Wu Mei

Wu Mei

Wū Méi (Fructus Pruni Mume)

Identification

Chinois : 烏梅
Pinyin : wū méi
Traduction : prune noire
Nom commun : fruit de prunier japonais noirci
Nom latin : Fructus Pruni Mume
Famille : Rosaceae
Espèces : Prunus mume Sieb. et Zucc. (烏梅 wū méi)
Partie utilisée : fruit séché, noirci par cuisson à la fumée
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Wu Mei

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui stabilisent et resserrent (astringeants) (shōu liǎn gù shè yào 收敛固摄藥)
Saveurs : Acide (酸 suān)
Nature : Neutre (平 píng) – selon certaines sources : légèrement tiède
Méridiens : Foie (肝 gān), Rate (脾 pí), Poumon (肺 fèi), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 10-30 g en décoction (maximum 30 g) ; usage externe en pâte selon besoin

Propriétés :

Retient le Qi du Poumon et arrête la toux, resserre les Intestins et arrête la diarrhée, génère les liquides organiques et calme la soif, expulse les parasites et calme la douleur, arrête les hémorragies utérines (forme carbonisée), traite les cors et verrues (usage externe).

Précautions :

Wū Méi est contre-indiqué en cas de Chaleur en excès ou de stagnation. En raison de son puissant effet astringent, il ne doit pas être utilisé seul pour traiter les diarrhées aiguës, les dysenteries infectieuses ou les diarrhées causées par une intoxication alimentaire. Il est également contre-indiqué lors de la première phase d’une toux exogène ou d’un syndrome externe non résolu. La forme carbonisée (wū méi tàn) est spécifiquement réservée au traitement des hémorragies utérines chroniques par déficience.

Fonctions principales :

Retient le Qi du Poumon
Arrête la toux chronique
Resserre les Intestins
Arrête la diarrhée et la dysenterie chroniques
Génère les liquides organiques
Calme la soif chronique
Expulse les parasites intestinaux
Calme la douleur due aux parasites
Arrête les hémorragies utérines (forme carbonisée)
Traite les cors et verrues (usage externe)

Actions et Indications

– Retient le Qi du Poumon et arrête la toux :
Wū Méi possède une forte saveur acide qui lui permet de contracter et de retenir le Qi du Poumon afin d’arrêter les toux chroniques dues à une déficience du Poumon. Il est indiqué dans les toux sèches chroniques d’origine déficiente, accompagnées d’un essoufflement et d’une voix affaiblie.
– Pour la toux chronique due à la déficience du Poumon, Wū Méi est associé à Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Hé Zǐ (Fructus Chebulae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) et Bǎi Hé (Bulbus Lilii).
– Pour la toux chronique avec aphonie et pharyngite chronique, Wū Méi est associé à Hé Zǐ (Fructus Chebulae), Shè Gān (Rhizoma Belamcandae) et Chán Tuì (Periostracum Cicadae).

– Resserre les Intestins et arrête la diarrhée :
Wū Méi resserre les Intestins pour traiter les diarrhées et dysenteries chroniques dues à une déficience du Qi du Gros Intestin. Il est particulièrement approprié lorsque la diarrhée chronique s’accompagne de signes de déficience de la Rate et de l’Estomac.
– Pour la diarrhée chronique due à une déficience, Wū Méi est associé à Yīng Sù Ké (Pericarpium Papaveris) et Hé Zǐ (Fructus Chebulae).
– Pour la dysenterie chronique, Wū Méi est associé à Chì Shí Zhī (Halloysitum Rubrum), Hé Zǐ (Fructus Chebulae) et Sì Shén Wán (Pilule des Quatre Miracles).
– Pour la diarrhée chronique avec déficience du Qi du Gros Intestin, Wū Méi est associé à Lóng Gǔ (Os Draconis), Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Chì Shí Zhī (Halloysitum Rubrum).

– Génère les liquides organiques et calme la soif :
La saveur acide de Wū Méi lui confère la capacité de générer les liquides organiques et de calmer la soif chronique due à une Chaleur-déficiente blessant le Yin. Il est approprié pour les maladies chroniques avec signes de déficience du Yin se manifestant par une soif persistante, une perte de poids et de l’irritabilité.
– Pour la soif en contexte de diabète, de diabète insipide ou d’hyperthyroïdie, Wū Méi est associé à Xī Yáng Shēn (Radix Panacis Quinquefolii), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae).
– Pour la soif estivale due à la Chaleur-Canicule, Wū Méi est traditionnellement pris en boisson sucrée pour générer les liquides organiques.

– Expulse les parasites et calme la douleur :
La saveur acide de Wū Méi calme et affaiblit les parasites intestinaux, en particulier les ascaris, facilitant leur expulsion lorsqu’il est associé à d’autres remèdes antiparasitaires. Il est spécifiquement indiqué dans les douleurs abdominales vives de type colique causées par les ascaris, ainsi que dans les ascaris des voies biliaires.
– Pour les ascaris intestinaux et les ankylostomes avec douleurs abdominales et vomissements, Wū Méi est associé à Xì Xīn (Herba Asari), Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), Shǐ Jūn Zǐ (Fructus Quisqualis) et Huā Jiāo (Pericarpium Zanthoxyli). Formule Wū Méi Wán 烏梅丸 (Pilule de Prune Noire).

– Arrête les hémorragies utérines (forme carbonisée) :
La forme carbonisée de Wū Méi (wū méi tàn 烏梅炭) traite les hémorragies utérines chroniques résultant d’une déficience.

– Traite les cors et verrues (usage externe) :
Wū Méi est utilisé en application topique sous forme de pâte pour traiter les cors et verrues. On fait macérer 30 grammes de Wū Méi dans de l’eau salée pendant 24 heures, on retire le noyau, puis on ajoute du vinaigre pour obtenir une pâte appliquée localement, à retirer après 2 à 3 jours. Cette préparation est également utilisée pour traiter les ulcères et plaies cutanées.

Liste des symptômes

Troubles du Poumon – toux chronique :
Toux sèche chronique due à la déficience du Poumon
Essoufflement et voix affaiblie
Aphonie et pharyngite chronique

Troubles digestifs :
Diarrhée chronique et dysenterie chronique par déficience
Prolapsus rectal chronique
Douleurs abdominales coliques dues aux ascaris
Ascaris des voies biliaires avec vomissements et douleurs

Troubles par déficience du Yin :
Soif chronique intense due à la Chaleur-déficiente
Perte de poids avec irritabilité
Soif dans le contexte d’un diabète ou hyperthyroïdie

Hémorragies :
Hémorragies utérines chroniques par déficience (forme carbonisée)
Saignements divers par déficience

Indications cutanées (usage externe) :
Cors et verrues plantaires
Ulcères et plaies cutanées récalcitrantes

Commentaire

Wū Méi (烏梅) est le fruit du prunier Prunus mume, noirci par une cuisson lente à la fumée, ce qui lui confère sa couleur sombre caractéristique et concentre ses propriétés astringentes. Premier cité dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), ce remède occupe depuis plus de deux millénaires une place de choix parmi les herbes astringentes de la pharmacopée chinoise. Sa saveur fortement acide est le fondement de l’ensemble de ses actions thérapeutiques.

En médecine chinoise classique, la saveur acide possède une double fonction : d’une part, elle retient et astringente, ce qui explique la capacité de Wū Méi à prévenir la fuite du Qi du Poumon lors des toux chroniques, à retenir le Qi du Gros Intestin lors des diarrhées chroniques et à consolider le Yin pour arrêter les hémorragies (forme carbonisée) ; d’autre part, elle génère les liquides organiques et calme la soif, ce qui en fait un remède de choix pour les syndromes de déficience du Yin avec soif persistante. La saveur acide possède également la propriété particulière de « calmer » les parasites intestinaux en modifiant leur milieu interne, facilitant ainsi leur expulsion par des remèdes antiparasitaires complémentaires.

Wū Méi se distingue de Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) par son orientation davantage digestive et antiparasitaire. Alors que Wǔ Wèi Zǐ tonifie le Rein et nourrit le Cœur pour calmer le Shén, Wū Méi génère les liquides organiques, améliore l’appétit, favorise la digestion et expulse les parasites. Les deux herbes arrêtent la transpiration, la diarrhée et la spermatorrhée, mais Wū Méi se distingue par son usage externe pour les cors et verrues, et son action antiparasitaire spécifique aux ascaris. Par rapport à Wǔ Bèi Zǐ (Galla Chinensis), qui est l’herbe astringente la plus puissante de ce groupe, Wū Méi possède une action plus marquée pour générer les liquides organiques et expulser les parasites, tandis que Wǔ Bèi Zǐ est supérieur pour refroidir la Chaleur-déficiente et arrêter les saignements.

L’usage clinique de Wū Méi requiert une discrimination précise du terrain du patient : son fort pouvoir astringent peut piéger des facteurs pathogènes à l’intérieur de l’organisme si l’on ne tient pas compte de la présence d’un excès ou d’une stagnation. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de la Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn souligne que Wū Méi « ne convient pas comme traitement unique des diarrhées aiguës », et qu’il doit toujours être associé à des herbes traitant la cause profonde de l’affection. C’est la raison pour laquelle, dans la grande formule classique Wū Méi Wán, Wū Méi est utilisé en grande quantité mais toujours accompagné d’herbes réchauffantes et clarifiantes pour traiter le syndrome de Chaleur-Froid complexe.

Associations

– avec Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Hé Zǐ (Fructus Chebulae) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) : pour la toux chronique due à la déficience du Poumon

– avec Chì Shí Zhī (Halloysitum Rubrum), Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Lóng Gǔ (Os Draconis) : pour la diarrhée chronique et la dysenterie chronique par déficience

– avec Xī Yáng Shēn (Radix Panacis Quinquefolii), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) et Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) : pour la soif chronique due à la Chaleur-déficiente et le diabète

– avec Xì Xīn (Herba Asari), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata) et Huā Jiāo (Pericarpium Zanthoxyli) : pour les ascaris intestinaux avec douleurs abdominales et vomissements (formule Wū Méi Wán 烏梅丸)

– avec Dà Zǎo (Fructus Jujubae), Fú Xiǎo Mài (Semen Tritici Aestivi Levis) et Sāng Yè (Folium Mori) : pour la transpiration spontanée due à une déficience

– avec Hé Zǐ (Fructus Chebulae), Shè Gān (Rhizoma Belamcandae) et Chán Tuì (Periostracum Cicadae) : pour la pharyngite chronique et l’aphonie

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生烏梅 shēng wū méi) : forme standard, principalement utilisée pour retenir le Qi du Poumon, astringenter les Intestins, arrêter la diarrhée, générer les liquides organiques et expulser les parasites
– carbonisé (烏梅炭 wū méi tàn) : la forme carbonisée renforce l’effet hémostatique et est spécifiquement utilisée pour les hémorragies utérines chroniques par déficience et les diarrhées chroniques sévères

Formules Classiques

Wū Méi Wán (烏梅丸 Pilule de Prune Noire)
Formule issue du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) de Zhāng Zhōng-Jǐng. Elle utilise Wū Méi comme herbe principale en grande quantité (300 fruits) associé à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), Xì Xīn (Herba Asari), Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata), Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Huā Jiāo (Pericarpium Zanthoxyli), Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), Rén Shēn (Radix Ginseng) et Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis). Cette formule traite le syndrome de Jue Yin (syndrome de Chaleur-Froid complexe) avec remontée des ascaris, douleurs abdominales violentes, vomissements, membres froids, irritabilité et diarrhée chronique. Elle est également utilisée en clinique moderne pour les syndromes de Chaleur-Froid complexes avec diarrhée chronique récalcitrante.

Toxicité :

Wū Méi ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques ont mis en évidence des propriétés antibiotiques contre Staphylococcus aureus, Salmonella typhi, Bacillus subtilis, Bacillus dysenteriae, Escherichia coli, Mycobacterium tuberculosis et certains dermatophytes. Une activité relaxante sur la musculature lisse intestinale et une activité antiparasitaire modérée à forte contre les ascaris ont également été documentées. En raison de son fort pouvoir astringent, une utilisation prolongée à doses élevées en l’absence d’indication précise peut retenir des facteurs pathogènes à l’intérieur de l’organisme. Les patients présentant un excès de Chaleur ou une stagnation doivent éviter ce remède.


Kun Bu

Kun Bu

Kūn Bù (Thallus Laminariae seu Eckloniae)

Identification

Chinois : 昆布
Pinyin : kūn bù
Traduction : varech, laminaire
Nom commun : laminaire, kelp, varech
Nom latin : Thallus Laminariae seu Eckloniae
Famille : Laminariaceae / Lessoniaceae
Espèces : Laminaria japonica Aresch. (海带 hǎi dài) ; Ecklonia kurome Okam. (昆布 kūn bù)
Partie utilisée : thalle séché (algue entière séchée)
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Kun Bu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui clarifient la Chaleur et transforment les Mucosités (qīng rè huà tán yào 熱淸化痰藥)
Saveurs : Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi), Rein (腎 shèn)
Dosage : 10-15 g en décoction

Propriétés :

Dissout les Glaires et ramollit les duretés, dissipe les nodules et disperses les masses, régule la circulation des Eaux et réduit les œdèmes.

Précautions :

Kūn Bù doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. Il convient également de l’utiliser avec prudence en cas de Glaires dues au Froid. En raison de sa richesse en iode, une utilisation prolongée à doses élevées doit être supervisée, notamment chez les patients souffrant de troubles thyroïdiens préexistants. Des précautions s’imposent chez les patients sous médicaments antidiabétiques, en raison d’un possible effet synergique hypoglycémiant.

Fonctions principales :

Dissout les Glaires
Ramollit les duretés
Dissipe les nodules et les masses
Régule la circulation des Eaux
Réduit les œdèmes

Actions et Indications

– Dissout les Glaires et ramollit les duretés :
Kūn Bù possède une action puissante pour dissoudre les Glaires, ramollir les duretés et dissiper les nodules. Il traite les gonflements de la thyroïde, le goitre dû à une déficience en iode, l’hyperthyroïdie, les adénopathies cervicales (scrofule), les masses abdominales palpables telles que l’hépatosplénomégalie, ainsi que le gonflement et la douleur du scrotum.
– Pour la scrofule, le goitre et les nodules en général, Kūn Bù est associé à Hǎi Zǎo (Sargassum), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) et Hǎi Gé Fěn (Concha Meretricis seu Cyclinae).
– Pour les masses abdominales palpables, la splénomégalie et l’hépatomégalie, Kūn Bù est combiné avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi), Hóng Huā (Flos Carthami), Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae).
– Pour le goitre dû à une carence en iode, on emploie Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride), formule Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng 海藻玉壺湯 (Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade).
– Pour l’hyperthyroïdie, on utilise Kūn Bù en association avec Hǎi Zǎo (Sargassum) à fortes doses sur une courte période.
– Pour l’hypothyroïdie, on utilise Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum) aux doses habituelles sur une longue période.

– Régule la circulation des Eaux et réduit les œdèmes :
Kūn Bù régule la circulation des Eaux et réduit leur accumulation pour traiter les œdèmes et la dysurie. Cette fonction est cependant relativement faible et Kūn Bù doit être associé à d’autres remèdes diurétiques pour une efficacité maximale.
– Pour les œdèmes et le Qi des jambes (béribéri), Kūn Bù est associé à Zé Xiè (Rhizoma Alismatis), Zhū Líng (Polyporus) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis).

Liste des symptômes

Nodules, goitre et masses :
Goitre (simple ou par carence en iode)
Hyperthyroïdie
Hypothyroïdie
Scrofule (adénopathies cervicales chroniques)
Nodules thyroïdiens
Adénome thyroïdien
Masses abdominales palpables
Splénomégalie et hépatomégalie
Gonflement et douleur du scrotum
Hernies

Troubles des Eaux et de l’Humidité :
Œdème
Dysurie
Béribéri (Qi des jambes)

Commentaire

Kūn Bù (Thallus Laminariae seu Eckloniae) tire son nom de l’algue marine dont il est issu, largement récoltée sur les côtes d’Extrême-Orient. Sa saveur salée lui confère une action caractéristique pour ramollir les duretés et dissiper les accumulations solides, tandis que sa nature froide lui permet de contrer les Glaires chaudes à l’origine des nodules. C’est l’un des remèdes marins les plus importants de la pharmacopée chinoise pour le traitement des affections thyroïdiennes et des accumulations de Glaires.

En médecine chinoise, les gonflements et nodules du cou sont classiquement associés à une stagnation du Qi du Foie et de la Vésicule Biliaire, qui entraîne une accumulation de Glaires transformées en obstruction solide. Kūn Bù agit directement sur ce mécanisme pathologique en dissolvant les Glaires et en ramollissant les duretés. Son association quasi systématique avec Hǎi Zǎo (Sargassum) reflète la complémentarité de ces deux remèdes marins aux propriétés voisines, Kūn Bù étant considéré comme le plus puissant des deux.

Selon le Dr Jiao Shu-De, l’utilisation conjointe de Kūn Bù et de Hǎi Zǎo (Sargassum) est efficace dans le traitement de l’obésité, de l’artériosclérose et de l’hyperlipidémie, élargissant ainsi les indications traditionnelles de ce remède. Son usage dans les troubles thyroïdiens s’explique en partie par sa haute teneur en iode : dans les cas d’hyperthyroïdie, une forte dose sur courte durée exerce un effet de rétrocontrôle négatif sur la libération d’hormone thyroïdienne ; dans les cas d’hypothyroïdie par carence iodée, une dose normale sur longue durée apporte l’iode nécessaire à la synthèse hormonale.

Kūn Bù se distingue de Hǎi Zǎo (Sargassum) et de Hǎi Dài (Thallus Laminariae), deux algues aux propriétés voisines, par sa puissance supérieure : Kūn Bù est le plus fort des trois, suivi de Hǎi Zǎo, puis de Hǎi Dài. Ces trois remèdes marins sont interchangeables dans de nombreuses formules, mais Kūn Bù sera préféré lorsqu’une action plus marquée est requise pour dissoudre les Glaires tenaces et ramollir les duretés consolidées.

Associations

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) : pour la scrofule, le goitre et les nodules

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride) : pour le goitre (formule Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng 海藻玉壺湯 Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade)

– avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Mǔ Lì (Concha Ostreae), Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi), Hóng Huā (Flos Carthami), Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae) : pour les masses abdominales palpables, la splénomégalie et l’hépatomégalie

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum) à fortes doses sur courte période : pour l’hyperthyroïdie

– avec Hǎi Zǎo (Sargassum) aux doses normales sur longue période : pour l’hypothyroïdie par carence iodée

– avec Zé Xiè (Rhizoma Alismatis), Zhū Líng (Polyporus) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis) : pour les œdèmes et le Qi des jambes

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng kūn bù) : forme de base, action pleine pour dissoudre les Glaires, ramollir les duretés et disperser les nodules ; utilisé en décoction, la plus courante en clinique
– sauté à sec (炒用 chǎo kūn bù) : forme légèrement réchauffée, préférée chez les patients présentant une faiblesse digestive pour atténuer le caractère froid du remède
– en poudre (末 ) : utilisé dans certaines préparations où une absorption plus rapide est souhaitée

Formules Classiques

– Hǎi Zǎo Yù Hú Tāng (海藻玉壺湯 Décoction de Sargasse pour la Fiole de Jade)
Cette formule combine Kūn Bù avec Hǎi Zǎo (Sargassum), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Zhè Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Thunbergii), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Chuanxiong) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter le goitre avec stagnation du Qi, accumulation de Glaires et stase du Sang. C’est la formule de référence dans la pharmacopée chinoise pour le traitement du goitre.

Toxicité :

Kūn Bù ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées de 10 à 15 g en décoction. Cependant, en raison de sa richesse en iode, une utilisation prolongée à fortes doses peut perturber la fonction thyroïdienne et doit faire l’objet d’une surveillance médicale. Une prudence particulière s’impose chez les patients sous médicaments antidiabétiques (insuline, sulfonylurées), car Kūn Bù peut potentialiser leur effet hypoglycémiant par un mécanisme synergique. Son caractère froid contre-indique son usage prolongé chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. Aucune interaction médicamenteuse majeure autre que celle décrite n’a été documentée à doses thérapeutiques normales.



Gou Teng

Gou Teng

Gōu Téng (Ramulus cum Uncis Uncariae)

Identification

Chinois : 钩藤
Pinyin : gōu téng
Traduction : vigne à crochets
Nom commun : uncaria, gambiervine
Nom latin : Ramulus cum Uncis Uncariae
Famille : Rubiaceae
Espèces : Uncaria rhynchophylla Miq. Jacks. (钩藤 gōu téng) ; Uncaria macrophylla Wall. (大叶钩藤 dà yè gōu téng) ; Uncaria hirsuta Havil. (毛钩藤 máo gōu téng) ; Uncaria sinensis Oliv. Havil. (华钩藤 huá gōu téng) ; Uncaria sessilifructus Roxb. (无柄果钩藤 wú bǐng guǒ gōu téng)
Partie utilisée : rameaux avec crochets (doubles crochets préférés)
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Gou Teng

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui apaisent le Foie et éteignent le Vent (平肝熄风药 píng gān xī fēng yào)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Légèrement Froid (微寒 wēi hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Péricarde (心包 xīn bāo)
Dosage : 6-15 g, maximum 30 g. Ne pas faire décocter plus de 10-20 minutes (ajouter en fin de cuisson). L’effet antihypertenseur est fortement diminué si la cuisson dépasse 20 minutes.

Propriétés :

Éteint le Vent du Foie et soulage les spasmes, draine la Chaleur du Foie et calmer le Yang du Foie, libère l’extérieur.

Précautions :

Gōu Téng doit être utilisé avec prudence en l’absence de Vent-Chaleur ou de Chaleur en excès. Sa nature légèrement froide contre-indique son usage chez les patients sans feu ou présentant une déficience. Les textes classiques avertissent que les patients déficients ne devraient pas le consommer, car il est capable de « dérober le Qi ». En raison de sa nature légère, ascendante et de son tropisme pour le Foie, il peut inciter le Yang du Foie à monter et, en montant, entraîner avec lui des facteurs pathogènes turbides pour obscurcir les orifices clairs. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Éteint le Vent du Foie
Soulage les spasmes et convulsions
Draine la Chaleur du Foie
Calme le Yang du Foie
Libère l’extérieur

Actions et Indications

– Éteint le Vent du Foie et soulage les spasmes :
Gōu Téng est essentiel pour éteindre le Vent et drainer le Feu. Il est couramment utilisé pour traiter les manifestations de Vent du Foie telles que les convulsions, tremblements, convulsions infantiles, forte fièvre, spasmes, crises épileptiques, éclampsie, crispation des mâchoires, révulsion des yeux, tétanie, irritabilité et agitation.
– Pour les convulsions infantiles, crispation des mâchoires et tremblements, Gōu Téng est associé à Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae) et Quán Xiē (Scorpio).
– Pour le Vent du Foie avec présence de Glaires, on l’associe à Quán Xiē (Scorpio), Wú Gōng (Scolopendra), Tiān Zhú Huáng (Concretio Silicea Bambusae), Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Dǎn Nán Xīng (Arisaema cum Bile).
– Pour la forte fièvre avec montée du Yang du Foie, Gōu Téng est utilisé avec Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), Lóng Dǎn Cǎo (Radix Gentianae) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi), formule Líng Jiǎo Gōu Téng Yǐn 羚角钩藤飲 (Décoction de Corne d’Antilope et Uncaria).
– Pour les convulsions avec Tiān Zhú Huáng (Concretio Silicea Bambusae), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Chán Tuì (Periostracum Cicadae).
– Pour les convulsions infantiles avec fièvre élevée, Lóng Chǐ (Fossilia Dentis Mastodi), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae).

Gōu Téng traite également l’accident vasculaire cérébral lorsque le Vent du Foie se combine aux Glaires, entraînant perte de connaissance soudaine, paralysie faciale, hémiplégie ou perte de la parole.
– Pour l’accident vasculaire cérébral, Gōu Téng est associé à Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), Bái Jí Lí (Fructus Tribuli), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae), Dì Lóng (Pheretima) et Chuān Shān Jiǎ (Squama Manis).

– Draine la Chaleur du Foie et calme le Yang du Foie :
Gōu Téng draine la Chaleur du Foie et calme le Yang du Foie pour les syndromes de Feu du Foie et de montée du Yang du Foie avec céphalées, sensation de distension dans la tête, vertiges, hypertension, acouphènes, insomnie, sensation de tête lourde et contractions musculaires involontaires. Récemment utilisé pour l’hypertension artérielle, en particulier de ce type.
– Pour l’hypertension avec céphalées et sensation de distension dans la tête, Gōu Téng est associé à Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) et Huáng Qín (Radix Scutellariae).
– Pour les vertiges et étourdissements, on l’ajoute à Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Shí Jué Míng (Concha Haliotidis).
– Pour l’hypertension, on l’associe à Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae) et Bái Jí Lí (Fructus Tribuli).
– Avec Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae), Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) pour les vertiges dus au Vent du Foie, formule Tiān Má Gōu Téng Yǐn 天麻钩藤飲 (Décoction de Gastrodie et Uncaria).
– Avec Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Lóng Dǎn Cǎo (Radix Gentianae) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) pour les céphalées et vertiges dus au Feu du Foie.
– Avec Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) pour l’hypertension due à la montée du Yang du Foie.
– Avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : Bái Sháo tonifie le Yin du Foie pour calmer et adoucir le Foie, nourrissant le Sang du Foie tout en retenant le Qi et le Yang du Foie, il traite ainsi la racine de l’exubérance du bois-Foie avec agitation du Vent. Gōu Téng est doux et légèrement froid avec une puissante action de calmer le Foie, il traite ainsi la branche qu’est la montée du Yang du Foie. Cette association est souvent utilisée pour les céphalées, vertiges, irritabilité, agitation et insomnie avec rêves perturbants.

– Libère l’extérieur :
Gōu Téng est utilisé pour les syndromes de Vent-Chaleur externe avec symptômes tels que fièvre, céphalées et yeux rouges. Il est également utilisé pour la non-expression complète des éruptions cutanées.
– Avec Bò Hé (Herba Menthae haplocalycis), Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) pour le Vent-Chaleur contracté de l’extérieur avec céphalées, yeux rouges et non-expression des éruptions.

Liste des symptômes

Vent du Foie et spasmes :
Convulsions et tremblements
Convulsions infantiles et épilepsie
Crispation des mâchoires et révulsion des yeux
Tétanie et opisthotonos
Éclampsie
Irritabilité et agitation extrêmes

Montée du Yang du Foie et Feu du Foie :
Céphalées avec sensation de distension
Vertiges et étourdissements
Acouphènes
Hypertension artérielle
Insomnie avec rêves perturbants
Yeux rouges et irritabilité
Contractions musculaires involontaires

Accident vasculaire cérébral :
Perte de connaissance soudaine
Paralysie faciale et hémiplégie
Perte de la parole
Engourdissement des membres

Vent-Chaleur externe :
Fièvre avec céphalées
Yeux rouges et douloureux
Éruptions cutanées incomplètement exprimées
Pleurs nocturnes des nourrissons

Commentaire

Gōu Téng (Ramulus cum Uncis Uncariae) tire son nom du roseau uncaria dont les rameaux portent des crochets caractéristiques en forme d’ancre. Ce remède est doux, légèrement froid, et entre dans les méridiens du Foie et du Péricarde. Le Foie gouverne le Vent et le Péricarde gouverne le Feu. Le Vent et le Feu peuvent se provoquer mutuellement pour causer des troubles tels que les convulsions infantiles, les vertiges et les céphalées. En raison de sa nature légère, clarifiante et rafraîchissante, qui non seulement draine le Feu mais aussi sédiment le Vent, ce remède peut traiter des syndromes tels que la Chaleur extrême générant des convulsions et la Chaleur du méridien du Foie, ou la montée du Yang du Foie entraînant vertiges, céphalées et yeux rouges. Il est particulièrement approprié pour les convulsions infantiles.

Le Bǎo Cǎo Yán Yì 本草衍義 (Extension de la Signification de la Matière Médicale) souligne que Gōu Téng est « rapide et tranchant par nature, en un instant il peut expulser les Glaires-Vent, ouvrir le Qi bloqué, ou calmer les convulsions infantiles… cependant, si on le fait décocter longtemps, il n’a plus de puissance ». Chén Shì-Duó avertit dans le Běn Cǎo Xīn Biān 本草新編 (Nouvelle Compilation de la Matière Médicale) que « la génération du Vent-Feu est généralement causée par l’insuffisance de l’Eau du Rein, conduisant à la sécheresse du bois et à la flambée du Feu. Utiliser un peu de Gōu Téng parmi des herbes tonifiant le Yin disperse facilement le Vent-Feu. Si on ne tonifie pas le Yin et utilise seulement Gōu Téng pour éliminer le Vent et disperser le Feu, le Vent ne sera pas éteint et le Feu flambera encore plus ! »

Zhāng Shān-Léi, dans le Běn Cǎo Zhèng Yì 本草正義 (Rectification du Sens de la Matière Médicale), explique sa capacité à traiter les convulsions infantiles : « L’affection convulsive est une maladie causée par le Foie en flamme générant du Vent, le Qi, le Vent et le Feu montant et déferlant dans les neurones du cerveau. Cette substance est légère, clarifiante et rafraîchissante, capable de drainer le Feu et de sédimenter le Vent. »

Gōu Téng se distingue de Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae) par sa nature froide et son action plus puissante pour éteindre le Vent du Foie en drainant la montée du Yang du Foie. Tiān Má est neutre et riche en huile, il ne clarifie pas la Chaleur aussi fortement que Gōu Téng, mais est plus puissant pour soulager la douleur, car l’huile humidifie la sécheresse et contribue à éteindre le Vent. Tiān Má est plus couramment utilisé pour stopper la douleur associée aux céphalées, vertiges et spasmes causés par le Vent du Foie.

Gōu Téng se distingue également de Jú Huā (Flos Chrysanthemi) : les deux herbes calment le Foie et dispersent le Vent-Chaleur pathogène, et les deux sont utilisées pour la montée du Feu-Vent le long du méridien du Foie. Cependant, Gōu Téng éteint principalement le Vent et arrête les convulsions, tandis que Jú Huā tend à disperser le Vent et à drainer la Chaleur. Gōu Téng a une fonction sédative mais pas tranquillisante, il aide à calmer le Shén (esprit) mais ne traite pas l’insomnie.

Associations

– avec Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae) et Quán Xiē (Scorpio) : pour les convulsions infantiles, crispation des mâchoires et tremblements

– avec Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), Lóng Dǎn Cǎo (Radix Gentianae) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi) : pour les convulsions avec forte fièvre (formule Líng Jiǎo Gōu Téng Yǐn 羚角钩藤飲)

– avec Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae), Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) : pour les céphalées et vertiges dus à la montée du Yang du Foie (formule Tiān Má Gōu Téng Yǐn 天麻钩藤飲)

– avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : pour les céphalées, vertiges, irritabilité et insomnie dues à la montée du Yang du Foie (traitement de la racine et de la branche)

– avec Quán Xiē (Scorpio) : pour les convulsions, spasmes, tics et céphalées rebelles dues au Vent du Foie (l’un calme tandis que l’autre éteint puissamment le Vent)

– avec Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) : pour l’hypertension due à la montée du Yang du Foie

– avec Bò Hé (Herba Menthae haplocalycis), Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Jīng Jiè (Herba Schizonepetae) : pour le Vent-Chaleur externe avec céphalées, yeux rouges et éruptions incomplètes

– avec Tiān Zhú Huáng (Concretio Silicea Bambusae), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Chán Tuì (Periostracum Cicadae) : pour les convulsions dues à la Chaleur-Glaires

– avec Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Lóng Gǔ (Os Draconis) : pour l’éclampsie due au Vent du Foie

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng gōu téng) : forme standard, ajouté en fin de décoction (10 minutes maximum) pour conserver les principes actifs volatils
– crochets seuls (钩钩 gōu gōu) : les crochets seuls sont préférés aux rameaux, considérés comme ayant un arôme plus concentré et un effet thérapeutique plus puissant ; les doubles crochets (shuāng gōu 双钩) sont considérés comme les meilleurs
– tendres pousses (nèn gōu téng 嫩钩藤) : les rameaux jeunes et tendres sont favorisés pour leur action plus légère et plus clarifiante

Formules Classiques

Tiān Má Gōu Téng Yǐn 天麻钩藤飲 (Décoction de Gastrodie et Uncaria)
Cette formule associe Gōu Téng avec Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae), Shí Jué Míng (Concha Haliotidis), Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), Dù Zhòng (Cortex Eucommiae), Sāng Jì Shēng (Herba Taxilli), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Yì Mǔ Cǎo (Herba Leonuri), Fú Shén (Sclerotium Poriae Pararadicis) et Yè Jiāo Téng (Caulis Polygoni Multiflori) pour traiter la montée du Yang du Foie avec céphalées, vertiges, insomnie et hypertension artérielle.

Líng Jiǎo Gōu Téng Yǐn 羚角钩藤飲 (Décoction de Corne d’Antilope et Uncaria)
Formule associant Gōu Téng avec Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), Tiān Má (Rhizoma Gastrodiae), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Sāng Yè (Folium Mori), Jú Huā (Flos Chrysanthemi), Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae), Fú Shén (Sclerotium Poriae Pararadicis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la forte fièvre avec convulsions, agitation et tétanie dues au Vent généré par la Chaleur intense du Foie.

Gōu Téng Yǐn 钩藤飲 (Décoction d’Uncaria)
Cette formule associe Gōu Téng, en cas de déficience concomitante du Qi, avec Rén Shēn (Radix Ginseng) pour les convulsions infantiles chroniques dues à la déficience de la Rate avec diarrhée chronique.

Toxicité :

Gōu Téng ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques indiquent une bonne tolérance : aucune anomalie n’a été observée chez des lapins suite à l’injection d’une préparation de Gōu Téng à 5 g/kg deux fois par jour pendant 10 jours. La DL50 pour l’injection intrapéritonéale de la décoction est de 29,05 g/kg. Cependant, sa nature légèrement froide contre-indique son usage chez les patients sans feu ou présentant une déficience du Qi. Gōu Téng ne potentialise pas l’effet sédatif des barbituriques, mais inverse l’effet stimulant de la caféine. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée aux doses normales.


Kuan Dong Hua

Kuan Dong Hua

Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae)

Identification

Chinois : 款冬花
Pinyin : kuǎn dōng huā
Traduction : fleur de tussilage
Nom commun : fleur de pas-d’âne, fleur de tussilage
Nom latin : Flos Tussilaginis Farfarae
Famille : Asteraceae (Compositae)
Espèces : Tussilago farfara L. (款冬花 kuǎn dōng huā)
Partie utilisée : boutons floraux séchés, récoltés avant l’éclosion
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Kuan Dong Hua

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent la toux et calment la dyspnée (zhǐ ké píng chuǎn yào 止咳平喘藥)
Saveurs : Piquant (辛 xīn), Doux (甘 gān)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Poumon (肺 fèi)
Dosage : 5-10 g en décoction ; 1-2 g en poudre trois fois par jour

Propriétés :

Réchauffe le Poumon, arrête la toux, transforme les glaires, fait descendre le Qi rebelle du Poumon.

Précautions :

Kuǎn Dōng Huā est contre-indiqué en cas de toux sèche due à la Sécheresse avec chaleur du Poumon, sauf en association avec des plantes refroidissantes et nourrissant le Yin. En raison de sa nature tiède et de son action dispersante, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une chaleur du Poumon avec expectoration de sang ou une déficience de Yin du Poumon. Ce remède contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques (sénecionine, senkirkine) potentiellement hépatotoxiques à long terme ou à doses élevées ; son usage prolongé est à éviter. La préparation au miel (mì zhì kuǎn dōng huā) atténue son caractère piquant dispersant et renforce son action moistening sur le Poumon.

Fonctions principales :

Réchauffe le Poumon
Arrête la toux
Transforme les glaires
Fait descendre le Qi rebelle du Poumon
Humidifie le Poumon
Traite toutes les formes de toux

Actions et Indications

– Réchauffe le Poumon et arrête la toux :
Kuǎn Dōng Huā est l’un des remèdes les plus puissants pour arrêter la toux. Sa nature tiède et piquante lui permet de diffuser le Qi du Poumon, de faire descendre le Qi rebelle et de traiter toutes les formes de toux, qu’elles soient de nature chaude ou froide, par excès ou par déficience, aiguës ou chroniques.
Il est couramment utilisé pour la toux avec expectoration de glaires abondantes due au Froid-Glaires dans le Poumon.
– Pour la toux due au Froid obstruant le Poumon avec expectoration abondante de glaires blanches et liquides, Kuǎn Dōng Huā est associé à Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari), formule Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯 (Petite Décoction du Dragon Bleu).
– Pour la toux chronique persistante, Kuǎn Dōng Huā est associé à Zǐ Wǎn (Radix Asteris) et Má Huáng (Herba Ephedrae).

Kuǎn Dōng Huā traite également la toux due à la Chaleur du Poumon lorsqu’il est associé à des remèdes refroidissants.
– Pour la toux due à la Chaleur du Poumon avec expectoration de glaires jaunes et épaisses, on l’associe à Sāng Bái Pí (Cortex Mori) et Huáng Qín (Radix Scutellariae).
– Pour la toux sèche due à la Sécheresse attaquant le Poumon, on l’associe à Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis).

– Transforme les glaires et fait descendre le Qi rebelle du Poumon :
Kuǎn Dōng Huā humidifie le Poumon tout en faisant descendre le Qi rebelle, traitant ainsi efficacement la dyspnée et la toux avec présence de glaires difficiles à expectorer. Il est l’un des meilleurs remèdes pour traiter la toux sévère accompagnée de dyspnée.
– Pour la toux avec dyspnée et expectoration difficile de glaires, Kuǎn Dōng Huā est associé à Zǐ Wǎn (Radix Asteris) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum).
– Pour la toux et la dyspnée dues à une déficience du Poumon et du Rein, on l’associe à Rén Shēn (Radix Ginseng), Bái Bù (Radix Stemonae) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis).

– Traite la toux due à la déficience du Yin du Poumon avec expectoration de sang :
Bien que de nature tiède, Kuǎn Dōng Huā peut être utilisé pour la toux de consomption accompagnée d’expectoration striée de sang lorsqu’il est préparé au miel et associé aux plantes appropriées. Sa douceur humidifie le Poumon déficient, et son action descendante soulage la toux.
– Pour la toux chronique non productive ou avec expectoration de sang due à la déficience de Yin du Poumon, Kuǎn Dōng Huā est associé à Bǎi Hé (Bulbus Lilii), formule Bǎi Huā Gāo 百花膏 (Pâte aux Cent Fleurs).
– Pour la toux de consomption avec fièvre et expectoration de sang, on l’associe à Zǐ Wǎn (Radix Asteris), Bái Bù (Radix Stemonae) et È Jiāo (Colla Corii Asini).

Liste des symptômes

Toux aiguë d’origine externe :
Toux due au Vent-Froid attaquant le Poumon
Toux avec expectoration de glaires blanches et liquides
Aversion pour le froid avec fièvre et absence de transpiration
Congestion nasale et éternuements

Toux chronique et dyspnée :
Toux chronique persistante quelle qu’en soit la cause
Toux avec dyspnée et expectoration difficile de glaires
Sifflement bronchique et oppression thoracique
Toux et dyspnée dues à une déficience du Poumon et du Rein

Toux due à la Chaleur du Poumon :
Toux avec expectoration de glaires jaunes et épaisses
Toux sèche due à la Sécheresse du Poumon (en association)
Fièvre avec toux et soif légère

Toux de consomption :
Toux chronique non productive due à la déficience de Yin du Poumon
Expectoration striée de sang
Toux nocturne aggravée en position allongée
Fièvre légère, sueurs nocturnes et fatigue chronique

Commentaire

Kuǎn Dōng Huā (Flos Tussilaginis Farfarae) tire son nom du tussilage commun, une plante de la famille des Astéracées qui fleurit en hiver avant l’apparition des feuilles – d’où son nom littéral « fleur qui résiste à l’hiver » (款冬花). C’est depuis l’Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) l’une des plantes les plus fondamentales de la pharmacopée chinoise pour traiter la toux. Ses saveurs piquante et douce, associées à sa nature tiède, font de lui un remède polyvalent qui réchauffe sans dessécher excessivement.

La caractéristique la plus remarquable de Kuǎn Dōng Huā est sa capacité à traiter toutes les formes de toux, quelles qu’en soient la nature et l’origine – froide ou chaude, par excès ou par déficience, aiguë ou chronique. Les textes classiques indiquent qu’il n’existe aucune contradiction pour son usage sur le Poumon, car sa saveur douce le rend capable de tonifier en éliminant, et de nourrir le Qi du Poumon tout en l’humidifiant. Cette dualité d’action – à la fois dispersante et nourrissante – est unique parmi les remèdes arrêtant la toux.

Son association avec Zǐ Wǎn (Radix Asteris) est l’une des plus classiques de la pharmacopée : les deux plantes se complètent mutuellement. Kuǎn Dōng Huā excelle à arrêter la toux, tandis que Zǐ Wǎn est supérieur pour transformer les glaires et ouvrir le Qi du Poumon. Ensemble, ils traitent toutes les toux avec glaires difficiles à expectorer, qu’elles soient aiguës ou chroniques, chaudes ou froides. Cette paire peut même être utilisée, préparée au miel, pour la toux de consomption avec expectoration de sang.

Kuǎn Dōng Huā se distingue de Zǐ Wǎn (Radix Asteris) par son action plus fortement arrêtant la toux, alors que Zǐ Wǎn est supérieur pour transformer les glaires et drainer vers le bas. Kuǎn Dōng Huā est tiède et humide, ce qui le rend plus approprié pour les toux sévères avec oppression thoracique, tandis que Zǐ Wǎn est piquant et sec, davantage indiqué pour les toux froides avec glaires abondantes et oppression thoracique. Il se distingue également de Bái Bù (Radix Stemonae) – qui humidifie le Poumon et tue les parasites, étant plus approprié pour les toux chroniques d’origine interne et la toux coqueluche – par sa capacité à traiter aussi bien les toux externes que chroniques.

Associations

– avec Zǐ Wǎn (Radix Asteris) : pour toutes les toux avec glaires difficiles à expectorer, aiguës ou chroniques, chaudes ou froides

– avec Bǎi Hé (Bulbus Lilii) : pour la toux chronique non productive due à la déficience de Yin du Poumon (formule Bǎi Huā Gāo 百花膏 Pâte aux Cent Fleurs)

– avec Má Huáng (Herba Ephedrae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) et Xì Xīn (Herba Asari) : pour la toux et la dyspnée dues au Froid-Glaires obstruant le Poumon (formule Xiǎo Qīng Lóng Tāng 小青龍湯 Petite Décoction du Dragon Bleu)

– avec Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) et Zǐ Wǎn (Radix Asteris) : pour la toux avec dyspnée et expectoration difficile

– avec Sāng Bái Pí (Cortex Mori) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : pour la toux due à la Chaleur du Poumon avec expectoration de glaires jaunes

– avec Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) : pour la toux sèche due à la Sécheresse du Poumon

– avec Rén Shēn (Radix Ginseng), Bái Bù (Radix Stemonae) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) : pour la toux et la dyspnée dues à une déficience du Poumon et du Rein

– avec Bái Bù (Radix Stemonae), Zǐ Wǎn (Radix Asteris) et È Jiāo (Colla Corii Asini) : pour la toux de consomption avec expectoration de sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng kuǎn dōng huā) : forme brute ; action plus forte pour disperser le Froid, diffuser le Qi du Poumon et arrêter les toux dues au Froid-Glaires ; préféré pour les toux aiguës d’origine externe
– préparé au miel (蜜炙款冬花 mì zhì kuǎn dōng huā) : boutons floraux mélangés à du miel liquide puis cuits à feu doux jusqu’à absorption complète du miel ; atténue le caractère piquant et dispersant, renforce l’action humidifiant et nourrissant le Poumon ; particulièrement approprié pour la toux et la dyspnée dues à une déficience du Poumon et pour la toux de consomption avec expectoration striée de sang
– cuit à sec (炒款冬花 chǎo kuǎn dōng huā) : cuit brièvement à feu modéré ; atténue l’action dispersante pour traiter la toux sèche due à la déficience de Qi ou de Yin ; moins efficace que la préparation au miel

Formules Classiques

– Bǎi Huā Gāo (百花膏 Pâte aux Cent Fleurs)
Cette formule combine Kuǎn Dōng Huā avec Bǎi Hé (Bulbus Lilii) pour traiter la toux chronique non productive due à la déficience de Yin du Poumon, ainsi que la toux avec expectoration striée de sang. Kuǎn Dōng Huā réchauffe et fait descendre le Qi rebelle du Poumon avec une forte action arrêtant la toux. Bǎi Hé est doux et froid, et préserve et humidifie le Poumon. Ensemble, les deux plantes se complètent mutuellement : Kuǎn Dōng Huā renforce l’action humidifiant et arrêtant la toux de Bǎi Hé, qui en retour tempère la chaleur de Kuǎn Dōng Huā. La paire est particulièrement efficace pour la toux chronique non productive due à la déficience de Yin du Poumon, et pour la toux avec expectoration striée de sang.

– Xiǎo Qīng Lóng Tāng (小青龍湯 Petite Décoction du Dragon Bleu)
Kuǎn Dōng Huā est inclus dans cette formule avec Má Huáng (Herba Ephedrae), Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis), Xì Xīn (Herba Asari), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) pour traiter la toux et la dyspnée dues au Froid externe avec mucosités et glaires froides obstruant le Poumon, caractérisées par une toux avec expectoration abondante de glaires blanches liquides, une oppression thoracique et une dyspnée.

– Kuǎn Dōng Huā Tāng (款冬花湯 Décoction de Fleur de Tussilage)
Cette formule combine Kuǎn Dōng Huā avec Zǐ Wǎn (Radix Asteris), Bái Bù (Radix Stemonae), Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) et Jié Gěng (Radix Platycodonis) pour traiter la toux chronique persistante avec expectoration difficile de glaires, qu’elle soit due à une atteinte externe ou à un trouble interne. Cette formule traite à la fois la toux sévère et les glaires rebelles.

Toxicité :

Aucune réaction toxique n’a été signalée aux doses thérapeutiques recommandées selon les sources classiques. Cependant, Kuǎn Dōng Huā contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques (sénecionine, senkirkine), substances potentiellement carcinogènes et hépatotoxiques. Son usage est restreint dans certains pays. L’administration à long terme à doses élevées peut présenter un risque d’hépatotoxicité chronique. Il est déconseillé d’utiliser cette plante de manière prolongée sans surveillance médicale. La préparation au miel ou la cuisson à sec réduisent partiellement certains effets indésirables liés à son caractère piquant et dispersant.



Bai Bu

Bai Bu

Bǎi Bù (Radix Stemonae)

Identification

Chinois : 百部
Pinyin : bǎi bù
Traduction : cent parties (en référence aux nombreuses radicelles)
Nom commun : racine de stémone, racine de faux asperge chinoise
Nom latin : Radix Stemonae
Famille : Stemonaceae
Espèces : Stemona sessilifolia (Miq.) Miq. (直立百部 zhí lì bǎi bù), Stemona japonica (Bl.) Miq. (蔓生百部 màn shēng bǎi bù), Stemona tuberosa Lour. (对叶百部 duì yè bǎi bù)
Partie utilisée : racine tubéreuse séchée
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Bai Bu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent la toux et calment la dyspnée (zhǐ ké píng chuǎn yào 止咳平喘藥)
Saveurs : Doux (甘 gān), Amer (苦 kǔ)
Nature : Légèrement tiède (微溫 wēi wēn)
Méridiens : Poumon (肺 fèi)
Dosage : 3-9 g en décoction ; 6-9 g en usage externe

Propriétés :

Humidifie le Poumon et arrête la toux, tue les parasites et élimine les poux.

Précautions :

Bǎi Bù est contre-indiqué en cas de toux due à la déficience du Yin ou à la chaleur du Poumon, à moins d’être associé à des plantes qui nourrissent le Yin et clarifient la Chaleur. En raison de sa nature légèrement tiède et moistening, il convient aux toux chroniques de déficience mais doit être utilisé avec prudence dans les syndromes de Chaleur pure. Pour l’usage interne, la forme préparée (zhì bǎi bù) est préférable à la forme crue, car 20 à 30% des patients peuvent présenter des réactions légères avec la forme non préparée, notamment des sensations de brûlure thoracique, sécheresse buccale, étourdissements ou diarrhée. L’usage externe en décoction ou teinture ne présente pas de toxicité significative.

Fonctions principales :

Humidifie le Poumon
Arrête la toux
Traite toutes les formes de toux – aiguë – chronique – chaude – froide
Est spécifique de la toux de la tuberculose
Tue les parasites
Élimine les poux et les puces

Actions et Indications

– Humidifie le Poumon et arrête la toux :
Bǎi Bù est l’un des remèdes les plus essentiels de la pharmacopée chinoise pour traiter la toux. Doux et humidifiant, amer et descendant, il entre dans le Poumon pour calmer la toux quelle qu’en soit la cause – aiguë ou chronique, froide ou chaude, par excès ou par déficience. Il est particulièrement indiqué pour la toux chronique par déficience et la toux faible associée aux troubles respiratoires chroniques.

– Pour la toux due au Vent, Bǎi Bù est associé à Jīng Jiè (Herba Schizonepetae), Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Zǐ Wǎn (Radix Asteris), formule Zhǐ Sòu Sǎn 止嗽散 (Poudre pour Arrêter la Toux).
– Pour la coqueluche ou la toux spasmodique de l’enfant, on l’associe à Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae), Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Má Huáng (Herba Ephedrae), Shēng Jiāng (Rhizoma Zingiberis Recens) et Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii).
– Pour la toux de la tuberculose, éventuellement avec expectoration striée de sang, Bǎi Bù est associé à Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Bái Jí (Rhizoma Bletillae) et Sān Qī (Radix Notoginseng).
– Pour la tuberculose avec fièvre vespérale, sueurs nocturnes, joues rouges et sensation de chaleur dans les cinq centres (wǔ xīn rè 五心熱), on l’associe à Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), formule Yuè Huá Wán 月華丸 (Pilule du Clair de Lune).
– Pour la toux sèche chronique avec peu d’expectorations, on associe Bǎi Bù à Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) et Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae).
– Pour la toux due à la chaleur et à la sécheresse, associé à Pí Pá Yè (Folium Eriobotryae), Sāng Bái Pí (Cortex Mori) et Jié Gěng (Radix Platycodonis).

– Tue les parasites et élimine les poux :
Bǎi Bù possède une action antiparasitaire reconnue, aussi bien en usage interne qu’externe. Il est utilisé en application topique sous forme de teinture ou de décoction pour traiter les poux de tête ou de corps et les puces.
Il est également utilisé en lavement rectal retenu pour traiter les oxyures chez l’enfant.
– Pour les poux, Bǎi Bù est associé à Kǔ Shēn Gēn (Radix Sophorae Flavescentis) en application externe.
– Pour les oxyures, il est utilisé seul ou en association en lavement retenu au cours de la nuit.
– Pour la vaginose bactérienne, il peut être utilisé en lavage externe.

Liste des symptômes

Troubles respiratoires – toux :
Toux aiguë due au Vent
Toux chronique par déficience
Toux faible des troubles respiratoires chroniques
Toux de la tuberculose
Expectoration striée de sang
Toux spasmodique – coqueluche
Toux sèche par déficience du Yin du Poumon
Toux due à la chaleur et à la sécheresse
Toux avec expectorations épaisses et collantes
Respiration sifflante

Syndromes de déficience associés :
Fièvre vespérale et sueurs nocturnes
Joues rouges
Sensation de chaleur dans les cinq centres (wǔ xīn rè)
Amaigrissement progressif

Affections parasitaires :
Poux de tête et de corps
Puces
Oxyures chez l’enfant
Vaginose bactérienne

Commentaire

Bǎi Bù (Radix Stemonae) tire son nom du grand nombre de radicelles tubéreuses qui composent la plante, parfois au nombre de cent. Ce remède est considéré comme l’un des plus polyvalents de la pharmacopée chinoise pour traiter la toux, quelle qu’en soit la cause. Sa saveur douce lui confère des propriétés humidifiantes qui nourrissent le Poumon, tandis que sa saveur amère lui permet de faire descendre le Qi du Poumon et de calmer la toux. Sa nature légèrement tiède le distingue des remèdes froids clarifiants la Chaleur : il peut être utilisé pour les toux froides comme pour les toux chaudes lorsqu’il est associé à d’autres plantes appropriées.

Bǎi Bù est particulièrement reconnu pour son action sur la toux chronique par déficience. Alors que d’autres remèdes pour la toux agissent par excès de pathogènes, Bǎi Bù excelle dans les situations de faiblesse du Poumon, qu’il nourrisse et tonifie. C’est pour cette raison qu’il est historiquement l’un des remèdes de choix dans les formules traitant la tuberculose pulmonaire, maladie qui consomme progressivement le Yin et le Qi du Poumon. Comme le note le texte classique Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 證治準繩 (Critères Normalisés de Traitement), Bǎi Bù entre dans le Poumon pour calmer et humidifier, ce qui en fait un remède indiqué pour toute forme de toux chronique liée à une blessure interne.

La combinaison classique de Bǎi Bù avec Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) constitue une association particulièrement efficace : Bái Qián, amer, âcre et légèrement tiède, descend le Qi et transforme les mucosités, tandis que la douceur humidifiante et l’amertume descendante de Bǎi Bù complètent et renforcent cette action. Ensemble, ces deux remèdes traitent efficacement les obstructions du Poumon avec expectorations abondantes et toux, sans être trop desséchants.

Bǎi Bù se distingue de Zǐ Wǎn (Radix Asteris) et de Kuǎn Dōng Huā (Flos Farfarae) en ce que ces deux derniers sont plus indiqués pour les toux dues à des facteurs pathogènes externes, alors que Bǎi Bù est davantage approprié pour les toux chroniques dues à des blessures internes. De plus, Bǎi Bù possède une propriété antiparasitaire spécifique que Zǐ Wǎn et Kuǎn Dōng Huā ne partagent pas, ce qui le rend irremplaçable dans les traitements des affections parasitaires cutanées et intestinales.

Associations

– avec Jīng Jiè (Herba Schizonepetae), Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Zǐ Wǎn (Radix Asteris) : pour la toux tenace due au Vent (formule Zhǐ Sòu Sǎn 止嗽散 Poudre pour Arrêter la Toux)

– avec Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Bái Jí (Rhizoma Bletillae) et Sān Qī (Radix Notoginseng) : pour la toux de la tuberculose avec expectoration striée de sang

– avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) et autres remèdes nourrissant le Yin : pour la tuberculose avec fièvre vespérale, sueurs nocturnes et chaleur dans les cinq centres (formule Yuè Huá Wán 月華丸 Pilule du Clair de Lune)

– avec Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Chuān Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae Cirrhosae), Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis), Má Huáng (Herba Ephedrae) et Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) : pour la coqueluche et la toux spasmodique de l’enfant

– avec Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii) : pour la toux chronique et la respiration sifflante dues à l’obstruction du Qi du Poumon par causes internes ou externes

– avec Pí Pá Yè (Folium Eriobotryae), Sāng Bái Pí (Cortex Mori) et Jié Gěng (Radix Platycodonis) : pour la toux due à la chaleur et à la sécheresse

– avec Kǔ Shēn Gēn (Radix Sophorae Flavescentis) : en application externe pour les poux et les affections parasitaires cutanées

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng bǎi bù) : forme non préparée, effet plus fort pour tuer les parasites et usage externe ; peut provoquer des réactions légères chez 20 à 30% des patients en usage interne
– préparé au miel (蜜炙百部 mì zhì bǎi bù) : forme traitée au miel, préférée pour l’usage interne ; renforce l’action humidifiante sur le Poumon, réduit les effets indésirables, plus appropriée pour la toux chronique par déficience et la tuberculose

Formules Classiques

– Zhǐ Sòu Sǎn (止嗽散 Poudre pour Arrêter la Toux)
Cette formule combine Bǎi Bù avec Zǐ Wǎn (Radix Asteris), Jīng Jiè (Herba Schizonepetae), Jié Gěng (Radix Platycodonis), Bái Qián (Rhizoma Cynanchi Stauntonii), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la toux tenace due au Vent, persistant après une invasion externe, quel que soit le stade – froid ou chaud.

– Yuè Huá Wán (月華丸 Pilule du Clair de Lune)
Formule combinant Bǎi Bù avec Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Tiān Mén Dōng (Radix Asparagi), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Bǎi Hé (Bulbus Lilii), Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) et Ē Jiāo (Colla Corii Asini) pour traiter la toux chronique avec expectoration de sang due aux déficiences du Yin du Poumon et du Rein, avec fièvre vespérale et sueurs nocturnes.

Toxicité :

En usage interne, la forme préparée au miel (mì zhì bǎi bù) est nettement préférable à la forme crue. Avec la forme crue, 20 à 30% des patients peuvent présenter des réactions légères incluant sensations de brûlure thoracique, sécheresse de la bouche, des muqueuses nasales ou de la gorge, étourdissements, oppression thoracique, respiration accélérée, anorexie, douleurs abdominales ou diarrhée. Ces symptômes disparaissent à l’arrêt du traitement. Bǎi Bù ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées en usage externe. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée.



Su Zi

Zi Su Ye

Sū Zǐ (Fructus Perillae Frutescentis)

Identification

Chinois : 苏子
Pinyin : sū zǐ
Traduction : graine de pérille
Nom commun : graine de pérille frutescente
Nom latin : Fructus Perillae Frutescentis
Famille : Lamiaceae (Labiatae)
Espèces : Perilla frutescens (L.) Britt. (苏子 sū zǐ)
Partie utilisée : fruit (graine) séché
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Supplémentaires des Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng au 5e siècle
Su Zi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent la toux et calment la dyspnée (zhǐ ké píng chuǎn yào 止咳平喘药)
Saveurs : Acre (辛 xīn)
Nature : Tiède (温 wēn)
Méridiens : Poumon (肺 fèi), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 5-10 g

Propriétés :

Fait descendre le Qi et dissout les Glaires, arrête la toux et calme le souffle haletant, humidifie les Intestins et libère les selles.

Précautions :

Sū Zǐ est contre-indiqué en cas de déficience du Qi du Poumon avec toux et souffle haletant sans présence de Glaires en excès. De nature tiède et huileuse, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une Chaleur-Glaires avec souffle haletant. Ce remède est également déconseillé en cas de Vide de Rate et de Vide de Yin. La forme torréfiée est préférable pour humidifier les Intestins et libérer les selles.

Fonctions principales :

Fait descendre le Qi rebelle du Poumon
Dissout les Glaires
Arrête la toux
Calme le souffle haletant
Humidifie les Intestins
Libère les selles

Actions et Indications

– Fait descendre le Qi et dissout les Glaires :
Sū Zǐ est l’un des remèdes les plus efficaces pour faire descendre le Qi rebelle du Poumon et dissoudre les Glaires accumulées, traitant ainsi la toux et le souffle haletant causés par un excès de Glaires obstruant le Poumon.
Il est particulièrement indiqué pour les affections où le Qi du Poumon s’inverse vers le haut avec accumulation de Glaires, caractérisées par une toux productive avec expectorations abondantes et épaisses, une oppression thoracique et un souffle haletant.
– Pour la toux et le souffle haletant dus aux Glaires-Humidité obstruant le Poumon, Sū Zǐ est associé à Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Qián Hú (Radix Peucedani), formule Sū Zǐ Jiàng Qì Tāng 苏子降气汤 (Décoction de Graine de Pérille pour Faire Descendre le Qi).
– Pour la toux et le souffle haletant avec expectorations blanches et abondantes, on l’associe à Lái Fú Zǐ (Semen Raphani) et Bái Jiè Zǐ (Semen Sinapis Albae), formule Sān Zǐ Yǎng Qīn Tāng 三子养亲汤 (Décoction des Trois Graines pour Nourrir les Ancêtres).

Sū Zǐ traite également le souffle haletant chronique avec déficience du Rein incapable de saisir le Qi.
– Pour le souffle haletant chronique avec Vide du Rein et accumulation de Glaires-Froid dans le Poumon, Sū Zǐ est associé à Ròu Guì (Cortex Cinnamomi), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), formule Sū Zǐ Jiàng Qì Tāng 苏子降气汤.
– Pour le souffle haletant avec frissons et membres froids, on l’utilise avec Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata) et Ròu Guì (Cortex Cinnamomi).

– Arrête la toux et calme le souffle haletant :
Sū Zǐ possède une action directe pour arrêter la toux et calmer le souffle haletant en faisant descendre le Qi du Poumon et en transformant les Glaires.
Il est couramment utilisé pour toutes les formes de toux et souffle haletant d’origine Glaires, qu’elles soient de type excès ou de type mixte excès-déficience.
– Pour la toux et le souffle haletant avec oppression thoracique et expectorations épaisses dues aux Glaires-Chaleur, Sū Zǐ est associé à Sāng Bái Pí (Cortex Mori Radicis) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum).
– Pour la toux avec expectorations difficiles à expectorer et gorge irritée, on l’associe à Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Qián Hú (Radix Peucedani).
– Pour le souffle haletant avec toux causé par l’invasion du Vent-Froid avec accumulation de Glaires, Sū Zǐ est associé à Má Huáng (Herba Ephedrae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae).

– Humidifie les Intestins et libère les selles :
Sū Zǐ, de nature huileuse, humidifie les Intestins et favorise le transit intestinal, traitant ainsi la constipation par sécheresse des Intestins, notamment chez les personnes âgées et les patients affaiblis.
– Pour la constipation par sécheresse des Intestins chez les personnes âgées, Sū Zǐ est associé à Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum).
– Pour la constipation avec Vide de Sang post-partum, on l’utilise avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Ròu Cōng Róng (Herba Cistanches).

Liste des symptômes

Troubles respiratoires – excès de Glaires :
Toux productive avec expectorations abondantes et épaisses
Souffle haletant avec bruit de Glaires dans la gorge
Oppression et plénitude thoraciques
Dyspnée aggravée en position allongée
Toux chronique avec expectorations blanches et mousseuses

Troubles respiratoires – Vide du Rein :
Souffle haletant chronique avec essoufflement
Insuffisance respiratoire avec inversion du Qi
Souffle haletant avec membres froids et douleurs lombaires
Dyspnée d’effort avec fatigue profonde

Troubles digestifs :
Constipation par sécheresse des Intestins
Selles sèches et difficiles à évacuer chez les personnes âgées
Constipation post-partum par Vide de Sang

Commentaire

Sū Zǐ (Fructus Perillae Frutescentis) est la graine du même plant que Zǐ Sū Yè (Folium Perillae), mais leurs actions thérapeutiques diffèrent significativement. Alors que Zǐ Sū Yè libère l’extérieur et disperse le Vent-Froid, Sū Zǐ agit principalement à l’intérieur pour faire descendre le Qi du Poumon, dissoudre les Glaires et calmer le souffle haletant. Sa nature huileuse et acre lui confère cette capacité unique d’agir simultanément sur le Poumon et le Gros Intestin.

Sū Zǐ est reconnu dans la tradition médicale chinoise comme un remède de choix pour toutes les affections caractérisées par l’inversion du Qi du Poumon avec accumulation de Glaires. Sa capacité à faire descendre le Qi tout en transformant les Glaires et en humidifiant les Intestins en fait un remède polyvalent. Il se distingue par son action sur les deux foyers : il régularise le Qi du Poumon dans le foyer supérieur et humidifie le Gros Intestin dans le foyer inférieur, illustrant ainsi le rapport métal-Poumon/Gros Intestin selon la théorie des Cinq Mouvements.

Dans la formule classique Sū Zǐ Jiàng Qì Tāng 苏子降气汤, Sū Zǐ occupe la place de remède principal (君 jūn). Cette formule traite le souffle haletant chronique causé par une accumulation de Glaires-Froid dans le Poumon associée à un Vide du Yang du Rein. L’association avec Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) renforce la transformation des Glaires, tandis que Ròu Guì (Cortex Cinnamomi) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) réchauffent le Rein et nourrissent le Sang pour traiter la racine du déséquilibre.

Sū Zǐ se distingue de Lái Fú Zǐ (Semen Raphani) et de Bái Jiè Zǐ (Semen Sinapis Albae) dans la formule Sān Zǐ Yǎng Qīn Tāng. Sū Zǐ fait descendre le Qi et dissout les Glaires avec le Qi, Lái Fú Zǐ dissout les Glaires liées à la stagnation alimentaire, et Bái Jiè Zǐ chauffe et transforme les Glaires-Froid. Ensemble, ces trois graines traitent les affections respiratoires chez les personnes âgées présentant un Vide d’origine avec accumulation de Glaires et stagnation alimentaire.

Associations

– avec Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Qián Hú (Radix Peucedani) : pour la toux et le souffle haletant dus aux Glaires-Humidité obstruant le Poumon (formule Sū Zǐ Jiàng Qì Tāng 苏子降气汤 Décoction de Graine de Pérille pour Faire Descendre le Qi)

– avec Lái Fú Zǐ (Semen Raphani) et Bái Jiè Zǐ (Semen Sinapis Albae) : pour la toux et le souffle haletant avec accumulation de Glaires et stagnation alimentaire chez les personnes âgées (formule Sān Zǐ Yǎng Qīn Tāng 三子养亲汤 Décoction des Trois Graines pour Nourrir les Ancêtres)

– avec Ròu Guì (Cortex Cinnamomi) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) : pour le souffle haletant chronique avec Vide du Yang du Rein et accumulation de Glaires-Froid dans le Poumon

– avec Sāng Bái Pí (Cortex Mori Radicis) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) : pour la toux et le souffle haletant avec oppression thoracique et expectorations épaisses dues aux Glaires-Chaleur

– avec Má Huáng (Herba Ephedrae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) : pour le souffle haletant avec toux causé par l’invasion du Vent-Froid avec accumulation de Glaires

– avec Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) : pour la constipation par sécheresse des Intestins chez les personnes âgées

– avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Ròu Cōng Róng (Herba Cistanches) : pour la constipation avec Vide de Sang post-partum

– avec Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Qián Hú (Radix Peucedani) : pour la toux avec expectorations difficiles à expectorer et gorge irritée

– avec Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata) et Ròu Guì (Cortex Cinnamomi) : pour le souffle haletant avec frissons et membres froids (Vide du Yang du Rein)

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng sū zǐ) : forme non transformée, efficace pour faire descendre le Qi, dissoudre les Glaires et calmer le souffle haletant
– torréfié (炒用 chǎo sū zǐ) : forme torréfiée à sec, renforce l’action d’humidification des Intestins et de libération des selles, réduit légèrement l’action de descente du Qi ; préférable chez les personnes âgées avec constipation par sécheresse
– broyé (捣碎 dǎo suì) : Sū Zǐ est généralement broyé avant décoction pour faciliter l’extraction des principes actifs huileux

Formules Classiques

– Sū Zǐ Jiàng Qì Tāng (苏子降气汤 Décoction de Graine de Pérille pour Faire Descendre le Qi)
Cette formule tire son origine du Tài Píng Huì Mín Hé Jì Jú Fāng 太平惠民和剂局方 (Formulaire des Prescriptions Bénéfiques pour le Peuple de l’Ère Taiping). Elle combine Sū Zǐ avec Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis), Qián Hú (Radix Peucedani), Ròu Guì (Cortex Cinnamomi), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter le souffle haletant chronique causé par une accumulation de Glaires-Froid dans le Poumon sur fond de Vide du Yang du Rein. La formule est indiquée pour la dyspnée avec toux productive, oppression thoracique, expectorations blanches et abondantes, sensation de froid et douleurs lombaires.

– Sān Zǐ Yǎng Qīn Tāng (三子养亲汤 Décoction des Trois Graines pour Nourrir les Ancêtres)
Cette formule issue du Hán Shì Yī Tōng 韩氏医通 (Transmissions Médicales de la Famille Han) combine Sū Zǐ avec Lái Fú Zǐ (Semen Raphani) et Bái Jiè Zǐ (Semen Sinapis Albae). Elle est indiquée pour la toux et le souffle haletant chez les personnes âgées présentant un Vide de la Racine avec accumulation de Glaires, stagnation alimentaire et inversion du Qi. Sū Zǐ y joue le rôle de faire descendre le Qi et de dissoudre les Glaires liées au Qi, Lái Fú Zǐ traite les Glaires liées à la stagnation alimentaire, et Bái Jiè Zǐ chauffe et disperse les Glaires-Froid dans les muscles et les méridiens.

Toxicité :

Sū Zǐ ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Ses graines huileuses sont bien tolérées. Cependant, en raison de sa nature acre et tiède, une utilisation prolongée à doses élevées peut aggraver les syndromes de Chaleur-Glaires ou de Vide de Yin avec Feu de Vide. Les patients présentant un Vide de Rate avec selles molles doivent l’utiliser avec précaution en raison de son action laxative. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée aux doses thérapeutiques standards.



Xing Ren

Xing Ren

Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum)

Identification

Chinois : 杏仁
Pinyin : xìng rén
Traduction : graine d’abricotier
Nom commun : amande amère d’abricotier
Nom latin : Semen Armeniacae Amarum
Famille : Rosaceae
Espèces : Prunus armeniaca L. (杏仁 xìng rén) – variété amère
Partie utilisée : graine séchée (amande)
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle
Xing Ren

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui arrêtent la toux et calment la respiration sifflante (zhǐ ké píng chuǎn yào 止咳平喘藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ)
Nature : Tiède (溫 wēn), légèrement toxique
Méridiens : Poumon (肺 fèi), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 3-10 g (en décoction, graines concassées), maximum 10 g

Propriétés :

Dirige le Qi du Poumon vers le bas et arrête la toux, calme la dyspnée et la respiration sifflante, disperse le Vent-Froid, dissout les Glaires-Humidité, humidifie les Intestins et désobstrue le transit.

Précautions :

Xìng Rén est légèrement toxique et doit être utilisé avec prudence, en particulier chez les enfants et les personnes âgées. Il est contre-indiqué en cas de diarrhée due à une déficience de la Rate et de l’Estomac. Sa nature amère et descendante le rend inapproprié lorsque le Qi du Poumon est déficient avec toux due à une déficience et absence de rétention de pathogènes. Les graines doivent être décortiquées et les pointes enlevées avant usage. La surconsommation peut provoquer des nausées, vomissements et, en cas d’intoxication sévère, des vertiges et difficultés respiratoires. Il ne doit pas être utilisé en grande quantité ni en usage prolongé sans supervision professionnelle. Les femmes enceintes doivent utiliser ce remède avec prudence.

Fonctions principales :

Dirige le Qi du Poumon vers le bas
Arrête la toux
Calme la dyspnée
Disperse le Vent-Froid
Dissout les Glaires
Humidifie les Intestins
Désobstrue le transit intestinal

Actions et Indications

– Dirige le Qi du Poumon vers le bas, arrête la toux et calme la dyspnée :
Xìng Rén est l’un des remèdes les plus importants de la pharmacopée chinoise pour traiter la toux et la dyspnée. Sa saveur amère lui confère une action descendante puissante qui régularise le Qi du Poumon et met fin à la rébellion du Qi vers le haut, responsable de la toux et de la dyspnée.
Il convient à presque toutes les formes de toux et de dyspnée, qu’elles soient d’origine externe ou interne, par excès ou par déficience.
– Pour la toux et la dyspnée dues au Vent-Froid bloquant les Poumons, avec aversion pour le froid, absence de transpiration et toux avec expectorations claires, Xìng Rén est associé à Má Huáng (Herba Ephedrae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae), formule Sān Ào Tāng 三拗湯 (Décoction des Trois Ingrédients Non Préparés).
– Pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur du Poumon avec fièvre, soif et expectorations jaunes, Xìng Rén est associé à Má Huáng (Herba Ephedrae), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae), formule Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 (Décoction d’Éphédra, d’Amande Amère, de Réglisse et de Gypse).
– Pour la toux et la dyspnée dues à la Sécheresse-Chaleur blessant les Poumons, avec toux sèche, peu ou pas d’expectorations, bouche et gorge sèches, Xìng Rén est associé à Sāng Yè (Folium Mori), Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae) et Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), formule Sāng Xìng Tāng 桑杏湯 (Décoction de Mûrier et d’Amande Amère).

Xìng Rén traite également la toux et la dyspnée liées aux Glaires.
– Pour la toux avec expectorations abondantes et respiration sifflante due aux Glaires obstruant les Poumons, Xìng Rén est associé à Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) pour transformer les Glaires et humidifier les Poumons.
– Pour la toux avec expectorations épaisses et jaunâtres et sensation d’oppression thoracique due aux Glaires-Chaleur, Xìng Rén est associé à Guā Lóu (Fructus Trichosanthis), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Sāng Bái Pí (Cortex Mori), formule Qīng Qì Huà Tán Wán 清氣化痰丸 (Pilule pour Clarifier le Qi et Transformer les Glaires).

– Disperse le Vent-Froid et humidifie les Poumons :
Xìng Rén possède une action dispersante sur le Vent-Froid dans le méridien du Poumon tout en humidifiant la Sécheresse. Bien que sa saveur amère et sa nature tiède ne soient pas caractéristiques des remèdes dispersants, son action sur le Qi du Poumon lui permet d’ouvrir la voie au traitement des pathogènes externes.
Sa capacité à diriger le Qi vers le bas facilite la libération de l’Extérieur, car la normalisation du Qi du Poumon est nécessaire au bon fonctionnement de la dispersion et de la descente.
– Pour les stades précoces de la Chaleur-Sécheresse affectant les Poumons avec toux légère et sèche, Xìng Rén est associé à Sāng Yè (Folium Mori), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis).
– Pour les stades précoces de l’Humidité-Chaleur (Tiède-Humidité) avec prédominance de l’Humidité sur la Chaleur, caractérisés par lourdeur de la tête et du corps, sensation d’oppression dans la poitrine et fièvre vespérale, Xìng Rén est associé à Bái Dòu Kòu (Fructus Amomi Rotundus) et Yì Yǐ Rén (Semen Coicis), formule Sān Rén Tāng 三仁湯 (Décoction des Trois Graines).

– Humidifie les Intestins et désobstrue le transit :
Xìng Rén possède une teneur élevée en huiles qui lui confère une action lubrifiante sur les Intestins. Cette action secondaire en fait un remède utile pour traiter la constipation due à la sécheresse intestinale ou à un manque de liquides organiques.
Il est particulièrement indiqué lorsque la constipation est associée à un déficit de descente du Qi du Poumon qui empêche le bon mouvement du Gros Intestin.
– Pour la constipation due au Qi déficient et aux Intestins secs, Xìng Rén est associé à Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), formule Wǔ Rén Wán 五仁丸 (Pilule des Cinq Graines).
– Pour la constipation liée à la sécheresse des Intestins chez les personnes âgées ou après une maladie fébrile, Xìng Rén est associé à Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis) et Táo Rén (Semen Persicae).

Liste des symptômes

Troubles respiratoires par excès :
Toux aiguë due au Vent-Froid
Toux aiguë due au Vent-Chaleur
Toux due à la Chaleur du Poumon avec expectorations jaunes
Toux sèche due à la Sécheresse-Chaleur
Dyspnée et respiration sifflante dues aux Glaires obstruant les Poumons
Oppression thoracique avec difficulté à expectorer
Expectorations épaisses et collantes
Sensation d’étouffement dans la poitrine

Troubles respiratoires avec Glaires-Chaleur :
Lourdeur de la tête et du corps
Sensation d’oppression thoracique dans les maladies fébriles humides
Fièvre vespérale avec prédominance de l’Humidité
Absence d’appétit

Troubles digestifs :
Constipation due à la sécheresse intestinale
Constipation liée au déficit de descente du Qi du Poumon
Intestins secs chez les personnes âgées
Constipation post-fébrile

Commentaire

Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum) tire son nom du noyau de l’abricotier dont il est issu. Ce remède est fondamental en pharmacopée chinoise pour traiter tous les désordres respiratoires impliquant une rébellion du Qi du Poumon. Sa saveur amère lui confère une action descendante qui normalise le Qi du Poumon, interrompant ainsi la toux et la dyspnée. Zhang Bing-Cheng, dans son Biàn Cái Biàn Yào Lù 辨才辨藥錄 (Lecture Commode de la Matière Médicale), précise que malgré l’absence d’une saveur âcre marquée, l’action descendante amère de Xìng Rén est indispensable pour régulariser le Qi du Poumon et permettre la libération de l’Extérieur lorsque celui-ci est entravé par le Vent-Froid.

Xìng Rén est remarquable par sa polyvalence : il s’adapte à presque tous les types de toux et de dyspnée, qu’il s’agisse de syndromes froids ou chauds, d’origine externe ou interne. Combiné avec des remèdes chauds et dispersants comme Má Huáng (Herba Ephedrae), il traite les syndromes de Vent-Froid ; associé à des remèdes froids comme Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), il traite la Chaleur du Poumon. Sa nature légèrement tiède et humidifiante lui permet d’éviter le dessèchement des liquides organiques, ce qui le distingue de nombreux autres remèdes amers et froids.

L’une des caractéristiques fondamentales de Xìng Rén est son action coordonnée sur le Poumon et le Gros Intestin, organes liés par la relation Intérieur-Extérieur en médecine chinoise. Lorsque le Qi du Poumon descend normalement, il soutient la fonction motrice du Gros Intestin. Ainsi, la teneur huileuse de Xìng Rén lubrifie directement les Intestins tandis que son action descendante sur le Qi du Poumon favorise indirectement le transit. Li Shi-Zhen, dans le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de la Matière Médicale), précise que Xìng Rén disperse et dirige le Qi vers le bas, libère ainsi la couche musculaire, disperse le Vent, dirige le Qi vers le bas et humidifie la Sécheresse.

Xìng Rén se distingue de Jié Gěng (Radix Platycodonis) par la direction opposée de leurs actions sur le Qi du Poumon. Alors que Jié Gěng élève et dissipe le Qi du Poumon, expulse les Glaires et bénéficie à la gorge, Xìng Rén dirige principalement le Qi vers le bas, arrête la toux et calme la dyspnée. Combinés, ces deux remèdes normalisent la montée et la descente du Qi du Poumon et sont fréquemment associés dans les formules traitant les pathologies respiratoires externes. Xìng Rén se distingue aussi de Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) : Bèi Mǔ, froid et humidifiant, agit principalement sur les Glaires, tandis que Xìng Rén, tiède, agit d’abord sur le Qi du Poumon pour l’orienter vers le bas.

Associations

– avec Má Huáng (Herba Ephedrae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) : pour la toux et la dyspnée dues au Vent-Froid (formule Sān Ào Tāng 三拗湯 Décoction des Trois Ingrédients Non Préparés)

– avec Má Huáng (Herba Ephedrae), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) : pour la toux et la dyspnée dues à la Chaleur du Poumon avec fièvre et soif (formule Má Xìng Gān Shí Tāng 麻杏甘石湯 Décoction d’Éphédra, d’Amande Amère, de Réglisse et de Gypse)

– avec Sāng Yè (Folium Mori) et Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) : pour la toux sèche et la Sécheresse-Chaleur des Poumons (formule Sāng Xìng Tāng 桑杏湯 Décoction de Mûrier et d’Amande Amère)

– avec Bái Dòu Kòu (Fructus Amomi Rotundus) et Yì Yǐ Rén (Semen Coicis) : pour la Tiède-Humidité avec prédominance de l’Humidité et oppression thoracique (formule Sān Rén Tāng 三仁湯 Décoction des Trois Graines)

– avec Jié Gěng (Radix Platycodonis) et Sāng Yè (Folium Mori) : pour la toux et la soif dues à la Chaleur du Poumon

– avec Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) : pour la toux chronique due à une déficience du Poumon avec expectorations striées de sang

– avec Guā Lóu (Fructus Trichosanthis), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Sāng Bái Pí (Cortex Mori) : pour la toux avec expectorations épaisses jaunâtres et oppression thoracique dues aux Glaires-Chaleur (formule Qīng Qì Huà Tán Wán 清氣化痰丸 Pilule pour Clarifier le Qi et Transformer les Glaires)

– avec Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) : pour la constipation due au Qi déficient et aux Intestins secs (formule Wǔ Rén Wán 五仁丸 Pilule des Cinq Graines)

– avec Táo Rén (Semen Persicae) : pour la constipation par sécheresse intestinale – Xìng Rén agit sur le Qi dans le méridien du Poumon, Táo Rén sur le Sang dans le méridien du Foie, leur action combinée mobilise Qi et Sang pour restaurer le transit

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng xìng rén) : graines décortiquées avec les pointes enlevées (cuì), action plus forte pour diriger le Qi vers le bas et arrêter la toux, légèrement plus toxique
– ébouillantées (燙用 tàng xìng rén) : passées à l’eau bouillante pour enlever la peau et les pointes, réduit légèrement la toxicité
– grillées au miel (蜜炙 mì zhì xìng rén) : le traitement au miel renforce l’action pour humidifier les Poumons et arrêter la toux, réduit la toxicité, particulièrement indiqué pour les toux chroniques dues à la Sécheresse ou à la déficience du Poumon

Formules Classiques

– Má Xìng Gān Shí Tāng (麻杏甘石湯 Décoction d’Éphédra, d’Amande Amère, de Réglisse et de Gypse)
Cette formule combine Xìng Rén avec Má Huáng (Herba Ephedrae), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la toux et la dyspnée dues à la Chaleur du Poumon, avec fièvre, soif, respiration sifflante et expectorations jaunes. Tirée du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité des Maladies Causées par le Froid) de Zhang Zhong-Jing.

– Sān Ào Tāng (三拗湯 Décoction des Trois Ingrédients Non Préparés)
Formule combinant Xìng Rén avec Má Huáng (Herba Ephedrae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) non préparés pour traiter le Vent-Froid obstruant les Poumons, avec toux, congestion nasale, aversion pour le froid et absence de transpiration. Tirée du Hé Jì Jú Fāng 和劑局方 (Formulaire des Préparations Officinales).

– Sāng Xìng Tāng (桑杏湯 Décoction de Mûrier et d’Amande Amère)
Cette formule réunit Xìng Rén avec Sāng Yè (Folium Mori), Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Bèi Mǔ (Bulbus Fritillariae), Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) et Lí Pí (Exocarpium Pyri) pour traiter la Sécheresse-Chaleur externe attaquant les Poumons. Tirée du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies Fébriles) de Wu Ju-Tong.

– Sān Rén Tāng (三仁湯 Décoction des Trois Graines)
Xìng Rén figure dans cette formule avec Bái Dòu Kòu (Fructus Amomi Rotundus), Yì Yǐ Rén (Semen Coicis), Huá Shí (Talcum), Tōng Cǎo (Medulla Tetrapanacis), Zhú Yè (Herba Phyllostachys), Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) pour traiter les stades précoces de la Tiède-Humidité avec prédominance de l’Humidité. Tirée du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 de Wu Ju-Tong.

– Wǔ Rén Wán (五仁丸 Pilule des Cinq Graines)
Cette formule réunit Xìng Rén avec Huǒ Má Rén (Fructus Cannabis), Táo Rén (Semen Persicae), Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi), Yù Lǐ Rén (Semen Pruni) et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) pour traiter la constipation due au Qi déficient et aux Intestins secs. Tirée du Shì Yī Dé Xiào Fāng 世醫得效方 (Formules Efficaces des Médecins de Génération en Génération).

Toxicité :

Xìng Rén contient de l’amygdaline, un hétéroside cyanogène, qui se transforme en acide cyanhydrique (HCN) lors de la digestion. Aux doses thérapeutiques recommandées (3-10 g), ce remède est généralement sans danger si les graines sont correctement préparées (décortiquées, pointes enlevées). Une intoxication aiguë peut survenir en cas de surdosage, notamment chez les enfants sensibles aux effets de l’acide cyanhydrique. Les premiers symptômes sont des nausées, vomissements, vertiges, céphalées et palpitations ; en cas d’intoxication sévère peuvent apparaître une paralysie respiratoire et un coma. Il est contre-indiqué en cas de diarrhée due à une déficience de la Rate et en cas de toux due à une déficience du Yin. La cuisson en décoction réduit significativement la toxicité en dégradant l’amygdaline.



Sang Bai Pi

Sang Ye

Sāng Bái Pí (Cortex Mori Albae Radicis)

Identification

Chinois : 桑白皮
Pinyin : Sāng Bái Pí
Traduction : écorce blanche de mûrier
Nom commun : écorce de racine de mûrier blanc
Nom latin : Cortex Mori Albae Radicis
Famille : Moraceae
Espèces : Morus alba L. (Sāng Shū)
Partie utilisée : écorce de la racine, séchée ou miel-frite
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Sang Bai Pi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui soulagent la toux et l’asthme (zhǐ ké píng chuǎn yào 止咳平喘藥)
Saveurs : Doux (gān)
Nature : Froid hán)
Méridiens : Poumon (肺 fèi)
Dosage : 10-15 g en décoction. Maximum 30 g. La forme crue clarifie davantage la Chaleur et favorise la diurèse ; la forme miel-frite (mì zhì) est plus tiède et humidifie le Poumon pour traiter la toux sèche.

Propriétés :
Clarifie la Chaleur du Poumon et arrête la toux et l’asthme, favorise la diurèse et réduit les œdèmes, abaisse la pression artérielle.

Précautions :
Sāng Bái Pí est contre-indiqué en cas de toux due au Froid dans le Poumon. De nature froide, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience et un Froid de la Rate et de l’Estomac. La forme miel-frite est préférée pour les patients présentant une toux sèche due à une déficience du Poumon.

Fonctions principales :

Clarifie la Chaleur du Poumon
Descend le Qi du Poumon
Arrête la toux et l’asthme
Favorise la diurèse
Réduit les œdèmes
Abaisse la pression artérielle

Actions et Indications

– Clarifie la Chaleur du Poumon, arrête la toux et l’asthme
Sāng Bái Pí est doux, froid et de nature descendante. Il est considéré comme le remède de référence pour sédater la Chaleur du Poumon et corriger la remontée du Qi du Poumon qui en résulte. Il traite cliniquement la toux et l’asthme avec des expectorations jaunes et abondantes causées par la Chaleur en excès dans le Poumon.
– Pour la toux due à la Chaleur du Poumon, Sāng Bái Pí est associé à Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae), formule Xiè Bái Sǎn Poudre qui draine le Blanc.
– Pour la toux et l’asthme avec expectorations jaunes abondantes dues à la Chaleur du Poumon, on l’associe à Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum).
– Pour la toux et l’asthme avec soif dus à la Chaleur du Poumon, on l’associe à Má Huáng (Herba Ephedrae) et Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), formule Má Xìng Gān Shí Tāng Décoction d’Éphédra, Amande Amère, Réglisse et Gypse.
– Pour l’asthme avec expectorations dues aux Glaires-Chaleur, Sāng Bái Pí est associé à Bái Guǒ (Semen Ginkgo), Sū Zǐ (Fructus Perillae), Kuǎn Dōng Huā (Flos Farfarae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), formule Dìng Chuǎn Tāng Décoction qui arrête l’Asthme.
– Pour l’accélération de la respiration avec glaires jaunes, on l’associe à Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Bái Guǒ (Semen Ginkgo).

– Favorise la diurèse et réduit les œdèmes
Sāng Bái Pí régule la circulation des Eaux et traite les types d’œdème en excès – œdème facial ou généralisé, dysurie, et asthme avec plénitude thoracique. Il favorise la miction normale et réduit les gonflements.
– Pour l’œdème, Sāng Bái Pí est associé à Dà Fù Pí (Pericarpium Arecae) et Fú Líng Pí (Cortex Poriae), formule Wǔ Pí Yǐn Décoction aux Cinq Écorces.
– Pour l’œdème avec dysurie et plénitude thoracique, on l’associe à Zé Xiè (Rhizoma Alismatis) et Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis).

– Abaisse la pression artérielle
Sāng Bái Pí traite l’hypertension caractérisée par une montée du Yang du Foie.
– Pour l’hypertension due à la montée du Yang du Foie, Sāng Bái Pí est associé à Huáng Qín (Radix Scutellariae), Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) et Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae).

Liste des symptômes

Troubles respiratoires
Toux due à la Chaleur du Poumon
Asthme avec expectorations jaunes et abondantes
Asthme dû aux Glaires-Chaleur
Essoufflement et dyspnée
Congestion thoracique
Accélération de la respiration avec glaires jaunes

Œdèmes et troubles urinaires
Œdème facial ou généralisé de type excès
Dysurie
Rétention d’eau

Troubles cardio-vasculaires
Hypertension due à la montée du Yang du Foie

Commentaires

Sāng Bái Pí 桑白皮, l’écorce de la racine du mûrier blanc (Morus alba), tire son nom de sa couleur blanche caractéristique. Son nom littéral, « écorce blanche de mûrier », reflète sa nature : l’écorce interne de la racine, débarrassée de son épiderme, présente une surface blanche et fibreuse. Il s’agit de l’un des remèdes les plus importants de la pharmacopée chinoise pour traiter la Chaleur en excès dans le Poumon.

Sa saveur douce et sa nature froide lui permettent de sédater la Chaleur du Poumon sans être trop desséchant. Sa direction descendante en fait un remède de choix pour corriger la remontée du Qi du Poumon causant la toux et l’asthme. C’est cette combinaison unique – clarifier la Chaleur, descendre le Qi et drainer les Liquides – qui distingue Sāng Bái Pí de nombreux autres remèdes agissant sur le Poumon.

En médecine chinoise classique, ce remède est décrit dès le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) comme traitant les cinq types de Vide du corps et les six types de Qi perturbé, ainsi que les œdèmes abdominaux. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Compendium de la Matière Médicale de Lǐ Shí-zhēn, 1578) précise que Sāng Bái Pí descend le Qi du Poumon et traite ainsi la toux et l’asthme avec plénitude, ainsi que les œdèmes de la peau.

Sāng Bái Pí se distingue de Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) avec lequel il est fréquemment associé dans la formule Xiè Bái Sǎn. Dì Gǔ Pí clarifie la Chaleur de déficience et rafraîchit le Sang, tandis que Sāng Bái Pí clarifie la Chaleur en excès du Poumon et descend le Qi. Ensemble, ils traitent efficacement la Chaleur du Poumon, qu’elle soit de type excès ou déficience. Sāng Bái Pí est supérieur pour descendre le Qi du Poumon et favoriser la diurèse, tandis que Dì Gǔ Pí est préférable pour nourrir le Yin et refroidir le Sang.

Sāng Bái Pí se distingue également de Tíng Lì Zǐ (Semen Descurainiae seu Lepidii). Les deux remèdes sédatent le Poumon et soulagent l’asthme, mais Tíng Lì Zǐ est beaucoup plus puissant, acrid et froid, et est réservé aux conditions d’excès avec accumulation abondante de glaires. Sāng Bái Pí est plus doux et plus modéré dans son action.

Les plantes issues du même arbre – Sāng Yè 桑葉 (Folium Mori), Sāng Zhī 桑枝 (Ramulus Mori), Sāng Shèn 桑椹 (Fructus Mori) et Sāng Piāo Xiāo 桑螵蛸 (Oötheca Mantidis) – ont toutes des propriétés thérapeutiques distinctes. Sāng Yè disperse le Vent-Chaleur et clarifie le Poumon ; Sāng Zhī disperse le Vent-Humidité et dégage les méridiens ; Sāng Shèn nourrit le Yin et tonifie le Sang du Foie et du Rein.

Associations

– avec Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour la toux due à la Chaleur du Poumon, formule Xiè Bái Sǎn Poudre qui draine le Blanc

– avec Bái Guǒ (Semen Ginkgo), Sū Zǐ (Fructus Perillae), Kuǎn Dōng Huā (Flos Farfarae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) pour l’asthme avec Glaires-Chaleur, formule Dìng Chuǎn Tāng Décoction qui arrête l’Asthme

– avec Má Huáng (Herba Ephedrae) et Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) pour la toux et l’asthme avec soif dus à la Chaleur du Poumon, formule Má Xìng Gān Shí Tāng Décoction d’Éphédra, Amande Amère, Réglisse et Gypse

– avec Dà Fù Pí (Pericarpium Arecae) et Fú Líng Pí (Cortex Poriae) pour l’œdème de type excès, formule Wǔ Pí Yǐn Décoction aux Cinq Écorces

– avec Huáng Qín (Radix Scutellariae), Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) et Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) pour l’hypertension due à la montée du Yang du Foie

– avec Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Chán Tuì (Periostracum Cicadae) et Bái Guǒ (Semen Ginkgo) pour la toux chronique avec perte de voix

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru shēng sāng bái pí : forme standard, froide, sèche la Chaleur du Poumon et régule la circulation des Eaux plus fortement
– miel-frit mì zhì sāng bái pí : plus tiède, humidifie le Poumon et soulage la toux sèche, préféré pour les patients présentant une déficience du Poumon

Formules Classiques

Xiè Bái Sǎn 瀉白散 (Poudre pour Drainer le Blanc)
Cette formule fondamentale combine Sāng Bái Pí avec Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la Chaleur du Poumon avec toux, asthme léger, fièvre vespérale et sensation de chaleur dans la paume des mains. Tirée du Xiǎo Ér Yào Zhèng Zhí Jué 小兒藥證直訣 (Clés des Syndromes et Traitements Médicamenteux en Pédiatrie de Qián Yǐ, 1119).

Dìng Chuǎn Tāng 定喘湯 (Décoction pour Arrêter l’Asthme)
Formule combinant Sāng Bái Pí avec Bái Guǒ (Semen Ginkgo), Má Huáng (Herba Ephedrae), Sū Zǐ (Fructus Perillae), Kuǎn Dōng Huā (Flos Farfarae), Xìng Rén (Semen Armeniacae Amarum), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) pour traiter l’asthme et la toux avec glaires jaunes abondantes dues aux Glaires-Chaleur du Poumon. Tirée du Shè Shēng Zhòng Miào Fāng 攝生眾妙方 (Prescriptions Merveilleuses pour Préserver la Vie, 1550).

Wǔ Pí Yǐn 五皮飲 (Décoction aux Cinq Écorces)
Sāng Bái Pí est inclus dans cette formule avec Dà Fù Pí (Pericarpium Arecae), Fú Líng Pí (Cortex Poriae), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Shēng Jiāng Pí (Cortex Rhizomatis Zingiberis Recens) pour traiter l’œdème généralisé de type excès avec dysurie. Tirée du Huá Shì Zhōng Zàng Jīng 華氏中藏經 (Classique des Organes Internes de Hua Tuo).

Toxicité

Sāng Bái Pí ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques indiquent une bonne tolérance générale. La DL50 pour l’extrait aqueux ou alcoolique de Sāng Bái Pí chez la souris est de 10 g/kg par voie orale, et de 5 g/kg par voie intraveineuse. En raison de sa nature froide, une utilisation prolongée à doses élevées peut affaiblir la Rate et l’Estomac chez les personnes présentant une déficience digestive avec signes de Froid. Ce remède est contre-indiqué en cas de toux due au Froid dans le Poumon. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée à ce jour.



Ci Shi

Ci Shi

Cí Shí (Magnetitum)

Identification

Chinois : 磁石
Pinyin : Cí Shí
Traduction : Pierre magnétique
Nom commun : Magnétite, Pierre d’aimant
Nom latin : Magnetitum
Famille : Minéral (oxyde de fer)
Espèces : Fe₃O₄ (magnétite naturelle)
Partie utilisée : Minéral brut, concassé et calciné
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle
Ci Shi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui stabilisent l’Esprit (zhèn ān yào 镇安藥)
Saveurs : Piquant (辛 xīn), Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Rein (腎 shèn), Cœur (心 xīn)
Dosage : 15-60 g (décoction, à cuire en premier 30 min) ; 1-3 g en poudre ou pilule

Propriétés :

Cí Shí est un minéral lourd et froid qui ancre le Yang du Foie, calme l’Esprit (Shen 神) et bénéficie le Yin des Reins. Il traite les manifestations de montée du Yang du Foie, nourrit le Yin du Rein et du Foie, et améliore la vision et l’audition.

Précautions :

Contre-indiqué en cas de vide de Rate et d’Estomac avec diarrhée, de Froid interne, et chez les patients débilités. À utiliser avec précaution durant la grossesse. Ne pas prolonger l’usage de longue durée en raison de sa teneur en fer. Ne pas associer avec des préparations contenant du mercure (incompatibilité classique). Déconseillé en cas d’obstruction digestive. À cuire en premier (先煎 xiān jiān) au moins 30 minutes avant les autres substances.

Fonctions principales :

Ancre et calme l’Esprit
Nourrit les Reins
Tonifie le Foie
Améliore l’ouïe et la vision
Aide les Reins à saisir le Qi

Actions et Indications

– Ancre le Yang du Foie, éteint le Vent intérieur :
Cí Shí est lourd, froid et descendant. Sa nature salée pénètre le Foie et le Rein ; sa pesanteur abaisse le Yang hyperactif et éteint le Vent intérieur. Il traite les vertiges, céphalées, acouphènes, irritabilité et agitation liés à la montée du Yang du Foie avec Vide de Yin des Reins et du Foie.
Cliniquement, on l’utilise pour les états d’hyperactivité du Yang du Foie avec anxiété et tremblement des membres. Sa capacité à nourrir simultanément le Yin du Rein lui confère un double avantage sur les simples substances minérales descendantes.
– Pour les vertiges et céphalées par montée du Yang du Foie avec Vide de Yin, Cí Shí est associé à Shí Jué Míng (Haliotidis Concha).
– Pour les tremblements et le Vent intérieur avec Vide de Yin sous-jacent, on l’associe à Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis) et Tiān Má (Gastrodiae Rhizoma).

– Calme l’Esprit (Shen 神) :
Par sa nature lourde et descendante, Cí Shí retient le Yang qui monte troubler le Cœur et l’Esprit. Il traite l’insomnie, les palpitations, l’anxiété et l’agitation causées par un Vide de Yin avec Yang flottant, ou par un déséquilibre entre le Cœur (Feu) et le Rein (Eau).
Les textes classiques soulignent sa capacité à rétablir la communication entre le Cœur et le Rein (交通心腎 jiāo tōng xīn shèn), ce qui en fait un remède de choix pour les manifestations mentales liées à ce déséquilibre.
– Pour les palpitations et l’insomnie par Vide de Yin du Rein avec Yang du Cœur hyperactif, Cí Shí est associé à Zhū Shā (Cinnabaris), comme dans la formule classique Cí Zhū Wán 磁朱丸 (Pilule de Magnétite et Cinabre).
– Pour l’anxiété et les troubles du sommeil avec vide prononcé du Yin, on l’associe à Suān Zǎo Rén (Ziziphi spinosae Semen) et Bǎi Zǐ Rén (Platycladi Semen).

– Bénéficie le Yin des Reins et du Foie, améliore l’audition et la vision :
Le Rein gouverne l’ouïe et le Foie gouverne la vue. Cí Shí nourrit l’Essence et le Yin du Rein tout en abaissant le Yang du Foie, restaurant ainsi les facultés sensorielles. Il traite les acouphènes, la surdité progressive, la baisse de la vision et la vision trouble liées à un Vide de Yin des Reins et du Foie.
Ce double tropisme vers les Reins et le Foie fait de Cí Shí un remède précieux pour les patients âgés présentant une dégénérescence sensorielle par vide d’Essence.
– Pour les acouphènes et la surdité par Vide de Yin du Rein, Cí Shí est associé à
Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata) et Shān Zhū Yú (Corni Fructus).
– Pour la baisse de la vision et la vision trouble, on l’associe à Gǒu Qǐ Zǐ (Lycii Fructus) et Jú Huā (Chrysanthemi Flos).

– Aide le Rein à saisir le Qi du Poumon, traite la dyspnée :
Selon la physiologie classique, le Rein doit « saisir » (納氣 nà qì) le Qi descendant du Poumon. Lorsque le Vide de Yang ou de Yin du Rein est tel que cette fonction est défaillante, il en résulte une dyspnée chronique avec difficulté à l’inspiration, aggravée à l’effort. Cí Shí, par son action descendante et son affinité pour le Rein, restaure cette fonction de captation.
Cliniquement, ce tableau correspond souvent à une dyspnée chronique asthmatiforme d’origine déficientielle chez le sujet âgé ou constitutionnellement faible.
– Pour la dyspnée chronique par incapacité du Rein à saisir le Qi, Cí Shí est associé à Wǔ Wèi Zǐ (Schisandrae Fructus) et Hú Táo Rén (Juglandis Semen).
– Pour la dyspnée avec toux chronique et Vide de Yin du Rein, on l’associe à Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata).

Liste des symptômes

Tête, yeux et oreilles :
Vertiges et étourdissements par montée du Yang du Foie
Céphalées pulsatiles avec agitation et irritabilité
Acouphènes (bourdonnements) et surdité progressive
Baisse de la vision, vision trouble, yeux secs

Cœur et Esprit (Shen 神) :
Palpitations cardiaques, anxiété
Insomnie, rêves agités
Agitation mentale, irritabilité
Frayeurs, tressaillements

Poumon et Rein :
Dyspnée chronique avec difficulté à l’inspiration
Wheezing (respiration sifflante) par vide de Rein
Essoufflement aggravé à l’effort

Manifestations de Vide de Yin des Reins et du Foie :
Lombalgies chroniques, faiblesse des genoux
Sueurs nocturnes, chaleur des cinq centres
Langue rouge avec peu d’enduit
Pouls fin et rapide (细数 xì shuò)

Commentaire

Cí Shí, la magnétite naturelle, est un minéral ferromagnétique (Fe₃O₄) connu depuis la plus haute antiquité en Chine. Le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) le classe parmi les substances de premier rang, témoignant de l’ancienneté de son usage. Sa nature froide et descendante, combinée à sa saveur salée pénétrant le Rein, en fait un remède fondamentalement orienté vers le bas : il ancre le Yang rebelle qui monte, apaise l’Esprit agité et nourrit l’Essence des Reins. La pesanteur spécifique du minéral est ici directement liée à son action thérapeutique – une conception propre à la pharmacopée chinoise pour les substances minérales et animales lourdes.

Sur le plan clinique, Cí Shí occupe une position particulière parmi les substances qui abaissent le Yang du Foie car il agit simultanément sur trois méridiens, Foie, Rein et Cœur, ce qui lui permet de traiter les schémas pathologiques complexes associant montée du Yang du Foie, Vide de Yin du Rein et trouble de l’Esprit. Là où d’autres substances minérales comme Lóng Gǔ (Mastodi Ossis fossilia) agissent principalement sur le Cœur pour calmer l’Esprit, Cí Shí nourrit la racine rénale tout en abaissant le Yang. Cette double action le rend particulièrement adapté aux patients âgés présentant à la fois une détérioration sensorielle (acouphènes, baisse de vision) et des troubles anxieux ou du sommeil. Sa capacité à aider le Rein à saisir le Qi du Poumon en fait également un recours précieux dans les dyspnées chroniques d’origine déficientielle.

On compare souvent Cí Shí à Dài Zhě Shí (Haematitum) : les deux sont des minéraux lourds capables d’abaisser le Yang et de diriger le Qi vers le bas. Cependant, Dài Zhě Shí est plus puissant pour diriger le Qi rebellé du Foie et de l’Estomac vers le bas, et sa froideur est plus marquée ; il convient davantage aux tableaux d’excès (plénitude) avec montée violente du Qi. Cí Shí, de par son affinité pour le Rein et sa capacité à nourrir l’Essence et le Yin, s’adresse préférentiellement aux tableaux mixtes vide-plénitude avec Vide de Yin et Vide d’Essence sous-jacents. Par ailleurs, Cí Shí possède une action spécifique sur la surdité et les acouphènes ainsi que sur la dyspnée par insuffisance du Rein à saisir le Qi – deux indications absentes pour Dài Zhě Shí.

Associations

– avec Zhū Shā (Cinnabaris) et Shén Qū (Massa fermentata medicinalis) : palpitations, insomnie et troubles visuels par déséquilibre Cœur-Rein (formule Cí Zhū Wán 磁朱丸)

– avec Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata) et Shān Zhū Yú (Corni Fructus) : acouphènes, surdité et vertiges chroniques par Vide de Yin et d’Essence du Rein et du Foie

– avec Shí Jué Míng (Haliotidis Concha) et Gōu Téng (Uncariae Ramulus cum Uncis) : céphalées, vertiges et tremblements par montée du Yang du Foie et agitation du Vent intérieur

– avec Wǔ Wèi Zǐ (Schisandrae Fructus) et Hú Táo Rén (Juglandis Semen) : dyspnée chronique et wheezing par incapacité du Rein à saisir le Qi

– avec Lóng Gǔ (Mastodi Ossis fossilia) et Mǔ Lì (Ostreae Concha) : palpitations, insomnie et agitation mentale sévère par Yang flottant avec Vide de Yin profond

– avec Gǒu Qǐ Zǐ (Lycii Fructus) et Jú Huā (Chrysanthemi Flos) : baisse de la vision et vision trouble par Vide de Yin du Foie et du Rein

– avec Suān Zǎo Rén (Ziziphi spinosae Semen) et Yuǎn Zhì (Polygalae Radix) : insomnie et anxiété chroniques par Vide de Yin du Cœur et du Rein

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng yòng) : action maximale pour ancrer le Yang, abaisser le Vent intérieur et calmer l’Esprit ; utilisé pour les manifestations d’urgence ou d’excès prononcé ; doit impérativement être cuit en premier (先煎 xiān jiān) pendant au moins 30 minutes
– calciné au rouge puis trempé dans le vinaigre (醋淬 cù cuì) : calcination à haute température puis trempé dans le vinaigre de riz ; la calcination fragmente la roche, rendant les constituants plus accessibles et réduisant le risque d’irritation digestive ; le vinaigre dirige l’action vers le Foie et renforce l’effet astreignant ; forme la plus courante en pratique clinique pour les traitements au long cours
– réduit en poudre fine (研末 yán mò) : après calcination et extinction au vinaigre, broyage en poudre très fine pour usage en pilule ou poudre à avaler ; dosage réduit à 1-3 g par prise ; facilite l’absorption des principes actifs (fer, oligoéléments) et convient aux patients ne tolérant pas les décoctions longues

Formules Classiques

– Cí Zhū Wán (磁朱丸 Pilule de Magnétite et Cinabre)
Formule issue du Qiān Jīn Yào Fāng 千金要方 (Prescriptions valant Mille Pièces d’Or) de Sun Si-Miao (Tang, 7e siècle). Composée de Cí Shí (磁石), Zhū Shā (Cinnabaris) et Shén Qū (Massa fermentata medicinalis). Indiquée pour les palpitations, l’insomnie, l’anxiété, les troubles visuels et auditifs résultant du déséquilibre entre le Cœur (Feu) et le Rein (Eau). Cí Shí ancre le Yang et nourrit le Yin du Rein, Zhū Shā calme l’Esprit et refroidit le Cœur, Shén Qū protège la Rate et l’Estomac contre la lourdeur des deux minéraux. Note : Zhū Shā contient du mercure et son usage est aujourd’hui très limité ou supprimé dans de nombreux pays.

– Ěr Lóng Zuǒ Cí Wán (耳聾左慈丸 Pilule Gauche de Ci pour la Surdité)
Formule basée sur la Liù Wèi Dì Huáng Wán 六味地黃丸 (Pilule des Six Ingrédients avec Rehmannia) à laquelle est ajouté Cí Shí. Composée de Cí Shí (磁石), Shú Dì Huáng (Rehmanniae Radix praeparata), Shān Zhū Yú (Corni Fructus), Shān Yào (Dioscoreae Rhizoma), Zé Xiè (Alismatis Rhizoma), Mǔ Dān Pí (Moutan Cortex) et Fú Líng (Poria). Indiquée pour les acouphènes, la surdité progressive, les vertiges et la vision trouble liés au Vide de Yin du Rein et du Foie. C’est la formule de référence pour les troubles sensoriels chroniques d’origine déficientielle.

Toxicité :

Cí Shí est généralement bien toléré aux doses thérapeutiques habituelles (15-60 g en décoction). Sa teneur en fer (Fe₃O₄) peut causer des nausées, douleurs épigastriques ou constipation en cas d’usage prolongé ou à forte dose ; la calcination et l’extinction au vinaigre (醋淬 cù cuì) réduisent ces effets secondaires digestifs. La prise au long cours doit être surveillée en raison du risque de surcharge en fer, particulièrement chez les patients hémochromatosiques ou présentant une pathologie hépatique. Des interactions sont à craindre avec les chélateurs du fer et les tétracyclines (réduction de leur absorption). L’incompatibilité classique avec le Zhū Shā (Cinnabaris, sulfure de mercure) dans la formule Cí Zhū Wán est aujourd’hui une préoccupation majeure en raison de la toxicité du mercure : cette association est interdite ou très strictement encadrée dans de nombreux pays. En usage externe, aucune toxicité significative n’est rapportée.


Zhen Zhu Mu

Zhen Zhu Mu

Zhēn Zhū Mǔ (Concha Margaritaferae Usta)

Identification

Chinois : 珍珠母
Pinyin : Zhēn Zhū Mǔ
Traduction : Mère de la perle précieuse
Nom commun : Nacre de coquillage perlier
Nom latin : Concha Margaritaferae Usta
Famille : Pteriidae / Unionidae
Espèces : Pteria martensii Dunker, Hyriopsis cumingii Lea, Cristaria plicata Leach
Partie utilisée : Coquille interne (couche nacrée)
Texte d’origine : Rì Huá Zǐ Běn Cǎo 日華子本草 (Matière Médicale de Ri Hua-Zi) par Ri Hua-Zi au Xe siècle (907-960 ap. J.-C.)
Zhen Zhu Mu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui stabilisent l’Esprit (zhèn ān yào 镇安藥)
Saveurs : Salé (鹹 xián), Doux (甘 gān)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Cœur (心 xīn)
Dosage : 15-30 g (cuire en premier, 20-30 min)

Propriétés :

Zhēn Zhū Mǔ calme le Foie, ancre le Yang, éteint le Vent Intérieur et apaise l’Esprit (Shen 神). Elle clarifie la Chaleur du Foie, éclaircit la vision et, calcinée, arrête les saignements.

Précautions :

Contre-indiquée en cas de Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac avec diarrhée et frilosité. Utiliser avec prudence chez les patients présentant un Vide de Qi de l’Estomac avec anorexie et selles molles. La nature lourde et froide de la coquille peut blesser le Qi de l’Estomac en cas d’utilisation prolongée ; associer alors à des herbes qui protègent l’Estomac. Précaution pendant la grossesse.

Fonctions principales :

Calme le Foie, ancre le Yang et éteint le Vent Intérieur
Apaise l’Esprit (Shen 神) et sédatif les tremblements et palpitations
Clarifie le Foie et éclaircit la vision
Arrête les saignements (forme calcinée)

Actions et Indications

– Calme le Foie et ancre le Yang du Foie :
Zhēn Zhū Mǔ est lourde, salée et froide ; elle entre dans le méridien du Foie pour abaisser et ancrer le Yang en excès. Elle traite la montée du Yang du Foie et du Feu du Foie avec vertiges, céphalées, irritabilité, rougeur des yeux, insomnie, amertume en bouche, acouphènes et hypertension artérielle.
Son poids spécifique et sa nature froide lui permettent d’agir directement sur la racine de la Stagnation Yang sans épuiser le Yin.
– Pour les céphalées et vertiges dus à la montée du Yang du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Gōu Téng (Ramulus Uncariae cum Uncis).
– Pour l’hypertension artérielle avec Feu du Foie montant, on l’associe à Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi).

– Apaise l’Esprit (Shen 神) et sédatif les tremblements :
Zhēn Zhū Mǔ traite les perturbations de l’Esprit tant par Excès que par Vide. En cas d’excès, elle traite le Vent du Foie avec palpitations, convulsions, tremblements et insomnies agitées. En cas de Vide, elle traite le manque de nourrissement du Cœur avec insomnie, palpitations, frayeurs et neurasthénie.
La forme calcinée (煅 duàn) est particulièrement efficace pour les troubles émotionnels avec palpitations et insomnie.
– Pour les perturbations de l’Esprit par Excès avec Vent du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Lóng Gǔ (Os Draconis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae).
– Pour les palpitations et insomnie par Vide du Cœur, on l’associe à Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae) et Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi).

– Clarifie le Foie et éclaircit la vision :
Zhēn Zhū Mǔ traite les troubles oculaires dus à la Chaleur du Foie ou à un Vide de Yin du Foie : rougeur et douleur des yeux, photophobie, troubles visuels, pterygion et opacités superficielles. Elle est souvent utilisée en association avec d’autres remèdes pour les ophtalmies par Feu du Foie montant.
Son action sur le méridien du Foie dont l’orifice est l’œil lui confère une affinité particulière pour les pathologies oculaires.
– Pour la rougeur et la douleur des yeux dues au Feu du Foie, Zhēn Zhū Mǔ est associée à
Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae).
– Pour les troubles visuels par Vide de Yin du Foie et du Rein, on l’associe à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata) et Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii).

– Arrête les saignements (forme calcinée) :
La forme calcinée de Zhēn Zhū Mǔ est astringente et capable d’arrêter les saignements, notamment les hémorragies du haut du corps telles que l’hémoptysie, l’épistaxis et les hémorragies utérines. Elle traite particulièrement les saignements dus à la Chaleur dans le Sang forçant le Sang à circuler de façon anarchique.
L’action hémostatique est étroitement liée à la calcination qui intensifie le caractère astringent de la coquille.
– Pour les saignements du haut du corps dus à la Chaleur dans le Sang, Zhēn Zhū Mǔ calcinée est associée à
Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan).
– Pour les hémorragies utérines par Chaleur, on l’associe à Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Qiān Cǎo (Radix Rubiae).

Liste des symptômes

Yang du Foie montant / Feu du Foie :
Céphalées et vertiges
Irritabilité, colère facile, visage rouge
Rougeur et douleur des yeux, photophobie
Amertume en bouche, acouphènes
Insomnie avec agitation
Hypertension artérielle

Perturbation de l’Esprit (Shen 神) :
Palpitations, anxiété
Insomnie, sommeil agité avec rêves abondants
Frayeurs faciles, neurasthénie
Tremblements, convulsions (Vent du Foie)
Épilepsie

Troubles oculaires par Chaleur du Foie :
Rougeur, gonflement et douleur des yeux
Photophobie
Vision trouble, pterygion
Opacités superficielles de la cornée

Saignements par Chaleur (forme calcinée) :
Hémoptysie, épistaxis
Hémorragie utérine, hyperménorrhée
Hématurie
Saignements des gencives

Commentaire

Zhēn Zhū Mǔ 珍珠母, la nacre de coquillage perlier, est mentionnée pour la première fois dans le Rì Huá Zǐ Běn Cǎo 日華子本草 (Matière Médicale de Ri Hua-Zi) au Xe siècle. Substance minérale d’origine animale, elle est constituée principalement de carbonate de calcium (aragonite) sous forme nacrée, ce qui lui confère ses propriétés lourdes, sédatives et ancrantes. Sa nature froide et salée lui permet d’entrer directement dans les méridiens du Foie et du Cœur pour abaisser le Yang excessif et calmer l’Esprit agité.

Sur le plan clinique, Zhēn Zhū Mǔ occupe une position centrale dans le traitement des syndromes de montée du Yang du Foie et des perturbations de l’Esprit. Sa lourdeur et son caractère descendant en font un excellent ancre pour le Yang du Foie lorsque celui-ci monte de façon pathologique, provoquant vertiges, céphalées, acouphènes et hypertension. Parallèlement, en entrant dans le méridien du Cœur, elle sédatif l’Esprit perturbé et traite les insomnies, palpitations et états d’anxiété. La calcination de la coquille (煅珍珠母 duàn zhēn zhū mǔ) transforme ses propriétés : elle perd en partie son action froide et acquiert un caractère astringent qui lui permet d’arrêter les saignements.

Zhēn Zhū Mǔ est souvent comparée à Shí Jué Míng (Concha Haliotidis), nacre d’ormeau, qui appartient à la même catégorie et partage ses actions d’ancrage du Yang du Foie et d’éclaircissement de la vision. La principale différence réside dans le fait que Shí Jué Míng est plus puissante pour nourrir le Yin du Foie et traiter les opacités oculaires, tandis que Zhēn Zhū Mǔ est plus efficace pour calmer l’Esprit, sédatif les tremblements et arrêter les saignements sous forme calcinée. Les deux substances sont souvent associées dans les formules traitant la montée du Yang du Foie avec troubles oculaires et perturbations de l’Esprit.

Associations

– avec Shí Jué Míng (Concha Haliotidis) et Gōu Téng (Ramulus Uncariae cum Uncis) : montée du Yang du Foie avec céphalées, vertiges, hypertension

– avec Lóng Gǔ (Os Draconis) et Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae) : insomnie, palpitations et anxiété par perturbation de l’Esprit

– avec Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Dài Zhě Shí (Haematitum) : montée rebelle du Yang avec Vent Intérieur, tremblements et convulsions

– avec Jú Huā (Flos Chrysanthemi) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) : troubles oculaires dus au Feu du Foie – rougeur, douleur des yeux, photophobie

– avec Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae) et Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) : insomnie chronique, palpitations avec anxiété, facilement effrayé

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) : hémorragies par Chaleur dans le Sang (forme calcinée)

Préparations (炮制 páo zhì)

– crue (生珍珠母 shēng zhēn zhū mǔ) : conserve pleinement la nature froide et lourde ; action maximale pour calmer le Foie, ancrer le Yang, éteindre le Vent Intérieur et éclaircir la vision ; indiquée en cas de Yang du Foie montant, de Feu du Foie et de troubles oculaires par Chaleur
– calcinée (煅珍珠母 duàn zhēn zhū mǔ) : placée dans un récipient de calcination et chauffée à haute température jusqu’à ce que la coquille devienne gris-blanc ; cette méthode réduit les propriétés froides et lourdes, atténue l’action de calmer le Foie, mais développe un caractère astringent marqué qui arrête les saignements et sédatif l’Esprit perturbé ; indiquée pour les hémorragies par Chaleur et les palpitations avec anxiété ; facilite également la pulvérisation
– préparée au vinaigre (醋煅珍珠母 cù duàn zhēn zhū mǔ) : la coquille est calcinée puis aspergée de vinaigre alors qu’elle est encore chaude ; le vinaigre guide les actions vers le méridien du Foie et renforce l’action de disperser les accumulations et de ramollir les masses ; facilite la pulvérisation et l’extraction des constituants actifs

Formules Classiques

– Zhēn Zhū Mǔ Wán (珍珠母丸 Pilule de Nacre de Coquillage Perlier)
Formule classique citée dans le Pǔ Jì Běn Shì Fāng 普濟本事方 (Formules Tirées de l’Expérience Pratique pour le Secours Universel) de Xu Shu-Wei à l’époque des Song. Elle traite les perturbations de l’Esprit dues à un Vide du Foie avec insomnie, rêves agités, palpitations, irritabilité et facilement effrayé. La formule contient Zhēn Zhū Mǔ comme herbe principale, associée à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis), Rén Shēn (Radix Ginseng), Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae), Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) et Fú Shén (Poria Paradicis).

– Tīan Wáng Bǔ Xīn Dān (天王補心丹 Pilule Spéciale de l’Empereur Céleste pour Tonifier le Cœur)
Grande formule classique de tonification du Cœur et du Yin. Zhēn Zhū Mǔ y est intégrée pour calmer l’Esprit et sédatif les tremblements dans le contexte d’un Vide de Yin du Cœur et du Rein avec insomnie, palpitations et irritabilité. La formule associe notamment Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae), Lóng Yǎn Ròu (Arillus Longan), Bǎi Zǐ Rén (Semen Platycladi) et Suān Zǎo Rén (Semen Ziziphi Spinosae).

– Jiàn Líng Tāng (鎮肝熄風湯 Décoction pour Construire l’Assise et Éteindre le Vent)
Formule du médecin Zhang Xi-Chun (fin XIXe – début XXe siècle) pour traiter le Vent du Foie et du Rein montant avec vertiges intenses, céphalées, acouphènes, hypertension et risque d’accident vasculaire. Zhēn Zhū Mǔ y figure comme substance lourde ancrante aux côtés de Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Huái Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), Dài Zhě Shí (Haematitum) et Lóng Gǔ (Os Draconis).

Toxicité :

Zhēn Zhū Mǔ présente une faible toxicité aux doses thérapeutiques usuelles. Sa nature froide et lourde peut blesser le Qi de la Rate et de l’Estomac en cas d’utilisation prolongée ou à doses excessives, provoquant anorexie, douleurs épigastriques et diarrhée. Il est recommandé de l’utiliser avec prudence chez les patients ayant un Vide de Yang de la Rate et de l’Estomac, et de l’associer à des herbes qui harmonisent et protègent l’Estomac. Aucune interaction médicamenteuse majeure documentée ; cependant, la teneur élevée en calcium peut théoriquement interférer avec l’absorption de certains médicaments pris simultanément (tétracyclines, fluoroquinolones). La forme calcinée étant moins froide, elle est mieux tolérée sur le plan digestif. Pas d’usage interne chez les femmes enceintes sans supervision médicale.


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