Bie Jia

Bie Jia

Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis (syn. Carapax Trionycis))

Identification

Chinois : 鱉甲
Pinyin : biē jiǎ
Traduction : carapace de tortue molle
Nom commun : carapace de la tortue molle de Chine
Nom latin : Carapax Amydae Sinensis (syn. Carapax Trionycis)
Famille : Trionychidae
Espèces : Trionyx sinensis Wiegmann (鱉 biē)
Partie utilisée : dossière (carapace dorsale) séchée
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle
Bie Jia

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui tonifient le Yin (補陰藥 bǔ yīn yào)
Saveurs : Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Foie (肝 gān), Rein (腎 shèn)
Dosage : 10-30 g (en décoction, à mettre en décoction préliminaire après concassage)

Propriétés :

Nourrit le Yin et ancre le Yang, clarifie la Chaleur par déficience et élimine la fièvre due à la déficience, ramollit les duretés et dissipe les stases et les nodules, brise les accumulations et les masses abdominales.

Précautions :

Biē Jiǎ est contre-indiqué durant la grossesse en raison de ses fonctions de dissipation et de dispersion. Il est également contre-indiqué chez les patients présentant une déficience de la Rate avec selles molles ou diarrhée, ainsi que chez les patients n’ayant pas encore complètement guéri d’un trouble extérieur. En raison de sa nature froide et salée, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience de la Rate et de l’Estomac. Des cas occasionnels de réaction allergique ont été rapportés. La forme traitée au vinaigre est préférée pour dissiper les nodules et ramollir les masses.

Fonctions principales :

Nourrit le Yin du Foie et du Rein
Ancre le Yang
Clarifie la Chaleur par déficience
Élimine les fièvres vespérales et les os fumants
Éteint le Vent interne du Foie
Ramollit les duretés
Dissipe les nodules et les masses
Brise les stases et les accumulations abdominales

Actions et Indications

– Nourrit le Yin et ancre le Yang :
Biē Jiǎ est l’un des remèdes les plus efficaces pour nourrir le Yin du Foie et du Rein, ancrer le Yang et traiter le Vent interne du Foie résultant d’une déficience du Yin. La déficience du Yin du Foie peut provoquer une rigidité des tendons. Une déficience prolongée entraîne non seulement une élévation du Yang, mais aussi un mouvement interne du Vent du Foie, se manifestant par des tremblements, des vertiges, des acouphènes, des céphalées, un teint rouge, des yeux rouges, des spasmes musculaires et des convulsions.
– Pour le Vent du Foie dû à une déficience du Yin et du Sang, avec des contractures musculaires et des convulsions, Biē Jiǎ est associé à Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), formule Dà Dìng Fēng Zhū 大定風珠 (Grande Perle qui Arrête le Vent).

Biē Jiǎ traite également la déficience du Yin avec élévation du Yang, caractérisée par des vertiges, des acouphènes, un teint rouge, des yeux rouges et de l’irritabilité.
– Pour la déficience du Yin avec élévation du Yang du Foie, Biē Jiǎ est associé à Guī Bǎn (Plastrum Testudinis), Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae).

– Clarifie la Chaleur par déficience et élimine les fièvres :
Biē Jiǎ est particulièrement efficace pour traiter les symptômes de Chaleur par déficience survenant après une maladie fébrile, tels qu’une fièvre légère persistante, des fièvres vespérales, des sensations de chaleur osseuse (syndrome des os fumants), la soif et les sueurs nocturnes. Ce remède nourrit simultanément le Yin et élimine la Chaleur par déficience.
– Pour la Chaleur par déficience avec sensation de chaleur nocturne et de fraîcheur matinale, fièvre légère sans transpiration, langue rouge, enduit rare et pouls filiforme et rapide, Biē Jiǎ est associé à Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), formule Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng 青蒿鱉甲湯 (Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue Molle).
– Pour les sensations de chaleur osseuse sévères avec fièvres vespérales, sueurs nocturnes, amaigrissement, toux et fatigue, Biē Jiǎ est associé à Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Chái Hú (Radix Bupleuri) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), formule Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 (Poudre qui Clarifie les Os).
– Pour la tuberculose avec toux consomptive chronique, expectorations striées de sang et fièvre par déficience, Biē Jiǎ est associé à Yín Chái Hú (Radix Stellariae), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis), Wū Méi (Fructus Mume), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), formule Qín Jiāo Biē Jiǎ Sǎn 秦艽鱉甲散 (Poudre de Gentiane Macrophylle et de Carapace de Tortue Molle).

– Ramollit les duretés et dissipe les nodules :
Biē Jiǎ possède une action remarquable pour ramollir les duretés et dissiper les nodules, traitant ainsi l’aménorrhée et les masses dans le foyer inférieur dues à une stase de Sang. Il peut également traiter l’aménorrhée causée par une déficience du Yin et du Sang.
– Pour l’aménorrhée ou les masses dues à une stase de Sang, Biē Jiǎ est associé à Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Táo Rén (Semen Persicae), Hóng Huā (Flos Carthami), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae), Sān Léng (Rhizoma Sparganii), Ē Zhú (Rhizoma Curcumae), Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) et Chuān Shān Jiǎ (Squama Manis).
– Pour les hépatomégalies ou splénomégalies, Biē Jiǎ est associé à Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae), Hǔ Zhāng (Rhizoma Polygoni Cuspidati), Yù Jīn (Radix Curcumae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba).
– Pour le goitre, Biē Jiǎ est associé à Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae), Chuān Niú Xī (Radix Cyathulae) et Mǔ Lì (Concha Ostreae).

– Traite les troubles palustres chroniques :
Biē Jiǎ est couramment utilisé pour traiter les troubles palustres chroniques avec formation de masses ou de nodules. Il agit pour ramollir les duretés et dissiper les nodules. Utilisé seul, son action est relativement faible et il est généralement associé à d’autres remèdes.
– Pour les masses abdominales dues au paludisme, Biē Jiǎ est associé à Shè Gān (Rhizoma Belamcandae), Méng Chóng (Tabanus), Táo Rén (Semen Persicae) et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei).
– Pour les troubles palustres chroniques, Biē Jiǎ est associé à Cháng Shān (Radix Dichroae), Shēng Má (Rhizoma Cimicifugae), Fù Zǐ (Radix Aconiti Lateralis Praeparata) et Hǎi Piāo Xiāo (Endoconcha Sepiae).

Liste des symptômes

Déficience du Yin avec Chaleur interne :
Fièvres vespérales ou nocturnes légères et persistantes
Sensation de chaleur nocturne avec fraîcheur matinale
Syndrome des os fumants (sensations de chaleur dans les os)
Sueurs nocturnes
Amaigrissement progressif
Soif avec désir de boissons
Langue rouge avec enduit rare ou absent
Pouls filiforme et rapide

Vent interne du Foie :
Tremblements et spasmes musculaires
Vertiges et acouphènes
Céphalées avec sensation de lourdeur au sommet du crâne
Teint rouge et yeux rouges
Irritabilité et emportement
Convulsions dans les cas graves

Masses et stases :
Aménorrhée due à une stase de Sang
Masses abdominales palpables
Hépatomégalie ou splénomégalie
Goitre et nodules thyroïdiens
Masses abdominales dues au paludisme chronique

Autres indications :
Tuberculose avec fièvre consomptive chronique
Douleurs thoraciques costales (chondrite)
Abcès intestinaux (poudre calcinée, usage externe)

Commentaire

Biē Jiǎ (Carapax Amydae Sinensis) tire son nom de la tortue molle de Chine (Trionyx sinensis), un animal aquatique dont la carapace est récoltée. Ce remède est l’un des plus importants de la pharmacopée chinoise pour nourrir le Yin profond, ancrer le Yang et clarifier la Chaleur par déficience. Sa saveur salée lui permet de pénétrer profondément dans le niveau du Yin, d’amollir les duretés et de dissiper les stases, tandis que sa nature froide en fait un excellent remède pour tous les syndromes de Chaleur par déficience. Sa capacité unique à nourrir le Yin tout en dissipant activement les nodules le distingue de la plupart des autres toniques du Yin.

Biē Jiǎ est particulièrement reconnu pour son action sur les stades tardifs des maladies fébriles dans lesquels le Yin et le Sang sont blessés. Il traite la Chaleur résiduelle qui se loge dans les profondeurs du niveau du Yin, se manifestant par une fièvre nocturne avec fraîcheur matinale, une fièvre qui régresse sans transpiration, un amaigrissement et une langue rouge avec peu d’enduit. La formule classique Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng 青蒿鱉甲湯 illustre parfaitement ce mécanisme d’action : Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), de nature froide et aromatique, clarifie la Chaleur et fait sortir les facteurs pathogènes vers l’extérieur, tandis que Biē Jiǎ nourrit le Yin qui a été ravagé par l’influence pathogène. Ces deux remèdes se complètent admirablement.

L’action de Biē Jiǎ pour ramollir les duretés et dissiper les nodules est particulièrement précieuse en clinique moderne pour traiter les hépatomégalies, les splénomégalies, les tumeurs abdominales et les nodules thyroïdiens. La forme traitée au vinaigre est préférée pour cette indication, car le vinaigre renforce la pénétration du remède dans les zones de stase et amplifie son action sur les masses. En revanche, la forme non traitée est préférée pour nourrir le Yin et éliminer la Chaleur par déficience.

Biē Jiǎ se distingue de Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) par son action spécifique de dissipation des nodules et de rupture des stases. Alors que Guī Bǎn est supérieur pour nourrir fortement le Yin, renforcer les os, nourrir le Sang, tonifier le Cœur et arrêter les saignements, Biē Jiǎ excelle davantage pour clarifier la Chaleur par déficience, ramollir les duretés et disperser les stases. Les deux remèdes nourrissent le Yin du Foie et ancrent le Yang, et sont souvent utilisés ensemble dans les syndromes de déficience sévère du Yin avec Vent interne du Foie.

Associations

– avec Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) : pour la Chaleur par déficience avec fièvre nocturne et fraîcheur matinale (formule Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng 青蒿鱉甲湯 Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue Molle)

– avec Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Chái Hú (Radix Bupleuri) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) : pour les sensations de chaleur osseuse sévères, fièvres vespérales et sueurs nocturnes (formule Qīng Gǔ Sǎn 清骨散 Poudre qui Clarifie les Os)

– avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) : pour le Vent interne du Foie avec spasmes musculaires et convulsions dus à la déficience du Yin (formule Dà Dìng Fēng Zhū 大定風珠 Grande Perle qui Arrête le Vent)

– avec Yín Chái Hú (Radix Stellariae), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) : pour la tuberculose avec fièvre consomptive, amaigrissement et toux striée de sang (formule Qín Jiāo Biē Jiǎ Sǎn 秦艽鱉甲散 Poudre de Gentiane Macrophylle et de Carapace de Tortue Molle)

– avec Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Táo Rén (Semen Persicae), Hóng Huā (Flos Carthami) et Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis) : pour l’aménorrhée et les masses abdominales dues à la stase de Sang

– avec Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) : pour nourrir fortement le Yin, ancrer le Yang et traiter les sensations de chaleur osseuse avec sueurs nocturnes et émissions séminales

– avec Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae), Yù Jīn (Radix Curcumae) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) : pour l’hépatomégalie ou la splénomégalie

– avec Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Xià Kū Cǎo (Spica Prunellae) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : pour le goitre et les nodules thyroïdiens

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生鱉甲 shēng biē jiǎ) : forme non traitée, préférée pour nourrir le Yin et éliminer la Chaleur par déficience ; doit être concassé et mis en décoction préliminaire de 30 à 60 minutes
– traité au vinaigre (醋鱉甲 cù biē jiǎ) : la carapace est chauffée puis trempée dans du vinaigre, cette préparation renforce l’action de dissipation des nodules et de ramollissement des masses, et améliore l’extraction des principes actifs
– poudre calcinée (鱉甲粉 biē jiǎ fěn) : forme calcinée utilisée en application externe pour les abcès intestinaux et les ulcérations chroniques

Formules Classiques

– Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng (青蒿鱉甲湯 Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue Molle)
Cette formule issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Différenciation Systématique des Maladies par la Chaleur) de Wú Jū-Tōng combine Biē Jiǎ avec Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) pour traiter la Chaleur résiduelle logée dans les profondeurs du niveau du Yin, caractérisée par une fièvre nocturne avec fraîcheur matinale, la fièvre se dissipant sans transpiration, un amaigrissement et une langue rouge avec peu d’enduit.

– Qīng Gǔ Sǎn (清骨散 Poudre qui Clarifie les Os)
Formule issue du Zhèng Zhì Zhǔn Shéng 證治準繩 (Normes de Diagnostic et de Traitement) combinant Biē Jiǎ avec Yín Chái Hú (Radix Stellariae), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Chái Hú (Radix Bupleuri), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter les syndromes de chaleur osseuse sévères avec fièvres vespérales, sueurs nocturnes, amaigrissement et fatigue dus à la déficience du Yin.

– Dà Dìng Fēng Zhū (大定風珠 Grande Perle qui Arrête le Vent)
Formule issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 combinant Biē Jiǎ avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Guī Bǎn (Plastrum Testudinis), Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) et des jaunes d’œufs pour traiter les stades tardifs des maladies fébriles avec déficience du Yin et du Sang, caractérisés par des contractures musculaires, des tremblements des membres, des convulsions et une agitation.

– Qín Jiāo Biē Jiǎ Sǎn (秦艽鱉甲散 Poudre de Gentiane Macrophylle et de Carapace de Tortue Molle)
Biē Jiǎ est associé dans cette formule à Yín Chái Hú (Radix Stellariae), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Dāng Guī (Radix Angelicae Sinensis), Wū Méi (Fructus Mume) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) pour traiter la tuberculose avec fièvre consomptive chronique, toux sèche, expectorations striées de sang et sueurs nocturnes.

Toxicité :

Biē Jiǎ ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques indiquent que la carapace inhibe la prolifération du tissu conjonctif et dissout les masses et nodules. Elle augmente les protéines plasmatiques et traite l’anémie due aux troubles hépatiques. Des cas occasionnels de réaction allergique ont été rapportés. En raison de sa nature froide et de ses fonctions de dissipation, une utilisation prolongée peut affaiblir la Rate chez les personnes présentant une déficience digestive. La forme calcinée est réservée à l’usage externe pour les abcès intestinaux et les ulcérations. Biē Jiǎ est contre-indiqué durant la grossesse.



Gu Ya

Gu Ya

Gǔ Yá (Fructus Oryzae Sativae Germinatus (riz) / Setariae Fructus Germinatus (millet))

Identification

Chinois : 谷芽
Pinyin : Gǔ Yá
Traduction : germe de grain, pousse de riz
Nom commun : graines de riz ou de millet germées
Nom latin : Fructus Oryzae Sativae Germinatus (riz) / Setariae Fructus Germinatus (millet)
Famille : Gramineae (Poaceae)
Espèces : Oryza sativa L. (稻 dào) – riz, utilisé principalement en Chine du Sud et de l’Ouest ; Setaria italica L. BEAUV. (粟 sù) – millet, utilisé dans le Nord-Est de la Chine
Partie utilisée : fruit germé, séché
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Divers des Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng, 5e siècle
Gu Ya

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui facilitent la digestion (xiāo shí yào 消食藥)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Neutre (平 píng) pour le riz ; Tiède (溫 wēn) pour le millet
Méridiens : Rate (脾 pí), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 9-15 g

Propriétés :

Élimine la stagnation des aliments, renforce l’Estomac et améliore l’appétit, renforce la Rate et tonifie le Qi du foyer moyen.

Précautions :

Gǔ Yá est contre-indiqué en l’absence de stagnation alimentaire. Il doit être utilisé avec prudence dans les cas de déficience prononcée du Qi, car une utilisation prolongée peut dissiper davantage le Qi. Sa nature douce et harmonieuse le rend néanmoins plus sûr que d’autres remèdes éliminant la stagnation, notamment pour les patients âgés, affaiblis et les nourrissons. Ce remède ne présente pas de toxicité aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Élimine la stagnation des aliments
Renforce l’Estomac
Améliore l’appétit
Renforce la Rate
Tonifie le Qi du foyer moyen
Harmonise le foyer moyen

Actions et Indications

– Élimine la stagnation des aliments et renforce l’Estomac :
Gǔ Yá est particulièrement efficace pour traiter doucement la stagnation alimentaire et les accumulations de céréales non digérées, en renforçant la Rate et l’Estomac.
Il est couramment utilisé pour les troubles digestifs avec perte d’appétit, sensation de lourdeur épigastrique et digestion difficile liée à une déficience de la Rate.
– Pour la stagnation alimentaire avec perte d’appétit et distension de l’épigastre et de l’abdomen, Gǔ Yá est associé à Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Shā Rén (Fructus Amomi).
– Pour la stagnation alimentaire avec digestion faible chez les personnes âgées, les enfants et les patients affaiblis, Gǔ Yá est combiné à Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus), formant une association de base pour restaurer l’appétit.

Gǔ Yá traite également la perte d’appétit liée à une déficience de la Rate.
– Pour la déficience de la Rate et de l’Estomac avec réduction de la prise alimentaire et diarrhée, Gǔ Yá est associé à Dǎng Shēn (Radix Codonopsis), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Fú Líng (Poria).

– Renforce la Rate et améliore l’appétit :
Gǔ Yá renforce et harmonise la Rate et l’Estomac, restaurant leurs fonctions de transport et transformation, sans épuiser le Qi du foyer moyen.
Il est indiqué lorsque la Rate et l’Estomac sont trop faibles pour digérer correctement les aliments, entraînant une perte d’appétit sans stagnation marquée.
– Pour la faiblesse digestive avec manque d’appétit sans stagnation notable, Gǔ Yá cru est particulièrement indiqué pour harmoniser l’Estomac et libérer le Qi de l’Estomac.
– Pour renforcer la Rate et améliorer l’appétit avec distension focale du thorax et de l’abdomen dus à la stagnation alimentaire, Gǔ Yá est associé à Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus).

Liste des symptômes

Troubles digestifs par stagnation alimentaire :
Perte d’appétit ou réduction de la prise alimentaire
Distension et plénitude épigastrique et abdominale
Sensation de lourdeur après les repas
Borborygmes et flatulences
Diarrhée par déficience de la Rate
Régurgitations acides légères

Déficience de la Rate et de l’Estomac :
Digestion lente et laborieuse
Faiblesse et fatigue après les repas
Dégoût des aliments chez les nourrissons et les enfants
Appétit réduit chez les personnes âgées et affaiblies
Ralentissement général du foyer moyen

Commentaire

Gǔ Yá (谷芽, Fructus Oryzae Sativae Germinatus) tire son nom des grains germés de riz ou de millet. Le terme gǔ 谷 n’a pas de signification standardisée unique en Chine : il peut désigner les céréales en général, le riz, le millet, voire le riz non décortiqué. C’est pourquoi ce remède est préparé à partir d’Oryza sativa (riz) dans les régions du Centre, du Sud et de l’Ouest de la Chine, et à partir de Setaria italica (millet) dans le Nord-Est. La Pharmacopée officielle chinoise reconnaît Setariae Oryzae Fructus Germinatus comme produit standard, mais dans la pratique clinique des régions méridionales, c’est Oryzae Fructus Germinatus qui est habituellement dispensé.

Ce remède est doux, harmonieux et tonifiant par nature. Il renforce la Rate-Terre, libère l’Estomac et restaure l’appétit sans épuiser le Qi, contrairement à des remèdes éliminant la stagnation comme Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) qui peuvent affaiblir le Qi du foyer moyen par un usage prolongé. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de la Matière Médicale) précise que Gǔ Yá apaise le foyer moyen, dirige le Qi vers le bas, élimine la stagnation alimentaire et augmente l’appétit normal. Sa capacité à tonifier tout en éliminant la stagnation en fait un remède de choix pour les patients dont la Rate et l’Estomac sont trop faibles pour métaboliser correctement les aliments.

Le Běn Cǎo Jīng Shū 本草經疏 (Rencontre avec les Sources du Classique de la Matière Médicale) indique que Gǔ Yá ouvre la Rate pour permettre l’entrée des aliments, apaise le foyer moyen, élimine la stagnation des céréales et tonifie le foyer moyen. Cette double action – tonifier et disperser simultanément – constitue sa caractéristique thérapeutique essentielle. Le remède est particulièrement recommandé chez les nourrissons, les enfants et les personnes âgées ou convalescentes, en raison de sa nature douce qui ne blesse pas le Qi primordial.

Gǔ Yá se distingue de Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) par son action plus harmonieuse et moins drainante. Alors que Mài Yá élimine vigoureusement la stagnation alimentaire, libère le Qi du Foie et peut réduire la lactation à forte dose, Gǔ Yá renforce plus doucement la Rate-Terre. Les deux remèdes sont presque toujours combinés dans le traitement de la perte d’appétit, de la réduction de la prise alimentaire et de la stagnation alimentaire, car Mài Yá élimine la stagnation et libère le Qi du Foie tandis que Gǔ Yá renforce doucement la Rate. Gǔ Yá est également préféré à Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) lorsque la Rate et l’Estomac sont faibles et incapables de digérer correctement, car Shén Qū possède des actions de réduction et d’évacuation plus fortes, ainsi qu’une capacité à promouvoir le Qi, le rendant plus adapté aux cas où la stagnation alimentaire entraîne distension épigastrique et diarrhée explosive.

Associations

– avec Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) : pour restaurer l’appétit normal, augmenter les fonctions de transport et transformation du foyer moyen, et éliminer la stagnation alimentaire – association la plus courante pour la perte d’appétit et la stagnation alimentaire

– avec Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Shā Rén (Fructus Amomi) : pour la réduction de l’appétit et la distension focale du thorax et de l’abdomen due à la stagnation alimentaire

– avec Dǎng Shēn (Radix Codonopsis), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Fú Líng (Poria) : pour la déficience de la Rate et de l’Estomac avec réduction de la prise alimentaire et diarrhée

– avec Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) et Shān Zhā (Fructus Crataegi) : pour l’indigestion, la plénitude et la distension de l’épigastre et de l’abdomen, et la malnutrition de l’enfant

– avec Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) : pour la stagnation alimentaire avec Qi stagnant, borborygmes et diarrhée

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng gǔ yá) : forme séchée non préparée, graines germées jusqu’à environ 2 cm de longueur puis séchées ; en raison de leur forme ressemblant à une longue barbe, elles sont parfois appelées germes à longue barbe (cháng xū gǔ yá 長鬚谷芽) ; la forme crue est la meilleure pour faciliter la digestion des amidons et est particulièrement efficace pour libérer l’Estomac et harmoniser le foyer moyen
– grillée à sec (炒用 chǎo gǔ yá) : les germes sont grillés à sec à feu moyen jusqu’à ce qu’ils deviennent jaune profond et aromatiques, également dénommée germes préparés (zhì gǔ yá 製谷芽) ou germes aromatiques (xiāng gǔ yá 香谷芽) ; cette préparation renforce l’action tonifiante sur la Rate et améliore l’appétit, bien que la recherche indique que la capacité à faciliter la digestion des amidons soit légèrement réduite par rapport à la forme crue
– carbonisée (焦用 jiāo gǔ yá) : les germes sont grillés à feu vif jusqu’à ce qu’ils soient presque brûlés, dénommés germes roussis (jiāo gǔ yá 焦谷芽) ; bien que la tradition considère que la préparation carbonisée renforce davantage la Rate et améliore l’appétit, la recherche montre que cette méthode réduit significativement la capacité digestive des amidons
– distillat de germes de riz (gǔ yá lù 谷芽露) : liquide distillé obtenu par vapeur des germes crus ; élimine la stagnation alimentaire, renforce la Rate, améliore l’appétit, harmonise le foyer moyen, génère les liquides organiques et bénéficie au Qi primordial ; boisson idéale en substitut de thé pour les personnes à fonction splénique faible

Formules Classiques

– Jiàn Pí Wán (健脾丸 Pilule pour Tonifier la Rate)
Cette formule associe Gǔ Yá avec Dǎng Shēn (Radix Codonopsis), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), Shān Zhā (Fructus Crataegi) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) pour traiter la déficience de la Rate et de l’Estomac avec stagnation alimentaire, perte d’appétit, distension épigastrique et abdominale et diarrhée.

– Bǎo Hé Wán (保和丸 Pilule pour Préserver l’Harmonie)
Gǔ Yá peut être incorporé dans cette formule aux côtés de Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata), Lái Fú Zǐ (Semen Raphani), Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) et Fú Líng (Poria) pour traiter toutes formes de stagnation alimentaire avec distension abdominale, borborygmes, éructations malodorantes et régurgitations acides.

Toxicité :

Gǔ Yá ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Sa nature douce et harmonieuse en fait l’un des remèdes éliminant la stagnation alimentaire les mieux tolérés. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée. En l’absence de stagnation alimentaire ou d’accumulation, ce remède peut légèrement dissiper le Qi si utilisé seul à doses répétées : il convient alors de l’associer à des remèdes tonifiants. Il est sans danger chez les nourrissons, les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes aux doses habituelles.



 

Gui Ban

 

Gui Ban

Guī Bǎn (Plastrum Testudinis)

Identification

Chinois : 龜板
Pinyin : Guī Bǎn
Traduction : plastron de tortue
Nom commun : plastron de tortue à boîte
Nom latin : Plastrum Testudinis
Famille : Testudinidae
Espèces : Chinemys reevesii (Gray) (龜板 Guī Bǎn)
Partie utilisée : plastron (face ventrale de la carapace), séché
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Gui Ban

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui tonifient le Yin (補陰藥 bǔ yīn yào)
Saveurs : Doux (甘 gān), Salé (鹹 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Rein (腎 shèn), Foie (肝 gān), Cœur (心 xīn)
Dosage : 10-30 g en décoction (à précuire), 3-10 g pour Guī Bǎn Jiāo (gélatine)

Propriétés :

Nourrit le Yin du Rein et du Foie, ancre le Yang et éteint le Vent interne, clarifie la Chaleur par déficience et les sensations de vapeur des os, tonifie le Sang et nourrit le Cœur, renforce les os et les tendons, arrête les saignements, favorise la cicatrisation des plaies.

Précautions :

Guī Bǎn est contre-indiqué pendant la grossesse, en cas de diarrhée, de déficience avec signes de Froid, ou de Froid-Humidité. En raison de sa nature froide et de sa texture lourde, il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience de la Rate et de l’Estomac. Ce remède doit être précuit (15 à 30 minutes avant les autres herbes) pour faciliter l’extraction des principes actifs. Sa forme gélifiée, le Guī Bǎn Jiāo, n’est pas décocté mais dissous dans le décocté chaud avant l’ingestion.
Remède d’origine animale figurant à l’Annexe II de la CITES, son utilisation implique de s’assurer de la légalité et de la traçabilité de son origine.

Fonctions principales :

Nourrit le Yin du Rein et du Foie
Ancre le Yang
Éteint le Vent interne
Clarifie la Chaleur par déficience
Clarifie les sensations de vapeur des os
Renforce les os et les tendons
Tonifie le Sang et nourrit le Cœur
Arrête les saignements
Favorise la cicatrisation des plaies (usage topique)

Actions et Indications

– Nourrit le Yin et ancre le Yang :
Guī Bǎn est l’un des remèdes de référence pour nourrir le Yin du Rein et du Foie et ancrer le Yang en excès. Il est indiqué dans les syndromes de déficience du Yin avec Yang flottant, caractérisés par des vertiges, des acouphènes, une vision trouble, une chaleur palmoplantaire, des sueurs nocturnes, une fièvre vespérale, et une agitation.
– Pour la déficience du Yin du Rein avec Yang du Foie montant, vertiges et acouphènes, Guī Bǎn est associé à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Shān Zhū Yú (Fructus Corni) et Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae).
– Pour la déficience du Yin avec Feu du Rein, faiblesse et douleurs des genoux et du bas du dos, on l’associe à Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri), formule Dà Bǔ Yīn Wán 大補陰丸 (Grande Pilule qui Tonifie le Yin).
– Pour les tremblements, spasmes musculaires et convulsions en fin de maladie fébrile par épuisement du Yin et du Sang, Guī Bǎn est associé à Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), formule Dà Dìng Fēng Zhū 大定風珠 (Grande Perle qui Fixe le Vent).

– Clarifie la Chaleur par déficience et les sensations de vapeur des os :
Guī Bǎn clarifie efficacement la Chaleur par déficience du Yin, traitant les symptômes tels que la fièvre vespérale, les sueurs nocturnes, les sensations de vapeur des os, l’amaigrissement et l’agitation interne.
– Pour la fièvre vespérale, les sueurs nocturnes et les sensations de vapeur des os dues à la déficience du Yin, Guī Bǎn est associé à Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae).
– Pour les sensations de vapeur des os sévères, on peut l’associer à Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) et Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae).

– Renforce les os et les tendons :
Guī Bǎn fortifie les os et les tendons en nourrissant le Jīng-Essence et le Yin du Rein qui gouvernent la moelle osseuse et les structures ostéo-tendineuses. Il est indiqué pour les retards de développement osseux chez l’enfant, le retard de fermeture de la fontanelle, ainsi que les douleurs et faiblesses du dos et des genoux.
– Pour le retard de fermeture de la fontanelle et le retard de développement osseux chez l’enfant, Guī Bǎn est associé à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Suǒ Yáng (Herba Cynomorii) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), formule Hǔ Qián Wán 虎潛丸 (Pilule du Tigre Tapi dans l’Ombre).
– Pour la faiblesse et les douleurs du bas du dos et des genoux liées à la déficience du Yin du Rein, on l’associe à Dù Zhòng (Cortex Eucommiae) et Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae).

– Tonifie le Sang et nourrit le Cœur :
Guī Bǎn est doux et nourrit le Sang du Cœur, traitant les manifestations d’insuffisance du Sang qui nourrit le Shén-Esprit du Cœur, telles que l’insomnie, les palpitations, les oublis et l’anxiété.
– Pour l’insomnie et l’anxiété liées à la déficience du Sang du Cœur, Guī Bǎn est associé à Lóng Gǔ (Os Draconis), Yuǎn Zhì (Radix Polygalae), Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori) et Yè Jiāo Téng (Caulis Polygoni Multiflori).

– Arrête les saignements :
Guī Bǎn traite les saignements utérins anormaux causés par la déficience du Yin avec Chaleur par déficience qui pousse le Sang hors des vaisseaux. Il nourrit le Yin, tonifie le Sang et arrête les hémorragies.
– Pour les métrorragies et les ménorragies, Guī Bǎn est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri).

– Favorise la cicatrisation des plaies :
Sous forme calcinée en poudre, Guī Bǎn est appliqué topiquement pour traiter les plaies chroniques non cicatrisantes, les ulcérations et les escarres. Il favorise la régénération tissulaire et peut être utilisé dans les brûlures en mélange avec d’autres poudres d’herbes calcinées.

Liste des symptômes

Déficience du Yin avec Yang flottant :
Vertiges et sensation de tête vide
Acouphènes et hypoacousie
Vision trouble
Fièvre vespérale et sueurs nocturnes
Sensations de chaleur palmoplantaire
Sensations de vapeur des os

Déficience du Yin avec Vent interne :
Tremblements des membres
Spasmes et crampes musculaires
Convulsions en fin de maladie fébrile
Rigidité des tendons

Déficience du Jīng-Essence du Rein :
Faiblesse et douleurs du bas du dos et des genoux
Retard de fermeture de la fontanelle chez l’enfant
Retard de développement osseux
Impuissance et émissions séminales nocturnes
Retard de développement mental chez l’enfant

Troubles du Cœur :
Insomnie et rêves agités
Palpitations et anxiété
Oublis et difficultés de concentration

Saignements :
Métrorragies et ménorragies par Chaleur par déficience
Saignements utérins chroniques

Affections topiques :
Plaies chroniques non cicatrisantes
Ulcérations cutanées
Escarres et brûlures

Commentaire

Guī Bǎn (Plastrum Testudinis) tire son nom de la tortue à boîte de Reeves (Chinemys reevesii), dont le plastron – la face ventrale de la carapace – constitue la partie médicinale. La tortue est un animal emblématique de la médecine chinoise traditionnelle, symbole de longévité et de vitalité profonde : son plastron, orienté vers le bas et la terre, appartient au domaine du Yin par excellence. Cité pour la première fois dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), ce remède s’est imposé au fil des siècles comme l’un des toniques du Yin les plus puissants et les plus polyvalents de toute la pharmacopée chinoise.

La nature salée et froide de Guī Bǎn lui permet de pénétrer profondément dans les méridiens du Rein et du Foie pour nourrir le Yin fondamental, le Jīng-Essence et le Sang, tout en ancrant le Yang excessif qui tend à monter. Sa saveur douce lui confère en outre une action nourricière sur le Cœur et l’Esprit. Cette triple capacité – nourrir le Yin profond, ancrer le Yang flottant et calmer le Shén-Esprit – en fait un remède de premier choix dans les syndromes de vide du Yin du Rein compliqués de Yang montant, de Vent interne ou de troubles du Cœur. Le Bǎo Mìng Jí 保命集 (Collection pour Sauvegarder la Vie) du médecin Zhāng Yuán-Sù au 12e siècle soulignait déjà l’aptitude de ce remède à nourrir le Yin absolu et à fortifier les os.

Guī Bǎn se distingue par sa capacité à renforcer les structures ostéo-tendineuses, ce qui le rend indispensable dans les syndromes de déficience du Jīng-Essence avec ramollissement des os, retard de développement chez l’enfant ou faiblesse chronique du bas du dos et des genoux. Cette action sur les os s’explique par le fait que le Rein gouverne la moelle osseuse : en nourrissant le Yin et le Jīng du Rein, Guī Bǎn restaure la substance qui nourrit et fortifie les os. Le Dān Xī Xīn Fǎ 丹溪心法 (Méthode du Cœur selon Dān-Xī) de Zhū Dān-Xī au 14e siècle fait abondamment référence à ce remède dans le traitement du Feu par déficience du Yin.

Guī Bǎn se distingue de Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), l’autre grand remède à base de carapace de reptile aquatique. Les deux nourrissent le Yin du Foie et ancrent le Yang, et tous deux traitent les sensations de vapeur des os, les sueurs nocturnes, les émissions nocturnes, les tremblements et les convulsions. Cependant, Guī Bǎn est supérieur pour renforcer les os, traiter la faiblesse des tendons et des os, la douleur dorso-lombaire, le retard de fermeture de la fontanelle. Il calme le Shén-Esprit et traite les palpitations et l’insomnie. Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), de son côté, est plus efficace pour ramollir les duretés, dissiper les nodules et traiter l’organomégalie ou les masses abdominales.

Associations

– avec Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) : pour le Feu par déficience du Yin avec fièvre vespérale, sueurs nocturnes et sensations de vapeur des os

– avec Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Shān Zhū Yú (Fructus Corni) et Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) : pour la déficience du Yin du Rein et du Foie avec vertiges et acouphènes

– avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) : pour les tremblements et spasmes dus à la déficience du Yin en fin de maladie fébrile (formule Dà Dìng Fēng Zhū 大定風珠 Grande Perle qui Fixe le Vent)

– avec Suǒ Yáng (Herba Cynomorii), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) : pour la faiblesse des os et des tendons, douleurs des genoux et du bas du dos (formule Hǔ Qián Wán 虎潛丸 Pilule du Tigre Tapi dans l’Ombre)

– avec Lóng Gǔ (Os Draconis), Yuǎn Zhì (Radix Polygalae) et Shí Chāng Pú (Rhizoma Acori) : pour l’insomnie et l’anxiété par déficience du Sang du Cœur

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : pour les métrorragies et ménorragies par Chaleur par déficience du Yin

– avec Lù Róng (Cornu Cervi Pantotrichum) et Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) : pour la profonde déficience du Jīng-Essence du Rein avec impuissance, vertiges et cheveux prématurément blancs (formule Guī Lù Èr Xiān Jiāo 龜鹿二仙膠 Sirop des Deux Immortels Tortue et Cerf)

– avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) et Mǔ Lì (Concha Ostreae) : pour ancrer le Yang et éteindre le Vent interne avec convulsions

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng guī bǎn) : forme non transformée, utilisée pour nourrir le Yin, clarifier la Chaleur par déficience et arrêter les saignements
– traité au vinaigre (醋制 cù zhì guī bǎn) : le vinaigre guide le remède vers le Foie, renforce l’action de dissipation des nodules, d’activation du Sang et de ramollissement des duretés ; cette forme est préférée pour les masses abdominales et les douleurs
– calciné (煅制 duàn guī bǎn) : forme calcinée réduite en poudre, utilisée en application topique pour favoriser la cicatrisation des plaies chroniques, les ulcérations et les brûlures
– Guī Bǎn Jiāo (龜板膠 guī bǎn jiāo) : gélatine obtenue par décoction prolongée du plastron ; plus riche pour nourrir le Yin et arrêter les saignements ; dosage 3-10 g, dissout dans le décocté chaud

Formules Classiques

– Dà Bǔ Yīn Wán (大補陰丸 Grande Pilule qui Tonifie le Yin)
Cette formule, issue du Dān Xī Xīn Fǎ 丹溪心法 (Méthode du Cœur selon Dān-Xī) de Zhū Dān-Xī, associe Guī Bǎn à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) et la moelle de porc pour traiter le Feu par déficience du Yin avec fièvre vespérale, sueurs nocturnes, sensations de vapeur des os, faiblesse des genoux et émissions séminales nocturnes.

– Hǔ Qián Wán (虎潛丸 Pilule du Tigre Tapi dans l’Ombre)
Formule du Dān Xī Xīn Fǎ 丹溪心法, associant Guī Bǎn à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Suǒ Yáng (Herba Cynomorii), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), pour traiter la déficience du Yin du Rein avec Feu par déficience, faiblesse et douleurs des genoux et du bas du dos, et atrophie des membres inférieurs.

– Dà Dìng Fēng Zhū (大定風珠 Grande Perle qui Fixe le Vent)
Issue du Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 (Analyse Systématique des Maladies Fébriles par Chaleur) de Wú Jú-Tōng, cette formule combine Guī Bǎn avec Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Ē Jiāo (Colla Corii Asini), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) pour traiter les tremblements, spasmes et convulsions en fin de maladie fébrile par épuisement profond du Yin et du Sang.

– Guī Lù Èr Xiān Jiāo (龜鹿二仙膠 Sirop des Deux Immortels Tortue et Cerf)
Cette formule tonique profonde associe Guī Bǎn Jiāo (Gelatinum Plastrum Testudinis) à Lù Jiǎo Jiāo (Gelatinum Cornu Cervi), Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii) et Rén Shēn (Radix Ginseng) pour traiter la profonde déficience du Jīng-Essence et du Sang avec amaigrissement, impuissance, infertilité, spermatorrhée et vieillissement prématuré. La tortue apporte le Yin et le cerf apporte le Yang, réalisant ainsi un équilibre de la vitalité fondamentale.

Toxicité :

Guī Bǎn ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. En raison de sa nature froide et lourde, une utilisation prolongée à doses élevées peut affaiblir la Rate et l’Estomac chez les personnes présentant une déficience digestive sous-jacente ; dans ce cas, l’adjonction d’herbes favorisant la digestion est recommandée. Ce remède est formellement contre-indiqué pendant la grossesse. Des effets indésirables gastro-intestinaux (nausées, inconfort digestif) peuvent survenir si le remède n’est pas précuit suffisamment. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée aux doses thérapeutiques usuelles.
En tant que remède d’origine animale inscrit à l’Annexe II de la Convention CITES, son approvisionnement doit respecter les réglementations en vigueur relatives à la protection des espèces.



Ji Nei Jin

Ji Nei Jin

Jī Nèi Jīn (Endothelium Corneum Gigeriae Galli)

Identification

Chinois : 鷄內金
Pinyin : jī nèi jīn
Traduction : or intérieur du poulet
Nom commun : revêtement de gésier de poulet
Nom latin : Endothelium Corneum Gigeriae Galli
Famille : Phasianidae
Espèces : Gallus gallus domesticus BRISSON (鷄 jī)
Partie utilisée : revêtement interne séché du gésier de poulet domestique
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) 2e siècle
Ji Nei Jin

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui facilitent la digestion (xiāo shí yào 消食藥)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Neutre (平 píng)
Méridiens : Vessie (膀胱 páng guāng), Intestin Grêle (小腸 xiǎo cháng), Rate (脾 pí), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 3-9 g en décoction ; 1,5-3 g en poudre (plus efficace sous cette forme)

Propriétés :

Réduit toutes les formes de stagnation alimentaire et améliore la fonction de transport de la Rate, dissout les calculs biliaires et urinaires, consolide l’Essence du Rein et arrête l’énurésie.

Précautions :

Jī Nèi Jīn doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience de la Rate sans stagnation alimentaire, car il peut réduire le Qi originel en l’absence d’accumulation à disperser. Son utilisation prolongée sans indication appropriée est donc déconseillée. Un cas de saignement de nez (épistaxis) a été rapporté après ingestion de cette substance. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Réduit les stagnations alimentaires
Améliore la fonction de transport de la Rate
Renforce et tonifie la Rate et l’Estomac
Dissout les calculs biliaires et urinaires
Transforme les masses et accumulations
Consolide l’Essence du Rein
Arrête l’énurésie et la spermatorrhée
Protège le foyer moyen lors de la prise de minéraux

Actions et Indications

– Réduit fortement les stagnations alimentaires et améliore la fonction de transport de la Rate :
Jī Nèi Jīn est l’un des remèdes les plus puissants pour traiter toutes les formes de stagnation alimentaire, quelle que soit leur nature (viandes, farines, céréales, graisses). Il est utilisé seul sous forme de poudre pour les cas bénins, ou associé à d’autres remèdes dans les cas complexes.
Il est également indispensable dans le traitement du syndrome de malnutrition infantile (gān jī 疳積).
– Pour la stagnation alimentaire avec distension épigastrique et abdominale, perte d’appétit, borborygmes et diarrhée, Jī Nèi Jīn est associé à Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus).
– Pour la stagnation alimentaire avec diarrhée due à une déficience de la Rate, on l’associe à Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae).
– Pour la stagnation alimentaire avec distension abdominale et douleur due au Froid, on l’associe à Zhǐ Ké (Fructus Aurantii), formule Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳實導滯丸 (Pilule à l’Aurantium Immaturus pour guider les Stagnations).
– Pour le syndrome de malnutrition infantile (gān jī), on l’associe à Bīng Láng (Semen Arecae).
– Pour la stagnation alimentaire avec douleur abdominale, on l’associe à Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Shā Rén (Fructus Amomi).

Jī Nèi Jīn renforce également la Rate et l’Estomac lorsqu’il est associé à des remèdes tonifiants.
– Pour la déficience de la Rate et de l’Estomac avec stagnation alimentaire, il est associé à Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) en parts égales, combinaison particulièrement remarquable pour réduire et transformer les accumulations statiques tout en tonifiant la Rate et l’Estomac.
– Pour la diarrhée chronique avec Froid de la Rate et de l’Estomac, on l’associe à Dà Zǎo (Fructus Jujubae), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis).

– Dissout les calculs biliaires et urinaires :
Jī Nèi Jīn possède une action remarquable pour dissoudre et transformer les accumulations solides, notamment les calculs urinaires et biliaires. Cette application a été particulièrement valorisée par le médecin Zhāng Xī-Chūn au début du XXe siècle, qui affirmait que non seulement ce remède peut réduire les accumulations de la Rate et de l’Estomac, mais quel que soit l’organe touché par une accumulation, Jī Nèi Jīn peut les réduire toutes.
– Pour les calculs urinaires, Jī Nèi Jīn est préféré sous sa forme crue et est associé à Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) et Hǎi Jīn Shā (Spora Lygodii).
– Pour les calculs biliaires, on l’associe à Yù Jīn (Radix Curcumae) et Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae).
– Pour les masses abdominales fixes et mobiles chez la femme, une utilisation prolongée en poudre permet de les dissoudre progressivement.

– Consolide l’Essence du Rein et arrête l’énurésie :
Jī Nèi Jīn consolide l’Essence du Rein pour traiter la spermatorrhée, les pertes vaginales, l’incontinence urinaire et l’énurésie infantile. Cette action est particulièrement renforcée par la forme calcinée (brûlée).
– Pour l’énurésie et l’incontinence urinaire, Jī Nèi Jīn est associé à Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Shān Zhū Yú (Fructus Corni), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae), Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis).
– Pour la spermatorrhée, on l’associe à Fù Pén Zǐ (Fructus Rubi) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis).
– Pour les pertes vaginales excessives, on l’associe à Mǔ Lì (Concha Ostreae) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae).

– Utilisé comme substance protectrice lors de la prise de minéraux :
Jī Nèi Jīn est ajouté aux formules contenant des substances minérales lourdes pour aider à leur digestion et absorption et protéger le foyer moyen. Il protège ainsi la Rate et l’Estomac des effets potentiellement dommageables de ces préparations.
– Pour protéger le foyer moyen lors de la prise de minéraux, Jī Nèi Jīn est associé à Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et d’autres remèdes digestifs.

Liste des symptômes

Troubles digestifs et stagnation alimentaire :
Distension et plénitude épigastriques et abdominales
Perte d’appétit avec sensation de lourdeur digestive
Borborygmes et diarrhée par stagnation alimentaire
Nausées et régurgitations par Froid de l’Estomac
Syndrome de malnutrition infantile (gān jī 疳積)
Émaciation avec ventre gonflé chez l’enfant

Calculs et accumulations :
Calculs urinaires (lithiase urinaire)
Calculs biliaires (lithiase biliaire)
Masses abdominales mobiles ou fixes
Accumulations et stagnations dans différents organes

Troubles du Rein et de la Vessie :
Énurésie infantile
Incontinence urinaire
Spermatorrhée
Pertes vaginales excessives
Pollakiurie par insuffisance du Qi du Rein

Autres indications :
Déficience de la Rate et de l’Estomac avec stagnation
Protection du foyer moyen lors de la prise de minéraux lourds
Ulcères buccaux (usage topique de la forme calcinée)
Affections dermatologiques (usage topique de la forme calcinée)

Commentaire

Jī Nèi Jīn (Endothelium Corneum Gigeriae Galli) tire son nom de la signification littérale « or intérieur du poulet » – référence à la teinte dorée et aux propriétés précieuses du revêtement interne du gésier. Ce remède d’origine animale, issu du gésier du poulet domestique, est d’une remarquable polyvalence : il réduit toutes les formes de stagnation alimentaire, dissout les accumulations solides et consolide l’Essence du Rein. Sa saveur douce et sa nature neutre lui permettent d’être utilisé dans de nombreux contextes cliniques, aussi bien chez les enfants que les adultes et les personnes âgées.

Jī Nèi Jīn est célèbre pour sa capacité à traiter non seulement les stagnations du foyer moyen, mais aussi les accumulations dans d’autres organes. Comme l’observait Zhāng Xī-Chūn dans son Yī Xué Zhōng Zhōng Cān Xī Lù 醫學衷中參西錄 (Essais de Médecine s’appuyant sur le Chinois tout en respectant l’Occidental) : « Non seulement il peut réduire les accumulations de la Rate et de l’Estomac, quel que soit l’organe touché par une accumulation, Jī Nèi Jīn peut les réduire toutes. Ainsi, pour les masses abdominales chez l’homme, et les masses abdominales mobiles ou fixes chez la femme, une utilisation prolongée peut les guérir. » Cette polyvalence unique en fait un remède de premier choix dans les formules de dispersion des stagnations.

L’association de Jī Nèi Jīn avec Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) est l’une des plus significatives de la pharmacopée. Bái Zhú tonifie la Rate et renforce le transport, tandis que Jī Nèi Jīn réduit les stagnations alimentaires et aide à la transformation et à la « mouture » des accumulations solides. Ensemble, ils augmentent l’appétit et peuvent être pris sur une longue durée sans préoccupation particulière, ce qui les rend particulièrement appropriés pour les patients âgés, les enfants et les personnes en convalescence.

Jī Nèi Jīn se distingue de Shān Zhā (Fructus Crataegi) en ceci que ce dernier traite préférentiellement la stagnation due à la surconsommation de viandes et d’aliments gras, tout en activant la circulation du Sang. En revanche, Jī Nèi Jīn traite toutes les formes de stagnation alimentaire et excelle à renforcer l’Estomac, arrêter l’énurésie et dissoudre les calculs – trois actions que Shān Zhā ne possède pas. Cette complémentarité explique leur fréquente association dans les formules cliniques.

Associations

– avec Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) : pour la déficience de la Rate avec stagnation alimentaire – combinaison remarquable pour tonifier et réduire simultanément les accumulations

– avec Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) : pour la stagnation alimentaire avec distension épigastrique et abdominale

– avec Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Shā Rén (Fructus Amomi) : pour la douleur abdominale due à la stagnation alimentaire

– avec Bīng Láng (Semen Arecae) : pour le syndrome de malnutrition infantile (gān jī) et la distension abdominale par stagnation alimentaire

– avec Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) : pour la stagnation alimentaire par accumulation de Froid (formule Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳實導滯丸 Pilule à l’Aurantium Immaturus pour guider les Stagnations)

– avec Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) et Hǎi Jīn Shā (Spora Lygodii) : pour les calculs urinaires

– avec Yù Jīn (Radix Curcumae) et Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) : pour les calculs biliaires

– avec Sāng Piāo Xiāo (Ootheca Mantidis), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Praeparata), Shān Zhū Yú (Fructus Corni), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae), Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae) et Wǔ Wèi Zǐ (Fructus Schisandrae Chinensis) : pour l’énurésie et l’incontinence urinaire

– avec Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) : pour les déficiences du Yin du Poumon et des Liquides organiques

– avec Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) : pour la protection du foyer moyen lors de la prise de substances minérales lourdes

– avec Dà Zǎo (Fructus Jujubae), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Gān Jiāng (Rhizoma Zingiberis) : pour la diarrhée chronique avec Froid de la Rate et de l’Estomac

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng jī nèi jīn) : forme non préparée, préférée pour traiter les calculs biliaires ou urinaires, en raison de son action plus forte pour dissoudre les accumulations solides – usage popularisé par Zhāng Xī-Chūn
– torréfié (炒用 chǎo jī nèi jīn) : torréfié à feu doux jusqu’à légèrement jaune, puis aspergé de vinaigre de riz, refroidi ; réduit l’odeur désagréable et augmente la capacité à délier l’Estomac et réduire les stagnations alimentaires ; l’usage du vinaigre aide à disperser le Qi du Foie et à renforcer la Rate ; souvent réduit en poudre
– calciné (焦用 jiāo jī nèi jīn) : torréfaction à feu vif jusqu’à carbonisation légère avec jaunissement et crépitement, puis aspergé de vinaigre de riz et refroidi ; aussi connu sous le nom de « or intérieur noir » (黑內金 hēi nèi jīn) ou « or intérieur charbon » (內金炭 nèi jīn tàn) ; effets similaires à la torréfaction mais renforce en outre la consolidation de l’Essence du Rein et l’arrêt de l’énurésie ; peut également être appliqué en usage topique pour les affections cutanées et les ulcères buccaux

Formules Classiques

– Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán (枳實導滯丸 Pilule à l’Aurantium Immaturus pour guider les Stagnations)
Cette formule associe Jī Nèi Jīn à Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) et Bīng Láng (Semen Arecae) pour traiter la stagnation alimentaire avec distension abdominale et douleur due au Froid, accompagnée d’une réduction de l’appétit, de selles incomplètes et de difficultés urinaires liées à l’obstruction du dynamisme du Qi par l’Humidité pathogène.

– Zhǎng Xī-Chūn Sān Jīn Tāng (張錫純三金湯 Décoction aux Trois Or de Zhang Xi-Chun)
Formule du médecin Zhāng Xī-Chūn associant Jī Nèi Jīn sous forme crue à Jīn Qián Cǎo (Herba Lysimachiae) et Hǎi Jīn Shā (Spora Lygodii) pour traiter les calculs urinaires avec difficultés mictionnelles, douleur et hématurie, en exploitant la synergie entre la dissolution des calculs et la promotion de la diurèse.

– Suō Quán Wán (縮泉丸 Pilule pour Réduire le Fleuve)
Jī Nèi Jīn est intégré à cette formule avec Wū Yào (Radix Linderae), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) et Yì Zhì Rén (Fructus Alpiniae Oxyphyllae) pour traiter la pollakiurie et l’énurésie chez les adultes et les enfants dues à l’insuffisance du Qi du Rein et au Froid de la Vessie.

Toxicité :

Jī Nèi Jīn ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Un cas isolé d’épistaxis a été rapporté suite à l’ingestion de cette substance. En raison de sa propriété à « réduire les accumulations », son utilisation sans accumulation réelle risque de diminuer le Qi originel du patient. Ce remède ne présente aucune interaction médicamenteuse majeure documentée aux doses thérapeutiques habituelles.



 

Shi Hu

Shi Hu

Shí Hú (Herba Dendrobii)

Identification

Chinois : 石斛
Pinyin : shí hú
Traduction : boisseau de pierre
Nom commun : tige de dendrobium
Nom latin : Herba Dendrobii
Famille : Orchidaceae
Espèces : Dendrobium nobile Lindl. (金釵石斛 jīn chāi shí hú) ; Dendrobium loddigesii Rolfe. (環草石斛 huán cǎo shí hú) ; Dendrobium fimbriatum Hook. var. oculatum Hook. (馬鞭石斛 mǎ biān shí hú) ; Dendrobium chrysanthum Wall. (黃草石斛 huáng cǎo shí hú) ; Dendrobium candidum Wall. ex Lindl. (鐵皮石斛 tiě pí shí hú)
Partie utilisée : tige séchée ou fraîche
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Shi Hu

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui tonifient le Yin (補陰藥 bǔ yīn yào)
Saveurs : Doux (甘 gān)
Nature : Frais (涼 liáng)
Méridiens : Rein (腎 shèn), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 6-15 g (forme sèche), 15-30 g (forme fraîche), en décoction ; précuire avant les autres plantes

Propriétés :

Nourrit le Yin de l’Estomac et génère les liquides organiques, nourrit le Yin et clarifie la Chaleur, clarifie les yeux et fortifie le dos, les tendons et les os.

Précautions :

Shí Hú est contre-indiqué en cas de maladies fébriles d’origine externe aux stades initiaux, d’accumulation d’Humidité et de Glaires, et de Froid interne avec vide. Il ne convient pas aux premiers stades des maladies fébriles de type Chaleur-Tiède. Sa nature fraîche et nourrissante en fait un remède inadapté aux syndromes d’excès avec stagnation. La forme fraîche possède une action plus puissante pour clarifier la Chaleur et générer les liquides organiques. Des surdosages importants ont été associés à des convulsions ; ce remède est très sûr aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Nourrit le Yin de l’Estomac
Génère les liquides organiques
Nourrit le Yin du Rein
Clarifie la Chaleur de vide
Clarifie les yeux
Fortifie le dos, les tendons et les os

Actions et Indications

– Nourrit le Yin de l’Estomac et génère les liquides organiques :
Shí Hú est particulièrement indiqué pour les maladies fébriles qui blessent le Yin, caractérisées par la soif, la bouche et la gorge sèches, l’irritabilité et la transpiration. Doux et frais, il entre dans l’Estomac pour nourrir le Yin et favoriser la production des liquides organiques.
– Pour les syndromes de Chaleur sévère avec soif intense, irritabilité extrême et enduit de langue noir, Shí Hú est associé à Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) et Lián Qiáo (Fructus Forsythiae).
– Pour les maladies fébriles post-fébriles avec vide de Qi et de Yin caractérisées par une grande fatigue, l’absence d’envie de parler et les lèvres sèches, on l’associe à Rén Shēn (Radix Ginseng) ou Xī Yáng Shēn (Radix Panacis Quinquefolii), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Mù Guā (Fructus Chaenomelis) et Lián Zǐ (Semen Nelumbinis).
– Pour le syndrome de consomption avec soif (消渴 xiāo kě), Shí Hú est associé à Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae).

Shí Hú nourrit également le Yin de l’Estomac dans les cas de vide d’Estomac caractérisés par une bouche et une gorge sèches, une langue rouge sèche, la soif, des vomissements secs, une douleur épigastrique sourde et la constipation.
– Pour les cas modérés de vide de Yin de l’Estomac, Shí Hú est associé à Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati), Mù Guā (Fructus Chaenomelis), Gǔ Yá (Fructus Setariae Germinatus) et Shān Zhā (Fructus Crataegi), formule Yì Wèi Tāng 益胃湯 (Décoction pour Renforcer l’Estomac).

– Nourrit le Yin et clarifie la Chaleur :
Shí Hú traite le vide de Yin avec Chaleur interne, caractérisé par une fièvre légère persistante. Cette Chaleur de vide est traitée par des remèdes qui nourrissent le Yin et éliminent la Chaleur de vide.
– Pour la fièvre légère persistante due au vide de Yin avec Chaleur, Shí Hú est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Bái Wēi (Radix Cynanchi Atrati) et Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae).
– Pour la toux sèche chronique avec fièvre légère, sueurs nocturnes et bouche sèche, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Bǎi Hé (Bulbus Lilii), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae), Yín Chái Hú (Radix Stellariae) et Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii).

– Clarifie les yeux et fortifie le dos, les tendons et les os :
Shí Hú nourrit le Yin du Rein et du Foie pour traiter les troubles visuels et les douleurs lombaires liés au vide. Le Foie s’ouvre aux yeux et la présence du Yin du Foie dépend directement du Yin du Rein. Le vide de Yin du Rein entraîne un vide de Yin du Foie, qui finit par priver les yeux de leur nutrition.
– Pour la vision trouble, les pupilles dilatées et les vertiges dus au vide de Yin avec montée de Chaleur de vide, Shí Hú est associé à Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Tiān Mén Dōng (Radix Asparagi), Jú Huā (Flos Chrysanthemi), Shā Yuàn Zǐ (Semen Astragali Complanati) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae), formule Shí Hú Yè Guāng Wán 石斛夜光丸 (Pilule de Dendrobium pour la Vision Nocturne).
– Pour la douleur, la faiblesse et les courbatures des lombaires et des genoux, Shí Hú est associé à Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Huái Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), Sāng Jì Shēng (Herba Taxilli) et Fú Pén Zǐ (Fructus Rubi).
– Pour l’engourdissement des membres ou le syndrome d’atrophie (痿証 wěi zhèng), on l’associe à Huái Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae), Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri), Xù Duàn (Radix Dipsaci), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae) et Mù Guā (Fructus Chaenomelis).

Liste des symptômes

Troubles fébriles et soif :
Soif intense avec désir de boissons froides
Bouche et gorge sèches
Langue rouge sèche avec enduit mince ou absent
Irritabilité dans les maladies fébriles
Transpiration dans les maladies fébriles
Fièvre légère persistante après maladie fébrile
Syndrome de consomption avec soif (xiāo kě)

Troubles digestifs :
Vide de Yin de l’Estomac avec bouche sèche
Soif sans désir marqué de boire
Douleur épigastrique sourde
Vomissements secs ou hoquets
Constipation par sécheresse
Faim sans appétit

Troubles visuels :
Vision trouble ou diminuée
Vertiges et étourdissements
Pupilles dilatées (platycorie)
Points devant les yeux
Sécheresse oculaire

Douleurs et faiblesse :
Courbatures et faiblesse des lombaires et des genoux
Engourdissement des membres
Syndrome d’atrophie (wěi zhèng)
Faiblesse des tendons et des os

Chaleur de vide :
Fièvre légère persistante
Sueurs nocturnes
Toux sèche chronique avec fièvre légère
Sensation de chaleur dans les paumes et la plante des pieds

Commentaire

Shí Hú (Herba Dendrobii) tire son nom de sa croissance caractéristique sur les rochers et les arbres, et désigne littéralement « boisseau de pierre ». Cité pour la première fois dans le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur) au 2e siècle, il est l’un des remèdes tonifiants le Yin les plus précieux de la pharmacopée chinoise. Sa saveur douce lui permet de nourrir le Yin et de générer les liquides organiques, tandis que sa nature fraîche en fait un excellent remède pour les syndromes de Yin déficient avec Chaleur.

Shí Hú est particulièrement réputé pour son action sur l’Estomac et le Rein. Il nourrit le Yin de l’Estomac avec une efficacité remarquable, traitant le vide de Yin de l’Estomac caractérisé par la bouche sèche, la soif, la langue rouge sèche, les vomissements secs et la constipation. Cette double action sur l’Estomac et le Rein lui permet d’intervenir sur les syndromes de Yin déficient à différents niveaux du corps. La forme fraîche du remède possède une action plus puissante pour clarifier la Chaleur et générer les liquides organiques que la forme sèche.

Shí Hú se distingue de Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) par son action plus puissante pour générer les liquides organiques et soulager la soif, ainsi que pour nourrir le Yin du Rein et dissiper le feu de vide. Yù Zhú, plus doux et plus léger, ne crée pas de stagnation comme certains autres toniques. Il est également utilisé pour les patients présentant un vide de Yin avec invasion de Vent-Chaleur externe. Shí Hú se distingue également de Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) par son action plus marquée sur le Yin du Rein et l’éclaircissement de la vision, tandis que Tiān Huā Fěn sédule plus efficacement le feu et nourrit le Yin de l’Estomac.

Associations

– avec Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) : pour la Chaleur sévère avec soif intense et langue sèche à enduit noir

– avec Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) et Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) : pour le vide de Yin de l’Estomac avec bouche sèche et soif (formule Yì Wèi Tāng 益胃湯 Décoction pour Renforcer l’Estomac)

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Bái Wēi (Radix Cynanchi Atrati) et Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) : pour la fièvre légère persistante due au vide de Yin avec Chaleur

– avec Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Tiān Mén Dōng (Radix Asparagi) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi) : pour la vision trouble et les vertiges dus au vide de Yin avec montée de Chaleur de vide (formule Shí Hú Yè Guāng Wán 石斛夜光丸 Pilule de Dendrobium pour la Vision Nocturne)

– avec Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Huái Niú Xī (Radix Achyranthis Bidentatae) et Sāng Jì Shēng (Herba Taxilli) : pour la douleur, la faiblesse et les courbatures des lombaires et des genoux

– avec Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) et Shān Yào (Rhizoma Dioscoreae) : pour le syndrome de consomption avec soif (xiāo kě)

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Bǎi Hé (Bulbus Lilii) et Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) : pour la toux sèche chronique avec fièvre légère et sueurs nocturnes

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng shí hú) : forme sèche, a un effet modéré pour nourrir le Yin de l’Estomac et générer les liquides organiques ; traite les cas de vide de Yin d’intensité légère à modérée
– frais (鮮用 xiān shí hú) : forme fraîche, possède une action plus puissante pour clarifier la Chaleur et générer les liquides organiques ; particulièrement efficace pour les maladies fébriles avec lésion des liquides organiques, la soif et la langue rouge

Formules Classiques

– Yì Wèi Tāng (益胃湯 Décoction pour Renforcer l’Estomac)
Cette formule combine Shí Hú avec Shā Shēn (Radix Glehniae seu Adenophorae), Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis), Yù Zhú (Rhizoma Polygonati Odorati) et du sucre candi pour traiter le vide de Yin de l’Estomac avec bouche sèche, soif, langue rouge sèche et douleur épigastrique sourde. C’est la formule classique de référence pour le vide de Yin de l’Estomac.

– Shí Hú Yè Guāng Wán (石斛夜光丸 Pilule de Dendrobium pour la Vision Nocturne)
Formule combinant Shí Hú avec Gǒu Qǐ Zǐ (Fructus Lycii), Shú Dì Huáng (Radix Rehmanniae Preparata), Tiān Mén Dōng (Radix Asparagi), Jú Huā (Flos Chrysanthemi), Shā Yuàn Zǐ (Semen Astragali Complanati) et Jué Míng Zǐ (Semen Cassiae) pour traiter la vision trouble, les pupilles dilatées et les vertiges dus au vide de Yin du Foie et du Rein avec montée de Chaleur de vide.

– Qīng Hāo Biē Jiǎ Tāng (青蒿鱉甲湯 Décoction d’Armoise Annuelle et de Carapace de Tortue)
Shí Hú est incorporé dans certaines variantes de cette formule avec Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae), Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) pour traiter la fièvre nocturne avec fraîcheur matinale, émaciation et langue rouge due au vide de Yin avec Chaleur résiduelle profondément installée.

Toxicité :

Shí Hú est un remède très sûr aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques indiquent une excellente tolérance. Ses constituants alcaloïdes – dont la dendrobine – ont montré des effets antipyrétiques et analgésiques comparables mais légèrement inférieurs à la phénacétine. En cas de surdosage important, des convulsions ont été exceptionnellement rapportées. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée aux doses thérapeutiques.



Bai Wei

Bai Wei

Bái Wēi (Radix Cynanchi Baiwei)

Identification

Chinois : 白薇
Pinyin : bái wēi
Traduction : petite racine blanche
Nom commun : racine de cynanchum blanc
Nom latin : Radix Cynanchi Baiwei
Famille : Asclepiadaceae
Espèces : Cynanchum atratum Bge. (白薇 bái wēi), Cynanchum versicolor Bge. (蔓生白薇 màn shēng bái wēi)
Partie utilisée : racines et rhizomes séchés
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Laboureur Céleste) au 1er siècle
Bai Wei

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui clarifient la Chaleur et refroidissent le Sang (qīng rè liáng xuè yào 清熱涼血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Salé (咸 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Estomac (胃 wèi), Foie (肝 gān), Rein (腎 shèn)
Dosage : 3-10 g

Propriétés :

Clarifie la Chaleur et refroidit le Sang, clarifie la Chaleur de Déficience et refroidit le Sang, favorise la diurèse et traite le syndrome Lin, favorise la diurèse et réduit l’œdème.

Précautions :

Bái Wēi est contre-indiqué en cas de déficience du Yang du Rein avec Froid interne. Il ne doit pas être utilisé en cas d’absence de signes de Chaleur de Déficience. Son usage prolongé doit être évité chez les patients présentant une déficience du Qi de la Rate. Ce remède doit être utilisé avec prudence pendant la grossesse. Aux doses thérapeutiques recommandées, aucune toxicité majeure n’a été rapportée.

Fonctions principales :

Clarifie la Chaleur de Déficience
Refroidit le Sang
Arrête les saignements
Favorise la diurèse
Traite le syndrome Lin
Clarifie la Chaleur-Humidité du foyer inférieur

Actions et Indications

– Clarifie la Chaleur de Déficience et refroidit le Sang :
Bái Wēi est particulièrement efficace pour traiter la Chaleur de Déficience du Yin avec fièvre vespérale, transpiration nocturne, sensation de chaleur aux cinq cœurs (paumes, plantes des pieds et poitrine) et irritabilité.
Il est couramment utilisé pour la Chaleur de Déficience post-partum ou après une maladie fébrile prolongée.
– Pour la Chaleur de Déficience avec fièvre vespérale et transpiration nocturne, Bái Wēi est associé à Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) et Yín Chái Hú (Radix Stellariae).
– Pour la fièvre post-partum avec épuisement du Sang et Chaleur de Déficience, on l’associe à Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae), formule Bái Wēi Tāng 白薇湯 (Décoction de Cynanchum Blanc).

Bái Wēi traite également les maladies fébriles chroniques avec lésion du Yin.
– Pour la chaleur résiduelle après maladie fébrile avec lassitude et fièvre de faible grade, on ajoute ce remède à Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Biē Jiǎ (Carapax Trionycis).
– Pour l’irritabilité et l’agitation dues à la Chaleur de Déficience, Bái Wēi est associé à Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae).

– Clarifie la Chaleur, refroidit le Sang et arrête les saignements :
Bái Wēi possède une action puissante pour clarifier la Chaleur dans le Sang et arrêter les saignements causés par la Chaleur dans le Sang, traitant ainsi les épistaxis, hématémèse et hématurie.
Il est traditionnellement utilisé pour les saignements accompagnés de signes de Chaleur.
– Pour les saignements dus à la Chaleur dans le Sang avec épistaxis et hématémèse, Bái Wēi est associé à Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis).
– Pour l’hématurie avec douleur et sensation de brûlure à la miction, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Mù Tōng (Caulis Akebiae).

– Favorise la diurèse et traite le syndrome Lin :
Bái Wēi clarifie la Chaleur et favorise la diurèse pour traiter le syndrome Lin par Chaleur-Humidité avec urines rares, foncées et douloureuses.
-Pour le syndrome Lin par Chaleur avec dysurie et douleur, Bái Wēi est associé à Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis), Huá Shí (Talcum) et Mù Tōng (Caulis Akebiae).
-Pour les infections urinaires avec hématurie, on l’utilise avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Pú Huáng (Pollen Typhae).

– Traite les troubles gynécologiques :
Bái Wēi est utilisé pour traiter la fièvre post-partum causée par l’épuisement du Sang et la Chaleur de Déficience, ainsi que les pertes vaginales avec signes de Chaleur-Humidité.
– Pour la fièvre post-partum, Bái Wēi est associé à Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) dans la formule Bái Wēi Tāng 白薇湯.
– Pour les pertes vaginales avec Chaleur-Humidité, on l’associe à Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) et Kǔ Shēn (Radix Sophorae Flavescentis).

Liste des symptômes

Chaleur de Déficience :
Fièvre vespérale
Transpiration nocturne
Sensation de chaleur aux cinq cœurs
Irritabilité et agitation
Lassitude
Fièvre de faible grade persistante
Bouche et gorge sèches

Saignements dus à la Chaleur dans le Sang :
Épistaxis
Hématémèse
Hématurie
Métrorragie

Troubles urinaires :
Dysurie avec douleur et sensation de brûlure
Urines rares, foncées et concentrées
Hématurie
Infections urinaires

Troubles gynécologiques :
Fièvre post-partum
Pertes vaginales avec Chaleur-Humidité
Épuisement du Sang post-partum

Commentaire

Bái Wēi (Radix Cynanchi Baiwei) tire son nom de la couleur blanche de ses racines et de leur finesse. Ce remède est l’un des plus précieux de la pharmacopée chinoise pour clarifier la Chaleur de Déficience tout en refroidissant le Sang. Sa saveur amère lui permet de drainer la Chaleur et de descendre le Feu, tandis que sa saveur salée adoucit les masses dures et sa nature froide en fait un excellent remède pour tous les syndromes de Chaleur de Déficience. Sa capacité unique à traiter la Chaleur de Déficience sans blesser le Yin le distingue de nombreux autres remèdes clarifiants la Chaleur.

Bái Wēi est particulièrement reconnu pour son action sur la Chaleur de Déficience post-partum, une condition fréquente résultant de l’épuisement du Sang et des liquides organiques lors de l’accouchement. Cette action spécifique fait de Bái Wēi un remède de choix dans les formules gynécologiques traitant les troubles post-partum. En médecine chinoise, ce remède traite efficacement les troubles causés par la Chaleur de Déficience qui blesse le Yin, notamment la fièvre vespérale, la transpiration nocturne et l’irritabilité.

Une autre application majeure de Bái Wēi concerne le traitement des saignements causés par la Chaleur dans le Sang. Cette action résulte de sa capacité à clarifier la Chaleur, refroidir le Sang et arrêter les hémorragies. Les études pharmacologiques modernes ont confirmé ses propriétés antipyrétiques, anti-inflammatoires et hémostatiques.

Bái Wēi se distingue par son action spécifique sur la Chaleur de Déficience plutôt que sur la Chaleur de Plénitude. Il est couramment utilisé en clinique pour traiter les maladies chroniques avec lésion du Yin, particulièrement lorsque ces troubles s’accompagnent de symptômes tels que la fièvre vespérale et la transpiration nocturne. La forme sèche du remède est la seule utilisée en pratique clinique.

Bái Wēi se distingue de Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii) par son action sur le Sang. Alors que Dì Gǔ Pí clarifie principalement la Chaleur de Déficience du Poumon et du Rein, Bái Wēi agit plus largement sur le niveau du Sang pour refroidir le Sang et arrêter les saignements. Les deux plantes clarifient la Chaleur de Déficience et traitent la fièvre vespérale et la transpiration nocturne, mais Bái Wēi est supérieur pour traiter les saignements et les troubles gynécologiques post-partum.

Associations

– avec Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) et Yín Chái Hú (Radix Stellariae) : pour la Chaleur de Déficience avec fièvre vespérale et transpiration nocturne

– avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) : pour la fièvre post-partum (formule Bái Wēi Tāng 白薇湯 Décoction de Cynanchum Blanc)

– avec Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Biē Jiǎ (Carapax Trionycis) : pour la chaleur résiduelle après maladie fébrile

– avec Xiǎo Jì (Herba Cirsii), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) et Ǒu Jié (Nodus Nelumbinis Rhizomatis) : pour les saignements dus à la Chaleur dans le Sang

– avec Chē Qián Zǐ (Semen Plantaginis), Huá Shí (Talcum) et Mù Tōng (Caulis Akebiae) : pour le syndrome Lin par Chaleur avec dysurie

– avec Huáng Bǎi (Cortex Phellodendri) et Kǔ Shēn (Radix Sophorae Flavescentis) : pour les pertes vaginales avec Chaleur-Humidité

– avec Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Huáng Qín (Radix Scutellariae) : pour l’irritabilité due à la Chaleur de Déficience

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng bái wēi) : forme la plus utilisée, préserve toutes les propriétés pour clarifier la Chaleur de Déficience, refroidir le Sang et favoriser la diurèse
– grillé au vin (酒炙 jiǔ zhì bái wēi) : renforce l’action sur le Sang et améliore son action pour arrêter les saignements et nourrir le Yin

Formules Classiques

– Bái Wēi Tāng (白薇湯 Décoction de Cynanchum Blanc)
Cette formule combine Bái Wēi avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Bái Sháo (Radix Paeoniae Alba) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la fièvre post-partum causée par l’épuisement du Sang avec fièvre vespérale et transpiration.

– Qīng Gǔ Sǎn (清骨散 Poudre pour Clarifier les Os)
Formule combinant Bái Wēi avec Dì Gǔ Pí (Cortex Lycii), Yín Chái Hú (Radix Stellariae) et Qīng Hāo (Herba Artemisiae Annuae) pour traiter la Chaleur de Déficience avec fièvre vespérale et transpiration nocturne.

Toxicité :

Bái Wēi ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Les études pharmacologiques indiquent une bonne tolérance. Cependant, en raison de sa nature froide et amère, une utilisation prolongée à doses élevées peut affaiblir le Yang du Rein et blesser le Qi de la Rate chez les personnes présentant une déficience du Yang. Les effets indésirables rapportés sont rares et incluent principalement des troubles digestifs mineurs chez les personnes avec déficience de la Rate. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée.



Shui Niu Jiao

Shui Niu Jiao

Shuǐ Niú Jiǎo (Cornu Bubali)

Identification

Chinois : 水牛角
Pinyin : shuǐ niú jiǎo
Traduction : corne de buffle d’eau
Nom commun : corne de buffle d’eau
Nom latin : Cornu Bubali
Famille : Bovidae
Espèces : Bubalus bubalis L. (水牛 shuǐ niú)
Partie utilisée : corne
Texte d’origine : Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng en 500 après J.-C.
Shui Niu Jiao

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui clarifient la Chaleur et refroidissent le Sang (qīng rè liáng xuè yào 清熱涼血藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Salé (咸 xián)
Nature : Froid (寒 hán)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 20-40 g en décoction (doit être bouilli en premier), 1-2,5 g sous forme de poudre

Propriétés :

Refroidit le Sang et arrête les saignements, élimine les toxines et clarifie les éruptions cutanées, calme le Shen (Esprit) et éteint le Vent du Foie.

Précautions :

Shuǐ Niú Jiǎo est contre-indiqué en cas de déficience et de Froid de la Rate et de l’Estomac. En raison de sa nature froide et amère, il ne doit pas être utilisé chez les patients présentant une déficience de Yang ou de Qi. Ce remède doit être utilisé avec prudence pendant la grossesse. Après administration de dosages élevés, des effets secondaires ont été rapportés incluant un inconfort gastrique, des nausées, des vomissements, une plénitude abdominale et une réduction de l’appétit. Shuǐ Niú Jiǎo est utilisé comme substitut de Xī Jiǎo (Cornu Rhinoceri) qui est interdit en raison du statut d’espèce en danger du rhinocéros. Cependant, sa puissance est beaucoup plus faible et nécessite 8 à 10 fois la dose normale de Xī Jiǎo pour obtenir des effets thérapeutiques similaires.

Fonctions principales :

Refroidit le Sang
Arrête les saignements
Élimine les toxines
Clarifie les éruptions cutanées
Calme le Shen (Esprit)
Éteint le Vent du Foie
Sédative le Feu du Cœur
Arrête les convulsions

Actions et Indications

– Refroidit le Sang et arrête les saignements :
Shuǐ Niú Jiǎo traite la Chaleur dans le niveau du Sang (xuè 血) qui force le Sang à sortir des vaisseaux, causant des épistaxis, des hématémèses, des hémoptysies, des hématuries ou des hématochézies.
Il entre dans le niveau du Sang et refroidit efficacement la Chaleur à la racine des saignements.
– Pour les saignements dus à la Chaleur dans le Sang, Shuǐ Niú Jiǎo est associé à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan).
– Pour les saignements graves, Shuǐ Niú Jiǎo est associé à Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae), Dà Jì (Herba seu Radix Cirsii Japonici) et Xiǎo Jì (Herba Cirisii).

– Élimine les toxines et clarifie les éruptions cutanées :
Shuǐ Niú Jiǎo sédative le Feu et élimine les toxines, traitant les maladies fébriles caractérisées par des sensations fébriles dans tout le corps, des macules et des éruptions cutanées pourpres foncées, du purpura et divers types de saignements.
La Chaleur et les toxines attaquant la gorge se manifestent par des douleurs, des gonflements et une rougeur. D’autres signes peuvent inclure une fièvre qui s’aggrave la nuit, une soif sans désir de boire, de l’irritabilité, de l’insomnie, une langue écarlate rouge et, dans les cas graves, du délire.
– Pour les maladies fébriles avec Chaleur extrême et signes de Chaleur, Shuǐ Niú Jiǎo est associé à Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Dà Qīng Yè (Folium Isatidis).
– Pour une gorge douloureuse, gonflée et rouge, on associe Shuǐ Niú Jiǎo avec Shēng Má (Rhizoma Cimicifugae), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei).

– Calme le Shen (Esprit) et éteint le Vent du Foie :
Dans les maladies fébriles, la Chaleur voyage vers l’intérieur au fur et à mesure que la maladie progresse. Lorsque la Chaleur entre dans les niveaux nutritif (yíng 營) et du Sang (xuè 血), elle affecte également le Cœur et le Foie.
Les manifestations cliniques dans cette situation incluent une fièvre élevée persistante, de l’irritabilité, de l’insomnie, des macules et des éruptions cutanées pourpres foncées, des hématémèses, des épistaxis, des spasmes et des crampes musculaires, des convulsions, du délire et de la manie.
Le Cœur abrite le Shen (Esprit), lorsqu’il est envahi par la Chaleur, des symptômes d’insomnie, d’irritabilité et de délire peuvent apparaître. Le Foie contrôle les tendons, lorsque le Yang du Foie se transforme en Vent du Foie, des convulsions se produisent.
– Pour le délire et la manie dans les maladies fébriles, Shuǐ Niú Jiǎo est associé à Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae) et Lián Qiáo (Fructus Forsythiae), formule Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction pour Clarifier le Niveau Nutritif).
– Pour les convulsions dans les maladies fébriles, on associe Shuǐ Niú Jiǎo avec Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), Niú Huáng (Calculus Bovis) et Bīng Piàn (Borneolum Syntheticum).

Liste des symptômes

Saignements dus à la Chaleur dans le Sang :
Épistaxis (saignement de nez)
Hématémèse (vomissement de sang)
Hémoptysie (crachat de sang)
Hématurie (sang dans les urines)
Hématochézie (sang dans les selles)
Purpura

Maladies fébriles avec toxines :
Fièvre élevée persistante
Macules et éruptions pourpres foncées
Sensations fébriles dans tout le corps
Langue écarlate rouge
Soif sans désir de boire

Perturbations du Shen (Esprit) :
Irritabilité
Insomnie
Délire
Manie
Agitation

Vent du Foie :
Convulsions
Spasmes musculaires
Crampes

Autres indications :
Gorge douloureuse, gonflée et rouge
Fièvre qui s’aggrave la nuit
Perte de conscience dans les cas graves

Commentaire

Shuǐ Niú Jiǎo (Cornu Bubali) occupe une place de premier plan parmi les remèdes qui refroidissent le Sang dans la pharmacopée chinoise. Substitut légal et écologique de la corne de rhinocéros (Xī Jiǎo 犀角, Cornu Rhinoceri) – désormais protégée par la Convention sur le commerce international des espèces sauvages (CITES) – la corne de buffle d’eau partage les mêmes propriétés fondamentales : amère, salée et froide, elle entre dans le méridien du Coeur et dans le niveau du Sang pour y clarifier la Chaleur, résoudre les toxines et refroidir le Sang. Sa puissance est toutefois moindre, et la dose thérapeutique doit être portée à 8 à 10 fois celle du Xī Jiǎo pour obtenir un effet comparable.

Ce remède agit selon trois axes fondamentaux. Premièrement, il refroidit le Sang pour arrêter les hémorragies causées par la Chaleur qui force le Sang à sortir de ses vaisseaux. Deuxièmement, il pénètre dans le méridien du Cœur pour dissiper la Chaleur-toxique aux niveaux yíng (nourricier) et xuè (Sang), caractéristiques des stades avancés des maladies fébriles chaudes (wēn bìng 溫病) telles que décrites par l’école des maladies de la chaleur. Troisièmement, en refroidissant le Cœur et le Foie, il calme l’esprit (Shen) et éteint le Vent interne, traitant ainsi les convulsions, spasmes et états confusionnels. Le Míng Yī Zá Zhù 名醫雜著 (Registres Divers de Médecins Célèbres), texte du 5e siècle où ce remède est mentionné pour la première fois, indique déjà son efficacité contre les frissons, fièvres et céphalées des maladies saisonnières.

Par rapport à Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), avec lequel il est souvent comparé, Shuǐ Niú Jiǎo est également salé et froid, et les deux remèdes refroidissent la Chaleur, résolvent les toxines, refroidissent le Sang, calment l’esprit et atténuent les convulsions. Cependant, Shuǐ Niú Jiǎo est aussi amer et tend à entrer dans le méridien du Cœur et dans le niveau du Sang ; il est donc supérieur pour clarifier le Cœur, refroidir le Sang et dissoudre les stagnations. Son action se concentre principalement sur le Cœur et le Sang. Líng Yáng Jiǎo, en revanche, tend à entrer dans le méridien du Foie pour favoriser la circulation du Qi et du Sang ; il est supérieur pour clarifier le Foie, éteindre le Vent interne et atténuer les convulsions. Son action est essentiellement orientée vers le Foie.

Associations

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) : pour les hémorragies, purpura et éruptions dues à la Chaleur dans le Sang (formule Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 Décoction de Corne de Rhinocéros et Rehmannia)

– avec Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Lián Qiào (Fructus Forsythiae) et Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) : pour la pénétration de la Chaleur au niveau nourricier avec fièvre haute, langue écarlate et délire (formule Qīng Yíng Tāng 清營湯 Décoction pour Clarifier le Niveau Nourricier)

– avec Shí Gāo (Gypsum Fibrosum) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) : pour la fièvre épidémique avec taches et éruptions cutanées (formule Huà Bān Tāng 化斑湯 Décoction pour Transformer les Taches)

– avec Zǐ Cǎo (Radix Arnebiae/Lithospermi), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) : pour les éruptions pourpres foncées avec discours délirant et toxines-Chaleur intenses (formule Shén Xī Dān 神犀丹 Pilule Merveilleuse de Corne de Rhinocéros)

– avec Líng Yáng Jiǎo (Cornu Saigae Tataricae), Gōu Téng (Ramulus Uncariae cum Uncis) et Jú Huā (Flos Chrysanthemi) : pour les convulsions, spasmes et délire dans les maladies fébriles (formule Líng Jiǎo Gōu Téng Tāng 羚角鉤藤湯 Décoction de Corne d’Antilope et Gou Teng)

– avec Bái Máo Gēn (Rhizoma Imperatae) : pour les hémorragies (épistaxis, hématurie) par Chaleur dans le Sang

– avec Shēng Má (Rhizoma Cimicifugae) et Xuán Shēn (Radix Scrophulariae) : pour les éruptions cutanées purpuriques par toxines-Chaleur dans le niveau du Sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– tranches (牛角片 niú jiǎo piàn) : la corne est trempée dans l’eau chaude avant d’être tranchée afin de limiter la fragmentation ; forme standard pour la décoction, nécessite une pré-trempe de 3-4 heures ou une décoction séparée de 3 heures minimum avant d’ajouter les autres herbes
– poudre fine (水牛角粉 shuǐ niú jiǎo fěn) : obtenue par broyage de la corne en poudre très fine par trituration aqueuse (méthode shuǐ fēi 水飛) ; forme la plus concentrée, absorbée plus efficacement à dose moindre (1,5-3 g), peut être mélangée à la décoction juste avant la prise

Formules Classiques

Xī Jiǎo Dì Huáng Tāng 犀角地黃湯 (Décoction de Corne de Rhinocéros et Rehmannia)
Cette formule fondamentale – où Shuǐ Niú Jiǎo remplace aujourd’hui le Xī Jiǎo (Cornu Rhinoceri) – combine ce remède avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et Mǔ Dān Pí (Cortex Moutan) pour traiter la Chaleur dans le niveau du Sang avec hémorragies, purpura et vomissements de sang. Issue de la tradition classique, elle reste la formule de référence pour la Chaleur au niveau xuè.

Qīng Yíng Tāng 清營湯 (Décoction pour Clarifier le Niveau Nourricier)
Cette formule de l’école des maladies de la chaleur (Wēn Bìng Tiáo Biàn 溫病條辨 Différenciation Systématique des Maladies de la Chaleur) associe Shuǐ Niú Jiǎo à Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Lián Qiào (Fructus Forsythiae), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Mài Mén Dōng (Radix Ophiopogonis) pour traiter la pénétration de la Chaleur au niveau yíng (nourricier) avec forte fièvre nocturne, langue écarlate, agitation et délire.

Huà Bān Tāng 化斑湯 (Décoction pour Transformer les Taches)
Shuǐ Niú Jiǎo est associé à Shí Gāo (Gypsum Fibrosum), Xuán Shēn (Radix Scrophulariae), Zhī Mǔ (Radix Anemarrhenae) et Gān Cǎo (Radix Glycyrrhizae) pour traiter la fièvre épidémique Chaleur-toxine humide avec taches et éruptions cutanées pourpres, fièvre haute, perte de conscience et épistaxis.

Shén Xī Dān 神犀丹 (Pilule Merveilleuse de Corne de Rhinocéros)
Cette formule classique associe Shuǐ Niú Jiǎo à Zǐ Cǎo (Radix Arnebiae/Lithospermi), Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) et Lián Qiào (Fructus Forsythiae) pour traiter les éruptions pourpres foncées, le discours délirant et les toxines-Chaleur intenses pénétrant dans le niveau du Coeur.

Toxicité :

Shuǐ Niú Jiǎo présente une toxicité faible aux doses thérapeutiques recommandées. Des effets indésirables dose-dépendants ont cependant été rapportés à haute dose : inconfort gastrique, nausées, vomissements, sensation de plénitude abdominale et anorexie. Ces effets disparaissent généralement spontanément à l’arrêt ou à la réduction du traitement. En raison de sa nature froide et amère, une utilisation prolongée peut blesser le Yang de la Rate et de l’Estomac. Aucune toxicité organique majeure n’a été documentée aux doses cliniques habituelles. Ce remède est incompatible avec l’aconit (Chuān Wū 川烏, Cǎo Wū 草烏).



Qing Pi

Qing Pi

Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride)

Identification

Chinois : 青皮
Pinyin : qīng pí
Traduction : écorce verte
Nom commun : écorce verte de mandarine
Nom latin : Pericarpium Citri Reticulatae Viride
Famille : Rutaceae
Espèces : Citrus reticulata BLANCO (青皮 qīng pí)
Partie utilisée : écorce immature séchée du fruit non mûr ou de jeunes fruits entiers
Texte d’origine : Zhū Dān-Xī Xīn Fǎ 朱丹溪心法 (Enseignements de Zhu Dan-Xi) par Zhū Dān-Xī au 14e siècle
Qing Pi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui régulent le Qi (lǐ qì yào 理氣藥)
Saveurs : Acide (酸 suān), Amer (苦 kǔ), Âcre (辛 xīn)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Foie (肝 gān), Vésicule Biliaire (膽 dǎn), Estomac (胃 wèi)
Dosage : 3-9 g

Propriétés :

Brise la stagnation du Qi, dissout les accumulations et les masses, draine le Foie et la Vésicule Biliaire, réduit les stases alimentaires et transforme les obstructions.

Précautions :

Qīng Pí est une substance âcre et dispersante, de nature amère et drainante. Son action est intense et tranchante : il doit être utilisé avec grande prudence chez les patients présentant une déficience du Qi ou du Sang, car une utilisation prolongée ou à doses élevées peut épuiser le Qi correct (zhèng qì 正氣). Il est contre-indiqué en cas de transpiration spontanée liée à une déficience du Qi. Les personnes âgées, déficientes ou émaciées doivent éviter ce remède ou l’utiliser uniquement avec des herbes toniques. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées.

Fonctions principales :

Brise la stagnation du Qi
Draine le Foie et la Vésicule Biliaire
Dissout les accumulations
Réduit les stases alimentaires sévères
Dissipe les masses et les obstructions
Traite les hernies et douleurs testiculaires
Traite le paludisme

Actions et Indications

– Draine le Foie et brise la stagnation du Qi :
Qīng Pí est l’un des remèdes les plus puissants pour drainer le Qi stagnant du Foie et de la Vésicule Biliaire. Il traite la stagnation du Qi du Foie avec douleurs et distension des hypochondres, de l’épigastre et de l’abdomen.
Il est particulièrement indiqué pour les douleurs et la distension thoraciques, les flancs douloureux, la dépression et l’irritabilité liées à la stagnation du Qi du Foie.
– Pour la stagnation du Qi du Foie avec douleurs hypochondriaques et distension épigastrique, Qīng Pí est associé à Chái Hú (Radix Bupleuri), Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) et Yù Jīn (Radix Curcumae).
– Pour les douleurs mammaires pré-menstruelles et les masses mammaires liées à la stagnation du Qi du Foie, on associe Qīng Pí à Chái Hú (Radix Bupleuri), Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi).
– Pour les abcès mammaires au stade initial, Qīng Pí est associé à Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae).

Qīng Pí traite également les hernies et les douleurs testiculaires par stagnation de Qi du Foie.
– Pour les hernies et les douleurs testiculaires, on l’associe à Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae), Xiǎo Huí Xiāng (Fructus Foeniculi) et Chuān Liàn Zǐ (Fructus Toosendan).
– Pour les troubles du mouvement du Qi avec douleurs abdominales basses irradiant vers les testicules, Qīng Pí est associé à Wū Yào (Radix Linderae) et Xiǎo Huí Xiāng (Fructus Foeniculi).

– Dissout les accumulations et réduit les stases alimentaires :
Qīng Pí possède une puissante action pour briser les accumulations et dissoudre les stases alimentaires sévères, particulièrement lorsque la stagnation du Qi a progressé vers la stase de Sang.
Il est indiqué pour les distensions et douleurs épigastriques sévères accompagnées de stases alimentaires, ainsi que pour les masses abdominales mobiles ou fixes.
– Pour les stases alimentaires sévères avec douleurs épigastriques, Qīng Pí est associé à Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus).
– Pour les masses abdominales où la stagnation prolongée du Qi a conduit à la stase de Sang, on l’associe à Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae).
– Pour les accumulations plus légères avec distension abdominale et éructations, Qīng Pí est associé à Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Zhǐ Shí (Fructus Aurantii Immaturus).

– Dissipe les obstructions et réduit les masses :
Qīng Pí possède une action pour dissiper les masses formées par l’obstruction du Qi, notamment les masses dues à une stagnation de Qi et de Phlegme.
Il traite les accumulations de type yin et les masses abdominales dures, particulièrement dans la région du foie et de la rate.
– Pour les masses abdominales dures avec stagnation de Qi et de Sang, Qīng Pí est associé à Sān Léng (Rhizoma Sparganii), É Zhú (Rhizoma Curcumae) et Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), formule Biē Jiǎ Jiān Wán 鱉甲煎丸 (Pilule de Décoction de Carapace de Tortue).
– Pour les masses dues à une stagnation prolongée du Qi du Foie avec phlegme, on l’associe à Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) et Zhǐ Ké (Fructus Aurantii).

– Traite l’accès de paludisme :
Qīng Pí est utilisé de façon traditionnelle dans le traitement des accès de paludisme, en combinaison avec d’autres herbes. Son action drainante sur la Vésicule Biliaire et le Foie lui permet d’intervenir dans les alternances de frissons et de fièvre caractéristiques du paludisme.
– Pour le paludisme avec alternance de frissons et de fièvre, Qīng Pí est associé à Chái Hú (Radix Bupleuri), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae), formule Xiǎo Chái Hú Tāng 小柴胡湯 (Petite Décoction de Bupleurum).

Liste des symptômes

Troubles du Foie et de la Vésicule Biliaire :
Douleurs et distension des hypochondres
Douleurs et distension épigastriques
Irritabilité et dépression liées à la stagnation du Qi du Foie
Douleurs mammaires prémenstruelles
Gonflement et distension des seins
Abcès mammaire au stade initial

Troubles digestifs :
Stases alimentaires sévères avec douleurs épigastriques
Distension abdominale avec éructations
Indigestion avec douleurs et distension abdominales
Nausées associées à la stagnation du Qi du Foie attaquant l’Estomac

Douleurs abdominales basses et hernies :
Douleurs abdominales basses
Douleurs testiculaires par stagnation du Qi du Foie
Hernies avec douleurs irradiant vers les testicules
Douleurs de type hernie (shàn qì 疝氣)

Masses et accumulations :
Masses abdominales mobiles ou fixes
Masses de type yin dues à la stagnation prolongée du Qi
Stase de Sang secondaire à une stagnation prolongée du Qi

Autres indications :
Paludisme avec alternance de frissons et de fièvre
Douleurs thoraciques et de flancs liées à la stagnation du Qi

Commentaire

Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride) est l’écorce immature du fruit du mandarinier, récoltée avant sa maturation complète. Issu du même arbre que Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae), son homologue mûr, Qīng Pí possède une énergie printanière caractéristique – celle d’un fruit en pleine croissance – ce qui lui confère une action vigoureuse, descendante et dispersante. Cette différenciation entre les deux écorces n’est apparue dans la littérature médicale qu’au 11e siècle. La saveur acide de Qīng Pí le relie au Foie, sa nature amère lui permet de drainer vers le bas, et son âcreté le rend dispersant – ensemble, ces qualités en font un remarquable agent pour dégager la stagnation du Qi du Foie et de la Vésicule Biliaire.

Qīng Pí est décrit dans les textes classiques comme une substance dont la nature est intense et tranchante (měng lì 猛烈). La Zhèng Lèi Běn Cǎo 證類本草 (Matière Médicale Classifiée) précise qu’il entre dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire pour briser la stagnation du Qi, réduire les accumulations et dissoudre les obstructions fixes. La Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grande Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn souligne qu’il disperse les masses dures du Foie et de la Rate, et traite les accumulations de type yin et les masses tumorales. L’Essentiel de la Matière Médicale (Běn Cǎo Bèi Yào 本草備要) observe avec précision : Chén Pí monte et flotte, entrant dans les méridiens de la Rate et du Poumon, et traite ce qui est en haut ; Qīng Pí descend et dirige vers le bas, entrant dans le Foie et la Vésicule Biliaire, et traite ce qui est en bas.

La distinction fondamentale entre Qīng Pí et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) réside dans leur cible thérapeutique et leur intensité d’action. Chén Pí est modéré dans sa nature ; il entre dans les méridiens de la Rate, de l’Estomac et du Poumon pour promouvoir le mouvement du Qi, renforcer la Rate, assécher l’Humidité et transformer le Phlegme. Qīng Pí, en revanche, est intense et vigoureux ; il entre principalement dans les méridiens du Foie et de la Vésicule Biliaire pour briser la stagnation du Qi, réduire les accumulations et dissoudre les obstructions. Le fruit immature possède l’énergie ascendante du printemps – le Bois du Foie – tandis que le fruit mûr possède l’harmonie de la Terre – la Rate. C’est pourquoi l’un convient au Foie et l’autre à la Rate.

Qīng Pí se distingue également de Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) dans le traitement de la stagnation du Qi du Foie. Xiāng Fù est neutre et doux, avec une capacité dispersante et harmonisante particulièrement adaptée aux états d’inquiétude et de contrainte émotionnelle, et notamment aux troubles gynécologiques par dysménorrhée. Qīng Pí, au contraire, a une saveur et une nature intenses, avec un fort pouvoir descendant et drainant, particulièrement adapté aux stagnations sévères du Qi avec accumulations et masses, ou lorsque la stagnation chronique a évolué vers la stase de Sang.

Associations

– avec Chái Hú (Radix Bupleuri) : Chái Hú draine le Qi du Foie dans le foyer supérieur, son poids léger et sa saveur très douce permettant de libérer la contrainte dans le foyer supérieur. Qīng Pí a une saveur et une nature intenses, son amertume le faisant drainer vers le bas, dégageant ainsi le Qi du Foie dans le foyer inférieur. Ensemble, la montée et la descente du mécanisme du Qi sont restaurées, la circulation du Qi entre les foyers supérieur et inférieur reprend, et la stagnation est ainsi dispersée. En cas de stagnation prolongée du Qi du Foie impliquant finalement une stase de Sang, avec une douleur de localisation fixe et des masses palpables occasionnelles (dans les seins ou dans les troubles de type hernie), cette combinaison constitue une base appropriée sur laquelle des herbes pour vivifier le Sang ou ramollir les zones d’induration peuvent être ajoutées.

– avec Xiāng Fù (Rhizoma Cyperi) et Yù Jīn (Radix Curcumae) : pour la stagnation du Qi du Foie avec douleurs hypochondriaques, distension épigastrique et troubles gynécologiques

– avec Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et Mài Yá (Fructus Hordei Germinatus) : pour les stases alimentaires sévères avec douleurs et distension épigastriques

– avec Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) : pour l’indigestion, les douleurs abdominales et la distension avec éructations (formule Mù Xiāng Bīng Láng Wán 木香檳榔丸 Pilule d’Aucklandie et Areca)

– avec Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae) : pour les masses abdominales où une stagnation prolongée du Qi a progressé vers la stase de Sang

– avec Wú Zhū Yú (Fructus Evodiae), Xiǎo Huí Xiāng (Fructus Foeniculi) et Chuān Liàn Zǐ (Fructus Toosendan) : pour les hernies et les douleurs testiculaires par stagnation du Qi du Foie

– avec Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae) : pour les abcès mammaires au stade initial

– avec Chái Hú (Radix Bupleuri), Huáng Qín (Radix Scutellariae) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae) : pour le paludisme avec alternance de frissons et de fièvre

– avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Sān Léng (Rhizoma Sparganii) et É Zhú (Rhizoma Curcumae) : pour les masses abdominales dures avec stagnation de Qi et de Sang (formule Biē Jiǎ Jiān Wán 鱉甲煎丸 Pilule de Décoction de Carapace de Tortue)

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng qīng pí) : forme non préparée, action plus intense pour briser la stagnation du Qi, disperser les accumulations et réduire les masses ; utilisé pour les douleurs intenses par stagnation du Qi du Foie
– vinaigré (醋炒 cù chǎo qīng pí) : préparé avec du vinaigre, cette méthode renforce la capacité d’entrée dans le Foie, guide les effets de l’herbe vers ce méridien et améliore son action pour dissoudre les masses et alléger la douleur ; c’est la forme la plus couramment utilisée en clinique pour les affections du Foie

Formules Classiques

– Sì Mó Tāng (四磨湯 Décoction des Quatre Préparations)
Cette formule combine Qīng Pí avec Wū Yào (Radix Linderae), Chén Xiāng (Aquilariae Lignum Resinatum) et Bīng Láng (Semen Arecae) pour traiter la stagnation sévère du Qi provoquant une distension et une douleur dans la région thoracique et abdominale, avec Qi rebellant vers le haut, dyspnée et sensation d’oppression dans la poitrine.

– Tiān Tái Wū Yào Sǎn (天台烏藥散 Poudre de Lindera de Tiantai)
Qīng Pí est inclus dans cette formule avec Wū Yào (Radix Linderae), Xiǎo Huí Xiāng (Fructus Foeniculi), Chuān Liàn Zǐ (Fructus Toosendan) et Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) pour traiter les hernies et douleurs testiculaires par accumulation de Froid et stagnation du Qi du Foie, avec douleurs abdominales basses irradiant vers les testicules.

– Biē Jiǎ Jiān Wán (鱉甲煎丸 Pilule de Décoction de Carapace de Tortue)
Cette formule classique du Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffre d’Or) de Zhāng Zhòng-Jǐng combine Qīng Pí avec Biē Jiǎ (Carapax Trionycis), Chái Hú (Radix Bupleuri), Huáng Qín (Radix Scutellariae), Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) et d’autres herbes pour traiter le paludisme chronique avec masses abdominales, stagnation de Sang et de Phlegme dans la région de la Rate et du Foie.

Toxicité :

Qīng Pí ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Cependant, en raison de sa nature intense et dispersante, une utilisation prolongée à doses élevées peut épuiser le Qi correct (zhèng qì 正氣). Les textes classiques, notamment la Běn Cǎo Bèi Yào 本草備要, avertissent que pour les personnes âgées, déficientes, ou émaciées, la meilleure option est de s’abstenir totalement d’utiliser ce remède. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée. Les effets indésirables rapportés sont rares et consistent principalement en des symptômes de dispersion excessive du Qi chez les patients présentant une déficience préexistante.



Zhi Shi

Zhi Shi

Zhǐ Shí (Fructus Immaturus Citri Aurantii)

Identification

Chinois : 枳实
Pinyin : Zhǐ Shí
Traduction : fruit immature d’oranger amer
Nom commun : fruit immature d’oranger amer, bitter orange immature
Nom latin : Fructus Immaturus Citri Aurantii
Famille : Rutaceae
Espèces : Citrus aurantium L. (枳实 Zhǐ Shí) ; Citrus sinensis Osbeck ; diverses espèces de Citrus selon les régions
Partie utilisée : fruit immature séché, récolté avant maturité complète (entre mai et juin)
Texte d’origine : Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), 2e siècle
Zhi Shi

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui régularisent le Qi (lǐ qì yào 理氣藥)
Saveurs : Amer (苦 kǔ), Acide (酸 suān), légèrement Âcre (辛 xīn)
Nature : Légèrement Froid (微寒 wēi hán)
Méridiens : Rate (脾 pí), Estomac (胃 wèi), Gros Intestin (大腸 dà cháng)
Dosage : 3-10 g en décoction ; jusqu’à 30 g dans certains cas cliniques ; à utiliser en poudre ou en pilules selon les indications

Propriétés :

Brise la stagnation du Qi et dissout les accumulations, élimine les distensions et l’oppression thoracique, transforme les mucosités et dissout les accumulations, soutient le centre et dirige le Qi vers le bas.

Précautions :

Zhǐ Shí est contre-indiqué pendant la grossesse en raison de son action de brisure puissante du Qi. Il doit être utilisé avec prudence chez les patients présentant une déficience du Qi de la Rate et de l’Estomac, car son action dispersante puissante peut épuiser le Qi normal. Les patients présentant un Qi déficient sans stagnation doivent éviter ce remède. Une utilisation prolongée à haute dose peut affaiblir le Qi ancestral. La forme préparée au son (麩炒 fū chǎo) est préférée chez les patients fragiles pour modérer son action dispersante.

Fonctions principales :

Brise la stagnation du Qi
Dissout les accumulations
Élimine les distensions
Transforme les Mucosités
Dirige le Qi vers le bas
Traite l’oppression thoracique
Dissout les accumulations alimentaires
Soutient le relèvement du Qi (en association)

Actions et Indications

– Brise la stagnation du Qi et dissout les accumulations :
Zhǐ Shí est l’un des remèdes les plus puissants de la pharmacopée chinoise pour briser la stagnation du Qi, dissoudre les accumulations et éliminer les distensions. Il est particulièrement efficace pour les distensions et douleurs épigastriques et abdominales dues à la stagnation du Qi de la Rate et de l’Estomac, ainsi que pour les accumulations alimentaires.
– Pour la distension et la plénitude épigastriques et abdominales dues à la stagnation du Qi avec accumulation alimentaire, Zhǐ Shí est associé à Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), formule Xiǎo Chéng Qì Tāng 小承氣湯 (Petite Décoction pour Ordonner le Qi).
– Pour la stagnation du Qi avec distension abdominale et constipation, on l’associe à Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) et Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), formule Zhǐ Shí Xiāo Pǐ Wán 枳实消痞丸 (Pilule de Zhǐ Shí pour Dissoudre la Distension).
– Pour les distensions et douleurs abdominales dues à l’accumulation alimentaire, Zhǐ Shí est associé à Shān Zhā (Fructus Crataegi) et Shén Qū (Massa Medicata Fermentata), formule Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳实导滞丸 (Pilule de Zhǐ Shí pour Conduire la Stagnation).

– Élimine les distensions et l’oppression thoracique :
Zhǐ Shí traite l’oppression thoracique, la distension du thorax et des hypocondres due à la stagnation du Qi et à l’accumulation de mucosités. Son action puissante de brisure du Qi en fait un remède de choix pour les syndromes de plénitude thoracique avec stagnation.
– Pour l’oppression thoracique et la distension hypocondriaque avec dyspnée et essoufflement dues au Qi cloisonné qui ne circule plus, Zhǐ Shí est associé à Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) et Guā Lóu (Fructus Trichosanthis), formule Zhǐ Shí Xiè Bái Guì Zhī Tāng 枳实薤白桂枝汤 (Décoction de Zhǐ Shí, Ciboulette et Cannelle).
– Pour la stagnation du Qi dans la poitrine avec accumulations de mucosités et plénitude thoracique, on l’associe à Xiè Bái (Bulbus Allii Macrostemi) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis).
– Pour la stagnation du Qi affectant le thorax avec anxiété, irritabilité et distension hypocondriaque, Zhǐ Shí est associé à Zhī Zǐ (Fructus Gardeniae) et Dàn Dòu Chǐ (Semen Sojae Praeparatum), formule Zhī Zǐ Chǐ Tāng 梔子豉湯 avec adjonction de Zhǐ Shí.

– Transforme les mucosités et dissout les accumulations :
Zhǐ Shí possède une action remarquable pour transformer les mucosités-Humidité et dissoudre les accumulations avec forme (食積 shí jī) et sans forme (氣滯 qì zhì). Cette double capacité lui permet d’être utilisé dans les syndromes impliquant à la fois la stagnation du Qi et les accumulations de Mucosités.
– Pour les accumulations de mucosités et de Qi dans la poitrine avec dyspnée, wheeling, nausées et constipation, Zhǐ Shí est associé à Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis), formule classique dont l’interaction amplifie considérablement la brisure de la stagnation du Qi.
– Pour les mucosités obstruant le Foyer Moyen avec plénitude épigastrique, nausées et vomissements, on l’associe à Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Preparatum) et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae).
– Pour la stagnation alimentaire avec distension et douleur abdominale accompagnées de diarrhée ou de dysenterie dues à l’Humidité-Chaleur, Zhǐ Shí est associé à Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) et Huáng Lián (Rhizoma Coptidis), formule Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳实导滞丸.

– Soutient le centre et dirige le Qi vers le bas :
Zhǐ Shí traite le prolapsus des organes internes dû à la chute du Qi de la Rate – une indication paradoxale au premier abord, mais validée par la tradition clinique. Dans ce contexte, Zhǐ Shí est utilisé en association avec des remèdes toniques du Qi pour relever le Qi et traiter le prolapsus rectal, le prolapsus utérin et la ptôse gastrique.
– Pour le prolapsus rectal ou utérin dû à la déficience et chute du Qi, Zhǐ Shí est associé à Huáng Qí (Radix Astragali) et Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) dans un contexte tonique global.
– Pour la ptôse gastrique avec sensation de lourdeur abdominale, Zhǐ Shí est associé à Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) pour tonifier la Rate et relever le Qi.

Liste des symptômes

Distensions et douleurs digestives :
Distension et plénitude épigastriques
Douleur abdominale par stagnation du Qi
Accumulation alimentaire avec borborygmes
Constipation par stagnation du Qi
Diarrhée ou dysenterie dues à l’Humidité-Chaleur
Nausées et vomissements par rébellion du Qi de l’Estomac
Ténesme et douleur abdominale

Troubles thoraciques :
Oppression et plénitude thoraciques
Distension des hypocondres
Dyspnée et essoufflement par accumulation de Mucosités
Anxiété et irritabilité avec plénitude thoracique
Sensation de quelque chose de coincé dans la gorge

Autres indications :
Prolapsus rectal par chute du Qi
Prolapsus utérin par déficience du Qi de la Rate
Ptôse gastrique
Hernies inguinales liées à la stagnation du Qi
Masses abdominales palpables dues aux accumulations

Commentaire

Zhǐ Shí (Fructus Immaturus Citri Aurantii) tire son nom de sa nature de fruit immature (实 shí, compacte et dur) d’oranger (枳 zhǐ). Mentionné dès le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng 神農本草經 (Classique de la Matière Médicale du Divin Laboureur), ce remède est reconnu depuis les origines de la pharmacopée chinoise comme un puissant briseur de stagnation. Son action amer-descendante et légèrement froide en fait un outil thérapeutique indispensable pour traiter toutes les formes de stagnation du Qi avec accumulation dans le Foyer Moyen.

L’un des traits les plus distinctifs de Zhǐ Shí réside dans la puissance de son action dispersante. Comme le notent Bensky et al., il brise la stagnation du Qi froide comme chaude, et peut être utilisé pour les distensions du thorax et de l’abdomen quelle que soit l’étiologie – chaleur, froid, Humidité ou Mucosités – dès lors que la stagnation du Qi cloisonné est au cœur du problème. Cette polyvalence explique sa présence dans un très grand nombre de formules classiques. Il se distingue de Zhǐ Ké (Fructus Aurantii), le fruit mature de la même plante, par une action beaucoup plus puissante et plus profonde. Le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn précise que Zhǐ Shí est utilisé pour les maladies avec excès, en raison de la violence de ses propriétés de brisure, tandis que Zhǐ Ké convient aux maladies avec une présentation moins sévère. De même, la relation entre Zhǐ Shí et Zhǐ Ké rappelle celle qui existe entre Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) et Qīng Pí (Pericarpium Citri Reticulatae Viride) : dans chaque paire, le fruit immature possède une action plus dure et plus puissante pour briser la stagnation du Qi.

La combinaison emblématique de Zhǐ Shí avec Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) illustre parfaitement sa place dans la pharmacopée. Ces deux remèdes, l’un froid et l’autre chaud, se complètent mutuellement pour renforcer l’action de brisure de la stagnation du Qi, d’élimination des plénitudes et de mobilisation des Mucosités, quelle que soit la nature chaude ou froide du trouble. Cette paire puissante peut traiter toute distension abdominale ou thoracique, l’essoufflement, les nausées ou la constipation, dès lors que le Qi cloisonné qui ne circule plus est la cause principale.

Associations

– avec Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) : pour toute distension abdominale ou thoracique, dyspnée ou constipation par Qi cloisonné qui ne circule plus

– avec Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) : pour les accumulations sévères avec constipation et douleur abdominale (formule Xiǎo Chéng Qì Tāng 小承氣湯 Petite Décoction pour Ordonner le Qi)

– avec Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) : pour la distension épigastrique par stagnation du Qi et accumulation alimentaire (formule Zhǐ Shí Xiāo Pǐ Wán 枳实消痞丸 Pilule de Zhǐ Shí pour Dissoudre la Distension)

– avec Xiè Bái (Bulbus Allii Macrostemi) et Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi) : pour l’oppression thoracique et la plénitude thoracique avec mucosités (formule Zhǐ Shí Xiè Bái Guì Zhī Tāng 枳实薤白桂枝湯 Décoction de Zhǐ Shí, Ciboulette et Cannelle)

– avec Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata) et Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) : pour l’accumulation alimentaire avec distension et diarrhée due à l’Humidité-Chaleur (formule Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳实导滞丸 Pilule de Zhǐ Shí pour Conduire la Stagnation)

– avec Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Preparatum) et Chén Pí (Pericarpium Citri Reticulatae) : pour les mucosités obstruant le Foyer Moyen avec plénitude épigastrique et nausées

– avec Huáng Qí (Radix Astragali) et Dǎng Shēn (Radix Codonopsis) : pour le prolapsus rectal ou utérin dû à la chute du Qi

– avec Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Zhǐ Ké (Fructus Aurantii) : pour les douleurs épigastriques et abdominales par stagnation du Qi

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng Zhǐ Shí) : forme non préparée, action la plus puissante pour briser la stagnation et dissoudre les accumulations ; à utiliser pour les syndromes d’excès robustes
– frit au son (麩炒 fū chǎo Zhǐ Shí) : frit avec du son de blé jusqu’à légère coloration jaune ; action modérée, moins agressive sur le Qi normal ; forme la plus couramment utilisée en clinique, notamment chez les patients plus fragiles
– frit au vinaigre (醋炒 cù chǎo Zhǐ Shí) : frit après trempage dans le vinaigre ; renforce la pénétration dans le méridien du Foie et amplifie l’action de dispersion des stases et de soulagement de la douleur

Formules Classiques

Xiǎo Chéng Qì Tāng 小承氣湯 (Petite Décoction pour Ordonner le Qi)
Cette formule combine Zhǐ Shí avec Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) pour purger les accumulations de Chaleur dans les Intestins avec constipation, distension abdominale et douleur. Issue du Shāng Hán Lùn 傷寒論 (Traité sur les Dommages du Froid) de Zhāng Zhòng-Jǐng.

Zhǐ Shí Xiāo Pǐ Wán 枳实消痞丸 (Pilule de Zhǐ Shí pour Dissoudre la Distension)
Formule associant Zhǐ Shí à Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis), Bái Zhú (Rhizoma Atractylodis Macrocephalae), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Bàn Xià (Rhizoma Pinelliae Preparatum) pour les distensions épigastriques et la plénitude abdominale dues à la stagnation conjointe du Qi de la Rate avec Chaleur.

Zhǐ Shí Xiè Bái Guì Zhī Tāng 枳实薤白桂枝湯 (Décoction de Zhǐ Shí, Ciboulette et Cannelle)
Formule classique des Jīn Guì Yào Lüè 金匱要略 (Prescriptions Essentielles du Coffre d’Or) combinant Zhǐ Shí avec Xiè Bái (Bulbus Allii Macrostemi), Guì Zhī (Ramulus Cinnamomi), Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Hòu Pò (Cortex Magnoliae Officinalis) pour traiter l’obstruction thoracique (胸痹 xiōng bì) avec oppression thoracique et douleur.

Zhǐ Shí Dǎo Zhì Wán 枳实导滞丸 (Pilule de Zhǐ Shí pour Conduire la Stagnation)
Cette formule associe Zhǐ Shí à Dà Huáng (Radix et Rhizoma Rhei), Shān Zhā (Fructus Crataegi), Shén Qū (Massa Medicata Fermentata), Huáng Lián (Rhizoma Coptidis) et Fú Líng (Poria) pour traiter l’accumulation alimentaire transformée en Humidité-Chaleur avec distension abdominale, diarrhée ou dysenterie.

Toxicité :

Zhǐ Shí ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées (3-10 g). Cependant, sa nature puissamment dispersante impose des précautions importantes. En raison de son action de brisure du Qi, une utilisation inappropriée ou prolongée peut épuiser le Qi normal et affaiblir la Rate et l’Estomac. Des doses excessives peuvent provoquer des nausées, des vomissements ou une aggravation temporaire des troubles digestifs. Il est formellement contre-indiqué pendant la grossesse, car son action de brisure du Qi peut provoquer des contractions utérines et mettre en danger le fœtus. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’a été documentée dans les textes classiques.



 

Ru Xiang

Ru Xiang

Rú Xiāng (Gummi Olibanum)

Identification

Chinois : 乳香
Pinyin : rú xiāng
Traduction : encens laiteux, fragrance laiteuse
Nom commun : oliban, encens
Nom latin : Gummi Olibanum
Famille : Burseraceae
Espèces : Boswellia carterii Birdw. (乳香 rú xiāng), Boswellia bhaw-dajiana Birdw.
Partie utilisée : résine gommeuse séchée obtenue par incision de l’écorce
Texte d’origine : Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Divers de Médecins Célèbres) par Táo Hóng-Jǐng, 5e siècle
Ru Xiang

Nature et Saveur

Catégorie : Remèdes qui font circuler le Sang (huó xuè yào 活血藥)
Saveurs : Âcre (辛 xīn), Amer (苦 kǔ)
Nature : Tiède (溫 wēn)
Méridiens : Cœur (心 xīn), Foie (肝 gān), Rate (脾 pí)
Dosage : 3-10 g en décoction ; 1-3 g en poudre ou pilule ; usage topique possible

Propriétés :

Active le Sang et dissout la Stase de Sang, fait circuler le Qi et arrête la douleur, détend les tendons et désobstrue les collatéraux, réduit les abcès et favorise la cicatrisation des plaies.

Précautions :

Rú Xiāng est contre-indiqué pendant la grossesse. Il doit être utilisé avec prudence chez les patients souffrant d’insuffisance de l’Estomac, car son odeur forte peut provoquer des nausées et des vomissements. Il est également déconseillé en l’absence de Stase de Sang ou de stagnation de Qi. Ce remède ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées, mais à doses excessives peut irriter la muqueuse gastrique.

Fonctions principales :

Active le Sang
Dissout la Stase de Sang
Fait circuler le Qi
Arrête la douleur
Désobstrue les collatéraux
Réduit les abcès
Favorise la cicatrisation des plaies
Détend les tendons

Actions et Indications

– Active le Sang, dissout la Stase et arrête la douleur :
Rú Xiāng est l’un des remèdes les plus importants de la pharmacopée chinoise pour activer le Sang, dissoudre la Stase de Sang et soulager la douleur. Il est particulièrement indiqué pour toutes les douleurs causées par la stagnation du Qi et la Stase de Sang, qu’elles soient d’origine traumatique ou interne.
Il traite efficacement les douleurs thoraciques, abdominales, épigastriques et celles des membres causées par la stagnation du Qi et la Stase de Sang.
– Pour les douleurs thoraciques et abdominales dues à la stagnation du Qi et à la Stase de Sang, Rú Xiāng est associé à Mò Yào (Myrrha), Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) et Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae).
– Pour les douleurs épigastriques et abdominales dues à la stagnation du Qi et à la Stase de Sang, on l’associe à Mù Xiāng (Radix Aucklandiae) et Chuān Liàn Zǐ (Fructus Toosendan).

Rú Xiāng est également utilisé pour les douleurs liées aux traumatismes, notamment les contusions, les fractures et les entorses.
– Pour les douleurs traumatiques avec contusions et fractures, Rú Xiāng est associé à Mò Yào (Myrrha), Xuě Jié (Sanguis Draconis) et Hóng Huā (Flos Carthami), formule Qī Lí Sǎn 七厘散 (Poudre des Sept Dixièmes de Gramme).
– Pour les fractures et les blessures des os et des tendons, on l’associe à Zì Rán Tóng (Pyritum), Mò Yào (Myrrha) et Wǔ Jiā Pí (Acanthopanacis Cortex).

– Fait circuler le Qi et désobstrue les collatéraux :
Rú Xiāng possède une remarquable capacité à pénétrer les collatéraux, à en libérer les obstructions et à soulager les douleurs dues aux syndromes d’obstruction douloureuse (bì zhèng 痺證), notamment lorsque la Stase de Sang et la stagnation du Qi sont en cause.
Il est particulièrement indiqué pour les douleurs articulaires chroniques, les raideurs des tendons et les névralgies.
– Pour les syndromes d’obstruction douloureuse avec douleurs articulaires et raideur des tendons, Rú Xiāng est associé à Mò Yào (Myrrha), Qín Jiāo (Radix Gentianae Macrophyllae) et Dú Huó (Radix Angelicae Pubescentis).
– Pour les douleurs des membres et la raideur du cou dues à la Stase de Sang dans les tendons, on l’associe à Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mò Yào (Myrrha) et Mù Guā (Fructus Chaenomelis).

– Réduit les abcès et favorise la cicatrisation :
Rú Xiāng est un remède de premier plan dans le traitement des abcès, des carboncles et des ulcérations cutanées. Il active le Sang pour réduire les gonflements, favorise la sortie du pus au stade d’ulcération et accélère la régénération des tissus au stade de cicatrisation.
Il traite aussi bien les abcès au stade initial (avant suppuration) qu’au stade avancé (après ulcération), et favorise la cicatrisation des plaies chroniques ou récalcitrantes.
– Pour les abcès et carboncles au stade initial avec rougeur, gonflement et douleur, Rú Xiāng est associé à Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae) et Mò Yào (Myrrha), formule Xiān Fāng Huó Mìng Yǐn 仙方活命飲 (Décoction Immortelle pour Revivifier la Vie).
– Pour les abcès pulmonaires et intestinaux, Rú Xiāng est associé à Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Mò Yào (Myrrha).
– Pour les abcès mammaires (rǔ yōng 乳癰), Rú Xiāng est associé à Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis), Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) et Mò Yào (Myrrha).
– Pour les plaies chroniques et les ulcérations cutanées non cicatrisantes, Rú Xiāng est associé à Mò Yào (Myrrha), Xuě Jié (Sanguis Draconis) et Ér Chá (Catechu) en application topique.

– Traite les douleurs gynécologiques :
Rú Xiāng est couramment utilisé pour les douleurs gynécologiques causées par la Stase de Sang, notamment les dysménorrhées, les aménorrhées douloureuses et les douleurs post-partum liées à la rétention de lochies.
– Pour la dysménorrhée et l’aménorrhée dues à la Stase de Sang, Rú Xiāng est associé à Mò Yào (Myrrha), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) et Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong).
– Pour les douleurs post-partum avec rétention de lochies, on l’associe à Yì Mǔ Cǎo (Herba Leonuri) et Táo Rén (Semen Persicae).

Liste des symptômes

Douleurs par stagnation de Qi et Stase de Sang :
Douleurs thoraciques et cardiaques
Douleurs épigastriques et abdominales
Douleurs des flancs et de l’hypocondre
Douleurs articulaires chroniques
Raideur et contracture des tendons

Traumatismes et blessures :
Contusions, ecchymoses et hématomes
Fractures et entorses
Douleurs dues aux chutes et aux coups
Blessures des os et des tendons

Abcès et affections cutanées :
Carboncles et furoncles au stade initial
Abcès mammaires
Abcès pulmonaires et intestinaux
Plaies chroniques et ulcérations non cicatrisantes
Plaies ouvertes post-ulcération

Affections gynécologiques :
Dysménorrhée par Stase de Sang
Aménorrhée douloureuse
Douleurs post-partum avec rétention de lochies
Masses abdominales dues à la Stase de Sang

Commentaire

Rú Xiāng (Gummi Olibanum) tire son nom de la forme laiteuse que prend la résine lorsqu’elle s’écoule par incision de l’écorce des arbres du genre Boswellia – « rú » signifiant lait et « xiāng » signifiant fragrance. Ce remède est l’un des plus polyvalents et des plus puissants de la pharmacopée chinoise pour activer le Sang et dissoudre la Stase, tout en faisant circuler le Qi pour soulager la douleur. Sa double action sur le Qi et sur le Sang lui confère une efficacité remarquable dans de nombreux contextes cliniques.

Le Míng Yī Bié Lù 名醫別錄 (Registres Divers de Médecins Célèbres) fut le premier texte classique à le répertorier formellement. Par la suite, le Běn Cǎo Gāng Mù 本草綱目 (Grand Compendium de la Matière Médicale) de Lǐ Shí-Zhēn précisa que Rú Xiāng « est aromatique et efficace, pénètre le méridien du Cœur, active le Sang et arrête la douleur, et constitue donc un remède important pour les douleurs des abcès et des plaies, ainsi que pour les douleurs thoraciques et abdominales ». Cette description souligne la spécificité de son action sur le Cœur comme méridien principal d’entrée.

Rú Xiāng est particulièrement reconnu pour son association classique avec Mò Yào (Myrrha). Ces deux résines forment une paire synergique fondamentale dans la tradition chinoise : Rú Xiāng agit davantage sur le Qi et les tendons en les assouplissant, tandis que Mò Yào agit plus profondément sur le Sang et les muscles. Ensemble, ils couvrent l’ensemble du spectre de l’obstruction douloureuse par Stase de Sang et stagnation de Qi, ce qui en fait un duo incontournable dans les formules traumatologiques, gynécologiques et dermatologiques de la médecine chinoise.

Rú Xiāng se distingue de Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) par sa double action sur les niveaux interne (abcès et plaies) et externe (traumatismes). Alors que Chuān Xiōng est avant tout un activateur du Sang qui fait circuler le Qi et traite les céphalées, Rú Xiāng excelle dans la réduction des gonflements, la promotion de la cicatrisation et le traitement des douleurs par obstruction des collatéraux. Sa capacité unique à pénétrer en profondeur dans les collatéraux pour dissoudre la Stase chronique le rend irremplaçable dans les douleurs musculo-squelettiques prolongées.

Associations

– avec Mò Yào (Myrrha) : association fondamentale pour activer le Sang, dissoudre la Stase et arrêter la douleur dans toutes les indications de Rú Xiāng – traumatismes, douleurs chroniques, abcès et affections gynécologiques

– avec Mò Yào (Myrrha), Xuě Jié (Sanguis Draconis) et Hóng Huā (Flos Carthami) : pour les traumatismes avec contusions, fractures et blessures des os et tendons (formule Qī Lí Sǎn 七厘散 Poudre des Sept Dixièmes de Gramme)

– avec Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae), Mò Yào (Myrrha) et Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis) : pour les abcès et carboncles au stade initial avec rougeur, gonflement et douleur (formule Xiān Fāng Huó Mìng Yǐn 仙方活命飲 Décoction Immortelle pour Revivifier la Vie)

– avec Tiān Huā Fěn (Radix Trichosanthis) et Pú Gōng Yīng (Herba Taraxaci) : pour les abcès mammaires avec distension douloureuse du sein

– avec Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chuān Xiōng (Rhizoma Ligustici Chuanxiong) et Mò Yào (Myrrha) : pour la dysménorrhée et l’aménorrhée dues à la Stase de Sang

– avec Dān Shēn (Radix Salviae Miltiorrhizae) et Yán Hú Suǒ (Rhizoma Corydalis) : pour les douleurs thoraciques et cardiaques par stagnation de Qi et Stase de Sang

– avec Zì Rán Tóng (Pyritum), Mò Yào (Myrrha) et Wǔ Jiā Pí (Acanthopanacis Cortex) : pour les fractures et les blessures des os et tendons

– avec Shēng Dì Huáng (Radix Rehmanniae), Mò Yào (Myrrha) et Mù Guā (Fructus Chaenomelis) : pour la raideur des tendons et le cou bloqué

– avec Guā Lóu (Fructus Trichosanthis) et Mò Yào (Myrrha) : pour les abcès pulmonaires avec irritabilité, sensation d’oppression thoracique et expectoration de pus et de sang

Préparations (炮制 páo zhì)

– cru (生用 shēng rú xiāng) : forme brute, action plus forte pour activer le Sang et dissoudre la Stase, particulièrement indiqué pour les douleurs traumatiques et les abcès ; peut irriter l’Estomac
– préparé au vinaigre (醋制 cù zhì rú xiāng) : la préparation au vinaigre renforce l’entrée dans le Foie, améliore l’action analgésique et réduit l’effet irritant sur l’Estomac ; forme préférée pour les douleurs chroniques et les affections gynécologiques
– préparé à l’eau (水飛 shuǐ fēi rú xiāng) : forme purifiée pour usage topique, particulièrement adaptée aux poudres appliquées sur les plaies et les ulcérations cutanées

Formules Classiques

– Xiān Fāng Huó Mìng Yǐn (仙方活命飲 Décoction Immortelle pour Revivifier la Vie)
Cette formule combine Rú Xiāng avec Jīn Yín Huā (Flos Lonicerae), Lián Qiáo (Fructus Forsythiae), Mò Yào (Myrrha), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et Zào Jiǎo Cì (Spina Gleditsiae) pour traiter les abcès et carboncles au stade initial, avec rougeur, chaleur, gonflement et douleur intenses, avant formation de pus.

– Qī Lí Sǎn (七厘散 Poudre des Sept Dixièmes de Gramme)
Formule traumatologique par excellence, combinant Rú Xiāng avec Mò Yào (Myrrha), Xuě Jié (Sanguis Draconis), Hóng Huā (Flos Carthami), Ér Chá (Catechu) et Bīng Piàn (Borneolum) pour traiter les traumatismes graves avec contusions, fractures et douleurs intenses. Elle peut être administrée aussi bien par voie orale que topique.

– Juān Bì Tāng (蠲痹湯 Décoction pour Éloigner les Obstructions Douloureuses)
Rú Xiāng est inclus dans cette formule avec Qiāng Huó (Rhizoma et Radix Notopterygii), Jiāng Huáng (Rhizoma Curcumae Longae), Dāng Guī (Radicis Angelicae Sinensis), Chì Sháo (Radix Paeoniae Rubrae) et Huáng Qí (Radix Astragali) pour traiter les syndromes d’obstruction douloureuse par Vent-Froid-Humidité avec douleurs articulaires et musculaires des membres supérieurs.

Toxicité :

Rú Xiāng ne présente pas de toxicité significative aux doses thérapeutiques recommandées. Cependant, en raison de son odeur forte et de sa nature aromatique, une utilisation à doses élevées peut irriter la muqueuse gastrique et provoquer des nausées ou des vomissements, en particulier chez les patients présentant une faiblesse de l’Estomac. La préparation au vinaigre réduit cet effet indésirable. Ce remède est formellement contre-indiqué pendant la grossesse. Les effets indésirables rapportés restent rares aux doses thérapeutiques habituelles.



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