou de Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) pour renforcer l’action rafraîchissante du Sang.

– Sì Shēng Wán (四生丸 Pilule des Quatre Ingrédients Frais)
Formule classique composée de quatre ingrédients utilisés à l’état frais (生 shēng) : Cè Bǎi Yè, Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi), Hé Yè (Folium Nelumbinis) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae). Indiquée pour les hémorragies dues à la Chaleur dans le Sang, notamment l’hématémèse et l’épistaxis avec sang de couleur rouge vif, pouls rapide et langue rouge. L’utilisation à l’état frais maximise la puissance refroidissante et hémostatique de l’ensemble. Ài Yè, de nature chaude, équilibre l’ensemble et évite un blocage par froid des vaisseaux.

– Huái Huā Sǎn (槐花散 Poudre à base de Sophora)
Formule associant Cè Bǎi Yè (carbonisé),
Huái Huā (Flos Sophorae Immaturus), Jīng Jiè (Herba Schizonepetae, carbonisée) et Zhǐ Ké (Fructus Aurantii). Indiquée pour les rectorragies et les saignements hémorroïdaires avec Chaleur dans le Gros Intestin (肠风下血 chángfēng xià xuè). Le sang est rouge vif, les selles peuvent être normales ou difficiles. Cè Bǎi Yè et Huái Huā refroidissent le Sang et arrêtent les hémorragies, Jīng Jiè (carbonisée) renforce l’action hémostatique, Zhǐ Ké régule le Qi du Gros Intestin.

Toxicité :

Cè Bǎi Yè est considéré comme globalement non toxique aux doses thérapeutiques habituelles (6 à 15 g en décoction). Des études pharmacologiques indiquent une bonne tolérance générale. À doses excessives ou en usage prolongé, une inhibition des fonctions digestives (nausées, inconfort gastrique, selles molles) peut survenir en raison de sa nature Fraîche et de son amertume, pouvant léser le Qi de Rate et d’Estomac. L’huile essentielle des feuilles et rameaux contient du thujone, composé potentiellement neurotoxique à forte concentration, mais sa teneur dans les préparations aqueuses (décoctions) est négligeable. En usage externe prolongé, la macération alcoolique peut provoquer des irritations cutanées locales chez les sujets sensibles. Aucune interaction médicamenteuse majeure documentée dans la littérature clinique disponible. La forme carbonisée est considérée comme plus sûre sur le plan digestif que la forme crue pour les traitements prolongés.


Ou Jie

Lian Zi

Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Nuciferae Rhizomatis)

Identification

Chinois : 藕節
Pinyin : ǒu jié
Traduction : nœud du rhizome de lotus
Nom commun : nœud de rhizome de lotus sacré
Nom latin : Nodus Nelumbinis Nuciferae Rhizomatis
Famille : Nymphaeaceae
Espèces : Nelumbo nucifera Gaertn. (藕節 ǒu jié)
Partie utilisée : nœud séché du rhizome
Texte d’origine : Yào Xìng Lùn 藥性論 (Traité des Propriétés des Médicaments) par Zhèn Quán au 7e siècle
Ou Jie

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Doux (甘 gān), Astringent (澀 sè)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Foie (肝 gān), Poumon (肺 fèi), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 9-15 g en décoction ; 30-60 g sous forme fraîche ; 3-6 g sous forme de poudre

Propriétés :

Arrête les saignements et disperse le Sang stagnant, astringent les saignements tout en éliminant la stase, clarifie la Chaleur et refroidit le Sang.

Précautions :

Ǒu Jié est généralement bien toléré et ne présente pas de contre-indications majeures aux doses thérapeutiques recommandées. Il doit cependant être utilisé avec prudence chez les patients présentant des saignements sans Chaleur dans le Sang ni stase sanguine, car son action astringente risque alors de retenir des facteurs pathogènes. La forme calcinée (炭 tàn) possède une action hémostatique plus puissante, tandis que la forme fraîche est plus efficace pour disperser le Sang stagnant et refroidir le Sang. Ce remède ne présente pas de toxicité connue aux doses thérapeutiques.

Fonctions principales :

Arrête les saignements
Disperse le Sang stagnant
Clarifie la Chaleur
Refroidit le Sang
Astringent les saignements

Actions et Indications

– Arrête les saignements et disperse le Sang stagnant :
Ǒu Jié est le remède hémostatique de référence qui combine la double action d’arrêter les saignements et de disperser simultanément la stase de Sang. Cette propriété unique lui permet de traiter les hémorragies sans risquer de retenir du Sang stagnant dans l’organisme, ce qui en fait un remède précieux pour toutes les formes de saignements.
Il est particulièrement indiqué pour les saignements liés à la Chaleur dans le Sang, les traumatismes ou la stase de Sang, avec des manifestations telles que les hémoptysies, les épistaxis, les hématémèses, les hématuries et les métrorragies.
– Pour les hémoptysies et expectorations striées de sang dues à la Chaleur du Poumon, Ǒu Jié est associé à Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Bái Jí (Rhizoma Bletillae).
– Pour les vomissements de sang et les épistaxis dus à la Chaleur dans le Sang, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi).
– Pour les hématuries dues à la Chaleur dans le Sang, Ǒu Jié est associé à Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Pú Huáng (Pollen Typhae).
– Pour les métrorragies et saignements utérins excessifs, Ǒu Jié est associé à Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi).

– Clarifie la Chaleur et refroidit le Sang :
Ǒu Jié possède une action secondaire pour clarifier la Chaleur et refroidir le Sang, ce qui renforce son efficacité dans le traitement des saignements provoqués par la Chaleur dans le Sang.
– Pour les saignements causés par la Chaleur dans le Sang avec fièvre et agitation, Ǒu Jié est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan).
– Pour les saignements dus à la Chaleur dans le Sang accompagnés de stase, on l’associe à Sān Qī (Radix Notoginseng) et Pú Huáng (Pollen Typhae).

Liste des symptômes

Saignements du foyer supérieur :
Hémoptysies (crachats de sang)
Expectorations striées de sang
Épistaxis (saignements de nez)
Hématémèse (vomissements de sang)

Saignements du foyer inférieur :
Hématurie (sang dans les urines)
Métrorragies et saignements utérins excessifs
Hématochézie (sang dans les selles)

Autres indications :
Saignements post-traumatiques avec stase sanguine
Saignements liés à la Chaleur dans le Sang
Stase de Sang avec tendance hémorragique

Commentaire

Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Nuciferae Rhizomatis) est le nœud du rhizome de lotus sacré, une des huit parties médicinales de la plante Nelumbo nucifera. Sa particularité fondamentale réside dans sa double action hémostatique et antistase : il arrête les saignements tout en dispersant le Sang stagnant, ce qui lui permet de traiter les hémorragies sans engendrer de nouvelle stase – une problématique courante avec les remèdes astringents ordinaires. Cette propriété le distingue nettement des autres remèdes hémostatiques et en fait un allié précieux dans la pratique clinique.

En médecine chinoise, Ǒu Jié est classé dans la catégorie des remèdes qui arrêtent les saignements. Son action est à la fois astringente et dispersante, équilibre rare qui lui permet de traiter aussi bien les saignements actifs que les séquelles de stase sanguine. Sa nature neutre en fait un remède accessible à un large éventail de patients, qu’il s’agisse de saignements par Chaleur dans le Sang, par stase de Sang ou encore par traumatisme.

La forme calcinée (炭 tàn) est la préparation de référence pour maximiser l’effet hémostatique, en particulier pour les saignements abondants et urgents. En revanche, la forme fraîche ou crue est préférée lorsque l’objectif est de disperser la stase sanguine et de refroidir le Sang, notamment dans les cas de saignements chroniques avec accumulation de Sang stagnant.

Ǒu Jié se distingue de Pú Huáng (Pollen Typhae) par son action plus orientée vers l’astringence hémostatique, alors que Pú Huáng est davantage centré sur la dispersion de la stase et le soulagement de la douleur. Les deux remèdes partagent cependant la propriété de combiner action hémostatique et action antistase, ce qui les rend souvent complémentaires dans les formules traitant les saignements avec stase. Ǒu Jié se distingue également de Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) par son action plus polyvalente sur tous les types de saignements, tandis que Bái Máo Gēn est plus spécifiquement indiqué pour la Chaleur dans le Sang avec diurèse.

Associations

– avec Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Bái Jí (Rhizoma Bletillae) : pour les hémoptysies et expectorations striées de sang dues à la Chaleur du Poumon

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) : pour les vomissements de sang et les épistaxis dus à la Chaleur dans le Sang

– avec Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Pú Huáng (Pollen Typhae) : pour les hématuries dues à la Chaleur dans le Sang

– avec Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi) : pour les métrorragies et saignements utérins excessifs

– avec Sān Qī (Radix Notoginseng) et Pú Huáng (Pollen Typhae) : pour les saignements avec stase de Sang

– avec Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : pour les saignements causés par la Chaleur dans le Sang avec fièvre et agitation

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng ǒu jié) : forme fraîche ou sèche, efficace pour disperser le Sang stagnant, refroidir le Sang et arrêter les saignements avec stase
– calciné (藕節炭 ǒu jié tàn) : forme calcinée au feu, possède une action hémostatique renforcée et plus astringente, particulièrement indiquée pour les saignements abondants

Formules Classiques

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Substances Calcinées)
Cette formule emblématique des remèdes hémostatiques associe Ǒu Jié à Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Hé Yè (Folium Nelumbinis), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Qiān Cǎo (Radix Rubiae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan), toutes calcinées. Cette formule traite les hémorragies abondantes et urgentes de type Chaleur dans le Sang, notamment les hémoptysies, hématémèses et épistaxis.

Toxicité :

Ǒu Jié ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études disponibles indiquent une très bonne tolérance, aussi bien sous forme crue que calcinée. Ce remède peut être utilisé en usage prolongé sans effet indésirable notable. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée. En raison de son action astringente, une utilisation exclusive de la forme calcinée chez des patients présentant une importante stase de Sang doit être envisagée avec discernement, afin de ne pas entraver la circulation sanguine.


Xiao Ji

Xiao Ji

Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos)

Identification

Chinois : 小薊
Pinyin : Xiǎo Jì
Traduction : petit chardon
Nom commun : céphalanople, petit chardon des champs
Nom latin : Herba Cephalanoplos
Famille : Asteraceae (Compositae)
Espèces : Cephalanoplos segetum (Bunge) Kitam. (小薊 Xiǎo Jì)
Partie utilisée : parties aériennes séchées ou fraîches (tiges, feuilles, fleurs)
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Xiao Ji

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān)
Dosage : 5-12 g (forme sèche), 30-60 g (forme fraîche)

Propriétés :

Refroidit le Sang et arrête les saignements, clarifie la Chaleur et élimine les toxines, disperse les stases de Sang et réduit les gonflements, favorise la diurèse et traite les syndromes de dysurie.

Précautions :

Xiǎo Jì est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac. Il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience du Qi ou du Sang sans signe de Chaleur. La forme fraîche est plus puissante pour refroidir le Sang et arrêter les saignements. L’usage de la forme calcinée renforce l’action hémostatique. Ce remède ne doit pas être utilisé en cas de saignement dû à un vide de Qi ou à la Froideur.

Fonctions principales :

Refroidit le Sang
Arrête les saignements
Clarifie la Chaleur
Élimine les toxines
Disperse les stases de Sang
Réduit les gonflements
Favorise la diurèse
Traite la dysurie sanglante

Actions et Indications

– Refroidit le Sang et arrête les saignements :
Xiǎo Jì est l’un des remèdes hémostatiques les plus importants de la pharmacopée chinoise pour traiter les saignements causés par la Chaleur dans le Sang, qui force le Sang à sortir de ses vaisseaux.
Il est couramment utilisé pour toutes les formes de saignement dues à la Chaleur dans le Sang, notamment les hématuries, les hémoptysies, les hématémèses, les épistaxis et les métrorragies.
– Pour l’hématurie et la dysurie sanglante (xuè lín 血淋) due à la Chaleur dans le Sang, Xiǎo Jì est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Huá Shí (Talcum), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis) et Pú Huáng (Pollen Typhae), formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小薊飲子 (Décoction de Petit Chardon).
– Pour les hémoptysies dues à la Chaleur du Poumon, on associe Xiǎo Jì à Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis).
– Pour les hématémèses dues à la Chaleur de l’Estomac, Xiǎo Jì est associé à Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) et Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), formule Shí Huī Sǎn 十灰散 (Poudre des Dix Substances Calcinées).
– Pour les épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae).
– Pour les métrorragies dues à la Chaleur dans le Sang, Xiǎo Jì est associé à Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).

– Clarifie la Chaleur et élimine les toxines :
Xiǎo Jì possède une action pour clarifier la Chaleur au niveau du Sang et éliminer les toxines. Il traite les abcès, les furoncles et les affections cutanées dues à la Chaleur toxique.
Il est utilisé tant en usage interne qu’externe pour traiter les gonflements douloureux et les abcès causés par la stagnation de Chaleur et de toxines.
– Pour les abcès et furoncles due à la Chaleur toxique, Xiǎo Jì est associé à Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae).
– En application topique, le suc frais de Xiǎo Jì peut être appliqué directement sur les lésions cutanées, les abcès et les contusions.

– Disperse les stases de Sang et réduit les gonflements :
Xiǎo Jì disperse les stases de Sang tout en arrêtant les saignements, une combinaison d’actions rare qui le rend particulièrement précieux car il prévient la formation de stases lors du traitement hémostatique.
Cette double action – arrêter les saignements et disperser les stases – lui permet d’être utilisé dans les cas de saignement avec accumulation de Sang stagnant.
– Pour les traumatismes avec contusions et gonflements, on applique le suc frais de Xiǎo Jì en usage externe, ou on l’associe à Sān Qī (Radix Notoginseng) en usage interne.
– Pour les hématomes post-traumatiques, Xiǎo Jì est associé à Pú Huáng (Pollen Typhae) et Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae).

– Favorise la diurèse et traite les syndromes de dysurie :
Xiǎo Jì clarifie la Chaleur et favorise la diurèse pour traiter le syndrome de dysurie sanglante (xuè lín 血淋) caractérisé par des urines rares, douloureuses et sanglantes.
C’est l’une des applications les plus classiques de ce remède, qui agit en refroidissant le Sang dans le foyer inférieur et en favorisant l’élimination de la Chaleur-Humidité par les urines.
– Pour la dysurie sanglante avec douleur et brûlures à la miction, Xiǎo Jì est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Huá Shí (Talcum) et Mù Tōng (Caulis Akebiae), formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小薊飲子 (Décoction de Petit Chardon).
– Pour les urines troubles et teintées de sang sans douleur intense, on l’associe à Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis).

Liste des symptômes

Saignements dus à la Chaleur dans le Sang :
Hématurie avec urines rouge vif
Dysurie sanglante avec brûlures à la miction
Hémoptysies avec expectoration de sang rouge
Hématémèse due à la Chaleur de l’Estomac
Épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang
Métrorragies et ménorragies dues à la Chaleur
Hémorrhoïdes saignantes par Chaleur dans les Intestins
Rectorragie due à la Chaleur intestinale

Troubles urinaires :
Dysurie sanglante (xuè lín 血淋)
Urines rares, foncées et douloureuses
Urines troubles et teintées de sang
Brûlures à la miction

Affections cutanées et traumatiques :
Abcès et furoncles dus à la Chaleur toxique
Contusions et hématomes post-traumatiques
Gonflements douloureux dus à la stase de Sang

Autres indications :
Hypertension artérielle associée à la Chaleur dans le Foie
Jaunisse due à la Chaleur-Humidité

Commentaire

Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos) tire son nom du chinois qui signifie littéralement « petit chardon », par opposition à Dà Jì (大薊 Herba seu Radix Cirsii Japonici), le « grand chardon ». Ces deux plantes de la famille des Asteraceae partagent des propriétés similaires pour refroidir le Sang et arrêter les saignements, mais se distinguent par leur puissance et leurs indications secondaires. Xiǎo Jì est mentionné pour la première fois comme remède médicinal dans le Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres), texte du 5e siècle attribué à Táo Hóng-Jǐng.

La caractéristique la plus précieuse de Xiǎo Jì réside dans sa double capacité à arrêter les saignements tout en dispersant simultanément les stases de Sang. La plupart des remèdes hémostatiques astringents risquent de provoquer une stagnation du Sang en arrêtant le saignement, ce qui peut entraîner des douleurs et des obstructions. Xiǎo Jì résout ce problème grâce à sa capacité à disperser les stases tout en hemostasant, ce qui en fait un choix clinique idéal. Selon le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de la Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn, Xiǎo Jì « refroidit et clarifie le Sang chaud » et est particulièrement efficace pour les saignements liés à la Chaleur dans le niveau du Sang.

Xiǎo Jì est surtout renommé pour son efficacité dans le traitement de l’hématurie et de la dysurie sanglante (xuè lín 血淋). L’association classique dans la formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小薊飲子 (Décoction de Petit Chardon) combine ses propriétés hémostatiques et diurétiques pour traiter les saignements urinaires par Chaleur dans le foyer inférieur. La forme fraîche du remède est particulièrement efficace pour refroidir le Sang en urgence, tandis que la forme calcinée est privilégiée pour son action hémostatique renforcée.

Xiǎo Jì se distingue de Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) par sa puissance moindre mais ses indications similaires. Dà Jì est généralement considéré comme plus puissant pour refroidir le Sang et éliminer les toxines, et est plus efficace pour traiter les gonflements et les abcès externes. Xiǎo Jì, en revanche, est supérieur pour traiter la dysurie sanglante grâce à sa capacité diurétique plus prononcée. Les deux plantes sont souvent combinées ensemble, notamment dans la formule Shí Huī Sǎn 十灰散 (Poudre des Dix Substances Calcinées), pour renforcer leur action hémostatique.

Associations

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Huá Shí (Talcum), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis) et Pú Huáng (Pollen Typhae) : pour l’hématurie et la dysurie sanglante dues à la Chaleur dans le Sang (formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小薊飲子 Décoction de Petit Chardon)

– avec Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) et Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) : pour les hématémèses et les épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang (formule Shí Huī Sǎn 十灰散 Poudre des Dix Substances Calcinées)

– avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis) : pour les hémoptysies et les épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang

– avec Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : pour les hématuries et les saignements par Chaleur intense dans le Sang

– avec Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) : pour les abcès, furoncles et gonflements toxiques dus à la Chaleur

– avec Sān Qī (Radix Notoginseng) : pour les traumatismes avec hématomes et saignements internes

– avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis) : pour les urines troubles et teintées de sang sans douleur intense

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng Xiǎo Jì) : forme sèche ou fraîche, possède les propriétés les plus puissantes pour refroidir le Sang, clarifier la Chaleur, éliminer les toxines et disperser les stases de Sang ; forme de choix pour les saignements aigus par Chaleur intense
– frais (鮮用 xiān Xiǎo Jì) : forme fraîche, possède une action plus forte pour refroidir le Sang et arrêter les saignements urgents ; peut être utilisé en suc pour application externe sur les lésions cutanées
– calciné (炭用 Xiǎo Jì tàn) : calciné jusqu’à noircissement, cette forme a une action hémostatique renforcée grâce à ses propriétés astringentes accrues, mais perd une partie de ses capacités à refroidir le Sang et à disperser les stases

Formules Classiques

– Xiǎo Jì Yǐn Zǐ (小薊飲子 Décoction de Petit Chardon)
Cette formule est la formule de référence pour Xiǎo Jì. Elle combine ce remède avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Huá Shí (Talcum), Mù Tōng (Caulis Akebiae), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis), Pú Huáng (Pollen Typhae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la dysurie sanglante due à la Chaleur dans le foyer inférieur, caractérisée par des urines sanglantes, douloureuses et brûlantes.

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Substances Calcinées)
Xiǎo Jì est inclus dans cette formule avec Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Hé Yè (Folium Nelumbinis), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Qiān Cǎo (Radix Rubiae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) et Zōng Lǘ Pí (Petiolus Trachycarpi) pour traiter les saignements aigus abondants – hématémèses, épistaxis, hémoptysies – causés par la Chaleur dans le Sang. Toutes les substances sont calcinées avant d’être réduites en poudre pour renforcer leur action hémostatique.

Toxicité :

Xiǎo Jì ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. L’utilisation prolongée à doses élevées doit être évitée chez les patients présentant une déficience de la Rate et de l’Estomac, en raison de la nature froide du remède. Les effets indésirables rapportés restent rares et se limitent à des troubles digestifs légers en cas de suruti­lisation. Ce remède est contre-indiqué en cas de saignement par vide de Qi ou par Froid, où son usage pourrait aggraver l’affection sous-jacente. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée aux doses thérapeutiques usuelles.


Da Ji

Da Ji

Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici)

Identification

Chinois : 大蓟
Pinyin : Dà Jì
Traduction : grand chardon
Nom commun : chardon du Japon, grand chardon japonais
Nom latin : Herba seu Radix Cirsii Japonici
Famille : Asteraceae (Compositae)
Espèces : Cirsium japonicum DC. (大蓟 Dà Jì)
Partie utilisée : parties aériennes et racine, séchées ou fraîches
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Séparés des Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Da Ji

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
Nature : Frais (凉 liáng)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān)
Dosage : 9-15 g en décoction (forme sèche) ; 30-60 g (forme fraîche) ; usage externe : quantité suffisante

Propriétés :

Refroidit le Sang et arrête les saignements, réduit les abcès et élimine les toxines, dissipe les accumulations de Sang stagnant, favorise la diurèse.

Précautions :

Dà Jì est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac avec selles molles. De nature fraîche, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant des saignements dus à une déficience de Qi ou à un Froid interne. La forme fraîche possède des propriétés plus fortes pour refroidir le Sang et arrêter les saignements que la forme sèche. La forme calcinée (炭 tàn) est plus efficace pour arrêter les saignements actifs. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Refroidit le Sang
Arrête les saignements
Réduit les abcès
Élimine les toxines
Dissipe le Sang stagnant
Favorise la diurèse

Actions et Indications

– Refroidit le Sang et arrête les saignements :
Dà Jì est l’un des remèdes les plus importants pour traiter toutes les formes de saignements causés par la Chaleur dans le Sang. Il traite l’hématurie, l’hémoptysie, l’hématémèse, l’épistaxis, les méno-métrorragies et les hémorragies rectales.
Il est couramment utilisé pour les troubles hémorragiques caractérisés par du Sang rouge vif et de la chaleur.
– Pour l’hématurie et la dysurie sanglante dues à la Chaleur dans le Sang, Dà Jì est associé à Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Huá Shí (Talcum), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis) et Pú Huáng (Pollen Typhae), formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小蓟饮子 (Décoction de Petit Chardon).
– Pour l’hémoptysie et l’hématémèse dues à la Chaleur dans le Sang, Dà Jì est associé à Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) et Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), formule Shí Huī Sǎn 十灰散 (Poudre des Dix Cendres).
– Pour l’épistaxis due à la Chaleur dans le Sang, Dà Jì peut être utilisé seul ou combiné à Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).
– Pour les méno-métrorragies dues à la Chaleur dans le Sang, Dà Jì est associé à È Jiāo (Colla Corii Asini) et Huáng Qín (Radix Scutellariae).

Dà Jì traite également l’hématurie dans le contexte de la dysurie par Chaleur.
– Pour l’hématurie due à la Chaleur dans le Sang avec dysurie, on l’associe à Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos) et Chuān Mù Tōng (Caulis Clematidis Armandii).

– Réduit les abcès et élimine les toxines :
Dà Jì possède une action pour réduire les abcès, disperser les gonflements et éliminer les toxines, traitant ainsi les carboncles, les furoncles, les abcès cutanés et les mastites au stade initial.
Il peut être utilisé en usage interne et externe pour les sores toxiques dues à la Chaleur.
– Pour les abcès cutanés et les furoncles dus à la Chaleur toxique, Dà Jì peut être appliqué en cataplasme directement sur la zone affectée avec la plante fraîche pilée.
– Pour les mastites et abcès du sein au stade initial, Dà Jì (frais) est broyé et appliqué localement, ou associé en usage interne à Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae).
– Pour les abcès profonds avec chaleur et rougeur, Dà Jì est associé à Lián Qiáo (Fructus Forsythiae) et Zǐ Huā Dì Dīng (Herba Violae).

– Dissipe le Sang stagnant et favorise la diurèse :
Dà Jì peut dissiper les accumulations de Sang stagnant, ce qui le rend utile pour les blessures traumatiques avec ecchymoses et douleur. Il favorise également la diurèse dans le contexte de la dysurie sanglante.
– Pour les blessures traumatiques avec Sang stagnant, gonflement et douleur, Dà Jì frais est pilé et appliqué localement.
– Pour la dysurie sanglante avec difficulté à uriner due à la Chaleur-Humidité dans le Foyer Inférieur, Dà Jì est associé à Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).

Liste des symptômes

Troubles hémorragiques par Chaleur dans le Sang :
Hématurie (sang dans les urines) due à la Chaleur
Hémoptysie (crachat de sang) due à la Chaleur dans le Poumon
Hématémèse (vomissement de sang) due à la Chaleur de l’Estomac
Épistaxis (saignement nasal) due à la Chaleur
Méno-métrorragies dues à la Chaleur dans le Sang
Hémorragies rectales dues à la Chaleur

Affections dermatologiques :
Carboncles et furoncles dus à la Chaleur toxique
Abcès cutanés au stade initial
Mastite et abcès du sein au stade précoce
Sores et ulcérations dues à la Chaleur toxique

Traumatologie :
Blessures traumatiques avec Sang stagnant
Ecchymoses et douleur dues à un traumatisme

Troubles urinaires :
Dysurie sanglante (hématurie avec difficulté à uriner)
Syndrome douloureux de dysurie sanglante (xuè lín 血淋)

Commentaire

Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) tire son nom du grand chardon japonais dont il est issu. Ce remède figure parmi les plus importants de la pharmacopée chinoise pour arrêter les saignements causés par la Chaleur dans le Sang. Sa saveur douce-amère et sa nature fraîche lui permettent d’agir directement sur les méridiens du Cœur et du Foie, sièges du Sang en médecine chinoise. Sa capacité à la fois à refroidir le Sang, arrêter les hémorragies et dissiper le Sang stagnant le distingue de nombreux autres remèdes hémostatiques qui ont un effet purement astringent sans action sur la stase.

Dà Jì est particulièrement reconnu pour son action dans les hémorragies des voies urinaires et respiratoires. Son entrée dans le méridien du Foie – organe responsable du stockage et de la régulation du Sang en médecine chinoise – explique son efficacité pour les hémorragies gynécologiques liées à la Chaleur dans le Sang. Son entrée dans le méridien du Cœur renforce son action de refroidissement du Sang au niveau du xué (niveau Sang). La forme fraîche est considérée comme plus puissante pour refroidir le Sang que la forme sèche, tandis que la forme calcinée (炭 tàn) possède un pouvoir hémostatique plus fort.

Dà Jì se distingue de Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), le petit chardon, avec lequel il est souvent comparé et associé. Les deux partagent la propriété de refroidir le Sang et d’arrêter les saignements, mais Dà Jì est plus puissant pour réduire les abcès et éliminer les toxines, ce qui le rend davantage indiqué pour les affections dermatologiques infectieuses. Xiǎo Jì, quant à lui, est supérieur pour favoriser la diurèse et traiter spécifiquement l’hématurie dans le cadre des syndromes de dysurie douloureuse. En clinique, les deux remèdes sont fréquemment associés pour renforcer leur action hémostatique mutuelle.

Associations

– avec Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Huá Shí (Talcum), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis) et Pú Huáng (Pollen Typhae) : pour l’hématurie et la dysurie sanglante dues à la Chaleur dans le Sang (formule Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小蓟饮子 Décoction de Petit Chardon)

– avec Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) et Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos) : pour l’hémoptysie et l’hématémèse dues à la Chaleur dans le Sang (formule Shí Huī Sǎn 十灰散 Poudre des Dix Cendres)

– avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : pour l’épistaxis due à la Chaleur dans le Sang

– avec È Jiāo (Colla Corii Asini) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : pour les méno-métrorragies dues à la Chaleur dans le Sang

– avec Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) : pour les mastites et abcès du sein au stade initial

– avec Lián Qiáo (Fructus Forsythiae) et Zǐ Huā Dì Dīng (Herba Violae) : pour les abcès profonds avec chaleur et rougeur dues à la Chaleur toxique

– avec Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos) et Chuān Mù Tōng (Caulis Clematidis Armandii) : pour l’hématurie due à la Chaleur-Humidité dans le Foyer Inférieur

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng Dà Jì) : forme sèche ou fraîche ; la forme fraîche possède une action plus forte pour refroidir le Sang et arrêter les saignements actifs, et est plus efficace pour réduire les abcès et éliminer les toxines en usage externe
– calciné en charbon (炭 Dà Jì tàn) : calciné jusqu’à carbonisation partielle ; cette préparation renforce le pouvoir hémostatique astringent ; forme préférée pour les hémorragies abondantes et urgentes

Formules Classiques

– Xiǎo Jì Yǐn Zǐ (小蓟饮子 Décoction de Petit Chardon)
Cette formule combine Dà Jì avec Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis), Pú Huáng (Pollen Typhae), Huá Shí (Talcum), Mù Tōng (Caulis Akebiae), Dàn Zhú Yè (Herba Lophatheri), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) pour traiter l’hématurie et le syndrome de dysurie sanglante dus à la Chaleur dans le Sang avec difficulté à uriner. Formule extraite du Jì Shēng Fāng 濟生方 (Formules pour Sauver les Vivants) de Yán Yòng-Hé au 13e siècle.

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Cendres)
Dà Jì figure dans cette formule avec Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), Hé Yè (Folium Nelumbinis), Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan), Zōng Lǘ Pí (Petiolus Trachycarpi) et Shāo Mò pour traiter les saignements abondants et urgents – hémoptysie, hématémèse, épistaxis – causés par la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique. Tous les ingrédients sont calcinés en charbon. Formule issue du Shí Yào Shén Shū 十藥神書 (Livre Sacré des Dix Remèdes) de Gé Kě-Jiǔ au 14e siècle.

Toxicité :

Dà Jì ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques confirment une très bonne tolérance à usage oral et externe. Cependant, en raison de sa nature fraîche, une utilisation prolongée à doses élevées peut affaiblir la Rate et l’Estomac chez les personnes présentant une déficience digestive ou des signes de Froid interne. La forme fraîche appliquée localement peut, dans de rares cas, provoquer des réactions cutanées légères chez les sujets sensibles. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée.


Di Yu

Di Yu

Dì Yú (Sanguisorbae Radix)

Identification

Chinois : 地榆
Pinyin : dì yú
Traduction : orme de terre
Nom commun : sanguisorbe, pimprenelle officinale
Nom latin : Sanguisorbae Radix
Famille : Rosaceae
Espèces : Sanguisorba officinalis L. (地榆 dì yú) ; Sanguisorba officinalis L. var. longifolia (Bert.) Yu et Li (长叶地榆 cháng yè dì yú)
Partie utilisée : racine
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Laboureur Céleste) au 2e siècle
Di Yu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent le saignement (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Acide (酸 suān), Astringent (澀 sè)
Nature : Frais (涼 liáng)
Méridiens : Foie (肝 gān), Gros Intestin (大腸 dà cháng), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 6-15 g en décoction ; 1-3 g en poudre. Usage topique : quantité suffisante, en poudre ou en décoction pour lavage.

Propriétés :

Dì Yú refroidit le Sang, arrête les saignements, élimine les toxines et régénère les tissus. Grâce à ses propriétés fraîches, amères et astringentes, c’est l’un des remèdes majeurs pour les hémorragies du bas du corps, les brûlures et les lésions cutanées dues à la Chaleur.

Précautions :

Contre-indiqué en cas de vide de Yang ou de froid-humidité du Foyer du Milieu. À utiliser avec prudence dans les saignements dus au vide de Qi de la Rate. Déconseillé lors de grossesse pour les doses élevées. Les préparations carbonisées sont contra-indiquées en cas de Chaleur dans le Sang sans stagnation concomitante. L’usage prolongé à doses élevées peut léser le Qi de la Rate et de l’Estomac. Interactions médicamenteuses possibles avec les anticoagulants (potentialisation).

Fonctions principales :

Refroidit le Sang et arrête les saignements
Élimine les toxines et régénère les chairs (usage topique : brûlures, ulcères, eczéma)
Astringent intestinal : traite la dysenterie hémorragique et la diarrhée avec Sang

Actions et Indications

– Refroidit le Sang et arrête les saignements :
Dì Yú est l’un des remèdes les plus efficaces pour contrôler les saignements dus à la Chaleur dans le Sang, en particulier ceux qui se manifestent dans la partie inférieure du corps. Sa nature fraîche refroidit le Sang, tandis que ses propriétés amères et astringentes consolident les vaisseaux et bloquent les hémorragies. Il s’applique à toutes les formes de saignement du bas du corps : rectorragies, hémorrhoïdes sanglantes, dysenterie hémorragique, métrorrhagies et métrorragies excessives dues à la Chaleur.
– Pour les rectorragies et les hémorrhoïdes sanglantes dues à la Chaleur dans le Sang (« vent des intestins », 腸風), Dì Yú est associé à Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) et à Zhǐ Ké (Fructus Aurantii).
– Pour la dysenterie hémorragique avec Chaleur-Humidité dans le Gros Intestin, on l’associe à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et à Huáng Qín (Radix Scutellariae).
– Pour les métrorrhagies et les saignements utérins excessifs dus à la Chaleur dans le Sang, Dì Yú est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et à Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi).

– Élimine les toxines et régénère les chairs (usage topique) :
Appliqué localement, Dì Yú exerce une action remarquable sur les brûlures, les plaies infectées, les ulcères cutanés et l’eczéma suintant. Sa nature fraîche et astringente réduit l’inflammation et l’exsudation, favorise la cicatrisation et prévient l’invasion des toxines pathogènes. Cette propriété en fait un remède de premier choix en médecine externe chinoise, souvent utilisé en poudre ou en onguent appliqué directement sur les zones lésées.
– Pour les brûlures du premier et du second degré, Dì Yú carbonisé en poudre est appliqué directement, ou associé à Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei).
– Pour les ulcères et les plaies infectées avec Chaleur-Toxique, on l’associe à Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) et à Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) en application topique.

– Traite la dysenterie et la diarrhée avec Sang :
Par son action astringente et rafraîchissante sur le Gros Intestin, Dì Yú stoppe les diarrhées chroniques avec présence de Sang, les dysenteries dues à l’Humidité-Chaleur, et réduit les douleurs abdominales qui les accompagnent. Il est particulièrement indiqué dans les formes chroniques ou récidivantes, grâce à sa double action de refroidissement du Sang et d’astringence intestinale.
– Pour la dysenterie chronique avec rectorragies dues à la Chaleur-Humidité dans le Gros Intestin, Dì Yú est associé à Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis).
– Pour les rectorragies dues au « vent des intestins » (肠风) avec récidives, on l’associe à Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) sous forme carbonisée.

Liste des symptômes

Saignements par Chaleur dans le Sang :
Rectorragies de sang rouge vif ou foncé
Hémorrhoïdes sanglantes avec douleur et sensation de brûlure anale
Métrorrhagies ou règles abondantes avec sang rouge vif
Saignements utérins dus à la Chaleur
Epistaxis, hémoptysie ou hématurie (usage auxiliaire)

Dysenterie et troubles intestinaux par Humidité-Chaleur :
Dysenterie avec sang et mucus dans les selles
Selles fréquentes et douloureuses avec ténesme
Diarrhée chronique avec présence de Sang
Brûlure et douleur rectale post-défécation

Affections cutanées et brûlures (usage externe) :
Brûlures du premier et du second degré avec rougeur, douleur, exsudation
Eczéma humide suintant et prurit
Ulcères cutanés infectés et plaies purulentes
Furoncles et abcès cutanés par Chaleur-Toxique

Commentaire

Mentionné pour la première fois dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au IIe siècle, Dì Yú est issu de la racine de la Sanguisorbe officinale, plante vivace des zones tempérées. Sa nature fraîche et ses saveurs amère, acide et astringente lui confèrent une double capacité : refroidir le Sang en excès et resserrer les vaisseaux pour stopper les hémorragies. C’est pour cette raison que les textes classiques le considèrent comme un remède de choix pour toutes les hémorragies situées dans le Jiao Inférieur. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn (1578) précise que Dì Yú « entre dans le Sang, descend dans le Jiao Inférieur et arrête les saignements des intestins et de la matrice ».

Sur le plan clinique, Dì Yú se distingue par sa polyvalence : il agit à la fois par voie interne – pour contrôler les hémorragies intestinales et gynécologiques – et par voie externe, où son action régénératrice et anti-toxique en fait un remède majeur des brûlures. Les textes soulignent que la forme crue privilégie le refroidissement du Sang, tandis que la forme carbonisée renforce l’action hémostatique et astringente. En médecine moderne intégrative, des études pharmacologiques ont confirmé ses propriétés hémostatiques (tanins galliques et ellagiques), antibactériennes et cicatrisantes, en particulier dans le traitement des brûlures au deuxième degré, où des préparations à base de Dì Yú carbonisé en poudre ont montré une efficacité comparable à la sulfadiazine d’argent.

Comparé à Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae), autre remède majeur pour les hémorragies intestinales, Dì Yú est plus astringent et plus fortement refroidissant, et son action descend plus profondément dans le Gros Intestin. Huái Huā est préféré pour les saignements aigus abondants, tandis que Dì Yú est mieux adapté aux formes chroniques récidivantes et aux lésions cutanées. Les deux remèdes sont fréquemment associés dans les formules traitant les hémorrhoïdes sanglantes et les rectorragies.

Associations

– avec Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) et Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) : hémorrhoïdes sanglantes et rectorragies par Chaleur dans le Sang (vent des intestins)

– avec Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : dysenterie hémorragique avec Humidité-Chaleur dans le Gros Intestin

– avec Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) et Huái Jiǎo (Fructus Sophorae Japonicae) : diarrhée chronique hémorragique avec vent des intestins

– avec Mù Zéi (Herba Equiseti Hiemalis) et Huái Jiǎo (Fructus Sophorae Japonicae) : rectorragies et hémorrhoïdes sanglantes par Chaleur dans le Sang

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : métrorrhagies et saignements gynécologiques par Chaleur dans le Sang

– avec Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) en application topique : brûlures, ulcères infectés et eczéma suintant

– avec Qiān Cǎo Gēn (Radix Rubiae) et Rěn Dōng Téng (Caulis Lonicerae Japonicae) : saignements excessifs par Chaleur dans le Sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : forme la plus courante en décoction ; renforce l’action de refroidissement du Sang, d’élimination des toxines et de régénération des chairs ; privilégié pour les brûlures en usage externe et les saignements aigus avec signes de Chaleur marqués
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : la racine est sautée à feu vif jusqu’à noircissement de la surface tout en conservant la structure interne ; renforce fortement l’action hémostatique et astringente ; privilégié pour les hémorragies chroniques récidivantes, les dysenteries avec Sang et les hémorrhoïdes sanglantes ; atténue la propriété refroidissante pour éviter de léser le Qi de la Rate
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : les tranches sont mélangées au vinaigre de riz puis sautées à feu modéré jusqu’à absorption ; renforce la pénétration dans le Foie, potentialise l’action hémostatique sur les saignements gynécologiques et améliore l’action astringente sur les métrorrhagies

Formules Classiques

– Huái Huā Sǎn (槐花散 Poudre de Fleur de Sophora)
Formule issue du Pǔ Jì Běn Shì Fāng 普濟本事方 (Formules Efficaces pour le Secours Universel) de Xǔ Shū-Wéi (XIIe siècle). Elle est indiquée pour les rectorragies et les hémorrhoïdes sanglantes dues au Vent-Chaleur dans le Gros Intestin. Elle associe Huái Huā (Flos Sophorae Japonicae) comme herbe principale, Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi), Dì Yú (Radix Sanguisorbae Officinalis) et Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) sous forme carbonisée. Dì Yú y apporte son double effet de refroidissement du Sang et d’astringence intestinale, complétant l’action hémostatique de Huái Huā.

– Yuǎn Zhì Wán (遠志丸 Pilule de Polygala) – variante Di Yu Wan
Dans plusieurs formules classiques de la tradition Song-Jin-Yuan, Dì Yú est associé à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) pour traiter les dysenteries hémorragiques chroniques avec douleurs abdominales de type Humidité-Chaleur dans le Gros Intestin. L’association de l’action hémostatique et rafraîchissante de Dì Yú avec le Qi régulant de Mù Xiāng et l’action anti-inflammatoire de Huáng Lián constitue un traitement classique des formes chroniques récidivantes.

– Shí Huī Sǎn (十灰散 Poudre des Dix Cendres)
Formule issue du Shí Yào Shén Shū 十藥神書 (Livre Sacré des Dix Remèdes) de Gě Kě-Jiǔ (XIVe siècle). Indiquée pour les hémorragies multiples dues à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique. Elle réunit dix herbes carbonisées dont Dì Yú, Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici), Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Cè Bǎi Yè (Cacumen Platycladi) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae). Dì Yú sous forme carbonisée y joue un rôle clé dans la consolidation vasculaire et l’arrêt des saignements du Jiao Inférieur.

Toxicité :

Dì Yú présente une toxicité faible dans les conditions d’usage habituelles. Des études pharmacologiques indiquent une excellente tolérance par voie orale jusqu’à 15 g/kg chez la souris. L’usage prolongé à doses élevées peut provoquer des troubles digestifs (nausées, inconfort gastrique) en raison de l’action froide sur le Qi de la Rate et de l’Estomac. En usage topique prolongé sur de grandes surfaces brûlées, un risque théorique d’absorption systémique de tanins a été signalé dans la littérature chinoise contemporaine, pouvant induire une hépatotoxicité légère et transitoire. Des interactions médicamenteuses sont possibles avec les anticoagulants (warfarine, héparine) du fait de l’action hémostatique potentialisante. Contre-indiqué en cas d’allergie aux Rosacées. Déconseillé pendant la grossesse à doses thérapeutiques élevées.


Pu Huang

Pu Huang

Pú Huáng (Pollen Typhae)

Identification

Chinois : 蒲黃
Pinyin : Pú Huáng
Traduction : Pollen de Typha
Nom commun : Pollen de massette
Nom latin : Pollen Typhae
Famille : Typhaceae
Espèces : Typha angustifolia L. ; Typha orientalis Presl ; Typha latifolia L.
Partie utilisée : Pollen séché des étamines (fleurs mâles)
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) par Shén Nóng au 2e siècle
Pu Huang

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血药)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Foie (肝 gān), Péricarde (心包 xīn bāo)
Dosage : 3-10 g (mettre dans un sachet de gaze pour la décoction)

Propriétés :

Pú Huáng est un remède à double action remarquable : utilisé cru, il active le Sang et dissout les stases ; carbonisé, il arrête les saignements et exerce une action astringente. Il entre dans le Foie, organe du stockage du Sang, et est particulièrement utilisé en gynécologie pour les troubles hémorragiques et les douleurs par stagnation de Sang.

Précautions :

Pú Huáng est contre-indiqué pendant la grossesse en raison de son action activatrice sur le Sang qui peut provoquer une fausse couche. Il convient de l’utiliser avec prudence en cas de saignements sans stagnation de Sang avérée. L’usage prolongé à forte dose doit être évité. Mettre en sachet de gaze lors de la décoction pour éviter l’irritation de la gorge par les fines particules de pollen.

Fonctions principales :

Active le Sang et dissout les stases (utilisé cru)
Arrête les saignements de diverse étiologie (utilisé carbonisé)
Favorise la diurèse et soulage les dysurie hémorragiques

Actions et Indications

– Active le Sang et dissout la stagnation de Sang :
Utilisé cru, Pú Huáng entre dans le méridien du Foie, active la circulation du Sang et lève les stases. Il est indiqué dans toutes les situations de stagnation de Sang accompagnée de douleur : dysménorrhée, douleurs post-partum, douleurs épigastriques et abdominales par stagnation de Sang.
Son action combinée sur la circulation sanguine et la douleur en fait un remède de première importance en gynécologie. La stagnation de Sang du bas-ventre – avec douleurs fixes, aggravées à la pression, menstruations difficiles ou lochies retenues – représente son indication principale lorsqu’il est prescrit cru.
– Pour la dysménorrhée et les douleurs du bas-ventre par stagnation de Sang, Pú Huáng est associé à Wú Líng Zhī (Excrementum Trogopteri seu Pteromi).
– Pour les douleurs post-partum avec lochies bloquées, on l’associe à Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis).

– Arrête les saignements de diverses étiologies :
Carbonisé, Pú Huáng acquiert une forte action hémostatique et astringente. Il est indiqué pour les saignements de toutes localisations : hémoptysie, hématémèse, épistaxis, hématurie, métrorragies et saignements post-partum. Sa nature neutre lui permet d’être utilisé tant dans les contextes de Chaleur dans le Sang que dans les contextes de Froid ou de Vide de Qi, selon les associations réalisées.
Sa particularité est d’être l’un des rares remèdes hémostatiques à pouvoir simultanément activer et arrêter le Sang selon sa préparation. Cette double action lui confère une grande flexibilité clinique, notamment dans les situations où saignement et stagnation coexistent.
– Pour les hémorragies par Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique, Pú Huáng est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).
– Pour l’hématurie douloureuse par Humidité-Chaleur dans la Vessie, on l’associe à Mù Tōng (Akebiae Caulis) et à Ōu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis).

– Favorise la diurèse et traite les dysurie hémorragiques :
Pú Huáng active le Sang dans les collatéraux de la Vessie, dégage la Chaleur et favorise l’élimination urinaire. Il est indiqué dans les syndromes Lin hémorragiques (xuè lín 血淋), c’est-à-dire les dysurie avec sang dans les urines, souvent d’origine Humidité-Chaleur.
Il est couramment utilisé avec d’autres remèdes qui drainent la Chaleur vers le bas et favorisent la diurèse pour traiter les cas de sang dans les urines accompagné de brûlures ou de douleurs mictionnelles.
– Pour les dysurie hémorragiques par damp-heat, Pú Huáng est associé à
Hǎi Jīn Shā (Lygodii Spora) et à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).
– Pour les hématuries avec lithiases urinaires, on l’associe à Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et à Huá Shí (Talcum).

Liste des symptômes

Douleurs par stagnation de Sang :
Dysménorrhée avec sang sombre et caillots
Douleurs fixes du bas-ventre aggravées par la pression
Lochies retenues avec douleurs post-partum
Douleurs épigastriques et abdominales par stagnation de Sang
Angine de poitrine par stagnation de Sang dans les vaisseaux du Cœur

Saignements de diverses localisations :
Métrorragies et ménorragies
Hématurie et dysurie hémorragique (syndrome Lin hémorragique)
Hémoptysie et hématémèse
Épistaxis
Saignements post-partum

Symptômes urinaires :
Dysurie avec brûlures et sang dans les urines
Oligurie par Humidité-Chaleur dans la Vessie

Commentaire

Pú Huáng est le pollen séché récolté sur les étamines de la massette (Typha spp.), plante aquatique abondante dans les zones humides d’Asie orientale. Mentionné dès le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), il est classé parmi les remèdes supérieurs de la pharmacopée et est utilisé depuis plus de deux millénaires. Sa texture légère et poudreuse, de couleur jaune dorée, en fait un produit facilement reconnaissable. Sa saveur douce et sa nature neutre lui confèrent une grande polyvalence d’usage.

Ce remède est l’exemple paradigmatique du double-effet selon la préparation : cru (生用 shēng yòng), il active le Sang et dissout les stases de Sang, se comportant comme un remède de la catégorie des herbes qui activent le Sang ; carbonisé (炭炒 tàn chǎo), il acquiert des propriétés astringentes et hémostatiques marquées. Cette ambivalence fait de Pú Huáng un outil thérapeutique particulièrement précieux dans les situations cliniques où saignement et stagnation coexistent – ce qui est fréquent en gynécologie. Il entre dans le méridien du Foie qui stocke le Sang, ce qui explique son affinité particulière pour les troubles gynécologiques et la circulation sanguine du bas-ventre.

On compare souvent Pú Huáng à Sān Qī (Radix Notoginseng) : les deux remèdes possèdent cette double faculté d’arrêter les saignements et d’activer le Sang, permettant de traiter simultanément l’hémorragie et la stagnation. Toutefois, Sān Qī est plus puissant pour dissoudre les stases anciennes et réduire les masses, et son action hémostatique est également plus forte. Pú Huáng, de son côté, est plus doux, plus spécifique au Foie et aux organes génitaux, et son action diurétique sur les syndromes Lin hémorragiques n’a pas d’équivalent chez Sān Qī. De plus, la préparation carbonisée de Pú Huáng est plus astringente que celle de Sān Qī.

Associations

– avec Wú Líng Zhī (Excrementum Trogopteri seu Pteromi) : dysménorrhée, douleurs du bas-ventre et douleurs post-partum par stagnation de Sang (formule Shī Xiào Sǎn 失笑散)
– avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) : stagnation de Sang avec masses douloureuses du bas-ventre
– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Hǎi Jīn Shā (Lygodii Spora) : dysurie hémorragique par Humidité-Chaleur perturbant les collatéraux sanguins de la Vessie
– avec Mù Tōng (Akebiae Caulis) et Ōu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis) : hématurie douloureuse (syndrome Lin hémorragique)
– avec Xiǎo Jì (Herba Cirsii) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : hématurie avec lithiases urinaires (lithiase et stagnation de Sang)
– avec Huáng Yào Zǐ (Rhizoma Dioscoreae Bulbiferae) : saignements par Chaleur dans le Sang (hémoptysie, métrorragies)
– avec Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Ài Yè (Folium Artemisiae Argyi) : ménorragies et saignements utérins par vide de Sang avec Froid

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : le pollen est utilisé tel quel, séché ; cette forme active le Sang, dissout la stagnation de Sang et favorise la diurèse ; préféré pour les douleurs par stagnation de Sang, les dysménorrhées et les syndromes Lin hémorragiques
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : le pollen est stir-fryé à feu fort jusqu’à obtention d’une couleur brun-noir, puis aspergé d’eau froide pour arrêter la cuisson ; cette préparation renforce fortement l’action hémostatique et astringente ; préférée pour les saignements actifs (métrorragies, hématémèse, hémoptysie)
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : le pollen est mélangé au vinaigre puis chauffé à feu doux ; renforce l’action sur le Sang et l’entrée dans le méridien du Foie, favorise la dissolution des stases et l’action analgésique

Formules Classiques

– Shī Xiào Sǎn (失笑散 Poudre qui Provoque un Sourire Inattendu)
Formule classique composée uniquement de Pú Huáng et de Wú Líng Zhī (Excrementum Trogopteri seu Pteromi) à parties égales, pris en poudre avec du vinaigre ou en décoction. Indiquée pour les douleurs par stagnation de Sang du bas-ventre : dysménorrhée avec sang sombre et caillots, douleurs post-partum par lochies retenues, douleurs épigastriques et abdominales fixes. Elle est dite « faire sourire » car son efficacité antalgique est rapide et surprenante.

– Shào Fù Zhú Yū Tāng (少腹逐瘀湯 Décoction pour Chasser la Stase du Bas-Ventre)
Formule de Wang Qing-Ren (XIXe siècle) visant à activer le Sang et dissoudre les stases du bas-ventre tout en réchauffant les canaux. Elle contient Pú Huáng et
Wú Líng Zhī (Excrementum Trogopteri seu Pteromi) comme diade hémostatique-antistase, associés à Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae), Mò Yào (Myrrha), Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis), Ròu Guì (Cortex Cinnamomi), Xiǎo Huí Xiāng (Fructus Foeniculi) et Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis). Indiquée pour les douleurs chroniques du bas-ventre par stagnation de Sang avec Froid, les masses abdominales gynécologiques, les dysménorrhées sévères et les troubles menstruels avec sang sombre et caillots.

Toxicité :

Pú Huáng est généralement considéré comme non toxique aux doses thérapeutiques habituelles (3-10 g). Sa principale contre-indication absolue est la grossesse, car il active le Sang et peut provoquer des contractions utérines et une fausse couche. Des réactions allergiques au pollen ont été rapportées de manière occasionnelle (rhinite, dermatite de contact) chez des individus atopiques. Il convient de l’emballer dans un sachet de gaze lors de la décoction, les particules de pollen pouvant irriter la muqueuse oropharyngée et digestive. Il n’existe pas d’interaction médicamenteuse majeure documentée, mais la prudence s’impose en association avec des anticoagulants en raison de son action activatrice sur le Sang.


San Qi

San Qi

Sān Qī (Radix Notoginseng)

Identification

Chinois : 三七
Pinyin : Sān Qī
Traduction : Trois-Sept
Nom commun : Notoginseng, Ginseng de Chine du Sud, Pseudoginseng
Nom latin : Radix Notoginseng
Famille : Araliaceae
Espèces : Panax notoginseng (Burk.) F.H. Chen
Partie utilisée : Racine principale (tubéreuse), parfois radicelles et feuilles
Texte d’origine : Běn Cǎo Gāng Mù Shí Yí 本草綱目拾遺 (Compléments à la Grande Matière Médicale) par Zhao Xue-Min au XVIIIe siècle ; mentionné dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grande Matière Médicale) par Li Shi-Zhen au XVIe siècle
San Qi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 3-10 g en décoction ; 1-3 g en poudre ingérée directement ; usage externe en quantité suffisante

Propriétés :

Sān Qī est le remède emblématique capable d’arrêter simultanément les hémorragies et de dissoudre la Stagnation de Sang, deux effets en apparence opposés qu’il accomplit sans provoquer de déséquilibre. Il active le Sang, élimine la Stagnation, soulage la douleur et réduit les tuméfactions, étant l’un des rares remèdes à posséder à la fois une puissante action hémostatique et une action fluidifiante sur le Sang stagnant.

Précautions :

Contre-indiqué en cas de grossesse. À utiliser avec précaution chez les patientes enceintes présentant un saignement sans Stagnation de Sang avérée. Déconseillé en cas de vide de Sang pur (anémie sans stagnation) ou d’absence de Stagnation de Sang. En usage interne à haute dose ou prolongé, peut provoquer des nausées, des réactions gastro-intestinales légères et, rarement, des réactions cutanées allergiques. Ne pas associer à des anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires sans surveillance médicale, en raison d’un risque de synergie. Éviter l’usage simultané avec des médicaments métabolisés par le cytochrome P450 (interactions possibles).

Fonctions principales :

Arrête les hémorragies et dissout simultanément la Stagnation de Sang
Active le Sang, élimine la Stagnation et soulage la douleur
Réduit les tuméfactions et accélère la cicatrisation des traumatismes

Actions et Indications

– Arrêter les hémorragies et dissoudre la Stagnation de Sang :
Sān Qī est le remède de référence pour arrêter toutes formes d’hémorragies – internes ou externes – tout en éliminant simultanément la Stagnation de Sang résultante. Cette double action, unique dans la pharmacopée, s’explique par sa nature Tiède et ses saveurs Douce et Amère qui mobilisent le Sang sans le disperser de manière anarchique. Il est particulièrement indiqué lorsque l’hémorragie s’accompagne de douleur, signe de Stagnation de Sang sous-jacente.
Cliniquement, Sān Qī est utilisé pour toutes les hémorragies : hémoptysie, hématémèse, épistaxis, rectorragie, hématurie, métrorragie et plaies traumatiques avec saignement. Il peut être administré seul en poudre ou intégré dans une formule complexe. Son emploi en poudre externe sur les plaies hémorragiques est particulièrement efficace et correspond à l’une de ses utilisations traditionnelles les plus anciennes.
– Pour les hémorragies internes accompagnées de douleur et de Stagnation de Sang, Sān Qī est associé à Huā Ruǐ Shí (Ophicalcitum).
– Pour les métrorragies avec Stagnation de Sang et douleur, on l’associe à Pú Huáng (Pollen Typhae).

– Activer le Sang, dissiper la Stagnation et soulager la douleur :
Sān Qī active puissamment le Sang et élimine la Stagnation de Sang, ce qui lui confère une action analgésique remarquable dans toutes les douleurs liées à la stagnation. Son appellation traditionnelle de « remède hors pair pour les blessures et les traumatismes » (金瘡要藥 jīn chuāng yào yào) témoigne de cette efficacité dans les traumatismes physiques avec hématomes, œdèmes et douleurs.
Il est indiqué dans les traumatismes, contusions, fractures, entorses, hématomes, douleurs thoraciques et abdominales par Stagnation de Sang, ainsi que dans les douleurs angineuses d’origine coronarienne. En médecine contemporaine, Sān Qī entre dans la composition de nombreuses préparations cardiovasculaires pour traiter la Stagnation de Sang au niveau du Cœur avec douleur thoracique (Bi du Cœur).
– Pour les traumatismes avec hématomes et douleurs, Sān Qī est associé à Rǔ Xiāng (Gummi Olibanum).
– Pour les douleurs thoraciques par Stagnation de Sang au niveau du Cœur, on l’associe à Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae).

– Réduire les tuméfactions et soulager la douleur des abcès :
Sān Qī possède une action anti-inflammatoire et décongestionnante sur les tuméfactions douloureuses, en particulier celles d’origine traumatique ou liées à une Stagnation de Sang avec accumulation locale. Cette action est mise à profit en usage topique sur les plaies, ulcérations et infections localisées.
Il est utilisé en usage externe pour les abcès cutanés, les ulcères chroniques, les plaies infectées et les hémorroïdes saignantes. En usage interne, il traite les abcès profonds avec Stagnation de Sang et douleur.
– Pour les abcès et tuméfactions douloureuses, Sān Qī est associé à Mò Yào (Myrrha).
– Pour les plaies hémorragiques infectées en usage externe, on l’associe à Xuè Jié (Sanguis Draconis).

Liste des symptômes

Hémorragies (internes et externes) :
Hémoptysie (crachats de sang), hématémèse (vomissements de sang)
Épistaxis (saignements de nez), gingivorragies
Rectorragie, hématurie (sang dans les urines)
Métrorragie, saignements utérins anormaux
Hémorragies traumatiques, plaies ouvertes saignantes

Stagnation de Sang et douleur :
Douleurs traumatiques, contusions, hématomes après chute ou choc
Douleurs thoraciques et précordiales par Stagnation de Sang (angor)
Douleurs abdominales fixes et intenses par Stagnation de Sang
Dysménorrhée avec caillots et douleurs avant les règles
Douleurs post-partum par rétention de sang lochial

Tuméfactions et abcès :
Œdèmes et gonflements post-traumatiques
Abcès cutanés avec stagnation et douleur
Ulcères chroniques et plaies à cicatrisation difficile

Commentaire

Sān Qī 三七 est originaire des provinces du Yunnan et du Guangxi en Chine méridionale, où il est cultivé depuis des siècles. Son nom « Trois-Sept » ferait référence soit aux trois feuilles et sept folioles caractéristiques de la plante, soit au fait qu’il faut trois à sept ans pour que la racine atteigne la maturité médicinale. Décrit par Li Shi-Zhen dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grande Matière Médicale) au XVIe siècle, il fut proclamé « le remède hors pair pour les plaies d’armes et les hémorragies » (金瘡第一藥 jīn chuāng dì yī yào). Sa réputation dans le traitement des traumatismes de guerre lui a valu d’être l’un des remèdes les plus prisés de la pharmacopée militaire chinoise.

La particularité clinique exceptionnelle de Sān Qī réside dans sa double action en apparence contradictoire : il arrête les saignements tout en dissolvant la Stagnation de Sang déjà formée. Cette dualité en fait un remède de choix chaque fois que le clinicien doit simultanément contrôler une hémorragie active et prévenir ou traiter la stagnation résiduelle. En usage cru, l’action hémostatique et anti-stagnation est maximale ; en usage cuit ou préparé au vinaigre, l’effet tonifiant est davantage mis en avant. Les noto-ginsénosides (notamment R1) et les ginsénosides Rg1 et Rb1 ont été identifiés comme les principaux constituants actifs, responsables des effets hémostatiques, antiagrégants plaquettaires, anti-inflammatoires, cardioprotecteurs et analgésiques documentés pharmacologiquement. Des études cliniques modernes ont confirmé son efficacité dans la prévention et le traitement des accidents vasculaires cérébraux hémorragiques, de l’angine de poitrine coronarienne et des traumatismes orthopédiques.

Sur le plan comparatif, Sān Qī se distingue nettement de Pú Huáng (Pollen Typhae) qui, bien qu’hémostatique et capable d’activer le Sang, agit principalement par nature fraîche sur les hémorragies de type Chaleur dans le Sang, sans la polyvalence traumatologique de Sān Qī. Il se distingue également de Xiān Hè Cǎo (Herba Agrimoniae) dont l’action hémostatique est plus marquée mais sans capacité à dissoudre la Stagnation de Sang. Parmi tous les remèdes hémostatiques de la pharmacopée chinoise, Sān Qī est le seul qui combine avec la même efficacité l’arrêt des saignements et la résolution de la stagnation, sans risque d’aggraver l’une ou l’autre pathologie.

Associations

– avec Huā Ruǐ Shí (Ophicalcitum) et Xuè Yú Tàn (Crinis Carbonisatus) : hémorragies internes multiples avec Stagnation de Sang résiduelle et douleur

– avec Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae) et Hóng Huā (Flos Carthami) : douleurs thoraciques précordiales par Stagnation de Sang au niveau du Cœur (angor)

– avec Rǔ Xiāng (Gummi Olibanum) et Mò Yào (Myrrha) : traumatismes, contusions, fractures avec hématomes et douleurs intenses par Stagnation de Sang

– avec Táo Rén (Semen Persicae) et Hóng Huā (Flos Carthami) : Stagnation de Sang post-partum avec douleurs abdominales et lochies insuffisantes

– avec Bái Jí (Rhizoma Bletillae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis) : hémoptysie et hématémèse dans un contexte de Chaleur dans le Sang ou de Vide du Poumon

– avec Dì Yú (Radix Sanguisorbae) et Huái Huā (Flos Sophorae) : rectorragie par Chaleur dans le Sang intestinal avec tendance à la Stagnation

– avec Rén Shēn (Radix Ginseng) et Huáng Qí (Radix Astragali) : hémorragies importantes avec Vide de Qi concomitant, pour tonifier le Qi et arrêter le saignement simultanément

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : forme standard la plus utilisée ; maximise l’action hémostatique, la dissolution de la Stagnation de Sang et l’effet analgésique ; indiqué pour les hémorragies actives, les traumatismes et les douleurs par Stagnation
– préparé à la vapeur puis séché (熟三七 shú sān qī) : réduit légèrement l’action hémostatique et anti-stagnation au profit d’une action tonifiante sur le Sang et l’Essence ; indiqué en convalescence, en cas de Vide de Sang post-hémorragique ou chez les sujets affaiblis
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : renforce la pénétration dans le Foie et l’action sur la Stagnation de Sang hépatique ; utilisé pour les douleurs hypochondriaques et les dysménorrhées par Stagnation de Sang du Foie
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : renforce spécifiquement l’action hémostatique astringente au détriment de l’action sur la stagnation ; réservé aux hémorragies abondantes sans stagnation évidente
– en poudre externe (外用散 wài yòng sǎn) : application directe sur les plaies hémorragiques, les hématomes cutanés et les ulcères ; permet un effet local immédiat hémostatique et cicatrisant

Formules Classiques

– Yún Nán Bái Yào (雲南白藥 Poudre Blanche du Yunnan)
Formule brevetée emblématique du Yunnan dont Sān Qī constitue l’un des ingrédients principaux, associé à plusieurs autres plantes hémostatiques tenues secrètes. Indiquée pour toutes les hémorragies traumatiques et internes, les contusions, les plaies avec hématomes et les douleurs par Stagnation de Sang. Elle peut être administrée par voie orale ou appliquée directement sur les plaies externes. Son efficacité hémostatique et son action analgésique rapide en font l’un des préparations d’urgence les plus utilisées en Chine.

– Sān Qī Shāng Yào Piàn (三七傷藥片 Comprimés de Sān Qī pour Traumatismes)
Formule moderne composée principalement de Sān Qī, associé à Rǔ Xiāng (Gummi Olibanum), Mò Yào (Myrrha), Hóng Huā (Flos Carthami) et Gǔ Suì Bǔ (Rhizoma Drynariae). Indiquée pour les traumatismes orthopédiques, fractures, entorses, contusions et hématomes avec douleurs par Stagnation de Sang.

– Huà Xuě Zhǐ Tòng Piàn (化血止痛片 Comprimés pour Transformer le Sang et Arrêter la Douleur)
Association de Sān Qī avec Wǔ Líng Zhī (Excrementum Trogopteri) et Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis), utilisée pour les dysménorrhées sévères avec caillots et douleurs abdominales intenses par Stagnation de Sang du Foie.

– Pǔ Lè Xīn (普樂心 Formule pour la Joie Universelle du Cœur) / Fù Fāng Dān Shēn Piàn (複方丹參片 Comprimés composés de Dān Shēn)
Parmi les préparations cardioprotectrices modernes les plus prescrites en Chine, associant Sān Qī à Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae) et Bīng Piàn (Borneolum Syntheticum). Indiquées pour la Stagnation de Sang au niveau du Cœur avec douleurs précordiales, coronaropathie et prévention des accidents cardiovasculaires.

Toxicité :

Sān Qī présente une toxicité faible aux doses thérapeutiques habituelles. Les effets indésirables rapportés à doses normales incluent des nausées, des douleurs épigastriques légères, des selles molles et, rarement, des réactions cutanées allergiques (érythème, prurit). À doses élevées ou en usage prolongé, un allongement du temps de saignement et une thrombocytopénie légère ont été signalés. Des cas isolés de choc anaphylactique lors d’injections intraveineuses de préparations à base de Sān Qī ont été documentés. La DL50 chez la souris par voie orale est très élevée (>5 g/kg), confirmant sa faible toxicité aiguë. Interactions médicamenteuses : potentialisation des effets anticoagulants (warfarine, héparine, aspirine, clopidogrel) avec risque hémorragique accru ; possibilité d’interaction avec les inhibiteurs et inducteurs du CYP3A4. Contre-indiqué en cas de grossesse en raison d’un risque d’avortement par activation du Sang. Ne pas utiliser sans avis médical chez les patients sous traitement anticoagulant ou antiagrégant plaquettaire.


Ai Ye

Ai Ye

Ài Yè (Artemisiae Argyi Folium)

Identification

Ài Yè (Artemisiae Argyi Folium)

Identification

Chinois : 艾叶
Pinyin : Ài Yè
Traduction : Feuille d’armoise
Nom commun : Armoise d’Argyi, moxa
Nom latin : Artemisiae Argyi Folium
Famille : Asteraceae
Espèces : Artemisia argyi H. Lév. & Vaniot (espèce principale) ; Artemisia princeps Pamp. (utilisée dans certaines régions)
Partie utilisée : Feuilles séchées
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Recueil de Notes des Médecins Célèbres) par Tao Hong-Jing au Ve siècle
Ai Ye

Nature et Saveur

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent les saignements (zhǐ xuè yào 止血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Piquant (辛 xīn)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Foie (肝 gān), Rate (脾 pí), Rein (腎 shèn)
Dosage : 3-9 g (décoction) ; 1,5-3 g (poudre) ; usage topique en moxibustion ou lavage externe sans restriction de dose

Propriétés :

Ài Yè réchauffe les méridiens et arrête les saignements en dispersant le Froid, ce qui en fait le remède de référence des hémorragies gynécologiques par Vide de Yang ou par Froid dans l’utérus. Il active le Sang, disperse le Froid et calme le fœtus dans les contextes obstétricaux, et constitue la matière première du moxa utilisé en moxibustion.

Précautions :

Ài Yè est chaud et piquant ; un usage prolongé ou à dose élevée peut générer de la Chaleur interne, endommager le Yin et le Sang, et provoquer des nausées, vomissements ou irritation gastrique. Il est contre-indiqué en cas de saignement par Chaleur dans le Sang ou de Vide de Yin avec Chaleur interne. L’usage pendant la grossesse impose la plus grande prudence : la dose doit rester basse et l’indication clairement établie (menace d’avortement par Froid), car à forte dose l’herbe peut stimuler la contractilité utérine. Éviter en cas de Chaleur du Foie montante ou d’Humidité-Chaleur prédominante.

Fonctions principales :

Réchauffe les méridiens et arrête les saignements
Disperse le Froid, active le Sang et soulage la douleur
Calme le fœtus et prévient la fausse couche
Dissipe l’Humidité et soulage le prurit en usage externe

Actions et Indications

– Réchauffe les méridiens et arrête les saignements :
Ài Yè est l’herbe principale pour traiter les hémorragies dues au Froid ou à un Vide de Yang, notamment les métrorragies, ménorragies, spotting intermenstruel et saignements utérins survenant avec des signes de Froid (sang pâle ou noirâtre, douleur abdominale basse améliorée par la chaleur, teint blême, pouls profond et lent). Son action hémostatique repose sur la chaleur qu’il insuffle dans les méridiens du Foie, de la Rate et du Rein, qui gouvernent respectivement la circulation, la maîtrise et la racine du Sang.
Utilisé seul sous forme carbonisée, il arrête les saignements gynécologiques légers ; associé à d’autres herbes hémostatiques et toniques, il traite les hémorragies chroniques par Vide.
– Pour les métrorragies et les saignements utérins chroniques par Vide de Yang, Ài Yè est associé à È Jiāo (Asini Corii Colla) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).
– Pour les saignements gingivaux, épistaxis et hématémèse par Froid, on l’associe à Páo Jiāng (Rhizoma Zingiberis Preparatum) et Zōng Lǘ Pí (Fibra Stipulae Trachycarpi).

– Disperse le Froid et soulage la douleur :
Grâce à sa chaleur pénétrante et à ses propriétés piquantes qui ouvrent les méridiens, Ài Yè chasse le Froid logé dans l’utérus, le bas abdomen et les méridiens Chong et Ren. Il est indiqué dans les dysménorrhées, les douleurs abdominales basses et les crampes menstruelles causées par le Froid, ainsi que dans les douleurs gynécologiques par Stagnation de Sang liée au Froid.
En moxibustion directe ou indirecte, il transmet une chaleur profonde aux méridiens et aux points d’acupuncture, mobilisant le Qi et le Sang dans les zones refroidies.
– Pour la dysménorrhée par Froid dans l’utérus, Ài Yè est associé à Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) et Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae).
– Pour les douleurs abdominales chroniques et les membres froids par Vide de Yang du Rein, on l’associe à Ròu Guì (Cortex Cinnamomi) et Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata).

– Calme le fœtus et prévient la fausse couche :
Ài Yè est l’un des remèdes obstétricaux les plus anciens de la pharmacopée chinoise. Il stabilise le fœtus lorsque la grossesse est menacée par un Vide de Yang de la Rate et du Rein, ou par un Froid dans les méridiens Chong et Ren, manifesté par des saignements vaginaux légers, des douleurs abdominales basses et une fatigue profonde pendant la grossesse.
Son action de réchauffement de l’utérus et de consolidation du Rein, qui gouverne la conception et la nidation, lui confère cette propriété tocolytique traditionnelle.
– Pour les menaces d’avortement avec saignements et douleurs abdominales par Vide, Ài Yè est associé à È Jiāo (Asini Corii Colla) et Xù Duàn (Radix Dipsaci).
– Pour les avortements à répétition par Vide de Rein, on l’associe à
Tù Sī Zǐ (Semen Cuscutae) et Sāng Jì Shēng (Herba Taxilli).

– Dissipe l’Humidité, soulage les démangeaisons et traite en usage externe :
En usage topique sous forme de décoction pour bain ou de fumigation, Ài Yè dissipe l’Humidité-Froid ou l’Humidité-Chaleur superficielle, traite les dermatoses prurigineuses, l’eczéma, la gale, les ulcères cutanés et les affections vaginales. La fumée issue de la combustion du moxa possède en outre des propriétés antimicrobiennes et antivirales documentées.
Utilisé en bain de pieds ou de bassin, il réchauffe les méridiens du bas du corps et traite les douleurs ostéoarticulaires par Bi Froid-Humidité.
– Pour les démangeaisons cutanées et les lésions eczémateuses par Humidité-Froid, Ài Yè est associé en usage externe à Kǔ Shēn Gēn (Radix Sophorae Flavescentis) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri).
– Pour les pertes vaginales abondantes par Humidité-Froid, on l’associe à Cāng Zhú (Rhizoma Atractylodis) et Shé Chuáng Zǐ (Fructus Cnidii).

Liste des symptômes

Hémorragies gynécologiques :
Métrorragies et ménorragies par Vide de Yang ou Froid dans l’utérus
Saignements utérins pendant la grossesse avec menace d’avortement
Spotting intermenstruel avec sang pâle ou fluide
Dysménorrhée avec douleurs améliorées par la chaleur
Leucorrhée abondante claire ou blanchâtre par Humidité-Froid

Douleurs par Froid et Vide de Yang :
Douleurs abdominales basses chroniques par Froid dans l’utérus
Crampes menstruelles sévères par Stagnation de Sang liée au Froid
Douleurs ostéoarticulaires par syndrome Bi Froid-Humidité
Membres froids et douloureux par Vide de Yang du Rein

Pathologies dermatologiques (usage externe) :
Eczéma et dermatoses prurigineuses par Humidité
Prurigo et démangeaisons cutanées chroniques
Ulcères cutanés et plaies torpides
Infections vaginales avec pertes et démangeaisons

Commentaire

Ài Yè occupe une place singulière dans la pharmacopée chinoise : c’est à la fois un médicament interne, un agent hémostatique par excellence pour les hémorragies gynécologiques d’origine froide, et la matière première indispensable à la moxibustion. Originaire des régions tempérées de Chine – la province du Hubei, et en particulier la ville de Qízhōu (蕲州), produit la qualité la plus réputée, connue sous le nom de Qí Ài (蕲艾) – Ài Yè est mentionné dès le Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Recueil de Notes des Médecins Célèbres) et consolidé dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de la Matière Médicale) de Li Shi-Zhen au XVIe siècle, qui lui reconnaît la capacité de « réchauffer le Qi et le Sang, d’expulser l’Humidité et le Froid, et de maîtriser les cent maladies ». Sa saveur amère-piquante et sa nature tiède en font un agent réchauffant mais non desséchant, capable de pénétrer les méridiens Foie, Rate et Rein pour mobiliser le Sang tout en l’astreignant à sa place physiologique.

Sur le plan clinique, Ài Yè se distingue de la plupart des herbes hémostatiques par sa double capacité à arrêter les saignements ET à activer le Sang : carbonisé (炭炒 tàn chǎo), il développe une action astringente et hémostatique renforcée sans perdre entièrement sa propriété réchauffante, ce qui le rend adapté aux hémorragies chroniques par Vide. Cru ou légèrement traité, il conserve une action plus dispersante sur le Froid et la Stagnation de Sang, idéale pour les dysménorrhées. Cette dualité – arrêter sans congeler, réchauffer sans disperser à l’excès – explique son omniprésence dans les formules gynécologiques classiques. Pharmacologiquement, ses principes actifs comprennent des huiles essentielles riches en cinéole et camphre, des flavonoïdes (artémisine), des polysaccharides et des composés phénoliques dotés de propriétés antibactériennes, antivirales, anti-inflammatoires et hémostatiques documentées.

Comparé à Páo Jiāng (Rhizoma Zingiberis Preparatum), avec lequel il partage la capacité de réchauffer les méridiens et d’arrêter les saignements par Froid, Ài Yè est beaucoup plus spécifiquement orienté vers la sphère gynécologique et utérine : il entre dans les méridiens Chong et Ren, tandis que Páo Jiāng agit davantage sur le Réchauffeur Moyen (Rate-Estomac). En revanche, Páo Jiāng est plus puissant pour réchauffer la Rate et traiter les saignements digestifs par Vide de Yang de la Rate. En pratique clinique, les deux herbes sont souvent associées pour renforcer mutuellement leur action hémostatique et réchauffante, notamment dans la formule classique Jiāo Ài Tāng 膠艾湯 (Décoction à la Colle d’Âne et à l’Armoise).

Associations

– avec È Jiāo (Asini Corii Colla) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) : saignements utérins chroniques, métrorragies et menace d’avortement par Vide de Sang et Froid dans les méridiens Chong et Ren

– avec Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) : dysménorrhée sévère et irrégularités menstruelles par Stagnation du Qi du Foie et Froid dans l’utérus

– avec Kǔ Shēn Gēn (Radix Sophorae Flavescentis) et Shé Chuáng Zǐ (Fructus Cnidii) : en usage externe – prurigo vulvaire, eczéma génital et pertes vaginales par Humidité

– avec Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) et È Jiāo (Asini Corii Colla) : ménorragies et saignements utérins fonctionnels avec Vide de Sang

– avec Páo Jiāng (Rhizoma Zingiberis Preparatum) et Zōng Lǘ Pí (Fibra Stipulae Trachycarpi) : hémorragies gynécologiques par Vide de Yang de la Rate avec Froid

– avec Tù Sī Zǐ (Semen Cuscutae) et Sāng Jì Shēng (Herba Taxilli) : fausses couches à répétition par Vide de Rein, consolidation de la grossesse à risque

– avec Bái Hé (Bulbus Lilii) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) – carbonisé : épistaxis et hématémèse légère par Chaleur dans le Sang (usage de la forme carbonisée uniquement)

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : action dispersante sur le Froid et la Stagnation de Sang ; indiqué pour les dysménorrhées, les douleurs abdominales par Froid et la moxibustion ; propriété réchauffante et mobilisatrice du Sang maximale
– séché et vieilli – moxa (艾绒 ài róng) : les feuilles sèches sont pilées et tamisées pour former la laine de moxa, utilisée exclusivement en moxibustion directe ou indirecte ; la chaleur transmise est plus douce et pénétrante que celle du cru ; la qualité Qí Ài (蕲艾) vieillie 3 ans est réputée supérieure
– carbonisé (炭炒 tàn chǎo) : action hémostatique et astringente renforcée par la carbonisation partielle, qui crée des composés adsorbants ; la propriété réchauffante est atténuée mais non supprimée ; forme de choix pour tous les saignements gynécologiques chroniques, les métrorragies et les menaces d’avortement avec hémorragie
– préparé au vinaigre (醋炙 cù zhì) : le vinaigre guide l’action vers le Foie et renforce la propriété de Ài Yè à activer le Sang et soulager la douleur gynécologique ; indiqué en priorité pour les dysménorrhées par Stagnation de Sang et Froid, et pour la Stagnation du Qi du Foie avec douleur hypogastrique
– préparé au sel (鹽炙 yán zhì) : le sel guide l’action vers le Rein ; cette préparation est utilisée pour ancrer et consolider le Rein, ce qui renforce l’effet de stabilisation du fœtus et de traitement des saignements par Vide de Rein ; moins courante que les formes crue et carbonisée

Formules Classiques

– Jiāo Ài Tāng (膠艾湯 Décoction à la Colle d’Âne et à l’Armoise)
Formule fondamentale du Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) de Zhang Zhong-Jing (IIe-IIIe siècle). Elle associe Ài Yè à È Jiāo (Asini Corii Colla), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae). Indiquée pour les saignements utérins chroniques, les métrorragies, les menaces d’avortement et les douleurs abdominales basses par Vide de Sang et Froid dans les méridiens Chong et Ren. Considérée comme la formule gynécologique de référence pour les hémorragies par Vide dans la tradition classique.

– Ài Fù Nuǎn Gōng Wán (艾附暖宮丸 Pilule à l’Armoise et au Cypérus pour Réchauffer le Palais)
Formule gynécologique classique issue du Rén Zhāi Zhí Zhǐ Fāng 仁齋直指方 (Prescriptions Directes du Bienveillant Sage). Elle associe Ài Yè à Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Ròu Guì (Cortex Cinnamomi), Huáng Qí (Radix Astragali) et d’autres herbes réchauffantes et toniques. Indiquée pour l’infertilité, la dysménorrhée sévère, les irrégularités menstruelles et les menaces d’avortement liées à un Froid profond dans l’utérus et un Vide de Yang du Rein avec Stagnation du Qi du Foie.

– Jiāo Ài Sì Wù Tāng (膠艾四物湯 Décoction des Quatre Substances à la Colle d’Âne et à l’Armoise)
Extension de Jiāo Ài Tāng enrichie des quatre substances toniques du Sang : Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) et Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong), plus È Jiāo (Asini Corii Colla). Indiquée pour les hémorragies gynécologiques chroniques avec Vide de Sang marqué, anémie post-hémorragique, saignements de grossesse et métrorragies chez la femme présentant une complexion pâle, fatigue et palpitations.

Toxicité :

Ài Yè est globalement sûr aux doses thérapeutiques (3-9 g en décoction). Un usage prolongé ou à dose élevée peut provoquer des effets indésirables liés à sa chaleur : nausées, vomissements, douleurs épigastriques, sécheresse buccale et, chez les patients présentant un Vide de Yin sous-jacent, aggravation des signes de Chaleur interne (insomnies, palpitations, flush). Des cas d’hépatotoxicité ont été rapportés avec des préparations non standardisées ou des cures prolongées à haute dose ; l’huile essentielle extraite, notamment riche en thuyone et cinéole, présente un index thérapeutique plus étroit et ne doit pas être ingérée concentrée. En application topique de moxa, une combustion prolongée sur la peau peut causer des brûlures superficielles. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’est documentée pour les doses thérapeutiques courantes, mais la prudence s’impose chez les patients sous anticoagulants (warfarine, héparine) en raison de l’activité hémostatique antagoniste potentielle.



Xie Bai San

瀉白散 Xiè Bái Sǎn
Poudre pour Drainer le Blanc

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) de Qian Yi, époque Song (1119)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 桑白皮 Sāng Bái Pí (torréfié) Cortex Mori Albae Radicis Écorce de racine de mûrier blanc 30 g
M 地骨皮 Dì Gǔ Pí Cortex Lycii Radicis Écorce de racine de lyciet 30 g
C 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata Réglisse préparée au miel 3 g
A 粳米 Jīng Mǐ Semen Oryzae non-glutinosae Riz non glutineux 15-30 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation :
Le texte source prescrit de broyer les plantes en poudre, de cuire avec le riz et de prendre avant les repas. Aujourd’hui, la formule est généralement préparée en décoction avec les dosages réduits d’environ deux tiers. Le Sāng Bái Pí doit être préalablement torréfié à sec (chǎo) pour atténuer son caractère froid et préserver le Qi de l’Estomac.

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine la Chaleur contrainte du Poumon
Calme la toux et l’asthme en descendant le Qi rebelle du Poumon
Protège le Qi de la Rate et de l’Estomac contre le froid des autres substances

Indications

Syndromes traités :
Feu couvant dû à la Chaleur contrainte dans le Poumon
Toux et dyspnée avec aggravation en fin d’après-midi
Fièvre modérée avec peau chaude au toucher (chaleur émanant de la peau elle-même)
Toux sèche ou avec expectoration difficile, bouche sèche

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune fin ; corps de la langue rouge témoignant de la Chaleur interne ; enduit jaune indiquant que la Chaleur commence à affecter les Liquides Organiques.
Pouls :
Xì Shuò Mài 細數脈 (pouls Fin et Rapide) : indique la présence de Chaleur conjuguée à un début d’atteinte du Yin du Poumon ; la finesse du pouls distingue ce tableau d’une Chaleur pleine et franche dans le Poumon qui donnerait un pouls Grand et Glissant
Shuò Mài 數脈 (pouls Rapide) : signe général de Chaleur interne, présent dans tous les stades de ce tableau pathologique

Liste des Symptômes

Symptômes respiratoires :
Toux à son clair et sonore, souvent non productive
Dyspnée et sifflement respiratoire
Expectoration rare, difficile à cracher, légèrement visqueuse
Aggravation des symptômes respiratoires en fin d’après-midi (crépuscule du Qi du Poumon)

Symptômes généraux :
Fièvre ou état fébrile
Peau chaude au toucher superficiel, sensation de chaleur émanant de la peau elle-même
Bouche sèche, soif légère
Transpiration possible, mais non prédominante

Contexte et population :
Formule particulièrement adaptée aux enfants dont les Organes sont délicats et réagissent mal aux herbes amères et froides
Usage possible chez l’adulte présentant un tableau mixte excès-vide du Poumon
Épistaxis inversée liée à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales, selon l’usage élargi décrit par Zhou Zi-Fang)

Analyse de la Formule

Sāng Bái Pí 桑白皮 – Empereur :
Sāng Bái Pí (Cortex Mori Albae Radicis), torréfié à sec, constitue l’Empereur de cette formule. Sa nature douce et froide lui confère la capacité de drainer la Chaleur contrainte logée dans le Poumon et d’arrêter ainsi la toux et la dyspnée. L’action de torréfaction (chǎo) tempère son caractère froid excessif tout en conservant son efficacité à descendre le Qi rebelle du Poumon. Selon Bensky, cette substance traite la Chaleur contrainte par dispersion du feu (huǒ yù fā zhī), lorsque le feu est contraint, on le disperse plutôt que de le réprimer frontalement. Si la Chaleur contrainte prédomine sur le vide de Yin, la dose de cet Empereur est augmentée en priorité.

Dì Gǔ Pí 地骨皮 – Ministre :
Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) est le Ministre. Sa nature douce et froide lui permet à la fois d’éliminer la Chaleur du vide et de drainer la Chaleur résiduelle accumulée dans le Poumon. Là où l’Empereur s’attaque à la Chaleur de plénitude-contrainte, le Ministre intervient sur la composante par vide (Yin légèrement atteint). Cette complémentarité est fondamentale : si la Chaleur par vide prédomine avec des fièvres vespérales marquées, la dose de Dì Gǔ Pí est augmentée. L’interaction entre ces deux substances crée un effet synergique qui draine sans blesser le Yin.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Conseiller :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata), la réglisse préparée au miel, joue un double rôle de Conseiller. D’une part, elle harmonise les actions des autres substances et protège la Rate et l’Estomac contre la nature froide des Empereurs et Ministre. D’autre part, en vertu du principe mère-fils (la terre nourrit le métal), elle renforce la Rate-mère pour bénéficier au Poumon-fils. Cette relation correspond au cycle d’engendrement des Cinq Mouvements, fondant la logique profonde de la formule : entretenir la base digestive pour consolider l’Organe cible.

Jīng Mǐ 粳米 – Ambassadeur :
Jīng Mǐ (Semen Oryzae non-glutinosae), le riz non glutineux, est l’Ambassadeur. Il protège l’Estomac des propriétés froides des autres substances et nourrit le Qi de la Rate. Comme Zhì Gān Cǎo, il illustre le raisonnement de Qian Yi qui refuse d’utiliser des herbes amères et froides pour traiter des enfants aux Organes délicats. La combinaison de ces deux substances constitue un filet de sécurité digestif indispensable, permettant d’administrer les herbes refroidissantes sans risque de blesser le Qi de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiè Bái Sǎn 瀉白散 se traduit littéralement par « Poudre pour Drainer le Blanc ». Le blanc (bái 白) renvoie à la correspondance du Poumon avec la phase Métal et la couleur blanche dans la cosmologie des Cinq Mouvements. Drainer (xiè 瀉) signifie ici éliminer l’excès de Chaleur logé dans cet Organe. L’appellation « Poudre pour Drainer le Poumon » (Xiè Fèi Sǎn) est parfois employée dans les textes ultérieurs pour expliciter directement cette action thérapeutique.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments), l’œuvre maîtresse de Qian Yi (1032-1113), pédiatre de génie de la dynastie Song et fondateur de la pédiatrie en médecine traditionnelle chinoise. Qian Yi a composé les quatre grandes poudres (Xiè Bái Sǎn, Xiè Huáng Sǎn, Xiè Qīng Wán, Dǎo Chì Sǎn) comme autant d’instruments de drainage ciblé des Organes. La formule a traversé les siècles sans modification majeure, preuve de son efficacité et de l’élégance de sa conception. Elle représente un modèle d’économie thérapeutique : quatre substances seulement, chacune indispensable.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une logique de dispersion douce de la Chaleur contrainte, distincte du drainage brutal de la Chaleur pleine. La Chaleur contrainte dans le Poumon ne se prête pas à une simple purge par le froid : elle exige une stratégie combinant drainage et dispersion. Sāng Bái Pí descend et disperse le Qi du Poumon rebelle, tandis que Dì Gǔ Pí cible simultanément la dimension vide-Chaleur qui commence à s’installer. Les deux Conseillers (réglisse et riz) protègent la base digestive et opèrent la relation mère-fils Terre-Métal. L’ensemble produit un mouvement d’élimination vers le bas sans agression de la Rate et de l’Estomac.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Xiè Bái Sǎn est utilisé comme base pour les affections pulmonaires caractérisées par une Chaleur résiduelle : bronchite chronique, pneumonie en phase de résolution, toux persistante post-infectieuse, asthme avec composante de Chaleur. Le médecin Zhou Zi-Fang en recommande l’usage pour les hémorragies des voies respiratoires supérieures, notamment les épistaxis liées à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales inversées). Les recherches pharmacologiques modernes confirment des propriétés anti-inflammatoires, antipyrétiques et bronchodilatatrices pour les deux substances principales.

Nuances d’usage :
Le clinicien doit ajuster les doses relatives selon le profil du patient : si la Chaleur contrainte de plénitude prédomine (fièvre nette, toux forte, pouls Ample), augmenter Sāng Bái Pí ; si le vide de Yin commence à s’installer (fièvre vespérale, pouls Fin et Rapide, enduit peu abondant), augmenter Dì Gǔ Pí. La formule est contre-indiquée si la toux est due au Vent-Froid ou à des Glaires-Humidité, car les herbes froides aggraveraient ces tableaux. Pour les patients avec vide de Rate et d’Estomac marqué, remplacer le riz par du Fú Líng (Poria cocos) peut s’avérer préférable.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense avec signes de plénitude marqués (fièvre élevée, soif intense, enduit jaune épais), ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) 9-12 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g pour renforcer le drainage de la Chaleur du Poumon

– En cas d’obstruction par Glaires avec dyspnée et expectoration difficile, ajouter Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g et Bái Qián (Radix et Rhizoma Cynanchi Baiqian) 9 g pour descendre le Qi du Poumon et transformer les Glaires

– En cas de fièvre vespérale et sueurs nocturnes marquant un vide de Yin avec Chaleur de vide, ajouter Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) 6-9 g, Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) 15 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de toux sèche due à la Sécheresse-Chaleur avec expectoration peu abondante et gorge sèche, ajouter Guā Lóu Pí (Pericarpium Trichosanthis) 9-12 g, Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae) 9 g et Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 9-12 g

– En cas de vide de Qi du Poumon avec vide de Rate marqué (asthme chez les patients affaiblis), substituer Fú Líng (Poria cocos) 9-12 g au riz non glutineux, et ajouter Rén Shēn (Radix Ginseng) 3-6 g selon la variation Xiè Bái Sǎn de la Qí Miào Dēng

– En cas d’obstruction par les Glaires avec déficit de Qi du Poumon (toux avec Glaires et fatigue), employer la variation Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng qui ajoute Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín

– En cas de toux avec épistaxis ou d’hémorragies respiratoires liées à la Chaleur du Poumon (menstruation nasale inversée), ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g et Cè Bǎi Yè (Cacumen Biotae Orientalis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Variation ajoutant Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur avec vide de Qi du Poumon : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng 奇妙燈籠 (Variation de la Lanterne Merveilleuse)

– Adjonction de Sāng Bái Pí, Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng, Guā Lóu Rén et Shēng Jiāng pour les abcès pulmonaires précoces avec expectoration purulente teintée de sang : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 des Normes (Zhèng Zhì Zhǔn Shéng) 正治準繩 (Xie Bai San des Standards)

– Formule enrichie de Sāng Yè, Dān Pí, Zhú Rú, Chuān Bèi Mǔ, Jīng Mǐ, Zhì Gān Cǎo et Dà Zǎo pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec toux douloureuse aux flancs et expectoration sanglante : Sāng Dān Xiè Bái Tāng 桑丹瀉白湯 (Décoction Mûrier et Pivoine pour Drainer le Blanc)

– Adjonction de Má Huáng, Shí Gāo, Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo pour la Chaleur logée dans le Poumon avec dyspnée sifflante, fièvre et enduit jaune : Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 (Décoction Éphédra, Abricot, Gypse et Réglisse)

Précautions

Contre-indications :
– Toux et dyspnée dues au Vent-Froid (tableau extérieur froid) : les herbes froides de la formule aggraveraient le tableau en contraignant davantage le Qi du Poumon
– Toux et dyspnée dues aux Glaires-Humidité (enduit gras et blanc, pouls Glissant) : les herbes refroidissantes renforceraient l’Humidité et paralyseraient la transformation
– Toux due à la déficience du Qi du Poumon avec vide de Yang manifeste (pouls Lent et Profond, teint pâle, membres froids)

Mises en garde :
– Modifier la formule en ajoutant des herbes tonifiantes la Rate chez les patients présentant une faiblesse digestive marquée, pour éviter que le froid des herbes principales ne blesse le Qi de l’Estomac
– Surveiller l’évolution du tableau : si la Chaleur régresse mais que les signes de vide de Yin progressent, réévaluer la stratégie thérapeutique et passer à des formules nourrissant le Yin du Poumon
– En cas de fièvre élevée et de toux sévère, cette formule peut s’avérer insuffisante à elle seule et doit être renforcée ou combinée avec d’autres formules plus puissantes

Populations à risque :
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages proportionnellement au poids ; surveiller la réponse digestive
– Femmes enceintes : utiliser avec précaution, sans contre-indication formelle reconnue dans les textes classiques, mais prudence recommandée au premier trimestre
– Patients âgés avec double vide de Qi et Yin du Poumon : augmenter systématiquement Dì Gǔ Pí et ajouter des substances nourrissant le Yin

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) 小兒藥證直訣 Dynastie Song, 1119 (Qian Yi 錢乙) Source originelle de la formule. Contexte pédiatrique. Composition, préparation et indications premières (Chaleur contrainte dans le Poumon de l’enfant).
Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 正治準繩 (Normes des Traitements Correctifs) 正治準繩 Dynastie Ming (Wang Kěntáng) Variation classique ajoutant Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng et Guā Lóu Rén pour les abcès pulmonaires précoces.
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Révision Populaire du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Époque Qing (Hé Bǐngyuán 何秉元) Source de la variation Sāng Dān Xiè Bái Tāng pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec expectoration sanglante.
Pí Wèi Lùn 脾胃論 (Traité de la Rate et de l’Estomac) 脾胃論 Dynastie Jin-Yuan (Li Dong-Yuan 李東垣) Contexte théorique sur la relation mère-fils Terre-Métal qui fonde l’usage du riz et de la réglisse dans la formule.
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Époque Qing, 1813 (Wú Jútōng 吳鞠通) Intègre Xiè Bái Sǎn dans le contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing), notamment pour la Chaleur au stade du Qi affectant le Poumon.



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