Règlements

Xiǎo Jì

Identification

Chinois
小薊
Pinyin
Xiǎo Jì
Traduction
petit chardon
Nom commun
céphalanople, petit chardon des champs
Nom latin
Herba Cephalanoplos
Famille
Asteraceae (Compositae)
Espèces
Cephalanoplos segetum (Bunge) Kitam. (小薊 Xiǎo Jì)
Partie utilisée
parties aériennes séchées ou fraîches (tiges, feuilles, fleurs)
Texte d’origine
Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Froid (寒 hán)
  • Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān)

Actions principales

Refroidit le Sang et arrête les saignements, clarifie la Chaleur et élimine les toxines, disperse les stases de Sang et réduit les gonflements, favorise la diurèse et traite les syndromes de dysurie.

Actions, indications et tableaux cliniques

Refroidit le Sang et arrête les saignements

Xiǎo Jì est l’un des remèdes hémostatiques les plus importants de la pharmacopée chinoise pour traiter les saignements causés par la Chaleur dans le Sang, qui force le Sang à sortir de ses vaisseaux. Il est couramment utilisé pour toutes les formes de saignement dues à la Chaleur dans le Sang, notamment les hématuries, les hémoptysies, les hématémèses, les épistaxis et les métrorragies.

Clarifie la Chaleur et élimine les toxines

Xiǎo Jì possède une action pour clarifier la Chaleur au niveau du Sang et éliminer les toxines. Il traite les abcès, les furoncles et les affections cutanées dues à la Chaleur toxique. Il est utilisé tant en usage interne qu’externe pour traiter les gonflements douloureux et les abcès causés par la stagnation de Chaleur et de toxines.

En application topique, le suc frais de Xiǎo Jì peut être appliqué directement sur les lésions cutanées, les abcès et les contusions.

Disperse les stases de Sang et réduit les gonflements

Xiǎo Jì disperse les stases de Sang tout en arrêtant les saignements, une combinaison d’actions rare qui le rend particulièrement précieux car il prévient la formation de stases lors du traitement hémostatique. Cette double action – arrêter les saignements et disperser les stases – lui permet d’être utilisé dans les cas de saignement avec accumulation de Sang stagnant.

Favorise la diurèse et traite les syndromes de dysurie

Xiǎo Jì clarifie la Chaleur et favorise la diurèse pour traiter le syndrome de dysurie sanglante ( xuè lín 血淋) caractérisé par des urines rares, douloureuses et sanglantes. C’est l’une des applications les plus classiques de ce remède, qui agit en refroidissant le Sang dans le foyer inférieur et en favorisant l’élimination de la Chaleur-Humidité par les urines.

Associations traditionnelles

Chaleur dans le Sang / hématurie

Tableau : Hématurie ou dysurie sanglante avec Chaleur

Association : Shēng Dì Huáng | Ǒu Jié | Huá Shí | Tōng Cǎo | Pú Huáng | Dàn Zhú Yè | Dāng Guī | Zhī Zǐ — Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小蓟饮子

Refroidir le Sang, arrêter le saignement et favoriser l’élimination urinaire de la Chaleur

Indications principales — repères cliniques

Saignements dus à la Chaleur dans le Sang : Hématurie avec urines rouge vif Dysurie sanglante avec brûlures à la miction Hémoptysies avec expectoration de sang rouge Hématémèse due à la Chaleur de l’Estomac Épistaxis dues à la Chaleur dans le Sang Métrorragies et ménorragies dues à la Chaleur Hémorrhoïdes saignantes par Chaleur dans les Intestins Rectorragie due à la Chaleur intestinale
Troubles urinaires : Dysurie sanglante ( xuè lín 血淋) Urines rares, foncées et douloureuses Urines troubles et teintées de sang Brûlures à la miction
Affections cutanées et traumatiques : Abcès et furoncles dus à la Chaleur toxique Contusions et hématomes post-traumatiques Gonflements douloureux dus à la stase de Sang
Autres indications : Hypertension artérielle associée à la Chaleur dans le Foie Jaunisse due à la Chaleur-Humidité

Posologie et préparation

  • 5–12 g.

Formules classiques et contextes formulaires

  • Xiǎo Jì Yǐn Zǐ 小蓟饮子 — Refroidir le Sang, arrêter le saignement et favoriser l’élimination urinaire de la Chaleur

Précautions et sécurité

Précautions et sécurité

La monographie pharmacopéiale actuelle ne formule pas de précaution spécifique. La dose fraîche de 30–60 g et les conclusions générales d’absence de toxicité ne sont pas retenues sans source distincte.

Commentaire

Le Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 comporte une entrée 大小薊根 et lui attribue notamment les fonctions « nourrir l’Essence » et « préserver le Sang », avec des indications hémorragiques précisées pour le grand chardon. Le Běn Cǎo Gāng Mù distingue ensuite plus nettement Dà Jì et Xiǎo Jì et documente pour Xiǎo Jì des usages hémostatiques supplémentaires. Les indications urinaires et hémostatiques modernes doivent être présentées comme synthèse de cette tradition, non comme citation unique d’un texte ancien.

Sources

  • Li Shizhen 李時珍 — Běn Cǎo Gāng Mù (1596) — source
  • Tao Hongjing 陶弘景 (traditional compilation/attribution) — Míng Yī Bié Lù — source
  • Hong Kong Baptist University Chinese Medicine Formulae Images Database — 小蓟饮子 — Xiǎo Jì Yǐn Zǐ (2026) — source
  • Chinese Pharmacopoeia 2025 — 小蓟 — Xiǎo Jì / Cirsii Herba — source

Dà Jì

Identification

Chinois
大蓟
Pinyin
Dà Jì
Traduction
grand chardon
Nom commun
chardon du Japon, grand chardon japonais
Nom latin
Herba seu Radix Cirsii Japonici
Famille
Asteraceae (Compositae)
Espèces
Cirsium japonicum DC. (大蓟 Dà Jì)
Partie utilisée
parties aériennes et racine, séchées ou fraîches
Texte d’origine
Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Séparés des Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Frais (凉 liáng)
  • Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān)

Actions principales

Refroidit le Sang et arrête les saignements, réduit les abcès et élimine les toxines, dissipe les accumulations de Sang stagnant, favorise la diurèse.

Actions, indications et tableaux cliniques

Refroidit le Sang et arrête les saignements

Dà Jì est une substance importante de la matière médicale traditionnelle pour traiter toutes les formes de saignements causés par la Chaleur dans le Sang. Il traite l’hématurie, l’hémoptysie, l’hématémèse, l’épistaxis, les méno-métrorragies et les hémorragies rectales. Il est couramment utilisé pour les troubles hémorragiques caractérisés par du Sang rouge vif et de la chaleur.

Réduit les abcès et élimine les toxines

Dà Jì possède une action pour réduire les abcès, disperser les gonflements et éliminer les toxines, traitant ainsi les carboncles, les furoncles, les abcès cutanés et les mastites au stade initial. Il peut être utilisé en usage interne et externe pour les sores toxiques dues à la Chaleur.

Dissipe le Sang stagnant et favorise la diurèse

Dà Jì peut dissiper les accumulations de Sang stagnant, ce qui le rend utile pour les blessures traumatiques avec ecchymoses et douleur. Il favorise également la diurèse dans le contexte de la dysurie sanglante.

Associations traditionnelles

Chaleur dans le Sang / hémorragies

Tableau : Hématémèse, épistaxis, hémoptysie ou autres saignements par Chaleur

Association : Xiǎo Jì | Cè Bǎi Yè | Zhī Zǐ | Bái Máo Gēn | Mǔ Dān Pí — Shí Huī Sǎn 十灰散

Refroidir le Sang, arrêter le saignement et limiter la Stase

Chaleur-Toxique / abcès

Tableau : Abcès et gonflement toxique

Association : Dì Yú | Niú Xī | Jīn Yín Huā

Refroidir le Sang, disperser la Stase et réduire le gonflement

Indications principales — repères cliniques

Troubles hémorragiques par Chaleur dans le Sang : Hématurie (sang dans les urines) due à la Chaleur Hémoptysie (crachat de sang) due à la Chaleur dans le Poumon Hématémèse (vomissement de sang) due à la Chaleur de l’Estomac Épistaxis (saignement nasal) due à la Chaleur Méno-métrorragies dues à la Chaleur dans le Sang Hémorragies rectales dues à la Chaleur
Affections dermatologiques : Carboncles et furoncles dus à la Chaleur toxique Abcès cutanés au stade initial Mastite et abcès du sein au stade précoce Sores et ulcérations dues à la Chaleur toxique
Traumatologie : Blessures traumatiques avec Sang stagnant Ecchymoses et douleur dues à un traumatisme
Troubles urinaires : Dysurie sanglante (hématurie avec difficulté à uriner) Syndrome douloureux de dysurie sanglante (xuè lín 血淋)

Posologie et préparation

  • 9-15 g en décoction (forme sèche) ; 30-60 g (forme fraîche) ; usage externe : quantité suffisante

Formules classiques et contextes formulaires

  • Shí Huī Sǎn 十灰散 — Refroidir le Sang, arrêter le saignement et limiter la Stase

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Dà Jì est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac avec selles molles. De nature fraîche, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant des saignements dus à une déficience de Qi ou à un Froid interne. La forme fraîche possède des propriétés plus fortes pour refroidir le Sang et arrêter les saignements que la forme sèche. La forme calcinée (炭 tàn) est plus efficace pour arrêter les saignements actifs. Les sources actuellement mobilisées ne permettent pas d’affirmer une absence générale de toxicité ; les précautions restent dépendantes de la dose, de la préparation et du terrain.

Commentaire

Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) tire son nom du grand chardon japonais dont il est issu. Ce remède figure parmi les plus importants de la pharmacopée chinoise pour arrêter les saignements causés par la Chaleur dans le Sang. Sa saveur douce-amère et sa nature fraîche lui permettent d’agir directement sur les méridiens du Cœur et du Foie, sièges du Sang en médecine chinoise. Sa capacité à la fois à refroidir le Sang, arrêter les hémorragies et dissiper le Sang stagnant le distingue de nombreux autres remèdes hémostatiques qui ont un effet purement astringent sans action sur la stase.

Dà Jì est particulièrement reconnu pour son action dans les hémorragies des voies urinaires et respiratoires. Son entrée dans le méridien du Foie – organe responsable du stockage et de la régulation du Sang en médecine chinoise – explique son efficacité pour les hémorragies gynécologiques liées à la Chaleur dans le Sang. Son entrée dans le méridien du Cœur renforce son action de refroidissement du Sang au niveau du xué (niveau Sang). La forme fraîche est considérée comme plus puissante pour refroidir le Sang que la forme sèche, tandis que la forme calcinée (炭 tàn) possède un pouvoir hémostatique plus fort.

Dà Jì se distingue de Xiǎo Jì (Herba Cephalanoplos), le petit chardon, avec lequel il est souvent comparé et associé. Les deux partagent la propriété de refroidir le Sang et d’arrêter les saignements, mais Dà Jì est plus puissant pour réduire les abcès et éliminer les toxines, ce qui le rend davantage indiqué pour les affections dermatologiques infectieuses. Xiǎo Jì, quant à lui, est supérieur pour favoriser la diurèse et traiter spécifiquement l’hématurie dans le cadre des syndromes de dysurie douloureuse. En clinique, les deux remèdes sont fréquemment associés pour renforcer leur action hémostatique mutuelle.

Sources

  • Hong Kong Baptist University Chinese Medicine Formulae Images Database — 十灰散 — Shí Huī Sǎn (2026) — source
  • Nanjing University of Chinese Medicine — 蓟 — 大蓟 applications et associations traditionnelles (2021) — source

dì yú

Identification

Chinois
地榆
Pinyin
dì yú
Traduction
orme de terre
Nom commun
sanguisorbe, pimprenelle officinale
Nom latin
Sanguisorbae Radix
Famille
Rosaceae
Espèces
Sanguisorba officinalis L. (地榆 dì yú) ; Sanguisorba officinalis L. var. longifolia (Bert.) Yu et Li (长叶地榆 cháng yè dì yú)
Partie utilisée
racine
Texte d’origine
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Laboureur Céleste) au 2e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Frais (涼 liáng)
  • Saveurs : Amer (苦 kǔ), Acide (酸 suān)
  • Tropismes : Foie (肝 gān), Gros Intestin (大肠 dà cháng), Estomac (胃 wèi)

Actions principales

Dì Yú refroidit le Sang, arrête les saignements, élimine les toxines et régénère les tissus. Grâce à ses propriétés fraîches, amères et astringentes, c’est l’un des remèdes majeurs pour les hémorragies du bas du corps, les brûlures et les lésions cutanées dues à la Chaleur.

Actions, indications et tableaux cliniques

Refroidit le Sang et arrête les saignements

Dì Yú est une substance traditionnellement utilisée pour contrôler les saignements dus à la Chaleur dans le Sang, en particulier ceux qui se manifestent dans la partie inférieure du corps. Sa nature fraîche refroidit le Sang, tandis que ses propriétés amères et astringentes consolident les vaisseaux et bloquent les hémorragies. Il s’applique à toutes les formes de saignement du bas du corps : rectorragies, hémorrhoïdes sanglantes, dysenterie hémorragique, métrorrhagies et métrorragies excessives dues à la Chaleur.

Élimine les toxines et régénère les chairs (usage topique)

Appliqué localement, Dì Yú exerce une action remarquable sur les brûlures, les plaies infectées, les ulcères cutanés et l’eczéma suintant. Sa nature fraîche et astringente est traditionnellement employé pour refroidir, astringer et assécher les lésions suintantes. Cette propriété en fait un substance traditionnellement utilisée en médecine externe chinoise, souvent utilisé en poudre ou en onguent appliqué directement sur les zones lésées.

Traite la dysenterie et la diarrhée avec Sang

Par son action astringente et rafraîchissante sur le Gros Intestin, Dì Yú stoppe les diarrhées chroniques avec présence de Sang, les dysenteries dues à l’Humidité-Chaleur, et réduit les douleurs abdominales qui les accompagnent. Il est particulièrement indiqué dans les formes chroniques ou récidivantes, grâce à sa double action de refroidissement du Sang et d’astringence intestinale.

Associations traditionnelles

Chaleur-Humidité / intestin

Tableau : Sang dans les selles ou dysenterie avec Chaleur-Humidité

Association : Huáng Lián | Zhī Zǐ

Clarifier la Chaleur, assécher l’Humidité et arrêter le saignement

Hémorroïdes sanglantes

Tableau : Saignements hémorroïdaires par Chaleur

Association : Huái Jiǎo | Fáng Fēng | Huáng Qín | Zhǐ Ké — Huái Jiǎo Wán 槐角丸

Refroidir le Sang et arrêter le saignement du bas foyer

Chaleur dans le Sang / gynécologie

Tableau : Métrorragies ou règles abondantes rouge vif

Association : Huáng Qín | Shēng Dì | Mǔ Dān Pí | Lián Xū

Refroidir le Sang et arrêter le saignement

Indications principales — repères cliniques

Saignements par Chaleur dans le Sang : Rectorragies de sang rouge vif ou foncé Hémorrhoïdes sanglantes avec douleur et sensation de brûlure anale Métrorrhagies ou règles abondantes avec sang rouge vif Saignements utérins dus à la Chaleur Epistaxis, hémoptysie ou hématurie (usage auxiliaire)
Dysenterie et troubles intestinaux par Humidité-Chaleur : Dysenterie avec sang et mucus dans les selles Selles fréquentes et douloureuses avec ténesme Diarrhée chronique avec présence de Sang Brûlure et douleur rectale post-défécation
Affections cutanées et brûlures (usage externe) : Brûlures du premier et du second degré avec rougeur, douleur, exsudation Eczéma humide suintant et prurit Ulcères cutanés infectés et plaies purulentes Furoncles et abcès cutanés par Chaleur-Toxique

Posologie et préparation

  • 6-15 g en décoction ; 1-3 g en poudre. Usage topique : quantité suffisante, en poudre ou en décoction pour lavage.

Formules classiques et contextes formulaires

  • Huái Jiǎo Wán 槐角丸 — Refroidir le Sang et arrêter le saignement du bas foyer

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Prudence sur terrain de Vide de Yang ou de Froid-Humidité du Foyer moyen et dans les saignements attribués au Vide de Qi. Les usages externes sur brûlure ou plaie doivent être distingués des soins médicaux modernes, notamment pour les lésions étendues ou infectées.

Interactions

Aucune interaction anticoagulante précise n’est présentée comme établie dans cette fiche sans source clinique spécifique à Dì Yú.

Commentaire

Dì Yú 地榆 est une matière médicale ancienne dont les textes classiques documentent plusieurs emplois liés aux saignements, aux pertes gynécologiques, aux troubles intestinaux et aux lésions externes. La formule française auparavant attribuée directement à Li Shizhen sur l’entrée dans le Sang, le Jiao inférieur et les saignements intestinaux ou utérins n’a pas été retrouvée comme citation verbatim ; ces fonctions sont donc présentées ici comme une synthèse sourcée des indications réellement attestées.

Sources

  • Traditional attribution; transmitted/reconstructed text; Sun Xingyan 孫星衍 recension — Shén Nóng Běn Cǎo Jīng — source
  • Li Shizhen 李時珍 — Běn Cǎo Gāng Mù (1596) — source
  • Nanjing University of Chinese Medicine — 地榆 — applications et associations traditionnelles (2019) — source

Pú Huáng

Identification

Chinois
蒲黃
Pinyin
Pú Huáng
Traduction
Pollen de Typha
Nom commun
Pollen de massette
Nom latin
Pollen Typhae
Famille
Typhaceae
Espèces
Typha angustifolia L. ; Typha orientalis Presl ; Typha latifolia L.
Partie utilisée
Pollen séché des étamines (fleurs mâles)
Texte d’origine
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) par Shén Nóng au 2e siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Neutre (平 píng)
  • Saveurs : Doux (甘 gān)
  • Tropismes : Foie (肝 gān)

Actions principales

Pú Huáng est un remède à double action remarquable : utilisé cru, il active le Sang et dissout les stases ; carbonisé, il arrête les saignements et exerce une action astringente. Il entre dans le Foie, organe du stockage du Sang, et est particulièrement utilisé en gynécologie pour les troubles hémorragiques et les douleurs par stagnation de Sang.

Actions, indications et tableaux cliniques

Active le Sang et dissout la stagnation de Sang

Utilisé cru, Pú Huáng entre dans le méridien du Foie, active la circulation du Sang et lève les stases. Il est indiqué dans toutes les situations de stagnation de Sang accompagnée de douleur : dysménorrhée, douleurs post-partum, douleurs épigastriques et abdominales par stagnation de Sang. Son action combinée sur la circulation sanguine et la douleur en fait un remède de première importance en gynécologie. La stagnation de Sang du bas-ventre – avec douleurs fixes, aggravées à la pression, menstruations difficiles ou lochies retenues – représente son indication principale lorsqu’il est prescrit cru.

Arrête les saignements de diverses étiologies

Carbonisé, Pú Huáng acquiert une forte action hémostatique et astringente. Il est indiqué pour les saignements de toutes localisations : hémoptysie, hématémèse, épistaxis, hématurie, métrorragies et saignements post-partum. Sa nature neutre lui permet d’être utilisé tant dans les contextes de Chaleur dans le Sang que dans les contextes de Froid ou de Vide de Qi, selon les associations réalisées. Sa particularité est d’être l’un des rares remèdes hémostatiques à pouvoir simultanément activer et arrêter le Sang selon sa préparation. Cette double action lui confère une grande flexibilité clinique, notamment dans les situations où saignement et stagnation coexistent.

Favorise la diurèse et traite les dysurie hémorragiques

Pú Huáng active le Sang dans les collatéraux de la Vessie, dégage la Chaleur et favorise l’élimination urinaire. Il est indiqué dans les syndromes Lin hémorragiques (xuè lín 血淋), c’est-à-dire les dysurie avec sang dans les urines, souvent d’origine Humidité-Chaleur. Il est couramment utilisé avec d’autres remèdes qui drainent la Chaleur vers le bas et favorisent la diurèse pour traiter les cas de sang dans les urines accompagné de brûlures ou de douleurs mictionnelles.

Associations traditionnelles

Stase de Sang / douleur

Tableau : Dysménorrhée, douleur abdominale ou post-partum par Stase

Association : Wǔ Líng Zhī — Shī Xiào Sǎn 失笑散

Activer le Sang, disperser la Stase et soulager la douleur

Indications principales — repères cliniques

Douleurs par stagnation de Sang : Dysménorrhée avec sang sombre et caillots Douleurs fixes du bas-ventre aggravées par la pression Lochies retenues avec douleurs post-partum Douleurs épigastriques et abdominales par stagnation de Sang Angine de poitrine par stagnation de Sang dans les vaisseaux du Cœur
Saignements de diverses localisations : Métrorragies et ménorragies Hématurie et dysurie hémorragique (syndrome Lin hémorragique) Hémoptysie et hématémèse Épistaxis Saignements post-partum
Symptômes urinaires : Dysurie avec brûlures et sang dans les urines Oligurie par Humidité-Chaleur dans la Vessie

Posologie et préparation

  • 5–10 g ; mettre en sachet pour la décoction.
  • Usage externe : quantité adaptée.

Formules classiques et contextes formulaires

  • Shī Xiào Sǎn 失笑散 — Activer le Sang, disperser la Stase et soulager la douleur

Précautions et sécurité

Précautions et sécurité

La Pharmacopée chinoise recommande la prudence pendant la grossesse ; elle ne formule pas une interdiction absolue. Les précautions supplémentaires doivent être rattachées à une source explicite.

Commentaire

Le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng décrit Pú Huáng 蒲黃 comme doux et neutre et lui attribue notamment la facilitation de la miction, l’arrêt des saignements et la résorption du Sang stagnant. Les sources permettent donc de relier directement à ce texte ancien la coexistence d’un axe hémostatique et d’un axe de mobilisation du Sang. Les différences modernes entre forme crue et forme carbonisée doivent être sourcées séparément.

Sources

  • Traditional attribution; transmitted/reconstructed text; Sun Xingyan 孫星衍 recension — Shén Nóng Běn Cǎo Jīng — source
  • Hong Kong Baptist University Chinese Medicine Formulae Images Database — 失笑散 — Shī Xiào Sǎn (2026) — source
  • Chinese Pharmacopoeia 2025 — 蒲黄 — Pú Huáng / Typhae Pollen (2025) — source

Sān Qī

Identification

Chinois
三七
Pinyin
Sān Qī
Traduction
Trois-Sept
Nom commun
Notoginseng, Ginseng de Chine du Sud, Pseudoginseng
Nom latin
Radix Notoginseng
Famille
Araliaceae
Espèces
Panax notoginseng (Burk.) F.H. Chen
Partie utilisée
Racine principale (tubéreuse), parfois radicelles et feuilles
Texte d’origine
Běn Cǎo Gāng Mù Shí Yí 本草綱目拾遺 (Compléments à la Grande Matière Médicale) par Zhao Xue-Min au XVIIIe siècle ; mentionné dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grande Matière Médicale) par Li Shi-Zhen au XVIe siècle

Nature, saveurs et tropismes

  • Nature : Tiède (溫 wēn)
  • Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
  • Tropismes : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi), Gros Intestin (大肠 dà cháng)

Actions principales

Sān Qī est le remède emblématique capable d’arrêter simultanément les hémorragies et de dissoudre la Stagnation de Sang, deux effets en apparence opposés qu’il accomplit sans provoquer de déséquilibre. Il active le Sang, élimine la Stagnation, soulage la douleur et réduit les tuméfactions, étant l’un des rares remèdes à posséder à la fois une puissante action hémostatique et une action fluidifiante sur le Sang stagnant.

Actions, indications et tableaux cliniques

Arrêter les hémorragies et dissoudre la Stagnation de Sang

Sān Qī est classiquement utilisé pour arrêter les saignements tout en dispersant la Stase et soulageant la douleur. Cette double action, unique dans la pharmacopée, s’explique par sa nature Tiède et ses saveurs Douce et Amère qui mobilisent le Sang sans le disperser de manière anarchique. Il est particulièrement indiqué lorsque l’hémorragie s’accompagne de douleur, signe de Stagnation de Sang sous-jacente. Cliniquement, Sān Qī est utilisé pour toutes les hémorragies : hémoptysie, hématémèse, épistaxis, rectorragie, hématurie, métrorragie et plaies traumatiques avec saignement. Il peut être administré seul en poudre ou intégré dans une formule complexe. Son emploi en poudre externe sur les plaies hémorragiques est particulièrement efficace et correspond à l’une de ses utilisations traditionnelles les plus anciennes.

Activer le Sang, dissiper la Stagnation et soulager la douleur

Sān Qī active puissamment le Sang et élimine la Stagnation de Sang, ce qui lui confère une action analgésique remarquable dans toutes les douleurs liées à la stagnation. Son appellation traditionnelle de « remède hors pair pour les blessures et les traumatismes » (金瘡要藥 jīn chuāng yào yào ) témoigne de cette efficacité dans les traumatismes physiques avec hématomes, œdèmes et douleurs. Il est indiqué dans les traumatismes, contusions, fractures, entorses, hématomes, douleurs thoraciques et abdominales par Stagnation de Sang, ainsi que dans les douleurs thoraciques dans un tableau de Stase de Sang. En médecine contemporaine, Sān Qī entre dans la composition de nombreuses préparations cardiovasculaires pour traiter la Stagnation de Sang au niveau du Cœur avec douleur thoracique (Bi du Cœur).

Réduire les tuméfactions et soulager la douleur des abcès

Sān Qī possède une action anti-inflammatoire et décongestionnante sur les tuméfactions douloureuses, en particulier celles d’origine traumatique ou liées à une Stagnation de Sang avec accumulation locale. Cette action est mise à profit en usage topique sur les plaies et traumatismes localisés. Il est utilisé en usage externe pour les abcès cutanés, les ulcères chroniques, les plaies infectées et les hémorroïdes saignantes. En usage interne, il traite les abcès profonds avec Stagnation de Sang et douleur.

Associations traditionnelles

Hémoptysie / lésion pulmonaire

Tableau : Saignement pulmonaire avec besoin d’arrêter le Sang sans retenir la Stase

Association : Bái Jí

Associer astringence/hémostase et dispersion de la Stase

Indications principales — repères cliniques

Hémorragies (internes et externes) : Hémoptysie (crachats de sang), hématémèse (vomissements de sang) Épistaxis (saignements de nez), gingivorragies Rectorragie, hématurie (sang dans les urines) Métrorragie, saignements utérins anormaux Hémorragies traumatiques, plaies ouvertes saignantes
Stagnation de Sang et douleur : Douleurs traumatiques, contusions, hématomes après chute ou choc Douleurs thoraciques et précordiales par Stagnation de Sang (angor) Douleurs abdominales fixes et intenses par Stagnation de Sang Dysménorrhée avec caillots et douleurs avant les règles Douleurs post-partum par rétention de sang lochial
Tuméfactions et abcès : Œdèmes et gonflements post-traumatiques Abcès cutanés avec stagnation et douleur Ulcères chroniques et plaies à cicatrisation difficile

Posologie et préparation

  • 3-10 g en décoction ; 1-3 g en poudre ingérée directement ; usage externe en quantité suffisante

Précautions et sécurité

Précautions et sécurité

La Pharmacopée chinoise recommande la prudence pendant la grossesse. Les signaux d’interaction avec les traitements affectant l’hémostase doivent être présentés séparément et proportionnellement aux données disponibles, sans créer de contre-indication absolue non sourcée.

Commentaire

Pour Sān Qī, les résultats biomédicaux doivent être présentés selon leur niveau de preuve. Les données pharmacologiques, in vitro ou animales ne doivent pas être transformées en efficacité clinique humaine établie.

Sources

  • Li Shizhen 李時珍 — Běn Cǎo Gāng Mù (1596) — source
  • Nanjing University of Chinese Medicine — 白及 — explicit associations with 三七, 藕节 and 枇杷叶 (2019) — source
  • Chinese Pharmacopoeia 2025 — 三七 — Sān Qī / Notoginseng Radix et Rhizoma (2025) — source

Ài Yè

Ai Ye

Identification

Chinois : 艾叶
Pinyin : Ài Yè
Traduction : Feuille d’armoise
Nom commun : Armoise d’Argyi, moxa
Nom latin : Artemisiae Argyi Folium
Famille : Asteraceae
Espèces : Artemisia argyi H. Lév. & Vaniot (espèce principale) ; Artemisia princeps Pamp. (utilisée dans certaines régions)
Partie utilisée : Feuilles séchées
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Différentes Annotations de Médecins Célèbres) par Táo Hóngjǐng au 5ème siècle
Ai Ye

Nature, saveurs et tropismes

Nature : Tiède (溫 wēn)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Piquant (辛 xīn)
Tropismes : Foie (肝 gān), Rate (脾 pí), Rein (肾 shèn)

Actions principales

Ài Yè réchauffe les méridiens et arrête les saignements en dispersant le Froid, ce qui explique son emploi classique dans les hémorragies gynécologiques relevant d’un tableau de Froid ou de Vide.
Il active le Sang, disperse le Froid et calme le fœtus dans les contextes obstétricaux, et constitue la matière première du moxa utilisé en moxibustion.

Actions, indications et tableaux cliniques

Réchauffe les méridiens et arrête les saignements

Ài Yè est l’herbe principale pour traiter les hémorragies dues au Froid ou à un Vide de Yang, notamment les métrorragies, ménorragies, spotting intermenstruel et saignements utérins survenant avec des signes de Froid (sang pâle ou noirâtre, douleur abdominale basse améliorée par la chaleur, teint blême, pouls profond et lent).
Son action hémostatique repose sur la chaleur qu’il insuffle dans les méridiens du Foie, de la Rate et du Rein, qui gouvernent respectivement la circulation, la maîtrise et la racine du Sang.
Utilisé seul sous forme carbonisée, il arrête les saignements gynécologiques légers ; associé à d’autres herbes hémostatiques et toniques, il traite les hémorragies chroniques par Vide.

Disperse le Froid et soulage la douleur

Grâce à sa chaleur pénétrante et à ses propriétés piquantes qui ouvrent les méridiens, Ài Yè chasse le Froid logé dans l’utérus, le bas abdomen et les méridiens Chong et Ren.
Il est indiqué dans les dysménorrhées, les douleurs abdominales basses et les crampes menstruelles causées par le Froid, ainsi que dans les douleurs gynécologiques par Stagnation de Sang liée au Froid.
En moxibustion directe ou indirecte, il transmet une chaleur profonde aux méridiens et aux points d’acupuncture, mobilisant le Qi et le Sang dans les zones refroidies.

Calme le fœtus et prévient la fausse couche

Ài Yè est l’un des remèdes obstétricaux les plus anciens de la pharmacopée chinoise.
Il stabilise le fœtus lorsque la grossesse est menacée par un Vide de Yang de la Rate et du Rein, ou par un Froid dans les méridiens Chong et Ren, manifesté par des saignements vaginaux légers, des douleurs abdominales basses et une fatigue profonde pendant la grossesse.
Son action de réchauffement de l’utérus et de consolidation du Rein, qui gouverne la conception et la nidation, soutient son emploi traditionnel pour « calmer le fœtus » dans des tableaux précisément différenciés.

Dissipe l’Humidité, soulage les démangeaisons et traite en usage externe

En usage topique sous forme de décoction pour bain ou de fumigation, Ài Yè dissipe l’Humidité-Froid ou l’Humidité-Chaleur superficielle, traite les dermatoses prurigineuses, l’eczéma, la gale, les ulcères cutanés et les affections vaginales.
Des travaux modernes ont étudié les produits et fumées issus du moxa ; ces données ne suffisent pas, à elles seules, à établir un effet antimicrobien ou antiviral clinique.
Utilisé en bain de pieds ou de bassin, il réchauffe les méridiens du bas du corps et traite les douleurs ostéoarticulaires par Bi Froid-Humidité.

Associations traditionnelles

Froid / hémorragies gynécologiques

Tableau : Métrorragies ou saignements de grossesse sur terrain de Vide-Froid
Association : È Jiāo | Dāng Guī | Dì Huáng dans la formule Jiāo Ài Tāng 胶艾汤
Indications : Réchauffer les méridiens, nourrir le Sang et arrêter les saignements

Rein / grossesse

Tableau : Mouvements fœtaux instables avec insuffisance du Rein
Association : Tù Sī Zǐ | Sāng Jì Shēng | Xù Duàn
Indications : Nourrir le Sang, soutenir le Rein et stabiliser la grossesse dans le cadre traditionnel

Froid du Centre / saignement

Tableau : Hématémèse ou épistaxis par insuffisance du Yang du Centre
Association : Gān Jiāng | Cè Bǎi Yè dans la formule Bǎi Yè Tāng 柏叶汤
Indications : Réchauffer le Centre et arrêter le saignement dans un tableau de Froid

Indications principales – repères cliniques

Hémorragies gynécologiques :
Métrorragies et ménorragies par Vide de Yang ou Froid dans l’utérus
Saignements utérins pendant la grossesse avec menace d’avortement

Spotting intermenstruel avec sang pâle ou fluide
Dysménorrhée avec douleurs améliorées par la chaleur
Leucorrhée abondante claire ou blanchâtre par Humidité-Froid

Douleurs par Froid et Vide de Yang :
Douleurs abdominales basses chroniques par Froid dans l’utérus
Crampes menstruelles sévères par Stagnation de Sang liée au Froid
Douleurs ostéoarticulaires par syndrome Bi Froid-Humidité
Membres froids et douloureux par Vide de Yang du Rein

Pathologies dermatologiques (usage externe) :
Eczéma et dermatoses prurigineuses par Humidité
Prurigo et démangeaisons cutanées chroniques
Ulcères cutanés et plaies torpides
Infections vaginales avec pertes et démangeaisons

Posologie et préparation

Décoction : 3-9 g
Poudre : 1,5-3 g
Usage topique en moxibustion ou lavage externe : modalités à adapter au contexte et à la pratique

Formules classiques et contextes formulaires

Jiāo Ài Tāng 胶艾汤 : Réchauffer les méridiens, nourrir le Sang et arrêter les saignements

Bǎi Yè Tāng 柏叶汤 : Réchauffer le Centre et arrêter le saignement dans un tableau de Froid

Précautions et sécurité

Précautions traditionnelles

Ài Yè est chaud et piquant ; un usage prolongé ou à dose élevée peut générer de la Chaleur interne, endommager le Yin et le Sang, et provoquer des nausées, vomissements ou irritation gastrique.
Il est contre-indiqué en cas de saignement par Chaleur dans le Sang ou de Vide de Yin avec Chaleur interne.
L’emploi pendant la grossesse relève d’indications traditionnelles spécifiques et nécessite une évaluation professionnelle individualisée ; les données disponibles ne permettent pas d’affirmer une sécurité générale.
Éviter en cas de Chaleur du Foie montante ou d’Humidité-Chaleur prédominante.

Commentaire

Ài Yè 艾葉 est documenté dans les matières médicales anciennes pour ses usages internes, gynécologiques et en moxibustion.
La référence historique doit être rattachée au Míng Yī Bié Lù 名醫別錄, et non au Míng Yī Zá Zhù 明醫雜著.
Dans le Běn Cǎo Gāng Mù, Li Shizhen rapporte notamment des fonctions de réchauffement du centre, d’expulsion du Froid et de l’Humidité et décrit un large champ d’emploi.
Ces formulations classiques doivent être distinguées de la systématisation MTC ultérieure en termes de méridiens, Chong/Ren et Stase de Sang.
Les indications modernes et les données pharmacologiques doivent être présentées séparément des citations historiques.

Sources

– Li Shizhen 李時珍 : Běn Cǎo Gāng Mù (1596) ; source
– Tao Hongjing 陶弘景 (traditional compilation/attribution) : Míng Yī Bié Lù ; source
– Nanjing University of Chinese Medicine : 艾  applications et associations traditionnelles (2019) ; source

Xie Bai San

瀉白散 Xiè Bái Sǎn
Poudre pour Drainer le Blanc

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) de Qian Yi, époque Song (1119)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 桑白皮 Sāng Bái Pí (torréfié) Cortex Mori Albae Radicis Écorce de racine de mûrier blanc 30 g
M 地骨皮 Dì Gǔ Pí Cortex Lycii Radicis Écorce de racine de lyciet 30 g
C 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata Réglisse préparée au miel 3 g
A 粳米 Jīng Mǐ Semen Oryzae non-glutinosae Riz non glutineux 15-30 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Préparation :
Le texte source prescrit de broyer les plantes en poudre, de cuire avec le riz et de prendre avant les repas. Aujourd’hui, la formule est généralement préparée en décoction avec les dosages réduits d’environ deux tiers. Le Sāng Bái Pí doit être préalablement torréfié à sec (chǎo) pour atténuer son caractère froid et préserver le Qi de l’Estomac.

Actions

Actions thérapeutiques :
Draine la Chaleur contrainte du Poumon
Calme la toux et l’asthme en descendant le Qi rebelle du Poumon
Protège le Qi de la Rate et de l’Estomac contre le froid des autres substances

Indications

Syndromes traités :
Feu couvant dû à la Chaleur contrainte dans le Poumon
Toux et dyspnée avec aggravation en fin d’après-midi
Fièvre modérée avec peau chaude au toucher (chaleur émanant de la peau elle-même)
Toux sèche ou avec expectoration difficile, bouche sèche

Tableau Clinique

Langue :
Langue rouge avec enduit jaune fin ; corps de la langue rouge témoignant de la Chaleur interne ; enduit jaune indiquant que la Chaleur commence à affecter les Liquides Organiques.
Pouls :
Xì Shuò Mài 細數脈 (pouls Fin et Rapide) : indique la présence de Chaleur conjuguée à un début d’atteinte du Yin du Poumon ; la finesse du pouls distingue ce tableau d’une Chaleur pleine et franche dans le Poumon qui donnerait un pouls Grand et Glissant
Shuò Mài 數脈 (pouls Rapide) : signe général de Chaleur interne, présent dans tous les stades de ce tableau pathologique

Liste des Symptômes

Symptômes respiratoires :
Toux à son clair et sonore, souvent non productive
Dyspnée et sifflement respiratoire
Expectoration rare, difficile à cracher, légèrement visqueuse
Aggravation des symptômes respiratoires en fin d’après-midi (crépuscule du Qi du Poumon)

Symptômes généraux :
Fièvre ou état fébrile
Peau chaude au toucher superficiel, sensation de chaleur émanant de la peau elle-même
Bouche sèche, soif légère
Transpiration possible, mais non prédominante

Contexte et population :
Formule particulièrement adaptée aux enfants dont les Organes sont délicats et réagissent mal aux herbes amères et froides
Usage possible chez l’adulte présentant un tableau mixte excès-vide du Poumon
Épistaxis inversée liée à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales, selon l’usage élargi décrit par Zhou Zi-Fang)

Analyse de la Formule

Sāng Bái Pí 桑白皮 – Empereur :
Sāng Bái Pí (Cortex Mori Albae Radicis), torréfié à sec, constitue l’Empereur de cette formule. Sa nature douce et froide lui confère la capacité de drainer la Chaleur contrainte logée dans le Poumon et d’arrêter ainsi la toux et la dyspnée. L’action de torréfaction (chǎo) tempère son caractère froid excessif tout en conservant son efficacité à descendre le Qi rebelle du Poumon. Selon Bensky, cette substance traite la Chaleur contrainte par dispersion du feu (huǒ yù fā zhī), lorsque le feu est contraint, on le disperse plutôt que de le réprimer frontalement. Si la Chaleur contrainte prédomine sur le vide de Yin, la dose de cet Empereur est augmentée en priorité.

Dì Gǔ Pí 地骨皮 – Ministre :
Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) est le Ministre. Sa nature douce et froide lui permet à la fois d’éliminer la Chaleur du vide et de drainer la Chaleur résiduelle accumulée dans le Poumon. Là où l’Empereur s’attaque à la Chaleur de plénitude-contrainte, le Ministre intervient sur la composante par vide (Yin légèrement atteint). Cette complémentarité est fondamentale : si la Chaleur par vide prédomine avec des fièvres vespérales marquées, la dose de Dì Gǔ Pí est augmentée. L’interaction entre ces deux substances crée un effet synergique qui draine sans blesser le Yin.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Conseiller :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata), la réglisse préparée au miel, joue un double rôle de Conseiller. D’une part, elle harmonise les actions des autres substances et protège la Rate et l’Estomac contre la nature froide des Empereurs et Ministre. D’autre part, en vertu du principe mère-fils (la terre nourrit le métal), elle renforce la Rate-mère pour bénéficier au Poumon-fils. Cette relation correspond au cycle d’engendrement des Cinq Mouvements, fondant la logique profonde de la formule : entretenir la base digestive pour consolider l’Organe cible.

Jīng Mǐ 粳米 – Ambassadeur :
Jīng Mǐ (Semen Oryzae non-glutinosae), le riz non glutineux, est l’Ambassadeur. Il protège l’Estomac des propriétés froides des autres substances et nourrit le Qi de la Rate. Comme Zhì Gān Cǎo, il illustre le raisonnement de Qian Yi qui refuse d’utiliser des herbes amères et froides pour traiter des enfants aux Organes délicats. La combinaison de ces deux substances constitue un filet de sécurité digestif indispensable, permettant d’administrer les herbes refroidissantes sans risque de blesser le Qi de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiè Bái Sǎn 瀉白散 se traduit littéralement par « Poudre pour Drainer le Blanc ». Le blanc (bái 白) renvoie à la correspondance du Poumon avec la phase Métal et la couleur blanche dans la cosmologie des Cinq Mouvements. Drainer (xiè 瀉) signifie ici éliminer l’excès de Chaleur logé dans cet Organe. L’appellation « Poudre pour Drainer le Poumon » (Xiè Fèi Sǎn) est parfois employée dans les textes ultérieurs pour expliciter directement cette action thérapeutique.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments), l’œuvre maîtresse de Qian Yi (1032-1113), pédiatre de génie de la dynastie Song et fondateur de la pédiatrie en médecine traditionnelle chinoise. Qian Yi a composé les quatre grandes poudres (Xiè Bái Sǎn, Xiè Huáng Sǎn, Xiè Qīng Wán, Dǎo Chì Sǎn) comme autant d’instruments de drainage ciblé des Organes. La formule a traversé les siècles sans modification majeure, preuve de son efficacité et de l’élégance de sa conception. Elle représente un modèle d’économie thérapeutique : quatre substances seulement, chacune indispensable.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une logique de dispersion douce de la Chaleur contrainte, distincte du drainage brutal de la Chaleur pleine. La Chaleur contrainte dans le Poumon ne se prête pas à une simple purge par le froid : elle exige une stratégie combinant drainage et dispersion. Sāng Bái Pí descend et disperse le Qi du Poumon rebelle, tandis que Dì Gǔ Pí cible simultanément la dimension vide-Chaleur qui commence à s’installer. Les deux Conseillers (réglisse et riz) protègent la base digestive et opèrent la relation mère-fils Terre-Métal. L’ensemble produit un mouvement d’élimination vers le bas sans agression de la Rate et de l’Estomac.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Xiè Bái Sǎn est utilisé comme base pour les affections pulmonaires caractérisées par une Chaleur résiduelle : bronchite chronique, pneumonie en phase de résolution, toux persistante post-infectieuse, asthme avec composante de Chaleur. Le médecin Zhou Zi-Fang en recommande l’usage pour les hémorragies des voies respiratoires supérieures, notamment les épistaxis liées à la Chaleur du Poumon (ménorragies nasales inversées). Les recherches pharmacologiques modernes confirment des propriétés anti-inflammatoires, antipyrétiques et bronchodilatatrices pour les deux substances principales.

Nuances d’usage :
Le clinicien doit ajuster les doses relatives selon le profil du patient : si la Chaleur contrainte de plénitude prédomine (fièvre nette, toux forte, pouls Ample), augmenter Sāng Bái Pí ; si le vide de Yin commence à s’installer (fièvre vespérale, pouls Fin et Rapide, enduit peu abondant), augmenter Dì Gǔ Pí. La formule est contre-indiquée si la toux est due au Vent-Froid ou à des Glaires-Humidité, car les herbes froides aggraveraient ces tableaux. Pour les patients avec vide de Rate et d’Estomac marqué, remplacer le riz par du Fú Líng (Poria cocos) peut s’avérer préférable.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Chaleur intense avec signes de plénitude marqués (fièvre élevée, soif intense, enduit jaune épais), ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae Baicalensis) 9-12 g et Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) 9 g pour renforcer le drainage de la Chaleur du Poumon

– En cas d’obstruction par Glaires avec dyspnée et expectoration difficile, ajouter Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii) 6-9 g et Bái Qián (Radix et Rhizoma Cynanchi Baiqian) 9 g pour descendre le Qi du Poumon et transformer les Glaires

– En cas de fièvre vespérale et sueurs nocturnes marquant un vide de Yin avec Chaleur de vide, ajouter Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) 6-9 g, Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) 15 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de toux sèche due à la Sécheresse-Chaleur avec expectoration peu abondante et gorge sèche, ajouter Guā Lóu Pí (Pericarpium Trichosanthis) 9-12 g, Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae) 9 g et Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 9-12 g

– En cas de vide de Qi du Poumon avec vide de Rate marqué (asthme chez les patients affaiblis), substituer Fú Líng (Poria cocos) 9-12 g au riz non glutineux, et ajouter Rén Shēn (Radix Ginseng) 3-6 g selon la variation Xiè Bái Sǎn de la Qí Miào Dēng

– En cas d’obstruction par les Glaires avec déficit de Qi du Poumon (toux avec Glaires et fatigue), employer la variation Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng qui ajoute Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín

– En cas de toux avec épistaxis ou d’hémorragies respiratoires liées à la Chaleur du Poumon (menstruation nasale inversée), ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g et Cè Bǎi Yè (Cacumen Biotae Orientalis) 9-12 g

Formules Dérivées et Associées

– Variation ajoutant Rén Shēn, Fú Líng, Zhī Mǔ et Huáng Qín pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur avec vide de Qi du Poumon : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 de la Qí Miào Dēng Lóng 奇妙燈籠 (Variation de la Lanterne Merveilleuse)

– Adjonction de Sāng Bái Pí, Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng, Guā Lóu Rén et Shēng Jiāng pour les abcès pulmonaires précoces avec expectoration purulente teintée de sang : Xiè Bái Sǎn 瀉白散 des Normes (Zhèng Zhì Zhǔn Shéng) 正治準繩 (Xie Bai San des Standards)

– Formule enrichie de Sāng Yè, Dān Pí, Zhú Rú, Chuān Bèi Mǔ, Jīng Mǐ, Zhì Gān Cǎo et Dà Zǎo pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec toux douloureuse aux flancs et expectoration sanglante : Sāng Dān Xiè Bái Tāng 桑丹瀉白湯 (Décoction Mûrier et Pivoine pour Drainer le Blanc)

– Adjonction de Má Huáng, Shí Gāo, Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo pour la Chaleur logée dans le Poumon avec dyspnée sifflante, fièvre et enduit jaune : Má Xìng Shí Gān Tāng 麻杏石甘湯 (Décoction Éphédra, Abricot, Gypse et Réglisse)

Précautions

Contre-indications :
– Toux et dyspnée dues au Vent-Froid (tableau extérieur froid) : les herbes froides de la formule aggraveraient le tableau en contraignant davantage le Qi du Poumon
– Toux et dyspnée dues aux Glaires-Humidité (enduit gras et blanc, pouls Glissant) : les herbes refroidissantes renforceraient l’Humidité et paralyseraient la transformation
– Toux due à la déficience du Qi du Poumon avec vide de Yang manifeste (pouls Lent et Profond, teint pâle, membres froids)

Mises en garde :
– Modifier la formule en ajoutant des herbes tonifiantes la Rate chez les patients présentant une faiblesse digestive marquée, pour éviter que le froid des herbes principales ne blesse le Qi de l’Estomac
– Surveiller l’évolution du tableau : si la Chaleur régresse mais que les signes de vide de Yin progressent, réévaluer la stratégie thérapeutique et passer à des formules nourrissant le Yin du Poumon
– En cas de fièvre élevée et de toux sévère, cette formule peut s’avérer insuffisante à elle seule et doit être renforcée ou combinée avec d’autres formules plus puissantes

Populations à risque :
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les dosages proportionnellement au poids ; surveiller la réponse digestive
– Femmes enceintes : utiliser avec précaution, sans contre-indication formelle reconnue dans les textes classiques, mais prudence recommandée au premier trimestre
– Patients âgés avec double vide de Qi et Yin du Poumon : augmenter systématiquement Dì Gǔ Pí et ajouter des substances nourrissant le Yin

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Traité des Maladies des Enfants et de leur Traitement par les Médicaments) 小兒藥證直訣 Dynastie Song, 1119 (Qian Yi 錢乙) Source originelle de la formule. Contexte pédiatrique. Composition, préparation et indications premières (Chaleur contrainte dans le Poumon de l’enfant).
Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 正治準繩 (Normes des Traitements Correctifs) 正治準繩 Dynastie Ming (Wang Kěntáng) Variation classique ajoutant Zhè Bèi Mǔ, Jié Gěng et Guā Lóu Rén pour les abcès pulmonaires précoces.
Chóng Dìng Tōng Sú Shāng Hán Lùn 重訂通俗傷寒論 (Révision Populaire du Traité des Maladies dues au Froid) 重訂通俗傷寒論 Époque Qing (Hé Bǐngyuán 何秉元) Source de la variation Sāng Dān Xiè Bái Tāng pour le Feu du Foie brûlant le Poumon avec expectoration sanglante.
Pí Wèi Lùn 脾胃論 (Traité de la Rate et de l’Estomac) 脾胃論 Dynastie Jin-Yuan (Li Dong-Yuan 李東垣) Contexte théorique sur la relation mère-fils Terre-Métal qui fonde l’usage du riz et de la réglisse dans la formule.
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Époque Qing, 1813 (Wú Jútōng 吳鞠通) Intègre Xiè Bái Sǎn dans le contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing), notamment pour la Chaleur au stade du Qi affectant le Poumon.

Yu Nu Jian

玉女煎 Yù Nǚ Jiān
Décoction de la Femme de Jade

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur dans les Viscères (qīng zàng fǔ rè jì 清脏腑热剂)
Source : Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), Zhang Jing-yue, dynastie Ming (1624)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 石膏 Shí Gāo Gypsum Fibrosum Gypse fibreux 15-30 g
E 熟地黃 Shú Dì Huáng Radix Rehmanniae Praeparata Rehmannie préparée 9-30 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Anémarhène 3-6 g
M 麥門冬 Mài Mén Dōng Radix Ophiopogonis Ophiopogon, liriope 6-9 g
A 牛膝 Niú Xī Radix Achyranthis Bidentatae Achyranthes, genou de bœuf 3-6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Éliminer la Chaleur de l’Estomac et drainer le Feu
Nourrir le Yin du Rein
Conduire la Chaleur vers le bas et ramener le Sang en bas

Indications

Syndromes traités :
Chaleur de l’Estomac avec vide de Yin du Rein
Chaleur dans l’Estomac blessant le Yin du Rein avec Feu montant

Tableau Clinique

Langue :
Rouge, sèche, avec un enduit jaune et parfois peu abondant au centre, reflet du vide de Yin associé à la Chaleur d’Estomac
Pouls :
Fú Dà 浮大 (Flottant et Vaste) : signe de Chaleur de l’Estomac
Chén Xì Ruò 沉細弱 (Profond, Fin et Faible) : en cas de vide de Yin du Rein marqué
Huá Shuò 滑數 (Glissant et Rapide) : reflet de la Chaleur plénitude dans l’Estomac
Xū Ruǎn 虛軟 (Vide et Mou) : indique la composante de vide de Yin

Liste des Symptômes

Manifestations bucco-dentaires :
Douleur dentaire, sensibilité aggravée par la Chaleur et soulagée par le froid
Saignement des gencives, gencives gonflées et douloureuses
Dents qui se déchaussent (Rein ne nourrissant plus les dents)
Mauvaise haleine, ulcérations de la bouche

Manifestations générales de Chaleur :
Fièvre, agitation mentale, irritabilité
Soif marquée avec désir de boissons froides
Céphalées frontales (le méridien de l’Estomac monte vers la région frontale)
Sensation de brûlure dans l’estomac, faim fréquente

Manifestations de vide de Yin :
Sueurs nocturnes, sensation de chaleur au creux des mains et des pieds
Vertiges, acouphènes
Lombalgie par insuffisance du Rein
Sécheresse de la bouche et de la gorge, langue rouge sans enduit

Manifestations digestives :
Nausées, vomissements
Soif inextinguible pouvant évoquer le syndrome de consomption-soif (xiāo kě 消渴)
Épigastre brûlant

Analyse de la Formule

Shí Gāo 石膏 – Empereur :
Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) est l’Empereur de la formule, sa substance froide et épurante représentant la pierre de jade par sa nature. Il élimine avec force la Chaleur de l’Estomac, apaise la soif et calme l’agitation. Sa nature descendante l’oriente vers l’Estomac et les Poumons, où il dissipe la Chaleur en plénitude sans blesser le Yin, à condition d’être associé à des herbes qui nourrissent le Yin. Son dosage doit être adapté à l’intensité du Feu : un Feu vigoureux appellera des doses de 30 g ou plus, tandis qu’un tableau de vide prédominent commande une réduction.

Shú Dì Huáng 熟地黃 – Empereur :
Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), second Empereur, nourrit profondément le Yin du Rein et tonifie l’Essence. C’est le fondement de la stratégie de traitement de la Racine : en renforçant l’Eau du Rein, il permet de réfréner le Feu de l’Estomac selon la dynamique de l’interaction entre l’Eau et le Feu. Les deux Empereurs forment ainsi une paire fonctionnelle exemplaire – l’un pour vider le Feu d’Estomac en plénitude, l’autre pour combler le vide de Yin du Rein – ce qui distingue Yù Nǚ Jiān 玉女煎 des formules qui ne traitent que l’excès ou que le vide.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae) est le premier Ministre. Il assiste Shí Gāo dans l’élimination de la Chaleur de l’Estomac tout en nourrissant le Yin et en humidifiant la Sécheresse. Sa double action, drainante et nourrissante, en fait un auxiliaire idéal pour le tandem Empereurs : il ôte la Chaleur résiduelle et prévient que le Feu ne lèse encore davantage les Liquides Organiques. Il entre dans les méridiens du Poumon, de l’Estomac et du Rein, couvrant ainsi l’ensemble des organes visés par la formule.

Mài Mén Dōng 麥門冬 – Ministre :
Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), second Ministre, nourrit le Yin principalement dans les Réchauffeurs moyen et supérieur – Poumon, Cœur et Estomac – et génère les Liquides Organiques. Il calme l’irritabilité et humidifie l’Estomac, complétant ainsi l’action de Shú Dì Huáng qui agit prioritairement sur le Rein. Cette complémentarité entre les deux Ministres garantit une action nourrissante du Yin à la fois en profondeur (Rein) et en surface (Estomac-Poumon).

Niú Xī 牛膝 – Ambassadeur :
Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) joue un rôle d’Ambassadeur essentiel à la logique de la formule. Il conduit le Sang et la Chaleur vers le bas, s’opposant ainsi à la montée du Feu vers la tête, la bouche et les gencives. C’est précisément cette action descendante qui fait de Yù Nǚ Jiān une formule particulièrement efficace pour les saignements des gencives et les douleurs dentaires dues à la Chaleur de l’Estomac. En ramenant la Chaleur vers le bas, il complète l’effet de l’Ambassadeur-guide tout en tonifiant le Foie et le Rein et en renforçant les tendons et les os.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Yù Nǚ Jiān 玉女煎, « Décoction de la Femme de Jade », s’explique selon plusieurs interprétations. La première associe le Jade (yù 玉) au Shí Gāo (Gypse), substance froide et lisse comme le jade, et la Femme (nǚ 女) au Yin, au Rein, représenté dans les textes alchimistes anciens par la « Femme de Jade ». La deuxième tradition rattache ce nom à la servante du bodhisattva Guānyīn, figure de miséricorde qui apaise les souffrances du monde, à l’image des actions nourrissantes et rafraîchissantes de cette formule. La troisième interprétation, issue des Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue), évoque les Reins comme la « Femme de Jade », soulignant la dimension rénale au cœur de la pathologie visée.

Position dans la tradition :
Yù Nǚ Jiān 玉女煎 est l’œuvre de Zhang Jing-yue (1563-1640), grand maître de la médecine Ming, compilée dans ses Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Zhang Jingyue). Elle appartient à la catégorie des formules qui éliminent la Chaleur des Organes et représente une réponse originale à la coexistence d’un Feu en plénitude dans l’Estomac et d’un vide de Yin du Rein. Cette double pathologie – plénitude et vide simultanés – était un des problèmes cliniques centraux de l’école de nourrir le Yin (yǎng yīn 養陰) à laquelle Zhang Jing-yue contribua largement. La formule est mentionnée par Maciocia comme spécifiquement indiquée pour les saignements des gencives dus à la Chaleur de l’Estomac, avec l’action complémentaire d’attirer le Sang vers le bas.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule réalise une tension dialectique entre élimination du Feu et nourissage du Yin. Shí Gāo et Zhī Mǔ attaquent la Chaleur en plénitude, tandis que Shú Dì Huáng et Mài Mén Dōng comblent le vide de Yin sur deux niveaux (Rein et Estomac-Poumon). Niú Xī orchestre cette dynamique en conduisant la Chaleur vers le bas, créant un mouvement descendant qui contrarie la montée du Feu. Ce principe de traitement, drainer par le bas plutôt que disperser en haut, distingue cette formule de Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac), laquelle traite une Chaleur d’Estomac pure sans vide de Yin.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Yù Nǚ Jiān est fréquemment utilisée pour les affections parodontales (gingivites, parodontites) associées à une Chaleur d’Estomac, les stomatites, les ulcérations buccales récidivantes, et les douleurs dentaires de type Chaleur. Elle trouve aussi une application dans les tableaux de diabète (xiāo kě 消渴) de type Chaleur d’Estomac avec vide de Yin, dans les hémorragies digestives hautes avec fond de vide de Yin, et dans certaines formes d’hypertension artérielle avec montée du Yang sur fond de vide de Yin du Rein. Des études cliniques chinoises rapportent son usage dans le diabète de type 2, les gingivites chroniques et certaines pathologies gastro-intestinales de type inflammatoire avec vide de Yin.

Nuances d’usage :
La formule doit être utilisée avec discernement en fonction de la balance entre plénitude et vide. Si le Feu est très vigoureux, le dosage de Shí Gāo peut être augmenté jusqu’à 45-60 g. Si le vide de Yin du Rein prédomine avec peu de signe de Chaleur en plénitude, il convient d’augmenter Shú Dì Huáng et de réduire Shí Gāo. La formule est contre-indiquée en cas de diarrhée ou de vide de Yang de la Rate-Estomac, car les herbes froides risqueraient d’aggraver la faiblesse du Réchauffeur moyen. Certains auteurs, dont Bensky et coll., notent que le texte source lui-même contre-indique cette formule en présence de diarrhée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de saignement des gencives abondant comme symptôme principal, doubler la dose de Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et de Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), et ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) 15 g et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 9 g

– En cas de vide de Yin marqué avec peu de signes de Chaleur plénitude (Feu de vide), ajouter Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri Lucidi) 12 g et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae) 12 g

– En cas de soif intense avec désir de boissons froides (tableau de consomption-soif xiāo kě), ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 15 g et Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) 12 g

– En cas de constipation avec selles sèches (Feu de l’Estomac transformé en Feu vif), ajouter Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g

– En cas de langue rouge-pourpre et sans enduit (vide de Yin sévère), ajouter Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae) 12 g et Shí Hú (Caulis Dendrobii) 12 g

– En cas de sueurs nocturnes importantes liées au vide de Yin, ajouter Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) 6 g

– En cas de douleur et de gonflement importants des gencives avec douleur dentaire irradiant à la tête, ajouter Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 3-6 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac pure sans vide de Yin, avec saignements des gencives, douleurs dentaires et mauvaise haleine : Qīng Wèi Sǎn 清胃散 (Poudre qui libère l’Estomac)

– Formule indiquée pour le vide de Yin du Rein avec Feu de vide, montée du Feu vide vers le haut, sans Chaleur de l’Estomac en plénitude : Zhī Bǎi Dì Huáng Wán 知柏地黃丸 (Pilule de Rehmannia à l’Anémarhène et au Phellodendron)

– Formule indiquée pour la Chaleur de l’Estomac avec stagnation de Sang, saignements des gencives et plénitude dans la gorge, ulcérations buccales : Qīng Wèi Tāng 清胃湯 (Décoction qui libère l’Estomac)

– Formule associée pour les saignements de la bouche et du nez dus à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique : Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et de Rehmannie)

– Formule associée pour le vide de Yin de l’Estomac avec Chaleur Vide, gencives légèrement saignantes et dents qui branlent, sans Feu en plénitude : Yì Wèi Tāng 益胃湯 (Décoction qui nourrit l’Estomac)

Précautions

Contre-indications :
– Diarrhée ou selles molles (le texte source de Zhang Jing-yue contre-indique explicitement cette formule en présence de diarrhée)
– Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac avec froid interne
– Vide de Yang du Rein

Mises en garde :
– Réduire ou éviter en cas de faiblesse digestive marquée (appétit réduit, fatigue digestive, ballonnements)
– Surveiller le dosage de Shí Gāo (Gypse) chez les patients avec fragilité digestive : les grandes doses peuvent refroidir excessivement l’Estomac
– Ne pas prolonger le traitement au-delà du nécessaire afin d’éviter de blesser le Yang de la Rate par excès de froid
– Utiliser Shú Dì Huáng avec prudence chez les patients présentant de l’Humidité ou des Glaires, car cette herbe peut aggraver la stagnation

Populations à risque :
– Femmes enceintes : prudence recommandée, l’action descendante de Niú Xī pouvant mobiliser le Sang vers le bas
– Patients âgés avec vide de Yang de la Rate-Estomac prédominant
– Patients avec Humidité-Chaleur sans vide de Yin sous-jacent (risque de formuler de manière inadaptée)

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 Ming, 1624 (Zhang Jing-yue) Source originale de la formule ; composition, indications et commentaires de l’auteur
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Qing, 1742 (Wu Qian et coll.) Commentaire et codification de la formule dans le corpus impérial Qing
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 Époque Han (attribué à l’Empereur Shennong) Référence fondatrice pour les propriétés des drogues constitutives, notamment Shú Dì Huáng et Zhī Mǔ
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Qing, 1798 (Wu Ju-tong) Contexte des maladies de Tièdeur (Wen Bing) ; usage de la formule dans les stades de Chaleur blessant le Yin
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 Ming, 1596 (Li Shi-zhen) Propriétés pharmacologiques des drogues composant la formule, notamment Shí Gāo et Niú Xī

Qing Hao Bie Jia Tang

青蒿鱉甲湯 Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng
Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur Vide (qīng xū rè jì 清虚热剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, 1798

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 鱉甲 Biē Jiǎ Carapax Amydae Sinensis Carapace de tortue molle chinoise 15 g
E 青蒿 Qīng Hāo Herba Artemisiae Annuae Armoise annuelle, Artémisie 6 g
M 生地黃 Shēng Dì Huáng Radix Rehmanniae Glutinosae Rehmannia crue 12 g
M 知母 Zhī Mǔ Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis Anemarrhène 6 g
C 牡丹皮 Mǔ Dān Pí Cortex Moutan Radicis Écorce de racine de pivoine arbustive 9 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Nourrit le Yin et fait émerger la Chaleur par vide enfouie dans les couches profondes
Élève et ventile la Chaleur pathogène vers l’extérieur à travers les aspects Yang du corps
Rafraîchit le Sang et disperse la Chaleur résiduelle dans le niveau Yin

Indications

Syndromes traités :
Stade terminal des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng 溫病) avec atteinte du niveau Yin et Chaleur enfouie dans les couches Yin
Vide de Yin du Foie et du Rein avec Chaleur par vide persistante
Fièvre vespérale avec disparition de la fièvre au matin sans sudation, dans le contexte de maladies fébriles prolongées ou de tuberculose pulmonaire
Chaleur résiduelle post-fébrile avec émaciation

Tableau Clinique

Langue :
Rouge, sèche, avec peu ou pas d’enduit ; dans les cas sévères, langue rouge foncé avec enduit mince, voire absence totale d’enduit
Pouls :
Xì 細 (mince/fin) : traduit l’épuisement du Yin et du Sang dans les couches profondes
Shuò 數 (rapide) : signe de Chaleur par vide, témoigne de la présence de Feu de vide animant encore les couches profondes

Liste des Symptômes

Signes thermiques caractéristiques :
Fièvre vespérale ou nocturne avec fraîcheur matinale
Absence de sudation lors de la régression de la fièvre
Sensation de chaleur dans les cinq centres (paumes, plantes, thorax)
Fièvre persistante de faible intensité, rebelle au traitement
Chaleur des os (syndrome de « cuisson des os »)

Signes de vide de Yin :
Émaciation progressive malgré un appétit conservé
Sécheresse de la gorge et de la bouche, à prédominance nocturne
Sueurs nocturnes
Étourdissements, acouphènes
Fatigue profonde, membres lourds et sans force

Signes associés :
Irritabilité, agitation interne
Insomnie, sommeil agité
Palpitations
Langueur générale sans signes extérieurs marqués

Analyse de la Formule

Biē Jiǎ 鱉甲 – Empereur :
Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) est le premier des deux Empereurs co-souverains de cette formule. De nature salée et froide, il pénètre profondément dans les couches Yin et les collatérales, nourrit le Yin, réduit la fièvre par vide et traque les agents pathogènes réfugiés dans les niveaux les plus profonds de l’organisme. Sa densité et son caractère minéral lui confèrent une capacité unique à « rechercher » la Chaleur là où elle s’est enkystée dans le Yin. C’est lui qui constitue le socle nourricier de la formule. Bensky et al. soulignent que Biē Jiǎ « enrichit le Yin et réduit la fièvre par vide » et qu’il « entre dans les collatérales pour débusquer les agents pathogènes ».

Qīng Hāo 青蒿 – Empereur :
Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) est le second Empereur, dont le rôle est fonctionnellement opposé et complémentaire à celui de Biē Jiǎ. Aromatique, léger, de nature froide et de saveur amère et piquante, il ventile et expulse la Chaleur cachée vers l’extérieur par les aspects Yang du corps, comme une fumée qui s’échappe par les pores. Chen & Chen précisent qu’il « élève et disperse la Chaleur du Qi et du niveau Ying » tout en étant suffisamment léger pour ne pas aggraver le vide de Yin. Les deux Empereurs forment un binôme indissociable : Biē Jiǎ ouvre la voie dans les profondeurs, Qīng Hāo conduit les agents pathogènes vers la sortie. Comme l’explique Bensky, l’un nourrit le Yin (action d’intériorisation), l’autre ventile la Chaleur vers l’extérieur (action d’extériorisation), et les deux actions sont indispensables pour traiter ce tableau.

Shēng Dì Huáng 生地黃 – Ministre :
Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae) est un Ministre majeur qui assiste Biē Jiǎ dans la mission de nourrir le Yin. Doux et froid, il nourrit le Yin, rafraîchit le Sang, génère les Liquides Organiques et humidifie la sécheresse interne. Dans ce contexte, la Rehmannia crue est préférée à la Rehmannia préparée car son action rafraîchissante est plus immédiate et sa capacité à refroidir la Chaleur dans le Sang est plus prononcée. Elle renforce ainsi directement l’effet nourrissant de l’Empereur Biē Jiǎ, constituant avec lui et Zhī Mǔ un triplet de substances nourricières du Yin, comme le souligne le texte de Flaws.

Zhī Mǔ 知母 – Ministre :
Zhī Mǔ (Rhizoma Anemarrhenae Asphodeloidis) est le second Ministre. Amer, froid et humidifiant, il nourrit et humecte le Yin tout en drainant la Chaleur par vide. Il est particulièrement indiqué lorsque le Vide de Yin s’accompagne d’une sécheresse interne marquée. Combiné à Biē Jiǎ et Shēng Dì Huáng, il forme un ensemble cohérent qui nourrit le Yin par trois angles différents : Biē Jiǎ par l’essence minérale animale, Shēng Dì Huáng par les Liquides Organiques végétaux et Zhī Mǔ par l’humidification profonde des tissus desséchés.

Mǔ Dān Pí 牡丹皮 – Conseiller :
Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan Radicis) joue le rôle de Conseiller dans cette formule. Amer, piquant et légèrement froid, il rafraîchit la Chaleur dans le Sang, disperse la stagnation de Sang et assiste Qīng Hāo dans la ventilation de la Chaleur cachée dans le niveau Yin vers l’extérieur. Son double rôle – refroidir le Sang et ventialiser la Chaleur – en fait un auxiliaire idéal qui renforce l’action des deux Empereurs de façon complémentaire. Bensky précise que la présence de Mǔ Dān Pí comme Conseiller signifie que son action est moins centrale que celle des Ministres, mais qu’il contribue de façon indispensable à l’ensemble de la dynamique thérapeutique.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom de la formule reprend simplement les noms des deux ingrédients principaux : Qīng Hāo 青蒿 (Armoise annuelle) et Biē Jiǎ 鱉甲 (Carapace de tortue molle), suivis de Tāng 湯 (décoction). Cette nomination sobre et directe, caractéristique des formules classiques chinoises, met en évidence d’emblée la dyade thérapeutique fondamentale : l’herbe légère et aromatique qui ventile vers l’extérieur, et la substance animale lourde et nourricière qui plonge vers les couches profondes. Le nom dit ainsi l’essentiel de la stratégie : nourrir et expulser simultanément.

Position dans la tradition :
Cette formule est issue de Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) de Wú Jú-Tōng (吳鞠通, 1798), texte fondateur de l’École des Maladies de Tièdeur (Wēn Bìng Xué Pài 溫病學派). Elle figure dans le chapitre consacré aux stades terminaux des maladies de Tièdeur, lorsque la Chaleur pathogène, après avoir traversé les couches défensives successives (wèi, qì, yíng, xuè), s’est enfouie dans les couches les plus profondes du Yin. Bensky la cite comme exemple paradigmatique d’une formule à deux Empereurs co-souverains, dont les actions sont mutuellement indispensables, illustrant ainsi le génie de la composition classique chinoise. Elle occupe une place centrale dans l’enseignement de la théorie des Quatre Niveaux de Yè Tiān-Shì (葉天士).

Équilibre dynamique de la formule :
La structure de cette formule est d’une élégance remarquable. Elle répond à une logique de double mouvement simultané et contradictoire en apparence : nourrir le Yin pour ancrer la Chaleur errante (mouvement centripète, intériorisateur, représenté par Biē Jiǎ, Shēng Dì Huáng et Zhī Mǔ), et ventiler la Chaleur vers l’extérieur (mouvement centrifuge, extériorisateur, représenté par Qīng Hāo et soutenu par Mǔ Dān Pí). Sans nourrir le Yin, l’expulsion de la Chaleur priverait davantage l’organisme de ses ressources profondes ; sans ventilation vers l’extérieur, le simple nourrissement du Yin laisserait la Chaleur emprisonnée et ferait monter le Feu. C’est l’union des deux mouvements qui produit la guérison, comme le dit le commentaire de Wú Jú-Tōng lui-même : « Biē Jiǎ entre dans les collatérales du Yin, Qīng Hāo en ressort ; l’un cherche, l’autre expulse. »

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule trouve aujourd’hui de nombreuses applications en médecine intégrative. Elle est utilisée dans les fièvres prolongées inexpliquées, les états fébriles post-infectieux chroniques, la tuberculose pulmonaire, les états inflammatoires chroniques avec vide de Yin (lupus, thyroïdite chronique, syndromes post-viraux), les fièvres postopératoires et les états de convalescence après maladies infectieuses graves. Son action sur la Chaleur par vide en fait une formule de choix pour les pathologies auto-immunes avec syndrome inflammatoire de bas grade associé à un vide de Yin. La découverte de l’artémisinine (dérivée de Qīng Hāo) comme antipaludéen majeur, récompensée par le Prix Nobel de Médecine 2015, a redonné une actualité scientifique internationale à cette formule et à ses composants.

Nuances d’usage :
Il convient de distinguer cette formule du Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 (Poudre qui rafraîchit les Os), qui traite également la Chaleur par vide mais se concentre davantage sur la Chaleur des os due au Vide de Yin du Foie et du Rein, sans l’élément de Chaleur enfouie dans les couches profondes du Yin. La présente formule est spécifiquement indiquée lorsque le signe directeur est la fièvre vespérale avec absence de sudation lors de la régression – signe pathognomonique de la Chaleur emprisonnée dans le Yin selon Wú Jú-Tōng. Qīng Hāo doit être ajouté en fin de décoction ou infusé séparément, car son principe actif aromatique est volatil et se dissipe à la cuisson prolongée ; Biē Jiǎ, au contraire, doit être cuit longuement en premier pour libérer ses principes actifs.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de vide de Yin sévère avec grande sécheresse, langue très rouge et sans enduit, ajouter Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici) 9-12 g, Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) 9 g

– En cas de Chaleur intense avec sueurs nocturnes abondantes, ajouter Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii Radicis) 9-12 g et Yín Chái Hú (Radix Stellariae Dichotomae) 9 g

– En cas de vide de Yin du Foie et du Rein avec syndrome de « chauffe-os » (chaleur des os sans chaleur des chairs), ajouter Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) 15 g et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) 9 g

– En cas de tuberculose pulmonaire avec toux et mucosités épaisses, ajouter Shā Shēn (Radix Adenophorae seu Glehniae) 12 g et Hàn Lián Cǎo (Herba Ecliptae Prostratae) 9 g

– En cas de Chaleur résiduelle fébrile pédiatrique avec fièvre nocturne et fraîcheur matinale, ajouter Bái Wēi (Radix Cynanchi Baiwei) 6-9 g et Lián Gěng (Ramulus Nelumbinis Nuciferae) 9 g

– En cas de Chaleur dans le Sang avec Chaleur forçant le Sang à circuler de façon anarchique (épistaxis, hémoptysie), augmenter la dose de Mǔ Dān Pí à 12 g et ajouter Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) 9 g

– En cas de fièvre avec néphrite chronique ou tuberculose rénale avec urines rouges et langue rouge à enduit jaune, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) 15-30 g

Formules Dérivées et Associées

– Pour les tableaux de Chaleur par vide de Yin du Foie et du Rein avec syndrome de « cuisson des os » sévère : Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 (Poudre qui rafraîchit les Os)

– Pour les tableaux de Yin du Rein et du Poumon très épuisés avec toux, émaciation et Chaleur des Os : Qín Jiāo Biē Jiǎ Sǎn 秦艽鱉甲散 (Poudre de Gentiane et Carapace de Tortue)

– Pour les tableaux de Chaleur résiduelle post-fébrile avec vide de Qi et de Yin du Poumon et de l’Estomac : Zhú Yè Shí Gāo Tāng 竹葉石膏湯 (Décoction de Bambou et Gypse)

– Pour les tableaux de Chaleur enfouie dans le niveau nutritif (Yíng 營) avec sécheresse marquée et chaleur nocturne prédominante : Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction qui nettoie le niveau nutritif)

– Comme modification signalée dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn, la suppression de Zhī Mǔ et Mǔ Dān Pí et l’adjonction de Dāng Guī et Bái Sháo oriente la formule vers les tableaux de vide de Sang du Foie avec fièvre post-partum : Jiā Jiǎn Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng 加減青蒿鱉甲湯 (Décoction Modifiée d’Armoise et de Carapace de Tortue)

Précautions

Contre-indications :
– Ne pas utiliser au stade initial d’une maladie de Tièdeur, lorsque les facteurs pathogènes sont encore superficiels (niveau Wèi ou Qì) sans atteinte du Yin
– Ne pas utiliser en cas de convulsions ou de spasmes (la formule n’a pas d’action spasmolytique et peut aggraver le tableau en entretenant une Chaleur interne)
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang avec faux syndrome de Chaleur (fausse Chaleur-vraie Froideur)
– Ne pas utiliser en cas de diarrhée profuse due à un vide de Rate-Estomac

Mises en garde :
– Biē Jiǎ doit être cuit en premier (xiān jiān 先煎) pendant 30 à 45 minutes avant l’ajout des autres substances
– Qīng Hāo doit être ajouté en toute fin de décoction (hòu xià 後下) ou infusé séparément, pour préserver ses principes actifs aromatiques volatils
– Les substances nourrissantes de cette formule (Biē Jiǎ, Shēng Dì Huáng, Zhī Mǔ) peuvent freiner la digestion et engendrer des Glaires-Humidité en cas de Rate-Estomac fragile ; surveiller tout symptôme de plénitude épigastrique ou de selles molles
– La formule est froide dans l’ensemble : adapter la durée du traitement et ne pas administrer à long terme sans réévaluation

Populations à risque :
– Femmes enceintes : utiliser avec grande prudence, en particulier en raison de l’action de Mǔ Dān Pí qui active le Sang ; à n’utiliser que si le bénéfice maternel dépasse le risque fœtal
– Patients à Rate-Estomac vide : adjoindre des substances protectrices du centre (Chén Pí, Shā Rén) ou réduire les doses de Shēng Dì Huáng

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) Texte source de la formule ; décrit le tableau de Chaleur enfouie dans le Yin au stade terminal des maladies de Tièdeur
Wēn Rè Lùn 溫熱論 (Traité sur les Maladies de Chaleur) 溫熱論 Dynastie Qing, XVIIIe s. (Yè Tiān-Shì 葉天士) Cadre théorique fondateur de la théorie des Quatre Niveaux (Wèi, Qì, Yíng, Xuè) dans lequel s’inscrit l’usage de cette formule
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) 傷寒論 Fin Han, IIIe s. (Zhāng Zhòng-Jǐng 張仲景) Texte de référence précurseur pour la gestion des stades tardifs des maladies fébriles ; contexte doctrinal dont Wú Jú-Tōng s’est partiellement distingué
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Han, Ier-IIe s. ap. J.-C. (tradition attribuée à Shén Nóng) Première description des propriétés de Biē Jiǎ (nourrit le Yin, réduit les masses abdominales) et de Qīng Hāo (élimine la Chaleur)

Huang Lian Jie Du Tang

黃連解毒湯 Huáng Lián Jiě Dú Tāng
Décoction de Coptis pour Chasser les Poisons

Catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur (qīng rè jì 清热剂)
Sous-catégorie : Formules qui clarifient la Chaleur Toxique (qīng rè jiě dú jì 清热解毒剂)
Source : Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial), Wang Tao, 752 ap. J.-C. – citant le Cuī Shì Fāng 崔氏方 (Formules de Maître Cui)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 黃連 Huáng Lián Rhizoma Coptidis Rhizome de coptis 9 g
M 黃芩 Huáng Qín Radix Scutellariae Racine de scutellaire 6 g
C 黃柏 Huáng Bǎi Cortex Phellodendri Écorce de phellodendron 6 g
A 山梔子 Shān Zhī Zǐ Fructus Gardeniae Fruit de gardénia 9 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Purger le Feu et chasser les Poisons dans les Trois Réchauffeurs
Drainer la Chaleur-Feu et éliminer les toxines
Rafraîchir le Sang et calmer les manifestations du Feu toxique

Indications

Syndromes traités :
Feu toxique et plénitude de Chaleur envahissant les Trois Réchauffeurs
Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique

Tableau Clinique

Langue :
Rouge vif ou rouge foncé, enduit jaune épais et sec, parfois enduit jaune gras ; pointe et bords très rouges en cas d’atteinte prédominante du Cœur et du Foie.
Pouls :
Shù 數 (rapide) : signe de Chaleur interne
Hóng 洪 (ample, bondissant) : signe de plénitude de Feu dans les couches profondes
Shí 實 (plein) : confirme un syndrome de plénitude

Liste des Symptômes

Manifestations générales :
Forte fièvre continue
Agitation mentale intense, anxiété, insomnie
Bouche et gorge sèches
Soif marquée
Nausées et vomissements

Manifestations du Feu dans le Cœur et l’Esprit :
Délire, paroles incohérentes
Agitation extrême, incapacité à trouver le repos
Troubles du sommeil, cauchemars
Sensation de chaleur dans la poitrine

Manifestations du Sang sous l’effet du Feu :
Saignements de nez (épistaxis)
Expectoration ou vomissement de Sang
Sang dans les urines (hématurie)
Taches purpuriques ou pétéchies cutanées

Manifestations cutanées :
Furoncles, abcès, érythèmes
Éruptions cutanées rouges et chaudes au toucher
Jaunisse dans les formes avec Humidité-Chaleur associée

Manifestations neuropsychiatriques :
Folie Kuang 狂 avec agitation et propos incohérents
Convulsions fébriles

Analyse de la Formule

Huáng Lián 黃連 – Empereur :
Huang Lian (Rhizoma Coptidis) est la plante maîtresse de cette formule. Amer et froid, il est le principal médicament pour purger le Feu du Cœur et de l’Estomac, tout en chassant les Poisons de feu. Il agit en priorité sur le Réchauffeur Supérieur et le Réchauffeur Médian. Sa puissante action antibactérienne en médecine moderne confirme son rôle central dans le traitement des états infectieux graves. Il reçoit la plus forte dose, signe de sa prééminence dans la stratégie thérapeutique.

Huáng Qín 黃芩 – Ministre :
Huang Qin (Radix Scutellariae) soutient et amplifie l’action de l’Empereur en purgeant la Chaleur du Poumon et du Réchauffeur Supérieur. Son tropisme pour le Poumon, la Vésicule Biliaire et le Gros Intestin lui permet d’étendre la couverture thérapeutique de la formule. Il est particulièrement efficace pour traiter la Chaleur dans la partie supérieure du corps, les infections respiratoires et les états inflammatoires du visage et de la gorge.

Huáng Bǎi 黃柏 – Conseiller :
Huang Bai (Cortex Phellodendri) dirige son action vers le Réchauffeur Inférieur. Il purge la Chaleur-Humidité du Rein, de la Vessie et des organes génitaux, et rafraîchit le Feu du Ming Men (Porte de la Vie). Sa présence assure que les trois Réchauffeurs sont simultanément traités, complétant ainsi le travail des deux premières herbes par une action ciblée sur le bas du corps.

Shān Zhī Zǐ 山梔子 – Ambassadeur :
Shan Zhi Zi (Fructus Gardeniae) joue un rôle d’Ambassadeur stratégique : il purge la Chaleur des Trois Réchauffeurs et guide les substances nocives vers le bas et l’extérieur par les urines. Il possède également une affinité particulière pour le Cœur et calme l’agitation mentale. Sa capacité à rafraîchir le Sang en fait un allié indispensable pour prévenir et traiter la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique, notamment dans les saignements d’origine thermique.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom 黃連解毒湯 se décompose ainsi : 黃連 (Huang Lian, le coptis, herbe principale), 解 (jiě, dissoudre, libérer, résoudre) et 毒 (dú, poison, toxine). La formule est donc littéralement la « Décoction au Coptis pour dissoudre les Poisons ». Le terme 毒 en médecine chinoise classique désigne une accumulation pathogène intense de Chaleur-Feu ayant atteint un degré de toxicité, différent de la simple Chaleur ordinaire.

Position dans la tradition :
Cette formule constitue l’archétype des formules qui « purgent le Feu et chassent les Poisons » (清熱解毒). Bien que sa composition actuelle soit codifiée dans Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial, Wang Tao, 752 ap. J.-C.), ses fondements théoriques remontent aux grandes théories des couches et niveaux développées plus tard dans le cadre des maladies de Tièdeur Wen Bing. La formule est citée dans de nombreux textes ultérieurs et reste une référence fondamentale pour toutes les formules dérivées traitant les syndromes de Feu toxique.

Équilibre dynamique de la formule :
L’originalité de cette formule réside dans sa couverture simultanée des Trois Réchauffeurs : Huang Lian et Huang Qin ciblent respectivement le Réchauffeur Supérieur (Cœur, Poumon), Huang Bai traite le Réchauffeur Inférieur (Rein, Vessie), et Shan Zhi Zi, par son triple tropisme, assure la jonction en drainant vers le bas. Cette verticalité thérapeutique, du haut vers le bas, est une stratégie rare et puissante, qui permet de traiter un Feu toxique diffus et systémique avec seulement quatre substances. Toutes sont froides et amères, ce qui crée une formule homogène dans sa nature mais diversifiée dans ses cibles.

Pertinence clinique contemporaine :
En pratique contemporaine, Huáng Lián Jiě Dú Tāng 黃連解毒湯 est largement utilisée dans les états infectieux aigus avec fièvre élevée, les maladies dermatologiques inflammatoires (furoncles, acné nodulaire, érysipèle), les hémorragies d’origine thermique, certaines formes d’hypertension avec montée du Yang du Foie-Feu, ainsi que dans les états post-AVC avec agitation. Des études pharmacologiques modernes ont confirmé ses propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires, antipyrétiques et neuroprotectrices. Chen & Chen soulignent son efficacité documentée dans la leucémie avec Feu toxique, les éruptions maculopapulaires et certaines formes de septicémie.

Nuances d’usage :
Cette formule est strictement réservée aux syndromes de plénitude avec Feu toxique réel. Son usage est contre-indiqué en présence d’un vide de Yin, d’un vide de Qi ou d’une insuffisance de Yang. Sa nature extrêmement froide risque, si elle est utilisée à tort ou trop longtemps, d’endommager le Yang et les Liquides Organiques de la Rate et de l’Estomac. En pratique clinique, il est souvent judicieux de l’associer à des herbes protégeant l’Estomac ou de la modifier avec des substances adaptées au tableau clinique exact. La durée du traitement doit être limitée à la phase aiguë.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu toxique intense avec saignements de nez ou vomissement de Sang, ajouter Sheng Di Huang (Radix Rehmanniae) 12-15 g et Mu Dan Pi (Cortex Moutan) 9 g pour rafraîchir et activer le Sang

– En cas de constipation avec accumulation de Chaleur dans l’Intestin, ajouter Da Huang (Radix et Rhizoma Rhei) 6-9 g pour purger la Chaleur vers le bas par voie intestinale

– En cas de furoncles, abcès et dermatoses inflammatoires, ajouter Jin Yin Hua (Flos Lonicerae Japonicae) 15 g et Lian Qiao (Fructus Forsythiae) 12 g pour renforcer l’action de chasser les Poisons

– En cas d’agitation mentale intense, de délire ou d’insomnie sévère, ajouter Zhu Sha (Cinnabaris) 0,3-0,5 g (à prendre séparément en poudre) pour calmer l’Esprit (Shen 神)

– En cas de jaunisse avec Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire, ajouter Yin Chen Hao (Herba Artemisiae Scopariae) 15-30 g et Ze Xie (Rhizoma Alismatis) 9 g

– En cas de syndrome urinaire de type Chaleur (dysurie, brûlures mictionnelles), ajouter Bian Xu (Herba Polygoni Avicularis) 6 g et Qu Mai (Herba Dianthi) 6 g, conformément à la variante de Maciocia pour le syndrome urinaire de type Chaleur

– En cas de vomissements dus au Feu de l’Estomac, ajouter Zhu Ru (Caulis Bambusae in Taeniam) 9 g et Lu Gen (Rhizoma Phragmitis) 15 g

Formules Dérivées et Associées

– Adjonction de Sheng Di Huang, Chi Shao, Mu Dan Pi et Cornes de rhinocéros (remplacées par Cornes de buffle) : Qīng Wēn Bài Dú Yǐn 清瘟敗毒飲 (Décoction pour Purger les Épidémies et Vaincre les Toxines)

– Association avec Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng pour les cas d’atteinte profonde de la couche du Sang : Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et de Rehmannia)

– Remplacement de Huang Lian par une plus grande quantité de Da Huang pour les cas avec constipation majeure : Liáng Gé Sǎn 涼膈散 (Poudre pour Rafraîchir le Diaphragme)

– Base de la formule complétée par Zhi Zi, Dan Dou Chi et Zhi Shi : Zhī Shí Zhī Zǐ Chǐ Tāng 枳實梔子豉湯 (Décoction d’Orange Amère, Gardénia et Pousses de Soja Préparées)

– Formule associée pour les états de Feu toxique avec atteinte du niveau nourricier : Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction pour Clarifier le Niveau Nourricier)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yang, vide de Qi et froid interne : la nature extrêmement froide de la formule aggraverait ces conditions
– Vide de Yin avec Chaleur vide (fièvre de l’après-midi, transpiration nocturne, pouls fin et rapide) : risque d’épuiser davantage le Yin et les Liquides Organiques
– Diarrhée ou selles molles dues à un vide de Yang de la Rate
– Grossesse : déconseillée en l’absence de nécessité clinique impérative

Mises en garde :
– Ne pas utiliser sur une longue durée : le froid excessif peut léser le Yang de la Rate et de l’Estomac et provoquer des troubles digestifs
– Surveiller l’apparition de symptômes de vide (fatigue, froid aux membres, digestion ralentie) pendant le traitement
– En cas de syndrome mixte plénitude-vide, modifier la formule en ajoutant des substances protectrices de la Rate et de l’Estomac
– Distinguer soigneusement le Feu de plénitude du Feu de vide avant prescription

Populations à risque :
– Personnes âgées avec vide de Yang sous-jacent : risque accru de lésion du Yang
– Patients avec terrain constitutionnel froid, digestion fragile ou Rate déficiente
– Nourrissons et jeunes enfants : adapter les doses avec prudence

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Wài Tái Mì Yào 外臺秘要 (Secrets Médicaux de l’Office Impérial) 外臺秘要 Dynastie Tang, 752 ap. J.-C. (Wang Tao 王燾) Source première de la formule, citant le Cuī Shì Fāng 崔氏方 ; première codification de la composition à quatre herbes
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil Analytique des Formules Médicales) 醫方集解 Dynasties Ming-Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) Analyse classique de la formule, commentaires sur la stratégie de purger les Trois Réchauffeurs simultanément
Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Lésions dues au Froid) 傷寒論 Fin de la Dynastie Han, ca. 196-220 ap. J.-C. (Zhang Zhongjing 張仲景) Fondements théoriques des formules utilisant Huang Lian, Huang Qin et Shan Zhi Zi ; texte de référence pour les syndromes de Chaleur-Feu
Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de Matière Médicale) 本草綱目 Dynastie Ming, 1578 (Li Shizhen 李時珍) Propriétés pharmacologiques détaillées des quatre herbes composantes ; confirmation de leurs actions pour purger le Feu et chasser les Poisons
Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Analyse Systématique des Maladies de Tièdeur) 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Jutong 吳鞠通) Intégration de la formule dans le cadre des maladies de Tièdeur Wen Bing ; utilisation dans les stades de pénétration du Feu toxique aux couches profondes

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