Ren Shen Bai Du San

人參敗毒散 Rén Shēn Bài Dú Sǎn
Poudre au Ginseng pour éliminer la Toxine

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules qui soutiennent le Qi Correct en libérant la Superficie
Source : Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 (Formulaire de la Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping, 1078-1085)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 羌活 Qiāng Huó Rhizoma et Radix Notopterygii Notoptérygium 9 g
E 獨活 Dú Huó Radix Angelicae Pubescentis Angélique pubescente 9 g
M 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre 9 g
M 前胡 Qián Hú Radix Peucedani Peucédan 9 g
M 川芎 Chuān Xiōng Rhizoma Chuanxiong Ligustique de Chuan 9 g
C 枳殼 Zhǐ Ké Fructus Aurantii Bigaradier (fruit mûr) 9 g
C 桔梗 Jié Gěng Radix Platycodonis Platycodon 9 g
C 茯苓 Fú Líng Poria Polypore de Chine 9 g
C 人參 Rén Shēn Radix et Rhizoma Ginseng Ginseng 6 g
A 甘草 Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Réglisse 4,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Le texte source précise de moudre les neuf premières substances en parts égales et la réglisse en quantité moitié moindre. La décoction est préparée avec du Shēng Jiāng 生薑 (Rhizoma Zingiberis Recens, gingembre frais) et de la Bò Hé 薄荷 (Herba Menthae, menthe) servant de véhicules.

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la transpiration et libérer l’Extérieur
Disperser le Vent et éliminer l’Humidité
Renforcer le Qi Correct pour faciliter l’expulsion des toxicités

Indications

Syndromes traités :
Invasion extérieure de Vent-Froid-Humidité chez un patient présentant un vide de Qi sous-jacent
Stade initial de la dysenterie accompagné de signes extérieurs (syndrome dit « inverser la rivière »)
Abcès et plaies cutanées au stade initial avec signes d’invasion extérieure

Tableau Clinique

Langue :
Enduit blanc, épais et gras ; corps de la langue de couleur normale ou légèrement pâle, témoignant de la présence d’Humidité externe et d’un début d’altération du Qi Juste.

Pouls :
浮 (superficiel) : présence d’une agression externe en superficie
濡 (mou-humide) ou Huǎn 緩 (lent-détendu) : présence d’Humidité associée à un vide relatif du Qi Juste ; dans les cas plus sévères, le pouls peut être dépourvu de force

Liste des Symptômes

Symptômes généraux :
Aversion marquée au Froid avec forte fièvre
Absence de transpiration
Douleurs et raideurs de la tête et de la nuque
Douleurs et courbatures généralisées du corps et des membres
Sensation de lourdeur

Symptômes respiratoires :
Obstruction nasale
Voix enrouée
Toux avec expectoration de Glaires
Sensation d’oppression thoracique et diaphragmatique

Symptômes digestifs :
Nausées
Plénitude et pesanteur de l’estomac
Manque d’appétit

Signes additionnels (stade initial de dysenterie) :
Diarrhées ou dysenterie avec ténesme
Douleurs abdominales avec fièvre et frissons concomitants
Absence de sudation

Analyse de la Formule

Qiāng Huó 羌活 – Empereur :
Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii) est la substance souveraine principale de cette formule. Piquant, amer et chaud, il ouvre les pores de la peau, chasse le Vent-Froid et l’Humidité à la fois en superficie et en profondeur. Il agit particulièrement sur la partie supérieure du corps, traitant les céphalées, les cervicalgies et les douleurs de la nuque. En tandem avec Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis), qui descend vers la partie inférieure du corps et traite Vent, Froid et Humidité des couches profondes et des os, la paire impériale couvre l’ensemble du corps de la tête aux pieds. Cette combinaison est la clef de voûte permettant d’expulser les influences pathogènes par la transpiration.

Dú Huó 獨活 – Empereur :
Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis) est le second souverain, piquant et légèrement amer. Il descend vers le Réchauffeur Inférieur et traite le Vent, le Froid et l’Humidité logés dans les couches profondes, les articulations et les os. Tandis que Qiāng Huó gouverne la moitié supérieure du corps, Dú Huó gouverne la moitié inférieure, assurant ainsi une libération complète de l’Extérieur.

Chái Hú 柴胡 – Ministre :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est Ministre avec Qián Hú et Chuān Xiōng. Piquant, amer et légèrement froid, Chái Hú libère les muscles et la surface, dissout les agressions extérieures et fait monter le Yang. Il assiste les souverains dans l’expulsion des influences pathogènes vers l’extérieur, tout en favorisant la circulation du Qi.

Qián Hú 前胡 – Ministre :
Qián Hú (Radix Peucedani) fait descendre le Qi du Poumon, transforme les Glaires et traite la toux. Dans cette formule, son rôle est de diriger le Qi vers le bas pour contrebalancer l’action ascendante de Chái Hú, créant ainsi un équilibre dynamique entre montée et descente du Qi. Il traite directement les signes respiratoires.

Chuān Xiōng 川芎 – Ministre :
Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) active le Sang et déplace le Qi. Il élimine le Vent et arrête les douleurs, traitant en particulier les céphalées et les douleurs diffuses du corps liées à l’agression externe. En mobilisant la circulation du Qi et du Sang, il empêche que les influences pathogènes ne s’enkystent dans les structures profondes.

Zhǐ Ké 枳殼 – Conseiller :
Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) fait descendre le Qi, lève la stagnation et soulage la sensation d’oppression thoracique et épigastrique. Il contrebalance les propriétés ascendantes de Chái Hú et contribue à régulariser le mécanisme du Qi dans le Réchauffeur Supérieur et Moyen.

Jié Gěng 桔梗 – Conseiller :
Jié Gěng (Radix Platycodonis) ouvre le Qi du Poumon, diffuse le Qi en superficie, transforme les Glaires et traite la toux et les enrouements. Associé à Zhǐ Ké, un monte le Qi et l’autre le fait descendre, régulant ainsi la dynamique du Qi pulmonaire. Ensemble, ils libèrent le Qi du Poumon, transforment les Glaires, traitent la toux et le rhume. Dans les Formules et Stratégies de Bensky, cette paire est présentée comme un exemple classique d’harmonisation du Qi par des actions contraires et complémentaires.

Fú Líng 茯苓 – Conseiller :
Fú Líng (Poria) fortifie la Rate et élimine l’Humidité par voie urinaire. Son action assèche le terrain interne en traitant l’Humidité à la racine. En tonifiant la Rate, il soutient discrètement le Qi Juste sans alourdir la formule en substances tonifiantes.

Rén Shēn 人參 – Conseiller :
Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) est le pivot stratégique de cette formule et lui donne son nom. Utilisé en petite dose en qualité de Conseiller, il tonifie le Qi Correct sans retenir les influences pathogènes. Quand le Qi Correct est suffisant, les influences pathogènes sont expulsées naturellement à l’extérieur. Cette utilisation du ginseng illustre la stratégie du « transport inverse » (ni liú): en renforçant le Qi Correct, on pousse les pathogènes vers la surface et hors du corps plutôt que de les attaquer directement. C’est la substance qui différencie fondamentalement Rén Shēn Bài Dú Sǎn de Bài Dú Sǎn 敗毒散 et de Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散.

Gān Cǎo 甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae) harmonise toutes les substances de la formule, tonifie le Qi et l’Estomac. Il modère les propriétés dispersantes et desséchantes des substances piquantes et chaudes, préservant ainsi les Liquides Organiques tout en soutenant la Rate et l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Rén Shēn Bài Dú Sǎn 人參敗毒散 se traduit littéralement par « Poudre au Ginseng pour Vaincre les Toxines » ou « Poudre au Ginseng pour Surmonter les Influences Pathogènes ». Le caractère bài 敗 signifie « vaincre, défaire », et 毒 désigne les « toxines » ou « influences pathogènes néfastes ». Le terme dans ce contexte désigne l’ensemble des agressions externes (Vent, Froid, Humidité) capables de provoquer des maladies graves. L’adjonction de Rén Shēn 人參 au nom souligne l’originalité de cette formule par rapport aux versions sans ginseng : la stratégie de renforcement du Qi Correct pour expulser les pathogènes est ici centrale et explicitement mise en avant.

Position dans la tradition :
Cette formule figure parmi les formules majeures du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 compilé sous la Dynastie Song (1078-1085). Elle a été largement commentée par les générations suivantes, notamment par Zhang He (Dynastie Jin, XIIe siècle), qui l’inscrit dans la catégorie des formules « soutenant le Juste » (fú zhèng qū xié). La formule occupe une place de choix dans les traités de maladies fébriles comme dans les textes classiques de médecine externe, illustrant la capacité de la tradition chinoise à traiter simultanément l’agression externe et la faiblesse interne. Flaws dans son ouvrage Seventy Essential Chinese Herbal Formulas la classe parmi les formules de libération de l’Extérieur avec soutien du Qi Correct, la présentant comme l’archétype de cette stratégie thérapeutique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre substances dispersantes et tonifiante. D’un côté, les substances piquantes et chaudes comme Qiāng Huó, Dú Huó, Chái Hú et Chuān Xiōng ouvrent les pores, chassent le Vent et l’Humidité et provoquent la transpiration. De l’autre, Rén Shēn et Fú Líng soutiennent le Qi Correct et la Rate. Cette double action, chasser les pathogènes tout en renforçant la résistance, crée une synergie que Bensky qualifie d' »expulsion par le soutien ». La paire Jié Gěng/Zhǐ Ké régule la montée et la descente du Qi du Poumon, tandis que Chái Hú/Qián Hú assurent un équilibre similaire entre diffusion vers l’extérieur et abaissement des Glaires.

Pertinence clinique contemporaine :
Cette formule reste d’une grande pertinence clinique pour traiter les états grippaux et rhumes survenant chez des patients dont le Qi Correct est affaibli: personnes âgées, patients en convalescence, sujets constitutionnellement fragiles. Son usage s’étend, dans la médecine intégrative contemporaine, aux affections respiratoires hautes récurrentes chez les patients à faible immunité, aux premières manifestations de dysenterie amibienne ou bacillaire survenant dans un contexte de faiblesse générale, et aux lésions cutanées infectieuses au stade initial chez les sujets déficients. Les études chinoises modernes rapportées par Chen et Chen confirment son intérêt pour certaines infections respiratoires hautes, la grippe et les premiers stades de maladies entériques.

Nuances d’usage :
La quantité de Rén Shēn est délibérément faible (environ la moitié des autres substances) pour ne pas entraver la dispersion des influences pathogènes. En clinique contemporaine, Rén Shēn est souvent remplacé par Dǎng Shēn 黨參 (Radix Codonopsis) en dosage double, moins onéreux et suffisamment tonifiant pour soutenir le Qi Correct. On veillera à ne pas utiliser cette formule chez des patients présentant un vide de Yin avec signes de Chaleur, ni en cas d’invasion de Vent-Chaleur, car ses substances majoritairement chaudes aggraveraient le tableau. La formule doit être arrêtée dès l’expulsion des pathogènes et l’arrêt de la transpiration, conformément au principe classique : « quand l’influence pathogène est éliminée, on cesse la décoction ».

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de stade initial de dysenterie avec ténesme et douleurs abdominales, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) et ajouter Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) 6 g et Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) 6 g pour éliminer l’Humidité-Chaleur intestinale et arrêter la dysenterie

– En cas de début d’abcès et de furoncles avec signes d’invasion extérieure et pus naissant, ajouter Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) 9 g et Fáng Fēng (Radix Saposhnikoviae) 9 g, ce qui donne la formule Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas d’abcès et plaies rouges, gonflées, douloureuses aux stades initiaux avec signes extérieurs, ajouter Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) 12 g et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) 9 g pour vider la Chaleur-Toxines, ce qui donne Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翘敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes)

– En cas de paludisme avec frissons et fièvre alternants, augmenter la dose de Chái Hú (Radix Bupleuri) et ajouter Huáng Qín (Radix Scutellariae) 9 g et Bīng Láng (Semen Arecae) 9 g pour traiter le tableau de mi-Extérieur mi-Intérieur

– En cas d’invasion externe de Vent-Froid avec rhumes internes de Glaires-Humidité (oppression thoracique, toux avec Glaires abondantes, enduit blanc et gras), supprimer Dú Huó, Qiāng Huó et Chuān Xiōng et ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g, Zǐ Sū Yè (Folium Perillae) 6 g et Gě Gēn (Radix Puerariae) 9 g, ce qui aboutit à la formule dérivée Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla)

– En cas d’absence de vide de Qi sous-jacent avéré, supprimer Rén Shēn (Radix et Rhizoma Ginseng) pour obtenir Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes), formule de libération extérieure sans tonification, indiquée chez les sujets sans déficience

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Rén Shēn : Bài Dú Sǎn 敗毒散 (Poudre pour Vaincre les Influences Pathogènes) – formule sans tonification pour sujets sans vide de Qi

– Ajout de Jīng Jiè et Fáng Fēng (avec suppression de Rén Shēn dans la version de Chen & Chen) : Jīng Fáng Bài Dú Sǎn 荊防敗毒散 (Poudre de Schizonepeta et Saposhnikova pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour maladies de peau et externes avec Wind-Cold, sans vide

– Ajout de Bàn Xià, Zǐ Sū Yè, Gě Gēn, Chén Pí, Mù Xiāng etc. : Shēn Sū Yǐn 參蘇飲 (Décoction au Ginseng et à la Perilla) – pour invasion externe de Vent-Froid avec Glaires internes, vide de Qi

– Ajout de vieux riz stocké (Chén Cāng Mǐ), suppression de Chái Hú : Cāng Lǐn Sǎn 倉廩散 (Poudre des Greniers) – pour dysenterie toxique avec Qi du Cœur perturbé, vomissements importants

– Ajout de Jīn Yín Huā et Lián Qiào : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre au Chèvrefeuille et à la Forsythia pour Vaincre les Influences Pathogènes) – pour abcès et plaies cutanées avec Chaleur-Toxines concomitantes

Précautions

Contre-indications :
– Invasion de Vent-Chaleur (la formule est majoritairement chaude et dispersante)
– Vide de Yin avec signes de Chaleur interne
– Sudation spontanée ou sudation nocturne liée à un vide de Yin ou de Qi superficiel
– Fièvre sans frissons d’origine interne

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement le traitement dès que les influences pathogènes sont expulsées et que la transpiration survient, pour éviter de trop disperser le Qi Juste
– La forme poudre (prise avec du gingembre frais et de la menthe) est la forme classique ; en décoction, adapter les dosages proportionnellement
– Ne pas prolonger l’usage en l’absence d’un vide de Qi réel, sous peine de drainer inutilement le Qi Juste

Populations à risque :
– Femmes enceintes : utiliser avec extrême prudence (substances dispersantes et diaphorétiques puissantes)
– Patients présentant un vide de Yin marqué : l’usage est contre-indiqué en l’absence de modifications importantes
– Patients présentant uniquement une invasion de Vent-Chaleur sans signe de vide de Qi : préférer des formules de libération de l’Extérieur par le Froid-piquant

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song (1078-1085, Bureau impérial de pharmacologie) Texte source original de la formule ; première description de la composition et des indications
Shè Shēng Zhòng Miào Fāng 攝生眾妙方 Dynastie Ming, 1550 (Zhang Shi-Che) Source de la version Jīng Fáng Bài Dú Sǎn, formule dérivée pour maladies de peau et externes
Yī Fāng Kǎo 醫方考 Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun) Analyse approfondie de la stratégie « inverser la rivière » pour traiter la dysenterie naissante et commentaire sur le rôle du ginseng
Wèn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Dynastie Qing, 1798 (Wu Tang, dit Wu Ju-Tong) Discussion de l’usage de la formule dans les maladies de Tièdeur (Wen Bing) et précisions sur les contre-indications thermiques
Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang) Commentaire détaillé de la formule, explication du mécanisme de la « dérivation inverse » et des modifications principales



Xiao Qing Long Tang

Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯
Décoction du Petit Dragon Vert

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid), Zhang Zhongjing, Dynastie Han

Composition

Má Huáng (麻黃 Herba Ephedrae) 9 g
Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi) 9 g
Gān Jiāng (乾薑 Rhizoma Zingiberis) 6 g
Xì Xīn (細辛 Herba Asari cum Radice) 3 g
Wǔ Wèi Zǐ (五味子 Fructus Schisandrae) 6 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Alba) 9 g
Bàn Xià (半夏 Rhizoma Pinelliae) 9 g
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère l’Extérieur et disperse le Vent-Froid
– Réchauffe le Poumon et transforme les Glaires-Froid (饮 Yǐn)
– Rétablit la descente du Qi du Poumon et arrête la toux et l’asthme
– Élimine la rétention d’eau-fluide dans le Réchauffeur Supérieur

Indications

– Attaque de Vent-Froid à l’Extérieur avec rétention de Glaires-Froid (Hán Yǐn 寒飲) à l’Intérieur
– Toux avec expectoration de mucosités abondantes, blanches, mousseuses et fluides
– Dyspnée, oppression thoracique, essoufflement
– Frissons, fièvre sans transpiration (tableau d’Extérieur de type Froid)
– Nausées, vomissements aqueux
– Œdème des membres inférieurs par accumulation d’eau
– Rhinite avec écoulement nasal clair et abondant
– Applications modernes : bronchite chronique, emphysème pulmonaire (外寒內飲 wài hán nèi yǐn), rhinite allergique, asthme bronchique, bronchite aiguë à composante froide

Tableau Clinique

Langue :
Langue pâle ou légèrement bleutée, enduit blanc, humide, glissant (badigeon blanc-laqué traduisant la rétention d’eau-fluide)
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de l’agression du Vent-Froid à l’Extérieur
Jǐn 緊 (tendu-serré) : signe de Froid pathogène
Huá 滑 (glissant) : présent en cas de Glaires abondantes à l’Intérieur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Frissons avec fièvre modérée
– Absence de transpiration
– Douleurs et courbatures du corps
– Sensation de froid prédominante
– Fatigue avec lourdeur des membres

Signes Poumon-Réchauffeur Supérieur :
– Toux avec expectoration abondante, fluide, blanche ou mousseuse
– Dyspnée, asthme, oppression thoracique
– Rhinite avec mucus clair et abondant
– Éternuements
– Crachats d’eau claire en cas de rétention de fluides (Yǐn)

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de soif ou soif avec désir de boissons chaudes (élimine la Chaleur intérieure)
– Absence d’expectoration jaune épaisse (élimine les Glaires-Chaleur)
– Absence de langue rouge avec enduit jaune (élimine le Vent-Chaleur)
– Absence de transpiration spontanée (élimine le syndrome de Gui Zhī Tāng)
– Absence de vide de Yin (élimine les contre-indications majeures)

Analyse de la Formule

Empereur : Má Huáng 麻黃
Má Huáng (Herba Ephedrae) est l’Empereur de cette formule. Acrid et tiède, il ouvre les pores, libère l’Extérieur, disperse le Vent-Froid et fait transpirer. Il diffuse simultanément le Qi du Poumon, soulève la dyspnée et arrête la toux. C’est lui qui traite la couche superficielle de l’attaque pathogène.

Ministre : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) est le Ministre. Acrid et tiède, il renforce l’action de Má Huáng pour libérer l’Extérieur, réchauffe les méridiens et disperse le Froid intérieur. Il harmonise le Qi nourricier (*Ying Qi*) et le Qi défensif (*Wei Qi*), soutenant ainsi la transpiration curative sans épuiser le Qi correct.

Conseiller : Gān Jiāng 乾薑 / Xì Xīn 細辛 / Bàn Xià 半夏 / Wǔ Wèi Zǐ 五味子 / Bái Sháo 白芍
Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari cum Radice) constituent le cœur de l’action intérieure : ensemble ils réchauffent le Poumon, dissolvent les Glaires-Froid, éliminent la rétention d’eau-fluide (Yǐn) et arrêtent la toux. Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) transforme les Glaires-Humidité, harmonise l’Estomac et arrête les vomissements aqueux. Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) jouent un rôle de contrepoids essentiel : Wǔ Wèi Zǐ astringent le Qi du Poumon, prévient la dispersion excessive du Qi correct par les substances acre-tièdes ; Bái Sháo nourrit le Sang et le Yin, protège les Liquides Organiques contre le dessèchement causé par Má Huáng, Xì Xīn et Gān Jiāng.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae praeparata) est l’Ambassadeur. Doux et tiède, il tonifie le Qi de la Rate et de l’Estomac, harmonise toutes les autres substances de la formule, modère la force dispersante des substances acrides, protège le centre et coordonne les actions contradictoires des ingrédients chauds et acides présents dans la formule.

Commentaires

Signification du nom :
Le « Petit Dragon Vert » (Xiǎo Qīng Lóng) évoque en cosmologie chinoise le dragon céleste de l’Est, associé au Bois, au Vent et au Printemps. Dans le contexte médical, le dragon symbolise la capacité à mobiliser et transformer les eaux stagnantes : la formule « fait bouger le dragon » pour disperser l’accumulation de fluides-froids dans le Poumon et l’Espace Supérieur. Le qualificatif « Petit » (Xiǎo) la distingue de la formule sœur Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Grand Dragon Vert), formule plus puissante indiquée quand la chaleur intérieure co-existe avec le froid extérieur.

Position dans la tradition :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng est l’une des formules fondatrices du Shāng Hán Lùn. Elle figure dans les articles 40 et 41 du traité de Zhang Zhongjing (150–219 apr. J.-C.) et représente le traitement canonique de la configuration « Extérieur Froid / Intérieur Eau-Fluide » (wài hán nèi yǐn 外寒内飲). Elle est considérée comme le modèle de toutes les formules qui associent libération de l’Extérieur et transformation des fluides-froids. Sa structure bipolaire — substances dispersantes et substances astringentes — en fait un exemple archétypal de la dialectique « ouvrir/fermer » (kāi/hé 開合) en pharmacopée classique.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur une tension créatrice entre deux pôles. D’un côté, les substances acrides et tièdes-chaudes (Má Huáng, Guì Zhī, Gān Jiāng, Xì Xīn) ouvrent l’Extérieur, réchauffent l’Intérieur et dispersent Froid et Glaires. De l’autre, les substances acides et astringentes (Wǔ Wèi Zǐ, Bái Sháo) ferment, retiennent et préservent le Yin, le Qi correct et les Liquides Organiques. Bàn Xià joue un rôle pivot en transformant les Glaires sans disperser. Zhì Gān Cǎo garantit la cohésion du centre. Cette dialectique ouvrir-fermer, disperser-retenir, est précisément ce qui rend la formule à la fois efficace et sûre, évitant la dispersion excessive du Qi correct lors de l’attaque des substances acrides.

Pertinence clinique contemporaine :
Xiǎo Qīng Lóng Tāng reste une formule de première ligne dans le traitement des affections respiratoires chroniques à dominance froide : asthme bronchique avec crise déclenchée par le froid ou l’humidité, bronchite chronique obstructive (BPCO) en phase de décompensation hivernale, emphysème pulmonaire avec Glaires-Froid, rhinite allergique saisonnière (notamment printanière), sinusite chronique avec mucus clair. Des études pharmacologiques modernes ont identifié des propriétés bronchodilatatrices (Má Huáng via l’éphédrine), anti-inflammatoires et antihistaminiques dans plusieurs composants. La formule est utilisée en association avec des traitements occidentaux dans certains services hospitaliers asiatiques pour les pathologies respiratoires obstructives.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yin ou de vide de Sang marqué : les substances acrides-tièdes aggraveraient le dessèchement
– Réduire la dose ou associer des substances nourrissantes en cas de constitution fragile (personnes âgées, post-partum)
– La présence de Xì Xīn impose la prudence en termes de dosage (toxicité rénale à hautes doses prolongées)
– Cette formule est fortement dispersante ; son usage doit être limité dans le temps dès que les signes d’Extérieur disparaissent
– Ne pas confondre avec Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 qui traite un tableau mixte Froid-Extérieur / Chaleur intérieure avec agitation

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid Extérieur sévère avec transpiration absente marquée, augmenter les doses de Má Huáng (Herba Ephedrae) et de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae)

– En cas de stagnation importante des Liquides avec expectoration très abondante, difficulté à respirer en position allongée, enduit lingual glissant-humide et pouls serré-glissant, augmenter les doses de Xì Xīn (Herba cum Radice Asari) et de Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Ternatae), et ajouter Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g

– En cas de congestion nasale prononcée, rhinorrhée abondante et céphalée, substituer Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) à Gān Jiāng, substituer Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) à Bái Sháo, et ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) 9 g et Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 9 g

– En cas de toux et d’irritabilité avec distension thoracique et abdominale, ajouter Shí Gāo (Gypsum) 15-30 g (ce qui donne la variante Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯)

– En cas de toux persistante avec épuisement du Qi du Poumon, ajouter Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae) 9 g et Zǐ Wǎn (Radix Asteris Tatarici) 9 g

– En cas de palpitations par montée de l’eau vers le Cœur, ajouter Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) à dose augmentée pour réchauffer le Yang et transformer les Liquides

– En cas de difficultés urinaires avec Liquides Organiques stagnants, ajouter Fú Líng (Sclerotium Poriae Cocos) 12 g pour drainer les Liquides par la voie urinaire

– En cas de vomissements associés, ajouter les ingrédients de la Zuǒ Jīn Wán 左金丸 (Pilule du Métal Gauche), soit Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae Rutecarpae)

Formules Dérivées et Associées

– Formule dérivée avec adjonction de Gypse pour tableau mixte Froid-Extérieur/Chaleur intérieure : Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng 小青龍加石膏湯 (Décoction du Petit Dragon Vert plus Gypse)

– Formule sœur pour Vent-Froid Extérieur avec Chaleur intérieure et agitation intense (sans Glaires-Froid internes) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Formule associée pour Glaires-Froid dans le Réchauffeur Moyen avec dyspnée et palpitations (sans syndrome d’Extérieur) : Líng Guì Zhú Gān Tāng 苓桂朮甘湯 (Décoction de Poria, Cannelle, Atractylodes et Réglisse)

– Formule associée pour asthme avec Glaires et Froid, sans syndrome d’Extérieur, dans un contexte de vide de Yang du Rein : Shè Gān Má Huáng Tāng 射干麻黃湯 (Décoction de Belamcanda et d’Éphédra)

– Formule associée pour dyspnée avec abondance de Glaires chaudes et Froid à l’Extérieur (variante avec chaleur prédominante) : Dìng Chuǎn Tāng 定喘湯 (Décoction qui Arrête l’Asthme)

Contre-indications

– Vide de Yin marqué avec toux sèche, gorge sèche et langue rouge sans enduit
– Vide de Sang avec palpitations, teint pâle, vertiges
– Chaleur intérieure prépondérante (fièvre élevée, soif intense, expectoration jaune et épaisse)
– Syndrome extérieur avec transpiration spontanée (tableau de Guì Zhī Tāng)
– Grossesse (Xì Xīn est considéré comme contre-indiqué, et Bàn Xià non préparé est abortif)
– Hypertension artérielle non contrôlée (Má Huáng contient de l’éphédrine, vasopressive)
– Insuffisance cardiaque décompensée
– Glaucome à angle fermé (risque lié à l’éphédrine)

Précautions

– Surveiller la tension artérielle chez les patients hypertendus traités
– Limiter la durée d’utilisation : formule dispersante à usage temporaire, interrompre dès résolution du syndrome d’Extérieur
– Réduire les doses de Xì Xīn en cas d’insuffisance rénale ou d’usage prolongé (nephrotoxicité potentielle aux doses élevées)
– Réduire les doses globales chez les sujets âgés ou de constitution fragile
– Ne pas associer à des sympathomimétiques (risque d’effets cardio-vasculaires cumulatifs liés à Má Huáng)
– Surveiller les signes de sécheresse excessive (bouche sèche, agitation, palpitations) témoignant d’un début de consommation du Yin par les substances acrides-tièdes
– En cas de vide de Qi du Poumon ou du Rein sous-jacent, ne pas utiliser seul sans adjonction de substances tonifiantes

Populations à risque :

– Femmes enceintes (contre-indication relative à absolue selon les auteurs)
– Nourrissons et jeunes enfants (adapter les doses, surveiller les effets de l’éphédrine)
– Sujets âgés avec vide de Yin ou de Rein
– Patients souffrant d’hypertension artérielle, cardiopathie ischémique ou arythmie
– Patients sous traitement par inhibiteurs de la MAO (interaction avec l’éphédrine de Má Huáng)
– Patients atteints d’hyperthyroïdie (Má Huáng peut exacerber les symptômes)
– Patients avec antécédents d’anxiété sévère ou d’insomnie (effet stimulant de l’éphédrine)

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Lésions dues au Froid) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Texte fondateur ; articles 40 et 41 décrivent le tableau principal (*wài hán nèi yǐn* 外寒内飲) et l’utilisation de la formule dans le contexte du Tài Yáng avec rétention de fluide-froid interne

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Abrégé des Prescriptions du Coffret d’Or) / Dynastie Han (env. 200–220 apr. J.-C.) (Zhang Zhongjing 張仲景) / Complète les indications du Shāng Hán Lùn en y ajoutant le traitement de la dyspnée, des œdèmes et des rétentions de fluides à composante froide ; décrit également la formule dérivée Xiǎo Qīng Lóng Jiā Shí Gāo Tāng

Yī Fāng Jí Jiě 醫方集解 (Recueil commenté des Prescriptions médicales) / Dynastie Qing, 1682 (Wang Ang 汪昂) / Commente la structure de la formule, l’équilibre disperser/retenir, et fournit les bases de l’analyse Empereur-Ministre-Conseiller-Ambassadeur encore utilisée aujourd’hui

Fāng Jì Xué 方劑學 / Époque moderne – Shanghai Science Technology Press, 1986 / Manuel de référence de l’enseignement des formules en Chine populaire, codifiant l’analyse contemporaine de la formule.



Yin Qiao San

Yín Qiào Sǎn 銀翹散
Poudre de Chèvrefeuille et Forsythia

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes fraiches qui libèrent la Superficie (xīn liáng jiě biǎo jì 辛凉解表剂)
Source : Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur), Wú Jú-Tōng, Dynastie Qīng (1798)

Composition

Jīn Yín Huā (金銀花 Flos Lonicerae Japonicae) 15 g
Lián Qiào (連翹 Fructus Forsythiae Suspensae) 15 g
Jié Gěng (桔梗 Radix Platycodi Grandiflori) 6 g
Niú Bàng Zǐ (牛蒡子 Fructus Arctii Lappae) 9 g
Bò Hé (薄荷 Herba Menthae Haplocalycis) 6 g
Dàn Dòu Chǐ (淡豆豉 Semen Sojae Praeparatum) 5 g
Jīng Jiè (荊芥 Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae) 5 g
Dàn Zhú Yè (淡竹葉 Herba Lophatheri Gracilis) 4 g
Xiān Lú Gēn (鮮蘆根 Rhizoma Phragmitis Communis Recens) 15–30 g
Gān Cǎo (甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis) 5 g

Actions thérapeutiques

– Disperse le Vent-Chaleur et libère l’Extérieur
– Élimine la Chaleur et détoxifie
– Diffuse le Qi du Poumon et bénéficie à la gorge
– Génère les Liquides Organiques et apaise la soif

Indications

– Stade initial d’une maladie de Tièdeur (Wēn Bìng) au niveau protecteur (Wèi)
– Invasion de Vent-Chaleur affectant le Poumon et l’Extérieur
– Fièvre avec frissons légers ou absents
– Maux de tête, corps douloureux
– Toux
– Gorge rouge, douloureuse ou enflée
– Soif légère
– Atteintes du niveau protecteur : grippe, rhinopharyngite, angine, bronchite aiguë débutante, rougeole à son stade initial, oreillons, encéphalite ou méningite en stade initial

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue rouge à la pointe ; enduit mince, blanc ou légèrement jaune
Pouls :
浮 (superficiel) : témoigne de la localisation du facteur pathogène à l’Extérieur
Shuò 數 (rapide) : traduit la présence de Chaleur

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre (pouvant être marquée)
– Frissons légers ou absents
– Maux de tête
– Corps douloureux
– Légère transpiration ou absence de transpiration
– Soif légère

Signes Poumon-gorge :
– Toux
– Gorge rouge, enflée, douloureuse (angine, pharyngite)
– Congestion nasale
– Enrouement possible

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de frissons intenses (différencie du Vent-Froid)
– Absence de transpiration profuse (différencie des stades plus profonds)
– Absence d’enduit jaune épais (différencie d’une invasion ayant pénétré au niveau Qi)
– Absence de soif intense avec désir de boissons froides (différencie du niveau Qi)
– Absence de fièvre élevée isolée sans frissons (différencie du stade yang ming)

Analyse de la Formule

Empereur : Jīn Yín Huā 金銀花 / Lián Qiào 連翹
Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae Japonicae) libère la Chaleur de l’Extérieur et élimine les toxines ; sa saveur douce et froide lui permet de disperser le Vent-Chaleur sans aggraver l’assèchement des Liquides Organiques. Employé conjointement, Lián Qiào (Fructus Forsythiae Suspensae) amplifie l’action de dispersion du Vent-Chaleur et de détoxification ; l’association des deux substances constitue le noyau thérapeutique central de la formule et justifie son nom. Leur dose est volontairement la plus élevée car leur action est le cœur même du traitement.

Ministre : Bò Hé 薄荷 / Dàn Dòu Chǐ 淡豆豉
Bò Hé (Herba Menthae Haplocalycis) est acrid et frais ; il renforce l’action de libération de l’Extérieur des Empereurs et diffuse le Qi du Poumon pour bénéficier à la gorge.
Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum) libère légèrement l’Extérieur et aide à disperser la Chaleur superficielle sans provoquer une sudation excessive qui épuiserait le Yin.

Conseiller : Jīng Jiè 荊芥 / Niú Bàng Zǐ 牛蒡子 / Jié Gěng 桔梗 / Dàn Zhú Yè 淡竹葉 / Xiān Lú Gēn 鮮蘆根
Jīng Jiè (Herba seu Flos Schizonepetae Tenuifoliae), bien que de nature chaude et âcre, renforce ici l’action de libération de l’Extérieur sans engendrer de sécheresse ; son action diaphorétique légère complète celle des Ministres.
Niú Bàng Zǐ (Fructus Arctii Lappae) diffuse le Qi du Poumon, bénéficie à la gorge et réduit l’inflammation pharyngée.
Jié Gěng (Radix Platycodi Grandiflori), par son action ascendante, ouvre la voie du Poumon et traite la gorge ; associé à Gān Cǎo, il forme une combinaison classiquement efficace contre les douleurs pharyngées.
Dàn Zhú Yè (Herba Lophatheri Gracilis) et Xiān Lú Gēn (Rhizoma Phragmitis Communis Recens) génèrent les Liquides Organiques, apaisent la soif et évacuent la Chaleur.

Ambassadeur : Gān Cǎo 甘草
Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis) harmonise l’action de toutes les autres substances, contribue à l’élimination de la Chaleur-toxines et renforce, avec Jié Gěng, l’effet thérapeutique sur la gorge.

Commentaires

Signification du nom :
Yín 銀 désigne la fleur de Chèvrefeuille (Jīn Yín Huā, littéralement « fleur d’or et d’argent »), Qiào 翹 désigne le Forsythia (Lián Qiào), et Sǎn 散 signifie « poudre ». Le nom de la formule est donc bâti sur les deux substances Empereurs, signalant, selon la lecture de Qín Bó-Wèi, la volonté délibérée de Wú Jú-Tōng d’insister sur l’usage premier des substances froides dans le traitement du stade initial des maladies de Tièdeur, rompant ainsi avec la tradition des formules chaudes pour libérer l’Extérieur.

Position dans la tradition :
Yín Qiào Sǎn est la formule emblématique du niveau protecteur (Wèi) dans le système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) développé par Yè Tiān-Shì et codifié par Wú Jú-Tōng dans le Wēn Bìng Tiáo Biàn (1798). Elle représente la réponse canonique des maladies de Tièdeur (Wēn Bìng) à leur stade le plus superficiel, et s’inscrit dans la rupture historique avec l’école des maladies induites par le Froid (Shāng Hán). Elle est comparée régulièrement à Sāng Jú Yǐn : si les deux formules traitent le niveau protecteur de Vent-Chaleur, Yín Qiào Sǎn est plus puissante pour libérer l’Extérieur et éliminer la Chaleur-toxines, tandis que Sāng Jú Yǐn est plus efficace pour traiter la toux.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule conjugue deux mouvements complémentaires : une action vers l’Extérieur (substances acrides et diaphorétiques légères : Jīng Jiè, Bò Hé, Dàn Dòu Chǐ) et une action de refroidissement et détoxification (Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Xiān Lú Gēn). Cette double polarité évite l’erreur de traiter les maladies de Tièdeur avec des substances uniquement chaudes et diaphorétiques, qui aggraveraient la Chaleur et lèseraient le Yin. La décoction doit être préparée brièvement (moins de 20 minutes) pour préserver les huiles essentielles des substances légères et aromatiques, notamment Bò Hé ajouté en fin de cuisson.

Pertinence clinique contemporaine :
Yín Qiào Sǎn reste l’une des formules les plus prescrites en pratique clinique contemporaine pour les affections aiguës des voies respiratoires supérieures d’origine virale ou bactérienne : rhinopharyngites, angines, laryngites, bronchites aiguës débutantes, syndromes grippaux, rougeole à son stade initial, oreillons, ainsi que les stades initiaux d’encéphalite ou de méningite bactérienne. Elle est commercialisée sous de nombreuses formes galéniques (granulés, comprimés, gélules) et fait l’objet d’études pharmacologiques démontrant des activités antivirales, antibactériennes et antipyrétiques. Biomédicalement, son profil d’action correspond à une modulation de la réponse inflammatoire aiguë des voies aériennes supérieures.

Nuances d’usage :
– Ne pas utiliser en cas de vide de Yang ou d’invasion de Vent-Froid (frissons prédominants, absence de soif, enduit blanc)
– La formule est contre-indiquée lorsque le facteur pathogène a déjà pénétré au niveau Qi (fièvre élevée isolée, enduit jaune épais, soif intense)
– En cas d’Humidité-Chaleur, la formule est peu efficace sans modification (selon Yè Tiān-Shì, le Vent-Chaleur doit être évacué par la sudation ; le Vent-Humidité doit être drainé par le bas)
– La brièveté de la cuisson est fondamentale : une décoction trop longue détruit les principes actifs aromatiques et réduit l’efficacité diaphorétique et antipyrétique
– À administrer fréquemment et en petites doses (toutes les 4 à 6 heures) aux stades initiaux aigus pour maintenir l’action thérapeutique

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Oppression thoracique marquée : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches seu Pogostemi) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation du Qi thoracique

– Soif intense : ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis Kirilowii) pour générer les Liquides Organiques

– Angine ou pharyngite sévère : ajouter Mǎ Bó (Fructificatio Lasiosphaerae seu Calvatiae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae Ningpoensis) pour refroidir et bénéficier à la gorge

– Toux prononcée : ajouter Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) pour diffuser le Qi du Poumon et arrêter la toux

– Chaleur pénétrant à l’Intérieur avec urine rare : ajouter Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae), Mài Mén Dōng (Tuber Ophiopogonis Japonici), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae Asphodeloidis) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis)

– Épistaxis : supprimer Jīng Jiè et Dàn Dòu Chǐ, ajouter Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae Cylindricae) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae Jasminoidis) pour refroidir le Sang et arrêter le saignement

– Rougeole débutante avec éruption incomplète : ajouter Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Fú Píng (Herba Lemnae seu Spirodelae) pour faire éclore l’éruption

– Abcès ou furoncles débutants : ajouter Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci Mongolici cum Radice) et Dà Qīng Yè (Folium Daqingye) pour renforcer la détoxification

– Enduit jaune et diarrhée : associer à Gě Gēn Huáng Lián Huáng Qín Tāng 葛根黃連黃芩湯 (Décoction à la Kudzu, au Coptis et à la Scutellaire) (texte source)
– Endométrite aiguë : supprimer Gān Cǎo et Dàn Zhú Yè, ajouter Zhī Zǐ, Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae Glutinosae)

– Oppression thoracique due à l’Humidité : ajouter Huò Xiāng (Herba Agastaches) et Yù Jīn (Tuber Curcumae) pour résoudre l’Humidité et lever la stagnation

Formules Dérivées et Associées

– Formule pour les restes de Chaleur après purge incomplète au stade yang ming avec lésion du Yin : Yín Qiào Tāng 銀翹湯 (Décoction à la Chèvrefeuille et au Forsythia) — compose de Jīn Yín Huā, Lián Qiào, Dàn Zhú Yè, Gān Cǎo, Mài Mén Dōng et Shēng Dì Huáng ; enrichit le Yin et évacue la Chaleur de l’Extérieur (source : Wēn Bìng Tiáo Biàn)

– Formule de libération de l’Extérieur avec renforcement contre les facteurs pathogènes, pour abcès débutants avec tableau extérieur : Yín Qiào Bài Dú Sǎn 銀翹敗毒散 (Poudre à la Chèvrefeuille et au Forsythia pour Vaincre les Toxines) — ajouter Jīn Yín Huā et Lián Qiào à Rén Shēn Bài Dú Sǎn (source : Yī Fāng Jí Jiě)

Contre-indications

– Invasion de Vent-Froid (frissons intenses, absence de soif, pas de fièvre dominante, enduit blanc)
– Vide de Yang ou de Qi avec constitution fragile
– Humidité-Chaleur sans modification préalable de la formule
– Stade plus profond (niveau Qi, Nutrif ou Sang) sans adaptation importante de la composition
– Sudation profuse déjà présente signe d’épuisement du Yin ou d’atteinte plus profonde

Précautions

– Ne pas faire cuire plus de 20 minutes ; Bò Hé doit être ajouté 5 minutes avant la fin de la décoction
– Administrer fréquemment (toutes les 4 à 6 heures) pour maintenir l’effet thérapeutique en phase aiguë
– Surveiller l’évolution clinique : si la fièvre persiste ou s’aggrave et si l’enduit devient jaune et épais, adapter la formule à un stade plus profond
– Éviter les aliments épicés, gras ou frits pendant le traitement
– Les formes commerciales en comprimés peuvent contenir des additifs modernes ; vérifier la composition exacte avant prescription

Populations à risque :

– Patients présentant un vide de Yin préexistant marqué : la sudation provoquée peut aggraver la lésion du Yin ; envisager l’ajout de substances nourrissant le Yin (Shēng Dì Huáng, Mài Mén Dōng)
– Femmes enceintes : prudence en raison de l’action diaphorétique et de la présence de Niú Bàng Zǐ et Bò Hé ; à n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue et sous surveillance
– Nourrissons et jeunes enfants : réduire les doses en proportion du poids ; s’assurer de l’absence de contre-indication pédiatrique pour chaque substance
– Patients avec vide de Yang ou froid de l’Estomac : la nature froide de la formule peut léser le Yang de la Rate-Estomac ; envisager l’ajout de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ou de Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae)

Textes de Référence

Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies de Tièdeur) / Dynastie Qīng, 1798 (Wú Jú-Tōng 吳鞠通) / Texte source de la formule ; présente Yín Qiào Sǎn comme formule canonique du stade protecteur des maladies de Tièdeur dues au Vent-Chaleur, avec l’instruction de préparer une décoction brève de Xiān Lú Gēn et de prendre les autres substances en poudre à 9 g par dose avec cette décoction

Wài Gǎn Wēn Bìng 外感溫病 / Tradition des maîtres de l’École des Maladies de Tièdeur, notamment Yè Tiān-Shì 葉天士 / Codification du système des quatre niveaux (Wèi Qì Yíng Xuè) dans lequel s’inscrit l’indication première de Yín Qiào Sǎn ; précise que le Vent-Chaleur doit être évacué par ventilation de l’Extérieur et que l’emploi exclusif de substances chaudes serait une erreur thérapeutique grave

Zhōng Yī Fāng Jì Lín Chuáng Shǒu Cè 中醫方劑臨床手冊 (Manuel Clinique des Formules de Médecine Chinoise) / Époque contemporaine / Recense de nombreuses études cliniques validant l’usage de Yín Qiào Sǎn dans les infections aiguës des voies respiratoires supérieures, les syndromes grippaux, la rougeole et les oreillons, ainsi que les encéphalites à stade initial



Gui Zhi Tang

Guì Zhī Tāng 桂枝湯
Décoction de Rameau de Cannelier

Catégorie : Formules qui libèrent la Superficie (jiě biǎo jì 解表剂)
Sous-catégorie : Formules piquantes tièdes qui libèrent la Superficie (xīn wēn jiě biǎo jì 辛温解表剂)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale

Composition

Guì Zhī (桂枝 Ramulus Cinnamomi Cassiae) 9 g
Bái Sháo (白芍 Radix Paeoniae Lactiflorae) 9 g
Shēng Jiāng (生薑 Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) 9 g
Dà Zǎo (大棗 Fructus Zizyphi Jujubae) 4 pièces (env. 12 g)
Zhì Gān Cǎo (炙甘草 Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) 6 g

Actions thérapeutiques

– Libère les influences pathogènes de la couche musculaire (cou li 腠理)
– Régularise le Qi Défensif (Wèi Qì 衛氣) et le Qi Nourricier (Yíng Qì 營氣)
– Harmonise l’Intérieur et l’Extérieur
– Tonifie le Qi du Milieu (Rate-Estomac)

Indications

– Invasion externe de Vent-Froid avec vide relatif du Qi Défensif
– Fièvre et frissons non soulagés par la transpiration
– Transpiration spontanée présente (signe distinctif)
– Céphalées et nuque raide
– Congestion nasale et nausées sans vomissements francs
– Absence de soif particulière
– Aversion au Vent
– Faiblesse constitutionnelle, convalescence après maladie grave, post-partum

Tableau Clinique

Langue :
Enduit mince, blanc et humide ; corps de la langue normal ou légèrement pâle.
Pouls :
浮 (superficiel) : indique la présence d’une influence pathogène à l’Extérieur
Huǎn 緩 (modéré, légèrement lent) ou Ruò 弱 (faible) : indique un vide relatif du Qi Défensif et une disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif

Liste des Symptômes

Signes généraux :
– Fièvre avec frissons simultanés
– Transpiration spontanée persistante (ne résout pas la condition)
– Aversion au Vent et aux courants d’air
– Fatigue générale
– Teint légèrement terne

Signes respiratoires et digestifs :
– Congestion nasale
– Nausées légères ou nausées à vide (hoquets secs)
– Absence de soif marquée
– Possible légère difficulté à déglutir

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
– Absence de transpiration (orienterait vers Má Huáng Tāng 麻黃湯)
– Absence de fièvre intense avec soif et gorge douloureuse (orienterait vers un syndrome de Chaleur)
– Absence de pouls tendu (jǐn) qui évoquerait un syndrome de Froid en Excès
– Absence de frissons intenses sans fièvre (absence de vide de Yang profond)

Analyse de la Formule

Empereur : Guì Zhī 桂枝
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae) Chaud, acride et doux, il libère l’influence pathogène de Vent-Froid de la couche musculaire, réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les canaux, et renforce le Qi Défensif pour expulser le facteur pathogène. Il constitue le pivot thérapeutique de la formule en traitant directement la disharmonie entre Qi Nourricier et Qi Défensif.

Ministre : Bái Sháo 白芍
Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) Frais et acide, il nourrit le Yin, bénéficie au Qi Nourricier et contient les Liquides Organiques qui s’échappent par la transpiration incontrôlée. Associé à l’Empereur, il renforce simultanément la capacité du Qi Défensif à expulser le facteur pathogène tout que consolidant le Qi Nourricier. Cette synergie est le cœur de la régulation Ying-Wei.

Conseiller : Shēng Jiāng 生薑
Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) Chaud et acride, il assiste l’Empereur dans la libération de l’Extérieur, réchauffe le Qi Nourricier et harmonise l’Estomac pour traiter les nausées et le Qi rebelle de l’Estomac. Dà Zǎo (Fructus Zizyphi Jujubae), second Conseiller, nourrit et harmonise le Qi Nourricier et le Sang, renforce le Qi du Milieu et assiste le Ministre dans la stabilisation de l’intérieur.

Ambassadeur : Zhì Gān Cǎo 炙甘草
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) Doux et tiède, il tonifie le Qi du Milieu, harmonise l’action de toutes les herbes de la formule et modère la dispersion sudorifique de l’Empereur pour prévenir une transpiration excessive. Il soutient également Dà Zǎo dans le renforcement du Qi de la Rate et de l’Estomac.

Commentaires

Signification du nom :
Guì Zhī 桂枝 désigne le rameau de cannelier (Cinnamomum cassia). Tāng 湯 signifie « décoction » ou « bouillon chaud ». La formule tire son nom de son herb principal, le rameau de cannelier, qui est à la fois son ingrédient distinctif et son agent thérapeutique central. Contrairement à la cannelle d’écorce (ròu guì 肉桂), c’est la branche légère qui agit en surface et dans les canaux sans descendre profondément réchauffer le Yang.

Position dans la tradition :
Guì Zhī Tāng est considérée comme l’une des formules les plus importantes du Shāng Hán Lùn 傷寒論. Zhang Zhong-Jing lui consacre plus de vingt variations dans ce seul texte, ce qui en fait la formule-mère d’une famille extraordinairement prolifique. Les générations suivantes l’ont utilisée comme fondation pour des formules traitant aussi bien des conditions internes que des pathologies chroniques complexes. Elle est souvent décrite comme la formule inaugurale de la médecine chinoise classique, inaugurant le système de la différenciation par les six strates (liù jīng biàn zhèng 六經辨證).

Équilibre dynamique de la formule :
La formule repose sur un équilibre subtil entre libérer et consolider. Guì Zhī libère et disperse (action centrifuge, Yang), tandis que Bái Sháo retient et consolide (action centripète, Yin). Cette tension créatrice entre expansion et contention définit la stratégie fondamentale de la formule. Les Conseillers (Shēng Jiāng et Dà Zǎo) ancrent cette dynamique dans le Qi du Milieu, garant de la production continue du Qi Nourricier et du Qi Défensif. L’Ambassadeur Zhì Gān Cǎo harmonise l’ensemble sans briser cet équilibre délicat.

Pertinence clinique contemporaine :
En clinique contemporaine, Guì Zhī Tāng est indiquée dès que la constitution est affaiblie, que la transpiration est présente et que l’aversion au Vent domine sur l’aversion au Froid. Elle est particulièrement précieuse en post-partum, en convalescence, chez les personnes âgées et les enfants de faible constitution. Elle est aussi utilisée hors contexte infectieux pour la régulation du système nerveux autonome (hyperhidrose, rhinite allergique, urticaire à froid, spasme cérébrovasculaire) lorsque le tableau Ying-Wei est présent. La biomédecine l’a étudiée dans les infections respiratoires hautes, la fièvre post-partum, la rhinite allergique et l’angiœdème.

Nuances d’usage :
– La condition traitée est désignée dans le Shāng Hán Lùn par le terme zhōng fēng 中風 (« atteinte par le Vent »), par opposition à shāng hán 傷寒 (« blessure par le Froid ») pour laquelle Má Huáng Tāng est indiquée
– La transpiration présente est le signe cardinal qui différencie ce tableau : c’est précisément parce que le Qi Défensif est relatif en vide qu’il ne peut plus contenir les Liquides Organiques
– Le texte source recommande de faire prendre la décoction chaude, de couvrir le patient et d’ingérer une bouillie de riz chaude pour faciliter une légère transpiration ; dès l’apparition de la transpiration, l’administration doit cesser
– En été ou lors de chaleurs intenses, utiliser avec précaution (risque d’aggraver un tableau de Chaleur)
– Contre-indiquée si la transpiration est due à un Vide de Yin ou à une Chaleur interne

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– Congestion nasale marquée avec éternuements : ajouter Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae) et Xīn Yí Huā (Flos Magnoliae)

– Dyspnée et respiration difficile : ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Xìng Rén (Semen Pruni Armeniacae) → Guì Zhī Jiā Hòu Pò Xìng Zǐ Tāng 桂枝加厚朴杏子湯

– Transpiration profuse : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae), réduire d’un tiers la dose de Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi Cassiae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) et Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Uralensis praeparata) ; ajouter Huáng Qí (Radix Astragali Membranacei) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Céphalées sévères : substituer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et ajouter Gǎo Běn (Rhizoma et Radix Ligustici)

– Douleurs articulaires des extrémités avec fatigue (Humidité) : ajouter Qiāng Huó (Radix et Rhizoma Notopterygii) et Fáng Fēng (Radix Ledebouriellae Divaricatae)

– Vomissements sévères : augmenter la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) et de Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Officinalis Recens) ; ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis)

– Purge erronée ayant blessé le Yang du thorax, pouls irrégulier et sensation d’oppression thoracique : supprimer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Qù Sháo Yào Tāng 桂枝去芍藥湯

– Plénitude abdominale suite à purge erronée : doubler la dose de Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) → Guì Zhī Jiā Sháo Yào Tāng 桂枝加芍藥湯

Formules Dérivées et Associées

– Nuque raide et contractée, transpiration, aversion au Vent : ajouter Gé Gēn (Radix Puerariae) : Guì Zhī Jiā Gé Gēn Tāng 桂枝加葛根湯 (Décoction de Guì Zhī avec Kudzu)

– Syndrome Bi douloureux, douleurs généralisées, pouls flottant déficient et rugueux, résistance du Yang dans les canaux : ajouter Fù Zǐ (Radix Lateralis Aconiti Carmichaeli Praeparata) : Guì Zhī Jiā Fù Zǐ Tāng 桂枝加附子湯 (Décoction de Guì Zhī avec Aconit Préparé)

– Syndrome Taiyang persistant avec épuisement partiel du Qi Défensif, visage rouge, prurit généralisé : combiner à demi-dose avec Má Huáng Tāng : Guì Zhī Má Huáng Gè Bàn Tāng 桂枝麻黃各半湯 (Décoction moitié-moitié Guì Zhī et Má Huáng)

– Douleurs abdominales spasmodiques par vide consomptif (Zhōng Jiāo), accompagnées de palpitations et vertiges : ajouter Yí Táng (Saccharum Granorum) et doubler Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) : Xiǎo Jiàn Zhōng Tāng 小建中湯 (Petite Décoction pour Construire le Milieu)

– Palpitations, émission de Sperme nocturne, instabilité de l’Esprit (Shen 神), transpiration par vide de Yang : ajouter Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : Guì Zhī Jiā Lóng Gǔ Mǔ Lì Tāng 桂枝加龍骨牡蠣湯 (Décoction de Guì Zhī avec Os du Dragon et Huître)

– Syndrome Bi douloureux avec Vent-Froid-Humidité et déficience de Yang : ajouter Fù Zǐ (Radix Aconiti) et remplacer Bái Sháo (Radix Paeoniae Lactiflorae) par des herbes spécifiques : Wū Tóu Guì Zhī Tāng 烏頭桂枝湯 (Décoction d’Aconit et Guì Zhī)

Contre-indications

– Syndrome Extérieur de Froid en Excès avec absence de transpiration (indiquer Má Huáng Tāng)
– Syndrome de Chaleur Extérieure (Vent-Chaleur) avec fièvre intense, soif ou gorge douloureuse
– Chaleur interne avec saignements de nez (la formule pourrait aggraver le saignement)
– Transpiration due à un vide de Yin (l’action dispersante de Guì Zhī aggraverait le vide de Yin)
– Utilisation en été ou lors de chaleurs intenses sans indication claire du tableau Ying-Wei
– Pouls rapide avec fièvre et soif (signe de Chaleur interne)

Précautions

– Ne pas administrer en cas de transpiration profuse : risque de vider davantage le Qi Défensif et les Liquides Organiques
– En cas d’erreur de prescription ou de dosage excessif, une transpiration profuse, fièvre intense, soif vive et palpitations peuvent survenir ; administrer alors Bái Hǔ Jiā Rén Shēn Tāng pour corriger les effets secondaires
– Interdire la consommation d’alcool, d’aliments crus, froids, pimentés ou gras pendant le traitement
– La décoction doit être prise chaude, suivie d’une bouillie de riz chaude ; le patient doit se couvrir pour favoriser une légère transpiration
– Dès l’apparition de la transpiration, cesser l’administration ; ne pas répéter en cas de succès dès la première prise
– En cas de présence d’une Chaleur interne associée, même légère, prendre avec extrême prudence

Populations à risque :

– Patients avec vide de Yin ou épuisement des Liquides Organiques : contre-indiqués (risque d’aggravation)
– Patients hypertendus ou avec des saignements actifs : à éviter en raison de l’action de Guì Zhī qui stimule la circulation
– Femmes enceintes : utiliser avec prudence (action tonifiante du Sang et active la circulation dans les canaux)
– Patients avec tendance aux épistaxis : la formule peut déclencher des saignements de nez si appliquée en présence de Chaleur
– Personnes constitutionnellement Yin-déficientes (vide de Yin chronique) : surveillance étroite requise

Textes de Référence

Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Texte fondateur de la médecine classique chinoise dans lequel Guì Zhī Tāng occupe une place inaugurale et centrale ; plus de vingt variations y sont décrites. Le texte précise les modalités d’administration (décoction chaude, bouillie de riz, couverture) et les conditions d’arrêt du traitement.

Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffret d’Or) / Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) / Second grand texte de Zhang Zhong-Jing, qui reprend et étend les applications de Guì Zhī Tāng aux maladies internes complexes, notamment aux désordres du post-partum, aux douleurs abdominales et aux pathologies mixtes Extérieur-Intérieur.

Yī Fāng Kǎo 醫方考 (Études sur les Formules Médicales) / Dynastie Ming, 1584 (Wu Kun 吳崑) / Commentaire analytique détaillé de la formule dans le cadre de la systématisation des formules classiques ; met en valeur la dynamique Ying-Wei comme clé d’interprétation de Guì Zhī Tāng.

Shāng Hán Lùn Tiáo Biàn 傷寒論條辨 (Explication Analytique du Traité des Maladies Causées par le Froid) / Dynastie Ming (Fang You-Zhi 方有執) / Commentaire classique qui précise l’opposition entre zhōng fēng et shāng hán et la place de Guì Zhī Tāng dans le système des six strates.



Xiao Yao San

逍遙散 Xiāo Yáo Sǎn
Poudre du Vagabond Libre et Tranquille

Catégorie : Formules qui harmonisent (hé jiě jì 和解剂)
Sous-catégorie : Formules qui harmonisent le Foie et la Rate (tiáo hé gān pí jì 调和肝脾剂)
Source : Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 (Formules du Bureau des Remèdes Bienveillants pour la Paix Universelle) – Dynastie Song (960-1279)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Racine de Buplèvre 9 g
M 當歸 Dāng Guī Radix Angelicae sinensis Racine d’Angélique chinoise 9 g
M 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae alba Racine de Pivoine blanche 12 g
C 白朮 Bái Zhú Rhizoma Atractylodis macrocephalae Rhizome d’Atractyle à grande tête 9 g
C 茯苓 Fú Líng Poria cocos Poria, Champignon Poria 15 g
C 薄荷 Bò Hé Herba Menthae haplocalycis Menthe poivrée chinoise 3 g
C 生薑 Shēng Jiāng Rhizoma Zingiberis recens Gingembre frais 3 tranches
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae uralensis preparata Racine de Réglisse préparée au miel 6 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse la Stagnation du Qi du Foie
Tonifie le Sang et nourrit le Foie
Tonifie la Rate et l’Estomac
Harmonise le Foie et la Rate
Facilite la circulation du Qi

Indications

Syndromes traités :
Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang du Foie
Dysharmonie Foie-Rate
Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang et chaleur légère (Feu du Foie naissant)
Stagnation du Qi et du Sang dans le contexte gynécologique

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue pâle ou légèrement rouge sur les bords, enduit mince et blanc ou légèrement jaune si la Chaleur est présente.
Pouls :
Xián 弦 (Pouls en Corde) : signe de Stagnation du Qi du Foie
Xián Xì 弦細 (Pouls en Corde et Fin) : présent si le vide de Sang est marqué
Xián Ruò 弦弱 (Pouls en Corde et Faible) : signe d’une disharmonie Foie-Rate avec vide de Qi de la Rate

Liste des Symptômes

Gynécologie :
Dysménorrhée : douleurs avant ou pendant les règles
Irrégularités menstruelles (cycles irréguliers, flux abondant ou réduit)
Syndrome prémenstruel : irritabilité, tension des seins, ballonnements
Aménorrhée par vide de Sang et Stagnation du Qi du Foie
Leucorrhées

Digestif :
Distension et douleur hypocondriaque (droit et/ou gauche)
Distension abdominale et épigastrique
Selles irrégulières (diarrhée alternant avec constipation)
Perte d’appétit, nausées légères
Éructations, reflux gastrique

Général :
Fatigue, lassitude
Vertiges, maux de tête
Sensation de boule dans la gorge (Méi Hé Qì 梅核氣)
Troubles du sommeil (insomnie légère, rêves agités)
Irritabilité, sautes d’humeur, état dépressif léger
Fièvre légère intermittente ou sensation de chaleur

Pathologies organiques associées :
Hépatites chroniques, cirrhose débutante
Syndromes douloureux chroniques de la région hypocondriaque
Troubles anxio-dépressifs légers à modérés
Maladies auto-immunes hépatiques
Syndromes menstruels complexes

Analyse de la Formule

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est amer, acide et légèrement froid. En tant qu’Empereur, il remplit la fonction cardinale de la formule : disperser le Foie et faire circuler le Qi du Foie. Sa nature ascendante et dispersante lui permet de lever la Stagnation du Qi du Foie stagnant dans le Jiao moyen et dans les canaux du Foie et de la Vésicule Biliaire. Il guide l’ensemble de la formule vers le méridien du Foie et de la Vésicule Biliaire, et sa légèreté lui permet d’agir aussi sur les aspects émotionnels en libérant l’Esprit (Shen 神) comprimé par la Stagnation.

Dāng Guī 當歸 – Ministre :
Dāng Guī (Radix Angelicae sinensis) est doux, acide, légèrement amer et chaud. Premier Ministre, il nourrit le Sang et active le Sang, ce qui est essentiel car la Stagnation du Qi du Foie s’accompagne fréquemment d’un vide de Sang du Foie. En nourrissant le Sang, Dāng Guī nourrit le Foie à la source et soutient l’action de l’Empereur. Son action réchauffante et mobilisatrice évite que la formule ne devienne trop froide ou stagnante.

Bái Sháo 白芍 – Ministre :
Bái Sháo (Radix Paeoniae alba) est acide, amer et légèrement froid. Il nourrit le Sang du Foie, calme le Foie, relâche les spasmes et arrête la douleur. Son acidité concentre et retient le Sang, en synergie avec Dāng Guī pour nourrir le Foie. La combinaison Chái Hú – Bái Sháo constitue le cœur stratégique de la formule : l’un disperse, l’autre nourrit et retient, assurant que la dispersion ne vide pas davantage le Sang. Bái Sháo contribue à calmer le Foie hyperactif par le haut en nourrissant son Yin.

Bái Zhú 白朮 et Fú Líng 茯苓 – Conseillers :
Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis macrocephalae), doux et amer, tiède, tonifie le Qi de la Rate et assèche l’Humidité. Fú Líng (Poria cocos), insipide, neutre, tonifie la Rate, calme l’Esprit et drène l’Humidité. Cette paire Bái Zhú – Fú Líng renforce la Rate, organe typiquement affaibli lorsque le Foie est en Stagnation et l’envahit. Leur action tonifiante de la Rate traite la cause secondaire de la disharmonie Foie-Rate, empêchant la Stagnation du Foie d’aggraver le vide de la Rate.

Bò Hé 薄荷 et Shēng Jiāng 生薑 – Conseillers :
Bò Hé (Herba Menthae), acrid, frais et froid, assiste l’Empereur Chái Hú en dispersant la Stagnation du Qi du Foie par sa nature légère et ascendante, et dissipe la Chaleur légère qui peut en résulter. Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis recens), acrid et tiède, harmonise l’Estomac, prévient les nausées et modère la nature froide de Bái Sháo. Ensemble, ils affinent l’action de la formule sur le Jiao moyen.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae preparata), doux et tiède, harmonise toutes les substances de la formule et tonifie le Qi du Centre. Associé à Bái Sháo, il calme la douleur par la combinaison acide-doux (suān gān huà yīn 酸甘化陰). Il sert également de correcteur en modérant les propriétés dispersantes potentiellement excessives de Chái Hú.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Xiāo Yáo 逍遙 évoque la liberté de mouvement, l’errance sans contrainte, la légèreté d’un être qui se déplace librement dans l’espace. Ce terme est directement emprunté au premier chapitre du Zhuāngzǐ 莊子, texte fondateur du taoïsme, intitulé Xiāo Yáo Yóu 逍遙遊 (L’errance absolue) : Zhuangzi y décrit un être idéal qui voyage sans entrave, libéré de toute contrainte et de tout attachement. Appliquer ce nom à la formule exprime l’objectif thérapeutique : redonner au Qi du Foie la fluidité et la liberté de circulation qui caractérisent son état de santé, à l’image du Bois qui doit pouvoir se développer et circuler librement. La poudre (Sǎn 散) évoque aussi la dispersion, ce qui renforce l’idée de libérer ce qui est stagnant.

Position dans la tradition :
La formule est issue du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方, recueil officiel de la Pharmacopée de la Cour des Song (960-1279), compilé sous l’égide du Bureau Impérial de Médecine. Elle est héritière d’une longue réflexion sur la relation Foie-Rate initiée dans le Nèi Jīng 內經. Son utilisation s’est élargie à travers les dynasties suivantes, notamment sous les Ming et les Qing, où les médecins de l’école des maladies des femmes (Fù Kē 婦科) en ont fait un pilier du traitement gynécologique. Les grands commentateurs comme Zhāng Jǐng-Yuè (Ming) et Wáng Kěn-Táng ont développé son usage clinique, et la formule a été étudiée de manière extensive par les médecins contemporains. Maciocia la cite abondamment dans La pratique de la médecine chinoise (Elsevier) comme formule de référence pour la Stagnation du Qi du Foie, en particulier dans un contexte gynécologique.

Équilibre dynamique de la formule :
L’architecture de la Xiāo Yáo Sǎn repose sur une triple logique thérapeutique. Premièrement, la relation de complémentarité entre disperser et nourrir : Chái Hú disperse, Dāng Guī et Bái Sháo nourrissent, évitant que la dispersion ne crée un vide ou que le vide ne soit aggravé par une action trop agressive. Deuxièmement, la relation entre traiter le Foie et soutenir la Rate : la paire Bái Zhú – Fú Líng rectifie la Rate qui subit l’agression du Foie en Stagnation, traitant simultanément la cause (Stagnation du Foie) et l’effet (vide de la Rate). Troisièmement, un équilibre thermique subtil : la nature légèrement froide de Chái Hú et Bái Sháo est tempérée par la chaleur de Dāng Guī et Shēng Jiāng, la formule restant globalement neutre à légèrement tiède, ce qui lui confère une grande polyvalence clinique.

Pertinence clinique contemporaine :
La Xiāo Yáo Sǎn est l’une des formules les plus prescrites dans les cliniques de MTC contemporaines, aussi bien en Chine qu’en Occident. Elle est régulièrement utilisée pour les troubles anxio-dépressifs, le syndrome prémenstruel, la dysménorrhée, les troubles digestifs fonctionnels (syndrome de l’intestin irritable), les hépatites chroniques et les troubles hépatobiliaires. De nombreuses études pharmacologiques modernes ont identifié des effets hépatoprotecteurs, anxiolytiques, antidépresseurs et régulateurs endocriniens pour les composants de la formule, notamment Chái Hú et Bái Sháo. Sa facilité de modification (Jiā Jiǎn) en fait également une base de travail privilégiée pour de nombreuses variations cliniques.

Nuances d’usage :
Xiāo Yáo Sǎn doit être distinguée de Sì Ní Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions), qui traite également la Stagnation du Qi du Foie mais avec des extrémités froides et sans vide de Sang marqué, et de Chái Hú Shū Gān Tāng 柴胡疏肝湯, qui traite une Stagnation du Qi du Foie plus prononcée avec douleur hypocondriaque intense, sans contexte de vide de Sang. Elle se distingue aussi de Yī Guàn Jiān 一貫煎 (Décoction de la Continuité), qui traite un vide de Yin du Foie et des Reins avec Stagnation secondaire, contexte où Xiāo Yáo Sǎn serait trop dispersante. En cas de Feu du Foie prononcé ou de Chaleur significative, la formule doit être modifiée ou remplacée par Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn 加味逍遙散. Elle est déconseillée en cas de vide de Yin sévère du Foie, car Chái Hú peut aggraver la sécheresse.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Feu du Foie avec irritabilité marquée, sensation de chaleur et joues rouges, ajouter Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 6 g et Shān Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) 6 g (formule dérivée : Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn)

– En cas de Stagnation de Sang avec dysménorrhée sévère, ajouter Táo Rén (Semen Persicae) 9 g et Hóng Huā (Flos Carthami) 6 g

– En cas de douleur hypocondriaque intense avec Stagnation de Qi marquée, ajouter Yù Jīn (Radix Curcumae) 9 g et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) 9 g

– En cas de distension abdominale avec déficit de la Rate prononcé, ajouter Chén Pí (Pericarpium Citri reticulatae) 6 g et Shā Rén (Fructus Amomi) 4,5 g

– En cas d’insomnie et d’agitation de l’Esprit, ajouter Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi spinosae) 9 g et Hé Huān Pí (Cortex Albiziae) 9 g

– En cas de nausées et de vomissements par attaque de l’Estomac par le Foie, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g et Zhú Rú (Caulis Bambusae in Taeniam) 6 g

– En cas de vide de Yin du Foie avec sécheresse oculaire et vertiges, ajouter Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) 12 g et Nǚ Zhēn Zǐ (Fructus Ligustri lucidi) 9 g

– En cas de sensation de boule dans la gorge (Méi Hé Qì), ajouter Hòu Pò (Cortex Magnoliae officinalis) 6 g et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g

– En cas de migraines par Stagnation du Qi du Foie ascendant, ajouter Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) 6 g et Màn Jīng Zǐ (Fructus Viticis) 9 g

– En cas de leucorrhées par vide de la Rate et Humidité, ajouter Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) 15 g et Zé Xiè (Rhizoma Alismatis) 9 g

– En cas de hépatite chronique avec élévation des transaminases, ajouter Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) 6 g et Dān Shēn (Radix Salviae miltiorrhizae) 9 g

Formules Dérivées et Associées

– Ajout de Mǔ Dān Pí 牡丹皮 et Shān Zhī Zǐ 梔子 pour traiter le Feu du Foie avec irritabilité et chaleur : Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn 加味逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre et Tranquille Renforcée) – aussi appelée Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散

– Suppression de Shēng Jiāng et Bò Hé, ajout de Shú Dì Huáng 熟地黃 pour tonifier davantage le Sang et le Yin : Hēi Xiāo Yáo Sǎn 黑逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre et Tranquille Noire), indiquée pour un vide de Sang plus profond avec Stagnation du Foie

– Combinaison avec les principes des formules tonifiant la Rate en contexte de fatigue chronique gynécologique : Xiāo Yáo Sǎn associée à Guī Pí Tāng 歸脾湯 pour les saignements utérins par vide de la Rate et Stagnation du Foie

– Modification par ajout de drogues activant le Sang et régulant les règles dans un contexte de dysménorrhée sévère : Xiāo Yáo Sǎn associée à Shī Xiào Sǎn 失笑散

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin sévère du Foie et des Reins : Chái Hú, par sa nature montante et dispersante, peut aggraver la sécheresse et épuiser davantage le Yin ; préférer Yī Guàn Jiān 一貫煎
– Feu du Foie intense avec Chaleur de Sang prononcée : la formule de base est insuffisante ; utiliser Jiā Wèi Xiāo Yáo Sǎn ou Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯
– Humidité-Chaleur du Foie et de la Vésicule Biliaire : les substances nourricières (Dāng Guī, Bái Sháo) peuvent retenir l’Humidité

Mises en garde :
– Utiliser Chái Hú à des doses réduites (3-6 g) en cas de vide de Yin sous-jacent pour limiter son action dispersante sur le Yin
– Bò Hé doit être ajouté en fin de décoction (5 minutes) en raison de sa volatilité
– Grossesse : usage avec précaution, Dāng Guī peut stimuler l’utérus à fortes doses
– Éviter l’usage prolongé sans réévaluation clinique, notamment en cas d’évolution vers un vide de Yin

Populations à risque :

Patients avec Yin constitutionnellement faible
Personnes souffrant de saignements abondants (Dāng Guī est activateur du Sang)
Pathologies hépatiques sévères avec insuffisance hépatocellulaire

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和劑局方 Dynastie Song (960-1279) – Bureau Impérial de Médecine Source primaire de la formule ; première codification officielle
Nèi Jīng – Sù Wèn 內經·素問 Antiquité (auteur collectif, rédaction ~200 av. J.-C. – IIe s. ap. J.-C.) Fondements théoriques de la relation Foie-Rate, des cinq Mouvements et de la pathologie du Bois envahissant la Terre
Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 Dynastie Ming – Zhāng Jǐng-Yuè (1563-1640) Développement du contexte gynécologique et des modifications de la formule
Fù Kē Yù Chǐ 婦科玉尺 Dynastie Qing – Shěn Jīn-áo (1717-1776) Usage gynécologique approfondi : dysménorrhée, irrégularités menstruelles, leucorrhées
Yī Zōng Jīn Jiàn 醫宗金鑑 Dynastie Qing – Wú Qiān et al. (1742) Commentaire officiel Qing ; analyse de la composition et des modifications



Chai Hu Shu Gan Tang

柴胡疏肝湯 Chái Hú Shū Gān Tāng
Décoction de Buplèvre pour diffuser le Qi du Foie

Catégorie : Formules qui harmonisent (hé jiě jì 和解剂)
Sous-catégorie : Formules qui harmonisent le Foie et la Rate (tiáo hé gān pí jì 调和肝脾剂)
Source : Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Jing Yue), Zhang Jie-Bin, 1624

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 柴胡 Chái Hú Radix Bupleuri Buplèvre 6 g
M 香附 Xiāng Fù Rhizoma Cyperi Souchet rond 4,5 g
M 川芎 Chuān Xiōng Rhizoma Chuanxiong Ligustique de Chine 4,5 g
C 枳殼 Zhǐ Ké Fructus Aurantii Fruit mûr de l’oranger amer 4,5 g
C 白芍 Bái Sháo Radix Paeoniae Alba Pivoine blanche 4,5 g
C 陳皮 Chén Pí Pericarpium Citri Reticulatae Écorce de mandarine séchée 6 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix Glycyrrhizae Praeparata Réglisse préparée au miel 1,5 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Disperse le Foie et régule le Qi
Active le Sang et soulage la douleur
Harmonise les mouvements du Qi dans le Réchauffeur Moyen

Indications

Syndromes traités :
Stagnation du Qi du Foie avec douleur hypocondriale
Stagnation du Qi entravant la circulation du Sang
Stagnation du Qi du Foie envahissant l’Estomac et la Rate

Tableau Clinique

Langue :
Corps de langue de couleur normale à légèrement rouge sur les bords, enduit mince et blanc, ou légèrement violacé si la stagnation de Sang est présente

Pouls :
Xián 弦 (en corde) : pouls en corde, signe principal de la Stagnation du Qi du Foie, marquant la tension et la résistance au flux
Xián Sè 弦澀 (en corde et rugueux) : pouls en corde et rugueux indiquant une stagnation de Sang associée à la Stagnation du Qi

Liste des Symptômes

Signes principaux :
Douleur et distension des hypocondres, unilatérale ou bilatérale
Sensation d’oppression et de plénitude dans la poitrine
Soupirs fréquents
Irritabilité, humeur changeante, tendance à la colère
Douleurs abdominales aggravées par les émotions

Signes digestifs et secondaires :
Nausées, éructations, régurgitation acide
Ballonnements épigastriques
Douleurs erratiques dans l’abdomen
Dysménorrhée ou irrégularités menstruelles
Sensation de boule dans la gorge (prunier dans la gorge)

Analyse de la Formule

Chái Hú 柴胡 – Empereur :
Chái Hú (Radix Bupleuri) est l’herbe souveraine, acide, amère et légèrement froide. Elle pénètre les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire pour disperser la Stagnation du Qi du Foie, lever la contrainte intérieure et élever le Yang clair. Sa nature ascendante et dispersante en fait l’outil privilégié pour dégager le Qi stagnant du Foie et soulager les douleurs hypocondrale et abdominale liées à la dépression-contrainte du Foie. Scheid et al. soulignent que cette plante est indispensable dans toutes les formules visant à harmoniser le Foie et à disperser sa Stagnation de Qi.

Xiāng Fù 香附 – Ministre :
Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) est le principal régulateur du Qi du Foie dans la pharmacopée chinoise. D’un point de vue thérapeutique, cette substance acide, légèrement amère et légèrement douce entre dans les méridiens du Foie, du Triple Réchauffeur et de l’Estomac pour réguler et désobstruer le Qi du Foie, soulager la douleur et harmoniser les relations Foie-Estomac. Chen & Chen précisent que Xiāng Fù est particulièrement efficace pour traiter les douleurs hypocondrale et abdominale liées à la Stagnation du Qi du Foie, et sa combinaison avec Chái Hú amplifie l’action de dispersion du Foie.

Chuān Xiōng 川芎 – Ministre :
Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong), acide et chaud, entre dans les méridiens du Foie, de la Vésicule Biliaire et du Péricarde. En tant que deuxième Ministre, il active le Sang, désobstrue les vaisseaux, régule le Qi dans le Sang et soulage la douleur. Cette substance joue un rôle crucial dans la prévention du passage de la Stagnation du Qi à la stagnation de Sang, évolution fréquente et préoccupante dans les cas chroniques. Bensky et al. notent que son association avec Xiāng Fù et Chái Hú optimise la levée de la Stagnation du Qi du Foie tout en protégeant la circulation sanguine.

Zhǐ Ké 枳殼 – Conseiller :
Zhǐ Ké (Fructus Aurantii), amer, acide et légèrement froid, entre dans les méridiens du Foie, de la Rate et de l’Estomac. Ce Conseiller fait descendre le Qi, désobstrue les accumulations de Qi dans le Réchauffeur Moyen et soulage la distension abdominale et la plénitude de Qi thoracique. Agissant en opposition complémentaire avec l’action ascendante de Chái Hú, il assure le bon mouvement bidirectionnel du Qi et prévient tout déséquilibre ascendant.

Bái Sháo 白芍 – Conseiller :
Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), amer, acide et légèrement froid, entre dans les méridiens du Foie et de la Rate. Ce Conseiller nourrit le Yin du Foie et le Sang, calme le Yang du Foie et relâche la tension musculaire. Son rôle est fondamental dans cette formule car la Stagnation du Qi du Foie consomme le Yin et le Sang du Foie avec le temps : Bái Sháo prévient cette déplétion en nourrissant la substance du Foie tout en aidant à soulager la douleur. Maciocia souligne que son association avec Zhì Gān Cǎo constitue la combinaison classique Sháo Yào Gān Cǎo Tāng pour relâcher les spasmes et soulager la douleur.

Chén Pí 陳皮 – Conseiller :
Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), acide et chaud, entre dans les méridiens de la Rate et du Poumon. Ce troisième Conseiller régule et fait circuler le Qi dans le Réchauffeur Moyen, transforme les Glaires légères, harmonise l’Estomac et arrête les nausées. Sa présence dans la formule témoigne de la préoccupation pour l’envahissement de l’Estomac et de la Rate par le Foie en plénitude de Qi, une pathologie centrale dans l’utilisation clinique de cette décoction.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Zhì Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae Praeparata), douce et chaude, entre dans tous les méridiens. L’Ambassadeur harmonise toutes les autres substances de la formule, tonifie modérément le Qi de la Rate et, associé à Bái Sháo, constitue la combinaison classique pour relâcher les spasmes et calmer la douleur. Sa petite dose dans cette formule témoigne d’un rôle harmonisant discret plutôt que tonifiant.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom 柴胡疏肝湯 se décompose en trois éléments : Chái Hú 柴胡 désigne le Buplèvre, plante souveraine de la formule ; Shū 疏 signifie « diffuser », « désobstruer », « laisser libre cours à » et évoque le geste de débloquer un canal encombré ; Gān 肝 désigne le Foie, organe cible ; Tāng 湯 est le terme générique pour « décoction ». Le nom désigne donc littéralement une décoction qui, au moyen du Buplèvre, désobstrue et diffuse le Qi du Foie, libérant la contrainte intérieure et restaurant le libre mouvement.

Position dans la tradition :
La formule est issue du Jǐng Yuè Quán Shū 景岳全書 (Œuvres Complètes de Jing Yue) de Zhang Jie-Bin (1563-1640), grand médecin de la dynastie Ming réputé pour sa maîtrise des désordres du Foie et du Rein. Elle est construite sur la base de Sì Nì Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions), formule issue du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing, à laquelle Zhang Jie-Bin a ajouté Xiāng Fù, Chuān Xiōng et Chén Pí pour renforcer l’action de dispersion du Foie et d’activation du Sang. Elle appartient à la grande famille des formules harmonisantes (hé jì 和劑) dont la vocation est de réconcilier deux organes ou deux mouvements du Qi en conflit.

Équilibre dynamique de la formule :
La formule exprime un équilibre remarquable entre plusieurs axes thérapeutiques complémentaires. D’un côté, l’axe ascendant-dispersant de Chái Hú est tempéré par l’axe descendant-désobstruant de Zhǐ Ké, assurant la bonne circulation verticale du Qi. D’un autre côté, l’action de dispersion active du Qi et du Sang par Xiāng Fù et Chuān Xiōng est équilibrée par le rôle nourrissant et protecteur de Bái Sháo sur le Yin du Foie, prévenant que le traitement ne consomme la substance qu’il cherche à libérer. Enfin, la chaleur légère de Chén Pí et Chuān Xiōng contraste avec la légère fraîcheur de Chái Hú et Bái Sháo, ce qui rend la formule globalement neutre et adaptable à une large variété de terrains.

Pertinence clinique contemporaine :
Dans la pratique contemporaine, Chái Hú Shū Gān Tāng est l’une des formules les plus prescrites pour les désordres fonctionnels du système digestif, hépatobiliaire et gynécologique liés au stress et aux facteurs émotionnels. On la retrouve dans le traitement de la dépression légère à modérée, des syndromes anxio-dépressifs, du syndrome du côlon irritable, des cholécystites chroniques, des lithiases biliaires débutantes, de la dysménorrhée primaire, du syndrome prémenstruel et des douleurs intercostales d’origine fonctionnelle. Maciocia la cite abondamment dans son analyse des syndromes de dépression et des douleurs des hypocondres, notamment pour les situations où la Stagnation du Qi du Foie est la pathologie dominante sans vide de Sang ou de Yin significatif.

Nuances d’usage :
La formule est indiquée dans les tableaux de plénitude, lorsque la Stagnation du Qi du Foie est clairement prédominante sur un terrain de Qi et de Sang relativement préservés. Elle doit être distinguée de Xiāo Yáo Sǎn 逍遙散, davantage indiquée en cas de vide de Sang du Foie concomitant, et de Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散 lorsque la stagnation a généré de la Chaleur. L’utilisation prolongée sans modification peut fragiliser le Yin et le Sang du Foie en raison des substances dispersantes et mobilisantes qu’elle contient. Flaws rappelle qu’une attention particulière doit être portée à l’adjonction de substances nourrissant le Sang ou le Yin dès que la stagnation devient chronique.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de douleur hypocondrale intense avec stagnation de Sang, ajouter Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) 9 g et Yù Jīn (Radix Curcumae) 9 g pour activer le Sang et soulager la douleur

– En cas de stagnation de Sang prononcée avec teint violacé et dysménorrhée, ajouter Táo Rén (Semen Persicae) 9 g et Hóng Huā (Flos Carthami) 6 g pour activer le Sang et disperser la stagnation

– En cas de calculs biliaires ou de lithiase avec douleur hypocondrale, ajouter Jīn Qián Cǎo (Herba Desmodii Styracifolii) 9 g et Hǎi Jīn Shā (Spora Lygodii Japonici) 9 g pour favoriser l’élimination des calculs

– En cas de Stagnation du Qi du Foie transformée en Chaleur avec irritabilité marquée, sensation de chaleur et soif, ajouter Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) 9 g et Shān Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) 9 g pour drainer la Chaleur du Foie

– En cas de vide de Sang du Foie concomitant avec fatigue, pâleur et ménorragie, ajouter Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) 9 g et transformer la formule en direction de Xiāo Yáo Sǎn

– En cas d’Humidité-Chaleur dans le Foie et la Vésicule Biliaire avec jaunisse, ajouter Yīn Chén Hāo (Herba Artemisiae Scopariae) 15 g et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) 6 g pour éliminer l’Humidité-Chaleur

– En cas de Stagnation du Qi du Foie envahissant l’Estomac avec nausées et vomissements, ajouter Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) 9 g et Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) 6 g pour harmoniser l’Estomac

– En cas de distension et de plénitude abdominale marquée avec constipation légère, ajouter Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) 6 g et Bīng Láng (Semen Arecae) 9 g pour désobstruer et faire descendre le Qi

– En cas de fibromyalgie avec Stagnation de Qi, stagnation de Sang et Humidité, ajouter Cāng Zhú (Rhizoma Atractylodis) 6 g, Fú Líng (Poria) 6 g, Jī Xuè Téng (Caulis Spatholobi) 6 g et Shā Rén (Fructus Amomi) 4,5 g

Formules Dérivées et Associées

– Formule mère dont est issue Chái Hú Shū Gān Tāng, à utiliser en cas de Stagnation du Qi du Foie avec membres froids par refoulement de la Chaleur intérieure : Sì Nì Sǎn 四逆散 (Poudre des Quatre Rébellions)

– Formule dérivée indiquée en cas de Stagnation du Qi du Foie avec vide de Sang et de Yin du Foie, avec fatigue, pâleur et ménorragie : Xiāo Yáo Sǎn 逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre)

– Formule dérivée indiquée lorsque la Stagnation du Qi du Foie a généré de la Chaleur-Feu avec irritabilité intense, saignements et chaleur : Dān Zhī Xiāo Yáo Sǎn 丹梔逍遙散 (Poudre du Vagabond Libre à la Pivoine de montagne et au Gardénia)

– Formule associée pour les cas de Stagnation du Qi du Foie avec stagnation de Sang dans la poitrine, douleurs fixes thoraciques et palpitations : Xuè Fǔ Zhú Yū Tāng 血府逐瘀湯 (Décoction qui chasse la stagnation de la Demeure du Sang)

– Formule associée pour les cas où la Stagnation du Qi du Foie se double d’une Chaleur-Humidité dans le Foie et la Vésicule Biliaire avec jaunisse, yeux rouges et urines foncées : Lóng Dǎn Xiè Gān Tāng 龍膽瀉肝湯 (Décoction de Gentiane qui draine le Foie)

– Grande formule harmonisante de la même famille, à utiliser lorsque la stagnation du Shao Yang s’accompagne d’alternance de Froid et de Chaleur, de plénitude thoracique et de nausées : Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡湯 (Petite Décoction de Buplèvre)

Précautions

Contre-indications :
– Vide de Yin du Foie et du Rein prédominant sans Stagnation de Qi significative
– Vide de Sang du Foie avec sécheresse, ongles cassants, vision trouble et ménorragie par vide
– Plénitude de Feu du Foie avec montée du Yang du Foie et maux de tête violents à prédominance

Mises en garde :
– Ne pas utiliser de manière prolongée sans modification chez les patients présentant un terrain de vide de Yin ou de Sang du Foie, en raison des propriétés dispersantes et mobilisantes de la formule qui risquent d’aggraver ces vides
– Réduire la dose ou modifier la formule en cas de grossesse, en raison de l’action activante du Sang de Chuān Xiōng
– Surveiller l’apparition de signes de sécheresse (bouche sèche, soif, insomnie) lors d’une utilisation prolongée
– Utiliser avec prudence chez les patients dont le terrain de vide de Qi de la Rate prédomine sur la Stagnation du Qi du Foie

Populations à risque :
Femmes enceintes : prudence en raison de l’action activante du Sang
Patients en vide marqué de Qi, de Sang ou de Yin : adapter la formule en ajoutant des substances tonifiantes
Patients âgés avec terrain de vide de Yin constitutionnel

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Jǐng Yuè Quán Shū (Œuvres Complètes de Jing Yue) 景岳全書 Dynastie Ming, 1624 (Zhang Jie-Bin 張介賓) Texte source de la formule ; Zhang Jie-Bin y systématise le traitement de la Stagnation du Qi du Foie
Shāng Hán Lùn (Traité sur les Maladies Causées par le Froid) 傷寒論 Fin Han de l’Est, env. 220 (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Texte source de Sì Nì Sǎn, formule mère dont est dérivée Chái Hú Shū Gān Tāng
Yī Xué Rù Mén (Introduction à la Médecine) 醫學入門 Dynastie Ming, 1575 (Li Chan 李梴) Décrit les syndromes de Stagnation du Qi du Foie et leurs traitements, contexte d’élaboration de la formule
Lèi Zhèng Zhì Cái (Traitements des Syndromes Classifiés) 類證治裁 Dynastie Qing, 1839 (Lin Pei-Qin 林珮琴) Références et commentaires sur l’utilisation de Chái Hú Shū Gān Tāng pour la douleur hypocondrale et les troubles menstruels

Ma Huang Tang

麻黃湯 Má Huáng Tāng
Décoction d’Éphédra

Catégorie : Formules qui libèrent l’Extérieur (Jiě Biǎo Jì 解表劑)
Sous-catégorie : Formules piquantes et tièdes qui libèrent l’Extérieur (Xīn Wēn Jiě Biǎo Jì 辛溫解表劑)
Source : Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid), Zhang Zhong-Jing, Dynastie Han Orientale (env. 200 apr. J.-C.)

Composition

Rang Chinois Pinyin Nom latin Nom commun français Dosage
E 麻黃 Má Huáng Herba Ephedrae Éphédra (tiges), sans les nœuds 9 g
M 桂枝 Guì Zhī Ramulus Cinnamomi Rameau de cannelier 6 g
C 苦杏仁 Kǔ Xìng Rén Semen Armeniacae Amarum Graine d’abricotier amer, sans peau ni pointe 9 g
A 炙甘草 Zhì Gān Cǎo Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle Réglisse rôtie au miel 3 g

E = Empereur – M = Ministre – C = Conseiller – A = Ambassadeur

Actions

Actions thérapeutiques :
Provoquer la sudation et libérer l’Extérieur (fā hàn jiě biǎo 發汗解表)
Diffuser le Qi du Poumon et calmer la dyspnée (xuān fèi píng chuǎn 宣肺平喘)
Disperser le Froid et lever l’obstruction du Qi Défensif

Indications

Syndromes traités :
Agression externe par le Vent-Froid avec plénitude de l’Extérieur (tài yáng shāng hán zhèng 太陽傷寒證) – tableau d’Extérieur en plénitude
Obstruction du Qi Défensif par le Froid sans sudation
Dyspnée et toux par contrainte du Qi du Poumon due au Froid

Tableau Clinique

Langue :
Langue de coloration normale ou légèrement pâle, enduit mince et blanc (bái tái), non humide excessivement ; absence de modifications notables de la couleur du corps lingual en l’absence d’atteinte intérieure.

Pouls :
浮 (superficiel) : indique que la pathologie est localisée à l’Extérieur, le Qi Défensif se mobilise contre l’agent pathogène
Jǐn 緊 (tendu, serré) : signe caractéristique du Froid ; le Froid contracte et resserre, produisant une tension au toucher, distinguant ce tableau de l’agression par le Vent seul

Liste des Symptômes

Signes généraux :
Frissons intenses prédominants avec fièvre
Absence de sudation (signe cardinal du tableau de plénitude de l’Extérieur)
Céphalées et courbatures généralisées, douleurs musculaires diffuses
Raideur de la nuque

Signes respiratoires :
Dyspnée, respiration difficile ou sifflante (chuǎn 喘)
Toux
Congestion nasale avec écoulement clair

Signes absents (permettant le diagnostic différentiel) :
Absence de transpiration spontanée
Absence de soif
Absence de gorge rouge ou douloureuse

Analyse de la Formule

Má Huáng 麻黃 – Empereur :
Má Huáng (Herba Ephedrae) est la substance pivot de cette formule. Amer, piquant et tiède, il entre dans les méridiens du Poumon et de la Vessie. Sa nature piquante et dispersante lui permet d’ouvrir les pores, de provoquer la sudation et de libérer la superficie, s’attaquant directement au pathogène Vent-Froid emprisonné dans le niveau Tài Yáng. Il agit simultanément sur le Poumon en diffusant son Qi vers le haut et vers l’extérieur, levant ainsi la contrainte qui génère la dyspnée et la toux. Bensky et al. soulignent qu’il est le remède le plus puissant pour ouvrir les interstices et provoquer la sudation, d’où son rang d’Empereur dans cette formule emblématique.

Guì Zhī 桂枝 – Ministre :
Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), piquant et tiède, libère la couche musculaire de l’Extérieur et réchauffe et facilite la circulation du Qi dans les méridiens. Associé à Má Huáng, il renforce considérablement l’action sudorifique de la formule : Má Huáng ouvre les interstices et les pores, tandis que Guì Zhī pousse le pathogène vers l’extérieur. Cette association est décrite par Bensky et al. comme particulièrement efficace pour libérer l’Extérieur. Guì Zhī réchauffe les méridiens et disperse le Froid, régularisant ainsi la relation entre le Qi Nourricier (yíng qì) et le Qi Défensif (wèi qì) qui se trouve entravé.

Kǔ Xìng Rén 苦杏仁 – Conseiller :
Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), amer et légèrement tiède, entre dans le méridien du Poumon. Son action principale est de débloquer la circulation du Qi du Poumon et de favoriser son mouvement descendant, ce qui complète l’action ascendante et dispersante de Má Huáng. L’association de ces deux substances crée un équilibre dynamique entre la diffusion (xuān 宣) et la descente (jiàng 降) du Qi pulmonaire, traitant ainsi efficacement la dyspnée et la toux. Flaws précise que Xìng Rén aide également Má Huáng à expulser le pathogène.

Zhì Gān Cǎo 炙甘草 – Ambassadeur :
Gān Cǎo (Radix et Rhizoma Glycyrrhizae Praeparata cum Melle), doux et tiède après torréfaction au miel, harmonise l’action de toutes les autres substances. Il modère la puissance diaphorétique de Má Huáng et Guì Zhī, prévenant ainsi une sudation excessive qui pourrait léser le Qi et les Liquides Organiques. Il joue le rôle de conseiller correcteur (zuǒ zhì), protégeant le Qi Juste tout en permettant une action sudorifique suffisante et calibrée.

Commentaires

Signification du nom :
Le nom Má Huáng Tāng 麻黃湯 signifie littéralement « Décoction d’Éphédra ». 麻 évoque une sensation d’engourdissement ou de picotement, qualité sensorielle associée à la plante ; Huáng 黃 désigne la couleur jaune caractéristique des tiges séchées. Le terme Tāng 湯 désigne la forme décoction, mode de préparation qui en maximise la puissance diaphorétique et la rapidité d’action – propriétés essentielles dans un contexte d’agression externe aiguë.

Position dans la tradition :
Cette formule occupe une place canonique dans le corpus de la médecine chinoise classique. Tirée du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing, elle est citée au moins neuf fois dans ce texte fondateur pour le traitement des maladies du niveau Tài Yáng en plénitude, situation désignée par l’expression shāng hán 傷寒 au sens étroit (lésion par le Froid). Bensky et al. la qualifient de « formule classique pour traiter le Froid en excès à l’Extérieur ». Elle est également considérée comme formule-mère d’un grand nombre de dérivés majeurs.

Équilibre dynamique de la formule :
La grande efficacité de cette formule tient à son architecture interne en miroir : Má Huáng et Guì Zhī agissent ensemble sur la superficie en forçant l’ouverture des pores, tandis que Xìng Rén et Zhì Gān Cǎo régulent le Poumon et pondèrent la dispersion. Má Huáng et Xìng Rén forment un binôme pulmonaire classique : le premier diffuse le Qi vers le haut et l’extérieur, le second le fait descendre et se déployer vers le bas. Guì Zhī et Zhì Gān Cǎo forment quant à eux une association tonifiante qui protège le centre tout en favorisant la libération de l’Extérieur. La formule est ainsi conçue pour chasser le pathogène sans dilapider le Qi Juste.

Pertinence clinique contemporaine :
En médecine contemporaine, cette formule reste d’usage courant dans les pathologies respiratoires aiguës répondant au tableau de plénitude de l’Extérieur par Vent-Froid. Elle est indiquée dans la phase initiale des infections des voies aériennes supérieures (rhinites, sinusites, laryngites), de la grippe, des bronchites aiguës, et des crises d’asthme de type Froid. Chen et Chen rapportent son usage étendu à l’asthme bronchique, à la pneumonie lobaire, à la glomerulonéphrite aiguë débutante, et aux formes débutantes de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité. Elle doit impérativement être réservée aux sujets en bonne condition physique générale, présentant un pouls superficiel et tendu avec absence totale de transpiration.

Nuances d’usage :
La distinction fondamentale entre Má Huáng Tāng et Guì Zhī Tāng 桂枝湯 repose sur la présence ou l’absence de sudation : Má Huáng Tāng est indiquée pour le tableau de plénitude de l’Extérieur (biǎo shí 表實) sans transpiration, alors que Guì Zhī Tāng s’adresse au tableau de vide de l’Extérieur (biǎo xū 表虛) avec sudation. Bensky et al. rappellent que dans le Shāng Hán Lùn, cette agression par le Froid (shāng hán au sens étroit) s’oppose à l’attaque par le Vent (zhōng fēng) traitée par Guì Zhī Tāng. La durée d’administration doit être brève : dès l’apparition d’une légère sudation généralisée, la formule est arrêtée.

Modifications (Jiā Jiǎn 加減)

– En cas de Froid à l’Extérieur avec Chaleur à l’Intérieur (fièvre intense, agitation), ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 15-30 g ; cette transformation donne naissance à Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– En cas de vide de Qi concomitant avec faiblesse constitutionnelle, ajouter Huáng Qí (Radix Astragali) 15-30 g pour tonifier le Qi Défensif

– En cas de gorge rouge ou douloureuse, réduire le dosage de Guì Zhī de moitié et ajouter Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) 9-12 g et Shè Gān (Rhizoma Belamcandae) 6-9 g

– En cas de dyspnée, oppression thoracique et toux avec expectorations blanches et aqueuses, ajouter Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g

– En cas de douleurs articulaires et musculaires intenses avec lourdeur par Vent-Froid-Humidité, ajouter Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) 9-12 g ; cette transformation donne Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– En cas de syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité avec douleurs musculo-articulaires diffuses, ajouter Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) 15-30 g ; cette transformation donne Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– En cas de Froid à l’Extérieur très intense avec Chaleur intérieure, forte fièvre sans transpiration, agitation et pouls flottant et tendu, ajouter Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) 30-60 g, Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) 9 g et Dà Zǎo (Fructus Jujubae) 12 pièces ; cette transformation donne Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– En cas de toux et d’expectorations abondantes avec oppression thoracique, supprimer Guì Zhī et ajouter Sāng Bái Pí (Cortex Mori) 9 g, Sū Zǐ (Fructus Perillae) 9 g, Chì Fú Líng (Poria rubra) 9 g et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) 6 g ; cette transformation donne Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

Formules Dérivées et Associées

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Shēng Jiāng (action diaphorétique atténuée, pour Vent-Froid sans blocage sévère du méridien) : Sān Ào Tāng 三拗湯 (Décoction des Trois Libérations)

– Ajout de Shí Gāo en remplacement de Guì Zhī (transformation vers Chaleur au Poumon) : Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Réglisse et Gypse)

– Ajout de Shí Gāo, Shēng Jiāng et Dà Zǎo (Vent-Froid à l’Extérieur intense avec Chaleur à l’Intérieur, agitation, œdème flottant) : Dà Qīng Lóng Tāng 大青龍湯 (Décoction du Grand Dragon Vert)

– Ajout de Bái Zhú (syndrome Bi par Vent-Froid-Humidité, corps lourd, douleurs articulaires) : Má Huáng Jiā Zhú Tāng 麻黃加朮湯 (Décoction d’Éphédra avec Atractylode)

– Ajout de Yì Yǐ Rén avec dosages réduits (Vent-Humidité à l’Extérieur, fièvre aggravée l’après-midi, courbatures légères) : Má Xìng Yì Gān Tāng 麻杏薏甘湯 (Décoction d’Éphédra, Abricotier, Coix et Réglisse)

– Suppression de Guì Zhī, ajout de Sāng Bái Pí, Sū Zǐ, Chì Fú Líng, Chén Pí (Vent-Froid au Poumon avec Glaires abondantes) : Huá Gài Sǎn 華蓋散 (Poudre du Dais Fleuri)

– Formule de la même source traitant le niveau Tài Yáng en vide (avec sudation, aversion au Vent) : Guì Zhī Tāng 桂枝湯 (Décoction de Cannelier)

Précautions

Contre-indications :
– Tableau de vide de l’Extérieur avec transpiration spontanée : utiliser Guì Zhī Tāng à la place
– Vide de Qi ou de Yang préexistant sans robustesse constitutionnelle
– Vide de Yin avec chaleur interne ou fièvre par vide
– Grossesse
– Saignements spontanés ou tendance hémorragique (epistaxis récurrents, hémoptysie)
– Hypertension artérielle non contrôlée (en raison des effets adrénergiques de Má Huáng)
– Mictions abondantes et fréquentes (polyurie signant un vide du Bas-Réchauffeur)

Mises en garde :
– Arrêter immédiatement l’administration dès l’apparition d’une légère transpiration généralisée ; ne pas poursuivre au-delà
– Éviter une sudation excessive qui lèserait le Qi, le Sang et les Liquides Organiques
– Prendre la décoction chaude et couvrir le patient pour favoriser une légère transpiration
– Ne pas décocter les substances piquantes-aromatiques plus de 20-30 minutes pour préserver leur principe actif volatile
– Ne pas utiliser une fois que l’agent pathogène s’est transformé et pénétré à l’Intérieur (disparition du pouls superficiel, apparition de la soif, langue rouge)
– Usage à court terme uniquement ; interrompre dès résolution du tableau

Populations à risque :
– Personnes âgées et enfants en bas âge : risque de sudation excessive et de lésion du Qi
– Patients constitutionnellement faibles, convalescents, post-partum
– Patients sous traitement pour hypertension ou pathologies cardio-vasculaires
– Patients avec antécédents d’épistaxis ou de troubles de la coagulation

Textes de Référence

Source Chinois Époque (Auteur) Pertinence
Shāng Hán Lùn (Traité des Maladies Causées par le Froid) 傷寒論 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Source primaire ; présentation canonique de la formule pour le niveau Tài Yáng en plénitude (shāng hán), citée au moins 9 fois dans le texte
Jīn Guì Yào Lüè (Précis des Prescriptions du Coffret d’Or) 金匱要略 Dynastie Han Orientale, env. 200 apr. J.-C. (Zhang Zhong-Jing 張仲景) Usage étendu à l’œdème aigu flottant et aux formules dérivées : Má Huáng Jiā Zhú Tāng et Má Xìng Yì Gān Tāng
Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng (Formulaire de Grâce Impériale de l’Ère Tai Ping) 太平惠民和劑局方 Dynastie Song, 1078-1085 (Département Médical Impérial) Codification de dérivés (Sān Ào Tāng, Huá Gài Sǎn) et précisions sur les modalités d’administration
Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 神農本草經 Époque des Han (attribué à l’Antiquité, compilé sous les Han) Premières descriptions des propriétés de Má Huáng : goût amer, nature tiède, action de provoquer la transpiration et de calmer la dyspnée



Long Yan Jiu

Vin de Longane
(龍眼酒 lóng yǎn jiǔ)

Long Yan Jiu

Actions :

Tonifie le Cœur et nourrit le Sang

Indications :

Préoccupation excessive et anxiété, palpitations, insomnie, mémoire diminuée.

Cette préparation peut également être recommandée pour les femmes comme formule de beauté, parce que le Sang nourrit et assouplit la peau, et que le visage correspond au Cœur. Ainsi, nourrir le Sang du Cœur est également bon pour nourrir la peau du visage.

Ingrédients :

Longane séché (lóng yăn ròu 龙眼肉 Arillus Euphoriae Longanae) 250 g
Vin rouge (紅酒 hóng jiǔ) : 75 cl

long yan rou

Le vin (de raisin) rouge tonifie le Qi et nourrit le Sang, active la circulation du Sang, tonifie le Rein et le Foie.

Préparation :

Placer les longanes séchés dans un récipient et laisser mariner dans le vin pendant 100 jours.
Filtrer et conserver.

long yan jiu

long yan jiu

long yan jiu

Posologie :

Une petite tasse (10 cl) par jour

(A consommer avec modération)

 

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Vins médicinaux en Médecine Traditionnelle Chinoise

Bai jiuL’utilisation de l’alcool pour faire macérer des plantes est la plus ancienne méthode de préparation  médicinale. Des inscriptions indiquant l’utilisation de vins ont été retrouvées sur des os oraculaires datant de la dynastie Shang (1765-1122 AEC).
Le caractère utilisé pour « alcool » jiǔ, représente une jarre dans laquelle les liqueurs conservées et vieillies sont mûries et parfaites .

L’étroite relation entre l’utilisation de l’alcool et la médecine se retrouve dans le caractère ancien « médecine », .
Le caractère ancien pour « médecine »   , tel que décrit dans le  le Livre des Rites, inclus le radical « chamane », et au-dessus, le caractère « gémir ». L’idéogramme décrit un chamane en train guérir une personne qui gémit.
Par la suite lorsque la médecine par les plantes se développa, le chamane fut remplacé par la jarre d’alcool pour donner le caractère traditionnel « médecine » ( chinois simplifié).

Associé avec le caractère yào « remède », cela donne le terme 藥酒 yào jiǔ, vin médicinal.

L’alcool à la caractéristique de préserver les remèdes souvent précieux, ce qui était un avantage important dans la Chine ancienne, et de dissoudre les substances actives des plantes.

Yao

Les propriétés de l’alcool en Médecine Chinoise sont d’être de saveur Piquant et Doux/Amer, et de nature Chaude, toxique.
Pris en petite quantité, l’alcool active la circulation du Sang, ouvre les méridiens, tonifie le Sang et résout les Stases, chasse le Vent et le Froid. Mais l’alcool modifie également les propriétés des plantes en augmentant leur nature Chaude.
Du fait des propriétés intrinsèques de l’alcool, l’utilisation des vins médicinaux se limite à seulement quelques symptômes et constitutions.

Par exemple, dans le Pǔjì Fāng 普济方, le plus grand compendium écrit durant la dynastie Ming (1368-1644) qui réunit plus de 50 000 formules, seules 300 formules sont à base d’alcool.
Zhāng Zhòngjǐng 张仲景, célèbre médecin et auteur du Shānghán Zábìng Lùn 傷寒雜病論 (Traité des attaques du Froid et de diverses maladies), préconisait de n’utiliser les vins médicinaux que lorsque les effets de réchauffement et d’activation de la circulation du Sang étaient requis.

Qian Jin Yao Fang 千金要方
Qian Jin Yao Fang 千金要方

Sūn Sīmiǎo 孙思邈 (581 – 682), auteur du Qiānjīn Yào Fāng 千金要方 (Prescriptions valant mille onces d’or) dans lequel sont mentionnés 80 formules de vins médicinaux, avertissait les médecins et les patients sur les effets secondaires néfastes de l’alcool lorsqu’il était consommé en quantités excessives.
Cependant, il mentionne qu’il est absolument essentiel de boire la préparation suivant les quantités indiquées jusqu’à ce que les effets soient ressentis.

Les vins médicinaux peuvent être utilisés comme traitements, mais également pour prolonger la vie. Chez les personnes âgées le Yang Qi diminue, les vaisseaux deviennent plus rigides, les attaques du climat tel que le Vent, le Froid, l’Humidité, le brouillard et la pluie, se font plus fortement ressentir. Une petite consommation d’alcool permet d’activer la circulation du Sang, de chasser le Vent, d’alléger le corps et de prolonger la vie. Les vins médicinaux devraient être consommés durant l’hiver et arrêté au printemps pour « prévenir cent maladies ».

D’une manière générale, les personnes ayant des problèmes d’hypertension, problèmes de foie, certaines maladies cardiaques, allergies à l’alcool, ne devraient pas utiliser les vins médicinaux. Strictement déconseillé aux femmes enceintes et aux enfants. De plus, l’alcool peut interagir avec des médicaments tels que diurétiques, antihypertenseurs, antidépresseurs, et autres médicaments.

Il est conseillé de prendre conseil auprès de votre praticien en Médecine Chinoise avant tout traitement.

Conseils de préparation des Yào Jiǔ 藥酒, vins médicinaux

Yao Jiu

Le terme Jiǔ désigne aussi bien le vin de riz, équivalent du saké japonais titrant entre 17 et 25°, que le cognac ou les alcools de grains distillés comme la vodka à 40°. Il faut éviter d’utiliser des alcools de fruits (eau-de-vie).

Yao Jiu

Pour faire macérer les plantes, les alcools blancs sont préférables. Pour une absorption plus importante des plantes, il vaut mieux utiliser les vins de riz. Les alcools jaunes comme le cognac tonifient le Sang et soulagent les douleurs. Les vins de raisin s’accompagnent bien avec les repas, tonifient le Cœur, élèvent l’Esprit. Les bières à base d’orge fermentée sont nourrissantes et renforcent l’Estomac et la digestion.

Pour faire macérer les plantes, il est conseillé d’utiliser un grand récipient en verre, en terre cuite ou en porcelaine, de deux litres ou plus, muni d’un couvercle hermétique ou d’un bouchon en liège.

La proportion de plantes représente en général le tiers de la préparation.

Yao Jiu

Conserver la préparation dans un endroit frais et sombre, idéalement dans une cave, à l’abri du soleil.

Il faut laisser macérer un minimum de 15 à 21 jours. Plus la macération est longue, plus la préparation sera forte. Il n’est pas rare que des vins médicinaux soient macérés plus d’un an. En général, lorsque la préparation ne devient pas plus foncée, le maximum de principes actifs a été extrait.

Remuer doucement la préparation deux à trois fois par semaine le premier mois, puis une fois par semaine le reste du temps.

Yao Jiu

A la fin de la macération, filtrer les ingrédients en les pressant pour en extraire le maximum d’alcool afin de transvaser dans une bouteille, mais il est également possible de laisser les ingrédients. Conserver dans un endroit frais et sec, mais pas au réfrigérateur.

Pour améliorer le goût des vins médicinaux, après avoir filtré les plantes, il est possible de rajouter un peu de miel ou de sucre roux.

La quantité pour une dose est d’environ 2 à 4 cl, à prendre pur, ou dilué dans 2 à 4 parts d’eau, de préférence tiédit, après les deux repas principaux.

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Si Wu Tang

si wu tang
Décoction des Quatre Ingrédients
(四物湯 sì wù tāng)

Formule de base pour nourrir le Sang.

Catégorie

Formules reconstituantes et tonifiantes (Bu Yi Ji)
Formules qui tonifient le Sang (Bu Xue Ji)

Composition

E 熟地黄 SHU DI HUANG Radix rehmanniae glutinosae prep. racine de digitale chinoise préparée 9-21 g
E 當歸 DANG GUI Radix angelicae sinensis racine d’angélique chinoise 9-12 g
E 白芍 BAI SHAO YAO Radix paeoniae lactiflorae racine de pivoine blanche 9-15 g
E 川芎 CHUAN XIONG Radix ligustici wallichi racine de livèche 3-6 g

E = Empereur M = Ministre C = Conseiller A = Ambassadeur

Actions

– Nourrit et mobilise le Sang
– Harmonise le Foie

Indications

– Vide de Sang (essentiellement Vide de Sang du Foie)
– Anémie, vertige, vision trouble, céphalée, teint pâle et terne, ongles cassants.
– Douleurs péri-ombilicale ou du bas-ventre, dysménorrhée.
– Règles irrégulières avec peu de sang ou aménorrhée.
– Tension musculaire généralisée.
– Menace d’avortement, agitation du fœtus.
– Lactation insuffisante, lochiométrie, faiblesse du postpartum.
– Urticaire.

LANGUE POULS
Pale
pâle
Pouls
fin (细 ) et tendu ( Xiān) ou rugueux (Sè)

 



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